Un homme d'Etat au PS

On fait preuve d’une unanime injustice avec le Parti Socialiste depuis mardi dernier. Que n’a-t-on entendu, et de toutes parts, à son sujet ?! Que ce serait un parti croupion, sclérosé, un panier de crabes, une usine à gaz, un parti illisible, inconséquent, exsangue, lâché par ses militants, un parti sans projet, sans propositions alternatives, un parti qui ne se maintient plus que par la perspective de sanctions contre les dissidents. Un parti qui – c’est à peine croyable, tant c’est surréaliste ! – en est réduit à se rendre aux positions de Laurent Fabius au nom… de la discipline !? Un parti godillot qui sacrifie les convictions sur l’autel de l’unité, seul vrai souci de politiques viscéralement terrifiés par une impossible perspective : la clarification.

Un parti qui vote contre le traité de Lisbonne, contre la modification de la Constitution, et contre l’indispensable plan de sauvetage de l’indispensable système financier sur une seule motivation : l’unité dans l’antisarkozysme ! Bref, un parti en autarcie, qui vote contre ses convictions, un parti qui ne défend plus les français, mais le parti.

Manuel Valls en est venu à déclarer sévèrement qu’il « manque d’Hommes d’Etat au PS ». Et parce que c’est un homme cohérent, Manuel Valls, il ne s’est pas opposé à la direction générale, il ne s’est pas levé pour protester. Comme sur la Constitution, il a sacrifié ses convictions à la discipline de parti, et s’est abstenu. Son constat est donc lucide, sans concessions et exact : il manque définitivement d’Hommes d’Etat au PS. Car tous se sont abstenus ! Tous ? Non.

Olivier Dussopt, le benjamin de l’Assemblée Nationale a voté « oui ». La relève du PS. Olivier Dussopt, qui aura compris que les français n’en pouvaient plus de regarder ce parti nombriliste louer un soir les qualités de ce plan de sauvetage attendu, et adopté par tous les socalistes d’Europe, pour refuser de le voter le lendemain. Un benjamin qui aura saisi que les français en ont soupé de la discipline de parti. Un socialiste qui aura compris qu’il était aberrant, inconséquent, stupide et hypocrite d’affirmer que le parti socialiste ne votait pas parce qu’il manquait tout un volet économique. Il aura compris que l’on ne pouvait, avec deux sous de cervelle, reprocher à Nicolas Sarkozy – qui, au demeurant, mais l’ont-ils seulement compris, ces empotés de la caboche, n’était pas seul – d’adopter un plan d’urgence sur une question de la première urgence, que sans plan financier, sans relance du système bancaire et des crédits, tout plan économique serait vain, et qu’en toute hypothèse, quand bien même il y aurait eu un volet économique, les socialistes n’auraient pas voté le plan. Pire, même, ils s’y seraient probablement opposés, toujours au nom du même antisarkozysme, au nom du même argument qui les a convaincus mardi, selon lequel le parti socialiste ne pouvait donner le sentiment de cautionner Nicolas Sarkozy sur l’économie, et parce qu’à l’évidence ils n’auraient pas partagé ses orientations économiques. Bref, un homme jeune, lucide, pétri de convictions. Un homme d’Etat.

Malheureusement, il s’avère que le seul et unique député socialiste qui ne s’est pas abstenu sur le sauvetage de l’économie française, sur le sauvetage de dizaines de milliers d’emplois, le seul et unique député socialiste qui a voté pour… l’a fait par erreur. Et qu’il tient à ce que ça se sache.

Mais ne l’accablons pas. Peut-être n’a-t-il pas pu imaginer que la  position de son parti, publiquement affirmée, sur un sujet si fondamental puisse changer en l’espace d’une nuit et de deux réunions. Et puis, il fait partie du XV de la Rose. Et peut-on vraiment attendre d’une équipe aux couleurs de la perfide albion qu’elle défende les intérêts des français ?

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70 comments

  • NS qui…. »n’étaient pas seuls  » seraient ils plusieurs à ne pas être seuls?

    et pourquoi pas un tag dussopt? il faut préparer l’avenir….

  • Ah, quel lapsus. Il est vrai qu’il est tellement actif que certains se demandent s’il n’est pas plusieurs.

    On attendra un peu, pour Dussopt et l’avenir. Par exemple qu’ils montrent qu’il n’est pas déjà un homme du passé.

  • Celui qui me sidère le plus c’est bien E.Vals. Comme le dit Koz il récrimine presque à chaque fois, mais finit par se coucher sagement.

    Il manque de c.., c’est sûr. Et il a sans doute manqué de prendre date et se donnant une personnalité propre et forte, lui qui ne cesse de vouloir changer de génération au PS…

    Bref, des paroles mais le charisme d’une huitre.

  • Réjouissante cruauté 🙂

    Et j’apprécie la démarche qui consiste à chercher des nouvelles têtes, parce que c’est ça le problème du PS aujourd’hui : on y trouve des gens importants et qui ont des choses importantes à dire ; mais hélas, les « importants » n’ont pas à grand chose à dire et ceux qui ont des choses importantes à dire sont marginalisés par l’appareil de Solférino.

  • jmfayard a écrit:

    Réjouissante cruauté

    Je me suis dit qu’après mon dernier billet, il fallait refaire l’unité. Je ne pensais toutefois pas aller jusqu’à toi.

    Olivier a écrit:

    Ca doit être une maladie au PS de se tromper lors du vote

    Tu ne crois pas si bien dire

    Olivier a écrit:

    Celui qui me sidère le plus c’est bien E.Vals. Comme le dit Koz il récrimine presque à chaque fois, mais finit par se coucher sagement.

    Manuel, pas Emmanuel. Et, oui, il me déçoit. Et en plus de ça, puisque je pense bien que son objectif n’est pas fondamentalement d’adopter un positionnement qui convienne aux gens comme moi, même dans sa stratégie interne, je pense qu’il se trompe. Il faut parfois savoir prendre le risque de l’impopularité.

    Au demeurant, s’est-il exprimé avant le vote ?

  • Koz a écrit:

    Au demeurant, s’est-il exprimé avant le vote ?

    Pour ce dernier vote, je ne sais pas ; mais pour la constitution il avait dit avant qu’il était pour…

    Gaëtan Gorce : MDR 🙂

  • @ Koz, sur l’Afghanistan également, Valls s’était exprimé avant (pour). Donc effectivement, il semble suivre une stratégie qui consiste à ne pas se griller.

  • Olivier a écrit:

    Pour ce dernier vote, je ne sais pas ; mais pour la constitution il avait dit avant qu’il était pour…

    Pour la Constitution, effectivement. Ce que je voulais dire, c’est que, sur ce sujet, il serait plus excusable s’il a tenté de peser de tout son poids dans la réunion qui a abouti à décider l’abstention.

    cilia a écrit:

    @ Koz, sur l’Afghanistan également, Valls s’était exprimé avant (pour). Donc effectivement, il semble suivre une stratégie qui consiste à ne pas se griller.

    Yep. Est-ce justifié ? Craint-il vraiment l’exclusion ? Sinon, pour la ligne qu’il veut incarner, il devrait plutôt miser sur le courage des convictions. Et ce n’est malheureusement pas ce dont il fait preuve.

  • Quand Manuel Valls va-t-il passer à l’UMP ? l serait sans doute accueilli à bras ouverts. Oui, que fait-il encore au PS ? Il approuve tout le temps les actions de Sarkozy

  • @ Koz,

    Vu l’état de susceptibilité et d’auto détestation au PS, on peut imaginer que Valls préfère dire ce qu’il pense sans pour autant se battre comme un diable pour un vote qui de toute façon sera négatif (anti sarkozysme oblige). Sans compter que si le plan de sauvetage est considéré par tous comme ‘la chose’ à faire, nul ne peut être certain que les effets en seront très visibles par l’opinion.

    Jouant, à mon avis, 2017, ne pas se griller signifie surtout faire entendre ses différences sans y laisser trop de plumes dès maintenant.

  • Si Babar a pu trouver les idées qui ont permis de vaincre l’armée des rhinocéros, c’est parce qu’il s’est éloigné du troupeau et à su observer comment on vivait à la ville. C’est même grâce à ça qu’ensuite, il est devenu roi des éléphants.

    Ils n’apprendront donc jamais ?!

  • help ! a écrit:

    Quand Manuel Valls va-t-il passer à l’UMP ? l serait sans doute accueilli à bras ouverts. Oui, que fait-il encore au PS ? Il approuve tout le temps les actions de Sarkozy

    C’est faux. En revanche, il a une nette propension à ne pas changer de convictions seulement par antisarkozysme. Il a approuvé le traité de Lisbonne, ce qui était la position naturelle des socialistes. Il a approuvé la réforme de la Constitution, fidèle en cela aux revendications des socialistes. Il a a approuvé le plan de sauvetage financier, fidèle en cela même à l’appréciation des socialistes, dont le Premier Secrétaire.

    C’est au moment de la réalisation que je suis dubitatif.

    cilia a écrit:

    Jouant, à mon avis, 2017, ne pas se griller signifie surtout faire entendre ses différences sans y laisser trop de plumes dès maintenant.

    Admettons, admettons, mais ne risque-t-il pas, surtout, de se faire détester au PS (voir la réaction précédente), et de susciter l’incompréhension ailleurs ?

    Edmond Prochain a écrit:

    Si Babar a pu trouver les idées qui ont permis de vaincre l’armée des rhinocéros, c’est parce qu’il s’est éloigné du troupeau et à su observer comment on vivait à la ville. C’est même grâce à ça qu’ensuite, il est devenu roi des éléphants.

    Je ne suis malheureusement pas en mesure d’avoir un avis, mais je prends note avec grand intérêt. J’essaierai de lire les Babar de mes enfants.

  • Mais si ! C’est l’épisode où le rusé Babar repeint les imposantes fesses éléphantes en images de guerriers effrayants ; les éléphants vont sur le champ de bataille cul par devant et mettent en fuite les rinocéros effrayés par ces adversaires imaginaires et inattendus.

  • @ Koz,

    Les réactions comme celle de Help sont inévitables. Tout comme est inévitable la consigne systématique du PS à voter ‘contre’ à l’Assemblée, y compris contre ses propres convictions. C’est pathétique, mais c’est comme ça.

    J’imagine donc (mais, je peux tout à fait me faire un film, hein) que Valls joue l’endurance.

    S’il accepte de se rapprocher de Sarko (ouverture), il est grillé. S’il la joue discret, il ne sera pas assez connu et apparaîtra comme inexpérimenté le jour où il voudra jouer son ticket. S’il suit le discours imposé du PS, on (l’opinion très modérée qui fait gagner la gauche ou la droite) le lui reprochera ou tout au moins, ne verra pas la différence entre lui et un autre socialiste. S’il y a alternance en 2012, sa fidélité au PS et la continuité de ses convictions peuvent lui valoir un portefeuille (gain de crédibilité). S’il n’y a pas d’alternance, les éléphants seront rattrapés par leur âge et le pays par son envie de changement, sans pour autant, parce qu’une non alternance en serait bien la preuve, souhaiter un révolutionnaire ou un dogmatique à la vue courte.

    Il se pourrait alors que la somme de toutes ces interventions actuelles de Valls sur le fond, sur le sens des choses, le fasse apparaître a posteriori comme quelqu’un qui, fidèle à la gauche, s’est forgé au fil des années, une carrure de chef d’état.

    …alors, les rhinocéros n’auront plus qu’à aller barboter dans la mare 😉

  • Carton plein: je suis d’accord avec vous. Sarkozy s’est comporté (pour une fois; il faut pas exagérer avec l’unité) en vrai homme politique. Il arrive à l’AN avec une proposition claire. Le PS aurait pu avoir des convictions (voter pour ou contre n’aurait rien changé au résultat). Et rien, sinon une abstention incompréhensible face à une situation exceptionnelle.

    Ne soyons pas étonné que des gens de gauche s’intéressent au NPA.

  • il arrive à la gauche de voter en fonction du contexte politique et non du texte tecnique ou économique, c’est arrivé asasez souvent à droite (rappellez vous michel rocard ramant pour faire passer la CSG à quelques voix près, une CSG que la majorité de droite a largement utrtilisé ensuite…) ce n’est pas ce qu’il y a de plus élégant, brillant…

    je pense que manuel valls devrait plutôt oeuvrer pour être le prochain candidat à la région IDF, renouveler ainsi les élus, pour viser plus loin, plus tard… huchon vs pecresse, voir yade, les anciens contre les modernes…cela sera difficile!

  • Je n’ai pas souvent de commentaires à faire sur les billets de la catégorie « PS-bashing », même si je suis en général à peu près d’accord. Mais aujourd’hui, je m’en voudrais de ne pas me joindre à cette belle unité…

    Donc: +1.

  • @ Koz

    « un parti qui ne défend plus les français, mais le parti. »

    Ce n’est même plus ça à l’heure actuelle. Je ne vais pas mettre le lien, je m’en souviens plus. Mais un des derniers sondages donnaient seulement 40% de confiance au Chef de l’Etat pour sortir de la crise économique. Et dans le même temps 20% de confiance au PS à la question, est ce que le PS au pouvoir aurait fait mieux.

    Ils ne défendent certainement pas le Parti – les résultats des sondages l’attestent. Comment les français du fait de l’illisibilité de ce mouvement pourrait penser que les socialistes feraient mieux s’ils étaient au pouvoir ? Surtout que sur beaucoup de points de politique générale ou étrangère, ces derniers temps, ils sont au fond d’accord avec la politique actuelle.

    Ils défendent la place de futur Secrétaire Général et possiblement de futur candidat à la présidentielle de ce Parti pour les quelques leaders. Pour les autres, ils se ménagent une place de pouvoir au sein de l’appareil et donc, potentiellement au sein de l’appareil d’état si ce parti venait à être majoritaire. Ils se livrent à une lutte de pouvoir, d’image et d’influence, pas à une lutte d’idées.

    Ce n’est même pas qu’ils n’ont « pas d’idée ». C’est que les idées sont dangereuses parce qu’elles peuvent être combattues. Il est plus facile de lancer quelque chose de vague et de pas fini (voire même de pas commencé) qui peut difficilement être contredit et de faire les gros bras soit dans les meetings, soit dans les coulisses, que d’essayer d’élaborer des solutions cohérentes qui seront inévitablement combattues et battues en brèche par les autres leaders ou courants.

    Le pire dans tout ça, c’est qu’ils se basent sur une vague idée de ce que leur électorat potentiel peut en penser. En fait, ils n’en savent pas grand chose. Et cela donne cette espèce de mélange bizarre entre retour à un certain dogmatisme, à une guerre de tranchées mâtinée de démagogie fluctuantes au gré de ce qu’ils pensent être l’opinion.

  • Koz a écrit:

    Je me suis dit qu’après mon dernier billet, il fallait refaire l’unité. Je ne pensais toutefois pas aller jusqu’à toi.

    Ce n’est pas si étonnant que ça ! D’abord, je ne politise pas (plus) mon humour, question d’hygiène mentale. Ensuite, soutenir la gauche n’empêche pas d’être exigeant envers elle (au contraire !) et en l’occurence, j’attends beaucoup mieux que ça !

    Je voudrais quand même préciser par rapport au commentaire d’eponymus qu’hélas, trois fois hélas, les luttes de pouvoir ne sentent guère plus la rose quand elles ont lieu à l’UMP ou au NPA (je dis ça pour éviter des désillusions aux uns et autres)

  • jmfayard a écrit:

    Je voudrais quand même préciser par rapport au commentaire d’eponymus qu’hélas, trois fois hélas, les luttes de pouvoir ne sentent guère plus la rose quand elles ont lieu à l’UMP ou au NPA (je dis ça pour éviter des désillusions aux uns et autres)

    Certes jm, mais c’est une question de proportion. Quand il n’y a plus que ça, c’est que le lait a tourné…

    Et puis bon, c’est quand même grave et symptomatique. Je post un commentaire ravageur, voire provocateur sur le PS, et, après plusieurs heures, il n’y a même pas un « Peretti » pour venir les défendre. Avoue que ça fait peur, non ?

  • Bof, il y a rien de bien méchant. Si le PS avait vraiment voulu s’opposer, ils auraient voté contre.

    En fait, qu’ils ai voté pour ou se soit abstenu ne change rien, dans les deux cas le texte passait. Mais en s’abstenant, ils pourront se permettre de critiquer Sarko si quelque chose foire sans risquer de s’entendre dire : « mais vous aviez voté comme nous ». Je vois pas pourquoi ils se priverait de ça, surtout que la droite s’est pas privée elle.

    En fait c’est pas de l’antisarkosysme primaire, c’est de la politique politicienne tellement commune, que ça aurait même pas méritée d’être relevé.

  • Très drôle le cas Dussopt …! mais rends grâce à Manuel Valls, il ne la ramène pas trop fort pour se poser en ce qui manque au PS, conscient de l’état de ses troupes, certes, mais il a quand même déjà eu du courage politique … j’aimerais simplement qu’il en ait tout le temps …. mais là, c’ests l’avant-Congrès … l’heure où les grands fauves vont boire … les gazelles restent dans l’ombre, sinon elles se font bouffer toutes crues ! Remarque, l’idée de Manuel en gazelle … ça vous a un petit côté émoustillant … !

  • Un délice de cruauté ce billet.

    La question, c’est: est-ce que le congrès va changer quelque chose? Malheureusement, je crois que non. Quelle nouvelle direction (au double sens des personnes et du chemin) peut prendre le PS avec les motions telles qu’elles ont été présentées et les prétendants au poste de premier secrétaire. J’en viendrait presque à souhaiter que Bayrou étoffe son parti (et son discours).

    Franchement, la situation interne du PS et son positionnement politique actuel m’inquiète assez. Et rejeter la faute sur Sarkozy (l’ouverture, la « main mise sur les médias » ou autres excuses), c’est pas ça qui va relancer une véritable opposition de proposition dans le paysage politique français.

    Sur Manuel Valls, c’est dommage qu’il n’est pas le courage de sa lucidité. Cette phrase sur le manque d’homme d’Etat dans son propre parti, c’est se mettre une balle dans le pied. Il critique les siens (qui ne vont pas l’oublier) et il se dévalorise du même coup. Il aurait pu être un des tenants du renouveau du PS. Bouing. Loupé.

  • Malheureusement le PS reflète notre corps politique qui se refuse à dépasser ses clivages pour ne pas accréditer l’idée que ces mêmes clivages sont de plus en plus artificiels face aux exigences d’une économie d’interdépendance. Ne rêvons pas, sans Sarkozy, la droite nagerait dans les mêmes travers, elle a fait étal de sa capacité d’autodestruction dans un passé pas si lointain. Est-elle si loin la droite la plus « bête » du monde ?

    Les socialistes peinent à tracer une nouvelle voie car le projet qu’ils pourraient bâtir se heurte toujours au postulat qu’un projet de gauche ne peut qu’être en opposition philosophique avérée avec un projet de droite. Il est plus simple de vendre une « politique de gauche » (ou de droite) qu’une offre concrète qui ne permet pas tant la différenciation.

    Et pourtant, partout dans le monde les alternances politiques démontrent que les citoyens ne veulent plus des surlendemains qui chantent mais un quotidien à la hauteur des attentes qu’ont généré les promesses de Gascon des politiciens.

  • Eponymus a écrit:

    Ils ne défendent certainement pas le Parti – les résultats des sondages l’attestent.

    Sur le fond, je suis d’accord avec toi. Il est bien probable que leur comportement nuise au Parti. Il reste qu’aucun d’entre eux n’ose prendre le risque de la clarification. Mais c’est peut-être in fine pour préserver l’intérêt du poste.

    Adrien a écrit:

    Bof, il y a rien de bien méchant. Si le PS avait vraiment voulu s’opposer, ils auraient voté contre. (…) En fait c’est pas de l’antisarkosysme primaire, c’est de la politique politicienne tellement commune, que ça aurait même pas méritée d’être relevé.

    Il me semble assez rare, tout de même, qu’un parti qui annonce aussi clairement qu’une mesure est bonne s’abstienne de la voter le lendemain. Cela dit, si tu as des exemples…

    Philo a écrit:

    Sur Manuel Valls, c’est dommage qu’il n’est pas le courage de sa lucidité. Cette phrase sur le manque d’homme d’Etat dans son propre parti, c’est se mettre une balle dans le pied. Il critique les siens (qui ne vont pas l’oublier) et il se dévalorise du même coup. Il aurait pu être un des tenants du renouveau du PS. Bouing. Loupé.

    C’est un peu mon sentiment aussi…

  • C’est surprenant que les membres d’une équipe de campagne socialiste aient choisi de s’appeler le XV de la Rose. Cela prouve que les gens du PS préfèrent être associés à une équipe de rugby, même si elle est anglaise, que de manière plus directe à leur propre parti. C’est le chiffre XV qui leur est talismanique et pas la rose. C’est un éloge de toute beauté aux valeurs du rugby !

    Cela pue tout de même l’usurpation et il faudra les incarner ces valeurs. J’espère que cette équipe sera inspirée par le choix de cette appellation et ne sera pas trop ridicule.

  • Chers amis, ça faisait longtemps ! Et je vais rompre l’unanimisme qui règne sur ce blog.

    1. Factuellement, vous avez tort Koz. Les socialistes n’ont pas décidé de voter « contre » le TME et le plan de sauvetage (par contre, pour la révision constitutionnelle, ils s’y sont, effectivement et légitimement, opposés). Cette nuance est importante, dans la mesure où dans ces deux cas, un véritable vote « contre » aurait pu causer le rejet des textes ;

    2. Sur le fond, il est évident que l’abstention n’est pas la position la plus « excitante » et compréhensible à défendre.

      • Pour le TME, elle se justifiait parfaitement, dans le sens où les socialistes s’étaient prononcés dans tous leurs textes pour une révision par voie référendaire. D’accord sur le fond du texte, ils ne pouvaient pas laisser passer la façon de le ratifier ;
      • Pour le plan de « sauvetage » des banques, personne ne souhaite le démantèlement du système bancaire français (pas pour ses détenteurs, mais pour les épargnants). Mais comme l’ont indiqué certains députés UMP d’ailleurs, on peut regretter que tout cela se soit fait dans une telle précipitation (parce qu’avec un retard incroyable d’au moins 8 jours). Il aurait été envisageable qu’un vrai débat ait lieu et qu’effectivement, la prise en compte des conséquences sur l’économie réelle soient davantage prises en compte.

    Contrairement à ce que vous écrivez Koz, le plan de sauvetage français n’est pas à comparer à une transposition de directive communautaire! Le gouvernement français disposait de marges de manoeuvre importantes, qu’il n’a pas utilisé. Le PS plaide depuis plusieurs mois pour un plan de relance. L’UMP est contre.

    Pas de débat, des divergences importantes mais une responsabilité sur le fond. L’abstention est-elle si absurde? Même si, une fois de plus, elle n’est pas très sexy.

    J’ajoute enfin que les parlementaires américains n’ont pas ces préventions et que face à la première version du plan Paulson, bâclée (elle tenait en 3 pages!), les représentants ont rejeté le texte. Sont-ils donc seulement mus uniquement par leurs intérêts de parti? Ils font leur travail de parlementaires, simplement.

    Enfin, et cela sera une grande divergence entre vous et moi. Je considère que le compromis avec la droite actuelle n’est pas envisageable. Il y a une droite effectivement intelligente avec laquelle il est envisageable de travailler et cela s’est fait dans le passé (rarement toutefois…) comme aujourd’hui dans certaines collectivités. La droite sarkozyste est la négation absolue de la possibilité du débat. Comme dirait Nadine Morano (et c’est particulièrement grave), grosso modo, quoiqu’il arrive, si vous êtes contre, vous êtes « du côté des assassins », des enfants, de l’économie et que sais-je encore…

    Le PS n’est évidemment pas exempt de reproches mais il n’est pas envisageable de transiger avec un pouvoir qui, au moment de la crise financière, initie un projet de loi sur le logement catastrophique, intime presque tout le monde de travailler le dimanche et continue à supprimer à tour de bras et aveuglément des postes dans la fonction publique.

    La responsabilité, c’est à eux de l’avoir.

  • Pepito a écrit:

    Surtout si c’est l’équipe à Dussopt.

    Vous êtes durs avec Olivier Dussopt. Ce garçon n’a probablement pas eu la chance que sa maman lui lise L’Histoire de Babar, le petit éléphant quand il était (à peine) plus jeune. Ce n’est quand même pas de sa faute, bon sang !

  • Fx_Perreti a écrit:

    Factuellement, vous avez tort Koz.

    Ah je m’étonnais aussi que FX n’essayait pas de justifier la position par un raisonnement alambiqué. Tout va bien, je retrouve mes repères.

  • Après avoir lu le texte de ce collectif budgétaire exceptionnel, je continue à ne pas comprendre l’abstention du PS, mais cette fois-ci c’est parce qu’il aurait du voter contre: aucune contrepartie n’est prévue à ces garanties massives. Il suffit de demander! Vous avez déconné avec l’argent de tout le monde en plantant un système nécessaire au fonctionnement de la société? Et bien continuez (c’est d’ailleurs ce qu’ils font; et ils ne s’arrêteront pas si on ne les arrête pas). C’est aussi la démonstration que les discours gauchistes de Sarkozy sont du vent (surprise).

    L’urgence est un argument que je sens poindre, mais qui ne tient pas la route. D’abord parce qu’il conduit à claquer beaucoup d’argent pour rien. Ensuite parce qu’il s’affranchit de la démocratie, qui est un système lent, certes, mais vous en avez un meilleur?

  • Eponymus a écrit:

    Fx_Perreti a écrit: Factuellement, vous avez tort Koz. Ah je m’étonnais aussi que FX n’essayait pas de justifier la position par un raisonnement alambiqué. Tout va bien, je retrouve mes repères.

    Tu pouvais pas t’empêcher de l’appeler, non ? Je suis sûr qu’il a une taupe.

    Maintenant Fx_Peretti, si vous dîtes que j’ai écrit que ce plan était une transposition de directive communautaire et que les socialistes ont voté contre, vous avez raison, j’ai tort. Mais sinon, c’était pas mal, le « factuellement, vous avez tort ». On sent le truc asséné avec assurance, juste ce qu’il faut de péremptoire. Il se trouve juste que je n’ai pas écrit cela.

    Il se trouve surtout que votre raisonnement achoppe sur un point : tout le bien que les socialistes disaient du même plan la veille au soir. Comme dirait l’autre, à force de vouloir justifier l’injustifiable, on finit par justifier l’injustifiable.

  • Koz a écrit:

    Tu pouvais pas t’empêcher de l’appeler, non ? Je suis sûr qu’il a une taupe.

    Meuhhh non ! … c’est qu’il doit être de la cellule de veille internet de Désirs d’avenir 😉

  • Alors là, je partage l’avis de Koz… c’est vraiment lui faire un mauvais procès… il a toujours fait preuve d’auto-critique, de tolérance envers l’avis contradictoire des autres, de discernement, de recul même quant à ses propres idées, etc… non vraiment là, je suis surpris Olivier que tu oses même penser ça.

  • Koz a écrit:

    Est-ce justifié ? Craint-il vraiment l’exclusion ?

    Sérieux? Un député PS peut il vraiment être exclu parce qu’il vote pour un texte présenté par le gouvernement? Je ne peux pas croire une chose pareille. Si tel était le cas, la presse qui, bien que prétendument de droite, qualifie de godillot tout député UMP qui fait mine de voter selon ses convictions, devrait nous faire des dossiers complets sur un tel scandale.

    Sinon, une fois n’est pas coutume, je suis assez d’accord avec niamreg, il ne me plaît pas tellement ce plan, et pour les mêmes raisons que lui.

    Mais nous finissons quand même par être en désaccord. Car je vois dans ce plan une étape supplémentaire de la conversion de Sarkozy au socialisme. Car donner de l’argent public à des gens qui le gaspillent en prétendant que c’est pour le bien commun, n’est ce pas la définition du socialisme?

  • Car donner de l’argent public à des gens qui le gaspillent en prétendant que c’est pour le bien commun, n’est ce pas la définition du socialisme?

    Non, mettre l’état au service des puissants, c’est la définition du corporatisme.

  • Liberal a écrit:

    Car donner de l’argent public à des gens qui le gaspillent en prétendant que c’est pour le bien commun, n’est ce pas la définition du socialisme?

    J’avais cru comprendre qu’il s’agissait essentiellement voire exclusivement de garanties.

  • Koz a écrit:

    J’avais cru comprendre qu’il s’agissait essentiellement voire exclusivement de garanties.

    Tu fais bien de poser la question, parce que j’avais compris la même chose, mais je n’osais pas le dire de peur de sortir une connerie. Bon, c’est pas une garantie absolue que ça n’en soit pas une du fait que tu la poses, mais au moins je ne serais pas le seul ici. Et de fait, toi non plus.

  • Le plan prévoit une partie en garanties (payantes) de 320 milliards. L’Etat français va prendre le risque de défaut d’une banque à sa charge, ce qui revient à décharger les créanciers de ce risque. C’est le même processus qui a permis à Fannie Mae et Freddy Mac de faire n’importe quoi lors de la bulle immobilière aux US. Ces deux agences parapubliques empruntaient à un taux implicitement (ici, ce sera officiel) couvert par le gouvernement fédéral. Et elles ont fait de très grosses bêtises grâce à cette garantie. A court terme, la mesure est importante, mais elle présente de sérieux dangers dans la durée.

    La deuxième tranche, de 40 milliards, offre aux banques qui le souhaitent (pour le moment, cela pourrait ensuite leur être imposé) un supplément de fonds propres. A des conditions coûteuses et très contraignantes. Quand, dans le même temps, Sarkozy annonce que l’Etat français ne laissera pas des capitaux étrangers (message flou qui ne précise pas les seuils) prendre des groupes français, cela revient à obliger les banques en difficulté à se tourner vers lui, le bon berger, et à accepter ses conditions sans discuter.

    Un conseil : ne pas rester actionnaire des banques aujourd’hui, même lorsqu’elles sont saines et rentables. Maintenant que leurs profits baissent (et donc l’IS correspondant), les Etats vont innover pour se nourrir sur le dos de la bête avec le soutien populaire qui veut des coupables. Ils n’hésiteront plus à rentrer dans leur capital à des conditions très défavorables pour les autres actionnaires, parfois de force comme Hank Paulson ou Gordon Brown l’a fait.

  • Aurel a écrit:

    cela revient à obliger les banques en difficulté à se tourner vers lui, le bon berger, et à accepter ses conditions sans discuter.

    Oui mais justement, les banques « en difficulté » sont les banques qui ont joué le risque maximum et qui ont perdu. Donc, là, ça ne devient pas sans risque. Et ça rétablit le qui perd perd.

    Et pour le premier point, quand par exemple Liberal disait que les dépots devaient être garantis, n’est-ce pas ce à quoi les 320 milliards vont servir en partie ? Pour l’autre partie, ils serviront à corriger le système d’adossement de banques à banques qui a forcé la main à l’Etat en transformant la faillite éventuelle d’une seule banque en un effet dominos qui implique l’économie entière d’un pays (voir l’Islande).

  • Koz, Epo, Donner une garantie gratuitement revient à assumer un risque sans le rémunérer; c’est une façon de donner de l’argent sans contrepartie. Eponymus a écrit:

    Et pour le premier point, quand par exemple Liberal disait que les dépots devaient être garantis, n’est-ce pas ce à quoi les 320 milliards vont servir en partie ?

    Oui, mais on retrouve le péché originel que je dénonçais dans mon billet. Pour protéger les dépôts, on protège les banques. Les banques sont encouragées à prendre du risque et se faire rémunérer pour cela, puisque le risque est assumé gratuitement par l’Etat. Mais bon, c’est facile de critiquer. Il y a une urgence maintenant, espérons qu’ils changeront les règles quand ça ira mieux.

  • A-t-on besoin d’hommes d’Etat ?

    Ton papier sent le blues et les temps qui courent portent au blues.

    Rocard quitte la scéne de l’UE avec plein d’idées depuis 50 ans qui n’aboutiront pas.

    DSK risque de chuter, à l’instant où il met le pied à un niveau qui lui permettait de peser sur l’essentiel (coïncidence ou arrangement de l’histoire ?)

    Peut être que l’humanité ordinaire a le « droit » d’ajuster ses petits problèmes jusqu’à un certain niveau, mais qu’au dessus, c’est le « glass ceiling » ou le domaine des CMI dont Ike parlait déjà 61.

    Les deux explications se confondent peut-être ou alors c’est le blues d’un après midi au soleil d’automne en Bretagne.

  • Aurel a écrit:

    A court terme, la mesure est importante, mais elle présente de sérieux dangers dans la durée.

    Il me semble que la garantie est, précisément, limitée à fin 2009.

  • Eponymus, la crise que nous vivons met en péril des banques pour de simples raisons de défiance généralisée, pas pour leurs bilans pourris. La chute de Bear Stearns ou de Lehman était économiquement justifiée. Lorsque RBS vacille, ça ne l’est plus.

    Depuis la faillite (justifiée) de Lehman Brothers, nous assistons à un « bank run », sauf qu’au lieu de voir les déposants faire la queue pour retirer leur argent (eux sont protégés avec l’argent du contribuable), ce sont les investisseurs traditionnels qui ne renouvellent pas leur financement des banques (depuis le cas Lehman, les grands créanciers bancaires savent qu’ils peuvent tout perdre).

    Les banques saines seraient toutes mortes sur place sans l’injection massive de liquidité des banques centrales. La garantie que les gouvernements mettent en place facilitera la reprise du battement cardiaque normal du système bancaire. Avec tous les dangers que cela suppose dans la durée. Si la planche à billets continue à tourner et que les Etats prennent la gestion du risque à la place des banques, nous allons probablement assister à l’émergence d’une nouvelle bulle dont les victimes seront les Etats eux-mêmes.

    Après l’accident Lehman, les gouvernements ont préféré prendre le risque d’instaurer un sentiment d’impunité chez les banques pour protéger l’économie financière dont ils dépendent (lire l’excellent billet de Pierre-Antoine Delhommais de ce week-end dans le Monde). Les coups indistinctement assénés aux banques viennent rassurer le grand public, montrer que les méchantes banques vont quand même prendre une bonne raclée, même lorsqu’elles n’ont fait que subir l’effet de la ‘fair value’ associée aux normes de Bâle II, la panne de liquidités et l’arrêt total des marchés financiers. Ces punitions, hélas injustifiées, vont peser sur la reprise économique en freinant la reprise de l’activité bancaire.

  • Pingback: Koztoujours, tu m’intéresses ! » Un gland Homme d’Etat au PS

  • Bon, je profite qu’on soit en fin de discussion sur ce sujet pour lancer une petite une comparaison osée.

    Je suis assez impressionnée par l’état dans lequel se trouve le PS: pas de leader, pas d’idées, une position d’opposant qui a perdu beaucoup de crédibilité et des courants aux deux bouts du parti qui deviennent presque irréconciliables.

    Les habitués du chat de ce blog connaissent mon enthousiasme pour la campagne des élections présidentielles américaines. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, je vois quelques similitudes entre la situation du PS (depuis 2006) et le Parti Républicain actuel.

    Bien sur, malgré la marque de l’éléphant, les différences sont multiples, avec, en tout premier l’évident positionnement politique. L’histoire des deux partis est aussi sans commune mesure: ce n’est pas pour rien que le parti républicain est surnommé le « Grand Old Parti » (1854), alors que le PS actuel est le fruit de scissions, recompositions à répétitions.

    Autre différence aussi, mais plus contrastée, la situation du parti au moment des présidentielles: le PS dans l’opposition, le GOP au gouvernement mais la Chambre des Représentants est démocrate depuis 2 ans et le Sénat l’est aussi si on compte les 2 indépendants. On ne peut pas faire un rapprochement à l’identique avec la France préélectorale, même si le PS de l’époque était déjà très fort dans les régions. Le pays (USA) semble donc pencher déjà légèrement à gauche depuis 2 ans avec un gouvernement de droite complètement discrédité. Un Parti Républicain à la fois aux manettes (ou ce qu’il en reste) et dans l’opposition: une position très inconfortable par rapport à celle du PS en 2007.

    Cependant, les ressemblances m’ont frappée. La nomination de John McCain comme candidat à la présidentielle a été une aussi mauvaise surprise que celle de Ségolène Royale pour les caciques des deux partis (dans des circonstances certes différentes, et sans remettre en cause le choix des militants). Deux « mavericks » qui avaient (ont) des liens assez ambigus avec leur propre parti. Deux fortes personnalités, deux « aimants à média »: des bons points pour commencer une campagne présidentielle. Sauf qu’aucun des deux n’a réussi la première étape: réunir inconditionnellement le parti derrière soi.

    Comment se fait-il que, au PS comme au GOP, deux candidats à la présidence n’arrivent pas à incarner le leadership de leur parti? Par contraste, Nicolas Sarkozy a d’abord pris la tête de l’UMP avant de se lancer dans la bataille présidentielle. Barack Obama s’est finalement imposé comme le leader du parti démocrate après une très longue lutte fratricide, qu’il n’a véritablement gagné qu’avec son discours à convention le 28 aout (10 semaines avant l’élection!) ; aujourd’hui, même Hillary Clinton, donnée largement en tête pendant les primaires, roule clairement pour Obama. C’était dur mais il l’a fait. McCain, en comparaison, est de plus en plus en délicatesse avec des membres ou des soutiens de son parti, en particulier depuis la convention républicaine et la nomination de Sarah Palin.

    Au delà de ces deux figures présidentiables, les deux partis ont d’autres similitudes. Comme des difficultés avec leurs extrêmes, dans et hors du parti. Et pour ne pas se couper de cette frange du mouvement, le parti s’aliène les militants les plus modérés qui n’hésitent plus à soutenir le candidat ou la politique adverse (« l’ouverture » en France, « l’endorsment » d’Obama par Colin Powell).

    On semble assez loin d’Olivier Dussopt mais j’y arrive. Quel rapport avec « un homme d’État au PS »? Eh bien l’analyse que je fais de ces ressemblances entre le PS et le Parti Républicain, c’est que ce manque de leader (au singulier), ces déchirures et ces défections ont la même cause: un parti qui s’est fait vampirisé par un homme (Mitterrand) ou un groupe d’hommes (les faucons) qui ont utilisé tout l’appareil pour arriver au pouvoir, s’y maintenir et dynamiter la succession. L’extraordinaire sens politique d’un François Mitterrand, son machiavélisme ; le cynisme et l’opportunisme des conseillers de Bush ont chacun à leur façon contribué à dessécher le parti dont ils étaient issus.

    Diviser pour mieux régner, s’appuyer sur les bords extrêmes de son parti pour conquérir le pouvoir, faire monter l’extrémisme du parti adverse comme repoussoir aux velléités de dissidence des plus timorés, manipuler les structures de l’État au point de leur faire perdre toute crédibilité. Deux partis, deux pays, une même stratégie. Gagnante pour les « puppet masters » qui la mettent en place, dévastatrice pour le parti pendant au moins une génération après la « fin de règne », heureusement annoncée dans les démocraties.

  • @ Philo

    Ca fait un moment que vous brûlez de commenter un billet sur la campagne US, non ? Je suis sûr que la raison subconsciente de ce parallèle fortement capillotracté est de tenter d’amener Koz sur ce terrain 😉

    Pour ne pas vous décevoir, je vais vous apporter un peu de contradiction. Votre comparaison est pour le moins osée pour plusieurs raisons:

    1) Le parti républicain est certainement discrédité, mais en tant que sortant. La période récente où le Congrès est redevenu démocrate n’a pas changé cette position. Pour ce faire il aurait fallu que les dirigeants républicains (et notamment McCain lui-même) se détachent de Bush comme Sarkozy l’a fait de Chirac, ce qu’ils n’ont pas osé faire. En face, le problème du PS est exactement inverse: il est dans l’opposition depuis trop longtemps et son discours est de plus en plus coupé de la réalité, ce qui est très gênant pour qui se veut un parti de gouvernement (dernier exemple, l’abstention sur le sauvetage bancaire).

    2) Voir en S.Royal un « maverick » (« franc-tireur » est probablement la traduction la plus exacte de ce terme) est un peu osé aussi. Politiquement elle se situe à peu près au centre du PS (pour autant qu’on puisse définir une telle chose) et en tout cas elle n’a pas, contrairement à McCain, un historique de positions hétérodoxes. Elle s’est imposée contre l’avis des caciques du parti, mais ce n’est pas du tout la même chose.

    3) On peut faire un parallèle sur les difficultés d’unité du parti dans les deux cas, mais c’est plus une coïncidence de situation qu’une vraie ressemblance politique. Ces difficultés sont surtout dues au fait que la campagne de McCain, comme celle de Royal, a été en retard dans les sondages depuis le début. Ce qui l’a obligé à tenter des coups plus ou moins désespérés, comme la sélection de Palin. Un risque énorme, qui aurait pu marcher avec beaucoup, beaucoup de chance, mais qui le fait passer pour un irresponsable en cas d’échec. C’est ce que les commentateurs ont joliment appelé une « Hail Mary Pass », littéralement « passe je-vous-salue-Marie » – explication ici. Royal a fait des choses du même genre, notamment la tentative d’accord avec Bayrou. Mais là aussi, il s’agissait de pure tactique, dictée l’impression de n’avoir plus rien à perdre. Et d’ailleurs, si jamais McCain l’emporte, ce qui est encore possible, on verra sûrement les problèmes d’unité du parti passer au second plan, et sa tactique qualifiée de géniale par les mêmes commentateurs 🙂

    4) Quand à votre conclusion, elle me laisse perplexe. Mitterrand responsable du marasme actuel du PS ? Il n’a guère favorisé l’émergence d’un successeur, OK, mais c’était il y a longtemps quand même… Et le fonctionnement d’un parti américain n’a pas grand-chose à voir. Le renouvellement rapide des hommes, qui est une des grandes qualités du système, rend bien hasardeux votre pronostic d’une traversée du désert durant toute une génération.

  • Bon, c’est vrai que c’est tellement bon de faire du hors sujet, surtout quand il est amené de façon aussi subtile. Je ne vais donc pas faillir au défi lancé par Philo et tenter moi aussi de découvrir une analogie entre les deux campagnes.

    En fait il ne m’a pas fallu longtemps. Voici une phrase de Barack Obama qui résume parfaitement les présidentielles françaises et en particulier le TSS :

    « Apparemment, le sénateur McCain (remplacer par le « PS » ou « Royale ») a décidé que s’il ne peut pas battre nos idées, il va simplement inventer des idées et faire campagne contre celles-ci. »

  • Merci, Gwynfrid de m’avoir répondu sur le sujet et de lancer la contradiction 🙂 .

    Sur mes intentions: ben, parler du PS (si, si). Après, je ne peux nier que je me nourris de ce que je lis et vois en ce moment: principalement la campagne américaine et les critiques de certains républicains sur leur propre parti.

    1) J’ai noté les situations des 2 partis avant les élections présidentielles comme différentes (§ 5).

    2) Royal en « franc-tireur », c’est ce qu’on a vu pendant la campagne. Elle a eu des propositions et des attitudes qui tranchaient avec les habitudes du parti. C’est d’ailleurs cette nouveauté qui a en partie créer un enthousiasme autours de sa candidature avant que le soufflé ne retombe, beaucoup trop tôt par rapport aux échéances. Comme vous l’avez dit, si McCain a eu des positions hétérodoxes (et des positions intéressantes), il n’a pas su se détacher de Bush. Pour les deux candidats, en période d’élection, le rapport avec le parti a été (est) ambigu.

    3) Les difficultés d’unités des deux partis me semblent révélées par les campagnes et non créées par elles. Au PS, c’est surtout depuis le « non » à la constitution européenne. Au parti républicain, les fissures deviennent vraiment visibles (i.e.: dans la presse). Même si McCain l’emporte, les positions prises pendant la campagne et le fondamentalisme de sa co-listière vont laisser des traces (ils ne sont d’ailleurs pas d’accord entre eux sur des sujets sensibles).

    4) Mitterrand, s’était il y a longtemps, sauf que l’ombre de la statue du commandeur plane toujours sur les potentiels leaders, ne serait-ce que parce ce que lui (Mitterrand) a réussi là où tous les autres échouent. Mitterrand reste LA référence (et pour cause, c’est LE président socialiste de la Vème). Quand je parle de « génération », je me suis peut-être mal exprimée. Disons plutôt « classe d’âge ». Au PS, qui a eu la stature d’un homme d’Etat (ou d’une femme) depuis Mitterrand? Et pour demain? Ce sera quasiment à coup sur une « nouvelle » tête, un jeune d’un quarantaine d’années s’il y en a un pour faire main basse sur le parti. Aux US, Sarah Palin a l’air bien placée pour incarner le futur du parti, même en cas de défaite. Je suis d’accord que la vie politique américaine peut amener ce parti à se régénérer beaucoup plus vite que n’est capable de faire le PS.

    Pour conclure, ce rapprochement est « osé » mais les similitudes que j’ai notées dans mon premier com m’ont frappées, surtout l’impression que j’ai eu que ni avec l’ère Mitterrand, ni avec l’ère Bush, l’avenir du parti n’a été pris en compte.

    = = =

    @ Epo qui vient relever le « défi » pendant que j’écris cette réponse: Bien vu, merci.

  • En fait il ne m’a pas fallu longtemps. Voici une phrase de Barack Obama qui résume parfaitement les présidentielles françaises et en particulier le TSS (Tout Sauf Ségolène)

    “Apparemment, le sénateur McCain (remplacer par “UMP” ou “Sarkozy”) a décidé que s’il ne peut pas battre nos idées, il va simplement inventer des idées et faire campagne contre celles-ci.” (ex: la gauche défend les délinquants, la repentance est un problème majeur, les 35h00 sont responsables de toutes les dégradations y compris météorologiques, …)

    😀

    Blague à part, j’ai trové stimulant le parallèle osé de Philo

  • @ jm

    C’est amusant de constater que pour mon post je n’ai pas eu à citer d’exemples et tout le monde a compris ; alors que toi… bon en fait, tu te livres au double l’exercice consistant à « inventer des idées (ex. les 35H sont responsables des dégradations météo) que l’UMP aurait inventées pour se battre contre celle-ci ». 😉

  • Merde, moi qui pensais que Sarkozy avait fait toute sa campagne sur le pouvoir d’achat. M’aurait on trompé?

    Sinon, je vois une autre similarité importante entre le PS et le GOP : leur rapport aux media.

    L’un comme l’autre « bénéficient » d’une presse largement favorable, mais se sont convaincus du contraire. Clinton News Network d’un coté, Télé Sarko de l’autre. Dans les deux cas, on assiste au paradoxe d’une presse qui prétend s’accuser d’un biais (liberal media ou presse de droite) et dans les fait exerce une pression très forte sur ses membres pour qu’ils s’autocensurent dans l’autre sens. Cette exclusivité médiatique conduit à une dérive extrémiste et une orientation de plus en plus portée vers la critique de l’autre camp et de moins en moins vers l’émergence d’idées nouvelles. O’Reilly, Hannity d’un coté; Joffrin, Kahn de l’autre. Matt Drudge, Ann Coulter d’un coté; Schneidermann, Alain Badiou de l’autre.

    Mais avoir une presse favorable est un désavantage sur le long terme car cela crée une situation de confort qui conduit à la paresse intellectuelle.

  • Epo: C’est amusant de constater que pour mon post je n’ai pas eu à citer d’exemples et tout le monde a compris

    Cher epo, je crois que c’est aussi dû à l’écosystème dans lequel nous nous trouvons ; ici, qui veut s’essayer à une provocation anti-Sarkozy a intérêt à la lester de quelques arguments et d’un zeste d’humour si il veut que ça passe, alors qu’une provocation anti-socialo peut rester implicite dans sa démonstration car elle repose sur un socle culturel commun.

    Si on retentait l’expérience sur le site coco « bellaciao », je ne pense pas que « tout le monde » aurait compris ta démonstration à demi-mots.

    Libéral: la différence, c’est que ma critique des médias français ne porte pas principalement sur l’idée qu’il seraient des militants actifs d’une cause politique opposée à la mienne ; mais bien d’avantage sur la constatation sans cesse renouvelée qu’ils relèguent les discussions de fond à l’arrière plan pour se vautrer avec un suivisme impressionant dans des discussions oiseuses sur la forme ou sur cette comédie humaine qu’est le combats des chefs.

    C’est tellement plus facile et plus vendeur de parler de la coiffure de Ségolène Royal, des sifflets du SDF ou de machin qui n’aime pas machine plutôt que de s’emmerder à essayer de comprendre la crise sociale et écolique du néolibéralisme !

  • @ jm: Très bien vue, votre remarque sur l’écosystème. Je suis aussi plutôt d’accord avec votre critique des médias français.

    @ Liberal: Bof. Accuser la presse d’être vendue au camp adverse n’a rien de spécifique à un parti ou un autre, tout le monde le fait. Même vous, la preuve…

    @ Philo:

    3) Le parti républicain a toujours eu des problèmes d’unité, car il représente des intérêts et des priorités politiques très diverses et pas toujours compatibles. Ça ne date pas d’aujourd’hui. C’est d’ailleurs aussi le cas du parti démocrate. Avec seulement deux partis significatifs pour couvrir tout l’éventail politique, cela n’a rien de surprenant.

    4) Sarah Palin pour incarner le parti ? Aucune chance. En cas de victoire, elle sera contrainte à une grande discrétion. En cas de défaite, elle fera partie des responsables de l’échec. Et, de toute façon, les partis américains ne sont pas dirigés ou « incarnés » par une personnalité (sauf le président lui-même, et encore). Leur direction est déterminée plutôt par négociation entre les éléphants, avec la sanction des primaires au bout.

  • @jm : je ne parlais pas de TA critique des media.

    @Gwynfrid : ce qui est spécifique c’est que la presse s’accuse elle-même massivement d’être vendue à un camp.

  • Gwynfrid, je ne vous ai pas oublié.

    Les problèmes d’unité sont récurrents dans tous les partis mais sont particulièrement criants en ce moment au PS et au GOP.

    Beaucoup d’articles sur la situation du GOP. Un exemple du Washington Post: The Republican Party’s Identity Crisis.

    The split between the party’s neocons and so-called foreign policy realists has been raging for several years over the prosecution and management of the war in Iraq and Bush’s overall foreign policy agenda. That’s an argument likely to continue into the future, whether McCain is elected or not.

    Mais je reconnais que ces articles, tout en notant la situation particulière du parti aujourd’hui, ne reprennent pas mon rapprochement osé 🙂

    Juste un mot sur Sarah Palin: je pense qu’elle a les atouts et l’ambition pour représenter la frange la plus conservatrice du Parti Républicain (GOP qui n’est pas incarné par une personne, je suis d’accord). D’autres personnalités émergeront pour représenter les différents courants, peut-être même pour « challenger » Palin sur son électorat, mais j’ai l’impression (juste une impression) que la défaite de McCain n’entrainera pas la disparition de cette nouvelle icône des « social conservatives ».

    @Liberal, Un article du Figaro donne 70% de soutien des journaux à Obama, mais c’était plus serré entre Kerry et Bush (en faveur de Kerry). Pour la télévision, je ne connais pas les soutiens, enfin… euh… pour Fox News, y a pas grand doute.

    Et pour revenir au sujet: « l’homme d’État », je voulais surtout mettre l’accent sur le fait que les crises de leadership à l’intérieur d’un parti, ne sont pas seulement liées au cycle naturel de renouvellement ou à la force de(s) l’adversaire(s). Ces crises peuvent trouver leur source dans le comportement, les choix (de personnes, de politiques, de communication…) des membres de ces partis qui ont eu le pouvoir suprême et s’en sont servi pour eux-même (c’est le jeu) mais pas pour le parti (ce que d’autres ont su faire en plus).

  • @ Philo: le patron étant en vacances, profitons-en gaiement pour poursuivre dans le HS 😉

    L’article du WP que vous citez est une bonne explication de la diversité de l’électorat républicain. En résumé, il y a 3 grands sous-ensembles, les « socialement conservateurs » (qui votent sur des questions comme l’avortement), les « fiscalement conservateurs » (qui votent contre les impôts, contre le déficit, et pour ce qui aide les entreprises) et les « faucons » (qui votent pour une politique ferme en matière de défense). Reagan avait gagné en réunissant les trois groupes. Aujourd’hui, ils se désunissent – mais surtout, chacun des trois ont, à des degrés divers, des raisons de regretter leur vote pour Bush, et/ou des doutes à l’égard de McCain. D’où la panade actuelle où se trouve le GOP avec la perte très probable non seulement de la Maison Blanche, mais aussi d’un certain nombre de sièges au Congrès.

    Le problème d’unité n’est donc pas neuf, il est constitutif du parti. Tout naturellement, il empire quand ce dernier est en situation d’échec, largement par la faute de Bush, et, dans une bien moindre mesure, à cause des erreurs de la campagne McCain. La faute de Bush, à mon sens, n’est pas d’avoir négligé ou vampirisé son parti. Elle est, tout simplement, d’avoir échoué dans tous les domaines et ainsi rendu la tâche du parti presque impossible.

    A propos de Palin: l’ambition, peut-être, les atouts, je ne vois pas. D’abord, ses sondages sont désormais mauvais. Ensuite, elle s’est ridiculisée lors de ses rares interviews. Enfin, elle est peu crédible aux yeux des « fiscalement conservateurs » et pas du tout à ceux des « faucons ». Restent les « socialement conservateurs ». A noter que ceux-ci ne représentent pas, contrairement à ce qu’on pense en France, une « frange ultra-conservatrice ». Ce ne sont pas des extrémistes: sur l’avortement, par exemple, l’opinion est très partagée, y compris chez les démocrates. Toutefois, le soutien des seuls « socialement conservateurs » ne suffit pas pour gagner à l’intérieur du parti républicain. Sinon, Mike Huckabee aurait obtenu la nomination.

    Mais, surtout, dans l’hypothèse d’une défaite républicaine, Mme Palin ne peut guère espérer l’espèce de bonus bizarre qu’on accorde souvent aux vaincus en France: aux Etats-Unis, la défaite ne fait pas partie du plan de carrière. Très rares sont les candidats battus (pour la vice-présidence comme pour la présidence) qui se sont vu accorder une seconde chance.

  • Je vais essayer de continuer cette digression, en restant quand même dans les clous.

    Gwynfrid a écrit:

    Le problème d’unité n’est donc pas neuf, il est constitutif du parti. Tout naturellement, il empire quand ce dernier est en situation d’échec, largement par la faute de Bush, et, dans une bien moindre mesure, à cause des erreurs de la campagne McCain.

    Là, je suis tout à fait d’accord, de même que l’on connaît les différents courants au PS. La défaite de Ségolène Royal est autant un échec personnel qu’un échec du parti. L’échec du PS pouvant être, à mon sens, plus attribué à un manque de leadership qu’à un problème de projet (cf. Obama: un projet très quelconque, assez typiquement démocrate mais une aura politique qui emporte les électeurs).

    Gwynfrid a écrit:

    La faute de Bush, à mon sens, n’est pas d’avoir négligé ou vampirisé son parti. Elle est, tout simplement, d’avoir échoué dans tous les domaines et ainsi rendu la tâche du parti presque impossible.

    Je suis assez d’accord sur les échecs de Bush. Par contre, je continue de penser que les rapports entre l’administration Bush et le Parti Républicain (longtemps majoritaire au Congrès) se sont faits au détriment du parti. Pas seulement à cause des erreurs de Bush mais aussi par la façon dont les politiques, qui ont finalement échoué, ont été pensées et mises en place. Il me semble que le parti a été (ou s’est) mis sous cloche pendant 7 ans. Le GOP, n’a pas su se réveiller au moment des primaires et se trouve aujourd’hui dans une situation assez critique avec comme seul déplaceur de foule une Sarah Palin.

    Les commentateurs au début de la campagne ont beaucoup parlé de Nicolas Sarkozy qui avait réussi à gagner une élection à la suite d’une fin de règne de Chirac pas franchement populaire. Les qualités politiques de Sarkozy sont indéniables mais il a pu s’appuyer sur l’UMP, création de Chirac. Chirac a préféré la survie de son parti à la défaite de son ennemi. Bush&co n’ont pas eu d’intérêt à préserver le parti, ils en avaient déjà tiré l’essentiel: une double législature et des bons gros contrats militaires.

    Sur Palin, son ambition est bien sur un atout mais c’est une battante (rien ne l’arrête, même pas le ridicule), elle personnifie les valeurs des « sociaux conservateurs », elle est agressive (ce qui va compter dans l’opposition), elle joue sur la méfiance vis-à-vis des médias et sur le « double standard » appliqué aux femmes en général et aux femmes politiques en particulier (un peu de martyr, ça fait toujours du bien) et elle se paye le luxe d’être à la fois une nouvelle icône populaire (plus de personne à ses meetings qu’à ceux de McCain) tout en gardant sa fraicheur (naïveté) de « simple femme d’une petite ville ». Bref, avec un bon « spin » ses erreurs deviennent des atouts et les tensions actuelles au sein de la campagne montrent qu’elle (et son entourage) fera tout pour se démarquer d’une campagne perdante de McCain. Elle dira (dit déjà) qu’elle est arrivé tard, que les stratèges l’ont mal conseillée, mal utilisée, que les médias étaient vendus à Obama et donc contre elle quoi qu’elle dise etc.

    Si McCain perd, c’est cuit pour lui, mais pas forcément pour Palin. Le VP n’étant pas celui pour lequel on vote. Certains vont insister sur le fait que Palin a fait fuir de nombreux électeurs potentiels au centre. C’est vrai mais c’est plutôt un bon point pour resserrer les « sociaux conservateurs » autours d’elle, sur le thème de « pas de compromis » et des « vrais américains ». En bonus, elle a piqué à McCain son « label » de « maverick » et ça peut l’aider au sein de son parti en surfant sur l’idée de « grand nettoyage » à Washington. Elle n’aura pas une place facile à défendre pour 2012 mais je crois qu’elle tentera le coup. Après, dans les primaires, tout est possible, surtout qu’elle aura 4 ans pour apprendre.

    Autre temps… Thomas Edmund Dewey (rep) a perdu les élections présidentielles en 1944 et s’est représenté en 1948 (encore perdu). (merci qui? merci wiki 🙂 )

  • Un article sur Palin du site Politico: Palin allies report rising camp tension

    If McCain loses, Palin’s allies say that the national Republican Party hasn’t seen the last of her. Politicians are sometimes formed by a signal defeat — as Bill Clinton was when he was tossed out of the Arkansas governor’s mansion after his first term — and Palin would return to a state that had made her America’s most popular governor and where her image as a reformer who swept aside her own party’s insiders rings true, if not in the cartoon version the McCain campaign presented.
    « There are people in this campaign who feel a real sense of loyalty to her and are really pleased with her performance and think she did a great job, » said the McCain insider. « She has a real future in this party. »

    Argh, je sors des clous là… 😉

  • Nixon aussi ? Intéresssant !

    Sinon plus près de chez nous on peut trouver : en Italie :

    – Romano Prodi (élu battu réélu rebattu, je sais pas dans quel ordre)

    – Silvio Berlusconi (idem)

    en Allemagne :

    – Willy Brandt (En 1961, il est le candidat du SPD au poste de chancelier. Il perd contre Konrad Adenauer. Il est de nouveau candidat en 1965 et perd contre Ludwig Erhard.)

    – Helmuth Kohl (défait en 1976, resté une éternité ensuite)

    Sans parler de Nicolas Sarkozy lui-même !, qui via Balladur (dont il était alors le premier lieutenant) a fait « une Jospin » en 1995, et n’a jamais caché qu’il avait beaucoup appris de sa défaite.

    Bref, je ne vois pas du tout pourquoi il devrait y avoir dans un sens ou dans l’autre de règle « une fois battu, interdit de se représenté » ou le contraire. De toute façon, in fine, les électeurs jugent dans tous les cas si le choix du parti était pertinent.

    En tous cas, ceux qui croient se phénomène « franco-français » (sous-entendu : pas bien) se gourrent dans les grandes largeurs.

  • @ Philo: j’ai fait aussi un peu de Wikipedia, et trouvé d’autres exemples plus récents que 1948: Stevenson (1952 et 1956), Nixon (1960 et 1968), et Dole (1976 et 1996). On peut toutefois observer que sur les 10 dernières élections, il y a eu 1 seul cas. Et que ces candidats ont, à la seule exception de Nixon, perdu également à leur seconde tentative.

    Les Américains adorent ce genre de statistiques, mais mettons tout de même de côté cet aspect encyclopédique des choses. Evidemment, rien n’interdit à Palin de se présenter. Je veux juste dire que la campagne actuelle ne lui donnera pas d’avantage en 2012 (sauf si McCain gagne, bien sûr) par rapport à d’autres candidats conservateurs, et il n’en manquera pas. Rappelons que McCain l’a vraiment sortie d’un chapeau. Si elle veut concourir, il lui faudra se constituer des réseaux, trouver des soutiens financiers, etc., à partir de presque rien. Je ne dis pas que c’est impossible (Obama y est arrivé, à la surprise générale), je dis juste que c’est peu probable.

    Au passage, je trouve intéressante cette fascination pour Palin chez les commentateurs français, alors qu’en général le candidat VP ne passionne pas les foules. Son adversaire démocrate, Biden, est presque oublié. En fait, j’en ai plus vu sur elle, dans la presse française, que sur McCain lui-même. L’attrait de la nouveauté ? Je crois plutôt qu’un vieux fond anti-américain fait que beaucoup sont contents de reconnaître en elle un aspect des Etats-Unis qu’ils aiment détester.

  • Puisque Koz nous a laissé faire tout un développement HS, autant aller jusqu’au bout… Voici un résumé des impressions que j’ai partagées avec Philo en suivant la soirée électorale.

    La victoire d’Obama est claire, mais ce n’est pas un raz de marée. A l’heure où j’écris, Obama a gagné 6 Etats parmi ceux que Bush avait emportés en 2004, et n’en a perdu aucun. Il reste 4 Etats très serrés. L’écart des voix au plan national ne semble pas devoir être très large. Grosso modo, l’élection s’est déroulée conformément aux sondages.

    McCain a fait le discours traditionnel pour reconnaître sa défaite, avec beaucoup d’élégance, en appelant à l’unité. C’est classique, mais ça a toujours de l’allure. Après une campagne riche en acrimonie, cela peut aider à rassembler un pays qui reste très divisé idéologiquement.

    Comme beaucoup de commentateurs, je ne crois pas que McCain aurait pu faire mieux en jouant ses cartes autrement – elles étaient perdantes, sauf grosse erreur en face; et Obama n’a fait presque aucune erreur. En fait, on peut dire que c’est un véritable exploit, pour McCain, d’avoir réussi à éviter une déroute complète.

    Obama a conclu la soirée par un remarquable discours s’adressant à ses partisans, ses adversaires, et même à tous ceux qui, autour du monde, regardaient avec attention ce qui se passait aux Etats-Unis ce soir. La grande classe.

    Les commentaires des médias américains montrent l’importance énorme, sur le plan historique, de l’élection d’un président noir. La force de ce symbole est, je crois, sous-estimée en France. Les impacts concrets sont difficiles à prédire, mais le terme « espoir » revient beaucoup, ainsi que l’expression « je ne croyais pas que je verrais cela de mon vivant ». Philo faisait la comparaison avec la chute du Mur de Berlin. Je ne sais pas si les deux événements se révéleront, à la longue, d’importance comparable.

    Les Américains ont donc choisi le représentant de l’espoir et de l’avenir. Les difficultés sont là, et les déceptions, bien sûr, ne manqueront pas. L’impact sur l’Europe, à mon avis, sera assez mineur. Pour l’Amérique et le monde, rendez-vous dans 4 ans pour voir jusqu’à quel point les rêves mis en branle par le nouveau président seront accomplis.

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