Pseudo-démocratie pour pseudo-éducation

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« C’est un échec majeur : l’école française est devenue l’école la plus inégalitaire des pays développés »

Ce n’est pas moi qui le dit, c’est Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement. « On se plaint du conservatisme des profs, de l’élitisme de pseudo-intellectuels, pour détourner le regard des vrais malfaiteurs, les pédagogistes inamovibles de la Rue de Grenelle et des commissions de toutes sortes ». Ce n’est pas moi qui le dit, c’est Jacques Julliard, homme de gauche, de ceux dont nous manquons.

C’est bien la principale faute de Stéphane Le Foll et de l’ensemble du pouvoir actuel que de refuser de mettre ces deux faits en rapport. Notre système scolaire est en échec et il est entre les mains des mêmes personnes du même courant de la même idéologie appliquant les mêmes idées pour un même échec depuis de très longues années. Ce fonctionnement est devenu insupportable : comment pouvons continuer ainsi d’accepter que des réformes tombent d’en haut et s’empilent avec les années, sans bilan ni consultation véritable des professeurs qui les mettent en oeuvre et qui voient passer sans cesse réformes des programmes et des méthodes, sans stabilité ni efficacité ? Pouvons-nous encore accepter que l’éducation, qui nous concerne tous, parce que nous sommes parents, que nous avons été enfants, qu’elle est à la base de tout et de l’avenir de notre pays, soit entre les mains de fonctionnaires inconnus et politiquement irresponsables, poursuivant leurs propres objectifs quelles que soient les alternances ?!

C’est un grave dysfonctionnement démocratique. A cette défaillance structurelle s’ajoute une faute immédiate : alors même que cette réforme a soulevé de graves objections émanant de tous milieux, de tous bords, de professeurs, d’intellectuels1 et au lendemain d’une journée de mobilisation, le gouvernement a publié le décret portant la réforme du collège ainsi que l’arrêté qui en précise les modalités.

C’est déjà un bras d’honneur institutionnel, mais on lit encore que le gouvernement se défend de tout passage en force, que son porte-parole (le même) affirme qu’il ne faut « pas opposer la publication du décret avec la nécessité du dialogue ». C’est prendre les Français pour des pseudo-citoyens, ou des vrais cons. On ne publie pas les textes fixant une réforme pour en discuter ensuite : le pouvoir actuel, celui de Hollande, celui de Valls, témoigne une fois de plus de la brutalité de ses méthodes et de son refus d’écouter les oppositions légitimes. Il prend une fois encore le risque matamore de provoquer une bien compréhensible réaction de colère des enseignants comme des parents.

Ces méthodes révèlent le scandale du fonctionnement de l’Education Nationale dans notre pays. Premier budget de la France et de loin2, l’Education Nationale est le premier employeur de fonctionnaires de l’Etat et de loin3, elle produit un « échec majeur », « l’école la plus inégalitaire des pays développés »… et elle poursuit sur sa lancée !

1er budget de la Nation et 1er employeur, l’Education Nationale produit l’école la plus inégalitaire des pays développés… et elle poursuit sur sa lancée ! Halte aux fous ! 
Et cette réforme est mauvaise. François-Xavier Bellamy le dit avec clarté et un très à-propos souci de pédagogie à travers l’exemple concret de la situation d’un élève-type, dans la tribune qu’il a fait paraître lundi. Il suffit encore pour s’en convaincre de se reporter au site très didactique réalisé par des professeurs de collège, reformeducollege.fr.  Il souligne par un exemple dont chaque Français percevra l’absurdité et le scandale. tout l’enjeu des Enseignements Pratiques Interdisciplinaires.

Ces EPI  se dérouleront sur un volume horaire pris sur les enseignements traditionnels. En se fondant sur l’exemple donné par le Ministère de l’Education Nationale, les auteurs du site constatent que ces élèves auront dès lors 1 heure 30 de cours traditionnels de mathématiques en moins, 1 heure de cours traditionnel d’Histoire-Géographie en moins et une demi-heure de Sciences-Physiques en moins… au profit de la réalisation d’un magazine sur les machines à vapeur. Notre Education Nationale, en échec flagrant sur ses fondamentaux, peut-elle vraiment s’offrir ce luxe ?!

Il y a encore bien des raisons de s’opposer encore à cette réforme. Le sort du latin, faussement réglé, méprisé parce qu’il ne concernerait que 18% à 23%4 des élèves de 5ème – une proportion pourtant loin d’être négligeable – est encore significatif du discrédit de la transmission et de l’égalitarisme absurde qui anime ce gouvernement, dans la même logique que pour les bourses au mérite5, et les fonctionnaires anonymes du ministère. Et cet égalitarisme est en vérité un inégalitarisme, forgé par des idéologues froids. Comme le souligne une professeur de lettres, « quelle est la probabilité qu’on étudie des comics et des séries télé à Henri-IV ? Ce sont les pauvres qui auront droit à cela… ».

Les parents d’enfants de tous les Henri-IV auraient tort de se croire à l’abri parce que leur progéniture est bien lotie : au-delà même de l’immoralité de ce soulagement, nous formons une communauté de destin, un même pays. Nous avançons ensemble et quand nous sommes frappés, nous sommes frappés ensemble. La publication nocturne des textes au Journal Officiel pourrait laisser penser que c’en est fini. C’est tout le contraire. Ce passage en force doit réveiller les Français, qui doivent exiger la démocratie jusque dans l’Education Nationale et le retrait d’une réforme qui vient perpétuer l’école la plus inégalitaire des pays développés !


  1. que la ministre s’est permise de mépriser en les qualifiant de « pseudo-intellectuels » parce qu’ils ne partagent pas ses vues []
  2. 47 milliards contre 30 à La Défense ou… 6 à la Justice ! []
  3. 50% des effectifs []
  4. voir ici []
  5. voir mon billet Haro sur le mérite []

Auteur

Monoépoux, multipère, et fidèle à plusieurs titres. Également avocat (associé fondateur BeLeM Avocats) et auteur de Ca ira mieux demain (Sept. 2015, éd. du Cerf)

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55 comments

  • Non, il semble que certaines institutions le fassent, pour des raisons mystérieuses. Il est permis de ne pas partager leur appréciation.

  • Si les premiers concernés, les collégiens, descendaient dans la rue comme ils ont si bien appris à le faire pour des réformes qui ne les intéressaient pas directement, cette lamentable histoire serait vite oubliée.

    Mais curieusement, ils n’ont jamais été aussi assidus à leur enseignement : ça ne pipe mot.

  • Bonjour Koz,

    Pour une fois je trouve votre propos un peu trop large. On ne peut pas demander une cohérence de l’éducation (et de ses réformes) d’une part, et un contrôle démocratique d’autre part, le second entraînant inévitablement une variabilité probablement dangereuse.

    Les fonctionnaires inconnus et politiquement irresponsables font tourner ce pays, dans tous les ministères, toutes les fonctions. On ne renouvelle pas Bercy à chaque élection, et heureusement. Pourquoi cela devrait-il être le cas pour l’éducation ?

    Je suis d’accord pour la critique, mais je crois qu’il faut choisir entre la critique de l’inamovibilité de ces gens (qui ont au moins le mérite de chercher un semblant de cohérence) et la critique de l’obscurité de ces réformes. Sauf a critiquer leur intelligence auquel cas on n’avance pas beaucoup.

    Quant à la mobilisation, toute réforme donne lieu à une mobilisation, de droite comme de gauche, sous tous les gouvernements. Ne soyez pas trop enclins à critiquer Valls + Hollande sur ce point qui ne leur est certainement pas propre.

  • « Finalement, la seule façon efficace de lutter – comme on dit dans un vocabulaire qui trahit son origine – contre l’inégalité des chances scolaires consiste à réaffirmer l’idée simple que l’école a une fonction primordiale d’apprentissage, qu’elle est un lieu où sont enseignés des savoirs et des savoir-faire, qu’elle ne peut fonctionner de façon satisfaisante que si les effets de l’apprentissage y sont contrôlés de manière fiable et que si le devenir de l’enfant dans le système scolaire est directement dépendant de ses performances. » Raymond Boudon, http://skhole.fr/les-causes-de-l-in%C3%A9galit%C3%A9-des-chances-scolaires-par-raymond-boudon

    Ce qui est fascinant dans cette histoire, c’est que les conséquence prédites par feu Raymond Boudon se sont réalisées avec une admirable régularité. L’école française est en particulier devenue encore plus inégalitaire qu’elle ne l’était. Mais ce n’est certainement pas à cause de la politique suivie depuis 1990. C’est parce que l’on n’est pas allé assez loin. Il n’y a donc pas de raison que cela s’arrête.

  • je vote pour « vrais cons » dans ton alternative. je connais des collégiens qui pouvaient déjà un peu s’ennuyer et qui le feront plus. j’en connais qui déjà ne faisaient rien et à qui on donne une vraie capacité de ne plus rien faire. Chouette.

    (article co écrit avec madame?)

  • @ nous Français : une réponse à votre propos et à l’apparente contradiction que vous soulevez tiendrait probablement dans la subsidiarité. S’inspirer du terrain, pas de l’idéologie. Car vous oubliez aussi une autre possibilité : critiquer, au-delà de leur intelligence, leur biais idéologique.

    nous Français a écrit :

    On ne renouvelle pas Bercy à chaque élection, et heureusement. Pourquoi cela devrait-il être le cas pour l’éducation ?

    Je vous remercie d’avoir choisi cet exemple éclairant, puisque le budget de la Nation fait justement l’objet d’un débat parlementaire alors qu’il n’y en a eu aucun, et il n’y en a jamais aucun, en la matière. Le politique est totalement démissionnaire à l’Education Nationale, et c’est l’administration qui mène la danse, avec le succès que l’on connaît. Cela doit bien mériter une petite remise en question.

    nous Français a écrit :

    Quant à la mobilisation, toute réforme donne lieu à une mobilisation, de droite comme de gauche, sous tous les gouvernements. Ne soyez pas trop enclins à critiquer Valls + Hollande sur ce point qui ne leur est certainement pas propre.

    Je ne saisis pas le sens de votre propos.

    @ David : ces gens me donnent en effet le sentiment d’avoir une vision bien théorique du collégien.

    David a écrit :

    (article co écrit avec madame?)

    Inspiré de sa pratique, nos échanges, et des sources qu’elle m’a transmises, oui 😉

  • Merci pour votre réponse.

    Je prends le point sur le biais idéologique (mais ça reste un jugement applicable à tous, y compris nous !)

    Pour ce qui est du politique, je pense que l’éducation reste fondamentalement un ministère où l’intérêt politique est limité par nature car les résultats d’une politique en matière d’éducation mettent des années à donner des résultats, alors qu’une augmentation d’impôts porte sur l’année suivante. Par conséquent, on vend systématiquement le projet et non le résultat.

    Comment juger un politique en matière d’éducation sans possibilité d’évaluer le résultat de son mandat ? Alors que c’est si simple de dire que la dette a augmenté sous Sarkozy et le chômage sous Hollande…

    Quant à l’intérêt d’un débat parlementaire, existant en finance et pas en éducation, j’ai un doute. C’est déjà une telle bataille de chiffonniers pour savoir si le déficit 2015 est dû à la droite pré-2012 ou à la gauche post-2012 que je n’ose pas imaginer la qualité d’un débat sur les résultats de la politique d’éducation. (sans compter que l’influence sur la politique du gouvernement est quasi nulle)

    Je ne suis pas d’accord pour dire que le politique a abandonné l’EN. Il y a des commissions parlementaires, des élus spécialistes du sujet. Et on enchaîne depuis des années les réformes votées par l’AN, qui viennent certes de projets de loi et non de propositions, mais qui viennent de droite et de gauche.

    Je suis d’accord avec votre critique de fond sur la réforme. Mais je crois qu’au contraire l’EN pâtit d’une trop grande politisation, avec des réformes à la pelle à portée politique et (donc) idéologique, le politique étant contraint d’afficher des moyens et se permettant de ne jamais afficher de résultat. On pourrait lancer une commission chargée de trouver des indicateurs traduisant l’impact et la qualité d’une réforme, pour critiquer (sens neutre) l’action politique et éventuellement corriger le tir. Mais ça aura pour conséquence la tendance « court-termiste » des futures réformes… Cela vaudrait-il mieux ?

    Enfin, le débat se rouvre aujourd’hui, au moment où paraissent le décret d’application et l’arrêté d’une loi votée il y a 2 ans. C’est bien après la bataille politique, justement.

    Quant à ma dernière phrase, cela fait référence à votre critique de la brutalité des méthodes du gouvernement, qui n’a à mes yeux rien d’exceptionnelle dans ce pays, quelle que soit la couleur du gouvernement.

  • D’après le syndicat : « les programmes en cours d’élaboration (proposés actuellement à la consultation et qui seront présentés au Conseil supérieur de l’éducation en septembre 2015 »

  • Lors de la réforme du mariage, on avait une opposition importante à l’Assemblée dans un jeu politicien classique puisque la majorité des députés et sénateurs de droite et du centre étaient favorables à cette réforme. Ici on a la même fausse opposition de droite puisque les politiques éducatives libérales sont les mêmes gauche et droite.

    La différence majeure est que les profs sont en train de découvrir eux aussi la pseudo démocratie qui est la nôtre. Alors que leurs oppositions de jadis étaient soutenues par le PS ou les syndicats et relayées par les médias (même au temps du dégraissage du mammouth en 2000), ils sont dénigrés par les journaux de gauche, Libé ou le Monde par exemple produisant des articles particulièrement serviles vis à vis du gvt.

    De plus, ils n’ont pas de relais politiques chez eux : députés, sénateurs, membres du parti relayant leur colère et leur crainte. Un appel à manifester se fera donc contre le PS et les Verts. Cet appel ne peut venir que des syndicats qui auront du mal à sauter le pas.

    Pour la réforme du mariage, la société civile avait réagi en faisant éclore la Manif pour tous. Est-ce possible à gauche ? Les manifestations de gauche ont toujours été encadrées et les réactions très hostiles de la presse, du PS et du gvt (celles que nous avons subies il y a deux ans) les décourageront.

    Merveilleux serait donc un appel à manifester lancé par un collectif de défenseurs de l’école qui ne serait pas l’émanation d’un monde politique dans lequel on ne peut plus croire (ils sont occupés par leur calendrier électoral et partagent le même souci libéral d’économies et d’une éducation utilitaire : faire des consommateurs). Et là il y aura tout le monde, les Charlie et les pas Charlie, les villes et les campagnes, la province et Paris, les centres urbains et les banlieues.

    Chiche ?

  • Bon, ben moi je trouve que la critique de la réforme est dans l’ensemble bien polémique à souhait.

    Sur un point de ton billet, puisque tu pars d’un exemple, Koz, Je ne vois pas ce qu’il y a de proprement scandaleux dans le dispositif des EPI (à part que ça risque d’être un bordel de plus en matière d’organisation interne), en tout cas pas au niveau éducatif, à moins de faire exprès de ne pas comprendre que le projet commun est prétexte à orienter l’enseignement des mêmes programme, dans le même volume horaire, mais vers ce qu’on appelle en pédagogie un « objectif opérationnel », en sus des objectifs purement pédagogiques.

    Après, la réforme est sans doute perfectible, mais je n’ai pas encore vu d’argument, partant des textes de la réforme, qui pouvait la caractériser comme scandaleuse, destructrice, voire apocalyptique (pour le système éducatif français). Et pardon, mais le pamphlet de Julliard n’est pas plus éclairant sur ce point.

    Aussi, franchement, je ne comprends pas pourquoi on balaie d’un revers de la main les explications d’un spécialiste des sciences de l’éducation comme le secrétaire général de l’enseignement catholique, qui lui part du texte (et pas de la presse) et argumente sur le texte. C’est du même intérêt d’ailleurs que le site http://www.reformeducollege.fr/ qui lui le fait de manière neutre. Qu’on trouve dans les analyses de ce site matière à crier au scandale de la réforme m’étonne. Voilà, hein.

    Bref, j’ai l’impression qu’on fait surtout semblant que, non, ce n’est pas une polémique de plus face à une réforme de plus, que là c’est franchement vraiment grave, tout ça… mais en fait, ça ressemble quand même étrangement à une polémique de plus face à une réforme de plus.

    Bonne soirée 🙂

  • Merci, tout d’abord. Enfin une parole catho. (Avec la parole de FX Bellamy, toujours aussi convaincant). Le silence qui règne dans le lycée collège privé où j’enseigne en tant que prof retraitée (du public) m’a sidérée. Tout le monde se taisait, se tait… et se taira encore longtemps, là où je travaille. A ce silence gênant s’est ajoutée la décision de P Balmand (secrétaire de l’enseignement catho) de soutenir la réforme. C’est proprement scandaleux. Cela veut dire que le privé soutient une réforme qui l’avantage…tant que le privé sous contrat existe. (Mauvais calcul, ça ne durera pas). Cela veut dire que le bien commun n’est pas le problème du privé, qui se fiche de décisions dont le public va souffrir, tant qu’il n’est pas susceptible d’en pâtir lui-même. C’est de la trahison, ce n’est pas citoyen. C’est une absence de solidarité et c’est ignorer que le privé sera lui-aussi sujet de cette réforme. L’Apel soutient aussi…Le bal des tartuffes continue donc, avec, en renfort, des cathos! Histoire pour les cathos de redorer leur blason… Je peux vous dire, en tant que catho pratiquante et finalement assez dans les clous, que ces trahisons-là ne redonneront pas aux profs du public l’amour du christianisme…Et que je ne défilerai pas pour soutenir le privé quand l’Etat socialiste décidera de ne laisser qu’au hors contrat sa chance, becausecelui-cil ne lui coûtera rien.. Et que j’ai défilé avec de vieux communistes mardi, qui tenaient un discours proche de celui que FX Bellamy tient. Et que je suis donc d’autant plus triste de voir que des cathos idiots soutiennent une réforme hypocrite, inique, une réforme qui défend une conception méprisante de l’enseignement parce qu’elle émane de gens qui détestent le savoir et qui, n’ayant eu le courage de l’acquérir, l’ont rangé au magasin des vieilleries réactionnaires et en ont privé des générations d’élèves qui maintenant sont parents, profs, et ne conçoivent plus que le ludique. Avec A D’Humières, avec C Ladjali, je sais qu’on peut et qu’on doit enseigner Homère en banlieue et partout. Il faut la volonté politique nécessaire pour donner à tous les élèves, les profs et les parents une haute idée de l’école: pas celle qui exclut mais celle qui amène à s’ELEVER. Pas celle qui renvoie les élèves à ce qui leur parle, les HLM, la cité, la came, les rallyes et les Ipod, mais celle qui nous dit qu’il y a autre chose, que le monde réel n’est pas fait que de choses matérielles qui servent, que les choses belles et inutiles servent à grandir dans son âme et son coeur.

    La mère d’Ulysse lui dit, lorsqu’il vient la voir, aux Enfers, une parole que les élèves entendent très bien lorsqu’on les en croit capables et lorsqu’on est dans un établissement qui soutient un enseignement respectueux des élèves: « Empresse-toi vers la lumière »,

    Tout commence par là.

    Marie Coulon

  • je suis outrée, et une fois encore, méprisée… j’ai déjà encaissé le mépris de la manif pour tous, et, maintenant, prof de lettres (latiniste !), je suis traitée comme la dernière des c…, avec des défenseurs traités de « pseudo-intellectuels ». ils se moquent des gens ! et quelle violence (symbolique ! ) que de faire passer cette réforme le jour même de la manif et de la grève ! et encore, dans le cas de la manif pour tous, ils ont pu affecter de penser que seuls les cathos (qui ne votent pas bien !) étaient contre eux. Mais avec les profs, pas la même excuse. Et j’ai croisé à cette manif un syndicaliste FO prêt, par amour paternel, à marcher sur ses convictions (ce ne sont pas les miennes, mais il a le droit, en démocratie !) pour mettre ses enfants dans le privé, persuadé que le privé, fût-il sous contrat, inventerait des passe-droits pour ne pas appliquer la réforme. les profs sont découragés, ce que ne comprennent pas ce de l’extérieur, c’est la tristesse, la fatigue, le découragement que produisent l’impression d’absurdité que l’on a si souvent dans l’enseignement : « Kakfa, à côté, c’est nul! », disait un collègue. ben oui, on se demande à quoi bon se donner du mal, à la fin…

  • ah, et merci à vous, Koz, et à Marie Coulon. Moi aussi, je suis blessée de la réaction du responsable de l’enseignement privé. et je précise que, si des syndicalistes FO mettent leurs enfants dans le privé, ça ne sera pas parce qu’ils sont touchés par la grâce ! mais par pur pragmatisme. Et ils contribueront à rendre encore plus mensongère l’étiquette « catholique » de certains établissements.

  • En 2002 j’étais encore instit de l’Education Nationale. Agacés par Claude Allègre certains de mes collègues n’ont pas voté Jospin aux présidentielles alors que jusque là ils votaient plutôt socialistes. Cela s’est fait sans mot d’ordre politique, syndical dans la foulée des discussions en cours de récréation, à la cantine. Plutôt en silence, dans le secret de l’isoloir et sans trop en parler ensuite vu le bon score de Jean Marie Le Pen. Alors après-demain bis repetita?

  • La réforme du collège que j’aimerais pour mes petits enfants: jardinage pour de vrai partout où c’est possible dans le collège, apprendre pour de vrai à faire pousser des carottes, des tomates, de la salade, des navets, des betteraves, des choux, de la ciboulette etc… planter des arbres fruitiers, apprendre à les tailler, les greffer. Partout où c’est possible dans le collège élevage pour de vrai de petits animaux, poules, lapins, chèvres naines, apprendre à les nourrir, les soigner. Demander à tous les élèves de participer à l’entretien et au nettoyage des salles de classe, des wc, du self, des espaces collectifs. Apprendre à tout le monde à faire à manger pour de vrai, à s’occuper d’un bébé, à gérer un budget. Donner de l’importance à tout ce qui peut se faire de bien avec ses mains. Lutter contre les violences verbales et physiques. Mettre en place des lieux de paroles et de débats. Gérer le tout dans le cadre d’une coopérative scolaire. Porter un uniforme simple et peu coûteux. Découvrir tous les grands auteurs de la francophonie. Multiplier les échanges entre établissements. Se recevoir entre Collèges. Comme on se déchausse pour entrer dans une mosquée laisser son portable éteint quand on entre dans le collège. Je laisse à chacun de poursuivre la liste et je me prépare à lire les commentaires s’il y en a.

  • @ jfsadys: On dirait la vraie vie ! quel scandale ! ça risque d’être élitiste, on va s’apercevoir que certains sont plus doués que d’autres pour les travaux manuels ! Non, le parti n’acceptera jamais un tel programme !

    1. Ce culte égalitariste qui a envahi notre pays est affreusement destructeur. C’est toujours le même cheminement. L’objectif n’est plus l’amélioration pour tous mais la diminution des « inégalités ». Très vite on en vient à taper sur l’élitisme parce que c’est beaucoup plus facile que d’aider les plus faibles. Bien sûr, l’élite s’en sort toujours, soit parce qu’ils sont bons, soit parce qu’ils ont des moyens de contourner. Résultat on n’a pas l’amélioration pour tous (à laquelle on avait renoncé) et on a quand même fait croître les « inégalités ». En paraphrasant Ben Franklin sur l’arbitrage liberté/sécurité (très actuel également) on pourrait dire : « ceux qui renoncent à l’excellence pour une réduction des inégalités ne méritent ni l’une ni l’autre »

    2. Il est particulièrement désespérant de constater que les domaines les plus frappés par ce culte égalitaire sont les deux seuls leviers permettant à un citoyen de s’élever : l’éducation et le travail. Dans les deux cas une caste irresponsable exerce un pouvoir exorbitant au dépends de tous les acteurs. Dans l’EN les pédagos alliés aux syndicats (DRH de fait) maintiennent les profs dans une véritable servitude dont beaucoup trop ne sortent que par la dépression ou le suicide. Au travail, les salariés sont soumis à des syndicats pour qui ils ne votent pas et en qui ils ont moins confiance qu’en leurs patrons. Le bénéfice stratégique pour la gauche de multiplier les pauvres pouvait se comprendre quand ils votaient pour elle, maintenant qu’ils votent FN c’est devenu absurde.

    3. Tu parles de subsidiarité dans un commentaire, c’est je pense la clé du problème. Si on prend 2 minutes de recul, il apparaît évident qu’une organisation monolithique, centralisée, irresponsable ne pourra jamais apporter une solution satisfaisante pour la totalité de la population. Ce n’est même pas une question public vs privé. Kodak n’a jamais su quoi faire de la photo numérique. Microsoft a foiré les 3 grandes révolutions IT des 15 dernières années (search, social, mobile). Les gros deviennent conservateurs et ne savent pas innover. C’est pour ça que les startups peuvent exister. Si on ajoute la dérive idéologique et l’influence corruptrice des pédagos/syndicats, comment s’étonner que l’EN ne produise que des élèves incultes, des profs malheureux et des manifestations de plus en plus hostiles?

    4. Il faut détruire l’Education Nationale. Une de mes amies institutrice a démissionné de l’EN il y a 7 ou 8 ans, écœurée. En discutant avec quelques familles voisines dans sa campagne, elle a réalisé que beaucoup étaient « insatisfaits » de l’EN. Alors ils ont crée une école. Ils ont fait ça à l’arrache, sans moyens. Locaux négociés pas cher avec la PME du coin, bancs achetés sur ebay, un père tenait la compta le soir après le boulot… Au début il n’y avait qu’une classe pour tous les âges, comme au 19e siècle. Ca a été un succès quasi-immédiat, le bouche à oreille a fonctionné à plein. Aujourd’hui ils ont une dizaine de classes, les élèves viennent de tout le département. Mon amie croule sous les CV de profs qui veulent rejoindre son école. Elle rayonne de bonheur.

    La liberté fait peur mais elle est la plus belle. Laissons les parents et les profs se retrouver pour le bien des enfants. Détruisons l’Education Nationale, consacrons ses 60 milliards de budget en chèques-éducation distribués aux parents et laissons les choisir. Sauf cas pathologiques rarissimes qu’on peut traiter par exception, les parents aiment leurs enfants et sont plus concernés par leur réussite qu’aucun pédago de la rue de Grenelle.

  • @ tous Je trouve que notre hôte est un peu anti-gvt. Je veux dire, pour moi, cette réforme n’est pas grave mais elle ne s’attaque pas aux bons problèmes. En revanche, je ressens (souvent) cette impression de décisions très top-down et très idéologiques. Je pense, comme Lib, qu’il faut que des solutions émergent …. Est-ce possible dans une EN centralisée : j’en doute ! Une autre émergence peut se faire par l’exemple mais ce sera long (exemple de l’école créée par votre amie) pour que tout le monde s’y mette …

    @Lib J’aime bien votre commentaire et j’aime beaucoup vos commentaires, en général. Avez-vous un blog à vous ? Avez-vous des recommandations de lecture ? (que lisez-vous ?) Je me rappelle, notamment, d’un commentaire sur les différentes phases de développement et de liberté des pays mais ne me rappelle plus où j’ai lu ça. Bref, merci à vous pour ces infos.

    a+ Bigben

  • Entièrement d’accord avec toi, Koz. Les fondamentaux sont sacrifiés aux EPI, sorte de fantasme de pédagogue qui échoue à chaque fois. Il semble que les EPI soient un simple copié-collé des TIP, à tel point que la substitution des termes a parfois été oubliée… Pour mémoire, les TIP ont été, voici quelques années, un retentissant ratage. Cette réforme, cependant, me semble mort-née. En effet, pour réussir un projet, il est indispensable de s’assurer de l’adhésions des acteurs clés. Ici, ils ont été méprisés. La réforme sera donc appliquée a minima de la lettre, c’est à dire n’importe comment. De ce point de vue, la récente réforme des rythmes scolaires est éclairante : imposée par la force elle aussi, elle n’a aboutie qu’à une journée de cours de plus et plus d’heures d’étude. Elle sombre dans le ridicule, loin de ses objectifs avoués, car on a cru pouvoir l’imposer contre l’avis de tous. La réforme du collège connaîtra le même sort.

  • Lib a écrit :

    Ce culte égalitariste qui a envahi notre pays est affreusement destructeur. C’est toujours le même cheminement. L’objectif n’est plus l’amélioration pour tous mais la diminution des « inégalités ». Très vite on en vient à taper sur l’élitisme parce que c’est beaucoup plus facile que d’aider les plus faibles.

    Ma fille va commencer à la rentrée une classe avec anglais et chinois. Rentrée 2015, c’est possible. Rentrée 2016, ce sera interdit. Pourquoi ? Nous, nous jugeons que nous pouvons lui demander un peu plus qu’à l’élève moyen que gère l’Education Nationale. Mais il faudrait donc l’interdire. Comme tu le dis, il y a une erreur de cible. Contrairement à ce que dit Najat Vallaud-Belkacem, ce n’est pas « la droite » qui s’accommoderait des inégalités, c’est une certaine gauche qui veut absolument raboter ce qui dépasse.

    Lib a écrit :

    Au début il n’y avait qu’une classe pour tous les âges, comme au 19e siècle. Ca a été un succès quasi-immédiat, le bouche à oreille a fonctionné à plein. Aujourd’hui ils ont une dizaine de classes, les élèves viennent de tout le département. Mon amie croule sous les CV de profs qui veulent rejoindre son école. Elle rayonne de bonheur.

    Il y a, un peu dans le même esprit, le Cours Alexandre Dumas de la Fondation Espérance Banlieue. Certes, son succès est peut-être aussi à relativiser par le fait que les parents qui s’adressent à lui ne sont, par définition, pas les parents démissionnaires que traient le public. Mais ils adoptent des méthodes qui semblent bien faire leurs preuves, et permettre à des enfants de banlieue de s’en sortir.

    Je ne sais pas à quel point il faudrait casser l’Education Nationale mais le fait d’avoir cette administration pléthorique qui échoue sans discontinuer et poursuit dans la voie de son échec sans remise en question est assurément angoissant. Marie Coulon a écrit :

    C’est proprement scandaleux. Cela veut dire que le privé soutient une réforme qui l’avantage…tant que le privé sous contrat existe. (Mauvais calcul, ça ne durera pas). Cela veut dire que le bien commun n’est pas le problème du privé, qui se fiche de décisions dont le public va souffrir, tant qu’il n’est pas susceptible d’en pâtir lui-même.

    Ce n’est pas ce qu’il dit et, même si je ne partage pas son approche, je veux bien lui faire crédit de sa bonne foi. D’une part, comme il le dit, ça n’apportera pas de « clients » à l’école privée : elle manque déjà de places pour accueillir tout le monde. D’autre part, il explique que cela va dans le sens de ce que l’école privée propose déjà. J’ai à cet égard deux doutes : (i) je ne crois pas qu’il arrive souvent qu’une école privée ampute les cours fondamentaux pour organiser des travaux collectifs et (ii) je ne suis pas persuadé que ce qui est faisable avec les élèves d’une école privée soit toujours faisable dans une école publique, lorsque l’on a affaire à des enfants de parents démissionnaires, de familles déstructurées etc.

    @ jfsadys : on ajoute un peu de maths, de français, d’histoire ? 😉

  • Une interrogation : je lis « pseudo-démocratie » dans le titre de ce post, mais, si je ne me trompe pas, ce qui fait l’objet de toutes les critiques est la publication d’un décret d’application d’une loi qui a été adoptée par le Parlement il y a plus d’un an. Le débat parlementaire a eu lieu. Depuis quand l’AN ou le Sénat ont-ils un droit de regard sur les décrets d’application de lois qu’ils ont adoptées ? Mes connaissances en droit constit sont très limitées, d’où mon interrogation, mais il me semble qu’en l’espèce le gouvernement n’a fait qu’user des pouvoirs qui sont les siens, après qu’un débat parlementaire ait bien eu lieu. Dans ce contexte parler de « pseudo-démocratie » (dans le titre) ou de « grave dysfonctionnement de la démocratie » (dans le corps du post) me semble entretenir la confusion dans les esprits . Qu’on approuve ou pas cette réforme (et a priori je suis dans le camp des opposants), nous sommes bel et bien dans une démocratie dont le jeu n’a pas été faussé ou contourné, et affirmer le contraire à une époque où le FN fait des scores invraisemblables me semble dangereux.

  • Et si, pour une fois, profs et chefs d’établissements refusaient d’obéir à ces pseudo-lois qui achèvent la dégénérescence de l’éducation autrefois nationale? Une vraie rébellion massive pour enrayer cette haine de la culture propagée par les idéologues qui prétendent nous gouverner. Ce serait un retour de la démocratie, de base! Un réflexe salutaire pour les jeunes, pour les enseignants qui ne cessent de courir après les dernières lubies pédagogiques, pour le pays tout entier, qui pourrait reprendre son avenir en main. Cessons de nous soumettre à la dictature. Une ancienne prof du public, heureuse d’avoir quitté!

  • @ Koz: Oui bien sûr et même beaucoup d’Histoire. 🙂 Et pour les Maths beaucoup de calcul mental, de calcul à la main et de calcul à la machine à calculer. J’aurais dû écrire aussi on allonge le nombre de jours d’école, on raccourcit les vacances d’été et on allonge les vacances d’hiver. J’aimerais pour mes petits enfants une école libre laïque gratuite non obligatoire. 🙂

  • Pas convaincu par votre argumentation qui sonne très idéologique, elle aussi, plutôt que basée sur les faits. Étonnant que vous ne parliez pas des TPE. Car au fond, que sont ces « EPI » sinon des équivalents des TPE introduits au lycée ? Or, les TPE c’est très variable selon les établissements et les élèves. C’est une vraie réussite pour une partie des élèves (je dirais 30-50%) qui apprennent un vrai travail pluridisciplinaire en autonomie sur le sujet qu’ils ont choisi ; mais les profs ne savent pas forcément les encadrer (habitués qu’ils sont à transmettre des connaissances magistralement plutôt qu’à « accompagner l’autonomie ») et du coup, l’autre moitié des élèves brasse de l’air en mettant à profit les 2h hebdomadaire pour glander et rendre un truc juste potable (et si possible, plagié sur le net) permettant d’avoir entre 8 et 12…

    Donc si la réforme consiste (en partie) à introduire des TPE au collège, on ne peut pas être si caricatural que vous l’êtes, ce me semble.

  • @ Cécile : à l’heure où j’ai toute la fachosphère sur le dos pour d’autres raisons, votre accusation de faire le jeu du FN a une saveur toute particulière. Vous reprendrez les déclarations de Najat Vallaud-Belkacem évoquant les « pseudo-intellectuels » et vous comprendrez l’allusion. Quant à la démocratie, tous les observateurs et même les proches du pouvoir reconnaissent dans la presse qu’il s’agit d’un coup de force.

    @ VM : en reprenant simplement votre argumentation, et sans être aussi optimiste que vous, les TPE sont donc une réussite pour une minorité des élèves ce qui, selon vous, justifie de les généraliser. Mon argumentation est peut-être idéologique, mais la vôtre n’est guère cohérente. Ajoutez à cela si vous voulez vraiment baser votre argumentation sur les faits que les heures de TPE ne sont pas prélevées sur les heures d’enseignements fondamentaux, ce qui fait une « légère » différence d’appréciation.

    Enfin, à votre avis, dans quel type de lycées les TPE sont bien encadrés et correctement exécutés ?

  • Débattre, oui / non, TPE versus EPI, diminution de l’allemand au profit de l’anglais (dont Allègre disait qu’il fallait cesser de le considérer comme une langue étrangère tandis que 14 ans plus tard, Fioraso mettait en place des cours en anglais dans le supérieur), inégalité / égalité : débattre ne sert qu’à occuper le temps, certes agréablement entre gens qui s’expriment bien et avec modération car la réforme est votée. Et ensuite ? Dans une démocratie représentative, ça s’arrête là. Les élus sont tout puissants et peuvent engager les millions d’élèves, parents et citoyens qui composent la nation sans se soucier de leur avis. On signe un chèque en blanc à chaque élection présidentielle, c’est ainsi, c’est notre système politique.

    On peut aussi essayer de voir les choses de plus haut. Ainsi pour le mariage pour tous. Il n’est pas la reconnaissance du droit à l’homosexualité mais prétexte pour installer l’industrie de l’enfant née aux USA dans les années 80 et propagée depuis dans un grand nombre de pays. Après le référendum irlandais, il y aura législation sur la GPA : parions qu’elle sera autorisée, comme en Angleterre sous le faux prétexte qu’il n’y aura pas d’échange d’argent, ou comme dans les pays du nord de l’Europe où elle est interdite sur place mais encouragée à l’extérieur (en Inde notamment).

    Que cherchent à promouvoir nos élus de gauche et de droite par ces réformes de l’éducation ? La suppression des matières inutiles comme le latin ou l’allemand, l’entrée massive du numérique (chassez la tablette à la maison, elle reviendra par l’école), l’apprentissage du code (comme on leur a appris à manipuler un tableau excel et des power point), les travaux pratiques et inter-disciplinaires de groupe, la construction de ses propres savoirs etc. tout cela sert à préparer le plus grand nombre à une vie professionnelle dans le tertiaire : usage de l’informatique et de la bureautique, baragouinage de l’anglais, écriture et présentation de rapports d’équipe, autonomie et auto-motivation pour s’adapter en permanence aux besoins de l’employeur et des clients (selon les théories actuelles du management) etc. On est très loin d’un apprentissage de connaissances non immédiatement utilitaires pour la formation d’esprits éclairés.

    Si l’on est d’accord avec ces évolutions, ces réformes sont bonnes et éventuellement perfectibles dans le détail. Si l’on a la vision d’un homme non réductible à ses performances économiques, non défini par ses seuls objets de consommation, non quantifiable, non déterminé par son lieu et son temps de naissance, on s’oppose à notre société et à son système politique et économique. On est donc déjà hors la loi.

    La loi autorise les manifestations. Rassembler tous ceux qui n’acceptent pas cette évolution générale de la société est possible mais dans l’esprit, une telle manifestation est déjà un acte illégitime. Que personne n’ose la proposer en dehors des structures politiques et syndicales prouve l’impuissance et la résignation de chacun et montre que l’éducation que nous avons reçue à l’école ne valait guère mieux que celle qui nous est proposée aujourd’hui : elle n’a pas fait de nous des citoyens libres et éclairés.

  • Halte au réussisme !

    Ministres après ministres, et Mme Vallaud-Belkacem ne fait pas exception, ils affichent tous le même objectif qu’ils dénomment alternativement « fin de l’échec scolaire » ou, expression synonyme, « réussite de tous les élèves ». Cela n’a ni rime ni raison. Les croyances les plus dangereuses sont celles qui s’ignorent. Nous vouons sans le savoir à la réussite un culte. On pourrait l’appeler le réussisme. Il nous faut tous, individus, entreprises, nations… réussir. À l’école tous les élèves doivent réussir. Croire cela c’est être aveugle. La réussite est relative, pas absolue. Il n’y a pas de réussite sans échec. La réussite des uns se mesure à l’échec des autres, et uniquement ainsi. Lysenko croyait possible la transmission héréditaire des caractères acquis. Croire possible la réussite de tous est une impossibilité du même ordre, une absurdité de même grandeur, le résultat d’un très semblable dogmatisme. Les exclus sont des victimes expiatoires de ce culte, sacrifiées sur l’autel de la réussite. L’exaltation de la réussite rend l’échec littéralement insupportable. Les voies en impasse ne mènent nulle part, sinon à des catastrophes. Maître-mot du culte : l' »égalité des chances ». Elle est sur toutes les lèvres. Elle exprime toute la fausseté du réussisme. Elle justifie la « raison du plus fort » : puisque les chances sont égales, allez ! et que le meilleur gagne ! Faux alibi, elle se pare des vertus de l’égalité pour mieux la combattre. Or renoncer à l’égalité c’est renoncer à l’espoir. Dans la vie, ce qui compte, ce n’est pas réussir, c’est vivre. À l’école, ce qui compte, ce n’est pas réussir, c’est s’instruire. La réforme de l’école en cours de discussion, comme ses multiples devancières, n’atteindra pas, ni même ne se rapprochera, d’un objectif par essence inatteignable. N’y a qu’à voir : les réformes se succèdent, l’objectif visé toujours s’éloigne…

  • Bonjour,

    On peut juger une réforme de l’éducation nationale d’abord sur son habileté, sujet sur lequel je ne prétends pas être compétent. Tous les professeurs que je connais sont plutôt contre la réforme actuelle, mais je ne sais pas si c’est significatif car j’ai toujours entendu les enseignants critiquer toutes les réformes: ce n’est d’ailleurs pas propre à l’éducation nationale: dans tout changement dans une entreprise, il y a une phase  » mon dieu, c’était mieux avant « , sauf s’il s’agit d’une prime exceptionnelle, qui seule fait l’unanimité.

    Le jugement sur le fond dépend évidemment des améliorations que l’on souhaite pour un système qui, s’il n’est pas le meilleur, fonctionne a peu près. Je pense aussi qu’il ne faut pas tout mettre sur le dos de l’école. Ainsi, je pense que le chômage de masse est une conséquence surtout de notre droit du travail, pas de l’école.

    Pour ma part, je fais les diagnostics suivants:

    D’abord, l’école peut plus contribuer à l’ascenseur social qui permet une meilleure cohésion sociale (on accepte mieux sa place dans la société si on avait une chance de monter mais qu’on ne l’a pas saisi à cause de sa propre médiocrité).

    Ensuite, l’école peut contribuer aux deux lacunes majeures que je vois aux français au travail: une maitrise médiocre de l’anglais qui est devenue la langue universelle du monde moderne, et une faible capacité à travailler en équipe.

    Dans ce contexte, j’ai un jugement mitigé de la réforme. la disparition du latin, qui a pour moi plus sa place à l’université pour quelques spécialistes, ne me choque pas. Apprenons déjà à nos enfants à écrire un français correct, ce ne sera pas si mal. La disparition des classes bilingues (dont j’imagine qu’elles seront toujours possibles dans le privé sous contrat) me chagrine plus.

    je vois dans les EPI un embryon de travail « non académique », qui est à mon avis beaucoup plus nécessaire pour apprendre aux gens à travailler en équipe, et sur des sujets plus concrets. Même si c’est première mouture, je vois cela comme positif. Et ces travaux réussiront peut-être à plus intéresser ceux qui n’ont pas un goût prononcé pour l’ « académique ».

    Je ne sais pas si cette réforme aura le moindre effet sur l’inégalité de notre système scolaire. Les arguments sur ce sujet sont souvent du billard à trois bandes: tout l’art pour les bénéficiaires de ces inégalités (dont probablement de nombreux lecteurs de ce site) consiste à défendre leurs privilèges au nom de l’égalité.

  • Yann a écrit :

    l’apprentissage du code (comme on leur a appris à manipuler un tableau excel et des power point)

    Bonjour,

    je pense que l’on n’a pas encore mesuré complètement la révolution industrielle que représentent les capacités d’automatisation. Il me semble qu’il n’est pas idiot de donner un aperçu de ce domaine aux jeunes. C’est à mon avis maintenant au moins aussi utile que la géométrie.

  • @ Koz: Ce que je voulais dire, c’est que les TPE c’est comme tout, il y a du bon pour certains élèves et du mauvais pour d’autres. Je ne dis pas que cela justifie de les généraliser, mais par contre, cela peut servir de modèle car je crois que c’est tout de même une expérience tout à fait différente et vraiment intéressante pour une partie des élèves (les précisions statistiques sont évidemment données à la louche, je ne sais pas s’il s’agit d’une « minorité » ou d’une « majorité », cela dépend de nombreux facteurs).

    Je pense donc que cela mérite d’être étudié et qu’au collège, cela servirait utilement à l’apprentissage de cours « différents » où les élèves sont plus actifs et commencent à croiser les disciplines. La question est de savoir si un élève de sixième est en âge de comprendre cela.

    Quant à dire que les TPE ne sont pas prélevés sur les cours fondamentaux, cela reste à vérifier. 2h par semaine n’ont pas été ajouté dans l’emploi du temps ex nihilo à l’introduction des TPE (années 2000), si ? Il a bien fallut rogner quelque part…

    Quant à l’accusation d’idéologie, n’en prenez pas ombrage d’autant que j’admire votre travail. Je pensais simplement qu’utiliser systématiquement le terme de « pédagogistes inamovibles », par exemple, ne fait pas beaucoup avancer le débat car ce terme signifie ce qu’on veut y mettre, on est toujours la pensée unique de l’autre. Les visions peuvent diverger mais je n’adhère pas à la caricature (à laquelle se livre volontiers un Brighelli, par exemple) selon laquelle on aurait quelques administratifs entêtés dont le seul motif est de saccager l’école et la transmission des connaissances. Ce discours est souvent tenu par des non-profs, d’ailleurs. Le débat est très intense sur les modalités concrètes mais je crois que tout le monde a souci de la réussite du plus grand nombre et de la transmission de savoirs (pas QUE de savoirs…).

  • @ Bigben: Merci. De mémoire, le truc sur le cycle schumpéterien m’avait été inspiré par un papier de Charles Gave (toujours intéressant sur les sujet économie/finance). Sinon j’aime beaucoup ce qu’écrit Vincent Bénard. Si vous cherchez du libéralisme américain de très bonne qualité, je recommande reason.com.

    @ Yann: Ironiquement votre commentaire me rappelle un sujet de philo que j’ai eu en terminale : « L’inutile est-il une fin? » Vous semblez considérer que dès lors qu’un enseignement est utile (code, anglais, travail en équipe, autonomie…) il est abominable. Et a contrario, à vous lire, on ne peut former un esprit éclairé qu’à partir d’enseignements volontairement inutiles.

    Tiens, voila une autre de ces oppositions totalement artificielles dont on raffole en France. Esprit éclairé contre utilité. Je vous rassure, l’Education Nationale est parfaitement capable de pondre des trucs à la fois abrutissants et totalement inutiles. L’ABC de l’égalité est un bon exemple.

  • @Lib Un autre sujet de terminale (en éco) pourrait être : l’Ecole a-t-elle pour finalité de préparer au monde du travail ? Le sujet serait biaisé parce que le monde du travail est le nôtre, soit un monde dont beaucoup sont exclus par le chômage et dont beaucoup souffrent parce que le travail est morcelé, instable, épuisant (par trop de stress ou par ennui) et rarement satisfaisant. Que l’Ecole se donne pour fin de former de futurs employés et cadres sans leur donner la possibilité de contester ce modèle d’un homme réduit à sa dimension économique (j’achète donc je suis) est désolant.

    Toutefois, si vous êtes d’accord avec cette finalité, tant mieux. J’irai dans votre sens en disant que beaucoup de ceux qui veulent conserver latin et bilangue cherchent à orienter leurs enfants vers les métiers les mieux payés. Mais sans doute ont-ils peur que leurs enfants se retrouvent en bas de cette échelle du travail ou carrément dehors. Cette féroce concurrence scolaire française et l’angoisse que ressentent les parents traduisent bien un malaise de la société, non ? Il serait donc bien de connaître la finalité de l’Ecole dans son rapport avec la société et cette question intéresse tout le monde et pas seulement le corps enseignant.

    On en revient alors au sujet de philo de base : a-t-on le droit de s’opposer à une loi votée par une Assemblée élue démocratiquement ? Si la réponse est non, le sujet est clos. Si la réponse est oui (et Koz parle de pseudo démocratie), alors que fait-on ?

    @Uchimizu « dis maman (ou papa), je peux te réciter mon code ? » est en effet autrement plus intéressant que « dis papa (ou maman), je peux te réciter ma poésie ou ma leçon d’histoire ». Je vous rappelle que le code sera appris dès le CP. Il n’y a pas un mais des codes selon les outils informatiques qu’on utilise. L’évolution générale de la programmation est telle qu’il n’y a aucune raison qu’un enfant de 2015 mette les mains dans du code en 2030. Pour mémoire, l’automatisation touche désormais des machines aussi complexes que des robots chirurgiens alors le frigo intelligent de l’époque n’aura pas besoin d’un humain pour se reprogrammer 🙂

  • @ Yann: Mais pourquoi restreignez-vous le monde du travail au salariat? On peut être patron. On peut être indépendant. Mais pour ça aussi, il est bon de savoir compter, de parler anglais, de savoir travailler en équipe et être autonome…

    La partie intéressante de la dimension économique ce n’est pas l’achat, c’est la vente. Consommer n’apporte aucune satisfaction durable. Par contre, voir des gens demander librement et volontairement notre travail (qu’ils soient employeurs, clients, utilisateurs, lecteurs.. peu importe) donne un sentiment d’utilité voire de plénitude extrêmement gratifiant.

    C’est toute l’abomination de notre système social qui impose la contrainte et évince le volontariat : il ruine le lien social et l’estime de soi.

  • @Lib Ce sentiment d’utilité voire de plénitude est exactement ce qu’ont ressenti les industriels asiatiques et américains quand ils ont appris qu’ils pourraient vendre à l’école française pour 1 milliard d’euros de tablettes sur trois ans comme promis par notre e-président 🙂

    Quant à la notion de liberté dans l’achat, avec les centaines de pub qu’on ingurgite malgré nous chaque jour…

    Pour en revenir à l’école, si l’enseignement est seulement conçu en vue de produire le producteur (salarié/indépendant/patron/autres) adaptable à notre système de travail actuel, alors on n’est pas près de changer de système que ce soit dans votre sens ou dans un autre, non ?

  • Yann a écrit :

    @Uchimizu « dis maman (ou papa), je peux te réciter mon code ? » est en effet autrement plus intéressant que « dis papa (ou maman), je peux te réciter ma poésie ou ma leçon d’histoire ». Je vous rappelle que le code sera appris dès le CP. Il n’y a pas un mais des codes selon les outils informatiques qu’on utilise. L’évolution générale de la programmation est telle qu’il n’y a aucune raison qu’un enfant de 2015 mette les mains dans du code en 2030.

    Bonsoir,

    j’ai comparé volontairement le code informatique à la géométrie, j’aurais pu citer le calcul. C’est à mon avis une des techniques « scientifiques » de base qui a pour moi sa place dans l’éducation de base.

    Cela ne chasse pas forcément la poésie, même si je n’apprécie pas beaucoup le snobisme très français qui mets les arts (au sens littéraire) sur un piédestal par rapport aux arts (et métiers), d’autant que la frontière entre les deux n’est pas nette.

    Je ne retiens pas votre objection sur les langages: il en existe quelques grandes familles, et quand on en a appris un, on change facilement (votre serviteur a commencé avec logo, puis basic, Pascal, le génial C et maintenant java).

    Vous avez à mon avis un point plus intéressant sur la nécessité d’encore programmer dans quelques années. La première réponse, c’est que jusqu’à maintenant, le nombre de programmeurs est toujours en progression géométrique (la population double je crois tous les 5 ans). Et même si le nombre d’ « artisans programmeurs » va peut-être décroitre à un moment, je pense que la proportion des postes à haute valeur ajoutée liée à la conception de systèmes automatiques complexes va encore augmenter.

    J’ai la chance de fréquenter des domaines pointus à la fois dans l’informatique de gestion et dans l’informatique embarquée: ma forte perception, c’est que nous sommes encore au début: il existe de nombreux besoins mal remplis ou pas remplis du tout.

    Cela se place dans une tendance de fond que l’on constate déjà de polarisation du marché du travail entre des métiers très qualifiés avec de vrais perspectives (dont une grande partie dans la « high-tech » ) et des emplois « banalisés » aux conditions peu agréables, notamment dans les services.

    Pour ma part, j’ai déjà fait mon choix entre Hugo et Turing pour mes enfants: ils ont eu un clavier dans la main avant de savoir parler. Waterloo morne plaine attendra un peu.

  • @ nous Français: Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dîtes parce que vous faîtes la confusion entre le fond et la forme. On peut très bien être favorable à cette réforme et permettre à ses opposants de débattre dans de bonnes conditions (invitation sur les plateaux de télévision, pas d’insulte pendant le débat par exemple). Ce que nous reprochons au gouvernement est d’avoir fait publié un décret en omettant deux choses. D’une part, les décrets doivent normalement être approuvés par le Parlement. D’autre part, le refus des professeurs de la réforme démontre très clairement que quelque chose ne va pas. Le mieux aurait été de remettre tout ça à plat pour en discuter tranquillement. Le calendrier de la réforme n’arrangera rien car tout sera fait dans la précipitation. Il ne reste que trois mois avant la rentrée des classes. Beaucoup de questions restent et il est incertain que tout sera réglé à temps.

    Il est clair qu’il faut un renouvellement de l’Éducation nationale parce que les gens qui sont dedans sont imprégnés d’analyses de Bourdieu contestées depuis bien longtemps. Pour eux, c’est l’origine sociale de l’élève qui garanti sa réussite. C’est oublier que chacun est une personne unique fonctionnant différemment. Il vaudrait donc mieux mettre en place des groupes de niveaux qui permettrait aux élèves de progresser en fonction de leur capacité et de les motiver en classe. Il y a deux types d’ennuis. D’une part, un bon élève s’ennuie parce que le niveau est trop faible pour lui. Donc, il vaut mieux le mettre avec de bons élèves. D’autre part, un mauvais élèves s’ennuie parce que la pédagogie est à revoir. Comment transmettre le savoir à l’enfant ? C’est une question que personne ne se pose. Si la prise de note est importante, l’interaction l’est aussi.

    A cela s’ajoute une conception dangereuse de l’École. Car pour nos idéologues, l’École est bien plus qu’un transmetteur de savoir. L’objectif est aussi de détacher l’élève des « déterminismes ». Autrement dit, l’arracher de sa culture et de sa famille pour en faire un Homme nouveau. Ce n’est pas moi qui le dit mais Vincent Peillon dans son livre la Révolution française est terminée. Elle s’illustre parfaitement avec le programme d’Histoire où le christianisme médiévale, l’humanisme de la Renaissance et les Lumières de la fin du XVIIIème siècle ont été relégués au rang de « mode facultatif » tandis que l’enseignement de l’Islam, la traite négrière (que la France n’a jamais pratiquée réellement) ou encore la culpabilisation sur la Shoah et la collaboration sont obligatoires. Nous sommes parfaitement au courant de cela et c’est pourquoi nous sommes très inquiet sur la volonté d’endoctrinement des enfants. http://www.dailymotion.com/video/x704hn_la-revolution-fr-n-est-pas-terminee_creation

  • @ Antoine: « la traite négrière, que la France n’a jamais appliqué réellement »? que voulez-vous dire? Vous reprochez l’idéologisme de Peillon et vous voulez refaire l’Histoire à votre sauce?

  • @ Uchimizu:

    Je suis d’accord avec vous sur la persistance de métiers informatiques très qualifiés et d’emplois de petites mains sans intérêt. Mais à mon avis, ce petit nombre de personnels qualifiés seront d’abord des concepteurs de systèmes et non plus des codeurs car le code sera le fait des ordinateurs tout comme le chirurgien de demain pilotera des robots mais n’opérera plus.

    En dehors de cela, est-on condamné à choisir Turing contre Hugo ? On peut aimer la programmation et la littérature avec la même passion d’autant que le français est une langue très rigoureuse dans ses articulations, très logique (est-ce un hasard que Descartes soit français ?). Il suffirait donc de l’enseigner dans toutes ses exigences (comme les maths) pour avoir des esprits capables de raisonnements rigoureux donc éclairés.

  • Yann a écrit :

    En dehors de cela, est-on condamné à choisir Turing contre Hugo ?

    Bonsoir,

    évidemment non, on n’est pas obligé de choisir de façon binaire, mais il me semble légitime d’adapter le temps d’enseignement aux sujets utiles du moment. Et je pense que l’enseignement gagnerait à être moins centrée sur la littérature du XIXè siècle, qui est une toute petite partie, et loin d’être la plus intéressante à mon avis, des beaux arts. Que j’aurais aimé lire 1984 ou Fondation plutôt que le Père Goriot à 16 ans.

  • Antoine a écrit :

    la traite négrière (que la France n’a jamais pratiquée réellement)

    Bonsoir,

    je ne suis pas forcément un défenseur de la culpabilisation à outrance, mais il faut rappeler que les Antilles françaises fonctionnaient gràce à l’esclavage. Nantes était à la grande époque du commerce triangulaire un des premiers ports armant des expéditions du commerce triangulaire.

    Il serait bon de rappeler également que l’empire Ottoman, et les différents royaumes africains pratiquaient aussi l’esclavage pour sortir de la vision d’un monde de salauds européens et de bisounours victimes, mais cela n’enlève rien au rôle significatif des français dans l’esclavage.

  • @ Germaine: Je veux dire tout simplement que l’escavage n’a jamais été une source d’économie pour notre pays au temps de l’Ancien Régime. Je ne nie pas que l’esclavage a été rétablit sous Napoléon Ier mais c’était sous la pression des esclavagistes alors qu’il n’en avait pas envie. Il faut voir les faits qui se sont déroulés sous la monarchie.

    • 1310: Louis X le Hutin publie un édit qui affirme que tout esclave arrivant sur le sol de France sera affranchis.
    • Controverse de Valladolid: l’Église catholique prend position grâce au Dominicain Bartolomé de Las Casas en faveur des Indiens d’Amérique. Ils sont reconnus comme des êtres humains à part entière.
    • Louis XVI légifère contre l’esclavage mais son édit ne peut être appliqué car le contexte ne s’y prête pas.

    Certes, il faudrait plus d’exemple pour illustrer la lutte contre l’esclavage mais rappeler ces trois faits importants est déjà bien. L’abolition de l’esclavage est le fruit d’un long parcours car elle ne s’est jamais faîte du jour au lendemain contrairement à ce que prétend l’Histoire officielle. Ajouts aussi que le christianisme a tout fait pour améliorer le sort des esclaves et leur traitement par les maîtres qui étaient parfois trop brutaux envers eux. Elle n’a pu intervenir juridiquement parce que c’est le Roi qui légiférait. Je ne suis donc pas en train de faire l’Histoire à ma sauce. La réalité historique est trop complexe pour en faire une lecture manichéenne, c’est le cas aussi pour la collaboration de Vichy ou encore les Empires coloniaux. Cette méthode ne fonctionne pas et les interprétations données sont erronées.

  • @ Uchimizu: C’est vrai que Nantes et Bordeaux ont été impliqués dedans mais le rôle de la France est plus compliqué que ça car à l’époque, elle était plus mauvaise que l’Espagne ou le Portugal par exemple.

  • @ Antoine: « l’escavage n’a jamais été une source d’économie pour notre pays au temps de l’Ancien Régime. » ceci est une affirmation fausse et non fondée, je vous renvoie au commentaire d’Uchimizu, en remarquant que votre démarche « historique » est à l’opposé de ce que nous enseignons au collège. Louis XVI n’a jamais aboli l’esclavage mais le servage. L’esclavage a été aboli une première fois par la Convention en 1794, puis rétabli par Napoléon pour uniformiser les colonies, votre justification qu’il ne le « voulait » pas est bien peu fondée, la politique est un peu plus compliquée que votre vision bisounours. Vos références sur Louis X sont hors sujet car elles sont antérieures à la traite négrière organisée au XVIIè siècle. Vous n’avez pas compris (ni lu?) la controverse de Valladolid qui ne portait pas sur la question de savoir si les Indiens d’Amérique étaient des êtres humains, ce que l’Eglise n’a jamais nié, mais de savoir si ces êtres humains étaient appelés au salut donc à convertir. « L’abolition de l’esclavage est le fruit d’un long parcours car elle ne s’est jamais (faite) du jour au lendemain contrairement à ce que prétend l’Histoire officielle. »: voilà encore une affirmation gratuite que je vous demanderais d’étayer, à condition de définir déjà le terme « Histoire officielle »… Dommage de réécrire l’Histoire à votre sauce mais réjouissons-nous, vous ne paraissez pas être prof d’Histoire! Je vous suggère d’aller passer vos vacances sur l’ile de Gorée pour faire votre nécessaire repentance.

  • Comme toujours sur ce blog, je vous demanderai de mesurer vos propos, sans quoi ils seront soit non publiés soit supprimés.

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