Quel est celui qui marche ?

piedspiedspiedsJ’ai beaucoup marché ces derniers jours, comme tous les ans depuis que j’ai trouvé du réconfort sur les routes du Morvan, au cours d’une année bousculée. Six ans après cette première fois, au cours d’une année qui n’est pas moins bousculée, je suis encore retourné sur ces chemins de Bourgogne. Et me voilà de retour, retourné. C’est peut-être la raison pour laquelle je reprends le clavier, contrairement aux dernières années, pour prolonger un peu, ne pas revenir trop vite dans les polémiques stériles ou les oppositions légitimes. Parce que rien n’enlèvera rien au fait que nous sommes en pèlerinage sur cette terre.

Pour ceux qui n’en sont pas assidus, c’est une expression que le prêtre emploie à chaque messe. Elle prend un sens singulier pour celui qui est abonné aux pèlerinages. Pourquoi part-on ? Pour se retrouver, dit-on. Pour se déplacer, aussi : faire des pas de côté. Laisser quelques jours le quotidien d’une vie humaine pour en rechercher l’essence.

Comme des centaines de pères de famille en divers lieux de France, j’étais en marche, en chemin, ces trois derniers jours, pour la septième fois. J’ai partagé ce temps avec des frères, des frères joyeux, et des fracassés aussi. Ceux qui ne sont pas épargnés par la vie, par la maladie, par des séparations violentes.

Nous marchons à notre rencontre. Nous marchons à la rencontre de l’essence de l’homme que nous sommes, pour tenter d’en revenir meilleur. Et nous marchons à la rencontre de Dieu, à sa recherche. Nous sommes là, croyants fervents ou en chemin, guère assurés ou pas toujours bien convaincus, cherchant du regard un signe clair qui nous dirait que « c’est vrai » et, même, que « c’est sûr». Il y faut bien du temps et du temps à l’écart. Un auteur américain parle ces temps-ci de notre attention comme d’un bien commun à préserver. Il évoque ces halls d’aéroport saturés de messages, et nos smartphones en plus. Il nous faut bien, alors, partir à l’écart pour guetter, écouter, entendre, voir.  Au fil des heures, nous nous dépouillons de ce qui retient notre attention tout le reste du temps.

Cette année, je crois avoir perçu quelque chose de plus. Cette année jubilaire est décidément pour moi l’année de la marche du Père. L’année de sa course, même. Et je sais que cela n’est pas fini. Parce que je m’aperçois que s’Il existe vraiment, pour de bon, Il est là dès qu’on lui fait signe. Tout de suite, immédiatement, avec précipitation. Au retour du fils prodigue, le père miséricordieux court vers lui, « dès qu’il l’aperçoit ». Il ne l’attend pas. Peu importe ce que ce fils a choisi de faire avant, peu importe qu’il ait fait tout ce que ce père ne voulait pas qu’il fasse, peu importent les raisons véritables de son retour : à l’instant même où il apparaît, ce père se précipite. Alors je me dis que dans nos vies, quoi que nous ayons fait et même si nous ne sommes pas absolument certains de ne pas le refaire, le plus infime regard en sa direction, la plus petite pensée pour lui et voilà, Il est là. Que cette pensée soit fugitive, qu’elle soit pleine de doute, que notre prière soit malhabile, qu’on l’interrompe même parce qu’on ne sait pas faire, parce qu’on a autre chose à faire, parce qu’on n’est pas bien sûrs d’y croire, ce n’est pas grave, il s’en moque : Il est là. Tout de suite. J’espère en mesurer pleinement la portée avant la fin de ma marche, avant que « prenne fin mon pèlerinage sur la terre« 

Ainsi je pensais que, dans le jargon catho, nous nous disons souvent « en marche vers le Père ». C’est possible : nous marchons. Mais lui, il court.

Et si nous disons souvent guetter des « signes », Lui, de fait, n’attend qu’un seul signe de nous, l’ébauche d’un signe, même. Rien de plus, et Il est là.

Auteur

Monoépoux, multipère, et fidèle à plusieurs titres. Également avocat (associé fondateur BeLeM Avocats) et auteur de Ca ira mieux demain (Sept. 2015, éd. du Cerf)

11 comments

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    Je rentre des obsèques d’un petit garçon de 2 ans qui est mort noyé. Inutile de dire que la famille et les amis sont dévastés ! Que notre Dieu d’Amour et de Miséricorde les aide tous. En même temps, la question est : pourquoi ?

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    de retour, retourné aussi, comme l’année passée. un collègue de travail me disait avant que je ne parte, « tu vas te vider la tête » je cois lui avoir répondu que « non, surement un tri oui, mais pour mieux remplir, vraiment mieux! ». j’ai été heureux de vous dire deux mots sur le parvis samedi soir en attendant de rentrer, essayant de ne pas polluer votre démarche de pèlerinage. je regrette seulement ma pudeur qui m’a fait dire que je n’étais pas d’accord avec tout sur votre livre alors que je partage 99% de votre analyse. Notamment ce retour sur le silence aux invalides en 2008… ce silence de 2-300K personnes…. silence tourné vers Un Seul. De même ces trois jours, ce WE, tournés vers Lui, avec ces pères rendant grâce ou souffrant, et pourtant cette fraternité en marche. je repensait en marchant aux mots d’envoi du supérieur de la communauté de Vezelay l’an passé  » une marche en fraternité et en communauté alors qu’il y a probablement la même proportion d’imbéciles ou de pénibles que dans toutes communauté… qu’est ce qui fait que cela marche? quand 2 ou 3 sont réunis en mon nom… » oui, je crois qu’Il était, entre autre, sur les routes de Vézelay ce WE. donc merci de votre témoignage.

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    @ Michelle : je ne m’aventurerais pas à répondre. J’ai perdu une nièce et filleule de 18 mois il y a bientôt un an, et je comprends leur dévastation, mais je n’ai pas de réponse à un quelconque « pourquoi ? ». Je ne sais même pas s’il y a une réponse. Il n’y a pas de notion de justice ou non dans un drame comme celui-là. Je crains que cela ne soit que de l’ordre de notre condition humaine. Reste la certitude que le Dieu révélé dans les évangiles est avec ceux qui pleurent. Je n’accepte pas l’expression « Dieu a repris untel » : je n’imagine pas Dieu « reprendre ».

    @ Damien ROGER : amusant que vous évoquiez ce « pas d’accord avec tout ». Ne vous inquiétez pas, je n’ai pas encore croisé quelqu’un qui me dise avoir lu mon livre et être d’accord avec tout. Compte tenu de la palette de sujets, il y a forcément des écarts, et je n’attends pas des lecteurs qu’ils partagent absolument tout. Et puis c’est tout à fait le genre de réaction que je pourrais avoir face à un auteur. Merci en tout cas d’être passé me voir, et vous n’avez vraiment rien pollué, au contraire : sur le web, je suis souvent exposé aux plus radicaux. C’est bon d’en croiser de plus pondérés .

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    J’aime quand tu « fais des pas de côté » ! Et que tu nous ramènes à la source… Un vrai sujet !

    Il me faudra un jour faire le pas, et me mettre à marcher avec d’autres pères, en dépit de la tentation première de privilégier une repos physique dans une marche de la vie un peu éreintante.

    Bel été Koz.

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    Bonjour Koz. Merci pour cette réflexion partagée. Fervent du PPF de Vézelay, je voudrais abonder votre propos en indiquant que le thème 2016 était l’expérience de la Joie dans la Miséricorde de Dieu. Penser, comme en vous lisant, qu’Il attend notre signe et qu’il s’en réjouisse autant me bouleverse : quelle humilité ! Le fils prodigue n’a même pas le temps de bafouiller ses regrets : la Miséricorde est un don gratuit de Dieu. Sachons l’accueillir et la demander, en bienveillance. Un « frère » de marche a pleuré (de joie) en évoquant le jour où il s’est rendu compte que Dieu l’aimait. Je le comprend tellement. Pour ma part, je demanderais bien à Dieu sa miséricorde si j’avais moins la trouille et j’ai réussi à me confesser en marchant sur la route de Vézelay, ce qui est une étape. Je sais désormais qu’Il court, que je chemine et qu’il m’attend à chaque fois que je serai prêt à lui faire signe, sans condition : alors oui, cela m’encourage chaque fois que je pense à Dieu ! Belle fin d’été.

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