Comment peut-on être catholique ?

Il y a ceux qui constatent, amers, la chute du nombre de fidèles et ceux qui la célèbrent, ravis, ceux qui annoncent la mort de l’Eglise et tout en même temps dénoncent ses velléités de s’imposer. Ceux qui ne comprennent pas que cela existe encore. Ceux qui ne voient que des cathos fachos, ceux qui ne voient que des cathos gauchos, ceux qui les dénoncent anti-migrants, ceux qui les fustigent pro-migrants, ceux qui font un pari bénédictin, ceux qui font un pari chrétien, ceux qui claquent des bannières et ceux qui passent par derrière.

Comment peut-on être catholique1 ? Comment peut-on être encore catholique aujourd’hui ? Question de principe et questions d’application. Question d’actualité quand cette rentrée littéraire nous offre, sans même être exhaustif, cinq ouvrages pour souffler un vent frais sur l’Église de nos jours.

* * *

Denis Moreau en fait une question de principe, la question en titre, dans un ouvrage de riante philosophie. Il prend sur lui la charge de la justification. Comment peut-on seulement être catholique ? Et comment un philosophe, qui connaît des mots compliqués et se targue de faire usage de sa raison, peut-il ainsi déraisonner, croire en Dieu et jusqu’en la résurrection des corps ? Comment, pourquoi ? Parce qu’il y a entre autres « quelques bonnes raisons de croire ». Alors Denis Moreau se coltine ce qu’il est convenu d’appeler les « preuves de l’existence de Dieu » – mais pour rappeler que « preuve » peut tout aussi bien signifier indice et que ces « preuves » doivent être entendues comme des preambula fidei, ou une « invitation argumentée à la foi ».

Denis Moreau est catholique non pas en dépit de la philosophie, mais parce qu’il est philosophe.

Un trait est frappant : de toutes les grandes religions, le christianisme – et spécialement sa branche catholique, dans la mesure où la Réforme s’est en partie affichée comme une réaction critique contre un abus de philosophie – est celle qui, de façon massive et continue, a choisi de se présenter et de se réfléchir dans des catégories reprises à la philosophie telle qu’elle s’était développée en Grèce antique.2

Que l’on ne s’effarouche pas trop vite en voyant un ouvrage de philosophie. Moi-même, j’ai flippé ma race en y lisant « Spinoza« . Mais Denis Moreau a sué sang et eau pour produire un ouvrage accessible, et même souvent drôle, dans lequel il répond aux objections si fréquentes que sont l’existence du mal, l’angoisse de la mort qui nous motiverait, les fautes de l’Église, l’inefficacité de la prière.

Un exemple ? Est-ce justement la peur de la mort qui nous conduit à croire ? Peut-être. Et après ? Il y a de bonnes raisons de croire, nous dit-il, que la peur de la mort « amène les êtres humains à mal se conduire », en ce qu’elle serait « à la racine de la cupidité, de la gloutonnerie, de l’orgueil »3.

Serait-ce alors parce que la foi vient nous apporter une consolation illusoire que nous nous empressons de l’adopter ? Évidemment, Denis Moreau ne se borne pas à la réponse qui suit mais, sur la logique même de l’argument, il objecte que « l’idée que quelque chose doit être répudié parce que cela correspond à notre désir ne va pas de soi » – ainsi du verre d’eau que l’on tendrait à un homme assoiffé : oui, l’idée d’une victoire sur la mort correspond certainement à un désir de l’Homme, mais cela ne suffit pas en soi à ôter tout crédit à la foi.

C’est ainsi qu’à bien des égards, Denis Moreau nous amène à faire ce pas de côté pour envisager la question sous un angle renouvelé, et ne plus prendre l’objection pour acquise ou angoissante.

Être catholique, ce n’est pas abdiquer la raison.

*

La mort, toujours, elle, prend sa place dans l’échange magnifique entre François Bégaudeau et Sean Rose, l’agnostique qui croit peut-être et le chrétien qui doute encore. Étonnante conversation entre deux hommes sur le bord du même fil, chacun de son côté. François Bégaudeau4 y est net, y est tranchant, radical. Son exigence réveille le croyant. Mais revenons à la mort. Même question : cette coupable angoisse serait le moteur du croyant ? Il s’interroge notamment sur la raison pour laquelle une fratrie peut prendre des chemins si différents.

On distingue souvent, parmi les enfants, entre les éveillés et les moins éveillés, les extravertis et les inhibés, les champions scolaires annoncés et les foutus d’avance, etc. une polarité tout aussi décisive est plus rarement mentionnée : certains enfants sont angoissés par la mort, d’autres pas. J’ai fait partie des premiers. Un mauvais numéro qu’on tire – ou un bon, de par la fertilité de cet affect. Je ne parle pas du questionnement réglementaire qui vient à tout enfant à l’occasion d’un décès ou à l’évocation d’un défunt, mais de l’air qui se raréfie à chaque flash d’hyperconscience de la finitude. Je parle de vertiges suffocants. De ma prescience concrète du trou.

L’air qui se raréfie, la prescience du trou, mais la fertilité de cet affect : je n’avais pas vu ainsi cette honteuse affliction. Plusieurs fois, François Bégaudeau rafraîchit le croyant, à grands seaux d’eau glacée. On fustige le fondamentalisme ? Il vante la littéralité, contre le recours trop pratique à la lecture métaphorique. Le riche est-il riche en esprit, et le pauvre de même ? Non, c’est bien du riche de biens que le Christ parle. Et s’il est plus difficile à un riche d’entrer au Royaume de Dieu qu’à un chameau de passer par le chas d’une aiguille, c’est que le riche ne sait plus que sa vie n’est pas entre ses mains.

Qu’est-ce qui lie les aspects les plus divers de la vie d’un riche ? C’est le congé donné au réel (…) La richesse offre un quotidien sous cloche, et donc une existence moins incarnée (…) Le pauvre ne saurait oublier qu’il est un composite de matière. Elle se rappelle à lui tous les jours. La pierre, parce que l’ascenseur est en panne depuis six mois et qu’aucun ami influent ne fera pression sur le syndic; le sang, parce que ce sont les prolos qui deviennent flics, pompiers, infirmiers, et qu’on place en première ligne sur les fronts de guerre; l’urine, parce que les effluves du métro l’évoquent deux fois par jour; la terre, parce que sur un chantier une rafale de vent affole la poussière qui pique les yeux, etc. (…) Par intuition atavique, le pauvre se sait en sursis, sait que les tuiles tombent sur qui n’a pas de toit, se sait entre les mains du destin, et c’est pour cela qu’il l’implore, qu’il s’en remet à lui, qu’il prie. Ainsi le pauvre est souvent religieux/superstitieux/pieux. Tandis que l’ascendant sur la matière que la richesse vous assure finit par s’extrapoler en maîtrise du destin, et par vous déprendre du sentiment, enfantin et donc juste, que des puissances sur lesquelles vous n’avez pas prise vous agissent.

Bégaudeau ne croit pas, et l’on ne sait pas bien pourquoi, tant ses propos sur la foi, sur le Christ, sont empreints d’un respect, d’une exigence et d’une justesse que l’on aimerait partagée par plus de chrétiens.Sait-il vraiment pourquoi il ne croit pas, tant certains mots sonnent comme une fugitive reconnaissance5  ? Reconnaissons-lui de se connaître mieux lui-même. Mais, lorsqu’il dit qu’il n’est pas un croyant car s’il veut bien prier, il veut prier seul et pas dans une église, pas publiquement, se souvient-il que le Christ, justement, appelle à cette discrétion (« Pour toi, quand tu pries, retire-toi dans ta chambre ; ferme sur toi la porte et prie ton Père qui est dans le secret » (Mt 6, 6) ? Il ne croit pas et l’on se demande tout de même si malgré tout, lui qui célèbre le pauvre, ne laisse pas l’orgueil entre la foi et lui, s’il ne se contemple pas dans sa radicalité. La foi n’existerait que pure et parfaite.

Pour une fois, manque de chance, le good cop a le mauvais rôle. Sean Rose, chrétien anglican, se fait quelque peu malmener dans cet échange. C’est que la radicalité de Bégaudeau n’échappe pas, parfois, à l’injustice et peut-être à la facilité. Rose est du côté de celui qui a osé le saut de la confiance, il fait partie (tout anglican qu’il est) d’une « Église de pécheurs », ceux qui se savent petits, ceux qui se savent indignes, jamais « à la hauteur », qui savent leur foi faible, qui tombent et se relèvent. C’est aussi parfois comme cela, en tout petits, parce que l’on a consenti, un jour imprécis, à passer de l’autre côté du fil, que l’on est chrétien, ou catholique.

Être catholique, c’est se faire petit avec les petits.

*

Comment peut-on être catholique ? Et Julien Leclercq, dans un ouvrage déjà évoqué ici, en atteste : on peut être jeune, de banlieue, et se convertir. Lui, qui avait un jour littéralement craché sur la croix du Christ, il s’est converti. Et il livre un témoignage d’une poignante sincérité. Car il est bien de cette « Église de pécheurs ». Converti, baptisé, il retombe. Ses excès d’hier n’ont pas disparu. Tel baigneur indélicat qui manque de lui plonger dessus, il est à deux doigts de l’aplatir. La fidélité, chez lui, a connu ses accrocs. Tout cela, il consent à l’écrire. Parce qu’un chrétien n’a jamais été un parfait, mais est ce fils qui revient et que son père, toujours, est prêt à accueillir.

Radical, Julien ? Intégral, plutôt. Venu d’entre Les Mureaux et Mantes-la-Jolie, il aurait pu avoir une conversion identitaire. Une réaction compréhensible à une cohabitation difficile. Combien sont-ils à vous affirmer que, lorsque l’on connaît cela, on vire forcément identitaire ? Julien est sans complaisance avec l’islam, sans illusion non plus, mais il s’offre à sa foi.

Nous sommes assis sur une poudrière. Citoyen catholique, je ne serais en paix ni avec ma conscience ni avec le Christ en rejetant celui qui ne partage pas ma foi.

Alors quand la colère le prend, quand l’émotion s’impose, quand des paroles du pape suscitent son incompréhension, il se pose, il se reprend, et il cherche à comprendre, désireux d’être chrétien pleinement.

Être catholique, c’est tomber mais se relever, avec le secours du Père.

*

Intégral encore, François Huguenin, dans ce livre plus amplement recensé dans ce précédent billet. Lui aussi refuse de transiger, trier la doctrine de l’Église, écarter, absolutiser ce qui conforte, relativiser ce qui bouscule. Comment peut-on être catholique ? Chez lui, il s’agit de savoir comment l’être dans un monde qui n’est pas chrétien.

Denis Moreau évoquait déjà la parabole du bon grain et de l’ivraie (pour mémoire, c’est ici, Mt 13, 24), pour souligner que « durant sa croissance, il est malaisé de la différencier des jeunes tiges de blé et, lorsqu’elle a grandi, il est difficile de l’arracher sans arracher le blé avec elle », et qu’ainsi va l’Église. François Huguenin lui, rappelle que « tant que le temps de la moisson n’est pas arrivé, ce n’est pas le moment de séparer l’ivraie du blé. Nous sommes souvent trop pressés, trop sûrs d’y arriver, trop désireux de bâtir un monde qui nous rassure et nous conforte » et il pointe fermement une « hypertrophie du domaine symbolique de la loi » pour dénoncer tout ensemble la volonté de tout faire passer par la loi et le risque de surévaluer le champ idéologique. Il cite à cet égard saint Thomas d’Aquin, qui exprimait déjà clairement pourquoi tout ce que l’on peut réprouver ne doit pas être interdit pour autant : « La loi humaine est portée pour la multitude des hommes, et la plupart d’entre eux ne sont pas parfaits en vertu. C’est pourquoi la loi humaine n’interdit pas tous les vices dont les hommes vertueux s’abstiennent ».

François Huguenin met ainsi en garde contre une tentation des chrétiens de ces derniers temps :

Il est important de ne pas absolutiser une sorte de non possumus qui condamnerait les chrétiens à n’être plus acteurs de leur monde, à s’enfermer dans la critique stérile, à se couper de leurs frères en humanité.

Ainsi sur la question de l’action citoyenne des chrétiens, François Huguenin appelle à ne pas désespérer :

Il s’agit de dépasser l’horizon parfois très étroit de la loi : il faut envisager de la combattre quand c’est le moment, de peser sur son élaboration quand c’est possible, et surtout de savoir que la loi positive n’est pas tout, qu’elle est parfois impossible à récuser, mais que tant que la liberté est possible, la parole et l’action le sont aussi.

Le chrétien ne peut pas, et n’a pas à imposer sa loi. Il participe aux débats de la cité mais n’est pas supérieur aux autres. Et François Huguenin reprend une interprétation éclairante d’une célèbre parole du Christ : « Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde », pour souligner que ni l’un ni l’autre ne valent pour eux-mêmes, mais pour ce qu’ils révèlent.

Le chrétien est donc au monde pour l’aider à se révéler à lui-même comme création d’un Dieu d’amour où la dignité de chaque personne humaine est inaltérable.

Être catholique, c’est agir dans la société, en amitié aussi.

*

Patrice de Plunkett rejoint les précédents auteurs dans le refus de voir les chrétiens s’enfermer dans une sociologie uniforme, bourgeoise, retirée du monde et toute occupée à le fustiger.

Comme j’ai pu le faire l’an dernier, il met en garde, avec la vigueur qu’on lui connaît, contre une dérive identitaire – faisant un lien, pas toujours évident, entre les puissances de l’argent et l’identitarisme. Pour toucher toutes les composantes de la société française, lorsqu’elle touche les catholiques, cette dérive identitaire s’avère certainement plus paradoxale, et contradictoire à ses fondements propres.

L’identitarisme n’est pas « l’identité ». C’est une idéologie qui s’empare d’un sentiment : celui de la perte d’identité. Que ce sentiment de perte soit fondé ou non (et quelles que soient ses causes), l’identitarisme s’en saisit et lui injecte un contenu étranger et sourdement hostile au christianisme, même et surtout quand il prétend défendre celui-ci.

S’il est sans concession envers le risque de repli sur eux-mêmes qui taraude une part non négligeable de catholiques, il les appelle aussi à ne pas négliger les « signes d’intérêt inédits envers la foi chrétienne que donnent nos contemporains »6 alors qu’ils ont pu lui « tourner le dos parce qu’ils prennent le catholicisme pour une morale fermée »7. De fait, il y a bien des occasions pour se sentir malmené, mais aussi tant de signaux faibles de cet intérêt discret, de ce questionnement que nos contemporains n’ont pas abandonné. Il faut savoir à quoi nous voulons accorder notre attention première.

Évangéliser n’est pas s’exhiber en parti, ni répandre des idées, ni entreprendre de « changer les gens » : c’est – s’il se peut – vivre une façon d’être qui puisse désigner le Christ à travers nous.

Être catholique, ce n’est pas faire la morale, c’est rendre témoignage.

* * *

« Laissez-vous renouveler par la transformation spirituelle de votre pensée. Revêtez-vous de l’homme nouveau, créé, selon Dieu, dans la justice et la sainteté conformes à la vérité. » (Ephésiens 4, 23-24). Voilà peut-être une phrase ou, à tout le moins son idée, qui rapproche ces cinq ouvrages.

Nous vivons des temps nouveaux. L’incrédulité, parfois le sarcasme, devant la possibilité même d’être catholique semble plus largement présente qu’auparavant. Et pourtant, dans le même temps, tandis que bien des catholiques se dévêtent des oripeaux de l’Homme ancien, de ses illusions de pouvoir et de ses confusions, de non-chrétiens montrent – j’en suis persuadé et peux en témoigner – des signes d’intérêt pour le christianisme, un christianisme qui n’est pas d’abord une morale mais la miséricorde. Sans que nous l’ayons souhaité, nous voilà convoqués à la « transformation spirituelle de notre pensée ». Les temps sont nouveaux, ils sont troublés, le fameux noir nuage8 est dense mais, pour qui sait regarder, sa frange d’or est annonciatrice.


  1. Et la question pourrait sans grande peine être appliquée à l’ensemble des chrétiens, avec quelques menues modifications. Que nos amis protestants ou orthodoxes ne nous en tiennent pas rigueur []
  2. Je poursuis ici pour ne point trop encombrer le billet. Plus loin il souligne que les heures de philosophie représentent « 60% (!) des « crédits » que doivent obtenir les séminaristes. Lors des années suivantes, ce sera encore trente heures annuelles de philosophie (philosophie de la religion, philosophie morale et politique, études d’auteurs). Quelle autre organisation au monde donne un tel poids à la philosophie dans la formation de ses cadres ? » []
  3. Que l’on veuille bien me pardonner si les idées paraissent abruptes et imaginer que je ne fais ici que condenser le propos de Denis Moreau qui, lui-même, présente certains arguments sans entrer dans le détail []
  4. qui partage avec Denis Moreau une inclination pour les Wampas []
  5. « Ma sœur, en somme, ne croit pas. Mais de nous deux, la chrétienne c’est elle. La chrétienne objective«  : de nous deux, écrit-il… Celle qui ne croit pas, et celui qui croit ?; « Je ne sais pas si je crois, je ne sais pas si je suis un mec bien, je ne sais si Dieu m’aime encore ni quelle qualité-quantité d’amour je puis lui retourner, mais je sais que je suis charitable quand j’écris. Je ne suis peut-être pas chrétien, mais je suis un écrivain chrétien. Ou plutôt je suis chrétien en tant qu’écrivain » []
  6. le livre de François Bégaudeau et Sean Rose n’en est-il pas un excellent exemple ? Il fait même écrire sur France Inter (!) : « Avoir la foi, y revenir, l’abandonner ou s’en passer : autant d’interrogations auxquelles nous avons cru, à tort, échapper. En réalité, pour beaucoup d’entre nous, la question de Dieu n’est pas réglée » []
  7. Et Denis Moreau écrit lui-même : « Il faut savoir distinguer l’essentiel de l’accessoire, ce que ne font pas toujours ni les catholiques eux-mêmes ni leurs adversaires. Que les uns et les autres sachent que mon catholicisme ne se réduit pas à des histoires de capotes«  []
  8. Eh oui, vous savez : « même le plus noir nuage a toujours sa frange d’or » []

Auteur

Père, époux, fidèle à divers titres, je suis aussi... avocat, auteur (Ca ira mieux demain, 2015; Identitaire - Le mauvais génie du christianisme 2017), et chroniqueur à La Vie.

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26 commentaires

  • Je me permets d’ajouter un titre tout récent à votre liste : le livre de l’historien Guillaume Cuchet : « Comment notre monde a cessé d’être chrétien. Anatomie d’un effondrement », chez Seuil, février 2018. Personnellement, l’approche historico-sociologique ( la reprise des statistiques du chanoine Boulard (1947-années 1960) m’intéresse presque davantage que le récit d’itinéraires particuliers, intellectuels ou croyants, dans la mesure ou les comportements collectifs ici étudiés impactent le système de croyance lui-même (dans son architecture dogmatique), comme s’il y avait une forme d’intelligence collective d’un peuple croyant, le Peuple de Dieu d’après une théologie classique, face au magistère romain. A mon avis, ce livre pose très bien -sans l’expliciter bien sur- le problème du monopole clérical dans l’Eglise (et des possibilités de son contournement). Il y aurait d’autres choses à dire sur la « réception » pour un juriste.

    • Je le lirai probablement, avec intérêt. Mais, pour défendre les ouvrages précités, ils ont l’avantage sur l’analyse historique (et donc nécessairement orientée sur le passé), d’être plus inspirants et de débroussailler le terrain pour l’avenir.

      Mais je ne néglige pas non plus l’éclairage apporté par l’analyse historique.

  • Comment être catholique ?
    D’abord, il faut rencontrer Dieu (de diverses façons). Le Christ m’est apparu en rêve. Tant d’amour se dégageait de Lui. Je me suis convertie à l’âge de 65 ans, venant d’une famille athée et anticléricale. Maintenant, j’essaie de marcher dans les pas du Christ et j’ai compris l’importance d’aimer les autres et d’aider les plus faibles en leur offrant un peu de tendresse. La Foi m’accompagne et ma vie a changé. Voici ma réponse et peut-être d’autres personnes me rejoindront dans ce témoignage.

  • Une fois encore, vous savez aller à l’essentiel et susciter la réflexion ! Les pistes qui vous ouvrez en puisant dans ces cinq ouvrages, et que vous nous faites partager, peuvent d’ailleurs interpeller et inspirer des croyants des toutes religions, y compris non-catholiques et y compris non-chrétiens.
    Merci, Koz !

  • Le langage parfois trivial, le style de bateleur évangélique de Denis Moreau desservent fortement le propos de l’auteur, le livre me donnerait plutôt envie de fuir les cathos. Je n’ai malheureusement eu ni le temps ni les moyens de lire les autres livres mais j’avais noté le livre de Guillaume Cuchet car ses articles en revue sur ce sujet sont fort pertinents. J’ai lu hier le dernier livre de Nicolas Diat : Un temps pour mourir, derniers jours de la vie des moines où j’ai particulièrement apprécié l’abbé d’En-Calcat et le prieur de la Grande Chartreuse qui ne reculent pas à poser des paroles fortes sur les défis de la société tout en disant notre espérance.
    Sinon, ici, le livre de Carême sera la relecture de La Présence de Dieu avec Laurent de la Résurrection. Un tout petit livre pour grandir et aimer.

    • Nous n’avons manifestement pas lu le même livre. « Bateleur évangélique » pour ce livre ici, c’est tout de même un qualificatif un peu cocasse.

    • « Bateleur évangélique », eh bien, chère madame, comme vous y allez ! Mais désolé que mon style vous ait déplu. Si vous en avez le temps, je serais curieux (les réactions de lecteurs sont toujours précieuses) de savoir de façon plus détaillée ce qui vous a tant agacé dans mon style, et vous donne envie de « fuir ». Vous pouvez vous servir pour me contacter de l’adresse courriel qui figure p.21 de livre. Merci d’avance, bien cordialement à vous

      • Laissez-moi un peu de temps pour rédiger et je vous écrirai, je suppose que l’adresse figure aussi en version k**dle.

      • Merci de bien vouloir vous prêter à l’exercice. Pour la version K**dle, je ne sais pas, sur la version papier c’est p.21 note 2. Mais vous pouvez facilement trouver mon adresse courriel sur le site de l’université de Nantes. Bien cordialement à vous, à bientôt sans doute

  • Merci Koz pour cette revue. La mise en parallèle est chouette et percutante.
    Je suis aussi de plus en plus curieuse de voir où vont nous conduire ces « signaux faibles » et cette « frange d’or annonciatrice ». Qui vivra verra 😉

  • J’ai depuis longtemps un goût pour la philo qui me fait participer régulièrement à des rencontres sur des thèmes aussi divers que variés et à nouer des contacts avec d’autres personnes qui partagent les mêmes intérêts.

    Je ne porte pas ma foi en bandoulière, mais arrive toujours un moment où mes interlocuteurs découvrent que je suis chrétien, ce que je confirme bien volontiers.

    « Comment, toi, un catho, c’est pas possible ! » est une phrase que j’ai souvent entendue.

    La tradition philosophique a toujours considéré l »étonnement comme un point de départ à la réflexion.

  • Merci Koz pour ces signalements et ces recensions qui consolident ma manière de voir le christianisme et le catholicisme dans la cité.
    Que ces signaux aide le corps de l’Eglise à se concentrer sur une manière apaisée et opérationnelle d’être au monde.
    Merci de tes billets riches et éclairant sur les bouleversement que nous subissons. Continue !!!

  • Avez-vous lu le livre de Rod Dreher sur le pari bénédictin??
    Il y a quelque chose qui me gêne aux entournures… mais n’ayant lu que des interviews de lui et des critiques de son livre, je ne suis pas trop légitime… ceci dit je connais bien les milieux catholiques anglais et américains qui se ressemblent beaucoup par leur côté identitaire! Etre catho c’est l’avoir reçu « dans son ADN », au berceau (d’où l’expression « craddle Catholics »). Pour avoir tenté l’expérience d’évangélisation en paroisse outre Manche je confirme qu’être catholique c’est un peu comme avoir reçu une nationalité.
    Les catholiques anglo-saxons du coup se sentent assiégés de partout (y compris par les autres chrétiens dont ils se méfient comme de la peste…) et ont tendance à s’enfermer entre eux d’où ma suspicion autour de l’ami Rod!!
    Allez un autre livre à lire vous n’êtes plus à un près!

    • L’histoire des cathos en Angleterre, longtemps persécutés, et aux US, longtemps méprisés et suspectés, n’est pas celle des cathos en France ou en Italie.

      Eh oui, nous sommes tous « situés ». Le christianisme, religion de l’Incarnation, assume les situations historiques, même si il est aussi une invitation pressante à les dépasser.

    • Je l’ai lu, mais je préfère prendre mon temps à revenir sur des livres qui apportent, les uns et les autres, des éléments de réponse à cette thèse plutôt que de prendre celui de le réfuter. Je trouve d’ailleurs que, s’il n’est pas inintéressant, il est disproportionné d’en faire autant état (au demeurant, je suis intervenu auprès de jeunes laïcs responsables d’Eglise et, à ma grande surprise, aucun n’en avait seulement entendu parler, signe que l’on en fait peut-être un peu trop dans un cercle « éclairé »).

      Je ne crois pas à la perspective qu’il dessine. Sur tous les plans, il invite les chrétiens à se retirer du monde – que ce soit pour l’éducation, pour le travail, pour les relations sociales et même géographiquement. Parce qu’il perçoit bien que cela déconne quelque part, dans une perspective chrétienne, il explique que cela permettra ensuite d’aller vers le monde pour évangéliser. Je n’y crois pas. Une fois que l’on a largement incité des chrétiens – qui y sont déjà enclins – à travailler avec des chrétiens, mettre leurs enfants dans des écoles chrétiennes hors contrat (parce que manifestement, nos écoles cathos ne sont pas suffisantes), à habiter à proximité immédiate de chrétiens pour vivre ensemble, ils n’iront pas dans le monde. Nous n’avons qu’une vie et qu’un esprit.

      Je me demande en outre, dans l’hypothèse où ils iraient néanmoins, avec quelle vision du monde ils s’y rendraient. Non seulement parce qu’ils n’en verront plus grand-chose mais parce qu’ils se seront mécaniquement instaurés dans un rapport d’opposition (qui sous-tend tout le livre de Rod Dreher).

      Je pense que cette approche est inefficace, et j’aurais même tendance à dire qu’elle n’est pas courageuse. C’est trop facile d’abandonner le monde, de ne plus se coltiner avec la difficulté. Et si l’on reprend la référence habituelle du bon grain et de l’ivraie, il ne nous a jamais été dit qu’il fallait que nous nous réfugions dans un champ de bon grain. Nous devons nous coltiner le mal, et l’erreur, aussi. Denis Moreau, dans son livre, insiste d’ailleurs sur une chose dans son livre : le bon grain et l’ivraie sont difficiles à distinguer lorsqu’ils poussent ensemble et même (Denis, si je me trompe et que tu me lis, détrompe-moi), ils poussent de façon imbriquée, enserrée l’un à l’autre. C’est notre lot commun que de nous dépatouiller dans un monde qui n’est pas « pur », nous sommes dans ce champ, nous en sommes partie prenante et c’est là que nous agissons.

      Bref. Plutôt que de prendre le temps d’une recension négative, je préfère prendre celui de recommander ceux qui apportent les instruments pour une bonne réponse.

      • Sur le bon grain et l’ivraie, je ne te détrompe pas !
        Sur le fond, je partage tes réserves sur le livre de Dreher. Je me demande simplement si c’est un problème « culturel » (= ce qui peut être viable et bénéfique aux USA ne l’est pas chez nous) ou quelque chose de plus profond, un désaccord sur le mode de présence des chrétiens dans le monde, la façon de vivre notre rapport à ce qui n’est pas « nous cathos ». Ce n’est pas toujours facile de trancher quand on lit le livre de Dreher. Mais la manière dont il est reçu par certains en France pousse vers la seconde réponse. Et là ni Koz (tu me détrompes si je dis des bêtises) ni moi ne sommes d’accord avec cette perspective d’un « retrait du monde », l’installation ultra-défensive (et en un sens, comme tu le dis, assez confortable) dans une mentalité de forteresse assiégée. Moi aussi, je pense que nous ne devons pas avoir peur de nous coltiner le monde, y compris en ce qu’il a de différent, ou de déplaisant.

  • Dans cette controverse, je me dis qu’il n’est pas inintéressant de s’inspirer de ce qu’ont fait les chrétiens dans les trois premiers siècles de leur histoire, quand ils étaient très minoritaires (on estime, de l’ordre de 10 à 15 % quand en 313 le christianisme devient « religion licita »), souvent persécutés, dans un milieu par definition sans références chrétiennes.

    Ils n’ont pas quitté le monde (le monachisme vient après), ils n’ont pas craint la polémique (les apologistes chrétiens des premiers siècles attaquent vigoureusement le paganisme et prétendent représenter « la vraie philosophie ») et ils se sont quand même un peu serrés les coudes.

    Il semble aussi qu’à les voir vivre, on notait une différence (la lettre à Diognète).

  • Espérer pour combattre l’angoisse.
    A tous les prophètes de malheur, vivons au temps présent.
    L’espérance à vivre aujourd’hui c’est la première demande de l’acte du même nom : la grâce dans ce monde… et non je ne sais quelle béatitude dans l’autre : « je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps ».
    Et je crois que cela demande toute notre énergie hic et nunc.
    Pour nous y aider : la lettre à Diognète à laquelle nous renvoient les derniers mots de la partie consacrée aux laïcs par Lumen Gentium, ce qui me semble pour le moins « prophétique »! :  » ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde ».
    En comprenant bien l’âme et le corps comme deux principes unis par la communauté de leur existence (hylémorphisme, contre le dualisme anthropologique).
    « Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les coutumes. Car ils n’habitent pas de villes qui leur soient propres, ils n’emploient pas quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n’a rien de singulier.
    Ils habitent les cités grecques ou les cités barbares suivant le destin de chacun ; ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et le reste de l’existence, tout en manifestant les lois particulières et vraiment paradoxales de leur manière de vivre. Ils résident chacun dans leur propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés. Ils s’acquittent de tous leurs devoirs de citoyens, et supportent toutes les charges comme des étrangers. Toute terre étrangère leur est une patrie, et toute patrie leur est une terre étrangère.
    Ils se marient comme tout le monde, ils ont des enfants ; mais ils n’abandonnent pas leurs nouveau-nés. Ils prennent place à une table commune, mais qui n’est pas une table ordinaire. Ils sont dans la chair, mais ils ne vivent pas selon la chair. Ils passent leur vie sur la terre, mais ils sont citoyens du ciel. Ils obéissent aux lois établies, et leur manière de vivre est plus parfaite que les lois (…) »
    Je relis souvent ce passage.
    Je trouve qu’il explicite bien la permanence de ce que doit être la vie chrétienne.
    Mais il n’est dit nulle part que c’était facile !

  • Je vous trouve tous très optimistes.

    Voilà que l’euthanasie nous refait une poussée de fièvre.

    Dans tous les pays où elle a été légiférée, on a rapidement autorisé l’euthanasie des déments.

    Les chrétiens risquent d’être bientôt euthanasiés pour démence précoce.

    Bon, j’exagère un peu.., ma,…

    • On essaie juste d’être des saints… et comme le chante Bruce Springsteen : « It’s hard to be a saint in the city » !
      Avez-vous suivi les bons conseils de maître Koz et lu le frère Adrien Candiard dans son « Veilleur où en est la nuit? »
      Sinon je vous prescris un Acte de confiance en Dieu de saint Claude La Colombière chaque matin.
      Ça soigne!

  • … et qui ne s’apprécie que lorsque l’on se connait bien. Je vous présente toutes mes excuses. Je suis entré un peu vite dans une conversation entre gens qui se pratiquent depuis fort longtemps semble-t’il.
    Désolé donc pour ma lourdeur…

  • Pingback: Macron aux Bernardins : la Réconciliation ?Koztoujours

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