[Grippe et info] TRY TO REMAIN CALM

C’est un défi classique, pour les scénaristes : être à la hauteur d’un premier succès. Le nouvel opus ne bénéficie pas en effet de la même curiosité et, parfois, on surévalue le précédent pour mieux dévaluer le nouveau. Les blagues sont plus laborieuses. Ou bien on aura peur, oui mais un peu moins. La grippe aviaire avait très bien marché. Je me souviens que mon patron de l’époque, dont la panique affleurait sous le calme apparent, tentait de circonvenir un client pour obtenir de lui des équipements de protection complets. Malheureusement pour la grippe même pas porcine, la sauce a du mal à prendre. Alors que la première nous avait occupés plusieurs semaines, avec sa litanie de cas déclarés, au bout d’une seule semaine, on commencerait presque à ne plus avoir peur de cette variante. Tout le monde ne partageait pas mon avis, quand j’exposais ma théorie : on me répondait en effet en hâte que la grippe porcine, c’était différent de la grippe aviaire, en plus grave nécessairement. Eh oui, car le porc est assez proche de l’homme quand la poule est en revanche assez éloignée de la femme, génétiquement.

Mais ce n’est que l’habileté des scénaristes : ajouter le petit élément supplémentaire. Ainsi le massacreur aura deux tronçonneuses, et une petit burette d’huile. Habileté relative, à dire vrai, car la mention du cochon n’a pas peu contribué à dédramatiser la chose.

Il y a, là-dedans, matière à réflexion pour notre système d’information.

Si je me permettais d’ironiser, il y a quelques jours, c’était en souvenir de cette grippe aviaire. Après quelques semaines d’inquiétude généralisée, on s’apercevait que l’on ignorait quand le virus allait muter, sous quelques semaines ou dizaines d’années, pas plus qu’on ne connaissait finalement la gravité. Or ceci n’a pas empêché les medias de reproduire un schéma similaire. Avec des améliorations, pour l’intensité dramatique, comme ces multiples cartes interactives, pour mieux nous représenter l’inexorable progression de la maladie.

Sur nos sites d’information, il faut de la bonne volonté pour trouver les informations rassurantes. Ainsi, comme je le soulignais mardi, du fait que la grippe n’était pas si porcine, ou qu’il n’y avait aucun mort aux Etats-Unis malgré le nombre de cas suspectés. Sur le site du Figaro, en revanche, un entretien est resté en première position ou deuxième position pendant un temps inhabituellement long sur le Net. Son titre, une déclaration d’un professeur de médecine, était évocateur : « je suis très inquiet, la situation est pandémique« . Un autre titre s’était imposé en Une : « OMS : la pandémie est imminente« . Tenez, encore : le titre de cet article change, entre hier et aujourd’hui, et n’annonce plus une stabilisation de la situation au mexique1, mais une transmission de l’homme au cochon, élément nouveau pouvant rehausser l’intérêt du lecteur. Il avait, de toutes façons, déjà été supplanté par un nouvel article, au titre plus « convenable » : « des mois d’attente avant un vaccin contre la grippe A« .

Mais combien d’articles pour se préoccuper de cette véritable question : quelle est la virulence du virus ?

Je revois les regards angoissés de certains de mes interlocuteurs, pour me répondre : « on ne sait pas« . Parce que l’ignorance était nécessairement une mauvaise nouvelle ? Pourtant, avec une attention soutenue, on pouvait relever, aux Etats-Unis, le cas de cet employé de la Banque Mondiale à Washington, qui a contracté la grippe A et en a guéri en quelques jours. En Allemagne, cette infirmière a guéri dans un très court délai. En Italie de même, le malade a guéri très rapidement. En France, le malade hospitalisé à Necker n’y sera finalement resté que deux jours avant de connaître un rétablissement complet. Puisque j’en fais état, c’est que nos medias ont aussi fait état de ces informations. Pourquoi n’étaient-elles alors pas mises en avant de la même manière que l’inquiétude du Professeur Berche ? Car au final, si la situation est pandémique, une pandémie de gros rhumes est aussi une pandémie2.

Pourtant, qui n’a fait le lien avec Alerte, intégrant les pires scénarios catastrophes hollywoodiens ? Qui n’a vu, plus ou moins confusément, des charrettes de corps, des quartiers isolés, des fosses communes ? En fin de compte, la réalité nourrit la fiction qui entretient ensuite la réalité : comme il le souligne, Alerte s’est nourri aux sources de ce que Alain Joannes nomme les « matrices de la désinformation » (voir plus bas), avant de venir nourrir notre imaginaire et de constituer pour certains une source crédibilisant ces dites matrices.

*

Cette affaire de Grippe A illustre quelques constats sur le système d’information :

  • L’information positive ne passe pas. Si certaines rédactions se sont assez rapidement interrogées sur la bonne façon d’informer, entre le risque d’inquiéter à tort et celui de rassurer à tort, les medias semblent avoir fait leur choix, et ce n’est pas uniquement parce que l’angoisse est vendeuse, c’est aussi par une disposition d’esprit à vrai dire très humaine.
  • Et si je ne veux pas savoir ? Il est de bon ton de penser que toute info est bonne, que tout doit être su. Il devient même inconvenant d’imaginer que l’on puisse garder certains informations confidentielles. Pour autant, je me demande de nouveau à cette occasion si, dans un cas comme celui de la crise pas porcine, une info dont je ne peux rien faire est une bonne info. Par la même occasion, il est bien vu aussi de tabler sur l' »intelligence collective« . Bon, disons-le : à l’intelligence collective répond, à due proportion, la connerie généralisée (voir plus bas).

Cela étant, (i) bon ok, la situation est certainement irréversible, faisons avec, désormais, (ii) cette situation rend plus incontournable encore l’intervention d’experts permettant d’interpréter des infos ambigues.

  • Les medias se perdent dans la course du temps. Sur le Net, les pages d’accueil doivent être renouvelées régulièrement. Cela accroît le nombre de visites, comme de visiteurs, et par conséquent permet de présenter de bonnes stats pour les annonceurs. Certains sites se rafraîchissent même automatiquement, pour que la nouveauté ne nous échappe pas, voire même que l’on garde la page en « tâche de fond ». Faut-il pour autant que les sites fassent la course à l’info avec les blogs et autre twitter ou encore facebook, qui fourniraient de l’info en temps réel ? La faible qualité de l’information sur de trop nombreux blogs ou twitters ne devrait pourtant pas inciter les medias à cette course.3.

Il est peut-être naïf de militer pour un ralentissement de l’info, compte tenu de l’impact financier de ce modèle, mais il n’est pas interdit de faire le constat de l’inanité de cette course. Et si cette comparaison n’est certes pas plus raison que d’autres, on pourrait aussi faire le lien avec la crise qui affecte le système financier, également soumis au court-termisme pour des raisons de profit. La « société de modération » pourrait peut-être inspirer aussi l’information.

  • Journalisme pas / encore / mort. Que peut-il arriver de bon à des medias courant après des blogueurs et twitterers qui, ne s’embarrassant pas de rigueur, offrent une pâle mais pédante déclinaison des travers journalistiques4 ? Combien de blogueurs publient de l' »info » non vérifiée, en hâte, pour être les premiers et s’assurer de la visibilité, quand elle n’est pas, tout simplement, bidonnée ? A l’inverse, l’évolution de l’info ne rend-elle pas encore plus prégnantes les valeurs fondamentales du journalisme : vérification de l’info, recoupement ?

A titre d’exemple, sur ce cas de la grippe pas porcine, Alain Joannes réalise un travail très intéressant sur son blog, Journalistiques5. C’est ainsi qu’il s’est notamment efforcé de répertorier des sources d’information fiables en ligne, et de relever les dynamiques de désinformation sur les risques de pandémie6. Sa classification des matrices de désinformation (guerre bactériologique, accident de laboratoire, anti-capitalisme) et de ses vecteurs de propagation (groupes conspirationnistes, mouvance éco-altermondialiste-anticapitaliste, réseaux anti-sionistes, blogs et tweets de faux experts) est précieuse, alors que les théories fantaisistes trouvent dans une telle crise un terrain de prédilection.

Bon, vous avez vraiment que je ponde une conclusion ou elle s’impose d’elle-même ? En tout cas, moi, j’suis crevé, là, et j’ai pas d’obligations, alors j’en fais pas.

rue89_logoEgalement publié sur

  1. cf. l’url []
  2. bien sûr, mon propos est caricatural et l’on s’est inquiétés parce qu’il y a eu, à l’origine, des morts []
  3. On pourrait s’interroger sur une différence de culture entre quotidiens et hebdos. En effet, pas plus que Le Figaro, Libération ne présente aucune info positive sur sa Une à cette heure. Les articles disponibles relatent la contamination de porcs canadiens, ou le fait que la France n’est pas épargnée, ou encore renvoient au dossier intitulé Alerte au Virus. A l’inverse, sur le site du Point, un article directement accessible souligne que le virus H1N1 est moins agressif que prévu, et l’article en haut de page de L’Express mentionne qu’il n’y a aucun cas grave en France. Il y a une double limite à cette idée : (i) celle que les rédactions web sont distinctes des rédactions papier, mais cette différence de traitement s’explique peut-être aussi par une différence de culture au sein de ces maisons et (ii) le fait que les hebdos, on le sait, ne sont pas exempts d’approximations hâtives []
  4. bien évidemment, mes petites cailles, le propos est trop généralisant, mais comme ça, la phrase est plus courte et puis, après avoir allumé les journalistes, pourquoi resterais-je copain avec les blogueurs, hum ? []
  5. trouvé via un twit de Palpitt []
  6. gardez dans un coin de votre navigateur un lien vers sa rubrique « méthodes de vérification«  []

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33 comments

  • Combien de personnes meurent de la grippe (pas aviaire, pas porcine, pas de cheval ni de perroquet hein) en hiver car elles sont fragiles ? combien de personnes meurent du tétanos (car pas vaccinées)? cobien meurent d’overdose ou de crise cardiaque après avoir abusées?… Néanmoins si j’ai appris une chose cette fois-ci, c’est que le principe de précaution est tellement bien fait et les procédures d’avertissement tellement bien rodées pour informer les collectivités territoriales que si on suivait à la lettre tout, il y a de quoi être affolé ! Bonne semaine à tous

  • Oui c’est étonnant de voir à quel point l’information positive ne passe pas. En même temps, vu qu’on ne sait pas, il n’y a pas plus d’information positive que négative non? Il y a une vague histoire de température, et de printemps dans l’hémisphère Nord aussi. En fait, il n’y a pas d’info, enfin, pas autant que les cerveaux enfiévrés par le mot de « pandémie » en voudraient. Pandémie, qui ne veut pas dire que tout le monde meurt, mais qu’il y a des tas de malades un peu partout sur la planète.

    Par contre, Koz, il me semble que tu omets de signaler que si tout le monde tombe malade dans les mêmes 6 semaines, on va avoir du mal à aller acheter le pain, le beurre et la confiture du petit déjeuner. Le chikungunia (enfin, vous voyez ce que je veux dire) n’était pas bien grave non plus, et à la Réunion, ça a fait un peu comme une grosse grève. Enfin, j’y étais pas et j’y connais personne, mais c’est ce qu’on en disait dans les journaux.

  • Lisette a écrit:

    Par contre, Koz, il me semble que tu omets de signaler que si tout le monde tombe malade dans les mêmes 6 semaines, on va avoir du mal à aller acheter le pain, le beurre et la confiture du petit déjeuner.

    Et ?

  • Certes l’information positive ne passe pas, le journalisme court derrière les blogueurs qui eux même courent pour se donner l’illusion d’exister. L’expression libre et foisonnante supplée l’absence d’analyse et de réflexion, le commentaire a remplacé la démonstration, l’affirmation a pris le dessus sur les faits.

    La mesure de précaution est devenue l’alpha et l’oméga de nos politiciens quand elle ne fait que mettre en évidence l’absence de responsabilité, la vacuité de la réflexion.

    Le bloggeur d’aujourd’hui, le journaliste moderne, fonctionnent comme l’Alexandre Dumas d’hier : ils doivent fournir quotidiennement leur quota de mots pour remplir la page en émoustillant le lecteur.

    Alors, effectivement, un virus « potentiellement très dangereux » qui a la gentillesse de ne pas faire trop de mort, de se délocaliser, de toucher les riches comme les pauvres, qui donne l’illusion qu’on peut se barricader pour y échapper mais maintient le suspens d’un ravage mondial potentiel, quelle joie journalistique et politique !

    Rions aujourd’hui de nos travers (sans jeu de mots) , car nous comprenons tous très bien qu’il pourrait en aller autrement avec un virus un peu moins gentil ou naturel.

  • Sur l’information positive, j’aimerai citer l’agence Reporters d’espoirs, qui justement, rassemble et propose les informations « porteuses de solutions ». Le modèle n’est clairement pas dominant, mais je constate que c’est une tendance à laquelle certains ont pensé (plusieurs blogs existent aussi sur le principe des petites infos positives des-bonnes-nouvelles.org par exemple). Et je pense que si le modèle n’est pas dominant c’est justement parce que ce qui excite les gens, ce sont les catastrophes -confrontation avec l’idée de la mort, voyeurisme ?-. Qui sait d’ailleurs si les journalistes ne se sentent eux-mêmes pas plus utiles à alerter (comme des sentinelles du bord du monde) qu’à éduquer et montrer ce qui se construit ?

    k

  • Kwilleran a écrit:

    ce qui excite les gens, ce sont les catastrophes -confrontation avec l’idée de la mort, voyeurisme ?

    D’un point de vue darwinien, on a sûrement de meilleures chances de survie en étant sur-attentif aux dangers (quitte à faire un ulcère et à subir des fausses alertes) plutôt qu’à se bercer de bonnes nouvelles. Les êtres vivants sont probablement sélectionnés pour être sur-sensibles aux menaces.

  • Si ça vous intéresse, aujourd’hui sur mon blog un bêtisier des commentaires trouvés sur le net (Presse, blogs) concernant la pandémie..en plein dans le sujet du billet de Koz. Qui donne une vision assez précise de toutes les réactions / réflexions sur le sujet actuellement, je les ai classées en paranos, CAC40, cyniques etc (souvent drôle, parfois flippant !)

  • Kwilleran a écrit:

    Qui sait d’ailleurs si les journalistes ne se sentent eux-mêmes pas plus utiles à alerter (comme des sentinelles du bord du monde) qu’à éduquer et montrer ce qui se construit ?

    C’est possible aussi, si l’on considère la chose avec bienveillance. Mais il est vrai que c’est, également, plus exigeant. J’aime beaucoup l’initiative que vous citez, Reporters d’Espoir, notamment en ce qu’ils se concentrent sur des solutions « reproductibles« . Ca a l’avantage que, lorsque les uns nous ont alertés, on a des chances de savoir quoi faire. Par exemple, en matière d’environnement.

    Yogui a écrit:

    D’un point de vue darwinien, on a sûrement de meilleures chances de survie en étant sur-attentif aux dangers (quitte à faire un ulcère et à subir des fausses alertes) plutôt qu’à se bercer de bonnes nouvelles. Les êtres vivants sont probablement sélectionnés pour être sur-sensibles aux menaces.

    Admettons. Mais admettons aussi que nous avons accompli de grandes choses en nous éloignant progressivement de l’animal, et en faisant usage de notre raison. Pourquoi pas continuer ?

    Aude Nectar a écrit:

    Si ça vous intéresse, aujourd’hui sur mon blog un bêtisier des commentaires trouvés sur le net (Presse, blogs) concernant la pandémie..en plein dans le sujet du billet de Koz.

    Beau florilège en effet !

    Paradoxalement, deux « actus » Grippe A, ce matin : notre boss qui nous incite, tout d’un coup, à nous laver fréquemment les mains, alors que précisément, la menace s’éloigne, et cet article du Figaro, qui témoigne que même un enfant de 5 ans, même dans un pays pauvre, s’en est sorti en deux jours.

  • Certes. Mais il ne faudrait pas non plus oublier l’effet du traumatisme de la canicule 2003 (pas de signalement) ou des maladies nouvelles insidieuses (le sang contaminé) dans cette sur-réactivité.

    PS. Le darwinisme ne concerne pas uniquement l’évolution de l’animal sur ces caractères génétiques mais également l’évolution comportemental de l’homme. Exemple : pourquoi certains autistes ont des capacités mémorielles extraordinaires ? Des mutants annonciateurs du futur de l’Homme? Ou des fonctionnalités supérieures dont l’avantage dans l’évolution s’avère négatif et sont donc éliminées à terme ?

  • Koz a écrit:

    Mais admettons aussi que nous avons accompli de grandes choses en nous éloignant progressivement de l’animal, et en faisant usage de notre raison. Pourquoi pas continuer ?

    Absolument ! Soyons simplement conscients que notre « terreau » naturel nous fait sans doute favoriser l’information sur les menaces.

    amike a écrit:

    pourquoi certains autistes ont des capacités mémorielles extraordinaires ? Des mutants annonciateurs du futur de l’Homme?

    A mon sens, il s’agit de la simple variabilité statistique normale autour des valeurs moyennes. Quant à être annonciateurs du futur de l’Homme, comme les autistes ne me semblent pas caractérisés par une extraordinaire fécondité, leurs spécificités ne sont pas parties pour se répandre dans l’humanité.

  • Yogui a écrit:

    Quant à être annonciateurs du futur de l’Homme, comme les autistes ne me semblent pas caractérisés par une extraordinaire fécondité, leurs spécificités ne sont pas parties pour se répandre dans l’humanité.

    Idée intéressante que celle de suivre les groupes humains en fonction de leur taux de fécondité relative. Mais quels critères adopter pour définir les groupes : le lieu de résidence, la nationalité, la religion et/ou les convictions philosophiques fondamentales, la pratique ou non de la polygamie, le taux de calvitie à 60 ans…

    In fine cela nous dirait quoi ?

    Bien à vous.

  • @Aristote : Je ne comprends pas bien où vous voulez en venir (décidément, ce matin … 😉 ). Je réagissais juste à la remarque de amike qui semble estimer que des caractéristiques nouvelles peuvent se répandre « comme ça » dans l’humanité, juste parce qu’elles sont hors normes. Not so. Soit elles donnent lieu à plus de descendance, et alors elles se répandent, soit pas.

  • « L’information positive ne passe pas. »

    C’est bien résumé. Si ce constat n’était vrai que pour la grippe A, on pourrait en rire.

    Le problème : on peut faire le même constat à propos de l’insécurité (et expliquer ainsi la deuxième élection d’un certain J. Chirac, souvenez vous de l’ambiance à l’époque).

    Le même constat à propos de l’immigration (et expliquer ainsi l’élection de N.S., et la politique inhumaine qui s’en suit). Le même constat à propos de l’Islam (et expliquer ainsi l’islamophobie croissante de nos concitoyens).

    Le même constat à propos du Pape (et expliquer ainsi les indignations périodiques de notre hôte).

    Etc.

  • Kwilleran a écrit:

    Qui sait d’ailleurs si les journalistes ne se sentent eux-mêmes pas plus utiles à alerter (comme des sentinelles du bord du monde) qu’à éduquer et montrer ce qui se construit ?

    Oui. On peut aussi voir l’aspect défensif de la chose: si on exagère un danger inconnu et qu’il se révèle négligeable, on ne sera guère critiqué. Si par contre on minimise un danger grave, on en prend plein la tête. C’est vrai pour les journalistes, et encore plus pour les experts. Tchernobyl est l’exemple le plus frappant.

    En l’absence, à ce stade, d’une évaluation solide du risque, l’alarmisme est donc plutôt compréhensible.

  • C’est certain mais, à ce stade, alors qu’on rencontre une inquiétude manifeste, voire un début de panique chez certains (et je n’ai qu’à tourner la tête à mon boulot pour trouver un exemple), pourquoi ne pas avoir accordé davantage d’importance au fait que la maladie est tout à fait soignable, et même que l’on peut en guérir en deux jours (on connaît des grippes qui vous mette sur le flanc durant une semaine) ? Pour nombre de personnes, nous allions simplement y passer. Je ne trouve pas que nous ayons eu, dans ce cas, une information équilibrée. Après, que ce soit une réaction humainement compréhensible, certes…

    A l’aimable demande de Pascal Riché, vous pouvez aussi retrouver ce billet sur Rue89, en version légèrement amendée par Rue89.

  • Je me suis effectivement passablement énervée en lisant ces absurdités répétées sur la majorité des journaux du net (pas le temps d’acheter la version papier).

    d’abord l’utilisation de mots superlatifs pour définir le sujet.

    Sur le figaro, par exemple, on voyait « carte de la pandémie ». Or, jamais il n’a été question de pandémie à proprement parler, puisque la pandémie est déclarée à partir du niveau 6 et que l’alerte s’est arrêtée au niveau 5.

    Puis l’utilisation des termes « cas suspects », « cas fort probables » (repris par R Bachelot, d’ailleurs) au lieu de « cas possibles », « cas probables » et « cas confirmés »

    Ce doux mélange (volontaire?) entre grippe A (forcément, le virus de la grippe est un virus influenza A) et A(H1N1) (jamais l’OMS n’a parlé de grippe A sans ajouter (H1N1) )

    Et aussi, dans les statistiques, la douce addition des cas suspects aux cas probables et aux cas confirmés à la fois des malades et des morts, pour montrer l’ampleur du désastre de la « pandémie » (sans doute volontaire).

    On arrivait ainsi à plus de malades et de morts que les cas possibles seuls!

    Et puis aussi, la façon de présenter les analyses : « cas suspects en cours d’analyse » tous les jours, qui pouvaient laisser sous entendre (et on pouvait lire la panique dans les forums) que la France n’arrivait pas à faire ces analyses, alors qu’en réalité il s’agissait tous les jours de cas différents, les autres ayant été infirmés!

    Et cette façon de laisser sous entendre que nous n’avions pas de traitement anti viral (les pharmacies n’ont pas de traitement ou n’ont plus de traitements), alors qu’en réalité les pharmaciens n’ont pas le droit de vendre ces traitements sans ordonnance…

    J’avais l’impression que, comme des vautours, les journalistes attendaient le décès qui ne venait pas pour s’en repaître sans modération!

    Et ce sentiment que ces médias étaient déçus de ne pas pouvoir trouver de vrai coupable! Ah quel dommage que le(s) Président(s), le(s) ministre(s), le(s) gouvernement(s) n’y soient pour rien!

    A un certain moment, enfin, ils ont cru tenir un coupable : un pauvre cochon malade (qui par malchance a du guérir, car nous n’en avons plus entendu parler). Manque de chance, c’est un humain (qui a éternué au nez du cochon?) qui a rendu cette pauvre bête malade ! et re manque de pot, cette vilaine bestiole a eu l’indécence de guérir!

    Notre problème à l’Hôpital a été : « comment faire pour gérer une éventuelle panique due à une personne enrhumée » Nous avions bien tous les protocoles, tout le matériel, mais au niveau panique, c’est un peu plus difficile à gérer. Heureusement, pas un seul cas « possible » (lisez « suspect » pour un journaliste, ça marque, ça fait « criminel en rétention provisoire » pour passionnés de séries policières américaines) ce WE. j’ai pu passer ces deux jours tranquille chez moi! Ouf!

    j’ai beaucoup aimé l’article sur la dynamique de désinformation. Intéressant, comme démarche.

    Mais ce qui m’intrigue beaucoup, c’est comment tant de gens marchent dans la combine et crient dur comme fer à ces stupidités!

    Aujourd’hui, nous en sommes à nouveau aux sondages politiques, catastrophiques, comme il se doit, puisque les promenades sur les pavés français n’ont pas donné leur juste mesure pour affirmer haut et fort l’approche imminente d’une révolution populaire.

    amike a écrit:

    il ne faudrait pas non plus oublier l’effet du traumatisme de la canicule 2003 (pas de signalement)

    Autre buzz que cette canicule de 2003. L’horreur n’a pas été le nombre de morts. Nous avons eu sur la période automne et printemps suivants, périodes traditionnellement mortifères, beaucoup moins de décès de personnes âgées et fragiles qu’habituellement, ce qui laisserait à penser que la chaleur a avancé leur mort de quelques mois tout au plus, alors que l’augmentation de espérance de vie due à la médecine et à l’hygiène leur avait octroyer nombre d’années supplémentaires.

    Non, l’horreur a été le désintérêt et le manque d’humanité des familles, des voisins, des amis… Mais surement pas du gouvernement. je me rappelle encore la débilité des articles de journaux critiquant nos hommes politiques en vacances! Comme si les ministres avaient du palier au manque d’humanité de leurs électeurs en allant – peut être?- apporter des bouteilles d’eaux aux personnes âgées isolées. Du pur délire…Passons, sur, là encore, le message qu’ont voulu nous faire passer nos braves journalistes!

    Alors, j’aurai aimé que ce fameux traumatisme eut pour origine la culpabilité de chacun quant à son intérêt pour son voisin, plutôt qu’un quelconque ressentiment pour un gouvernement en vacances! (je ne parle pas pour vous Amike, mais pour les journalistes)

    En ce qui concerne l’islamisme, le problème est un peu différent. Voyez vous, le foulard, la burka, la dame deux pas en arrière du mari et poussant le chariot lourd au supermarché, quand l’homme se balade devant sans rien faire, ça se voit, ça se remarque, beaucoup plus qu’un virus! Et le sentiment d’être étranger dans son pays (ça m’est arrivé dans un magasin de banlieue parisienne, ainsi que dans une banlieue de grande ville provinciale) fait bizarre. Mon conjoint, qui est enseignant en ZEP, qui entend parler de coran (« je te le jure sur le Coran de la Mecque » paraît il, au point où il s’est demandé s’il y avait plusieurs corans), le remarque beaucoup plus qu’un virus (sauf lorsqu’il y a des absents… Encore que parfois ses élèves sont absents pour bien autre choses qu’une maladie)

    Alors, il est simple pour les journalistes d’en rajouter un peu…beaucoup… car il est évident que ce phénomène est amplifié pour faire monter d’un cran l’angoisse générale.

    idem au sujet de la crise économique. Il y a peu d’articles sur la reprise de la bourse (le CAC40 est arrivé à plus de 3200 points)

    Le Figaro titre « le nombre de ménages sur endettés explose »,le nombre de dossiers déposés à la Banque de France a dépassé la barre des 20.000 ménages en février et en mars. En lisant l’article, on s’aperçoit que l’explosion est d’une dizaine de % par rapport à 2008.(en précisant que « c’est inquiétant ») C’est trop de ménages dans les problèmes, là n’est pas mon propos, mais c’est la façon de présenter les choses qui m’indispose!

    j’espère seulement que tout ceci permettra aux français d’utiliser dorénavant leur esprit d’analyse et leur discernement face à ces désinformations permanentes.

  • très bonne analyse et remise en perspective qui m’évite de monter un blog pour l’occasion tant les ficelles me semblaient grosses. Au boulot, les personnes à qui j’expliquais qu’on parlait d’un « non évènement » d’un point de vue macroscopique (quelques morts, certes tristes mais rien à l’échelle de la planète), m’ont repondu, « tu diras pas la même chose si ce sont tes enfants qui sont malades »…. confusion totale entre rationnel et prudence légitime et émotivité évènementielle irrationnelle.

    Pour terminer la mise en perspective : un grippe annuelle de type standard c’est entre 250 000 et 500 000 mort dans l’année. Ca c’est de la pandémie !

    Koz tu m’as pas déçu sur ce coup là, bravo

  • Louuis a cité ses collègues :

    “tu diras pas la même chose si ce sont tes enfants qui sont malades”….

    Effectivement, c’est tout sauf rationnel… d’autant plus qu’on ne fait pas un tel flan de la bronchiolite (pour prendre un exemple de maladie pouvant toucher nos enfants) alors que nombreux sont les petits qui sont touché chaque hiver (en tous cas, cet hiver, dans le service où était mon fils et durant son séjour, plusieurs dizaines de bébés atteints de bronchiolite ont défilé, mais cette épidémie n’était pas pour autant traitée de manière « catastrophiste »).

    Peut-être parce qu’on a, quelque part, « peur » de l’inconnu ?

  • Le point essentiel que ce billet soulève, et qui a été assez largement ignoré dans les médias, est celui de la virulence de la souche qui nous occupe actuellement.

    A mon avis, c’est un problème de vocabulaire. Avoir une pandémie, du point de vue technique, ne correspond plus à ce qu’est une pandémie dans l’inconscient collectif, (inconscient que les médias caressent bien sûr dans le sens du poil).

    Une pandémie, au XXe siècle et avant, c’était forcément du costaud : il fallait d’abord un stock « local » de malades énorme afin de pouvoir se propager à travers la planète malgré le peu d’échanges inter-continentaux, et il fallait un grand nombre de victimes avant que l’on soit en mesure de faire le lien entre elles (et avant d’avoir la volonté de se pencher sur la question, aussi).

    Aujourd’hui, la mobilité de la population propage toute nouvelle souche virale plus rapidement que jamais, et le niveau de surveillance des maladies infectieuses permet d’identifier et de suivre presque en temps réel même la plus inoffensive de ces souches.

    Une pandémie n’était identifiée qu’a posteriori, et seulement si elle correspondait à une souche suffisamment virulente. Elle était donc forcément associée aux milliers (ou millions) de victimes qu’elle engendrait.

    Ce n’est aujourd’hui plus le cas, et il est regrettable que ce glissement sémantique n’ait pas été expliqué ces derniers jours. Cela nous aurait évité une bonne partie de l’emballement.

    (PS: Si je peux me permettre une minute d’auto-promo, c’est ce que j’essaye de développer ici)

  • @Tara

    « idem au sujet de la crise économique. »

    Très bonne remarque, bien qu’y ayant pensé, j’avais oublié d’inclure la crise financière dans ma liste…

    Je reviens sur la différence que vous soulevez entre un virus, invisible, et « ce qui se voit ». Cette différence n’est pas importante dans ce débat, surtout quand le « visible » est estampillé « vu TV ».

    Prenez l’exemple de l’insécurité. Elle se voit, parceque la télé la montre, parceque les gens veulent la voir.

    Or, le fait qu’il y ait des crimes en France est une non-information. La seule information qui vaille concerne l’évolution du nombre total de crimes (qui ne se voit pas lui, puisque tout ce qu’on voit ce sont quelques crimes médiatiques), et éventuellement l’impact d’une politique gouvernementale sur ce nombre (qui se voit encore moins que le nombre lui même).

    Amusez vous à dire à quelqu’un qu’il y a de moins en moins de meurtres en France et observez son air incrédule…

    Si vous avez choisi le bon cobaye, il vous répondra même : « c’est impossible, regarde, hier encore un transporteur de fond est mort lors de l’attaque de son fourgon blindé et Monsieur Machin a tué toute sa famille avant de se suicider ».

    Il a vu…

  • Merci pour cet éclairage moins stressogène et plus posé que les gesticulations médiatiques actuelles.

  • Avec un peu de bol, les ondes maléfiques des téléphones portables vont griller les bacilles de la peste porcine et tout rentrera dans l’ordre 😉

  • Voilà qui remet un peu en perspective les querelles « papales ».

    Certes on en veut au Pape et à l’Église d’être ce qu’ils sont. Mais il faut admettre que les procédés mis en œuvre à leur propos ne sont pas différents des procédés mis en œuvre pour la plupart des sujets d’actualité.

    Koz a raison d’insister. Se battre pour l’intégrité de l’information est une cause d’intérêt général, qui dépasse notre légitime préoccupation de ne pas voir déformer les propos de l’Église.

    Bien à vous.

  • Il y aura eu au moins un coté positif à cette avalanche d’infos sur le cochon grippé, c’est que cela aura laissé moins de place au virus Bayrou… hihi 😉

  • pas sûr qu’il y ait besoin des ondes, cette foi. Pour la grippe aviaire, il a quand même fallu un traitement de choc (clearstream) pour que cette pandémie s’arrete en plein vol, et qu’elle ne fasse plus la une des journaux.

    Je me suis même demandé si « clearstream » n’était pas le nom du remède à la grippe aviaire. Et puis non, en fait il n’y a pas eu de remède, pas plus ni moins de cas avant qu’apres cette affaire, juste une certaine lassitude des médias (faut il enfermer les poulets en plein air ?).

    Je ne sais toujours pas ce qu’est devenue cette pauvre grippe aviaire, est ce que je dois continuer a apporter à la gendarmerie les cadavres de mouettes ? Si non, est ce que le risque a vraiment diminué, grace à Clearstream ?

    Et pour cette grippe là, quelle sera le sujet qui le remplacera et donnera l’illusion que le problème (s’il y en avait un) a été résolu (j’espère pas le Pape, on a déjà donné)?

  • psam a écrit:

    Je me suis même demandé si “clearstream” n’était pas le nom du remède à la grippe aviaire.

    Ca peut le faire, à supposer que l’on désigne par « stream » les courants aériens qui nous apportent les poupoules contaminées.

    Dimitri a écrit:

    Une pandémie, au XXe siècle et avant, c’était forcément du costaud

    Effectivement. Et l’on n’a d’ailleurs eu de cesse de nous parler de la grande grippe espagnole. Or, je lisais (et je pensais l’avoir écrit sur ce blog) que la France a connu deux « pandémies » de grippe, en 57 et en 68. Pourquoi choisir alors nécessairement comme référence celle de 1918 ?

    Tara a écrit:

    j’espère seulement que tout ceci permettra aux français d’utiliser dorénavant leur esprit d’analyse et leur discernement face à ces désinformations permanentes.

    Je ne suis pas super optimiste…

  • psam a écrit:

    Et pour cette grippe là, quelle sera le sujet qui le remplacera et donnera l’illusion que le problème (s’il y en avait un) a été résolu (j’espère pas le Pape, on a déjà donné)?

    La Crise, la Grande Dépression, le retour ? L’Affaire de la Liste de Dieudonné ? Une Nouvelle Menace de Canicule, ou d’Incendies ?

    Je ne m’en fais pas trop, ils trouveront bien… c’est désolant que les médias cherchent moins à informer qu’à vendre…

  • Koz a écrit:

    Effectivement. Et l’on n’a d’ailleurs eu de cesse de nous parler de la grande grippe espagnole. Or, je lisais (et je pensais l’avoir écrit sur ce blog) que la France a connu deux “pandémies” de grippe, en 57 et en 68. Pourquoi choisir alors nécessairement comme référence celle de 1918 ?

    Bonne question… Ceci dit, je n’ai pas les chiffres pour la France seule, mais les pandémies de 57 et 68 ont fait environ un million de morts chacune dans le monde. Donc ça reste assez énorme.

    Mais même dans ces cas, on est encore dans l’ancien modèle : peu de transports internationaux (plus qu’en 1918 certes, mais rien comparé à maintenant : la première a mis 5 mois à se propager d’un continent à l’autre, et la deuxième guère moins), et techniques de détection et de surveillance nettement moins avancées.

    On ne les a donc repérées que parce qu’elles étaient sévères. A priori un épisode tel que l’actuel serait passé inaperçu à l’époque, ce qui n’est pas forcément une bonne chose, mais permet de relativiser l’importance à y donner dans les médias.

    Que l’OMS et les centres affiliés suivent la situation de près, c’est logique, et essentiel. Qu’on ne parle plus que de cela (tout en omettant les aspects rassurants) l’est beaucoup moins.

  • Tara a écrit:

    En ce qui concerne l’islamisme, le problème est un peu différent. .

    Tout d’abord, merci pour l’édifiante analyse technique.

    Ceci étant, le port de la burqa et le fait de ne pouvoir sortir du domicile sans autorisation ne constituent-ils pas objectivement un moyen efficace de lutte en cas d’éventuelle pandémie?

  • D’un point de vue anthropologique, la grippe A (H1N1), c’est comme la male peste. Et la male peste, c’est contagieux comme la crise.

    Or, nous sommes en crise. Notre système occidentaliste joue sur la grande peur pour ressouder les rangs…

    Enfin, d’après Ted Turner, fondateur de CNN: « Ma voiture démarre le matin, ce n’est pas de l’information. Ma voiture cale, c’est de l’information. »

  • PEB a écrit:

    Enfin, d’après Ted Turner, fondateur de CNN: “Ma voiture démarre le matin, ce n’est pas de l’information. Ma voiture cale, c’est de l’information.”

    Et quand il s’aperçoit qu’il a juste oublié de mettre de l’essence, il fait quoi, Ted, il en parle ou pas ?

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