#AussiMonEglise

On a beau avoir vécu les yeux ouverts ces dernières années, avoir appris à baisser la tête chaque fois qu’une infidélité poisseuse était révélée, appris à abattre nos défenses illusoires, à accepter que l’impensable soit possible… lire le rapport de la CIASE, c’est mettre en mots crus l’effondrement. Celui des victimes d’abord à travers leurs paroles, et ce simple paragraphe, quelques mots, qui restent en suspens : « Comment vivre après cela ? » (§0204). Il faut laisser résonner les témoignages des victimes, recueillis par la CIASE, pour ancrer dans la douleur qui nous vrille cette ferme détermination : que l’Eglise ne laisse plus jamais siffler en son sein l’« œuvre de mort » (Jean-Marc Sauvé) qu’elle a camouflé et laissé vivre durant tant d’années. Les stratégies de dissimulation mises en lumière par ce rapport jusque dans ces dernières années (jusqu’à… l’année dernière) et les larmes publiques de ceux qui n’en ont pas eu quand les victimes espéraient leur bienveillance paternelle, le redisent : c’est au sein même de l’Eglise qui la dénonce qu’une « culture de mort » s’est infiltrée.

Alors, nous serions bien heureux que le temps soit encore au légitimisme, à la confiance et au filial respect que notre éducation nous a inculqués. Chaque mot plus haut que l’autre doit d’abord franchir le mur de cet apprentissage. Nous serions heureux de n’être encore que confiance et gratitude. Parce que nous en avons vécu, de cette Eglise. Nous y avons trouvé des joies, certains même un conjoint. Elle a su trouver les mots quand nous y avons enterré un proche, parfois un enfant. Elle a donné sens même à ce qui semblait absurde, et de l’espérance à l’existence. Nous l’avons aimée, et nous l’aimons encore, fragile, au bord du gouffre.

En conclusion de sa présentation, Jean-Marc Sauvé a eu ce dernier message : « Notre espérance ne peut pas et ne sera pas détruite, l’Eglise doit tout faire pour rétablir ce qui a été abimé et reconstruire ce qui a été brisé ». L’Espérance ne peut pas être détruite, certes. Pour être reconstruite, la confiance, elle, exigera des garanties. C’est parce que c’est aussi notre Eglise, parce que nous croyons encore qu’elle peut apporter la vie à d’autres, parce qu’elle engage nos existences, que les laïcs ne peuvent plus attendre que tombent (peut-être) d’en-haut les réformes aptes à préserver nos enfants et à sauvegarder notre espérance. Ils les réclament, et doivent y être associés.

Chronique du 11 novembre 2021

Photo by Sigmund on Unsplash

Auteur

Père, époux, fidèle à divers titres, je suis aussi... avocat, auteur (Ca ira mieux demain, 2015; Identitaire - Le mauvais génie du christianisme 2017), et chroniqueur à La Vie.

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6 commentaires

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  • Je vous lis avec plaisir depuis des années, et je me souviens encore d’une caricature de deux évêques se disant « Koz, c’est son vrai nom ? « . Ça remonte à quelques années.
    Je suis un chrétien de base, avec quelques engagements basiques. J’ai poursuivi une carrière en RH, qui, peut être, ajoutée à ma formation, et à un presque incident dans ma famille, me donnent le droit de garder l’espoir, et de ne pas juger. Oui, c’est désespérant, oui, c’est pire qu’on imaginait. Mais est-ce le vrai visage de l’Eglise, ou une fois de plus la face du Christ couverte de crachats ?

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  • @ de Fonton

    Je crois qu’il est temps d’arrêter de confondre l’Eglise et le Christ. Et si l’Eglise est conspuée en ce moment, c’est elle qui l’a cherché en laissant ces horreurs prospérer. Le Christ, sauf erreur, n’a pas couvert des actes pédophiles, systématiquement protégé les prédateurs, etc.

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  • La vérité rend libre.. tant qu’il n’y aura pas une vraie reconnaissance de la vérité, non seulement des faits, cela est déjà acté , mais de l’hypocrisie et les mensonges qui ont sali toute une institution, par l’institution elle même, l’Espérance et la confiance ne sera pas possible. Pour cela il faut que le peuple de Dieu dans sa diversité soit écouté. Certains misent tout sur l’Esprit Saint, mais il a bien besoin de chacun pour se faire entendre… Allons y, il est temps que femmes et hommes, enfants, dans et à la périphérie de l’Eglise, chercheurs de Dieu vivant en Christ et en chacun de nous, prennent la parole.

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  • Je partage votre analyse mais je me permettrais une remarque : ne serait-il pas préférable d’utiliser les mots « épiscopat » et « clergé » plutôt que le mot « Eglise » quand on parle des responsabilités ? L’Eglise c’est l’ensemble des baptisés et, même si on trouve des laïcs parmi les auteurs de crimes pédophiles, la question des responsables hiérarchiques concerne essentiellement les prêtres et les évêques. Je trouve que l’usage du mot Eglise permet trop facilement de noyer le poisson en diluant les responsabilités sur le mode « nous sommes tous pécheurs » et en incluant des laïcs qui sont tombés de l’armoire quand ils ont découvert que les accusations de pédophilie étaient une réalité et non des attaques malveillantes d’une presse friande de calomnies contre l’Eglise. Je me permets de vous suggérer à ce propos deux articles qui vont dans ce sens :

    http://www.letempsdypenser.fr/la-pedophilie-du-clerge-est-un-fruit-du-clericalisme/

    http://www.letempsdypenser.fr/plus-leglise-est-hierarchisee-et-moins-elle-est-a-lecoute-de-lesprit-saint/

    En vous remerciant encore pour vos articles et, de manière générale, pour votre liberté de parole et votre souci de la vérité.

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