France, dictature laïque ?

papecalotte2Dans cet autre monde que j’évoquais au début d’un étrange été, sera-t-il possible de vivre sa foi ? La France se trouve invariablement aux prises entre sa volonté de lutter contre l’islam radical et l’impossibilité juridique de traiter les religions de manière différente. Alors, plutôt que de les laisser toutes libres, elle envisage encore de toutes les réprimer. Dans un concours d’hypocrisie et d’absurdité,  un mois à peine depuis l’assassinat du Père Jacques Hamel, mort en « habits de service » au pied de l’autel, certains s’engagent à interdire entre autres tout signe extérieur d’appartenance au christianisme.

Nicolas Sarkozy a ainsi déclaré sur TF1, de façon générale et indifférenciée que : « le meilleur moyen d’apaiser les tensions est que soit proscrit tout signe extérieur d’appartenance à une religion »1. Ainsi conviendrait-il notamment, pour lutter contre les attentats islamistes, que les chrétiens n’affichent pas leur appartenance au christianisme. L’Etat Islamique s’en prend au « peuple de la croix » ? Nous interdisons la croix ! Et le Front National, par la voix de Florian Philippot, se montre plus large encore, souhaitant l’interdiction l’ensemble des signes ostensibles dans l’espace public2 – quand Nicolas Sarkozy se contente encore, sans que l’on comprenne bien ce qui le retient, à l’Université, les administrations et, surtout, les entreprises.

C’est une proposition portée de longue date par le Front National et justifiée par Marine Le Pen par une très surprenante formule : « Je remarque que dans les pays où il y a eu des dictatures laïques, les populations vivaient incontestablement mieux, avaient plus de libertés individuelles que sous des dictatures non pas religieuses, mais de fondamentalisme islamique. » En serions-nous donc à nous interroger sur le type de dictature sous laquelle nous préférons vivre ?

Il est frappant de voir ceux qui manient le plus souvent la référence aux « racines chrétiennes de la France » tirer ainsi une balle dans le pied des chrétiens en laissant penser qu’une croix puisse être, en France, un facteur de tension. Il ne l’est pas moins d’entendre l’ancien champion d’une « laïcité positive » se faire le chantre de sa conception la plus répressive. Nicolas Sarkozy, certes, ne balance pas entre deux dictatures mais, interrogé sur la recevabilité juridique de sa proposition, il n’envisage pas moins que de réviser la Constitution et renégocier l’adhésion à la Convention Européenne de Sauvegarde des Droits de l’Homme. Cela suppose ainsi de réviser le tout premier article de notre Constitution. Si les textes ne sont pas intangibles, on ne touche pas sans danger aux libertés les plus fondamentales. Il sera encore plus symbolique pour la France de se placer en violation de ce texte, historique, adopté à Paris : la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme dont l’article 18 proclame « la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seul ou en commun, tant en public qu’en privé« . A moins que nous entendions la dénoncer aussi…

Pas de naïveté : nous savons que les premiers visés sont les musulmans. Les chrétiens, de toute époque, « se conforment aux usages locaux pour les vêtements« , comme le rappelle la Lettre à Diognète – a fortiori, certes, dans un pays dont les usages locaux ont été forgés par le christianisme. Mais les juifs, eux, devraient ôter leurs kippas, les juifs orthodoxes, leurs vêtements traditionnels. Pouvons-nous croire à cela, même un instant de raison ? Pouvons-nous imaginer que la France se transforme en ce pays unique en Occident, où des policiers iraient demander à des juifs orthodoxes de se changer ? Pouvons-nous concevoir que des policiers interpellent un juif et le verbalisent parce qu’il porterait une kippa, dans notre pays où malheureusement des policiers français ont prêté la main à la déportation des juifs ? Quel symbole… Cette hypothèse est tellement absurde qu’elle est évidemment inconcevable. Peut-on espérer alors que, dans des circonstances graves pour la France qui appellent un esprit de responsabilité renforcé, nos politiques prennent en compte le réel ?

Les chrétiens devraient-ils accepter de telles propositions, par pragmatisme et connivence, en considérant qu’ils ne seraient in fine pas concernés ? Ce serait non seulement peu chrétien mais, encore, de bien courte vue. Car elles alimentent la mise en accusation permanentes des religions, considérées globalement dans le plus parfait des amalgames et l’ignorance la plus satisfaite, sans prise en compte aucune de leurs enseignements différents. Comme toujours, comme après les attentats de janvier 2015, certains entendent mettre en cause la liberté religieuse. Je l’avais dénoncé, il faut s’y opposer aujourd’hui encore. Car demain, insidieusement, c’est bien la foi qui sera mise au ban de la société. Quelle que soit l’intention du législateur, quelles que soient les conditions. Tant pis si c’est précisément ma foi qui me donne la ressource pour retrouver de la sérénité, discipliner mes élans, retenir l’esprit de vengeance et l’envie viscérale d’en découdre. La réaction des catholiques après l’assassinat du Père Hamel avait été largement relevée : non, décidément, l’apaisement ne suppose pas la mise en accusation de ma foi. Et plus encore, je n’autorise pas les politiques et spécialement parmi eux ceux qui sont les premiers à hystériser la vie publique, premiers à instrumentaliser des polémiques pour détourner l’attention, premiers à exacerber les tensions, à me donner la moindre leçon d’apaisement.

Trouvez autre chose ! La lutte contre l’islam radical est un impératif. Mais elle passera par l’éducation, par une lutte contre les comportements, contre la discrimination, pour la préservation de l’ordre public3. C’est évidemment moins impressionnant et moins vendeur que de multiplier les moulinets et d’aligner les textes répressifs, mais c’est à ma connaissance le seul chemin possible et démocratique.

Lundi, je rachète un dizainier.

Un gros.

 


  1. On peut imaginer qu’il voulait parler de signe ostensible, à moins que nous ayons déjà franchi une étape supplémentaire. Nous ne serions pas autrement vexés que, sur un sujet grave, on fasse preuve d’un peu de précision dans le vocabulaire. []
  2. Le Front National se prévaut de la loi du 15 mars 2004 prohibant les signes ostentatoires dans les établissements scolaires et imagine qu’il en irait de même pour l’espace public : c’est oublier que s’il existe bien des écoles juives, il n’existe pas – plus – de trottoirs juifs, pas d’espace public de rechange. []
  3. et je ne peux ici passer sous silence la décision rendue à l’instant par le Conseil d’Etat : on peut discuter son appréciation du risque de trouble à l’ordre public mais c’est, à tout le moins, le seul fondement valable. La question du burkini n’était pas une question de laïcité, mais d’ordre public et prendre ceci en compte aurait permis à certains d’éviter de proférer des absurdités, et de lutter contre la seule menace qui nous occupe []

Auteur

Monoépoux, multipère, et fidèle à plusieurs titres. Également avocat (associé fondateur BeLeM Avocats) et auteur de Ca ira mieux demain (Sept. 2015, éd. du Cerf)

43 comments

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    Merci Koz.

    Le mal est fait, ça y est on a expliqué aux Français cette nouvelle atteinte aux valeurs de la République, et une décision prise par instance nommée « Conseil d’Etat » ne peut qu’être la traduction de la volonté de la gauche laxiste.

    D’ailleurs, par son silence complice, voir son encouragement discret, la gauche vient encore de rater une occasion de défendre la vraie définition de la laïcité.

    Les mois qui nous séparent de mai 2017 vont être bien laborieux et douloureux…

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    Merci Koz pour ce texte. J’écrirai peut-être plus tard un commentaire plus détaillé mais je veux juste apporter immédiatement une précision : il sera en tout état de cause inutile de « dénoncer » la DUDH de 1948 puisque cette résolution de l’Assemblée Générale des Nations Unies, quoique symboliquement publiée au Journal Officiel, n’a aucune valeur juridique en France (comme souvent rappelé par le Conseil constitutionnel et les tribunaux ordinaires). Vieux souvenirs de cours de Libertés publiques de mes études de droit 😉

    Les mesures proposées par M. Sarkozy nécessiteraient donc « juste » de réviser la Constitution et de dénoncer la CESDHLF (et je dois dire que je remercie Sarkozy d’au moins le reconnaître alors que les hommes politiques, en particulier au FN et à l’extrême-gauche, ont l’habitude de faire des propositions sans la moindre reconnaissance que ces mesures nécessiteraient de réviser la Constitution et de dénoncer les traités européens).

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    Bonjour Koz

    Votre article correspond tout à fait à mes réflexions suite aux affaires des birkinis, mais pas seulement.

    Je pense aussi à ces conseils « d’amis » qui encourageaient les juifs à cacher leur kippa. Des conseils (bientôt des obligations républicaines et laïques sous prétexte de sécurité et de maintien de l’ordre public ??) de ce genre ont été aussi donnés à certains religieux chrétiens.

    Cachez cette croix que je ne saurais voir…

    On va vers des temps (annoncés par les prophètes bibliques…et par différentes apparitions mariales) ou la tiédeur ne sera plus de mise, ni pour des questions de vivre ensemble, ni pour des questions politiques, ni pour séparer le temporel du spirituel. Il faudra choisir.

    Le spirituel étant une donnée de l’être humain très optionnel dans la laïcité à la française. Remarquons la totale incompréhension des américains sur cette vision de la laïcité… et ce n’est pas à eux à qui on va faire une leçon de liberté individuelle…

    Oui c’est la foi qui va être visée au final.

    « Et Dieu ne fera-t-il pas justice à ses élus, qui crient à lui jour et nuit, et tardera-t-il à leur égard? Je vous le dis, il leur fera promptement justice. Mais, quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre? » Luc 18, 7-8

    A force de rendre à César ce qui est à César… on a oublié que Dieu est au dessus de César (et que ce dernier lui doit son pouvoir…) et du coup, de rendre à Dieu ce qui est à Dieu.

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    I. Welcome back, tu nous avais manqué.

    II. On n’avait pas le droit de commenter, mais j’ai trouvé ton précédent billet très bien.

    III. Venons-en au sujet. L’hystérie actuelle provient selon moi en grande partie, non pas d’un excès de laïcité, mais d’un contresens total sur ce que signifie laïcité. La laïcité, la vraie, c’est la NEUTRALITE de l’Etat en matière religieuse, et, consécutivement, la liberté de culte. L’Etat s’interdit de prendre parti, d’aider ou de combattre une foi, et chaque citoyen adopte la foi de son choix (ou aucune). Une longue dérive, malheureusement portée par les pouvoirs publics eux-mêmes (école, mairies…) a complètement transformé la définition de la laïcité pour signifier l’interdiction de l’expression de la religion. D’abord pour les agents de l’Etat, puis dans les lieux étatiques (mairies, écoles…) et maintenant jusque sur la voie publique.

    Résultat, la laïcité signifie désormais pour beaucoup l’exact contraire de son sens originel. Au lieu d’être neutre et de laisser libre, l’Etat s’impose et interdit. Accessoirement, au lieu d’être un facteur de paix sociale, la néo-laïcité génère la tension.

    IV. Il y a une autre notion importante qui a glissé pour finalement signifier son exact contraire, c’est l’égalité. Initialement, dans la philosophie des lumières, la déclaration des droits de l’homme, la constitution etc… elle signifiait égalité devant la loi (dont la laïcité n’est qu’un cas particulier). Elle a progressivement muté vers l’égalité des chances puis l’horrible « égalité réelle » actuelle. Cette neo-égalité est l’exact contraire de l’égalité devant la loi puisque la loi va désormais ouvertement traiter des citoyens différemment pour « compenser » une « inégalité » pre-existante.

    Cette inversion orwellienne du sens de notions aussi fondamentales n’est pas pour rien, me semble-t-il, dans la confusion mentale qui gagne notre société, ni les tensions de plus en plus palpables qui la traversent.

    V. Une autre raison de cette triste polémique est la disparition progressive dans notre société de la distinction entre ce qui suscite la désapprobation et ce qui mérite l’interdiction. Des années de lois de circonstances, indignations médiatiques, etc. ont amené élus et citoyens à exiger l’interdiction pour tout comportement qu’ils désapprouvent. C’est bien entendu contraire à l’état de droit où seul peut être interdit ce qui nuit à autrui.

    Si des gens souhaitent se mettre au ban de la société en portant des tenues, en tenant des propos ou en commettant des actes (non-nuisibles à autrui) qui indignent leurs contemporains, la loi n’a ni la légitimité ni la capacité de les en dissuader. Laissons la réprobation sociale faire son effet.

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    Dans le cadre de l’interdiction des signes religieux sur l’espace public, il faut être cohérent. Soit, tous les croyants n’ont pas le droit de montrer leurs convictions. Soit, tout le monde le faire y compris les Musulmans de France. La question qui se pose (mais que personne n’ose poser) est: que faire face aux courants islamiques prônent la violence armée et imposent leurs vues dans les banlieues ? Je pense au salafisme et au wahhabisme. C’est plutôt ça qu’il faudrait combattre non ?

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    Koz a écrit :

    La lutte contre l’islam radical est un impératif. Mais elle passera par l’éducation

    Voilà qui me semble la seule voie raisonnable et juste, même si ce sera hélas fort lent.

    Je crois qu’on ne peut agir sur le problème qu’à la racine, de manière « épistémologique » pour employer les grands mots, en faisant réfléchir les jeunes, au moment où se forme leur jugement, sur ce qui fonde une croyance.

    Il faut éduquer à la pensée critique dès l’école primaire, sur le thème : qu’est-ce que croire et qu’est-ce que savoir ? Comment et pourquoi « sais-je » ce que je sais ou crois savoir ? Puis au collège/lycée : comment se forment les systèmes de croyance, l’exemple de religions anciennes ou récentes, et réflexion sur où, comment, et pourquoi on acquiert une religion.

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    Ce n’est pas la burqa et tous les autres signes religieux qu’il faut interdire c’est la guerre et surtout les types de guerres faites sans réfléchir aux conséquences qui vont en découler. Ce n’est pas la burqa et tous les autres signes religieux qu’il faut interdire mais les ventes d’armes surtout quand elles peuvent ensuite se retourner contre nous. Sur les trois liens ci-dessous des points de vue assez peu développés dans les médias et même sur internet: http://www.monde-diplomatique.fr/2010/04/HALIMI/18990 http://www.crepegeorgette.com/2016/08/24/defendre-femmes/#more-10042 http://www.ujfp.org/spip.php?article5106 Merci de me permettre de m’exprimer sur votre blog. Et merci à vous de prendre souvent des positions à contre courant de la pensée dominante. « Arrivée la guerre, le diable agrandit son enfer. »

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    Merci pour ce billet. Encore une fois, vous trouvez des mots justes, et je sais déjà à qui je vais recommander votre billet. On voyait dès la loi sur le voile à l’école que sous prétexte d’un refus de la stigmatisation des musulmans, on allait lutter contre toutes les religions amalgamées ensemble. On en arrive à la situation actuelle, où un discours ouvertement antireligieux peut s’exprimer sans aucune restriction. Non seulement les français musulmans ne sont pas dupes, et comprennent bien que c’est eux qu’on rejette à travers cette apologie de la « rationalité », mais cet amalgame cultive l’ignorance, l’inculture, et donc l’intolérance.

    C’est un jeu dangereux.

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    Merci. Grand merci. Je me permettrai de faire la féministe de service en disant, aussi, qu’en tant que citoyens français (hommes et femmes) et en tant que femmes (me concernant),et les musulmans et leurs autorités, il va falloir oser faire ce que l’on ne fait plus, un peu parce qu’on pensait que c’était acquis et beaucoup parce que dans notre pays trop paisible et trop paresseux, on a tendance à considérer qu’à partir du moment où « chacun fait ce qu’il veut » aucun choix libre n’est discutable.

    Or, c’est faux. Bien sûr. Il va donc falloir entrer en débat, clairement, sans violence et sans mépris, avec ces femmes qui choisissent de se dissimuler, qui trouvent que marcher 10 pas derrière leur mari, cacher leur corps (et pas le sien), c’est normal, c’est ça la « pudeur » (les autres femmes vous remercient), etc. Et bien sûr ce débat doit avoir lieu avec les hommes, car parler de machisme les concernant est à la fois vrai et trop réducteur.

    Et il va aussi falloir reparler un peu sereinement de la visibilité religieuse dans l’espace public, parce que la France a une coutume de discrétion religieuse, et sans sombrer dans la dictature avec des lois comme ces arrêtés, cela aussi, ce choix, délibéré, de rester discret, d’adopter la mode du pays où l’on vit et a fortiori de son pays (nombreuses sont les musulmanes vêtues à l’occidentale avec un foulard sur la tête), c’est une valeur qui peut se défendre, se discuter, se transmettre. (et oui je rêve un peu que dans les jours qui viennent nos féministes empressées osent aussi organiser une marche en mini-jupe en plein milieu de certains quartiers de notre pays. Parce que parler de l’Arabie Saoudite pour dire que le combat est partout, c’est facile. mais aller dans notre pays là où c’est vraiment dur, elles ont lâché l’affaire.

    Aucun de nos choix n’est parfaitement libre, bien souvent nous endossons ou nous rejetons une proposition issue de notre éducation, de notre environnement social. Aujourd’hui l’environnement social, concernant le corps des femmes, est à la fois globalement respectueux mais aussi totalement dévoyé par le commerce. Oui, quand on voit les corps féminins chosifiés pour vendre tout et n’importe quoi, quand on voit les clips de rap ultra bling-bling où la femme à moitié nue fait partie du décor, et bien la réaction d’une famille pieuse peut être le voile intégral, parce que entre les deux c’est compliqué.

    Maintenant que le droit des gens à s’habiller comme il veut est réaffirmé, qu’une polémique malsaine a hélas fait des dégâts irréversible, j’aimerais que cet épisode ne s’éteigne pas tout de suite. J’aimerais qu’on donne la parole aux féministes musulmanes, aux musulmans libéraux, aux politiques aussi, pour redire qu’en refusant l’interdiction on n’a pas donné un blanc-seing à l’emprise salafiste, et on n’a pas non plus élevé au rang de valeur de la République et de la France la dissimulation du corps féminin, bref que si rien n’est interdit, la France a une très claire préférence, qu’elle entend diffuser et transmettre, et non sombrer dans le relativisme culturel.

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    Le burkini n’est pas une tenue de bain comme une autre. Le burkini est porté par des gens qui mènent un combat politique. Le combat parallèle que celui qui tue au Bataclan et à Nice : un combat contre notre civilisation. Je ne peux pas faire un pas hors de chez moi sans tomber sur un voile ou une barbe islamique. Il m’arrive de temps en temps de croiser un type avec une kippa mais c’est rare. Et puis lui au moins, je ne l’imagine pas vouloir du mal à la France ou aux Français. Le problème vient du nombre. Cette exhibition de l’islam à tous les coins de rue et maintenant sur la plage commence à me poser un problème, et pas qu’à moi. De plus en plus de mes connaissances, des gens tout à fait paisibles, expriment leur inquiétude. Quelle société voulons nous laisser à nos enfants et nos petits enfants ? A quel moment va-t-on basculer dans une société musulmane ? Compte tenu de l’immigration et de l’islamisation de très nombreux musulmans qui jusqu’à présent pratiquaient leur religion de manière privée, à quel terme serons-nous suffisamment islamisés pour que le corpus de nos lois changent par le fait du nombre d’électeurs ? Dans 50 ans ? Ne me dites pas que le risque n’existe pas. Nous voyons tous de plus en plus de musulmans autour de nous. Et comment savons-nous qu’ils sont musulmans ? Parce qu’ils le portent sur eux. Ils mettent des signes distinctifs que l’on peut voir à 50 ou 100 mètres. Même mon petit livreur que je connais depuis longtemps s’est mis à la barbe islamique. Le gars avec sa kippa, ou l’autre avec sa croix au cou, il faut que j’ai le nez dessus pour le remarquer. Il y a un petit côté marquage de territoire dans cette façon se s’exhiber en voile, en burkini ou en djellaba.

    Après tout pourquoi pas si là est notre destin ? Mais on peut tout de même penser que notre société, tout imparfaite qu’elle soit, est plus agréable à vivre quand on ne balance pas sa religion à la tête des gens 24 heures sur 24. Si on va dans cette direction, il se pourrait bien que je me convertisse, pour avoir la paix. Au moins quand on est musulman, tout le monde vous défend. Ce serait lâche mais qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour sa sécurité et sa tranquillité. Et puis, en tant que musulmane, je pourrais toujours crier à la discrimination si quelque chose ne me plaît pas. J’aurais tous mes frères et sœurs en religion pour moi et tous les medias qui pourront dégommer ceux qui me discriminent. C’est bien tentant quand on est trop frustré !

    Personnellement, j’aimerais tant que l’on ne parle plus de l’islam. Mais l’islam est devenu incontournable. Je frôle le ras le bol.

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    J’oubliais le plus important : je suis complètement d’accord avec votre papier. Bravo. C’est incroyable qu’à chaque attentat « on » en profite pour taper sur les chrétiens et les juifs. En attendant que de me résigner, je vais porter une croix, une énorme croix

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    Florence a écrit :

    Si on va dans cette direction, il se pourrait bien que je me convertisse, pour avoir la paix. Au moins quand on est musulman, tout le monde vous défend. Ce serait lâche mais qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour sa sécurité et sa tranquillité.

    Vous exprimez par cet extrait (que j’isole pour exemple) le problème avec notre société, ce que le Pape appelle la culture du refuge (si mes souvenirs sont bons), et que cette polémique a mis en valeur. Celle de la majorité passive. <>

    Que craignent beaucoup des « pro-interdiction du burkini »? Que bientôt, il y ait une « invasion » des plages par le burkini. Et ils ont raison. Et il n’y aura pas besoin de « société islamisée » pour cela. Le burkini restera autorisé et tant mieux. Mais pour les militants du salafisme, bien sûr que l’étape suivante c’est de les multiplier, pour plus de visibilité et de pression. Et petit à petit les familles laïques ou non musulmanes iront ailleurs, « pour être tranquilles ». Et on aura des plages « total burkini » et des plages « sans », de fait, et personne ne pourra rien y faire, c’est légal. Ainsi fonctionne l’emprise salafiste. Parce qu’ils sont militants et qu’ils vont au conflit et obtiennent justice, mais pas nous. Parce que ni vous ni moi ne sommes prêts à risquer notre tranquillité et celles de nos enfants en allant poser notre serviette de bains entre deux familles « visiblement musulmanes » et risquer des regards réprobateurs, ou simplement ce voisinage qui nous heurte.

    Les 1eres femmes en hijab ont essuyé vexations, remarques, insultes, rires. Notamment de la part des musulmans qui étaient attachés à leur liberté et à une discrétion qui leur semblait faire partie de la vie en France. Elles ont tenu, parce qu’elles étaient militantes et soutenues par des leaders qui avaient des objectifs clairs. Et peu à peu leur nombre a augmenté, on a commencé à râler, le FN a percé. Et il a fallu réaffirmer le droit à porter le hijab, parce que oui c’est la loi en France et c’est cela qui fait la France. Alors le hijab a prospéré, plus personne ne dit rien. Et peu à peu, dans certaines zones, il passe de choix à norme, et c’est la bascule, celles qui ne le portent pas, celles qui mettent la mini-jupe, subissent vexations, remarques, insultes. Mais elles, leur entourage, ne tiennent pas. Il déménagent, ils veulent « être tranquilles ». Ils ne vont pas porter plainte, ou raconter leur histoire sur les réseaux sociaux pour « faire le buzz ».

    Et devant cet état de fait, qui génère une impression d’invasion, on va « refiler le problème » à nos élus, pour qu’ils le résolvent à notre place, après tout c’est leur boulot. Une loi anti-signes religieux, ce sera très bien, on pourra enfin être « tranquilles ». Et nos politiques trop heureux de l’aubaine nous laissent croire qu’ils auraient ce super-pouvoir, de régler la question de l’intégrisme musulman par une simple loi. Nous on cherche la tranquillité, eux non, ils ont besoin d’action pour justifier vos votes.

    Hélas le temps de la tranquillité est révolu, et face à une pression sociale, il faut opposer une résistance sociale. C’est chacun de nous, individuellement et collectivement, qui va devoir mener ce combat, pied à pied, en continuant d’habiter à côté des intégristes, en refusant de baisser les yeux, en osant débattre en réaffirmant nos valeurs, en prenant le risque de l’incident et en allant porter plainte quand il se produit.

    Mais en prenant aussi la chance de voir les choses changer. Nombreuses sont les jeunes filles qui choisissent le voile faute de soutient, intellectuel (arguments) et social (groupe qui valorise ce choix), pour le refuser. Ce blog le rappelle souvent, l’idéologie islamiste remplit les esprits avec d’autant plus de facilité qu’il n’y a bien souvent pas grand chose d’autre qui puisse occuper la place, parce que notre pays a tellement perdu confiance en lui qu’il ne sait plus affirmer ses valeurs sereinement.

    Face au marquage de territoire (car il s’agit bien de cela), il va falloir lâcher notre désir pourtant légitime de tranquillité.

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    Léa,

    lâcher notre tranquillité et se faire traiter d’islamophobe jusqu’à la fin de nos jours ? Il y aura ce genre de héros et il y aura la masse des gens qui auront peur et qui plieront car non soutenus par leurs politiques.

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    Si on se rendait compte qu’une activité aussi futile qu’aller à la plage se baigner (à poil, en maillot de bain, en burkini, ou même en voile intégral) est un terrible péché aux yeux des fondamentalistes musulmans, on arrêterait peut-être de tout mélanger. On se rendrait compte que se baigner avec un burkini c’est quand même plus pratique, pour une femme, que se baigner toute habillée (inconvénient: ça montre les formes du corps, supposées rester cachées).

    Et qu’en fait cette combi de plongé avec cagoule n’est que la dilution de codes vestimentaires traditionnels dans l’industrie de la mode et la consommation de masse à l’occidental.

    C’est amusant (sauf que je n’ai plus du tout envie de rire) de voir des commentateurs se dire d’accord avec le billet Koz tout en proclamant son exact inverse.

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    @Florence: Malheureusement je doute que l’on puisse lutter contre l’avancée d’une religion en mettant en avant une autre religion : ce sera Livre contre Livre, conviction contre conviction, argument théologique conter argument théologique, sans que rien ne puisse jamais les départager.

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    Ohhh comme je suis d’accord avec un tel article. Et moi l’expatriee catho, j’ai de plus en plus de mal a vouloir rentrer en France. J’ai mal a mon pays qui se ferme, qui est intolerant et qui a la memoire courte. La solution pour ne plus jamais voir fleurir d’etoiles jaunes, ce n’est pas de chasser les religions et de vouer aux gémonies la foi des uns et des autres. Ce debat franco-francais est ecoeurant pour moi qui vit en monde musulman whahabite. Ce que je vis ici avec mes collegues musulmans est a mille lieues de ce que je peux lire dans les journaux. On ne se voile pas la face non plus (facon de parler vu le contexte…), les whahabite ne sont pas les plus ouverts, mais quand meme… Comme me l’a dit une iranienne alors que je voyageais a Isfahan: le voile est bien le dernier de leurs soucis.

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    Florence : n’exagérons rien. Si vous vous faites agresser ou insulter dans la rue par un intégriste qui n’aime pas votre absence de voile, vous serez soutenue par les politiques, et par les tribunaux. Tant que vous ne voulez pas interdire le voile, il n’y a pas de raison de se faire traiter d’islamophobe.

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    Tellou a écrit :

    Comme me l’a dit une iranienne alors que je voyageais a Isfahan: le voile est bien le dernier de leurs soucis.

    Vous parlez de wahhabisme et citez une Iranienne ; on a du mal à comprendre là. Par ailleurs vous nous expliquerez pourquoi dans ces Etats paradisiaques on se croit obligé de faire patrouiller des polices religieuses genre Muttawa ou de la « vertu et de prévention des vices » aux tristes méthodes, si vraiment la façon de se vêtir était le cadet des soucis de ses gens là.

    Par ailleurs on voit pas le rapport avec l’étoile jaune. Personne de parle de rafles, déportation et génocide en France. Faut arrêter de raconter n’importe quoi.

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    @Lea

    Il s’agit du courage ordinaire et de l’agression verbale qui peut en résulter.

    Illustration, vécue plusieurs fois : Sur la plage , ou à l’arrêt de bus devant la maison, ou au square, un groupe de jeunes baraqués, bronzés au vocabulaire fleuri et chantant. écoutent du rap à plein tube, dérangeant les voisins . 2 solutions: aller plus loin pour ne plus entendre que le cri des mouettes et le bruit des vagues, ou aller poliment leur demander de baisser la musique.

    Vu la carrure des gars, il faut prendre son courage à deux mains. A l’issue de la demande polie, tant mieux si la musique est baissée, et ça arrive. Mais parfois, insultes du type « t’aimes pas les blacks, les beurs, les jeunes (au choix) t’es islamophobe (plus récent). C’est usant. Et on ne va pas porter plainte, ce sont des mots, mais ca secoue, on vient d’essuyer une défaite ordinaire.

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    Florence a écrit :

    Le burkini est porté par des gens qui mènent un combat politique. Le combat parallèle que celui qui tue au Bataclan et à Nice : un combat contre notre civilisation. Je ne peux pas faire un pas hors de chez moi sans tomber sur un voile ou une barbe islamique. Il m’arrive de temps en temps de croiser un type avec une kippa mais c’est rare. Et puis lui au moins, je ne l’imagine pas vouloir du mal à la France ou aux Français. Le problème vient du nombre. Cette exhibition de l’islam à tous les coins de rue et maintenant sur la plage commence à me poser un problème, et pas qu’à moi.

    Mouais, faudrait déjà définir ce qu’est notre civilisation. Par ailleurs, dire que toutes les nanas voilées sont des personnes liées au terrorisme, ou qui combattent pour le même but par des biais différents, me rappelle cet article http://www.la-croix.com/France/Justice/Deux-femmes-musulmanes-voilees-chassees-restaurant-Seine-Saint-Denis-2016-08-29-1200785134

    A part ça, c’est vous qui voyez de l’exhibition. Moi, j’y vois une revendication, ou ce que vous voulez. J’ai vécu 2 ans à Saint-Denis, j’aimais bien mon quartier. Je vis actuellement dans le 9ème à Lyon, très métissé, il y a de tout… et c’est super agréable. La dame qui me vend des pistaches pour que je fasse des baklavas pour le baptême de ma fille, est voilée. Et alors ? Tant mieux, qu’elle puisse s’habiller comme elle le souhaite !

    Florence a écrit :

    Mais on peut tout de même penser que notre société, tout imparfaite qu’elle soit, est plus agréable à vivre quand on ne balance pas sa religion à la tête des gens 24 heures sur 24.

    Et dans ce cas, soyez cohérente, interdisez tous les signes religieux et politiques et communautaires (homosexuels, kurdes, etc.) ; et rasez les cathédrales, parce que si c’est pas de l’agression que ces calvaires et clochers !

    Florence a écrit :

    Et puis, en tant que musulmane, je pourrais toujours crier à la discrimination si quelque chose ne me plaît pas. J’aurais tous mes frères et sœurs en religion pour moi et tous les medias qui pourront dégommer ceux qui me discriminent. C’est bien tentant quand on est trop frustré !

    Ce dernier commentaire est significatif. Fondamentalement, même si vous avez l’impression d’être malheureuse, dans une logique de concurrence des victimes, ce sont les « personnes issues de l’immigration » qui ont fait leur scolarité en ZEP ; qui ne savent pas lire ou à peine ; qui ont un accent de banlieue qui les poursuit ; qui sont massivement au chômage ; qui ne trouvent pas de logement ailleurs que dans leur ghetto ; qui ont des pratiques sociales (musique forte, etc.) qui ne correspondent pas au reste de la société. Pas tous, certes ; d’autres personnes aussi, pas « issues de l’immigration » (enfin moi je suis aussi belge d’origine et personne ne me traite d’immigré…) vivent dans ces conditions. Mais ce n’est pas massif.

    Alors c’est vrai que c’est facile de crier au racisme quand un flic vous embête dans la rue ; mais de fait la France a renoncé à intégrer. Vous vous souvenez du plan Marshall des banlieues ? De l’évocation de l’Appartheid en France ? et quelque chose a changé ? A part en pire je veux dire ? vous vous êtes demandée pourquoi il n’y avait pas de voiles dans les années 1970 ? à peine dans les années 1980 ? c’est l’islam qui a d’un coup décidé notre destruction, ou c’est parce qu’on a enterré les politiques de la villes et qu’on laisse nos banlieues aux financements du Qatar et de l’Arabie saoudite ? Et que nos flics veulent forcer des femmes à se déshabiller ?

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    Le problème est qu’il faut raison garder, et que la raison est depuis longtemps partie se promener dans d’autres pays. On mélange tout, oui, on amalgame des choses qui n’ont rien à voir. Cela a déjà été dit, mais le burkini n’est pas un habit intégriste. Les intégristes ne se baignent effectivement pas. Donc interdire le burkini c’est de fait renforcer l’enfermement des femmes. Même la barbe n’est pas un signe de fondamentalisme, à la limite la barbe teinte, et encore. Donc réaffirmer les valeurs de la République mais en parlant de quoi ? C’est en ce sens que beaucoup d’accusations d’islamophobie ne sont pas si exagérées, il y a une vraie méconnaissance d’une part, et un vrai rejet d’autre part (les scènes à Nice, que ce soit pendant la minute de silence, ou le PV sur la plage sont insupportables de violence, et 250 morts ne changent rien au fait que ce sont des violences gratuites à l’égard d’innocents). On ne peut pas débattre, penser à des mesures, avec des gens qui mélangent tout quand ils parlent d’islam, c’est tout, surtout quand ils veulent surtout s’adresser à des gens qui à la base pensent juste ‘qu’ils rentre chez eux’.

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    Bonjour,

    Je n’ai que très peu l’habitude de participer aux forums de discussions et par avance je m’excuse si mes commentaires vous semblent maladroits. Je vous suis avec beaucoup d’intérêt et suis toujours très heureuse de pouvoir lire des billets qui ne sont pas le fruit d’une simple humeur. Vos deux dernières publications me laissent toutefois perplexe.

    Dictature laïque donc. Je note le point d’interrogation, mais la teneur de votre texte me laisse penser, peut être à tort, que vous êtes convaincu, qu’à terme, la réaction laïcarde ne peut que nous conduire à une situation à la soviétique où l’athéisme d’Etat détruira le fait religieux. 250 morts, des centaines de vies brisées, un pays qui reste infiniment digne face aux agressions, malgré les tentatives désespérées de tout un chacun de nous convaincre que nous vivons dans une société « stigmatisante » qui ratonne en fantasme ou dans les faits à chaque coin de rue et c’est le sujet dont devraient se saisir les chrétiens ?

    La France a créé un sécularisme qui lui est propre, qui est le fruit de son histoire et qui prend racine dans un royaume de France « ontologiquement » théocratique et catholique, dans les écrits de Bodin, de Hobbes, de Spinoza, des Lumières et de bien d’autres, qui sera repris, retravaillé par des auteurs aussi divers que Fouillée, Bourgeois, Quinet, Buisson, Jaurès… Merci par conséquent de ne pas réduire le fait laïc français encore et toujours aux positions de Nicolas Sarkozy, de Marine Le Pen et du Front National. De même se réclamer de la totalité de cet héritage, de reconnaître les racines chrétiennes de la France et son sécularisme n’est pas un oxymore.

    La révolution française en ramenant la question du pouvoir dans le monde profane, dégage de l’espace public le fait religieux, et crée, en creux, la notion de sphère privée. C’est cette organisation politique qui est le fondement de la laïcité française. Ce n’est pas une valeur, un totem, un absolu ou une nouvelle religion et cela ne peut se réduire à un corpus de loi ou à la loi de 1905. Que je sache c’est cette organisation politique qui a permis aux juifs et aux protestants d’être des citoyens à part entière à égalité de droits et de pouvoir vivre librement leur religion, pas la monarchie absolue et catholique.

    Ce système, terriblement humain est par nature imparfait et évolutif, mouvant. Nous sommes assurément face à un immense défi qui est de redéfinir ce système politique, ensemble, avec chacun son héritage et sa culture, mais avant tout en tant que citoyens français quelles que soient nos origine ou nos croyances. Il y a en effet une chose qui reste intangible c’est que le citoyen ne se définit pas selon son appartenance religieuse et que la religion, quelle qu’elle soit et je ne m’arrête pas aux trois religions du Livre, n’a pas sa place dans la sphère publique : naissance, mariage, filiation, héritage, éducation, accès à la santé et aux soins liés, liberté de conscience, égalité de tous, homme ou femme au regard de la loi… ne se définissent pas en fonction d’une religion. Par conséquent la loi religieuse, quelle qu’elle soit, doit se soumettre à la loi de l’Etat. Si vous avez d’autres propositions pour garantir la possibilité de vivre sa religion, en conscience, à égalité de droits avec tous les autres citoyens avec lesquels vous faites société, je suis sincèrement preneuse.

    Vivre sa foi, au plus profond de soi, au sein de sa famille, de son Eglise au sens premier du terme de la communauté de croyants, en cohérence avec la société qui nous entoure relève de la sphère privée. Et il y a de quoi amplement s’occuper dans l’intimité de cet espace. Par ailleurs, si j’en crois l’exemple de mes amis russes, cette sphère privée fait vivre le fait religieux malgré des dizaines d’années d’une oppression barbare et absolue, à moins que vous ne considériez que le renouveau de l’Eglise Orthodoxe russe ne relève que d’une volonté politique du Kremlin.

    Oui, nous pourrions faire différemment, à l’instar de nos amis anglo-saxons adopter un modèle « libéral » où l’Etat et le droit accompagnent la volonté individuelle et les revendications communautaires. Toutefois, au-delà du fait que je ne suis pas convaincue que le modèle social anglo-saxon soit le meilleur modèle qui soit, je ne peux pas m’empêcher de penser qu’abandonner en rase campagne ce sécularisme qui est nôtre est, au mieux céder à la facilité, au pire un mépris sans borne pour tous ceux qui ont construit, parfois au prix de sacrifices infinis, un modèle politique et donc social certainement imparfait mais qui a l’ambition de rassembler nos différences autour d’un projet commun.

    Bien à vous,

    Muriel

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    Muriel Poisson a écrit :

    la religion n’a pas sa place dans la sphère publique

    Je ne vois pas pourquoi ; bien sûr qu’elle l’a, vous voulez une société de citoyens schizophrènes ? – mais à présent que la sphère publique a été quasi phagocytée par la sphère dite privée, le problème c’est surtout d’arriver à définir les contours de cette sphère publique.

    la loi religieuse, quelle qu’elle soit, doit se soumettre à la loi de l’Etat.

    Il n’y a ni « soumission » ni opposition si tant est que les lois de l’une et l’autre respectent la loi naturelle – les chrétiens se sont tjs soumis aux pouvoirs politiques en place quels qu’ils soient dans ces limites. Mais comme cette notion est devenue inaudible de nos jours, et que le législateur a perdu de vue la finalité de la loi, on ira de plus en plus vers des clashs. La loi de l’Etat n’est pas en soi l’alpha et l’omega, et ne définit pas la norme, l’histoire nous l’a appris suffisamment.

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    À mortifère, mortifère et demi…

    M. Valls voit de l' »islamisme mortifère » derrière cette tenue de bain dénommée « burkini ». Le propos est outrancier. L’outrance répond à l’outrance. Certains voient du « modernisme mortifère » derrière, par exemple, en vrac, l’indécence admise de certaines tenues, l’obscénité revendiquée et acceptée de certains livres et films, la pornographie accessible à tous d’un click, la « libéralisation » des mœurs et j’en passe… Il s’agit bien d’une sorte de guerre de religion. Chaque camp est sûr de son fait. Provocation contre outrance, outrance contre provocation, rejet contre diabolisation : chacun est convaincu de détenir la vérité. À l’origine de tout cela, au centre de la polémique, comme toujours, comme au commencement, le corps de la femme, la différence des sexes, la sexualité, le mystère de la vie. Et si, au lieu d’écouter le serpent, qu’il soit islamiste ou moderniste, le serpent qui nous invite à être « comme des dieux », nous écoutions la voix nous enjoignant la modestie, le doute, le respect de l’autre et de sa différence, l’acceptation de la vie telle qu’elle est. Et si nous acceptions d’être des hommes comme des hommes…

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    Les musulmans de France deviennent de plus en plus assidus à l’Islam, alors l’Etat a comme seule réponse l’interdiction d’afficher sa religion. Ce ne sont pas les chrétiens ou les juifs qui posent problème. A-t-on vu une augmentation des kippas ou des croix ces derniers temps ? Non.

    La question qu’on doit se poser est pourquoi il y de plus en plus d’affichage de sa religion par les musulmans en Europe et particulièrement en France ?

    Cet état des choses fait que la radicalisation d’un certain nombre de musulmans est plus probable et plus difficile à détecter. En tout cas, on a pas le moindre soutien de la communauté musulmane dans la surveillance et dénonciation spontanée d’individus suspects. C’est la police et les services de renseignements qui doivent faire tout le travail, sans l’aide de ces musulmans, soit disant modérés et majoritaires. Ce n’est pas surprenant que les services de l’Etat n’arrivent pas à avoir une quelconque maîtrise du sujet.

    Les services secrets de renseignement de beaucoup de pays se font souvent attraper, pas par les services de contre espionnage, mais par de simples citoyens qui informent la police sur les agissements suspects d’individus qui s’avèrent être des agents en mission spéciale. Ces bavures sont d’autant plus énormes que les agents sont supposés être de grands professionnels et ceux qui les font tomber sont un promeneur de chien ou un voisin qui regarde derrière son rideau.

    J’imagine que la police prend plus au sérieux la menace terroriste que le trafic de drogue, mais sans l’aide de la communauté, ces activités ne s’arrêteront jamais.

    Je n’ai pas vu un seul dizainier à la plage cet été, je dois dire. Je ferrai plus attention l’année prochaine…

  • <<  |  <  |  >  |  >>  |  Répondre  |  Citer

    Je suppose que ceux voulant cantonner la liberté religieuse dans la sphère privée sont également d’accord à cantonner la liberté politique dans la sphère privée.

    Après tout, chacun ses convictions, pas besoin de les étaler au grand jour ni de les défendre bruyamment.

    Petit fait amusant : connaissez-vous Monsieur Kir, inventeur de la célèbre boisson? C’est un homme politique français, doyen de l’Assemblée Nationale lors de la première séance parlementaire de la Vème République et -de mémoire, curé. Naturellement, il a pu siéger en soutane sans que cela ne soulève une quelconque tempête médiatique : la laïcité a un champ d’application bien défini et ne concerne ni les citoyens, ni les usagers du service public, ni les élus.

    Ce fait remonte à une cinquantaine d’années environ.

    Visiblement, se réclamer de la longue histoire de la France et de la République pour redéfinir la laïcité, c’est en réalité se réclamer d’une évolution entamée au tournant des années 1980. Tout de suite, le côté vénérable de cette tradition athéiste militante saute moins aux yeux.

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    A tous : les trajets de retour et une rentrée difficile ne m’ont pas permis de prendre connaissance progressivement de vos commentaires, et je vous prie de m’en excuser. J’essaierai de m’y employer. Je me permets juste de souligner que ce billet ne traite qu’accessoirement du burkini, et plus sûrement des propositions évoquées.

  • <<  |  <  |  >  |  >>  |  Répondre  |  Citer

    Au risque d’être un peu cinglant, je dirais que tout ce sujet (le burquini mais aussi la « polémique » subséquente) n’est qu’un « sujet » qui a permis aux medias de parler, aux homes politiques « d’exister » et qu’il vaudrait mieux ne pas en parler (effet Streisand, etc …).

    Je veux dire, cet été, je n’ai pas vu de Burquini sur les plages : il y a quand même eu très peu de cas, il me semble ….

    Il va vraiment FALLOIR que les medias apprennent à se taire (ou au moins à prendre du recul) pour que la sérénité revienne ! Et je parle bien de la presse : pas des hommes politiques qui ne font leurs moulinets que pour lui plaire (je suis convaincu que N Sarkozy a essayé de la manipuler, la dompter, au départ puis qu’elle s’en est aperçue, d’où ce rejet violent à l’égard de NS, sidérant par rapport au début de son quinquennat).

    Tant qu’on ira interviewer des hommes politiques pour n’importe quoi (gnre juste après des attentats : on ferait mieux de les laisser bosser / agir), ils vont continuer à aller dans l’outrance et c’est dangereux !

    Ce sont bien les médias qui « hystérisent le débat » !

    a+ Bigben

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    @ Bigben : au risque d’être un peu cinglant, je vous ferai remarquer que, comme je l’ai écrit deux commentaires plus haut, ce billet ne concerne le burkini qu’en note de bas de page, et traite de propositions destinées à s’appliquer en entreprise voire dans l’ensemble d’un « espace public » (c’est-à-dire hors de son domicile) pour l’ensemble des religions.

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    Cher Koz, votre argumentation se tient parfaitement. D’un point de vue purement logique il n’y rien à redire.

    Cependant le glissement vers le burkini et autres menus avec porc obligatoires semble difficilement évitable dans la discussion tant il est évident – vous le soulignez – que la laïcité n’est invoquée que dans un total contre-sens pour justifier des mesures contraignantes imposées aux seuls musulmans (ou éventuellement aussi au juifs par un effet collatéral s’agissant du porc).

    C’est d’autant plus évident que les propositions que vous évoquez n’émanent pas de ceux qui pourraient être soupçonnés de vouloir imposer une dictature laïque. Au PS comme chez Les Verts, on s’insurge contre cette volonté de dicter les codes vestimentaires, à l’exception notable de Valls dont tout le monde a bien compris qu’il courait après l’aile droite de LR comme d’autres chez LR courent après le FN.

    Non, les propositions ne viennent pas de laïcards chevronnés, ou très rarement. Elles viennent d’une droite dont on n’imagine pas un instant qu’elle se risquerait à vouloir contraindre les catholiques à quoi que ce soit en matière d’apparence. Aucun ne vous reprochera que le « o » de Koz ressemble fort à un sacré coeur. Au contraire, elle revendique bruyamment l’héritage chrétien – comme vous le soulignez encore. Le risque pour les chrétiens paraît très virtuel dans ces conditions.

    Une dictature de la majorité plutôt qu’une dictature laïque, en fait.

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    Cher Gatien,

    Votre raisonnement se tient, globalement. Mais vous négligez deux points. Le premier est que la proposition de Nicolas Sarkozy est celle du Sarkozy Nouvelle Formule, qui s’est adjoint François Baroin, dont on peut dire qu’il est un laicard acharné, fils de dignitaire franc-maçon fort hostile à l’Eglise, et de Florian Philippot, dont les positions hostiles à l’Eglise (ainsi que celle de ses proches, Sophie Montel, leurs assistants) se multiplient et se font même parfois grossières et insultantes. Celle qui invoquerait éventuellement les racines chrétiennes est plutôt Marion Marechal Le Pen, dont je n’ai étonnamment pas entendu grand-chose, et dont la ligne minoritaire ressemble plus à une façon de ratisser large pour cathos gogos qu’autre chose. Qu’ils ne soient pas laïcards comme vous les aimez est une chose, mais ils le sont néanmoins.

    La deuxième chose est que ce discours qui, d’une certaine manière, profite des attentats pour régler son compte à l’ensemble des religions, est largement secondé sur d’autres parties de l’échiquier politique ou de la société. Ainsi d’Elisabeth Badinter qui, après les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher, n’a pas manqué de s’en prendre « aux imams, aux curés et aux rabbins ».

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    D’accord. Je sous-estime apparemment l’importance de Baroin, Badinter et Philippot. De là à imaginer des mesures contraignantes pour les chrétiens il y a un grand pas dans le virtuel. Mais si ça devait arriver je m’insurgerais avec vous.

    Ces positions dites « laïcardes » ne me plaisent pas quel que soit le bord d’où elles viennent. Elles n’on rien de laïques de mon point de vue. Je suis plutôt pour la laïcité française canal historique, qui considère que l’Etat n’a pas à se soucier de religion, qu’une soutane est un habit comme un autre, et que ça ne pose pas de problème d’avoir des députés habillés de la sorte.

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    Gatien a écrit :

    De là à imaginer des mesures contraignantes pour les chrétiens il y a un grand pas dans le virtuel. Mais si ça devait arriver je m’insurgerais avec vous.

    Lorsque Nicolas Sarkozy prévoit l’interdiction des « signes extérieurs d’appartenance à une religion », quand Philippot et Marine Le Pen (qui a un peu d’influence au Front National) prône l’interdiction de tous les signes religieux dans l’espace public, toutes les religions sont concernées par ces mesures contraignantes. C’est de fait l’objet du billet.

    Muriel Poisson a écrit :

    Merci par conséquent de ne pas réduire le fait laïc français encore et toujours aux positions de Nicolas Sarkozy, de Marine Le Pen et du Front National.

    Merci de m’indiquer où je l’aurais fait.Muriel Poisson a écrit :

    Par conséquent la loi religieuse, quelle qu’elle soit, doit se soumettre à la loi de l’Etat. Si vous avez d’autres propositions pour garantir la possibilité de vivre sa religion, en conscience, à égalité de droits avec tous les autres citoyens avec lesquels vous faites société, je suis sincèrement preneuse.

    Je n’ai pas à faire de proposition, sinon de ne pas modifier l’état du droit existant et de respecter les textes fondamentaux que j’ai cités dans mon billet.

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    Lorsque Nicolas Sarkozy prévoit l’interdiction des « signes extérieurs d’appartenance à une religion »,… C’est de fait l’objet du billet.

    J’ai bien compris. Et comme vous je trouve qu’un tel projet serait inacceptable. Nous sommes d’accord.

    Mais, il semble fort que cette affirmation d’un principe général n’est en fait là que pour justifier des modalités particulières qui ne s’appliquent qu’aux seuls musulmans (jusqu’à preuve du contraire). Ce n’est pas le principe qui compte dans l’esprit de la plupart, c’est la modalité qu’il sert à justifier. Et ce n’est pas nouveau, la laïcité est brandie de la même manière depuis des années.

    Donc votre billet est une parfaite démonstration par l’absurde. Vous poussez jusqu’au bout le principe général affiché pour montrer qu’il est en lui même inacceptable. Soit.

    Ca ne règle pas fondamentalement le problème, parcequ’en face ils ont beaucoup de principes généraux en réserve pour justifier leurs obsessions: liberté des femmes, résistance au communautarisme, etc. Ultimement ce ne sont que différentes façons d’habiller la même islamophobie. D’où mon propos initial: difficile d’éviter que la discussion dérive de l’écran de fumée vers le projet réel.

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    L’interdiction du voile à l’école m’avait déjà à l’époque laissé mal à l’aise, mais bon, l’école, c’est un endroit particulier. Après on a eu des histoires de repas hallal, de crèches, d’accompagnement des sorties scolaires. En 2010 on a sorti une autre loi, pour interdire de se dissimuler le visage – la violation des libertés publiques était déjà évidente. Mais la pente glissante ne s’arrête pas là: on en est aujourd’hui à proposer de changer la Constitution pour interdire l’expression religieuse. Ce n’est plus une dérive, c’est carrément sauter dans le gouffre… Contrairement à Gatien, je ne chercherai pas à rejeter la responsabilité uniquement sur la droite. Il y a Valls, naturellement, mais il n’est pas tout seul. Et d’ailleurs, on n’a pas beaucoup entendu le Président recadrer son Premier Ministre, alors qu’il y aurait de quoi… Mais surtout, l’affaire vient après celle de la déchéance de la nationalité, qui a prouvé qu’il ne fallait pas trop compter sur la gauche au pouvoir pour défendre les droits fondamentaux, ni le simple bon sens.

    En tant qu’expatrié, je regarde tout cela avec effroi. Et je peux témoigner de l’absence totale de compréhension, hors d’Europe. La seule idée de réglementer une tenue vestimentaire est, en soi, vue comme une absurdité, celle de contraindre l’expression religieuse, comme un recul de civilisation.

    Que faire? Je m’avoue incapable de le dire. Ne pas voter Le Pen, Sarkozy, ou Valls, bon, ça, c’est évident. Mais ces gens représentent une tendance que j’imagine facilement devenir majoritaire, si elle ne l’est déjà… Reste le témoignage. Voici le mien, pour ce qu’il vaut:

    • Il existe des pays où on ne s’habille pas comme on veut, où on ne peut pas construire les édifices religieux que l’on veut, où manifester une religion autre que celle de l’État vous même à des ennuis. Les imiter serait plus qu’une faute: un crime contre nous-mêmes et contre notre héritage de tolérance et de liberté.

    • À l’opposé, il existe des pays où les religions sont multiples, où chacun respecte à peu près celle du voisin (ou, plus exactement, s’en fout). Certes, on voit quelques femmes couvertes de pied en cap dans la rue, ça fait bizarre. Mais non, il n’y a pas de raison de se sentir menacé. D’ailleurs, il y a aussi des types en turban, des filles en sari, ou en short le plus court et serré possible. Et… ça marche. Bon, c’est loin d’être parfait. Mais tous ces gens se côtoient sans se taper dessus. C’est possible, figurez-vous.

    On me répondra que oui, mais bon, il y a le terrorisme. Je ne nie pas que le terrorisme inspire la crainte de l’autre – c’est le but même du terrorisme. Mais quelqu’un peut-il m’expliquer en quoi interdire la manifestation publique de la religion va aider à combattre le terrorisme?

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    Koz, ton billet me frappe.

    Une nouvelle illustration de ce problème se retrouve dans la loi Travail qui permet d’introduire dans les règlements intérieurs des entreprises « des dispositions inscrivant le principe de neutralité et restreignant la manifestation des convictions des salariés ». Ce qui peut recouvrir tout, et plus. Si naturellement la plupart imagine que cela permettra de limiter certains abus religieux, ils oublient cependant que cela pourra permettre d’interdire également l’expression de toute opinion, y compris politique ou syndicale. Et donc toute liberté d’expression.

    Lib a écrit :

    I. Cette inversion orwellienne du sens de notions aussi fondamentales n’est pas pour rien, me semble-t-il, dans la confusion mentale qui gagne notre société, ni les tensions de plus en plus palpables qui la traversent. […] V. Une autre raison de cette triste polémique est la disparition progressive dans notre société de la distinction entre ce qui suscite la désapprobation et ce qui mérite l’interdiction.

    Lib a raison de souligner là une inversion orwellienne (celle sur l’égalité est tout aussi pertinente, merci, je ne l’avais jamais entendu formulée). Il devient difficile de lutter contre cette inversion, tant les esprits sont tentés par des raccourics qui interdisent toute réflexion. Et l’extension de la confusion sur la laïcité à celle de la liberté d’expression pourrait vite déraper, comme le montre ce curieux article de la loi Travail (qui, j’imagine, ne sera pas sans poser problème au niveau juridique.)

    D’où l’importance de clarifier et d’insister chaque fois que cela est nécessaire, pour éviter que la réprobation ne puisse plus s’exprimer que par une interdiction. Merci pour ton billet qui y contribue.

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    @ Gwynfrid: Je pourrai être d’accord avec vous, si en France, il n’y avait des territoires où il n’y a plus de cohabitation possible du short et de la bâche noire.

    Ca marche, la cohabitation, à condition qu’il n’y ait pas de loi parallèle voulant s’imposer par la force, que l’Etat reste le garant de la liberté et n’abandonne pas des quartiers entiers à la loi du plus fort.

    Alors bien sur, ça ne sert strictement à rien, de nouvelles lois débiles. Que l’Etat fasse d’abord respecter ce qui existe, que l’on apprenne à nos jeunes à aimer notre civilisation. Et gardons la tête froide. mais ce n’est pas évident.

    Et surtout pas au quotidien: allez donc vous attabler pour boire une bière sur une terrasse où vous êtes la seule femme, que tous vous regardent en faisant des commentaires en arabe ou en français assez désobligeants et que le serveur vous dise d’un ton faussement désolé que la tireuse est en panne. Et que ça se passe de l’autre côté du boulevard où vous habitez. Chaque jour, ce boulevard devient une frontière de plus en plus tangible. C’est usant.

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    exile a écrit :

    @ Gwynfrid: Je pourrai être d’accord avec vous, si en France, il n’y avait des territoires où il n’y a plus de cohabitation possible du short et de la bâche noire. Ca marche, la cohabitation, à condition qu’il n’y ait pas de loi parallèle voulant s’imposer par la force, que l’Etat reste le garant de la liberté et n’abandonne pas des quartiers entiers à la loi du plus fort.

    Admettons que la situation soit aussi dégradée que vous la voyez. Je ne le nie pas, car je n’en sais rien. Donc, partons du principe que votre constatation représente l’état du pays. Je pose la même question que plus haut vis-à-vis du terrorisme: pouvez-vous m’expliquer en quoi interdire la manifestation publique de la religion va aider à résoudre le problème que vous décrivez?

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    A rien, je vous l’ai écrit : ce serait une loi débile. et je partage l’avis de Koz. Mais je viens témoigner d’un quotidien qui se dégrade.

    Par contre, s’il s’avère que porter des habits religieux entraîne des troubles manifestes à l’ordre public (cf l’affaire corse), la puissance publique aura de bons motifs d’arrêté d’interdiction au coup par coup selon les municipalités, voire les départements.

    Mais aujourd’hui, c’est plutôt ne pas porter ces habits qui entraine des troubles, hélas!

    Dans un autre domaine, ce qui évitera de dire qu’on fait une fixation sur la manifestation extérieure d’un certain islam, regardez le traitement des causes « écologistes » par les forces publiques: Par peur d’un accident mortel, comme à Sivens, on laisse faire notamment les no borders, ce qui renforce leur sentiment d’impunité et contribue à augmenter le niveau de violence au fur et à mesure des manifestations. On assiste dans ce domaine encore à des pièces de théâtre jouées par divers ministres ou ex ministres;, qui font des calculs électoraux, mais qui se foutent bien de savoir si leur déclarations ne mettent pas en danger la vie d’autrui en cautionnant des comportements dangereux. Et les gendarmes assistent à ce cirque les bras croisés, et on demande aux industriels de mettre leurs projets en veilleuse parce que, dixit le préfet local « je ne peux pas assurer l’ordre public »

    Cela a sans doute toujours existé, mais pas dans les proportions actuelles, pas avec la visibilité médiatique actuelle. Ce sont de très vilains engrenages

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