Le plaisir ne fait pas le bonheur…

Un anniversaire prochain explique certainement le télescopage entre le billet de Dang et le thème de ce nouveau Café Essentiel, le 15 mai prochain, intitulé Un café nommé plaisir (auquel je prévois de me rendre). J’avais évoqué ici le précédent Café essentiel sur le thème du don, auquel je m’étais rendu au mois de décembre. Peut-être enivré par la voix de Lenni Jabour (spécialement A little sad), je terminais la soirée en cochant la case « je souhaite devenir bénévole ». Aujourd’hui, je le suis, quoique je n’ai jusqu’à présent « consenti » qu’un dîner, ce qui rend mon bénévolat certes sympathique, mais encore limité.

Le prochain café essentiel portera sur le plaisir. Toutes sortes de plaisir. Et quoique mon titre puisse inciter à le penser, pas seulement le plaisir sessuel.

Pour lancer la réflexion, les Conversations Essentielles proposent, sur leur blog, de réagir à cette phrase de Pascal Bruckner, prononcée aux Conversations en 2004 : « Depuis mai 68, le plaisir est devenu son propre juge« . Une courte retranscription de son intervention d’alors permet aussi d’éclairer son propos, ou de l’élargir. J’extrais ceci de cet extrait :

« Arrive Mai 68 et tout d’un coup la sexualité, le bonheur, le plaisir, la liberté individuelle deviennent des conquêtes et peu à peu, il y a un renversement tout à fait extraordinaire qui se passe et l’interdit d’hier, devient un devoir. Le droit se transforme en devoir, en diktat et dés lors l’individu est jugé sur sa capacité plus ou moins grande à remplir ou non les différents devoirs auxquels il est soumis. (…) Tout d’un coup on a pu penser que dans les années 70 on était rentré dans un époque où le plaisir, la jouissance était donc librement admise ; Et ce qui s’est passé de manière tout à fait étonnante : l’interdit n’a pas été évacué, il s’est déplacé. C’est à dire que, là où il était prohibé de jouir, nous sommes désormais contraints de le faire… Donc nous sommes passez d’un tribunal à un autre et je ne suis pas certain que le tribunal d’aujourd’hui soit plus clément que celui d’hier. Bien sûr c’est beaucoup mieux d’être dans un époque de tolérance où la liberté du plaisir est admise pour tous, hommes et femmes, mais je ne suis pas certain pour autant que nous soyons rentrés dans un ère de permissivité totale puisque, au contraire, le plaisir est devenu à lui même son propre juge et ce plaisir est très souvent impitoyable pour tous ceux qui n’y accèdent pas. »

Puisque, donc, il est proposé de réagir, je m’y colle.

*

Je souscris en effet assez à ce propos, à supposer qu’il soit bien compris.

Vous ne vous étonnerez pas que j’évoque une certaine dimension religieuse autour de cette question du plaisir. Nullement pour me référer à d’autres mais parce qu’en France tout du moins, le christianisme a eu une influence culturelle évidente, et que l’on impute au christianisme un certain rejet du plaisir. Jansénisme, dolorisme… Certaines conceptions catholiques1 ont longtemps entretenu une certaine suspicion autour du plaisir. Disons peut-être qu’une certaine conception sociale dévoyée du catholicisme, une perception de son message a minima, a pu incriminer le plaisir en lui-même.

Non seulement on confessait ses moments de plaisir charnel, on se gourmandait de sa gourmandise mais certains, que l’on rencontre encore, entretenaient une trouble relation à la souffrance, non pas seulement acceptée mais parfois recherchée.

Le discours a évolué, ce qui n’empêche pas certains catholiques de concevoir encore quelque culpabilité à trouver du plaisir là où fort heureusement on ne trouve normalement pas de déplaisir, et nombre d’anticléricaux et/ou d’ignorants de déclarer que le plaisir charnel est condamné par l’Eglise. Le discours a évolué et, ma foi2, il n’a pas attendu mai 68 pour ce faire, n’en déplaise au sens commun. C’est 17 ans auparavant, le 29 octobre 1951, que le pape Pie XII déclarait :

« Le Créateur lui-même (…) a établi que dans cette fonction [de génération] les époux éprouvent un plaisir et une satisfaction du corps et de l’esprit. Donc, les époux ne font rien de mal en recherchant ce plaisir et en en jouissant. Ils acceptent ce que le Créateur leur a destiné. Néanmoins, les époux doivent savoir se maintenir dans les limites d’une juste modération »

Dieu lui-même ne prend-il pas également en compte le plaisir dans la Création lorsqu’il est dit : « Et Dieu vit que cela était bon » ?

Mon propos, en rappelant cela, n’est certainement pas de faire un exposé exhaustif de l’enseignement de la foi catholique sur la question du plaisir. Parce qu’en tout état de cause mes connaissances sont bien trop insuffisantes à cet égard3 et, surtout, parce qu’il ne s’agit pas de rapporter tout débat à la foi. Mais nul ne peut nier l’influence culturelle du catholicisme sur notre société et, partant, la nécessité de ne pas se tromper sur sa nature.

Bref, il ne s’agit pas d’incriminer le plaisir en lui-même. Mais d’interroger la recherche du plaisir pour lui-même, qui se trouve être aussi vaine au demeurant que la recherche de la souffrance.

*

Le plaisir comme seul référentiel, « le plaisir […] devenu à lui même son propre juge ». Formule absconse, certes, mais que je comprends comme signifiant que le plaisir est devenu le critère ultime. Il serait son propre juge, sa seule légitimité. On ne le confronterait plus à une norme supérieure, en fonction de laquelle on jugerait le plaisir escompté. Nous voilà en somme dans une société composée d’arbitraires additionnés, d’autant de « parce que tel est mon bon plaisir » que d’individus.

Bien évidemment, il faut se méfier des analyses catégorique, définitives et « généralisantes » : la société toute entière se caractériserait par cette obsession du plaisir, ce serait sa principale caractéristique, et cela viendrait intégralement de « mai 68 ».

Mais le propos de Bruckner illustre assez bien ce mouvement de balancier : l’interdit est devenu obligation.

Combien de fois ai-je entendu cette ânerie affirmée de façon définitive : « il n’y a pas de mal à se faire du bien » ? Comme si, effectivement, le plaisir était non seulement un critère suffisant de jugement, mais l’unique critère : dès lors que je « me fais du bien », l’affaire est entendue.

Faute de plus haute ambition, on croirait que la société n’a de cesse que de se mêler de notre plaisir : combien de Unes de magazines pour se soucier de savoir si nous savons atteindre l’orgasme, voire le multi-orgasme, ou si nous avons trouvé le point G de notre partenaire ? Combien de magazines et de psychologues pour s’inquiéter bruyamment de savoir si notre vie sexuelle est épanouie ? Dans un kiosque à journaux, de Psychologies au Nouvel Obs, en passant par FHM, ça en occupe, de la surface, notre libido… Lorsque je vois l’application mise par certains à développer de nouvelles pratiques sexuelles, je ne peux pas m’empêcher de trouver la quête de leur vie tragique, parce qu’absurde, parce que triste, parce que fébrile, parce qu’arrivera toujours le moment, il faut bien le savoir, où l’on bandera mou.

Cette conception du plaisir, cette survalorisation du plaisir s’oppose nécessairement à l’idée de sacrifice ou de devoir4. On peut d’ailleurs opposer la période pré-68 et la période post-68 sur cette distinction (uniquement en ce qu’une idée prévaudrait sur l’autre puisque l’une n’était pas que sacrifice et devoir quand l’autre ne serait que plaisir). Or, cette survalorisation du plaisir n’a-t-elle pas à voir avec l’individualisme qui caractérise notre société, avec un certain délitement de la société ? Car le plaisir est, par nature, individuel – à défaut d’être fatalement solitaire. Seul l’individu peut en effet être juge de son plaisir.

Faute d’attribuer à « Mai 68 »5 l’entière responsabilité de cette imposture du plaisir, notons tout de même qu’il ne manquait pas, dans ses motivations, une volonté de jouir immédiatement des fruits d’une croissance en (bonne) partie permise par le sacrifice de leurs parents. Et que 68 s’est coulé avec une grande facilité dans la société de la consommation, au demeurant vantée par nombre de publicitaires qui en étaient issus6.

Pour être plus juste, il faut aussi se souvenir – j’emprunte l’idée à Guillebaud -que l’idée de sacrifice s’est quelque peu abîmée dans les tranchées de 14-18, voire même par la suite dans la mobilisation du peuple allemand. Décrédibilisée, cela ne signifie pas pour autant que l’idée de sacrifice soit par nature injuste, mais cela devrait éviter à l’inverse de survaloriser le sacrifice, et justifie à tout le moins la recherche d’un meilleur équilibre.

*

Arrive le moment où je m’émerveille de ma capacité à remplir une page blanche sans certitudes et, en particulier sans être définitivement certain que le plaisir ait effectivement pris le poids que je lui prête, que je puisse à bon droit trouver en mai 68 un fait générateur ou à tout le moins un évènement fondateur voire, pire, que la question à laquelle je tente de répondre se pose.

La vidéo qui suit – proposée également par les Conversations, sur un portail video que je découvre avec un plaisir non dissimulé (je ne sais pas si ça se voit, là, mais c’est le cas), preuve au demeurant que je n’ai rien contre le plaisir, même non dissimulé – m’offre un rebond et le plaisir d’entendre que d’autres se sont posés une telle question, que l’on n’a pas pris pour des truffes.

 

 

De cette vidéo synthétique, je retiendrai sommairement ce que je veux bien, à savoir (i) que des gens pas cons – les Grecs – ont jugé intéressant de s’interroger sur la question du « plus grand bien », (ii) que le plaisir est le critère naturel de décision des animaux et des tout petits enfants, de sorte que l’on peut considérer vain, pour des adultes qui s’assument comme tels de rechercher le seul plaisir et non le bonheur.

La recherche du bonheur est, aussi, moquée par certains (voire jugée non pertinente, pour ce que je sais du boudhisme). Il semble pourtant malaisé de nier que la recherche du bonheur soit le moteur naturel de l’action de chacun. Et que ceux qui s’écartent, consciemment ou inconsciemment, de la recherche du bonheur, sont dans une situation spécifique, éventuellement pathologique. Je songe à un exemple stupide, parce que les exemples stupides me viennent plus facilement à l’esprit que les exemples intelligents (pas vous ?) : prenons un guerrier Hun et appelons-le Bob7. Bob est sur son cheval et sous son casque. Les yeux exorbités, le regard torve, il poursuit Brenda dans les steppes d’Asie centrale. Bob rit. Il fait tournoyer sa grande épée super lourde au-dessus de sa tête puis il l’abat d’un coup violent sur la nuque de Brenda qui n’ira plus au bois. Le sang gicle et inonde le visage de Bob8. Bob lèche lentement le sang de Brenda sur sa bouche. Bob est content. Bon. Bob recherche-t-il son bonheur, ou son plaisir ? On ne peut guère lui contester qu’il recherche son plaisir. En revanche, on peut parfaitement contester qu’il puisse rechercher le bonheur, voire son bonheur.

Et l’on comprend bien que la notion de bonheur est plus large, plus complexe, probablement plus exigeante aussi. On comprend aussi que l’atteinte éventuelle d’un bonheur véritable sera nécessairement un dépassement de la seule recherche du plaisir, tant il est vrai que le plaisir ne fait pas le bonheur, même s’il y contribue.

Pour revenir sur une hypothèse historique, maintenant que nous avons fait un détour par le bonheur, je me demande si l’on ne pourrait pas trouver dans ce surgissement supposé du plaisir une dimension plus révélatrice encore de l’évolution de notre siècle, dont mai 68 n’est qu’une péripétie contradictoire. Nous serions ainsi passé progressivement, en un siècle, du collectif vers l’individuel, sous l’effet notamment de quelques traumatismes. C’est encore une fois le souvenir de la lecture de Guillebaud qui me souffle cette idée. Ainsi l’idée de sacrifice, de sacrifice pour la collectivité, connait une crise depuis les tranchées. Ne peut-on penser que le passage du bonheur au plaisir est aussi le résultat du traumatisme causé par ce siècle des grandes idéologies ? Fascisme, nazisme, communisme ont entendu imposer de force aux peuples leur notion du bonheur, au prix, donc, de centaines de millions de morts. Et il est vrai que si le bonheur peut être collectif, le plaisir est solitaire. Comme dit précédemment, si l’on peut se mêler de mon bonheur, on ne peut pas se mêler de mon plaisir, on ne peut pas le contester.

Le surgissement du plaisir comme « plus grand bien » ne serait-il pas un symptôme post-traumatique collectif, hum ? Un traumatisme qu’il conviendrait d’apaiser pour revenir à une position plus équilibrée, plus saine ?

*

S’il vous dit de dialoguer, rencontrer, écouter sur cette question du plaisir, placez dans un coin de votre tête la date du 15 mai prochain (20h). Le Café Essentiel se déroulera aux Bains Douches, un lieu plutôt adéquat pour évoquer le plaisir. Les facebookinistes peuvent aussi se rendre sur la page dédiée à l’évènement.

*


  1. je continue de ne parler que de celles que je connais le mieux même si calvinistes et luthériens ne sont pas réputés pour avoir la cuisse légère []
  2. si je puis dire []
  3. ce n’est que par le catéchisme en ligne que j’ai appris l’existence du discours précité []
  4. bien qu’il ne soit pas interdit de trouver un certain plaisir à faire son devoir []
  5. les guillemets sont là pour signifier que c’est davantage à son esprit qu’il faut se référer []
  6. et, sur ce point, un directeur artistique d’agence de pub m’a confirmé explicitement, lors d’un díner ce samedi, ce que rapportait déjà Dang []
  7. les prénoms ont été changés à la demande des familles []
  8. qui s’était penché et ne galopait finalement pas si vite []

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20 comments

  • Intéressant. J’aime l’idée que Mai 68 ait transformé une interdiction en obligation. Pour moi, ça avait remplacé un tabou par un autre. Il y a un demi siècle on culpabilisait de se tripoter la bite, maintenant on culpabilise de se tripoter la carte bleue.

    En fait, en cumulant les 2 idées on se rend compte que nos soit-disants « libérateurs » de 68 ont remplacé une interdiction par une obligation PLUS une interdiction. Avant, on était un cochon si on aimait le sexe. Aujourd’hui, on est un con si on ne jouit pas de son cul et un salaud si on jouit de son fric.

    Bien sur, foutre la paix aux gens et les laisser faire ce qui leur plaît de leur cul et de leur fric dans une juste modération est impensable. Ca reviendrait à suivre les recommandations de Pie XII, vous vous rendez compte?

  • que des gens pas cons – les Grecs – ont jugé intéressant de s’interroger sur la question du “plus grand bien” c’est de voir le plaisir du mauvais côté! bon je sors.

  • Personnellement j’ai toujours eu conscience des dérives bonheur/plaisir dans un sens comme dans l’autre. Contre l’église et la société quand elle me paraissait trop rigide, contre les nouveaux maîtres censeurs à pensée unique qui essayaient et essayent encore, je dirais même plus que jamais, de nous dicter jusqu’au moindre détail notre façon de penser, de vivre et de trouver plaisir et bonheur. Principes de base que j’ai toujours appliqué pour moi-même et transmis à mes enfants : penser par soi-même et essayer de toujours tendre vers un juste milieu, équilibre entre ce que l’on ressent soi-même comme juste et ce que les gourous du moment essayent de vous imposer comme juste.

    Position pas toujours facile à tenir dans notre société d’opinions souvent impérieux où il faut bien du courage pour s’affirmer à contre-courant de la pensée unique du moment et en particulier quand il s’agit de tendre vers un bonheur personnel différent du concept admis par les maîtres penseurs « modernes » 🙂 Mais avec aussi une conscience aigue du « bonheur » de disposer d’une liberté suffisante pour pouvoir suivre sans trop d’entraves le chemin personnel choisi.

    L’évolution de l’après mai 68 (pas seulement en France) n’a fait que remplacer des tabous par d’autres tabous, des pensée impérieuses par d’autres, mais j’en suis profondément convaincue, au passage nous avons perdu quelques éléments essentiels (tels que par exemple le rôle primordiale de la famille), indispensables pour la cohésion de notre société et le bonheur collectif et personnel tant recherché.

  • Distinction plaisir/bonheur très intéressante… il est rare que je change d’avis en lisant un billet, surtout sur une question conceptuelle, mais disons qu’avec la définition que tu donnes du bonheur, et la différence que tu établis avec le plaisir, je juge de manière moins négative l’idée de la recherche du bonheur comme moteur de l’existence. En fait, jusqu’à présent, j’ai laissé de côté le fait que nombreux sont ceux qui disent rechercher le bonheur mais recherchent en réalité la seule jouissance. Cela change tout.

  • Figure-toi, Criticus, que j’ai moi-même changé d’avis en cours de rédaction de ce billet. Rédigé en plusieurs fois dans les transports (notamment), il m’a pris trois jours, donc le temps d’un peu de réflexion (en revanche, je crains qu’il ne soit un peu décousu par moments). Et comme toi, j’avais quelque réticence sur l’attitude consistant à se dire en recherche du « bonheur ». Je ne prétends avoir arrêté définitivement ma réflexion à ce sujet. Mais dans son dernier état, j’aurais tendance à penser que c’est plus le sentiment que par « bonheur » elles entendent « plaisir » qui me dérange. Et ce n’est peut-être pas qu’une question de mot.

    Liberal :oui, avec peut-être la nuance que mai 68 étant évidemment le produit de l’Histoire, il y a peut-être des tendances plus lourdes à l’origine de cette survalorisation du plaisir. Je dis bien « peut-être » parce que l’idée m’a traversé l’esprit ce matin, et qu’elle n’a donc pas fait l’objet d’un protocole de recherche très développé avant de se retrouver en ligne.

    Margit : possible, oui, sur l’évolution de mai 68, et sur la famille. A cet égard aussi, on a zappé ce qui peut ressembler à un devoir, sinon à un sacrifice : l’engagement dans la durée. On est dans une démarche bien plus individualiste : le couple est bien plus la rencontre de deux individus qu’une communion solide. Il y a là, aussi, une question de plaisir : l’engagement tient à l’aune du plaisir qu’on y trouve. Comme toi, je ne suis pas de ceux qui pensent que l’on y gagne véritablement, en termes de bonheur, pour soi et pour la famille.

  • Quand même, elle est un peu triste, terne et limitée la notion de plaisir de notre orateur, ou bien ? Pour moi, Epicure est le chantre du savoir vivre avec toute cette complexité entre le plaisir partagé, le plaisir retenue, le plaisir curiosité et la savante organisation sa vie tout court.

  • Ce nouveau billet de Koz m’a beaucoup plu, car il fait réfléchir sur des choses essentielles. Néanmoins, l’approche du plaisir, basée sur la recherche du plaisir sexuel est typiquement Freudienne et non uniquement soixante huitarde. Aussi ai-je recherché dans mes cours (ainsi que sur quelques sites internet afin de donner des liens) les principes de bases de la théorie du grand Freud sur la libido et sur « les principes de plaisir et de réalité ».

    Freud définit la  » libido « , comme l’énergie qui s’extériorise en tout, mais précise-t-il, ce terme reste réservé aux forces pulsionnelles de la vie sexuelle, c’est à dire aux forces pulsionnelles régies par le principe de plaisir Il est dommage qu’il limite cette définition à la sphère sexuelle, car le principe décrit ci-dessous pourrait ,à mon sens, être élargi ( mais je suis de sensibilité jungienne, il est vrai, donc une dissidente !) « L’activité psychique est orientée vers la recherche du plaisir et l’évitement du déplaisir, lequel augmente la tension à l’intérieur de l’appareil psychique. Le principe de plaisir s’oppose au principe de réalité qui apparaît, au cours du développement, comme une modification adaptative du principe de plaisir. Chez les sujets sains, la recherche de la satisfaction tient compte du principe de réalité. »

    Koz écrit : « Il semble pourtant malaisé de nier que la recherche du bonheur soit le moteur naturel de l’action de chacun. Et que ceux qui s’écartent, consciemment ou inconsciemment, de la recherche du bonheur, sont dans une situation spécifique, éventuellement pathologique. » Voici ce qu’en dit Freud « La thérapie analytique », Freud soutient que la différence entre le fonctionnement de l’homme normal et celui du névrosé est de nature quantitative. En effet chez l’homme névrosé, la quantité de libido refoulée est plus importante que la libido dite libre ou disponible, ce qui limite considérablement les possibilités d’action et de jouissance de celui-ci.». ( vingt huitième conférence ) Plus on avance en maturité, plus le principe de plaisir est dépendant de celui de la réalité. « C’est dans cette optique qu’intervient l’éducation qui incite à surmonter le principe de plaisir et à lui substituer en partie le principe de réalité. »

    Comme je l’ai dit plus haut, ma sensibilité me rapproche plus de la théorie de Jung, qui considère que la libido n’est pas uniquement sexuelle, ni désexualisée, d’ailleurs, mais correspond à une énergie vitale au sens large du terme (« appetitus »), c’est-à-dire « un désir s’élargissant jusqu’au tendre vers ». Il utilise donc ce terme dans le sens de celui de désir

    Koz a écrit : « Cette conception du plaisir, cette survalorisation du plaisir s’oppose nécessairement à l’idée de sacrifice ou de devoir, bien qu’il ne soit pas interdit de trouver un certain plaisir à faire son devoir » C’est une pensée purement stoïcienne, que d’opposer plaisir et sacrifice, et il est vrai que nous avons aujourd’hui un très net penchant pour l’épicurisme, je dirais même l’hédonisme.

    Koz a écrit : « l’atteinte éventuelle d’un bonheur véritable sera nécessairement un dépassement de la seule recherche du plaisir, tant il est vrai que le plaisir ne fait pas le bonheur, même s’il y contribue » J’adhère totalement à cette conception du bonheur, en allant encore plus loin, à savoir un dépassement de soi même, qui passe, non seulement par la connaissance de soi, mais aussi par la dimension spirituelle de l’homme.

    Dans une interview,de C Boiron, retrouvée sur Psychologies magazine , Celui-ci nettement la différence entre plaisir et bonheur et explicite mieux que moi cette dimension : « Le plaisir est un guide qui permet à l’homme de survivre, le bonheur est un guide qui permet à l’homme de s’accomplir. Le plaisir est propre à toute espèce animale, le bonheur est le propre de l’homme. Le bonheur n’est pas ce que l’on construit, mais ce que l’on découvre lorsqu’on a détruit le malheur, c’est-à-dire ces états pathogènes que sont l’agressivité, l’anxiété, la déprime. Que les solutions ne se trouvent pas à l’extérieur de soi, pas plus que les causes, d’ailleurs, mais en soi. »

    Enfin, dans mes pérégrinations littéraires, j’ai retrouvé, dans ma bibliothèque, un livre oublié : Alain : « Propos sur le bonheur » J’en ai extrait, pour vous quelques phrases qui font écho en moi. « Je tiens qu’un des secrets du bonheur c’est d’être indifférent à sa propre humeur Il faut croire, espérer et sourire et avec cela travailler. La vie est pleine de ces plaisirs vifs, qui ne coûtent rien et dont ne jouit pas assez. Il faudrait des écriteaux dans toutes les langues, et un peu partout, pour dire : « ouvrez les yeux, prenez du plaisir » » Cela correspond à la notion de merveilleux, merveilleux dans lequel on est inondé à la fois de plaisir (de voir, d’entendre..) et de bonheur, (à la prise de conscience de la Beauté), où plaisir et bonheur se mêlent. Et ceux ci ne découlent pas d’une libido freudienne, mais bien du « tendre à » de Jung.

    Koz écrit « Ne peut-on penser que le passage du bonheur au plaisir est aussi le résultat du traumatisme causé par ce siècle des grandes idéologies ? Fascisme, nazisme, communisme ont entendu imposer de force aux peuples leur notion du bonheur, au prix, donc, de centaines de millions de morts. » J’y répondrai par un nouveau passage d’Alain : « Les sages d’autrefois cherchaient le bonheur, non pas le bonheur du voisin, mais leur bonheur propre. Les sages d’aujourd’hui s’accordent à enseigner que le bonheur propre n’est pas une noble vertu à désirer, les uns […] dire que la vertu méprise le bonheur […] les autres que le commun bonheur est la source du bonheur propre ;opinion qu’Alain considère comme la plus « creuse de toutes » insistant sur le fait que pour lui, « le bonheur propre est vertu. » Il ajoute : « On devrait enseigner l’art d’être heureux […] c’est un devoir envers les autres, car le bonheur, « celui que l’on conquiert pour soi », est l’offrande la plus belle et la plus généreuse » Devoir envers soi- même et non pas devoir que l’on doit imposer à tous. Cette différence est de taille et on voit là, la dérive qu’il peut y avoir entre imposer un devoir de bonheur qu’on ne s’appliquerait pas à soi même.

    Voilà, mon petit apport à ce billet superbe, qui m’a permis de me replonger dans des textes qui font mon bonheur.

    Différents liens http://www.bouddhanalyse.com/bouddhanalyse/freud/FTheory.htm http://www.psychologies.com/article.cfm/article/3931/la-source-du-bonheur-est-dans-notre-cerveau?id=3931&page=2 http://www.bouddhanalyse.com/bouddhanalyse/jung/JEnergies.htm

  • Lu chez P. Bilger, qui résume à la perfection ce que je ressens comme essentiel et une volonté d’en refuser la dégradation que je partage :

    « Glaciation à Ripostes … une volonté claire de refuser, dans leur quotidienneté, l’absence d’éducation, la haine de l’autorité et, plus généralement, la déstructuration amoureuse, familiale et sociale »

    http://www.philippebilger.com/blog/

    la suite est aussi une formidable description du comportement de certains soixante-huitards …

  • Qu’ est-ce que le bonheur sinon une accumulation, une mosaïque de plaisirs ?

    Plaisir : satisfaction d’un besoin physique, affectif ou intellectuel; exercice harmonieux d’une fonction vitale.

    Le bonheur, c’ est l’ équilibre.

  • Magnifique billet qui rejoint mon questionnement d’il y a queqlues jours à la lecture d’un article sur le livre d’Olivier Rey. Je n’ai pas encore lu ce livre et si j’ai bien compris ce livre est né d’un constat de l’auteur : Avant 1970, les enfants étaient face à leurs parents dans leur poussette, après 1970, les enfants devaient regarder devant, voir le monde. Image certes qui me suit à la lecture de ton billet.

    Bien sûr, les galipettes qui font exploser le baromètre des sensations sont nécessaires, mais j’ai le sentiment que ce que l’on appelle les plaisirs sont délimités dans le temps. Ils sont circonscrits par l’immédiateté et non rémanent comme le bonheur. Ils s’inscrivent dans le superficiel, la rapidité et l’autosuffisance alors que le bonheur s’enracine dans l’histoire ; il construit sa toile d’authenticité dans le passé et le présent pour construire un avenir solide.

    L’idée de l’enfant tourné vers l’avenir est intéressante car si de prime abord, celle-ci ne peut être que séduisante, elle tend à montrer que l’enfant puis l’adulte ne se construit que par rapport au monde existant et plus du tout par rapport au passé. Il va s’autoconstruire, être autodidacte de sa vie, comme de ses plaisirs. Il va s’interdire tout héritage pour se focaliser sur sa personne.

    Aussi l’idée de Bruckner selon laquelle « l’interdit d’hier devient un devoir », je la présenterais plutôt comme l’interdit d’hier devient un rempart ; rempart contre l’héritage du passé (le bébé ne regarde plus ses parents), refus de ce que l’on a reçu.

    Alors oui le plaisir est un « critère ultime » quand il n’est que la manifestation d’une pulsion qui s’inscrit dans le présent. Mais il participe en partie au bonheur quand il est le produit d’un enracinement humain, spirituel…

  • Bonsoir, et merci Koz pour ce billet profond, vraiment passionnant.

    Si le « droit au plaisir » est sans doute un héritage de 68, le lien de causalité de sa mutation en « devoir » contraint et obligé laisse perplexe. Peut-être conviendrait-il de distinguer ce que fut l’essence de Mai 68, de ce qu’en firent ses « héritiers », responsables éducatifs, culturels, économiques ou politiques.

    Au-delà de la révolte contre un système autoritaire et paternaliste, et peut-être à cause de, le carburant essentiel de Mai 68 fut de l’ordre du désir.

    Un désir créatif et subversif, largement illustré par les slogans multiples si « a-normaux » ; refus des normes donc, pas forcément des règles. Un désir absolu de changement, d’aller de l’avant. Un désir d’être toujours en mouvement ; une attitude qui permit la naissance de nouveaux courants artistiques et de pensée, certes pas toujours brillants, ou encore l’émergence d’un nouveau type de chefs d’entreprise (par ex. Antoine Riboud) pour qui les stratégies en rupture étaient un moyen de faire avancer les choses, sans pour autant abandonner une certaine morale. Pour ceux-là, « il est interdit d’interdire » prit la forme d’un « c’est possible, on y va ».

    Le désir est essentiel au plaisir.

    Plaisir sexuel : quoi de mieux que cultiver le désir, par les jeux préliminaires par exemple, pour en jouir pleinement ? Dans un autre domaine, celui qui prend le temps de choisir les ingrédients, de mettre son nez au-dessus de la casserole qui mijote, de laper la cuiller en bois, décuplera le plaisir de sa dégustation, grâce à la montée du désir issue d’une élaboration bien pesée et vécue. On sent bien comment le temps du désir participe à la construction du plaisir.

    « Le plaisir est devenu à lui-même son propre juge », suggère Bruckner.

    Qu’en est-il du désir aujourd’hui ? Peut-être en voie de destruction, non ? Ou plutôt en voie de transformation en pulsions, voire en souffrance quand on n’y accède plus. La faute à 68 ?

    Clairement, certains héritiers ont dévoyé l’espérance originelle. De là à porter un coup fatal au désir, qui ferait du plaisir une fin en soi sans construction ? Je n’y crois pas une seconde. Le désir est un moteur individuel, singulier. Et de mon point de vue, la cause profonde de cette atteinte au désir est la consommation, qui nous sollicite et nous transforme en pulsions successives. Les sollicitations marchandes, culturelles, et plus récemment politiques, excitent nos pulsions au lieu de susciter nos désirs, et transforment notre vie quotidienne dans le sens des intérêts individuels immédiats. Pour ceux qui peuvent. Ceux qui ne peuvent pas entrent effectivement en souffrance, mais pas à cause d’une frontière de l’interdit qui se serait déplacé, selon la thèse de Bruckner.

    Nous vivons une crise du désir.

    En fait, sans flatterie, je trouve la question proposée par Koz en conclusion de son billet nettement plus intéressante et porteuse de sens que celle posée par Bruckner. A condition de sortir d’une analyse strictement centrée sur les effets de 68.

    « Le surgissement du plaisir comme “plus grand bien” ne serait-il pas un symptôme post-traumatique collectif, hum ? Un traumatisme qu’il conviendrait d’apaiser pour revenir à une position plus équilibrée, plus saine ? »

    Petite digression susceptible d’alimenter la recherche d’une position plus équilibrée et plus saine : un minuscule pays himalayen pilote son « Bonheur National Brut », sur la base de finalités claires et précises. Les quatre piliers du BNB du Bhoutan sont le développement socio-économique équitable et durable, la préservation et la promotion des valeurs culturelles, la défense de la nature et la bonne gouvernance.

    Je serais curieux de connaître l’état et l’évolution du désir des citoyens de cet Etat. Peut-être un jour.

  • Ce billet très profond appelle de nombreuses réflexions. Une correspondante lyonnaise avec qui je m’en entretenais me disait que l’ensemble lui rappelle la phrase de Saint-Just: « le bonheur est une idée neuve en Europe ». Ce titre d’un rapport du révolutionnaire mérite en effet d’être médité. Puisque Koz évoque mai 68 et la quête effrénée du plaisir qui s’ensuivit j’ai en tête deux exemples venant de cette période. Quelques semaines avant les événements un cinéma de la rue St André-des-Arts passait « Le bonheur dans 20 ans » titre repris du slogan des communistes tchèques qui demandaient des sacrifices en 1948 pour que la génération d’après connaisse le bonheur en 1968. Le film montrait les désillusions des deux générations. En sortant du cinéma chacun y allait de son couplet sur l’erreur que les comunistes avaient commise en voulant imposer le bonheur au lieu de laisser les gens découvrir par eux-mêmes cette notion très personnelle. Deux mois plus tard les mêmes discutaient à n’en plus finir dans la cour de la Sorbonne pour savoir comment amener la classe ouvrière enfin au bonheur. La majorité se mettait d’accord pour interdire à la télé toutes les émissions de variétés un peu (très) vulgaires dont se délectaient les prolétaires. « ça va gueuler mais si c’est pour les rendre heureux… » disait l’un et à un contradicteur qui pensait que les travailleurs avaient le droit de dire ce qu’il leur plairait de voir à la télé enfin libérée, il rétorquait : »t’es un sacré dégueulasse si tu ne veux pas le bonheur des ouvriers ».

  • Paul Clavier aux Conversations Essentielles à composé et interprété ce rap !

    « Le Bonheur si je veux : comme si ça dépendait que de moi, c’est mon instinct, inscrit dans l’intestin du grand programmateur ; le Bonheur si je veux : intox et compagnie, manipulation de la population, ça sort comme un lapin du chapeau truqué d’un prestidigitateur ; le Bonheur si je veux, moi j’ai pas la recette, c’est un jeu vidéo qui fait tout le temps rire si tu repars à zéro pirouette, cacahouète, le miroir aux alouettes, je te plumerai la tête ; Le Bonheur si je veux, j’ai voulu échappé au cycle du malheur, mais mes oncles incarnés se sont réincarnés, énervé j’ai rêvé de parvenir au Nirvana, j’ai voulu resté zen mais je me suis scratché car je n’ai plus de kérosène ; Le Bonheur si je veux, j’ai même pas le choix, pas la joie, pas la chance de rentrer dans la transe ; Le Bonheur si je veux, on me l’impose et j’implose, j’implore le droit d’être exempté du devoir du bonheur ; Le Bonheur si je veux, et pour combien de temps ; si je veux que ça dure il faut provisionner, et à dos de mulet charger, accumuler ; même Karl Max le disait, ils faut accumuler, c’est la Loi et les Prophètes. Le Bonheur si je veux, à quoi bon repasser et faire des emplettes Bouffon… ta vie, ce soir elle s’arrête Le Bonheur si je veux, si je reste à la traîne, si le malheur m’enchaîne à chaque jour suffit sa peine. Le Bonheur si je veux ? demain, aujourd’hui même, t’inquiète pas du lendemain, demain s’inquiète de lui-même… »
  • Hello Merci au grand koz de faire autant d’honneur aux conversations essentielles et de lancer un si beau débat. Je vais tenter d’apporter une petite contribution au débat. Comme vous le savez il y a plusieurs grandes orientations dans la psychanalyse ainsi Pour Sigmund Freud, la source de motivation est le plaisir (cela a été dit); pour Alfred Adler, la volonté de puissance ; pour Viktor Frankl, le sens de sa vie.

    Nous voila bien avancé ! Mais c’est important ! Très profondément sommes nous mues par l’appétit aux plaisirs, par une volonté de puissance ou par la recherche de finalité à donner à sa vie ? Question de décision me diriez vous à partir du moment ou nous partons d’un présupposé à savoir l’existence d’un libre arbitre de l’homme et de la femme. Mais est ce que sens, plaisir et puissance sont opposés ? Au fond ne sont ils pas en interaction ? Peut être à partir du moment où ils sont inscrits dans une finalité. Ainsi comme il a été si bien dit le plaisir non orienté, n’est pas en accord avec sa propre conscience (cf. le si bon exemple de koz), il peut devenir destructeur. donc peut être que le plaisir inscrit dans le sens ou en tous les ac en non contradictoire ac le sens qu’on veut donner à sa vie devient un plaisir vrai voir une jubilation. De plus idem pour la puissance. La puissance inscrite en finalité devient autoritarisme, manipulation, un rabaissement d’autrui et donc une destruction de l’autre soit même. Alors que la puissance asservie au sens devient formidable facteur de changement et de transformation. Mais alors quelle finalité, quel sens à donner à sa vie … ça c’est une autre conversation à faire … sur le blog de koz.

    Pour conclure, je vous offre, cela fait tellement plaisir, une citation de la même conversations essentielles (2004) du cardinal Lustiger

    « A un moment donné je me disais : mon bonheur ce serait d’être au soleil, au bord de la Méditerranée, de pouvoir souffler, en regardant le soleil et en regardant le ciel ; mais, D’accord, peut-être que si j’ai le temps d’y aller et que je m’y trouve, je trouve ça bien ou Je ne trouve ça pas bien… si je dis : mon bonheur, ce serait d’avoir enfin un bon gâteau, (Je ne dis pas lequel) ; oui mais c’est vite mangé un gâteau, et puis après, je ne peux Pas en manger un second… mon bonheur ce serait d’écouter telle musique : le morceau Est vite fini et alors, après, qu’est-ce que c’est le bonheur ? Le bonheur, c’est ce qu’on porte en soi, ce n’est pas quelqu’un de particulier, ce n’est pas un objet déterminé, ce n’est pas une possession parce que tout cela échappe précisément à la prise ; le bonheur c’est un don qui m’est fait, à l’intérieur, un don qui m’est fait et qui dépasse tout objet. »
  • Que mes aimables et aimés commentateurs ne prennent pas ombrage de mon silence sous ce billet. Je lis attentivement chaque réponse et entends y répondre (pour autant que ma réponse ait un intérêt), mais le sujet appelle plus de concentration que d’autres, pour lesquels il est m’est plus facile de répondre rapidement.

  • @ jedeons

    Une petite histoire familiale pour illustrer votre commentaire :

    En novembre nous avons réunis quelques 60 personnes de notre famille dispersées aux quatre coins du monde pour honorer un couple qui fêtait ses 60 ans de mariage.

    Quelle joie de parler avec eux du sens de la vie !

    Du haut de leur grand âge ils regardaient tendrement et avec la grande satisfaction d’une vie bien remplie, et à mon sens bien réussie, le clan de leurs enfants, petits-enfants, jusqu’aux arrières-arrières petits enfants. Leurs principes de base : travail et famille. Leur bonheur : amour réciproque et pour leur famille. Leur plaisir : vivre ensemble. On était bien loin de toute « modernité » … et pourtant nous avons tous été transporté par cette histoire toute simple.

  • C’est un beau sujet Koz ! Dommage qu’il inspire si peu de monde.

    Beau témoignage de margit, j’ai de belles histoires de ma famille dans mon coeur… mais comme c’est difficile d’en parler !

  • Personnellement, je pense que Mai 68′, ou plutôt les pensées individuelles qui en sont sorties, mènent à des résultats déplorables. Je vais peut-être paraître dramatique, mais pensez-vous sincèrement que cette constance dans la recherche du bonheur, ou du plaisir, de leur recherche et leur obtention sans discussions, ne soit pas une vraie tare pour la société?

    Parce que la suite de la question, dans la rubrique « Recherche du bonheur » il y a aussi « Conséquences du bonheur ». Parce que chaque chose a une conséquence, et, comme on peut le constater jours après jours, cette facilité est catastrophique.

    Prenons l’exemple de moi, étudiant en Belgique (pays où l’éducation est relativement correcte), je me rends, comme chaque matin, là où on va me former pour ma vie future. J’aimais bien le terme « délitement » utilisé par Koz, parce qu’il exprime très bien l’idée de « couches ». Or, en suivant les années, on constate une dégénérescence de la MATURITÉ. Gravement, très gravement, parce qu’elle est générale. Qu’une personne soit moins mature qu’une autre, ça peut bien sûr arriver. Mais que tout une tranche d’âge subissent une « dématurisation » générale, c’est déjà plus grave. Là où je voulais en venir, c’est que tout au long de la journée je ressens les effets de la « trop grande liberté ».

    Assez couramment, les bus, trains et autres transports en commun sont en GRÈVE. Parce que leur liberté le leur permet. Une fois pour un fait grave, c’est super, mais une fois par mois voire semaine pour certains endroits cela devient plus que gênant.

    Mon bus s’arrête. Puis, comme si une vague nous emportait dans le froid, on arrive dans une rue sale, mal peuplée (je ne vais pas entamer le problème de l’immigration mais vous voyez ce que je veux dire par mal peuplée: drogués, agresseurs, etc… je ne suis pas raciste directement mais je sais où je vais et où on m’amène: je me suis déjà fait agresser à plusieurs reprises et je sais QUI m’a agressé… ) Dans la rue, je sais que des fainéants sont en train de dormir, se reposer sur une société qui les paye parce qu’ils n’ont pas de travail. J’y reviendrai plus tard.

    À l’école, comme j’appelle ça, je remarque, même à l’échelle des années (si peu) je constate un grave relâchement au niveau de l’enseignement. Non pas que les cours sont plus simples ou mieux expliqués, mais que la DISCIPLINE est horriblement relâchée. Discipline qui, bien évidemment, laisse faire n’importe quoi à des élèves qui n’en n’ont plus rien à faire de l’avis de leurs parents ou de leurs titulaires.

    C’est qu’à cause de tout cela, nous SUBISSONS la facilité, la vie facile. C’est bien beau de critiquer Mai 68′ comme un but non atteint, mais moi je vois les choses qu’il y a en trop, les choses à changer. Je ne veux pas d’une dictature, je ne veux pas non plus du relâchement. Je voudrais que l’avenir offre mieux à mes enfants que ce que, de toute ma vie, j’aurais le plus détesté.

    Encore une fois, on va dire que j’exagère. Mais moi je vois que j’ai 16 ans, et qu’au lieu de m’éduquer, m’apprendre même ce que je ne veux pas apprendre, me bourrer le crâne à me rendre intelligent, on est tout doux avec nous. J’ai 16 ans et bientôt 17 et dans la société, je remarque que je fais ce que je veux. Bien sûr, la loi interdit la pédophilie, le viol, le vol ou que sais-je. Mais je sais que aucune barrière ne m’est fermée, qu’aucune porte ne m’est bloquée. C’est génial, me direz-vous. Mais ne trouvez-vous pas anormal que, dans une société où le secteur tertiaire est de plus en plus important, on laisse des enfants se détruire à se diriger dans de mauvaises études parce que leurs parents s’en fiche ou bien qu’on les laisse faire.

    Le peuple est fainéant, il ne veut plus travailler. Chez nous, il y a un taux de chômage de 15% environ. Ça fait qu’une personne sur 6 est chômeur(se). Le plus intéressant est de savoir, sur ceux-là, combien sont au chômage parce que ça les arrange. Et oui, être payé à ne rien faire, c’est bien, c’est bon!! moi je suis devenu endémoniste à force de constater les ravages du plaisir facile.

    Je recherche le bonheur, certes, mais je constate que, depuis que le plaisir est facile à obtenir, le peuple est malheureux.

  • j’aime bien le paper de xim qq remarques

    Je vais peut-être paraître dramatique, mais pensez-vous sincèrement que cette constance dans la recherche du bonheur, ou du plaisir, de leur recherche et leur obtention sans discussions, ne soit pas une vraie tare pour la société?

    Xime, a écrit : Parce que la suite de la question, dans la rubrique “Recherche du bonheur” il y a aussi “Conséquences du bonheur”. Parce que chaque chose a une conséquence, et, comme on peut le constater jours après jours, cette facilité est catastrophique.

    est ce que la recherche, la quete n’est pas le moteur des individus et des sociétés ? quelqu’un qui ne cherche plus est peut être arreté non ?

    Xime, a écrit : Or, en suivant les années, on constate une dégénérescence de la MATURITÉ. Gravement, très gravement, parce qu’elle est générale. Qu’une personne soit moins mature qu’une autre, ça peut bien sûr arriver. Mais que tout une tranche d’âge subissent une “dématurisation” générale, c’est déjà plus grave.

    de quelle tranche parle tu xim ? quelle age ?

    Xime, a écrit : Là où je voulais en venir, c’est que tout au long de la journée je ressens les effets de la “trop grande liberté”.

    mais ce dont tu parle est il de la liberté ou plutot de l’égoisme ? en effet la liberte ne peut pas être la source ou l’excuse du sans gene .

    Xime, a écrit : Mon bus s’arrête. Puis, comme si une vague nous emportait dans le froid, on arrive dans une rue sale, mal peuplée (je ne vais pas entamer le problème de l’immigration mais vous voyez ce que je veux dire par mal peuplée: drogués, agresseurs, etc… je ne suis pas raciste directement mais je sais où je vais et où on m’amène: je me suis déjà fait agresser à plusieurs reprises et je sais QUI m’a agressé… ) Dans la rue, je sais que des fainéants sont en train de dormir, se reposer sur une société qui les paye parce qu’ils n’ont pas de travail. J’y reviendrai plus tard.

    crois tu vraiment que les gens qui sont dans la rue aime être dans la rue ? n’as tu pas sur ce point un jugement hatif et brutal ? est ce que les gens qui t’agresse, il le font à cause de leur misere, de leur manque d’education, de leur non integration, de leur deracinement ou de leur race ? réfléchis xime :-((

    Xime, a écrit : Encore une fois, on va dire que j’exagère. Mais moi je vois que j’ai 16 ans, et qu’au lieu de m’éduquer, m’apprendre même ce que je ne veux pas apprendre, me bourrer le crâne à me rendre intelligent, on est tout doux avec nous.

    c’est génial, dingue ! penses tu que bp pensent comme toi ?

    Xime, a écrit : Le plus intéressant est de savoir, sur ceux-là, combien sont au chômage parce que ça les arrange. Et oui, être payé à ne rien faire, c’est bien, c’est bon!!

    oui peut être encore une opinion à approfondir; peut être un peu facile. en veut pour preuve une très belle etude que tu pourras ci dessous

    http://www.lefigaro.fr/assets/pdf/Etude_Les_Jeunesses_face_a_leur_avenir.pdf

    xime a écrit Je recherche le bonheur, certes, mais je constate que, depuis que le plaisir est facile à obtenir, le peuple est malheureux.

    une belle these de philo, d’histoire et de socio à réaliser

  • Jedeons: crois tu vraiment que les gens qui sont dans la rue aime être dans la rue ? n’as tu pas sur ce point un jugement hatif et brutal ? est ce que les gens qui t’agresse, il le font à cause de leur misere, de leur manque d’education, de leur non integration, de leur deracinement ou de leur race ? réfléchis xime :-((

    >>> Oh, oui, je suis tout à fait d’accord. J’ai d’ailleurs dit ensuite « On va dire que j’exagère »… Parce que je suis conscient d’avoir délibérément exagéré. Mais il vaut mieux que je me corrige sur les points que tu as soulevé. Car en effet, sur cette partie là, j’ai été hâtif. J’aurais dû préciser que les gens qui agressent sont les premières victimes de ma thèse. En effet, ce sont des parents trop « fainéants » ou incompétents qui ont éduqué des enfants à devenir comme cela. Qui plus est, notre société, qui aime la facilité et la petite ville tranquille des « jours après jours » n’acceptent pas les étrangers et en font des phénomènes de société qui deviennent, malgré leur bonne volonté (car il faut admettre que, en arrivant ici, sauf peut-être cas spéciaux, ils devaient sans doute faire preuve de bonne volonté) ils se sont retrouvés « ennemis » de la société, ils se sont sentis rejetés et nous en sommes arrivés à ce que nous connaissons maintenant de ce problème.

    Jedeons: « est ce que la recherche, la quete n’est pas le moteur des individus et des sociétés ? quelqu’un qui ne cherche plus est peut être arreté non ? »

    >>> Je vois où tu veux en venir. Un peu comme le Graal, qui restera le plus grand trésor de l’humanité tant qu’il sera introuvable; il est ce trésor tant qu’il est introuvable. Le problème, à mon sens, est que, chez nous, nous nous lançons dans cette quête et, j’en ai la sensation, nous courrons après une carotte attachée au bout de la canne à pêche. Car, avec cette logique de quête perpétuelle, nous cherchons constamment plus de bonheur, plus de plaisir… malgré qu’on ait tout ce qu’il faut! Donnez un morceau de chocolat à une personne du tiers monde, je pense qu’il sera ravi ! Chez nous, pour un bonheur illusoire d’un nouveau GSM, d’un GPS, d’un ordinateur, ou d’un je-ne-sais-quoi, on se rendrait malheureux à l’attendre, et au bout d’une semaine il sera démodé ou il ne nous plaira plus. C’est clair que, pour moi, arrêter de « courir après le bonheur facile » est une bonne façon pour moi de me rendre heureux tout seul!

    de quelle tranche parle tu xime ? quelle age ? Ceux que je vois tous les jours tournent entre 17 et 13 ans. Je trouve cela affolant de voir l’extraordinaire marge de différence qu’il y a entre untel de 17 quand il en avait 14 comparé à quelqu’un de 14 ans maintenant. Il faudrait filmer pour essayer de prouver cette marge. Mais il suffit d’ouvrir le cahier de devoirs de primaire d’un de mes parents pour bien voir que le niveau a bien changé. Maintenant, il semble que le cours d’éducation physique n’ait pas suivit cette pente et s’est, au contraire, amélioré. Esprit sain dans un corps sain, c’est très bien. Mais les autres cours doivent suivre cette logique.

    mais ce dont tu parle est il de la liberté ou plutot de l’égoisme ? en effet la liberte ne peut pas être la source ou l’excuse du sans gene .

    Voilà une question absconse, mais intéressante. Je dirais plutôt volontiers que le problème est que, dans la société, au nom de la liberté on se permette d’être égoïste. Je ne suis pas du tout du genre communiste mais le nombrilisme des gens de la société amènent vraiment à un malêtre commun. Je vais y réfléchir.

    Jedeons: c’est génial, dingue ! penses tu que bcp pensent comme toi ?

    >>> Merci. je l’espère. J’ai entendu parler, brièvement, à la fin d’un reportage, d’un nom comme la « génération lucide »… ça m’a énormément fait plaisir. Je pense comme ça, et, de part chez moi en tout cas, je suis presque le seul. Même les adultes sont persuadés que l’éducation devrait s’adoucir, or je ne suis pas d’accord. Je veux vraiment être formé à devenir le meilleur, participer à une société, participer à la rendre meilleure. Je suis un peu le seul à penser comme cela et cela nuit, je pense, à mon intégration, même si je suis bien intégrer à la micro-société de mon entourage.

    Jedeons: une belle these de philo, d’histoire et de socio à réaliser

    >>> Encore merci, et aussi pour ta « correction ».

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