Quand c’est l’exception qui fait la règle

Craindre la disparition des mentions de père et de mère sur les actes officiels était, disait-on, un fantasme et une intox. Christiane Taubira, elle-même, percevait bien l’enjeu, puisqu’en janvier 2013 elle affirmait la volonté de « ne pas désexuer le livret de famille » et de « maintenir la référence au père et à la mère ». Le Conseil de Paris vient pourtant d’adopter un voeu visant à remplacer sur les formulaires de demande d’acte d’état civil « père » et « mère » par « parent 1 » et « parent 2 ». Certes il ne s’agit pas directement des livrets de famille ou d’actes de naissance. Le contenu de ceux-ci souligne d’ailleurs la criante inutilité de ce vœu puisqu’ils comportent eux-mêmes désormais deux lignes « Père/Mère ». Le Conseil de Paris aurait pu retenir la même formulation. Le choix de supprimer les notions de père et mère révèle une autre logique.

Autre continent, même inspiration. Au Canada aussi, le gouvernement fédéral revoit les formulaires. « Père » et « mère » ne sont plus utilisés, on ne mentionne que des « parents ». « Monsieur » et « Madame » disparaîtront. Au téléphone, le fonctionnaire devra demander – sans rire – comment la personne souhaite être appelée ce jour-là. Précisons que, selon un rapport de la Haute Autorité de la santé de 2009, le transsexualisme (ou transgenrisme) concerne entre 0,001% et 0,002% de la population. Appeler spontanément Justin Trudeau « Monsieur » garantit donc de 99,998% à 99,999% de chances de ne point se tromper.

À Paris comme à Ottawa, il ne s’agit donc même plus de faire place à des réalités sexuelles spécifiques, mais d’invisibiliser la réalité la plus commune. C’est une bien étrange logique qui vient considérer que pour faire exister des identités minoritaires il faut effacer l’identité si largement partagée, comme si l’adjonction était impossible. Le poids de la majorité et de la norme peut certes être pesant, mais le troquer contre la compétition sans fin des revendications minoritaires ne fera que déstructurer notre société et mettre en péril notre destin commun quand nous avons un si grand besoin de rassemblement.

On attribue cette phrase à Friedrich Nietzsche : « La règle doit avoir de la tendresse pour l’exception, mais l’exception ne doit pas chercher à devenir la règle. » Cet équilibre devrait nous inspirer.

Auteur

Père, époux, fidèle à divers titres, je suis aussi... avocat, auteur (Ca ira mieux demain, 2015; Identitaire - Le mauvais génie du christianisme 2017), et chroniqueur à La Vie.

Billets à peu près similaires

9 commentaires

    Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

  • Une question bête, pour faire un peu de mauvais esprit : cette mention des « parent 1 » et « parent 2 » ne risque-t-elle pas d’exposer le conseil de Paris à des accusations de sexisme (ou d’incitation au sexisme), si par exemple on indique le père comme « parent 1 » et la mère comme « parent 2 » ?
    Plus sérieusement : n’étant pas versé en droit, j’ignorais qu’une municipalité pût faire autorité en matière de contenu de formulaires d’état-civil. Cela ne relève-t-il pas de l’autorité de l’Etat ? Pendant ce temps, le conseil de Paris aurait tout loisir de s’intéresser à des questions de voirie ou de propreté, par exemple ; des questions « municipales », en somme…

    Répondre
    • Sur la question pas sérieuse, l’acte d’état-civil indiquant deux fois de suite « Père / Mère », je pense que l’ordre importera peu.

      Sur la question plus sérieuse : l’acte d’état-civil est déterminé règlementairement au niveau national. En revanche, je ne crois pas que le formulaire le soit, dès lors qu’il permet de remplir les cases.

      Répondre
  • Précisons, pour être complet, que le ministre canadien de la famille a rapidement fait machine arrière. Les instructions vont être réécrites. Il n’en reste pas moins que l’idée est dans l’air. La directive d’origine avait été initiée suite à une plainte d’un couple d’hommes qui protestait contre l’obligation qui lui était faite d’indiquer un « nom de jeune fille » dans un formulaire. Ceci est bien compréhensible, mais ne suffit pas à justifier qu’on « neutralise » tout le langage pour tout le monde.

    Répondre
    • Oui, la marche arrière souligne tout de même que l’idée fait son chemin. Un peu comme Justin Trudeau qui explique préférer que l’on dise « humankind » à « mankind » parce que c’est plus inclusif, et qui invoque l’humour ensuite… comme s’il était du genre à faire de l’humour sur ce type de dérives, qu’il promeut par ailleurs.

      Je trouve très juste la phrase de fin – je dis « attribuée à Nietzsche » car je suis certain de l’avoir lue ainsi formulée dans un livre sans retrouver la source (une formule approchante se trouve dans Le gai savoir). Il est bienvenu de faire preuve de « tendresse » pour l’exception (tendresse, et non pitié) et de s’efforcer de faciliter la vie des personnes « exceptionnelles ». Mais pas au prix de retirer l’identité commune quand la situation concernée est si minoritaire.

      Répondre
    • « Peoplekind » pour être exact. Non, ce mot n’est pas au dictionnaire, il est grotesque, et notre Premier Ministre en a pris plein la figure. L’interprétation la plus charitable est qu’il essayait de faire de l’humour à ses propres dépens, ce qui n’est pas entièrement impossible, mais dans un cas comme dans l’autre, c’était un gros ratage. Le sujet est sensible: s’il y a un sujet intrinsèquement identitaire c’est bien celui-là, et j’espère que la leçon aura porté.

      Répondre
  • La blague de Trudeau était de dire « peoplekind » au lieu de « mankind », mais il a reconnu que la blague était mauvaise et qu’il devrait s’abstenir de faire des blagues même quand lui-même les trouvaient drôles..

    En fin de comptes le plus important est tout de même qu’on respecte le 5ème commandement: Honore ton parent 1 et ta parent 2.

    Répondre
  • Ah oui, je confirme : J’ai fait cette semaine une demande d’extrait d’acte de naissance ee ligne pour ma fille, et il fallait bien indiquer Parent 1 et Parent 2 pour compléter le formulaire.

    J’ai fait ma féministe enragée : je me suis mise en parent 1 et mon mari en parent 2 (mais s’il se décide à ce coller à ces plombantes démarches administratives, promis, il pourra se mettre en parent 1 😉 )
    Bref, dans le fond, on s’en fiche d’être numéro 1 ou numéro 2, que le père soit mentionné avant la mère si c’est plus euphonique…
    Je n’aime juste pas cette manière toute administrative de nous forcer la main. Ce n’est pas ça qui rendra un couple égalitaire, et pour ce qui est de la société, navrée pour l’Etat, mais la dernière campagne de publicité Cyrillus (adorable par ailleurs) fera bien plus que tous les formulaires du monde…

    Bref… c’est bien dommage…

    Bon je vous laisse, j’ai des soutiens-gorges à incendier 😉

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *