La fesse publique

20131208-214120.jpgEn une seule semaine.

Des étudiantes anglaises d’un club d’aviron posent nues pour sensibiliser à la recherche contre le cancer.

Leurs camarades rameurs posent nus pour sensibiliser à l’homophobie et au harcèlement.

Gillian Anderson pose nue, parée d’une murène, pour lutter contre le chalutage profond.

Les Femen s’accroupissent en public et urinent sur la photo du président ukrainien.

Thierry Ardisson demande à Laurent Wauquiez s’il fréquente youporn. Laurent Wauquiez lui répond, autre chose que « mais ta gueule » ou un plus délicat « je ne vous répondrai pas ». Mais non. Il fréquente youporn, « comme tout le monde ».

En une seule semaine.

Le savoir-vivre, les convenances, voudraient que je proteste ici de ma bonne foi, à l’instar de Laurent Wauquiez : « j’aime le sexe ». Mais, la ferme, nous nous l’épargnerons. Et toi, le monde, je t’emmerde.

Le site programme.tv ne se veut certainement pas le fer de lance de l’analyse sociale ou médiatique française mais il pose la bonne question, qu’il n’est pas seul à se poser : « quoi de mieux que de poser nue pour faire parler d’une cause ? ».

La question mérite d’être posée. Combien de causes ont-elles ainsi sombré dans l’oubli et le mépris, faute d’engagement personnel de leurs promoteurs ? La lutte contre la faim, contre la pauvreté, pour la paix dans le monde ou pour un logement décent : toutes ces causes pour lesquelles les militants timorés rechignent à se foutre à poil. Moi-même, quel que soit mon amour filial pour l’Eglise, je dois bien concéder que je n’ai jamais songé à montrer mes fesses pour elle. Alors que Dieu vomit les tièdes (Apocalypse, 3:16).

Alors, je me suis interrogé, très pragmatiquement.

Après avoir été exposé à chacune de ces actions militantes, qu’est-ce qui a changé en moi ? Quelle remise en question ces culs nuls ont-ils provoqué ? Qu’est-ce qui a bougé ? Quelle corde a vibré ?

J’étais contre le cancer – et toutes les saloperies. Le suis-je davantage après avoir vu les fesses pommelées des petites anglaises ? Je suis un salaud. Mais suis-je plus ou moins homophobe après avoir vu des fesses de rameurs ? Le sort des murènes me tracasse. Ma tracasserie a-t-elle franchi un palier depuis que j’ai vu des bouts de Gillian Anderson ? En ce qui concerne les Femen, il faut dire les choses telles qu’elles sont : je suis un mauvais exemple de réceptivité aux actions des Ukrainiennes ineptes. Mais ma fidélité à l’Eglise a-t-elle été mise à l’épreuve depuis qu’elles existent ? Suis-je plus ou moins hostile à Viktor Ianoukovitch depuis leur miction publique ?

Non.

Mais je sais qu’il existe un club d’aviron dans une ville anglaise du nom de Warwick. Je sais qu’ils ont des grands avirons.

Je sais que Gillian Anderson est toujours vivante. Je sais qu’elle aimerait bien travailler.

Je peux citer le nom d’une Ukrainienne hystérique.

Nous avons progressé ensemble et, ensemble, nous pouvons dire qu’il n’y a rien de mieux pour faire parler de soi que de poser à poil. Mais qu’il est plus convenable de trouver une cause pour ce faire.  Nos poseurs nus sont aussi en pleine comédie médiatique : ils posent nus pour eux et nous matons leurs fesses sous prétexte d’une cause noble. Et les medias font de l’audience, les sites font du clic. On reconnaît l’inanité de leur action, mais le pipi des Femen a fait la semaine en home de L’Express.

Alors, finalement, nous pouvons répondre, empiriquement, à la question de programme.tv : si, il doit y avoir mieux, pour faire parler d’une cause, que de poser nu.

Je vais encore faire vieux jeu, mais j’assume. Bref, il fut un temps pas si éloigné où l’on utilisait pour ce faire un outil intéressant : le propos argumenté. Auquel on peut recourir habillés.

D’où vient donc que l’on en soit passé au cul ostensible, à l’expulsion de l’intime ? Dieu sait – et pour en savoir moins, je m’en doute un peu tout de même, – que nos aïeux n’étaient pas moins portés que nous sur l’andouillette mais il existait un souci de l’intimité, en même temps que cette notion délicieuse qui fleure le printemps et les premiers émois : la pudeur.

N’y a-t-il pas lieu de lever un sourcil lorsque l’on constate que dans la fureur médiatique et le bruit ambiant, il soit venu à l’idée de tant de personnes qu’aujourd’hui il n’y aurait plus rien de mieux que de poser nu pour faire parler d’une cause ? Faut-il donc que nous en soyons arrivés à une démission intellectuelle collective ? Et les Femen montrent la voie : poser nu, montrer ses seins, c’est en voie de dévaluation. Il faut passer la marche scato et peut-être préparent-elles déjà l’étape d’après.

Votre cul prend trop de place. Il devient une référence, notre dénominateur commun, l’expérience partagée  dans laquelle communier. Même dans ce très beau reportage, et même si l’image n’est pas nouvelle, pour donner une image de l’intensité de son amour pour le Christ, il a fallu que la sœur le compare à un orgasme. Parce que nous trop cons, nous pas pouvoir bien comprendre sentiment puissant si pas cul dedans. Wauquiez… Il aurait pu éviter cette invitation, il aurait du refuser l’exercice imposé. De droite et contre la loi Taubira, il lui fallait donner les gages nécessaires, être quelqu’un de bien, pas coincé, et proche de vous avec un cucul comme tout le monde. Mais sa réponse est a minima. En revanche, pourquoi ces quatre mots – comme / tout / le / monde – ont-ils fait le tour de tous les sites d’infos, sinon parce qu’il y a du cul et donc des clics dedans ?

L’omniprésence du sexe donne une idée de la vacuité de cette société, qui s’abîme dans tout ce qui la divertit pour ne pas se colleter au sens. En tout cas, là, me dégoûte cette convention de laisser passer du sexe pour être un gars bien. Envie de devenir asexuel de la gueule, ce qui va représenter un vrai boulot. Et puis après, j’arrête les gros mots.

Quant à poser nu pour faire la promo de mon blog – pardon, d’une cause

Vous trouverez tous seuls les images évoquées. Quant à l’illustration, vous la trouverez sans le bandeau ajouté. Mais n’est-ce pas beau de laisser place à l’imagination ?

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Tête de pont ®, résolument à mon compte, quand j'y réfléchis bien.

61 comments

  • Où l’on débattra pour savoir si ‘Koz’ dans Koztoujours ne serait pas finalement plus un nom féminin qu’un verbe conjugué…

  • Cela me rappelle l’observation attristé d’un homme dans la fleur de l’age, pas particulièrement sophistiqué, le taux de testostérone certainement pas très faible, un artisan du bâtiment pour poser le type: c’est ennuyeux avec les femmes, elles supposent toujours qu’on les drague ou qu’on est (ça ne s’écrit pas ici), mais, dans la vie, il n’y a pas que le sexe!

  • Mais si, vous savez bien…. En appeler aux plus bas instincts parce que des argumentaires solides et des chiffres on en est inondés, on ne fait plus attention. Alors on montre une fesse, et hop, poussée d’excitation ou d’hormones, c’est facile, ça va vite, vous savez que les fonds marins sont en danger, que les homosexuels sont insultés, que le cancer tue et que la recherche a besoin d’argent. D’ailleurs, vous en avez parlé. Même principe que mettre une femme nue pour vendre un supermarché en ligne, un homme nu pour vendre un parfum, une autre femme nue pour vendre… à peu près tout. Les causes sont devenues des objets marketing comme les autres. Et comme les autres objets marketing se vendent mieux à poil qu’à neurones, et bien, allons-y.

    Et puis surtout, surtout : ça marche. Parce qu’il y a des gens qui testent les réactions du cerveau humain et de sa réaction face à des stimulations diverses, et que ces gens en arrivent à la conclusion empirique et pourtant irréfutable que voilà, le cul, ça fait vendre. Le nombre de « clics » sur les articles que vous mentionnez le montrera assez vite, comparé au nombre de clics sur les mêmes sujets abordés sans cet « attrape-l’oeil » . Et ça coute moins cher à produire, aussi. Meilleur rapport qualité prix du marché de la com.

    Vous savez aussi que les journalistes vraiment sérieux n’arrivent plus à avoir le temps et l’argent pour faire mieux que « le choc des photos », et donc que la violence, le sexe, la cupidité. Certains, heureusement, continuent dans cette ligne. Mais pas tous. Parfois parce qu’ils n’ont pas de scrupules, souvent parce qu’ils n’ont plus les moyens d’avoir des scrupules. C’est malheureux, et ça reste notre responsabilité aussi de ne pas jouer le jeu du « buzz ».

  • Il est effectivement très probable que je dévalorise le discours des Femen. Disons-le même tout de go : c’est un fait acquis. Ce « discours » n’a pour moi pas de valeur. Mais je ne le fais pas « trop rapidement », je le fais à la bonne vitesse, depuis longtemps. Avant même qu’elles ne m’agressent.

    Loin de moi également l’idée d’écarter trop rapidement ce qui se veut une analyse poussée d’un phénomène primaire, ou une justification doctrinale a posteriori d’une démarche marketing, mais je persiste : je ne retire rien de ces happenings, si ce n’est la vulgarité de celles qui les perpètrent. Le billet que vous me soumettez va d’ailleurs en ce sens. Il laisse entendre que ces modalités d’action interrogent sur la place de la femme. Il s’agit donc là encore de parler de soi et non des causes.

    Et je me demande encore quel est le discours des corps nus sur le sort des murènes.

    @ Léa : est-ce que cela marche vraiment ? Franchement, il vous a fallu les culs des rameurs pour savoir qu’il y avait de l’homophobie et que c’était pas bien, ou ceux des rameuses pour être sensibilisée à la lutte contre le cancer. Qu’a fait Gillian Anderson pour les murènes ? Qu’a-t-elle fait qui n’aurait pas pu être fait autrement ? Et qu’est-ce que j’ai appris ? Qu’il y avait un sujet sur le chalutage en eaux profondes. Ok. Auquel je ne me suis pas intéressé davantage parce que des sujets, il y en 30 en même temps. Et parce qu’avoir vu Gillian Anderson faire la gueule avec une murène sur les épaules ne m’a vraiment rien dit des enjeux.

  • « il existait un souci de l’intimité, en même temps que cette notion délicieuse qui fleure le printemps et les premiers émois : la pudeur. » C’est donc cela que j’ai choisi, préférant le printemps et les émois, je refuse de les utiliser dans mes combats. Militante ni à Poil, ni dévêtue, je suis, et je reste, tant pis pour l’absence de clic. Merci de votre billet, je comprend mieux pourquoi je me sens parfois si old school, et pas « vintage ».

    @Lea : ça marche, ça marche… pour l’instant. On se lasse de tout, même des journée pour ci, pour ça, combien y en-t-il aujourd’hui…. Quand le marketing s’empare d’une ficelle, elle finit par être bien usée. Il y a 10-15 ans c’était audacieux de poser nu, aujourd’hui cela devient convenu, qui voudra le faire dans 10 ans ?

    Seule l’argumentation solide est constructive, et cela demande un grand travail de rendre cela compréhensible du plus grand nombre. L’excès de « coups » médiatiques tue les causes, grandes ou petites.

  • @ RF : on voit d’ailleurs l’impasse avec les Femen. Pour continuer à créer l’évènement, elles ne peuvent plus se contenter de sortir les seins nus et hurler. Alors, elles tombent dans la fange et se mettent à pisser dans la rue. Comment ne pas voir que l’escalade ne mène nulle part ?

  • @ Koz:

    En ce qui concerne le lien, ce n’est pas ce qu’elle dit. Mais quoiqu’il en soit, je ne veux pas revaloriser le discours des Femen (contre lesquelles je m’oppose sur de nombreux points, mais ce n’est pas le sujet ici).

    Je dis simplement que votre opposition à l’emploi de corps nus comme moyens de discours me semble se fonder sur: (1) l’inefficacité supposée de ces moyens par rapport à une certaine cause. C’est, je crois, ce que vous dites lorsque vous demandez quel est le résultat (presqu’au sens comptable) de ces moyens sur votre personne: êtes-vous devenu plus écolo, moins homophobe, etc. (2) de manière plus implicite, l’inadéquation entre la noblesse d’une cause et la médiocrité du moyen: vous voyez une omniprésence du sexe, et vous l’associez à la vacuité de notre société. Vous dites également que vous n’êtes pas prêt à montrer « vos fesses » pour soutenir « l’Eglise »; cette boutade soulignant, il me semble, cette inadéquation de valeurs.

    Au point (1) vous vous prononcez clairement: ces moyens sont inefficaces, et comme argument, vous vous présentez comme sujet, et affirmez que cela n’a pas fonctionné chez vous. Sans vouloir jouer une rigueur logique excessive, cela n’est pas réellement un argument décisif contre l’efficacité de ces moyens. Mais bon, la question de la mesure de l’efficacité est difficile, je vous l’accorde.

    Le commentaire de Léa ci-dessus est intéressant, dans la mesure où elle reconnaît l’efficacité de ces moyens. Mais elle évoque les bas instincts, des réflexes automatiques face à des stimuli sexuels, etc. bref, un faisceau qui converge vers la bestialité de l’être humain. Elle vous rejoint donc sur le point (2). Il y a une inadéquation entre la noblesse d’un objet (cause à défendre, objet du discours), et la bassesse des moyens employés (corps nus).

    Ce que je crois:

    le point (2) ne me parait pas être un argument décisif contre ces discours de corps nus. Je ne crois pas en la bassesse inexpugnable de ces moyens, et je soutiens qu’il y a de la place pour de la noblesse dans des corps nus (sans prétendre offrir un critère décisif valable dans tous les cas).

    Le point (1) est problématique. Et c’est là-dessus que je trouve que vous allez trop vite (en tout cas, dans cet article). Car occuper un espace public d’attention, c’est aussi une manière de soulever des questions. Ces questions offrent des réponses alternatives (e.g. pour/contre la pêche au chalut, pour simplifier). Peut-être que le discours executé ne parviendra pas à établir une des réponses (e.g. contre la pêche au chalut) dans la majorité. Mais elle aura au moins soulevé la question. Et si la question ne s’était jamais posé, il n’y aurait même pas eu le début d’une réflexion. On peut, au mieux, reprocher à certaines initiatives un manque de continuité entre le soulèvement de la question et la proposition d’une solution: certains, selon vous, ne faisant que soulever la question sans réellement en établir l’enjeu. Mais je ne minimise pas comme vous cette irruption de la question.

    Voilà :)

  • Bravo pour l’article.

    Mais sans faire de mauvais esprit, vous pratiquez ce que vous dénoncez : évidemment, l’œil (masculin) est attiré par les fesses des gentilles dames en photo en haut de l’article. En fait, vous ne l’avez peut-être pas remarqué mais quand on partage l’article sur Facebook c’est pire (sans que ce soit nécessairement de votre faute) : la photo des fesses alignées prend tout la largeur du mur.

    C’est donc du racolage. Point. Et ne me dites pas que vous ne l’avez pas fait exprès, je ne vous croirai pas

  • @ Scons Dut (@SconsDut) : mais je ne nie aucunement qu’il puisse y avoir de la beauté dans des corps nus, et même de la noblesse. Les photographies d’art de nus sont là pour en témoigner. Et, prises isolément, ces initiatives ne sont pas dramatiques. Je ne suis pas un fan du calendrier des hommes, que je trouvais un peu vulgaire, mais ma femme trouve celui des étudiantes vulgaire. En ce qui me concerne, je trouve que certaines photos sont assez bien travaillées.

    Je pense aussi qu’il peut parfois être légitime d’avoir recours à la nudité. Qu’une association de prévention routière utilise la nudité pour faire valoir la fragilité de la personne n’est pas indispensable, mais serait plus légitime. Permettez-moi d’être dubitatif sur le rapport entre le chalutage profond et la nudité.

    La question pour moi est donc bien celle du recours systématique à la nudité, comme un moyen de militance, comme un moyen ultime de se faire entendre. C’est ce que traduit la multiplication de ces initiatives, au point que je puisse en citer 3 en une semaine (et encore n’ai-je pas fait une recherche exhaustive).

    @ Lio : ah, vous, vous êtes sacrément perspicace. Vous m’avez percé à jour. Mais, en fait, si j’avais voulu vraiment faire du racolage, j’aurais laissé le visuel d’origine, sans y ajouter de bandeau. J’aurais, aussi, mis des liens vers les calendriers. Mais à la rigueur, « racoler » des personnes attirées par poussées hormonales vers un article de ce type pour leur dire ce que je pense du recours à la nudité, ça ne me dérange pas.

    Quant à voir dans ce visuel une photo de fesses alignées alors que c’est précisément ce qui est masqué, permettez-moi d’exprimer ma perplexité. Et là, je vous l’ai même donné en plus grand encore que vous ne pouvez l’avoir sur Facebook. Rien que pour vos yeux.

  • L’alternative est assez évidente. En fait, j’ose évoquer deux raisons parmi toutes celles qui peuvent être au fondement de votre billet ( je laisse de coté la question morale, toujours soulevée, et déjà étayée): la première, de la fatigue par l’omniprésence de cette provocation dans une société castratrice, entre autre. Passons. la seconde, le coté anachronique de ce genre de communication.

    Mettre en évidence un objet par son contraire. Mais comme pour la drogue, l’accoutumance à est toujours rapide et le contraire devient un objet en soi… Il y a encore quelques années, la pudeur naturelle des femmes faisait s’exalter en société celles qui se dénudaient. Un peu après, merci Danone et autres Produit Laitier, il fallait marier (pardon) deux concepts antinomiques (intrinsèquement symbiotique) pour réveiller à nouveau l’œil égrillard du passant blasé : le corps féminin et la politique. Ce n’est plus trop qu’en s’en lasse aujourd’hui, mais les filles du cinéma sont tellement mieux retouchées que sincèrement … pfff…. Je plains donc ces drôlesses qui, dans leurs méconnaissance de la psychologie masculine, et puis même de la psychologie en général comme celle des murènes, hein, soyons fou, viennent d’une autre époque.

    Le contraste donc. Et la créativité. Je lisais les Aventures Passablement Extraordinaire d’une Sœur des Pauvres qui menaçait de braquer des banques pour obtenir des fonds… Sœur Emmanuelle qui mettait en opposition son habit et son geste. La claque internationale! (bilan, construction d’une usine de traitement des déchets) Et bien plus proche de nous, la presse suédoise qui force le retour sur le marché du travail des indésirables en mettant dans les journaux vendus par ces sans abris leurs propres C.V. , ça déchire, ça. (Bilan, une augmentation des ventes de 100% du journal, avec les retombés sur les vendeurs, bien évidement).

    Les agences de comms existent, et au pro rata du coût du devis par rapport à la marge exonérée d’impôts d’une seule campagne rondement menée comme stipulé dans le formulaire rose A32…

    Mais bon… pffff….

  • Merci pour cette analyse, et pour votre style « que nos aïeux n’étaient pas moins portés que nous sur l’andouillette » (j’avoue, j’ai ri bêtement). Pour en revenir à la défense d’une cause, pour ne parler que des murènes (merci au passage de nous avoir donné des nouvelles de Gillian Anderson ;) ), je trouve que la bande dessinée de Pénélope Bagieu est autrement plus intéressante, interpellante, drôle…. http://www.penelope-jolicoeur.com/

  • Koz a écrit :

    Qu’a fait Gillian Anderson pour les murènes ? Qu’a-t-elle fait qui n’aurait pas pu être fait autrement ? Et qu’est-ce que j’ai appris ? Qu’il y avait un sujet sur le chalutage en eaux profondes. Ok. Auquel je ne me suis pas intéressé davantage parce que des sujets, il y en 30 en même temps. Et parce qu’avoir vu Gillian Anderson faire la gueule avec une murène sur les épaules ne m’a vraiment rien dit des enjeux.

    100% d’accord. Si on veut intéresser les gens au sujet, il y a des méthodes beaucoup plus efficaces. Je ne sais pas si tout ce qui est affirmé là est exact. Mais c’est une forme de communication beaucoup plus riche et tout aussi pêchue que telle ou telle star déshabillée.

    Scons Dut (@SconsDut) a écrit :

    Au point (1) vous vous prononcez clairement: ces moyens sont inefficaces, et comme argument, vous vous présentez comme sujet, et affirmez que cela n’a pas fonctionné chez vous. Sans vouloir jouer une rigueur logique excessive, cela n’est pas réellement un argument décisif contre l’efficacité de ces moyens. Mais bon, la question de la mesure de l’efficacité est difficile, je vous l’accorde.

    Pour moi, la communication des Femen est efficace. Je suis en profond désaccord avec la plus grande part du message, mais sur la forme, je reconnais un certain succès, et je ne suis pas le seul. Il se mesure tout simplement à la reconnaissance médiatique, et les multiples reprises de leurs actions (leur influence sur les décisions politiques prise est moins évidente). Mais ce succès n’est pas dû seulement aux tenues adoptées par ces militantes. Il est aussi dû à leur technique de provocation, toujours bruyante, parfois même agressive, ou franchement crade. Elles cherchent, et parfois obtiennent, la bagarre; leur plus grand succès en faveur du mariage « pour tous » a été d’obtenir non pas des images sexy, mais bien des images de violence à leur égard. La nudité, en soi, n’est donc pas une explication suffisante. Comme le relève RF, elle devient de plus en plus banale, l’effet de surprise se réduit graduellement.

    Si on met, donc, les Femen à part, quel message fait-on passer, quand on milite pour une cause avec une photo de corps nu? J’en vois trois: 1) j’ai un beau corps et je le montre : le corps en question est rarement parmi les plus moches; 2) je suis partisan du bien: la cause ainsi défendue est souvent très consensuelle; 3) j’ai le courage de poser à poil pour défendre mes opinions: l’aspect provovateur est mis en avant avec admiration par les commentaires qui accompagnent l’information.

    Bref: c’est le messager qui est ainsi promu, bien plus que la cause.

  • Bonsoir,

    c’est peut-être hors sujet, mais, pour moi, c’est en grande parti le tabou que l’on met autour du nu et du sexe qui le prête à toutes les provocations. Le nu en soi n’est ni vulgaire, ni pornographique. L’interdit du nu est principalement un artefact judéo-chrétien, dont certaines cultures se passent bien: j’ai testé l’onsen, les thermes japonaises, (nu évidemment) avec la belle famille (nue aussi): verdict: pas de quoi en faire un fromage.

    On pourrait, en poussant un peu, dire la même chose pour le sexe: une chaîne anglaise (je ne me souviens plus si c’est la BBC ou ITV) faisait il y a quelques années une émission sur le sujet à vocation éducative, et tout à fait explicite (je me souviens d’une caméra embarquée assez surprenante), qui n’avait rien de vulgaire. A mon avis, on ferait bien de diffuser aux adolescents ce genre de contenu, pour ne pas limiter leur contact à la « chose » à une vidéo piratée de « Blanche fesse et les sept mains en gang-bang dans la cave ».

  • ‘Lut Koz …

    Allez, un petit mot pour te dire que je suis d’accord. Et pas d’accord (non ce n’est pas une histoire de rameurs …). Je m’explique.

    1/ La nudité pour des causes te choque ? J’aurais cru que la nudité d’une femme pour vendre une bagnole, celle d’un homme pour vendre du parfum te choquerait. L’utilisation du corps humain pour faire du business me semble beaucoup plus choquant pour un chrétien que celui de se mettre à poil pour une noble cause. Mais je confirme, on combat aussi l’homophobie en étant habillé – et heureusement, nous ne sommes pas tous roulés comme des camions de pompiers.

    2/ dans un monde d’infobésité, il faut savoir sortir du lot. Il y a une quarantaine d’années (avant que tu ne sois même petit), on lisait le journal le matin – ou en fin de journée quand on était intello, on écoutait la radio qui avait un ou deux journaux radiophoniques dans la journée, et la télé le soir au 20h. Ajoute à cela les conversations au comptoir pour ragoter et faire notre français politique de base et c’était tout. On avait le temps de penser, de discerner, les pubards et politiques avaient le temps de nous parler.

    Maintenant c’est 24/7. Le matin, tu prends 10 minutes pour rattraper les niouzes que t’as loupé pendant ton sommeil. T’es connecté tout le temps, t’as des alertes sur les principaux sujets (penser à supprimer celle sur Nelson Mandela, ça, c’est bouclé), t’as BFMTV qui te la ressasse en boucle son actu, tout comme France-info-Itélé-LCI et tous les sites d’infos-point-fr. C’est plus de l’info, c’est même plus un océan, c’est un tsunami perpétuel.

    Du coup, la cause du chalutage des grands fonds, ben va falloir ramer pour en parler. la BD de la p’tit blogueuse, c’est bien mais en dehors des quelques dizaines de milliers de francophones qui l’ont vu … une comm’ sur un sujet pareil c’est mondial. Même chose pour le cancer (je zappe sur l’Ukraine, trop proche de la vente de la bagnole selon moi sauf que là, c’est de la caisse ukrainienne … passons).

    Bref, comment émerger dans un déluge ? Le cul ? Moyen immémorialement efficace. Surtout quand on veut récolter de l’argent, autre moyen immémorialement efficace pour se faire écouter. L’intelligence et le raisonnement ? Pfff va raisonner avec … une ukrainienne les seins à l’air tiens. Si t’as pas ton andouillette elle aussi en train de prendre le frais (ou le congélateur, vu l’époque), ta femen-que-t-aimes-pas, elle s’en fout !

    Bref, c’est un mouvement logique. inéluctable ? Certainement pas. Mais bon, l’alternative n’est pas brillante : toute cette année, c’est pas Koz et sa brillante cervelle (sans cirage de pompes) qu’on a vu sur les plateaux de télé à propos de la réforme du mariage … c’est une furie folle furieuse éructante hurlante pleurante et bêlante, ou une fanatique effrayante et froide sauf quand on lui parle de cousinage. l’intelligence, c’est pour les revues. La comm’ de masse ne s’écrit pas avec une plume mais un marteau pilon.

    Vu comme ça, c’est pas mal l’aviron, pour les filles et les garçons.

    cordialement, M.

  • Tien à y penser, vous connaissez la N 184 entre le camp des loges et saint germain, juste en face de la caserne? A en juger par là, la nudité serait-elle un signe de décence? Car les prestatrices qui y officient sont relativement habillées, pas le tchador, pas le bon goût, plutôt moulant, mais du tissu où il en faut. .

  • Soyons clair, au cas où il y aurait une ambiguïté, @ Manuel, la nudité ne me choque pas en elle-même. D’autant que ces images sont généralement assez softs. Il serait même presqu’abusif de parler de nudité dans le cas des photos sur la pêche en eaux profondes.

    Ca ne me choque pas, ça m’atterre.

    De la publicité, je n’attends rien et, au demeurant, elle n’utilise plus aussi souvent la nudité que par le passé (signe aussi, peut-être, de son efficacité relative). La publicité n’est pas porteuse d’un discours destiné à l’intelligence, à l’engagement personnel.

    Effectivement, cela me gêne davantage lorsque je perçois l’insincérité, le détournement d’une cause, son instrumentalisation au service de sa propre notoriété personnelle. Les « personnalités » qui ont posé pour la pêche en eaux profondes sont, comme par hasard, des stars sur le retour, des has-been. De même, et ça m’a d’ailleurs été confirmé par un étudiant de Warwick qui a lui-même fait partie du club d’aviron, le calendrier, c’est avant tout une façon de déconner et de faire parler du club. Mais on se pare d’une cause, à laquelle on manque de respect.

    Et en terme d’efficacité, je répète que c’est douteux. Oui, bien sûr, cela va attirer le regard. Mais je serais curieux de savoir quelle est la part même de personnes qui se souviennent spontanément de l’occasion pour laquelle ils ont vu telle photo de telle personnalité dénudée. Je me demande même dans quelle proportion la superficialité du procédé ne contamine pas la perception de la cause elle-même.

    Qu’il soit très difficile d’émerger dans un monde médiatique à l’ambition limitée, et en chasse de clic, ça ne m’a pas échappé. Il semble même que je l’ai écrit dans le billet. D’ailleurs, si eux-mêmes réagissaient moins comme des cons qui nous prennent pour des cons, ils promouvraient davantage la BD de Pénélope Bagieux que la tronche d’Aure Atika prétendument à poil.

    Au passage, en termes d’efficacité, la BD de Pénélope Bagieux est un très beau contre-exemple à l’efficacité supposée ou prétendue de la nudité, artifice facile de ceux qui se foutent d’une cause, ou qui baissent les bras. C’est bien elle qui a suscité les réponses des concernés (également ici). Je n’ai pas vu, en revanche, qu’ils se soient sentis super interpellés par Gillian Anderson. Et, en l’occurrence, elle n’a pas rechigné au propos argumenté, qui suscite contre-argumentation. Mais être, avec d’autres, une voix qui crie dans le désert, ça n’est pas de nature à me déranger. Je n’ignore pas que je n’inverserai pas le cours des choses, mais ce n’est pas ce qui me fera l’approuver pour autant.

    @ Tim Onier : en lien dans le billet. Pourquoi personne ne cherche plus les bonus ? ;-)

  • Pas tout à fait d’accord avec les commentaires plus haut sur le rôle vendeur et attrayant de la nudité. C’était vrai il y a encore peu, mais comme vous le dites, il n’y a plus de pudeur (dans les médias hein, dans la vei de tous les jours, les reliquats de culture judéo-chrétienne sont toujours là, bla bla bla…) Mais s’il n’y a plus de pudeur, alors qu’apporte la nudité? Il n’y a pas là de barrière à briser (pour les plus batailleurs) ni de dépassement de soi ou … enfin, il n’y a plus rien. Sinon la vacuité du narcissisme. Même l’action de com’ sera bien vite oubliée, rangée dans les archives de tous les nus du web. [au passage j'adore le culs nuls!] On clique, on lit (ou pas) c’est indéniable, mais on ne retient pas. Qu’on s’appelle Koz ou pas.

    Et pour revenir sur le devant de la scène en avilissant une action vouée à la charité, il n’y a pas que les photos! Repensez à la chanson des Fatals Picards : « C’est l’histoire d’une meuf »

    PS : Juste, sur la forme, « Je vais encore passer pour un vieux con » sonne tellement bien, plutôt que « Je vais encore faire vieux jeu » !

  • Merci à Scons Dut, pour l’article sur les Femens, qui m’a fait hurler de rire.

    « Par ce double déplacement, elle usent de cette puissance d’agir définie par Judith Butler : elles proposent une redéfinition sémiotique du corps des femmes dans les sociétés du 21e siècle, corps qui désormais, à demi-nu et coiffé de couronnes de fleurs, se fait écritoire et gueuloir. »

    « Elles construisent un corps inassujettissable, qui est le corps-discours du refus de l’assignation à des places prescrites et dominées. « 

    Ah c’est trop bon. Tout ça pour des meufs qui se mettent à poil pour faire parler d’elles. Les années 70 ont encore de beaux jours devant elles.

    Dommage que la fondatrice mange le morceau dans l’article: « pour qu’une organisation soit entendue, elle doit être populaire »…

  • Alors, Gillian Anderson ne prend pas la pose avec une murène, Koz, mais avec un congre. Oui je sais, tout le monde s’en fout.

    Mais j’y vois finalement une preuve assez puissante de ce que tu dis. Je suis allé chercher un diaporama de cette campagne sur la surpêche sur le site de BFM TV. Une légende générale, indiquant que la campagne est censé attirer l’attention sur des bestiaux manquant de glamour. Dans la légende de chaque photo, le nom de la star, mais pas celui de la bestiole.

    C’est vraiment les poissons, le sujet de la campagne ?

  • Et pendant ce temps là, à Bruxelles, les députés européens ont rejeté l’interdiction de chalutage… Pauvre Gilian Anderson, qui s’est mise toute nue pour rien ;) http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2013/12/10/97002-20131210FILWWW00339-chalutage-bruxelles-rejette-l-interdiction.php Encore que, reconnaissons que le vote est serré (342 voix contre 326)

    Et dans le même temps, ce pauvre Wauquiez qui dit que sa réponse sur Youporn c’était de l’humour…. http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2013/12/10/97001-20131210FILWWW00245-youporn-de-l-humour-selon-wauquiez.php

    Décidément, drôle de semaine non ?

  • Votre article m’a rappelé cette phrase que je trouvais si pertinente : « Les musulmans semblent éprouver un sentiment de puissance virile à voiler leurs femmes, et les Occidentaux à les dévoiler », écrivait l’essayiste marocaine Fatema Mernissi dans Le Harem et l’Occident (Albin Michel, 2001). Et également, cet article « Femen partout, féminisme nulle part » de Mona Chollet : http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2013-03-12-Femen Je suis autant exaspérée que vous pour les mêmes raisons que vous décrivez. Cette réduction de la pensée, cette absence de réflexion, comme si tout discours argumenté, si toute oeuvre de mise en forme d’un raisonnement devaient être aboli de la sphère publique.

  • Bonsoir encore,

    avec une nuit de plus de réflexion, il me semble Koz que tu trouves la médiocrité aussi parce que tu la cherches.

    Une simple consultation de la « home page » d’un journal international me parle de la mort de Mandela, de la lutte d’influence entre la Russie et l’Europe en Ukraine, des conséquences des nouvelles technologies sur la vie privée, des manoeuvres politiques dangereuses en Asie du Nord-Est qui pourraient bien déclencher un jour une guerre nucléaire, ou du développement (enfin) d’une grande partie de l’Afrique. Bref, rien qui ne sente spécialement la médiocrité.

    Et à la cantine au travail, on parle de la difficulté de construire une famille, de comment changer notre façon de travailler pour rester ‘au niveau’, du coût des études, de la façon d’organiser les fins de carière pour que tout le monde y trouver son compte, des freins aux carrières des femmes, bref, rien de spécialement décadent.

    A mon avis, tu gagnerais à « faire un break » avec le sujet des « valeurs morales » pour quelques semaines, allez, même quelques mois. Tiens, pourquoi ne t’astreins tu pas à une abstinence de tout média français ? Juste pour un moment…

  • @ Logopathe: Ah la la. Puisque tout le monde ici, ou presque, évoque la pudeur, il aurait mieux fallu vous garder de nous montrer votre grossièreté en riant d’une chose parce que vous ne l’avez pas compris :) M’enfin, que puis-je faire quand quelqu’un a tort sur Internet ?

    Je vais le redire, je ne m’occupe pas des Femen. J’évoquai les discours de corps nus en général. Je dis simplement que c’est un champ vaste et complexe, et que le billet de Koz n’a pas montré cela. Il s’est contenté d’évoquer des exemples qui lui semblent non pertinents, ainsi que la supposée décadence générale de notre société (+1 pour Uchimizu sur ce point).

    Bref, quand il s’agit de corps nus, la plupart des commentateurs ici sont incapables de voir autre chose que des significations sexuelles (sans parler des représentations surannées du corps des femmes comme témoins de leur fragilité, etc.). Dit autrement, ils pensent « corps nus pour une cause = sexe qui fait vendre donc dévalorisation de la cause ». Désolée, mais c’est trop léger.

  • @Scons Dut: pardon si mon impudeur vous choque, ce n’était pas le but. Il n’y a rien de bien compliqué à comprendre dans le texte vous mettez en lien; c’est le contraste entre la relative élaboration de l’analyse et la simplicité de l’objet qui est drôle. Je sais faire preuve de nuance quand ça s’impose. Mais je sais faire la différence entre la nuance et l’enculage de mouches.

    Voir dans l’activisme des Femens autre chose que de la provoc à deux balles, c’est un exercice intellectuel certainement intéressant quand on a le temps; mais j’ai un peu passé l’âge. Comme vous le dites vous-même, « quand il s’agit de corps nus, la plupart des commentateurs ici sont incapables de voir autre chose que des significations sexuelles ». Et ça n’est pas vrai que des « commentateurs ici ». Le message de la nudité féminine, dans notre civilisation, est massivement sexuel. Celles qui l’émettent ne peuvent pas l’ignorer, et ne l’ignorent manifestement pas. A partir de là, le sous-texte, si subtil soit-il, n’est que bruit parasite. Allez, je vous accorde l’aspect « amazones guerrières », revivifié par la nana du jeu vidéo dont j’ai oublié le nom. Mais leur attrait est, là aussi, sexuel. (Le coup de la fragilité, en revanche, c’est de la branlette d’intello, je ne vois pas qui peut avoir une impression de fragilité face à ces hystéros).

    Sinon, plutôt d’accord avec Uchumizu.

  • En fait j’ai autant de doutes sur la cohérence idéologique des Femens que sur celle de Dieudonné, c’est vous dire comme je les prends au sérieux.

  • @ Logopathe: Je vais le redire: je ne soutiens PAS les Femen, et l’article que j’ai donné ne les soutient PAS non plus; ce n’est pas le sujet que cet article et moi examinons.

    Le sujet est: discours (au sens large, paroles, écrits, marquages, etc.) impliquant des corps nus.

    Vous l’avez dit: un corps nu fait converger un ensemble de représentations sexuelles (et d’autres). La question est: pourquoi et comment ?

    Je trouve la réponse « le sexe fait vendre » trop rapide, trop superficielle, et n’expliquant rien.

    C’est tout ^^

  • Mais, oui, j’ai bien compris que vous ne défendiez pas les Femens (ni l’article). En fait j’essayais de dire, avec beaucoup de mots et de façon maladroite, ce que Koz a résumé d’une très belle citation.

  • @Scons Dut

    Beaucoup de blabla dans cet article que vous nous citez, quand même, et je peux comprendre la réaction de Logopathe. Là où j’ai failli le rejoindre dans l’hilarité, c’est au moment de la conclusion. Cette philosophe qui nous chante – un rien pompeusement – les louanges canailles de « la petite vertu discursive »…

    Tenez, reprenez le commentaire initial de Logopathe, en tant que performance sémiotique globale, dépassant le plan strictement discursif par l’intégration d’une vulgarité et d’une hilarité à vocation transgressive. Ca passe tout de suite mieux.

    Sinon, sur le fond, j’y note essentiellement deux formes de justifications aux actions des Femen : – Elles chercheraient à se réapproprier le corps nu, en le déplaçant hors du contexte qui lui serait imposé par notre cadre patriarcal, en en faisant un instrument de lutte et non de soumission. – Il faudrait voir leurs actions comme des « performances », permettant de dépasser le simple discours. Le corps le cri, tout le bordel deviendrait lui-aussi porteur de message, permettant notamment d’exprimer l’indicible.

    Ces deux points me paraissent complètement « hors-sol » lorsqu’on les confronte à la réalité de l’action des Femen.

    Je peux tout à fait comprendre le premier point (je l’avais même défendu sous un autre article de Koz en 2011), lorsque le sujet est effectivement l’objetisation des femmes. Le premier combat des Femen était du reste contre le proxénétisme, si je me souviens bien. Elles ont depuis largement dérivées vers d’autres sujets, et cette justification apparaît désormais totalement absurde, sauf à considérer qu’à peu près tout peut être ramené au problème de l’assujettissement des femmes.

    Pour le deuxième point, je suis prêt à reconnaître comme Gwynfrid une forme d’efficacité aux « performances » des Femen. Je peux même y voir une forme de sophistication dépassant le simple « on se fout à poil ». Reste que le fait que les modes d’action varient peu avec les causes défendues devrait nous interpeller, quand même. Tout ce tintamarre, fut-il élaboré, n’est efficace qu’en terme de construction de marque (c’est l’auteur de votre billet qui lâche le mot). C’est cette image de marque qui finit par dicter sur quelles causes on doit placer le « produit Femen ».

    Bref, on avait déjà des groupes « révolutionnaires » pour qui c’est la lutte qui devient une fin en soi, pas son objet. Là, on pousse encore d’un cran le nombrilisme puisque c’est la façon même de lutter qui devient centrale.

  • Je le met dans un autre commentaire, parce que c’est un autre débat et qu’il est assez annexe.

    Je trouve par contre très pertinente la vision de la nudité comme représentation de la vulnérabilité. Pas forcément dans le cas des Femen (quoi que, poser en victimes, elles savent faire, aussi) ,mais dans de nombreuses situations.

    Et balayer l’argument comme sexiste me parait à la limite du procès d’intention. Bien sûr que le corps masculin nu peut représenter la fragilité. D’autant plus, même, que leurs organes génitaux, externes, sont particulièrement « exposés ».

    Je veux dire, prenez ces photos d’hommes à poil à tour de calendrier, et 90% sont en train de se masquer les organes comme des joueurs de foot sur un coup franc. Si, sémiotiquement, ça ne vous évoque pas la vulnérabilité, je ne peux plus rien pour vous.

  • @ Vivien:

    On vous montrerait les équations de la gravitation, vous ririez de tant de complications pour simplement expliquer qu’il fait tantôt jour tantôt nuit (i.e. la Terre tourne autour du Soleil).

    Pour le reste de votre commentaire, vous faites une erreur au moment où vous pensez lire deux formes de « justification des actions des Femen ». J’ai déjà répété 3 fois que ni l’article, ni moi, ne cherchons à légitimer les actions des Femen. Il ne s’agit pas de justifier. Mais de voir comment ça fonctionne.

    Je conseille à ceux qui voudraient lire l’article (http://penseedudiscours.hypotheses.org/11603) de le faire sans y voir une quelconque légitimation des Femen. On peut discuter ce texte. Mais le rejeter en bloc, comme précédemment, ce n’est pas fair-play.

    Mais tout le monde est libre de préférer la théorie de l’alternance du jour et de la nuit à celle de la gravitation. Après tout, la première n’est même pas fausse.

  • @ Vivien : j’ai beaucoup de sympathie pour Jean-Marc Barr. Mais quand je vois Gillian Anderson ou Aure Atika, ainsi que d’autres « personnalités » qui me sont pour le coup totalement inconnues, je ne vois effectivement qu’un coup de com’. Paradoxalement, il est renforcé par le fait que la campagne est vendue avec un « des personnalités posent nues », alors même qu’elles sont juste torse nu et, pour les femmes, les seins cachés, ce qui n’est pas dramatique.

    @ Uchimizu : je veux bien prendre l’objection, parce que l’on a toujours besoin d’une piqûre de rappel. Je la crois toutefois infondée, au regard notamment des productions de ce blog, comme de ce que je vois par ailleurs et de ce que serait vraiment « rechercher la médiocrité« . Cette médiocrité est réelle, et elle nous est imposée médiatiquement. Passer aux medias étrangers, c’est certainement complémentaire et essentiel pour quelqu’un qui comme vous ne vit pas en France. Mais, pour ma part, c’est bien dans le contexte français que je m’exprime.

    Vivien a écrit :

    Je peux même y voir une forme de sophistication dépassant le simple « on se fout à poil ».

    Sous la réserve toutefois que s’accroupir en pleine rue, baisser culotte et pisser sur une photo ne relève pas franchement de la « sophistication ». Mais c’est là un point de vocabulaire.

    Enée Manzoni a écrit :

    otre article m’a rappelé cette phrase que je trouvais si pertinente : « Les musulmans semblent éprouver un sentiment de puissance virile à voiler leurs femmes, et les Occidentaux à les dévoiler », écrivait l’essayiste marocaine Fatema Mernissi dans Le Harem et l’Occident (Albin Michel, 2001).

    Oui, et précisément, ce type de campagnes ou de comportements, me laisse toujours un goût amer en pensant à ces autres cultures (pas seulement musulmane). Que répondre à un musulman qui me dirait : « on voile peut-être nos femmes mais vous montrez leur cul partout ? ». Oui, oui, faire un couplet sur la liberté et tout… Mais quand une femme voilée me dit qu’elle le fait librement et par pudeur, certains m’en voudront peut-être mais je le comprends. Je l’ai déjà raconté ailleurs, mais j’ai été frappé récemment par la confrontation de deux images, près de mon cabinet. Celle d’une jeune fille habillée avec un collant tellement moulant et légèrement transparent qu’on avait vraiment l’impression de la voir nue, et celle de deux touristes voilées qui regardaient ça interloquées. Entre les deux mondes, j’aimerais assez que le mien, fait de pudeur sans voile pour autant, soit un peu réactivé.

  • « On vous montrerait les équations de la gravitation, vous ririez de tant de complications pour simplement expliquer qu’il fait tantôt jour tantôt nuit (i.e. la Terre tourne autour du Soleil). »

    Non. Je me permet de vous faire remarquer que c’est la deuxième fois que vous prenez, par défaut, votre interlocuteur pour un crétin avant de vous intéresser un tant soit peu au fond de sa pensée.

    « Pour le reste de votre commentaire, vous faites une erreur au moment où vous pensez lire deux formes de « justification des actions des Femen ». J’ai déjà répété 3 fois que ni l’article, ni moi, ne cherchons à légitimer les actions des Femen. Il ne s’agit pas de justifier. Mais de voir comment ça fonctionne. »

    Oui, je vous lis, et pour la troisième fois, je me permet de ne pas être d’accord avec vous. Pas vous concernant (ça, je ne me permet pas), mais concernant l’article que vous citez. J’y vois au minimum une indulgence coupable vis à vis de ces pauvres Femen qui seraient injustement caricaturée, dont on dévaloriserait sans réfléchir les modes d’actions.

    Bref, une personne intelligente qui s’encanaille, je reprend le terme, à réfléchir sur des crétineries pour lesquelles elle éprouve au minimum une certaine sympathie.

    J’ai utilisé à dessein ce terme de « justification », sachant que vous ne l’accepteriez pas, mais parce que c’est exactement ce que j’y ai lu.

  • Je me dis, comme ça, que si je demandais aux dernières VIP qui ont eu la gentillesse de prêter leur image au Secours Catholique dans une campagne de pub de poser nus, je ferais un carton. Bon, je vous rafraichis la mémoire ? C’était Marie-Christine Barrault et PPDA.

  • @ Vivien:

    Oh non non, je ne prend personne pour un crétin. Je l’aurais fait si j’avais failli éclater de rire à la lecture de son commentaire.

    « J’y vois au minimum une indulgence coupable vis à vis de ces pauvres Femen qui seraient injustement caricaturée, dont on dévaloriserait sans réfléchir les modes d’actions. »

    Je ne vois pas en quoi l’article de M.-A. Paveau serait « coupable » d’un tel forfait. Je crois que vous êtes coupable d’un procès d’intention.

    Ce qu’elle fait dans ce billet, c’est essayer par l’analyse de déterminer les caractéristiques des discours (au sens large) des Femen. Prenons un exemple de question très simple: Comment se dénudent-elles ? On voit des corps dont le buste seul est nu la plupart du temps, ce buste portant des inscriptions au marqueur gras. Voilà, une réponse suffisament précise à la question. Maintenant, est-ce que cet emploi des corps nus est comparable à d’autres cas (e.g. cas de la protection des grands fonds marins) ? Je n’en ai pas l’impression. Vous voyez bien qu’à ce niveau rudimentaire de l’analyse, il y a déjà des distinctions à faire.

    Bon, maintenant, mettons que l’analyse soit terminée. Croyez-vous que parce que nous avons analysé ces discours, nous devrions les soutenir ? Non pas forcément. Au mieux, nous pourrions utiliser les résultats de l’analyse pour se former un jugement droit. Jugement qui pourrait aller dans un sens ou dans l’autre selon, justement, les résultats de l’analyse, ou encore selon d’autres critères.

    Bref, on peut tout à fait trouver illégitime un ensemble de discours, et, par la même occasion, l’analyser.

    Par ailleurs, je citai l’article de M.-A. Paveau comme exemple d’analyse de discours employant des corps nus, l’exemple portant (à mon grand dam, mais je ne le savai pas encore) sur les Femen. Et celui-ci m’a semblé plus fin que ce qui a pu être dit ailleurs. Il a surtout l’avantage de montrer que l’analyse de l’objet « Discours employant des corps nus » relève d’une tâche encore plus vaste. Cet objet ne se réduit sûrement pas au leitmotiv « sexe vendeur ». Il y a un pan entier de la recherche universitaire qui s’y consacre, après tout (mais bon, on peut aussi le considérer comme de l’enculage de mouche; c’est dommage).

    PS: l’article cité fait partie d’une série d’articles sur l’emploi des corps comme signes discursifs http://penseedudiscours.hypotheses.org/11490

  • @Scons Dut

    Je ne prend personne non plus pour un crétin, et certainement pas M.-A. Paveau. Par contre, j’avoue, je la trouve un peu ridicule, notamment dans sa conclusion. Je peux aussi comprendre que vous vous sentiez un peu vêxé de cette appréciation si vous avez aimé ce texte, et j’aurais, comme Logopathe, put y mettre plus de gants.

    Ensuite, il sera difficile de régler notre différence d’appréciation sans une exégèse complète du copieux billet de M. A. Paveau. Je trouve quand même qu’il y manque la mise à distance du sujet que j’attend d’une analyse neutre, comme vous la décrivez. Et quand bien même, le choix d’un sujet est rarement complètement neutre. Lorsque l’on cherche à tout prix à donner du sens à ce qui n’en a pas, on est justement, dans le registre de la justification.

  • Nelson Mandela a sauvé son pays en pardonnant à son geôlier. Par cet acte d’amour d’une puissance infinie, il a rendu possible la réconciliation.

    Et il n’a même pas montré sa bite, ce has been.

  • Koz a écrit :

    Cette médiocrité est réelle, et elle nous est imposée médiatiquement. Passer aux medias étrangers, c’est certainement complémentaire et essentiel pour quelqu’un qui comme vous ne vit pas en France. Mais, pour ma part, c’est bien dans le contexte français que je m’exprime.

    Bonjour,

    je vis aussi en France depuis plus de 5 ans. Mais j’estime que les journaux de qualité les plus proches de mon domicile sont à Londres.

    Il me semble que l’on a tout à perdre à passer trop d’énergie sur la médiocrité du petit monde politique et journalistique français. D’abord parce que de moins en moins de choses sont décidées en France. Et puis parce que le milieu politique est de plus en plus en décallage avec la grande majorité du pays, qui me semble beaucoup moins décadente que ce que tu décris.

  • Uchimizu a écrit :

    Mais j’estime que les journaux de qualité les plus proches de mon domicile sont à Londres. Il me semble que l’on a tout à perdre à passer trop d’énergie sur la médiocrité du petit monde politique et journalistique français. D’abord parce que de moins en moins de choses sont décidées en France. Et puis parce que le milieu politique est de plus en plus en décallage avec la grande majorité du pays, qui me semble beaucoup moins décadente que ce que tu décris.

    Je suis du même avis sur le fait -bien triste constat – que la presse française est pathétique et que si l’on veut une information de qualité il faut se tourner vers la presse étrangère. Je ne partage pourtant pas les conclusions.

    Mon but (et à l’évidence celui de Koz) n’est pas d’obtenir uniquement une information de qualité pour mon édification personnelle – même si c’est nécessaire, ce n’est pas suffisant. Or la grande majorité de mes concitoyens ne s’intéresse guère à cette presse étrangère. Et la classe politique pas beaucoup plus. Lire la presse française est indispensable, peut-être pas pour qui veut savoir ce qui se passe en France et dans le monde de façon éclairée, mais pour savoir ce que pensent les gens en France (en partie parce que ces médias précisément influencent, de façon très forte, ce que pensent les gens) et également ses dirigeants – quelles que soient ses qualités (médiocres à mon humble avis), le Monde est, de fait, considéré comme LA référence par une écrasante majorité de nos classes dirigeantes ; pour savoir comment ils pensent, il vaut mieux savoir ce que dit le Monde. Même si c’est pour qu’il y ait une critique derrière.

    Et la remarque comme quoi « ça ne se décide plus en France » me paraît une triste pirouette pour se désintéresser de ce qui néanmoins s’y décide encore.

    Bref. Pour quelqu’un qui veut s’informer sur les faits, tout ceci est temps perdu, peut-être. Pour qui veut s’informer sur les êtres (et notamment ceux qui forment avec moi cette communauté qu’on appelle « la République Française »), tout ceci est nécessaire. J’ai la naïveté (?) de penser que les deux sont complémentaires.

    A part ça, pour revenir de plus près au sujet du billet, je partage cette consternation de l’omniprésence de l’argument marketing (le cul en tête – pardon pour l’incongruité anatomique que cela induit) au détriment du « propos argumenté ». Mais n’ai guère de remède miracle à proposer, à part peut-être de commencer par apprendre dans les écoles des choses qui se rapportent plus à l’étude des faits et à la réflexion qu’à l’éducation sexuelle. En France en tout cas, je ne connais personne qui ait attendu après l’école pour être tout à fait édifié sur ces sujets !

  • Vivien a écrit :

    Par contre, j’avoue, je la trouve un peu ridicule, notamment dans sa conclusion. Je peux aussi comprendre que vous vous sentiez un peu vêxé de cette appréciation si vous avez aimé ce texte, et j’aurais, comme Logopathe, put y mettre plus de gants.

    Oui, bon, c’est vrai. Mais je n’ai pas menti non plus: l’article m’a fait rire. J’ai trouvé qu’il y avait quand même une certaine cuistrerie dans le jargonnage.

    J’écris des choses ridicules à longueur de journée, je suis payé pour ça, du coup j’ai peut-être perdu toute notion d’amour-propre en lien avec l’écrit.

  • @ Logopathe:

    Trouvez ce que vous voulez. Il n’empêche que vous vous contentez de dire votre impression sans argumenter. Vous dites quelque chose comme « il y a un décalage entre son jargonnage et ce qu’il y a en réalité ». Alors, donnez ce « ce qu’il y a en réalité ». Si vous vous contentez de dire « sexe vendeur », vous ne serez pas étonné qu’on ne vous donne pas la palme de la réflexion intéressante.

    La question est: est-ce que tous les emplois des corps nus se réduisent au leitmotiv « sexe vendeur » ? N’y a-t-il pas des distinctions à faire, des analyses à mener, etc. Personne ne voit que « sexe vendeur » est un lieu commun, quelque chose qui n’est même pas faux ?

    On voit dans les commentaires précédents des lamentations quant à la piètre qualité des débats, au manque d’argumentation, etc. bref, encore un tas de poncifs. Et dès lors qu’on propose une piste, que n’a-t-on pas fait ?! C’est du jargonnage, du verbiage, c’est tellement abstrait qu’on perd le problème de vue, etc. bref, un deuxième tas de poncifs.

    Je ne suis pas vexée sous prétexte qu’on aurait moqué quelque chose à laquelle je serais attachée par je ne sais quel sentiment confus. Non, je suis simplement agacée de cette posture consistant à proférer l’imbécilité de la société d’un côté, et à se lover dans une paresse intellectuelle bien confortable de l’autre.

    Je peux, au contraire, vous donner un exemple de verbiage flagrant

    « J’écris des choses ridicules à longueur de journée, je suis payé pour ça, du coup j’ai peut-être perdu toute notion d’amour-propre en lien avec l’écrit. »

    Voilà bien une phrase bien pompeuse, l’auteur s’y vante d’avoir perdu tout amour-propre, quel oxymore. Bien entendu, pourra-t-il passer outre aussi facilement ce reproche ? Par esprit de contradiction, sans doute.

  • @ Scons Dut (@SconsDut) : votre agacement est compréhensible. A l’égard de Logopathe ou à mon égard. Pour autant, comme je l’ai déjà dit, je ne suis pas fermé à l’idée qu’utiliser le corps nu puisse avoir du sens. Mais, en l’occurrence, aucune des initiatives que j’ai mentionnées ne me semble se rattacher à un discours sensé. A mon sens, les Femen ne font qu’habiller (hu hu hu) une démarche de pure agit-prop et d’instrumentalisation médiatique d’un discours censé conférer du sens à leur mode d’action. Les calendriers des étudiants et Gillian Anderson ne sont pas davantage de nature à me convaincre.

    Ce que fait Spencer Tunik, par exemple, peut avoir un sens et, d’une certaine manière, si c’était utilisé dans le cadre de telle ou telle campagne, cela serait possible.

    Mais je n’ai pas d’exemples en tête de campagnes dans lesquelles je ne perçoive pas la simple activation du réflexe voyeuriste / coquin : on va voir des femmes nues et, accessoirement, on lira la raison pour laquelle elles sont à poil, cette fois.

  • Hé hé… Je fanfaronne, oui, mais non, je ne me vante pas. Je gagne ma vie, c’est tout. Et ça me gonfle. Et ça me pose des problèmes existentiels et moraux, mais je ne suis pas là pour les étaler.

    Votre insistance m’amène à analyser plus en profondeur mon agacement vis-à-vis de l’article. Je pense qu’il repose sur deux éléments: la pertinence même de l’objet d’étude, et la nature du raisonnement.

    Sur le premier point, je crois que j’ai déjà répondu: pour moi, les Femens font un truc très basique, se mettre à poil pour attirer l’attention. Comme des adolescentes (qu’elles sont quasiment, d’ailleurs), elles aimeraient qu’on voie dans leur geste quelque chose de très intéressant, très subtil, très inédit, avec un discours très construit, que nous les grandes personnes ben on comprend rien quoi. Je ne tombe pas dans le panneau. L’auteur de l’article, si.

    Nous ne sommes donc pas d’accord sur la pertinence de l’objet. Avoir des débats de qualité, oui. Mais tous les débats ne se valent pas. D’autant qu’à vouloir détailler le sous-texte supposé de la nudité des Femens, on se focalise sur l’accessoire (un pseudo discours confus, mouvant et incohérent) au détriment de l’essentiel (des gamines exaltées qui veulent faire parler d’elles). C’est un peu comme quand les médias font semblant de voir dans les manifs lycéennes autre chose qu’une poignée de meneurs téléguidés par leurs formations syndicales, conduisant dans la rue une masse de gamins qui ont juste envie de sécher les cours.

    Sur le deuxième point, je n’entrerai pas dans les détails; ça nous entraînerait vraiment trop loin du thème du billet. Je dirai juste que la méthode associative de l’auteure, certes inhérente à sa discipline, me paraît peu compatible avec l’exigence intellectuelle d’un discours scientifique. Elle permet de dire un peu tout et son contraire. Mais c’est une critique que je formule à l’encontre d’une large part des chercheurs en sciences sociales, en particulier français. Etalage d’érudition, hypothèses gratuites, libres associations, sauts logiques… A mon sens, il y a longtemps que l’esprit de corps l’a emporté sur la rigueur intellectuelle dans les processus d’évaluation (officiels ou tacites) des travaux.

    Donc voilà, on n’est vraiment d’accord sur rien, sur ce coup-là… Mais on s’en remettra!

    Bonne suite.

    (sur le jargonnage, pouvez-vous m’expliquer la différence entre la citation de Butler dans l’article « série d’hiver – ces corps qui parlent »: “Il existe […] un ensemble de réponses inédites que le sujet délivre à propos des normes, en assurant le cours, les déplaçant également, au point qu’il est possible de parler d’un pouvoir de la vie sur les normes, dont la figure de la contestation peut sembler, à première vue en tout cas, emblématique” … et la phrase « les individus contribuent à façonner les normes sociales »?)

  • Koz a écrit :

    A mon sens, les Femen ne font qu’habiller (hu hu hu) une démarche de pure agit-prop et d’instrumentalisation médiatique d’un discours censé conférer du sens à leur mode d’action.

    Le thème central des revendications des Femen me semble être la féminité, et les seins ont, quelque part, à voir avec la féminité. L’artifice n’est donc pas gratuit et la symbolique, dans le cas des Femen, est pertinente.

  • @ Logopathe:

    Votre remarque sur le manque de rigueur intellectuelle dans les sciences sociales (vous avez sans doute entendu parler de l’affaire Sokal) n’est pas tout à fait rigoureux, puisque vous concluez l’inanité de l’article à partir d’un préjugé s’appliquant à l’ensemble des sciences humaines (vous dites « inhérente à sa discipline »). Puisque de l’existence de certains cas particuliers d’imposture (aussi nombreux soit-il), on ne peut déduire l’universalité de ce trait.

    Vous faites une erreur sur l’objet d’étude de l’article de M.-A. Paveau. Vous persistez à y voir une espèce de révélation savante du message que les Femen veulent diffuser, et vous croyez que l’auteure cherche à valoriser le message des Femen en lui appliquant un vernis d’apparat.

    Encore une fois, ce n’est pas ce qu’elle fait. Elle observe les actions des Femen, et décrit comment fonctionne leur nudité sur le plan du discours. Discours est un mot vaste, et ne correspond pas uniquement « ensemble argumenté de phrases ». Ici, il s’agit plutôt d’ « ensemble organisé de signes » (les signes pouvant être graphiques, sonores, corporelles, etc …). Pour simplifier, très grossièrement, le schéma d’une situation discursive peut être vue comme une certaine relation entre un émetteur (ici, les Femen), un récepteur (spectateurs, auditeurs, etc.), le message, et le medium (ici, une certaine forme de nudité). Il s’agit alors de décrire ces entités, et leurs relations. Voilà ce que je veux dire quand j’affirme qu’elle « décrit le fonctionnement de la nudité chez les Femen ». Elle n’est pas en train de les soutenir, ou je ne sais quoi.

    Il me semble, par rapport à vos commentaires précédents, que les sauts logiques que vous voyez sont uniquement dûs à votre ignorance de certaines définitions, de certains concepts d’un domaine. On ne peut pas tout savoir après tout. Mais de là à conclure, de manière péremptoire, à l’inanité d’un sujet ! La rigueur intellectuelle exigerait de poser des questions directement, e.g. « je ne comprends pas ce passage » etc. Comme celle à la fin de votre billet, quoique il me semble surtout (je peux me tromper) que vous essayez de me tacler. Auquel cas, ce serait assez malhonnête de votre part.

    Alors vous me demandez la différence entre la citation de Butler et le résumé que vous en donnez. Et bien, dans votre résumé, vous perdez énormément d’information; il ne s’agit donc même pas d’un résumé à proprement parler. Dans la citation de Butler: – il y a un sujet (ce n’est pas identique à un individu) et des normes – des réponses inédites du sujet face à ses normes – ces réponses pouvant soit assurer le maintien de ces normes – soit les déplacer (c’est le seul endroit que vous résumez) – Cette capacité de réponse a pour archétype, la figure de la contestation

    Votre phrase dit simplement que les individus contribuent à façonner les normes. Vous ne précisez pas comment ils y contribuent: est-ce par ajout successif de nouvelles normes, d’une manière douce ? comment sont-elles produites ? Et votre phrase n’évoque pas du tout la figure de la contestation qui est justement ce pour quoi cette phrase a été citée par M.-A. Paveau.

    Voilà.

  • Scons Dut (@SconsDut) a écrit :

    Votre remarque sur le manque de rigueur intellectuelle dans les sciences sociales

    Je ne parle pas du manque de rigueur des sciences sociales, mais de la sémiologie et de l’étude du discours telle que vous la décrivez plus bas; j’ai aussi en tête les études de genre. Mais effectivement ce n’était pas clair dans mon message.

    Par exemple la comparaison avec les femmes promenées nues au moyen-âge, présentée comme une hypothèse peut-être un peu hardie, ne m’apparaît que comme un truc qui lui est passé par la tête à ce moment-là. C’est une imagerie largement inconnue du public, je vois mal comment elle aurait la moindre influence sur le discours.

    Scons Dut (@SconsDut) a écrit :

    vous croyez que l’auteure cherche à valoriser le message des Femen en lui appliquant un vernis d’apparat.

    Non, je ne crois pas qu’elle défende particulièrement les Femens, c’est Vivien qui pense ça. Je connais bien le truc de l’émetteur, du récepteur et du message, qui est une base des sciences de la com. Je trouve juste que ça n’est pas maîtrisé du tout ici.

    Sur le résumé, certes, ma phrase laisse de côté plusieurs étapes du raisonnement; il me semble néanmoins que celle de Butler est volontairement et inutilement cryptique. La différence entre sujet et individu, je vous l’avoue, m’échappe largement dans ce contexte. Si vous préférez, on pourrait dire que les individus interagissent avec les normes pour les conserver et, parfois, les modifier. Il me semble cependant que votre exégèse oublie le « au moins en apparence », qui est ce qu’il y a de plus pertinent dans la phrase!

  • Bien évidemment, on ne peut pas attendre de l’analyse du discours qu’elle se soumette aux canons de la recherche en biologie par exemple. Pour autant, on ne peut pas lui dénier, du moins dans les travaux de qualité, de s’en tenir à l' »exigence intellectuelle d’un discours scientifique », si tant est que que l’on admette donc qu’elle repose sur une épistémologie spécifique (notamment fondée sur une approche herméneutique des phénomènes – Paveau procède à une interprétation des signes produits par les Femens) et qu’elle produit elle-même un discours (dont le critère de pertinence n’est pas celui de la vérité mais de la vraisemblance). Mais, s’agissant donc de ce texte, je ne suis même pas certain que Paveau ait eu l’intention de faire quelque chose de définitif, de « scientifique », sur les Femen, elle fait simplement part de ses réflexions d’analyste du discours dans un format court afin d’éclairer d’un « certain point de vue » ce phénomène.

  • Bonjour,

    A l’évidence, cette affligeante déclaration de Wauquiez procède de son souhait d’apparaître comme proche de ce qu’il imagine être le grand public.

    Au lieu d’aller chez Ardisson, il aurait plutôt dû lire Gracian : « Pour être respecté, il ne faut pas être trop aimé. L’amour est plus hardi que la haine, l’affection et la vénération ne s’accordent guère ensemble : et quoiqu’il ne faille pas être trop craint, il n’est pas bon d’être trop aimé. L’amour introduit la familiarité, et à mesure que celle-ci entre, l’estime sort. Il vaut mieux être aimé avec respect qu’avec tendresse ; tel est l’amour que demandent les grands hommes ».

  • En ce qui concerne les calendriers nus, ce n’est pas le nu qui fait vendre pour la cause, mais c’est le contraire. C’est la cause qui fait vendre le calendrier nu.

    Le but est de faire un calendrier nu et d’utiliser la cause pour le vendre. Beaucoup de clubs de rugby et d’universités britanniques produisent un calendrier nu (mais pas seulement, brigades de pompiers, associations d’agriculteurs, etc.). Même des membres de l’équipe féminine de rugby de l’Université d’Oxford en font un calendrier nu (pour une œuvre de charité, évidemment).

    A la base les calendriers sont produits pour récolter des fonds pour le club (il y a toujours besoin de fonds dans un club). Un calendrier avec la photo de l’équipe en uniforme à peine couvre les coûts de production car seulement ceux qui sont sur la photo achètent le calendrier et quelques membres de la famille. Pour intéresser un public plus large (en théorie quelques supporters féminins), on fait un calendrier nu et c’est plus rigolo. Il suffit de mettre les photos en noir et blanc et cela devient artistique et non vulgaire. En plus, étant donné qu’il s’agit de jeunes athlètes, les photos sont plutôt réussies.

    S’il y a un nombre impressionnant de clubs de sport d’universités britanniques qui font des calendriers nus, ce n’est pas toute l’équipe qui y figure. Dans le calendrier du club d’aviron masculin de Warwick il y a une douzaine de participants, mais on peut se douter que le club en compte plusieurs dizaines de membres. Les motivations des personnes pour figurer sur un calendrier nu doivent êtres diverses et variées, mais il y a toujours l’excuse que c’est pour la noblesse de la cause. Je crois que dans le cas de la première équipe de rugby masculine de l’Université d’Oxford, il n’y a qu’un seul joueur qui a été photographié nu devant quelques endroits caractéristiques d’Oxford (pour une œuvre de charité, bien sûr).

    Le calendrier des rameurs de l’Université de Warwick (by the way, une des meilleures universités de droit au monde) a une esthétique homo-érotique. Un certain nombre des participants sont homosexuels. Le photographe probablement aussi. Ce calendrier en particulier, a un succès fulgurant et se vend partout dans le monde (en fin d’année, il y a dix personnes dans le bureau de poste de Warwick qui sont occupés à plein temps pour expédier les calendriers). La majorité des acheteurs sont des hommes. Au début, le but était de récolter des fonds pour le club et non pour une association. Puis, une partie des bénéfices a été donnée à une association combattant l’homophobie. Aujourd’hui, les protagonistes ont créé leur propre association de lutte contre l’homophobie. C’est une association qui par exemple va dans les écoles pour dire aux enfants que l’homosexualité c’est ok. On peut maintenant aussi acheter des vidéos non censurés du tournage du calendrier, etc. On pourrait se demander s’il s’agit de lutte contre l’homophobie ou promotion de la homosexualité ?

    Alors les rameuses de Warwick se sont mises elles aussi à faire leur calendrier nu. Elles ont récolté £ 600 pour la recherche contre le cancer.

    J’ai deux amis anglais dont leurs filles font de l’aviron. L’une est à l’Université de Durham. L’Université de Durham a d’autres méthodes pour récolter des fonds, principalement auprès d’anciens élèves, je n’ai pas vu qu’ils aient un calendrier nu. L’autre fille, dont le père est avocat, est encore au lycée. Cela pourrait arriver qu’elle aille étudier le droit à Warwick. Comme je connais son père (il a quatre enfants, 2 filles et 2 garçons), il serait content que sa fille soit dans l’équipe d’aviron. Je lui demanderai la prochaine fois que je le vois s’il serait content aussi si sa fille participait à un calendrier nu, après tout c’est pour une bonne cause, non ?

    Joyeux Noël !

  • Et si ça se trouve même le nu militant, il est photoshopé, histoire que le crédit de la cause passe d’abord par le crédit esthétique. Cela dit je vais aller chercher la photo de Scully, elle m’a toujours inspiré des pensées penchantes.

  • Bonjour ! J’ai découvert par hasard ce billet après celui sur le consentement du plus fort. J’ai trouvé votre réflexion intéressante, mais vous allez vite du nu au sexe, mais c’est vrai que c’est aussi le sens qu’ont les initiatives que vous citez.

    @ Koz:

    on voit d’ailleurs l’impasse avec les Femen. Pour continuer à créer l’évènement, elles ne peuvent plus se contenter de sortir les seins nus et hurler. Alors, elles tombent dans la fange et se mettent à pisser dans la rue. Comment ne pas voir que l’escalade ne mène nulle part ?

    Un vecteur a toujours un sens et une direction, si la direction est la nudité, quelle est le sens ?

    Il y a « poser nu », « se montrer nu », « se faire voir nu », mais aussi « être nu », être nu comme un nouveau-né, être nu comme un crucifié.

    Ces nudités là ne se montrent pas, elles se révèlent et elles révèlent.

    Le problème des femen n’est pas vraiment leur nudité en fait, mais le sens de leur nudité. Et le sens des femen est un sens qui tourne le dos au Christ, qui est « le premier nu d’entre les morts », si je puis me permettre.

    Cette même nudité, orientée vers le Christ, est un bien autre mystère. C’est le mystère de la Théotokos, qui n’est pas seulement la « mère de Dieu », mais qui est surtout « celle qui a accouché de Dieu », et dans un accouchement, la nudité règne.

    cf. http://illwieckz.net/journal/Mother_with_son (attention, nudité explicite ! ça traite d’accouchement, de sage-femme et de femen).

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