A Lourdes, la foi s'incarne

« Le pape est maintenant à Lourdes, illustrant une des dérives qui m’exaspère le plus dans l’Eglise : l’idolâtrie mariale !« . C’est un ami blogueur, qui s’exprime. Verel est un ami blogueur… catholique. Et Verel n’est pas de ces catholiques timorés puisque, dans le même billet, il défend le point de vue de l’Eglise sur la « morale sexuelle« , ce qui n’est pas forcément la position la plus confortable que l’on puisse adopter. Un autre de mes camarades, protestant libéral, qualifie Lourdes de « pompe à finances pour l’église de France » et dénonce l’incohérence qu’il y aurait à dénoncer les idoles avant de se rendre à Lourdes. Il est rejoint en cela par Claudius, dans un commentaire posté sous mon précédent billet.

Or, la première fois que je suis aussi allé à Lourdes, j’avais en tête ces deux critiques : « superstition » et « marchands du temple« . L’idée même d’une apparition me laissait sceptique et le caractère « magique » de l’affaire m’indisposait. A Lourdes, les pèlerins vont toucher la pierre de la grotte, ils se baignent intégralement, vêtus d’un simple linge, dans l’eau de la source. Ils en boivent l’eau. Certains la recueillent dans un petit récipient en plastique en forme de Vierge. Tout ceci n’est pas précisément ma façon d’exprimer ma foi.

La première année, l’aumônier de notre pèlerinage, le Père Sylvain Gasser, avait pris soin de préparer une arrivée spéciale pour ceux qui ne connaissaient pas Lourdes, nous faisant arriver par la « prairie« , et non par la ville, pour que nous fassions d’abord connaissance avec le Sanctuaire. Cela ne nous a pas empêchés d’organiser ensuite un concours du souvenir le plus kitsch. J’avais, pour ma part, questionné une vendeuse pour savoir si la céramique figurant le visage de Marie, en creux (pour que son regard vous suive toujours), pouvait servir de moule à gâteau… Je suis allé me baigner, aux « piscines », toujours avec perplexité et je mentirais si je prétendais que je ne suis pas resté perplexe les fois suivantes.

Mais je suis retourné à Lourdes. Une fois, deux fois, trois fois. Dont deux en tant que responsable du pèlerinage des enfants.  Je me permets donc d’apporter mon point de vue.

Marchands du temple ? Il faut se représenter physiquement le Sanctuaire. Le Sanctuaire est un espace « clos », dans lequel on pénètre principalement par deux grandes portes, la porte Saint-Joseph, et la porte Saint-Michel. Les « marchands du temple« , à la différence des marchands du temple (précisément), ne sont pas dans le temple mais à l’extérieur du Sanctuaire. Contrairement à ce que certains semblent croire, l’Eglise ne vend rien (si ce n’est une médaille souvenir à 2 €), que ce soit dans le Sanctuaire ou ailleurs. En revanche, elle propose divers services d’accueil des malades

Tout ce qui est vendu l’est à l’extérieur, par des commerçants. Or, en vertu de quel pouvoir l’Eglise pourrait-elle s’y opposer ? En vertu de quoi pourrait-elle donner son avis sur le bon goût des souvenirs vendus ?

Petit à petit, le sentiment qui m’a gagné fut que Lourdes était une petite allégorie de notre monde, et de la séparation entre le spirituel et le temporel. Au sein du Sanctuaire, vous avez la sérénité, le calme, le recueillement. A l’extérieur, le déferlement du commerce en tous genres. En bref, les souvenirs kitschs de Lourdes en disent plus long sur « le monde » que sur l’Eglise.

Idôlatrie mariale ? Le même Verel, sous le billet du second blogueur cité, dit aussi : « Réduire Lourdes à l’idôlatrie mariale (qui m’énerve au plus haut point) fait l’impasse sur ce que peuvent y trouver beaucoup de gens qui y vont en toute simplicité, loin des bondieuseries et de l’argent« . J’opine. Il y a bien davantage, à Lourdes. Et, si je ne dispose pas de statistiques, j’avancerais tout de même que « les gens qui y vont en toute simplicité » ne sont pas nécessairement les moins nombreux.

Y-a-t-il, à Lourdes, une idôlatrie vis-à-vis de Marie ? Je crains que notre position vis-à-vis de cette question soit un pur sujet de foi. Suivons le raisonnement : croyez-vous en Dieu ? Si tel n’est pas le cas, nous sommes probablement déjà pour vous dans le domaine de l’idôlatrie. Mais, si vous croyez en Dieu, et que vous êtes chrétien, poursuivons. Dieu existe, donc, Il est Créateur. Et « Il s’est penché sur son humble servante ». Parmi toutes les femmes, il s’est penchée sur Marie, qu’il a choisie pour porter son Fils, venu sauver le monde. Passons, à la rigueur, sur sa virginité. Rien que cela me semble en effet déjà mériter un intérêt particulier, voire une vénération spéciale. La mère de Jésus peut-elle apparaître à une petite fille de 13 ans, sur le bord d’un gave ? Si vous êtes arrivés jusqu’à ce stade du raisonnement, c’est que vous croyez que Dieu existe. Si tel est le cas, en quoi cela lui serait-il impossible ? On peut, certes, être réticent. On peut revenir au début du paragraphe, en disant que tout cela, ce ne sont que des conneries. Mais si l’on croit en Dieu, on ne peut pas l’exclure.

Viennent ensuite les circonstances spéciales de cette apparition, les interrogatoires poussés auxquels a été soumise Bernadette. Et la simplicité de ses réponses : « je ne suis pas chargée de vous le faire croire, je suis chargée de vous le dire« . Lourdes, c’est aussi le lieu de l’affection particulière portée aux plus petits, aux moins doctes. « Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits » (Mt 11, 25) – je ne fais que reprendre là un passage de l’Evangile cité par Benoît XVI, qui n’est pas l’un des moins savants. En cela, cette source peut être rafraîchissante pour ceux que leur érudition risquerait de rendre imbus d’eux-mêmes. A Lourdes, aux « piscines« , le pèlerin se dévêt de lui-même, il n’est plus que l’enfant de Dieu. Il se met à nu, dans une démarche d’humilité et d’obéissance. La Vierge a dit : « Venez boire à la source et vous y laver« . A l’image du « oui » de Marie, célébré par Benoît XVI dans son homélie, c’est un peu comme si le pèlerin répondait : « que tout se passe en moi selon ta parole« .

Y a-t-il par nature, à Lourdes, une erreur, ou plutôt la révélation d’une erreur fondamentale du catholicisme qui révèrerait Marie et en oublierait Dieu ? Il fallait écouter – et maintenant, il faut lire – Benoît XVI, qui a quelque autorité en matière de théologie catholique. Il nous dit que Marie « invite tous les hommes de bonne volonté, tous ceux qui souffrent dans leur coeur ou dans leur corps, à lever les yeux vers la Croix de Jésus pour y trouver la source de la vie, la source du salut ».

Il faudrait encore évoquer d’autres facettes de Lourdes et, en particulier, la dimension de service évoquée également par Benoît XVI. « Un lieu de service des frères, notamment par l’accueil des malades, des pauvres et de toutes les personnes qui souffrent« . A Lourdes, les valides se mettent au service des malades. Ils les « voiturent« , ils veillent sur eux, ils leur donnent à boire, ils leur donnent à manger. Ils discutent avec eux, ils sont, simplement, présents auprès d’eux. Pendant de trop courtes journées, certes, mais des journées qui sont un véritable ressourcement pour les malades et, au moins autant, pour les valides.

Alors, on peut moquer Lourdes, on peut en rester à une vision conjuguant superstition et veau d’or. On peut moquer la ferveur populaire, avec un brin de condescendance. Je ne dirai pas que je suis définitivement pleinement à l’aise à Lourdes. Mais à Lourdes, la foi s’incarne, le croyant s’implique.

Vous pouvez commenter ce billet sur le blog de La Croix, sachant que je rouvrirai les commentaires ici après la parution de mon prochain billet…

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10 comments

  • posté par Lecteur le 16 sept 2008 à 12:17

    Vous opposez les bondieuseries et les visiteurs “en toute simplicité”. Je ne comprends pas cette opposition. Pour moi, ce sont les bondieuseries qui sont simples, et l’idée d’aller à Lourdes quand même, malgré les bondieuseries qui est une idée complexe, qui demande maturité et réflexion.

    “L’Eglise ne vend rien” : et les cierges ? Et les messes, sont-elles gratuites, les messes ? Si tel est le cas vous m’expliquerez pourquoi le bureau des messes a une adresse de E-mail (sur http://www.lourdes-france.org/index.php?id=165&contexte=fr#4 ) qui commence par “bureau.dons” : échanger un service contre un don, ne doit-on pas appeler cela une vente ?

    La phrase : “Je ne suis pas chargée de vous le faire croire. Je suis chargée de vous le dire” : est-on bien certain qu’elle a été prononcée par Bernadette ? De toute façon à cette époque, elle ne devait pas savoir parler français. Il y a au moins eu une opération de traduction du béarnais vers le français pour parvenir à cette merveilleuse petite phrase.


    2 posté par Koz le 16 sept 2008 à 12:32

    Bonjour “lecteur”,

    Sur votre première réaction, notez que j’opine au propos d’un autre, que je n’ai certes pas reformuler. Et que j’opine surtout au fait que l’on ne peut pas réduire Lourdes à une quelconque “idôlatrie mariale”.

    Il a toujours été possible de faire dire une messe en faisant un don qui est à la libre appréciation de chacun. Que ce soit à Lourdes n’y change rien. Je me permets de vous rappeler que l’Eglise a un certain nombre de frais, et que les prêtres ne sont pas payés par l’Etat ni, à vrai dire, par l’opération du Saint-Esprit.

    Les cierges ? Un cierge a un coût.

    Pour ce qui est de la phrase de Bernadette, j’aurais peut-être pu vous la citer en patois mais je le maîtrise mal. Il est vrai que la Vierge en revanche s’est exprimée en patois, elle. Cette phrase étant plutôt simple, je ne vois pas trop ce qui motive votre doute ni en quoi une traduction l’aurait nécessairement améliorée.

  • mode constructif engaged Je crois que pour comprendre Lourdes, rien ne vaut la lecture de « Lourdes » de ce sale gaucho de Zola. Pour les mécréants comme moi, allez y faire un tour, juste pour rigoler à la vue des échoppes et de leur contenu. Ensuite prenez votre voiture et allez voir le cirque de Gavarnie: la cascade y est plus ravigorante que le Gave à Lourdes, et la vue est autrement plus belle. Pour les croyants, dites vous que Dieu préferait sans doute voir ses ouailles admirer son travail plutot que d’aller idolatrer une icône. Oui oui j’ai bien dit idôlatrer, les religions en général ne sont plus à une contradiction près. Le discours du pape à ce sujet m’a doucement fait rire. Il nous prie de ne pas idolatrer. D’abord l’argent, alors que les signes de richesses sont plus qu’ostantatoires au vatican et dans la religion catholique en général. Le pouvoir ensuite… je ne peux pas imaginer qu’on puisse devenir pape sans avoir une certaine soif du pouvoir. Et l’église catholique ne cherche-t-elle pas retrouver son pouvoir là où elle l’a perdu, et à le manifester là où elle l’a conquis? Enfin le Savoir. Là je dois dire que je n’ai plus rigoler du tout. La soif de savoir est-elle une vache d’or? Avant de m’exciter contre ces propos, les papologues locaux pourraient-ils m’expliquer ce que le pape visait en prononçant le mot « savoir »? mode constructif disengaged

    Les groupies du veau d’argent vont souffrir, Dieu vient de lancer son Leviathan sur Lehman Brothers et il n’a pas encore passer la seconde. Beny vous avait prévenu!

  • « beaucoup de gens qui y vont en toute simplicité, loin des bondieuseries et de l’argent“ Moi non plus, Koz, je n’oppose pas bondieuseries et simplicité, mais je ne prétends pas qu’aller à Lourdes demande maturité et réflexion : ce pèlerinage est justement pour moi une des formes de dévotion populaire que j’admire parce que je me sens encore bien loin de cette confiance naïve des enfants, de ceux qui se savent enfants de Dieu. C’est peut-être l’excès de réflexion (et la crainte du jugement des savants ?) qui nous éloigne, vous comme moi, de cet abandon. Et pourtant Benoît XVI l’a dit aux Invalides, si Dieu ne nous demande pas de renoncer à la raison pour la foi, il nous demande aussi de ne pas faire de la raison elle-même une idole…

  • Je suis allée à Lourdes il y a trois ans, avec des idées préconçues négatives je l’avoue, en période creuse, en fin d’hiver, dans un froid glacial, avec des giboulées de neige. Des marchands, mais peu. Des boutiques, mais vides. Une boulangerie avec des croissants « un au prix de deux » à Paris, c’est dire! Un monastère vide, une grande esplanade, vide. Une alignée de robinets…fermés.. Seuls quelques uns d’ouverts, mais franchement, ça faisait un peu « toilettes publiques à l’extérieur » La grotte : un peu d’attente (montre en mains 10 mn). Quelque chose qui m’a paru artificiel. (désolée, mais ça a été mon impression) L’Eglise? je n’aime pas ce style, que ce soit à Lourdes ou ailleurs du reste. (pas plus que j’aime le Sacré Coeur de Paris ou la Basilique de Fourvières (et sa jumelle d’Annecy) J’ai mis mes mains, fatiguées par l’arthrose sous le robinet qui marchait. Une eau glaciale qui a rendu mes mains violettes quasi instantanément. Mon amie m’a dit que c’était parce que « je n’y croyais pas »

    Nous avons visité la ville : oui, j’en ai vu des plus belles. Bref, pas enthousiasmée et restant sur mes idées préconçues. En rentrant à Périgueux, nous sommes passés par Bétharam. Et là, j’ai senti « quelque chose » de vrai, de grandiose. je me suis sentie bien. Une église, de toute beauté qui prêtait au recueillement. Comment dire : j’ai senti « DIEU ». Nous n’avons pas pu tout visiter parce qu’il était tard (tout ceci a l’air splendide). Et nous avons regretté de nous être attardés à Lourdes. Un jour je retournerai dans les Pyrénées. Nous retournerons à Bétharam. C’est pour moi (et mon conjoint) la définition même d’un lieu inspiré, qui conforte la foi, un lieu où nous avons touché « l’Essentiel », où nous nous sommes senti en union , hommes et Dieu au plus profond de nous mêmes.

    Je peux comprendre que certains éprouvent la même chose à Lourdes. Mais, nous, nous n’y avons pas trouvé ce que nous recherchions : cette communion des âmes avec la Source.

    Sans doute, les circonstances n’ont pas été idéales : un beau soleil, des croyants…, une atmosphère auraient aidé. Mais le temps était identique à Bétharam, pas plus de visiteurs, pas plus de soleil.

    Chacun sans doute a besoin de symboles différents pour affirmer sa foi.

    J’ajoute que le culte marial ne me gêne pas, et que ce n’est vraiment pas cela qui m’a déçue à Lourdes. C’était plutôt ce vide , froid comme le temps.

  • Tara, je suis également allé à Lourdes dans ces conditions : froid, seul, débarquant avec un regard curieux. J’ai été très refroidi par la grotte et surtout par les béquilles suspendues (ça fait plus de dix ans qu’elles ont disparue, mais c’était il y a plus de dix ans). J’y suis ensuite retourné en pèlerinage, et l’impression fut différente. Cela dit, on a parfaitement le droit de ne pas apprécier spécialement Lourdes. Lourdes est une proposition, pas une obligation.

  • Si mon humble point de vue, (celui d’une personne non catholique mais pas pour autant « non croyante » dans le sens large du terme) peut intéresser quiconque, il est vrai que pour moi, Lourdes synthétise assez bien certaines des raisons qui font que je ne suis pas ou ne me sens pas catholique.

    Ce point n’est d’ailleurs pas essentiel à mon propos. Pour cependant l’éclaircir et le délimiter, je dirais que je me sens profondément et intimement en désaccord ou simplement totalement étranger avec toutes les tentatives consistant à « anthropomorphiser » la spiritualité.

    Quand je lis Dieu a créé l’homme à son image, je ne peux le lire que dans un sens – j’imagine ou je conceptualise ce que pourrait être Dieu et je me dis que c’est une bonne indication sur la véritable essence de l’homme – je ne regarde pas l’homme en me disant que Dieu doit ressembler à l’un ou l’une d’entre nous. Il en va ainsi des sous divinités, des saints et des apôtres et de la possibilité qu’ils peuvent avoir de peser sur le destin des hommes ici bas.

    Mais bref, pour en revenir à Lourdes, et malgré ce préambule, rien ne me choque. Mais vraiment rien. Ni la réalité de Lourdes, ni même la réalité fantasmée par les anti-cléricaux.

    En fait, Koz, tu l’exprimes très bien. En ce qui concerne par exemple le côté « magique » ou « miraculeux » de la chose, à partir du moment où l’on croit en un Dieu, à partir du moment où l’on considère que l’univers peut être transcendé par une entité différente de la matière, il n’y a rien d’incohérent à considérer une apparition, à considérer qu’une simple adolescente pourrait recevoir cette forme de message, à considérer que ce lieu possède ensuite une sorte de pouvoir qui peut guérir.

    En fait, j’ai assez bourlingué dans divers endroits pour m’être rendu compte que la spiritualité sous toutes ces formes a bel et bien une bonne chance d’être une réalité aussi « solide » que la chaise sur laquelle je suis assis maintenant. De plus, lors de certaines réunions d’un mouvement comme le Renouveau Charismatique par exemple, il a été constaté médicalement parlant que des miracles se produisent régulièrement au cours de réunions. Que ceux-ci attestent que le corps dans certaines conditions peut résoudre des maladies sans aucune intervention extérieure ou que la foi peut provoquer cet effet (ce qui revient presque au même d’ailleurs), il n’en est pas moins vrai que ces faits existent. Donc, en conclusion, la magie ou les guérisons miraculeuses ne me choquent pas ou mieux encore, je n’ai pas de problème pour les intégrer.

    Concernant les différents moyens que l’Eglise utilise pour financer ses activités, je ne vois pas non plus quelle sorte de problème cela pourrait bien poser. Qu’il s’agisse de ventes de cierges, de messes, de donations diverses et variées recueillies à diverses occasions, ne me choquent pas. L’Etat, ne pouvant subventionner aucun culte, il est évident que pour exister, à partir du moment où un clergé est nécessaire à la bonne marche d’une religion quelle qu’elle soit, elle doit trouver ses propres ressources financières. On ne peut pas d’un côté exiger une stricte laïcité et demander en même temps à une Eglise de ne pas subvenir à ses besoins ou récolter suffisamment d’argent pour être en mesure de satisfaire ses ambitions. Ces faux procès, en général initiés par les milieux les plus anti-cléricaux me laisse penser que cela traduit un souhait implicite que ces religions disparaissent. En l’occurrence à Lourdes, les statuettes et autres « bondieuseries en plastiques made in Hong Kong » sont effectivement vendues par des commerçants aux visées tout à fait temporels. Mais de toute façon, même si l’Eglise vend, je n’ai qu’à prendre pour exemple un monastère que je fréquente de temps en temps qui survit de cette façon – non seulement, ça ne ma choque pas, mais ces moines ne vendent rien dont ils auraient à rougir ni rien qui ne soit d’excellent goût au propre comme au figuré puisqu’ils produisent un fromage de renommée mondiale.

    Enfin, ce paragraphe de Koz dit tout : « Il faudrait encore évoquer d’autres facettes de Lourdes et, en particulier, la dimension de service évoquée également par Benoît XVI. “Un lieu de service des frères, notamment par l’accueil des malades, des pauvres et de toutes les personnes qui souffrent“. (…) Pendant de trop courtes journées, certes, mais des journées qui sont un véritable ressourcement pour les malades et, au moins autant, pour les valides. ». Oui l’Eglise accueille les plus malades, les sans espoir, les invalides, les plus souffrants, les plus handicapés par la vie et la maladie et leur prodigue amour, aide morale et spirituelle, communication. Oui, un simple chrétien participe à ce service fraternel, sans contre partie, uniquement parce qu’il est chrétien. Si Lourdes n’était que ça, ça serait déjà énorme.

    Mais finalement, et ceci peut être à cause de mes études de sociologie des religions comparées, je pense que lorsque l’on croit « qu’il y a 2000 ans, une femme juive, après avoir reçu une annonciation d’un archange puisse avoir enfanté un Dieu qui s’est fait chair tout en restant vierge, et que près de 1857 ans plus tard, celle-ci soit apparut à une adolescente des Pyrénées pour lui demander de construire une chapelle près d’une source », alors les notions d’œcuménisme, de relations inter-religieuses, d’une certaine forme d’humilité face aux autres croyances considérées comme étranges devraient probablement s’imposer beaucoup plus qu’elles ne le font, à l’Eglise Catholique, comme aux autres religions d’ailleurs.

  • Etonnante introduction – « il est vrai que pour moi, Lourdes synthétise assez bien certaines des raisons qui font que je ne suis pas ou ne me sens pas catholique. » – au vu de la suite de ton commentaire. Cela dit, je dis juste qu’elle est étonnante, pas contradictoire. Je comprends tout à fait que l’on puisse tenir les deux.

  • Non Koz, comme tu dis, rien de contradictoire. Je ne pensais pas entamer ici une discussion philosophique plus approfondie, mais je peux m’expliquer un peu plus. Disons que, par soucis d’honnêteté, au début du post précédent, j’ai préféré indiquer ma position vis à vis du sujet et donner les raisons pourquoi je n’adhère pas. J’ai aussi clairement délimité ce qui fait que je n’adhère pas ou ce qui fait que ces croyances sont totalement étrangères à ma façon de penser.

    Pour faire court, je ne sais pas si on peut m’appliquer le qualificatif de « croyant » – mais mon intime conviction me laisse à penser avec une quasi certitude que la vie ne se limite pas à cet univers matériel, qu’il existe quelque chose d’autre. Ce peut être « le mystère de la vie », le « Grand Architecte de l’Univers », « Dieu », une « force spirituelle universelle » et commune à tous à la façon du bouddhisme, peut importe le nom. Certains me qualifierait probablement de « spiritualiste » par opposition à « matérialiste » sur un plan philosophique.

    Ceci fait que si je n’adhère pas à des principes précis qui forment cependant les tenants de ce que l’on appelle le catholicisme, je me garde bien pour autant d’émettre un jugement quelconque vis à vis de ceux qui croient et adhèrent. Ensuite par extension, je ne me permet pas de juger une religion et ses fidèles qui s’organisent pour mettre en pratique ce à quoi elle croit y compris financièrement ou matériellement. Et enfin, il est clair que dans les faits, l’Eglise Catholique apporte un soutient indéniable et à bien des points de vue, admirable, aux nécessiteux (pour faire large) quand d’autres ne le font que peu ou pas du tout.

    En fait, mon intime conviction me laisse penser que quiconque croient à des principes spirituels, même si je n’y adhère pas forcément, est de toute façon infiniment plus proche de la vérité que le matérialiste pur et dur. Et en corollaire, sans pour autant adhérer, je me sens moi-même infiniment plus proche et en phase avec un catholique qu’avec les adeptes de ce type de matérialisme. Je suis même très en phase avec les Evangiles, simplement, je n’en fait pas la même exégèse.

    Ma connaissance académique du fait religieux dans son ensemble (même si ces études sont déjà lointaines) et ce point de vue, me permettent d’adopter un recul autant sur les mouvements religieux existants que sur mes propres convictions. D’où ma conclusion, qui reste cependant assez difficile à expliquer.

    Disons qu’en étant étranger à ces croyances dans le détail, totalement détaché et non impliqué, il m’est facile de les trouver « étranges ». Et Lourdes en particulier, si on résume ce que ça sous entend comme ensemble de croyances est un particulièrement bon exemple. De la même manière, tu trouverais certainement très étranges certaines pratiques dites animistes, par exemple, consistant à prier pour le salut de l’âme d’un arbre avant de l’abattre.

    Sauf que si tu consultes un érudit animiste amérindien, il va t’expliquer que cette prière vise à faire prendre conscience du caractère précieux de la vie, qu’un arbre est effectivement une manifestation de la vie parmi d’autres, qu’elle a un caractère sacré et qu’elle doit être respectée. Tu n’adhéreras pas pour autant à une pratique animiste, mais tu seras probablement sensible à la proximité de leurs et de tes croyances.

    De la même manière, Lourdes peut être vu comme un ensemble de croyances et de pratiques étranges, mais il ne faut pas oublier qu’elles s’appuient sur une philosophie éprouvée vieille de 2000 ans qui est très loin d’être sans fondements. On peut aussi, par exemple contester ou se gausser du principe de célibat des prêtres, ou l’analyser comme une négation presque superstitieuse du sexe, mais ça serait oublier qu’il s’agit pour beaucoup d’une part d’un exercice spirituel consistant à se détacher des choses du corps pour être plus proche du monde de l’esprit et que d’autre part, lorsqu’un homme a assez de conviction et de force intérieure pour passer outre l’instinct de reproduction, il est sans doute plus apte à guider les autres sur le chemin de la foi.

    Bref, tout cela donc, me laisse penser que le chrétien, catholique de surcroît, devrait être lui aussi capable de prendre ce recul vis à vis de ses propres croyances et de celles des autres. Dang, je crois, avait mentionné une fois ici, les démarches et les rencontres de Jean Paul II au Canada, allant au devant de pratiques et de croyances très éloignées pour y retrouver des points de convergences. C’est confusément à ce type de démarche que je faisais allusion. Et qui devrait à mon sens être plus fréquentes et plus profondes.

    J’ai souvent eu envie de placer cette humble opinion à l’occasion des débats un peu vifs entre croyants de différentes confessions ici même. C’est toujours relativement délicat, puisque je me situe un peu hors du contexte. Mais Lourdes peut être une opportunité et en particulier le cheminement intellectuel que tu empruntes pour amoindrir ton inconfort vis à vis du phénomène dans sa globalité a ravivé en moi cette ancienne réflexion. La venue du Pape en France, les questions soulevées à propos de la laïcité, de la place de cette et des religions en général dans la République aussi. Et donc voilà.

  • Le blog fermant, je rapatrie ici les derniers commentaires


    posté par Koz le 16 sept 2008 à 12:32

    Bonjour “lecteur”,

    Sur votre première réaction, notez que j’opine au propos d’un autre, que je n’ai certes pas reformuler. Et que j’opine surtout au fait que l’on ne peut pas réduire Lourdes à une quelconque “idôlatrie mariale”.

    Il a toujours été possible de faire dire une messe en faisant un don qui est à la libre appréciation de chacun. Que ce soit à Lourdes n’y change rien. Je me permets de vous rappeler que l’Eglise a un certain nombre de frais, et que les prêtres ne sont pas payés par l’Etat ni, à vrai dire, par l’opération du Saint-Esprit.

    Les cierges ? Un cierge a un coût.

    Pour ce qui est de la phrase de Bernadette, j’aurais peut-être pu vous la citer en patois mais je le maîtrise mal. Il est vrai que la Vierge en revanche s’est exprimée en patois, elle. Cette phrase étant plutôt simple, je ne vois pas trop ce qui motive votre doute ni en quoi une traduction l’aurait nécessairement améliorée.


    4 posté par Gilles le 16 sept 2008 à 13:07

    Je ne crois pas que l’Église s’enrichisse énormément grâce aux ventes de cierges. Quand aux messes, elles sont gratuites à ce que je sache ; seules les intentions de messes sont payantes et souvent le montant est fixé par le fidèle lui-même. Même si la prétendue richesse de l’Eglise semble faire partie des clichés indestructibles, elle est très éloignée de la réalité que j’ai pu constatée : des prêtres à la limite de la pauvreté, exerçant jusqu’à 75 ans pour un travail pourtant harassant, et des évêques à la vie modeste.

    Pour la phrase, Bernadette ne parlait que le patois, donc oui elle a été prononcé en patois et traduite en français. Après je vois pas trop ce que ça change, elle aurait pu être dite en anglais ou en grec, le sens serait toujours le même.


    5 posté par authueil le 16 sept 2008 à 13:12

    Koz, s’il y a des bondieuseries à vendre, c’est qu’il y a des clients ! Ce sont les catholiques (et les touristes) qui suscitent une demande qui est forcement satisfaite par des commerçants qui n’ont, je te l’accordes, aucun lien financier avec l’église catholique.

    Le problème est davantage dans l’attitude de l’église, qui ne décourage pas ce commerce. Quelques prises de position bien fermes inciteraient peut-être les pèlerins à se concentrer sur l’essentiel. Sur d’autres choses, l’église catholique sait de montrer ferme et constante dans les rappels à l’ordre.

    Sur le culte marial, tu as raison, c’est une affaire de foi. Chacun sa lecture des évangiles. N’empêche que pour arriver à tous le fatras autour de marie (dogmes de l’assomption et de l’immaculé conception), il a quand même fallu pas mal extrapoler à partir de textes où marie est un personnage secondaire.

    A partir du moment où on se concentre sur le message et non pas sur la personne du Christ, la question mariale devient sans intérêt.


    6 posté par Lennob le 16 sept 2008 à 13:17

    Il est vrai que “l’idolâtrie” que montrent certains est plutôt en décalage avec la démarche des pèlerins que l’on peut voir dans le sanctuaire. J’ai eu l’occasion d’en discuter avec Mgr Perrier, l’évêque de Lourdes qui me répondait, avec son style inimitable: “le sanctuaire et la ville ne sont pas à opposer du tout, après tout, beaucoup de gens ont envie aussi d’acheter des souvenirs, c’est leurt manière de se souvenir de leur pèlerinage, on ne peut évidement pas les en empêcher”. (c’est à peu près en ces termes…) C’est sûr qu’une vierge clignotante ou dans une boule avec de la neige, une Sainte Bernadette en fluo sur un mug ou un Christ en hologramme qui baisse les paupières quand on bouge ça fait sourire. Koz se rappelle la céramique-moule-a-gateau, pour ma part, je me posais la question de savoir à quand ils allaient lancer le “coucou-Ave Maria, persuadé que ça se vendrait très bien… (peut-être est-ce la cas maintenant?) Tout ça est très bon pour etre emprisonné dans les rushs des équipes télés. C’est ça Lourdes-city, mille fois ça.

    J’ai beaucoup apprécié ce chemin jubilaire, je trouve que d’une certaine façon, il a réconcilié la ville et le sanctuaire, rapproché le coeur de la cité mariale de la ville haute, là où Bernadette et sa famille ont vécu. Et permi aux milliers de visiteurs de s’apercevoir qu’il y a sans doute plus de continuité qu’on ne le pense entre ces “2 Lourdes”.

    Comme Koz, j’ai laissé quelques souvenirs à Lourdes. Ce qui m’a le plus frappé c’est la dimension de service qui y règne. Service auprès des malades d’abord, au coeur des pèelrinages, service aussi auprès des enfants du pèlerinage National, sous le cagnard du mois d’août. Et ce qui me frappe encore c’est cette capacité que Lourdes a de faire tomber ces barrières. Je me souviens de ces enfants valides un peu effrayés au départ devant un enfant cloué dans sa chaise roulante, et qui très vite se battaient presque pour aller pousser le fauteuil à travers tout le sanctuaire. Pour moi, une part du miracle de Lourdes est ici. Quel que soit le degré de foi que l’on ai, quel que soit les a priori que chque pèlerin charrie dans ses valises (et je m’inclus), Lourdes reste ce lieu formidable de piété populaire qui fait appel à la meilleure part de l’homme.


    7 posté par Antoine le 16 sept 2008 à 13:21

    Petite réflexion personnelle sur les piscines de Lourdes.

    Pour commencer, je suis allé à Lourdes une dizaine de fois. J’ai actuellement 30 ans. Lourdes reste pour moi un lieu particulier car à chaque fois, j’y ai vécu quelque chose de particulier et de différent. Si je devais définir Lourdes, ce serait l’image du Paradis sur Terre. Mais ce n’est pas sur ce point que je souhaite partager mais plus sur les piscines.

    Il y a deux lieux à Lourdes qui me demandent de me surpasser. C’est la chapelle de la réconciliation et les piscines. Ce n’est pas un hasard si je vais à ces deux endroits à reculons. C’est tout simplement que ces lieux me demandent de m’abaisser, de faire un geste d’humilité et de faire confiance. Car lors de ces deux démarches, je me donne par la parole à la chapelle des confessions et par le corps lors de la baignade des piscines. Pour moi, ces deux lieux sont liés et je commence toujours mon pèlerinage par ces endroits (Pour être tranquille, une fois pour toute) afin de me laver totalement l’esprit et le corps.

    Je discutais avec un prêtre sur ce que représentait pour nous les piscines. Je lui expliquai que pour moi, les piscines ont plusieurs sens : Le renouvellement de mon baptême, une renaissance, une prière et une école de la confiance

    Je pense que pour le renouvellement du baptême, ça coule de source (si je puis dire …) sauf qu’il y a une portée personnelle plus forte car c’est moi qui fait l’acte de foi et non pas mes parents pour moi. Ensuite, je me baigne entièrement. Je m’engage totalement par amour.

    Pour ce qui est de la renaissance, c’est un peu plus complexe. Il faut savoir que lors que vous entrez dans une cabine, vous commencez par vous déshabiller en conservant vos sous-vêtements. Puis on présente devant vous un linge humide qui vient d’être baigné dans l’eau à 12°C afin que vous puissiez enlever vos sous-vêtements. Puis, on vous entoure de ce linge humide et c’est à ce moment que j’ai l’impression de revivre une renaissance. Car le linge froid sur votre peau, vous saisit. Votre respiration se coupe. Vous êtes en apnée le temps que votre corps s’y habitue. Ce n’est qu’à ce moment que vous reprenez votre respiration tel un nouveau né. Et comme vous vous habiller sans vous sécher, tous vos sens et ,notamment le toucher, sont en alerte avec le contact de votre peau humide avec l’air. Vous sentez que vous êtes en vie.

    Ensuite, se baigner aux piscines est une prière car on vous demande toujours de réciter un “Je vous salue Marie” avec ceux présents dans la cabine, puis de prendre quelques instants de silence pour votre intention de prière. Vous priez en église.

    Quand à l’école de la confiance, des personnes vous accompagnent. Ils vous aident à rentrer dans la baignoire et ils vous portent lorsque vous vous baignez. Vous ne maitrisez plus rien. Ce sont vos frères qui vous baignent, ce n’est pas vous qui vous vous baignez. Vous êtes obliger de leur faire confiance.

    En conclusion, les piscines de Lourdes ont pour moi un grand sens symbolique. Et si j’ai un conseil à donner, c’est de faire cette démarche à plusieurs. Je me souviens l’avoir fait en famille avec mon père et mon petit frère. Ce moment restera un moment fort de partage entre nous.


    8 posté par Lisette le 16 sept 2008 à 13:23

    Lecteur, personne n’est obligé d’acheter quoi que ce soit à Lourdes. Personne n’est obligé de trouver beaux les objets qu’on y vend, et encore moins de les acheter.

    Les messes sont gratuites bien sûr. On peut faire un don si on veut. Don, d-o-n, comme cadeau, comme de bon coeur, et comme sans obligation, comme dans l’adress e-mail qui commence par bureau.dons On a jamais vu qui que ce soit foutre qui que ce soit à la porte d’une église parce qu’il avait pas de sous à mettre dans la corbeille. Et on ne te promets pas plus de vierges au paradis (ah non, je me gourre), on ne te promet pas d’aller plus vite en paradis si tu donnes plus de sous.

    Puis sinon,le béarnais est toujours parlé, à part ça oui il y a eu une traduc. C’est même en béarnais que bernadette a répété :”Que soi er ‘ Immaculada Councepciou” Le truc que même en latin on venait juste de l’inventer.


    9 posté par Blogblog le 16 sept 2008 à 13:27

    @Lecteur: Vous voudriez que les cierges soient donnés? Et leur coût serait supporté par qui? L’Eglise? OK et avec quel argent? Le denier du culte et les quêtes, seule sources de financement de l’Eglise catholique en France qui toutes deux respectent la liberté du fidèle qui donne ce qu’il veut quand il veut? Soyez raisonnable! Les messes effectivement on donne une offrande symbolique de 15 euros çà “incarne” une démarche… C’est pas cher de l’heure 15 euros!! Franchement quand je vois les revenus de mes amis prêtres, ils ne crèvent pas de faim mais la notion d’Eglise riche (en France) çà me fait bien rire!! Il y a des gens à nourrir au sein du clergé qui ne vit pas que ‘amour et d’eau fraiche , sans compter les laîcs salariés à payer. Pour être catholique il faudrait faire voeu de pauvreté et ne vivre que d’aumône? Cà tombe bien, l’Eglise institution ne vit que de dons…


    10 posté par Dominique Bargiarelli le 16 sept 2008 à 13:50

    Mesquinerie pour mesquinerie je dirais à votre”lecteur” que Bernadette ne parlait pas le Béarnais, mais le Bigordan


    11 posté par erispoe le 16 sept 2008 à 14:14

    Lourdes… a en effet de quoi dérouter; à fois les non-croyants, c’est évident, mais aussi les croyants. Lourdes, quelle affaire! Quelle industrie! Mais surtout quel mystère! Le croyant déboussolé par une telle histoire et une telle débauche de dévotions et de souvenirs en tout genre doit en premier lieu prendre sur lui et faire confiance pour accepter de découvrir Lourdes. Si je crois en Dieu, alors oui, comme tu le dis Koz, je peux concevoir que Dieu soit assez puissant pour faire qu’une pauvrette reçoive la bénédiction de rencontrer la très Sainte Vierge Marie. Si avec “la sncf, c’est possible” alors pourquoi pas avec Dieu…

    J’invite tous ceux que cette “affaire” rebute, croyants et non-croyant, à se plonger dans la lecture des évènements de Lourdes. Oubliez tout ce que l’on vous a dit et, aidez de votre raison et de votre conscience, venez rejoindre Bernadette dans sa pauvreté et son humilité, là où la Vierge est venue à sa rencontre.

    Aussi, si vraiment Lourdes ce n’est pas pour vous, que décidément tous ces “marchands du temple” et cette “idolâtrie” vous rebute, alors je vous invite à l’île Bouchard. Là pas de marchands, mais une église. Sobre, dans son jus, accessible à tous, une simple église romane d’un village de France vous attend. En son cœur est apparue Marie à quatre petites filles le 8 décembre 1947. L’une d’entre elle, Catherine, à travers une vidéo filmée récemment, vous attend à son tour. (projection tous les jours à 14h30 dans une simple maison en face de l’église). Elle a quelque chose à vous raconter, en toute simplicité, en toute humilité.

    Je n’avais pas de dévotion mariale particulière. J’étais déjà allé à Lourdes, mais plus comme touriste chrétien que comme Chrétien. Je trouvais beau le « Je vous salue Marie », mais sa répétition à l’infini abrutissant. Là, en ce lieu simple, par cette visite venue un peu par hasard, par ce courageux témoignage, j’ai été touché par la beauté de Marie. Par la simplicité de la relation qu’elle nous propose. Comme s’en assure une des petites filles : « Oui, je suis votre Maman du Ciel. » Alors, j’ai pu revenir sereinement sur l’affaire de Lourdes, en me plongeant dans le récent ouvrage Merveilles de Lourdes. Ma foi peut maintenant, sans conflit avec ma raison, rejoindre alors cette invitation que Marie nous fait par ces apparitions.

    Finalement, la piété mariale, c’est d’abord une histoire d’abandon.


    12 posté par Koz le 16 sept 2008 à 15:51

    Autheuil, je ne pense pas que tu puisses séparer le message de la personne, des personnes. C’est mon sentiment, c’est aussi pour les catholiques un élément essentiel que le Pape a rappelé avec force. Le catholicisme est une rencontre avec une personne.

    Je ne partage pas davantage ton appréciation du rôle de Marie. D’une part, Marie a porté le Christ, ce qui, en soi, ne fait pas d’elle un personnage secondaire. Ensuite, à Cana, c’est elle qui le pousse à se “dévoiler” et Jésus accepte, après avoir résisté et lui avoir répondu un peu sèchement (”Mère, que me veux-tu ?” – c’est vrai que les mères juives ont la réputation d’être très présentes mais là, c’est un peu autre chose). Enfin, Marie est, avec d’autres femmes, au pied de la Croix, quand d’autres ont renié le Christ, explicitement ou peut-être implicitement.

    Ensuite, oui, bien sûr, s’il y a des bondieuseries, c’est qu’il y a des clients. Mais comme je l’ai écrit : cela en dit plus sur le monde que sur les catholiques. Les catholiques ne sont pas une espèce à part, ils sont pleinement humains. Et parmi eux, il y en a qui aiment les bondieuseries. Ton raisonnement me fait penser au raisonnement des journalistes de Closer ou des producteurs de télé-réalité : si on existe, c’est parce qu’il y a des lecteurs / téléspectateurs. Est-ce si sûr ? Est-ce qu’il n’existe pas simplement parce que, en nous, il y a certains sentiments / instincts et qu’ils offrent les moyens d’y répondre ? Parmi les catholiques, il y a des gens qui aiment les napperons en dentelle sur la télévision, et les nains de jardin. Ils aiment aussi certains objets kitschs. Mais si tu dépasses cela, ces personnes sont aussi ces “petits” (et encore, ce terme me semble d’une redoutable arrogance, qu’on me pardonne) que l’Eglise affectionne.

    Emmanuel, mon père, oui, effectivement. Et, à la rigueur, cela ne ferait-il pas justice au Saint-Père de la critique faite par Caroline Baubérot ? Fallait-il commencer par les petits, ou partir sur cette image ?


    13 posté par Lecteur le 16 sept 2008 à 16:37

    Les produits vendus par les marchands du temple à l’époque de Jésus avaient certainement un coût. Que vendaient ces marchands du temple ? Est-on certain que ces produits n’étaient pas des cierges ?

    A propos des propos prêtés à Bernadette, vous ne voyez pas ce qui motive mon doute, mais moi je ne vois pas ce qui motive votre certitude.

    Tout ce que je sais c’est qu’il y a eu des polémiques sur les écrits de sainte Thérèse de Lisieux et la part de réécriture dont ils ont bénéficié, donc je ne vois pas pourquoi ce ne serait pas pareil pour sainte Bernadette.


    14 posté par Jacques THEBAULT 31 le 16 sept 2008 à 17:54

    Trois choses : – sur la supposée idolâtrie mariale. Du temps (heureusement révolu) où c’était encore le père auquel revenaient les décisions importantes, nous étions de nombreux enfants à nous adresser à Maman : “j’en parlerai à ton père”. Ceci pour illustrer que pour nous, tout petits, dans son rôle de médiatrice, Marie, qui est notre mère désignée au pied de la croix, n’est pas un écran mais un ascenseur et un appui entre nous et son Fils. C’est naturel depuis qu’on est tout petits, d’autant que le “Je vous salue, Marie” ou les autres prières à Marie (que ses détracteurs devraient d’abord méditer avant de causer) comme le “Souvenez-vous” sont claires à ce sujet.

    • finalement, Lourdes est une bonne image de notre monde : l’agitation, le bruit, les échanges nécessaires, les obligations matérielles (se nourrir, dormir, hygiène), la demande et l’offre de services marchands. Mais aussi l’isolement, le recueillement, la quête d’autre chose, le bénévolat, le dévouement. Bon, bien que râleur et contestataire (à chacun son … “talent”), je fonds en voyant à la télé certains visages dont on voit bien qu’ils sont branchés sur un “ailleurs” (ce qui n’est pas propre ni à Lourdes ni au Christianisme, là n’est pas le propos). C’est bien que Lourdes fasse “fournisseur d’accès” et, pour nous qui sommes quasi des voisins, d’un coup de voiture sur la journée, entièrement GRATUIT.

    • la “communion des saints”. Quand on voit autant de malades, souffrants, gens en recherche de sens à leur vie, venir déposer tout cela au pied de la Vierge, non pas chacun pour soi dans son coin, mais ensemble, en communauté, en bénévolat, dévouement, entraide, don de soi, j’imagine, pour filer la métaphore écolo, qu’il y a là une biomasse spirituelle d’énergie énorme, saine, vivifiante transformée et méga-majorée, sans rejets ni déperdition, en grâces par les mérites de Jésus-Christ et redistribuée à l’infini et judicieusement à tous ceux qui en ont besoin. Là encore, et particulièrement, “l’essentiel est invisible pour les yeux”. Priez, offrez-vous, à Lourdes ou ailleurs : “un petit geste pour l’environnement…spirituel”.


    15 posté par Lecteur le 16 sept 2008 à 19:20

    @Dominique Bargiarelli : si l’on appelle béarnais la langue de Pau et bigourdan la langue de Tarbes, ne pensez-vous pas que le dialecte de Lourdes, ville située sur la même rivière que Pau, à savoir le gave de Pau, a quelque chance d’être plus proche du béarnais que du bigourdan ? Peut-être pourrait-on se mettre d’accord en disant que Bernadette parlait gascon ? Voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Gascon

    Pour l’auteur de http://www.pyrenees-pireneus.com/Culture-languesPyrenees-BearnaisGasconOccitan.htm , il est “simpliste” de dire que “qu’on parle béarnais à Soumoulou et Montaner et bigourdan à Séron et Vic-en-Bigorre”


    16 posté par Verel le 16 sept 2008 à 20:08

    Je vais essayer de m’expliquer sur ce que j’appelle l’idolâtrie mariale, et que je reproche à mon Eglise, mais que je supporte puisque j’y reste

    Comment pourrais je empêcher Dieu, s’il le veut, d’envoyer Marie s’adresser à une toute jeune fille du nom de Bernadette, Qui suis je pour m’y opposer?

    Par contre, je peux trouver que mon Eglise, en fixant dans le calendrier liturgique pas moins de 8 ou 9 fêtes consacrées à Marie, plus un mois (mai) et peut être même un autre (septembre) en mettant dans le chapelet 10 fois plus de “je vous salue Marie” que de “Notre Père”, en faisant de l’Immaculée Conception un dogme, finit par donner le sentiment à beaucoup de fidèles que la Vierge est une déesse, que l’on doit adorer à l’image de Dieu.

    Marie est dans l’évangile un personnage important mais “secondaire” par rapport à Jésus. Marc 3 32/35 : on lui dit: Il y a votre mère et vos frères dehors qui vous cherchent. Lui de répondre : qui est ma mère et qui sont mes frères? Et promenant son regard sur tous ceux qui étaient assis en cercle autour de lui, il ajouta :Voilà ma mère et mes frères. Quiconque fait la volonté de Dieu, celui là est pour moi frère, sœur et mère.

    L’existence de Lourdes ne me gêne pas. Ce qui me gêne, c’est qu’on y mette à ce point en avant Marie et non Dieu. Je ne crois pas que ce soit ce que Marie a demandé à Bernadette


    17 posté par Dominique Bargiarelli le 16 sept 2008 à 21:22

    Bien que ce débat sur la langue (ou le patois) parlé par Bernadette n’ait strictement aucun intéret il reste néanmoins que Lourdes es depuis toujours en Bigorre et qu’on y parlait donc le BigourdanQue le Bigourdan et le Béarnais soient très proches c’est une évidence absolue, mais historiquement la Bigorre et le Béarn n’ont jamais fait partie du même territoire. Quant aux traductions si vous avez quelques doutes sur l’authenticité des paroles attibuées à Bernadette dois-je vous rappeler que l’Eglise ne l’a pas accueilli e avec un très grand enthousiasme à l’époque (c’est le moins qu’on puisse dire)alors pouvez- vous me dire dans quel intéret l’Eglise aurait inventée de toute pièce ces paroles? Et puis si vous mettez en doute des paroles remontant à à peine 150 ans que pouvez-vous donc penser des paroles attribuées à Jésus-Christ?Mais après tout ,ce blog étant ouvert à tout le monde êtes-vous seulement Chrétien?


    18 posté par Koz le 16 sept 2008 à 21:30

    Lecteur, vous êtes vraiment sûr de vous consacrer à l’essentiel ? Sans vouloir ajouter à votre perplexité, j’ai lu, ailleurs, qu’elle parlait le gascon bigourdan… Si, si. Avouez que ça change tout.


    19 posté par Thaïs le 16 sept 2008 à 21:50

    Pour rebondir sur ce qu’a dit Emmanuel Pic, je dirais,( vu de loin) qu ‘à Paris on sentait plus le pape comme porteur de messages tandis qu’à Lourdes il était un parmi tout le monde à se vivifier.

    @ Antoine : j’ai bien aimé votre expérience des piscines car c’est tout à fait d’une renaissance dont parle les personnes qui y sont allées. Je suis allée trois fois à Lourdes dont deux fois comme accueillants des pélerins dans un centre. Il est vrai que j’étais (ainsi que les autres) le réceptacle d’émotions fortes ou sereines et de paroles profondes et sincères suite à la démarche de certains pélerins de vouloir se purifier . J’avais une vingtaine d’années et j’avais été troublée par “l’effet piscine”. Je n’ai pour ma part, jamais sauté le pas. Pour moi Lourdes était plus le lieu de prière, d’échanges entre valides et non valides, de services et de rencontres internationales autour de Marie. Et en venant à Lourdes, le pape certes vient en France mais s’adresse à tous ceux français et étrangers qui viennent prier Marie dans cette grotte.(Le rayonnement international est tel que de nombreuses messes se succèdent dans différentes langues).


    20 posté par Pepito le 17 sept 2008 à 8:44

    Très bon billet, Koz. Bravo aussi aux commentateurs dont certains témoignages étaient pas seulement intéressants mais très émouvants. Je ne les citerai pas pour ne pas faire de jaloux et pour avoir égard à ceux qui viendront avant mon commentaire en attente de modération.


    21 posté par Hub le 17 sept 2008 à 11:11

    Les marchands du Temple que Jésus chassent vendaient des Bœufs, des agneaux et des colombes (de mémoire). Il y avait aussi des changeurs, mais on n’y parle pas de vendeurs de cierges.

    Par ailleurs, les marchands étaient DANS le Temple, alors qu’à Lourdes ils sont HORS DU sanctuaire.

    A propos d’idolâtrie mariale : juste relire l’homélie de la messe des malades. Une très belle explication de la piété mariale. Après, si certains tombent dans l’idolâtrie, celle-ci n’est ni pire ni meilleure que les autres, et là c’est l’homélie des Invalides qu’il convient de relire…


    22 posté par Jacques THEBAULT 31 le 17 sept 2008 à 12:52

    @Antoine

    La piscine, c’est pas mon truc, j’ai toujours trouvé ça un peu ridicule. Mais je médite ce que vous avez écrit, et je crois qu’à 67 ans vous m’avez ouvert à quelque chose à côté duquel je passais ; vous m’aidez à faire la démarche la prochaine fois, y compris par la description matérielle du déshabillage qui me rebutait assez a priori. L’humilité, oui c’est ça, de se déshabiller, de s’incliner mentalement, puis de s’en remettre au Seigneur par le bras des autres. Bon, va falloir que je me fasse à cette idée…


    23 posté par Koz le 17 sept 2008 à 13:18

    Je comprends bien ce que tu dis, Verel, et je partage en bonne partie. Disons que c’est assurément un écueil à éviter.

    Pour autant, il y a peut-être quelque chose à découvrir dans le culte marial. Cf ce que dit I. De Gaulmyn à propos de B16 et de la piété mariale, dans cet article.


    24 posté par Koztoujours, tu m’intéresses ! » Des racines et des ailes le 17 sept 2008 à 15:05

    […] le pieux, en prière, à la rencontre de Marie, avec les malades, avec l’ensemble de ces “petits” chers à l’Eglise. Car la foi n’est pas affaire de salon, elle n’est pas qu’affaire de raison. La […]


    25 posté par corbex le 17 sept 2008 à 15:58

    mode constructif engaged Je crois que pour comprendre Lourdes, rien ne vaut la lecture de “Lourdes” de Zola. Pour les mécréants comme moi, allez y faire un tour, juste pour rigoler à la vue des échoppes et de leur contenu. Ensuite prenez votre voiture et allez voir le cirque de Gavarnie: la cascade y est plus ravigorante que le Gave à Lourdes, et la vue est autrement plus belle. Pour les croyants, dites vous que Dieu préferait sans doute voir ses ouailles admirer son travail plutot que d’aller idolatrer une icône. Oui oui j’ai bien dit idôlatrer, les religions en général ne sont plus à une contradiction près. Le discours du pape à ce sujet m’a doucement fait rire. Il nous prie de ne pas idolatrer. D’abord l’argent, alors que les signes de richesses sont plus qu’ostantatoires au vatican et dans la religion catholique en général. Le pouvoir ensuite… je ne peux pas imaginer qu’on puisse devenir pape sans avoir une certaine soif du pouvoir. Et l’église catholique ne cherche-t-elle pas retrouver son pouvoir là où elle l’a perdu, et à le manifester là où elle l’a conquis? Enfin le Savoir. Là je dois dire que je n’ai plus rigoler du tout. La soif de savoir est-elle une vache d’or? Avant de m’exciter contre ces propos, les papologues locaux pourraient-ils m’expliquer ce que le pape visait en prononçant le mot “savoir”? mode constructif disengaged

    Les groupies du veau d’argent vont souffrir, Dieu vient de lancer son Leviathan sur Lehman Brothers et il n’a pas encore passer la seconde. Beny vous avait prévenu!


    26 posté par Dominique Bargiarelli le 17 sept 2008 à 19:27

    Merci à Corbex pour l’originalité de ses propos d’une ^profondeur abyssale et je pèse mes mots…


    27 posté par Antoine le 17 sept 2008 à 19:55

    @ Thaïs: Je partage tout comme vous, l’importance des échanges entre valides et non valides. C’est aussi une expérience enrichissante. D’une part parce qu’à Lourdes, nous nous regardons d’égal à égal même si les nombreuses expériences d’échanges avec des blessés de la vie, m’ont appris qu’ils étaient beaucoup plus riches que nous. Le fait que nous galopions à droite ou à gauche sans trop savoir ce que l’on cherche ne nous aide pas beaucoup. Par contre, nos amis non valides prennent le temps de discerner le meilleur chemin. Il est bon de s’arrêter et de prêter l’oreille.

    @ Jacques THEBAULT 31: Je suis heureux de vous avoir ouvert une porte. Si vous faites le pas, sachez qu’il y a quelqu’un qui pense à vous 😉 @ Koz : Un grand merci pour la qualité de vos billets et de nous avoir fait partager votre réflexion. Ce fut pour moi l’occasion de prendre du recul sur ce que je vivais pendant ces quelques jours. Comme quoi, blogger, c’est un métier !

    @ La Croix : Très bonne idée que ce blog collaboratif.


    28 posté par Koz le 18 sept 2008 à 11:13

    “Comme quoi, blogger, c’est un métier !”

    C’est vrai qu’il y a aussi des métiers qui ne paient pas ! 😆

    Et sinon, je suis heureux que mes billets vous aient plu.

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