La chute de Reims

Je suis comme Ségolène Royal : j’ai un petit côté mystique. Je crois aux signes. Le message d’erreur de Twitter n’est pas qu’un message d’erreur. Amis, c’est une allégorie. Evidente. Pour vous, qui est la baleine ? Attention, pas de noms ! « Ségolène a demandé qu’on se respecte, alors respectons-nous« , comme disait Martine hier à la tribune, sans ironie aucune. Cette baleine endormie, échouée, dans une molle synthèse, n’est-ce pas le parti socialiste ? Et les petits oiseaux, tous les efforts rassemblés pour la sauver, malheureusement en vain : overcapacity ?

Vous me direz : « ce n’est qu’un message d’erreur« . Mais non : Nicolas Voisin me disait que même lors de l’élection d’Obama, twitter n’était pas tombé en rade. Un signe, vous dis-je. Et un signe qui m’était personnellement adressé, puisque je twittais pour la première fois. Les discours de Ségolène Royal, et de Martine Aubry, en direct grâce à LCP. Etonnant spectacle. En soi.

Étonnant spectacle que celui du Parti Socialiste ce week-end, aussi. A vous faire douter de l’efficacité de la démocratie.

Car, en vérité, faut-il vraiment moquer le fonctionnement du Parti Socialiste ? Ne fait-il pas preuve d’une rigueur démocratique et d’une transparence exemplaires ? Chez eux, les rivalités éclatent en plein jour, sous les sunlights. La tragédie se noue sous les yeux des français. On se conjure, on s’implore, on s’avertit. Mais en fin de compte, on vote véritablement, sur un peu plus de quatre motions, et l’on votera, jeudi soir, pour départager les Martine Aubry, Benoît Hamon et Ségolène Royal. A côté, le fonctionnement de l’UMP peut laisser songeur, y compris lorsqu’il s’agit de voter pour un candidat qui n’est en fin de compte opposé qu’à une candidature de témoignage. Seulement voilà : le Président de la République n’est pas socialiste.

Faut-il désespérer d’un fonctionnement démocratique ? Certes un élément pertubera l’analyse : à l’UMP, une personnalité s’imposait. Au Parti Socialiste, aucun ne se détache, sans que l’on sache vraiment si c’est parce qu’ils sont tous brillants. Ou tous médiocres.

Ségolène Royal, hier, laissait perplexe. Il y a évidemment pour moi une perplexité devant quelques effets faciles. Car il est quelque peu désagréable, inutile, et déplacé, de confisquer la République. Les socialistes étaient là en 1789, nous dit-elle. Inutile d’en discuter tant cela est historiquement dépourvu de sens. Et puis, pour justifier son jeu d’alliances, voilà qu’elle évoque « le rassemblement de tous les républicains« , le « combat de tous les républicains« . Passons.

On retrouve en tout état de cause la Ségolène Royal que nous connaissions lorsqu’elle évoque une bien peu réaliste « consultation directe » des militants sur la question des alliances. Souvenons-nous de son programme présidentiel : rien, sur les sujets clivants, qui ne puisse se résoudre par un moratoire, un débat public, ou un référendum. Pourtant, d’aucuns pouvaient penser qu’un Congrès était précisément le lieu d’un tel débat. Et puis, franchement, quand donc Ségolène Royal entend-elle organiser une telle consultation ? Est-ce avant le 1er tour que l’on peut envisager ouvertement l’hypothèse d’être minoritaire ? Une consultation peut-elle être sérieusement organisée entre les deux tours, alors qu’il faudrait encore que les parties susceptibles de s’allier se déclarent ? Et peut-on imaginer que c’est à ce moment que doit être tranchée la question de l’alliance avec François Bayrou ou Olivier Besancenot, comme si ces solutions pouvaient être interchangées ?

Et puis, il y a ce changement de ligne continu. Comme le souligne Verel, pour le militant socialiste habituel, « une candidate qui exprime une idée parce qu’elle sent que c’est ce que les gens ont envie d’entendre aujourd’hui, mais qui pourrait dire le contraire demain, c’est absolument insupportable !« . On les comprend. Ségolène Royal peut-elle être à la fois celle qui invoque les grandes luttes sociales, et jusqu’au Front Populaire (pas moins), et celle qui voyait dans la généralisation des 35h et le smic à 1500 €, des propositions « pas du tout crédibles » ? Je reprends, car oui, elle peut l’être, et elle le démontre. Mais peut-elle l’être de façon crédible ?

Et, il faut tout de même le dire car cela a son importance, peut-elle incarner véritablement le renouveau avec un phrasé aussi laborieux ?

Martine Aubry, elle, s’avérait nettement plus combative et mobilisatrice, faisant même preuve d’humour. Et les huées d’un bon tiers de la salle pendant le discours de Ségolène Royal se transformaient en standing ovation. Longue, même. Moi-même d’ailleurs, je me sentais soudainement un brin révolutionnaire. N’eût-ce été la liturgie, j’aurais même cru entendre Monseigneur Vingt-Trois, sur le travail dominical. Et sincèrement, je pouvais comprendre qu’un militant se sente autrement transporté par son intervention que par les vaines et laborieuses litanies de Ségolène Royal (« nous étions là« , « nous sommes les socialistes« ).

Sur Twitter, certains s’efforçaient de soutenir qu’elle parlait pour les délégués, pour le vieux parti, pour une salle acquise et facilement enlevée. Et ma question se perdait dans les limbres twitteriennes… Car ces délégués ne sont-ils pas un tant soit peu représentatifs des militants ? A tout le moins de ceux qui prennent la peine de voter ? J’ai donc pris mon courage à deux mains et noté que les délégués sont désignés à la proportionnelle par les Congrès Fédéraux. Il eût été étonnant que les Congrès Fédéraux précèdent de trop longtemps le Congrès National et, de fait, une petite vérification permet de constater que les délégués présents à Reims – ceux qui ont hué, ceux qui ont applaudi, ceux qui se sont levés – ont été élus par les militants quelques jours seulement avant le Congrès de Reims. On peut donc les présumer représentatifs…

Pour autant, Martine Aubry peut-elle incarner un quelconque renouveau ?

Je lisais que Pierre Larrouturou et d’autres dédramatisaient le résultat du Congrès de Reims, en affirmant qu’il y aura, de toutes façons, une majorité à l’issue du vote des militants, jeudi. Il est permis d’en douter. Ne serait-ce, si je puis me permettre, que parce qu’il y a 3 candidats. S’engageront-ils alors dans une nuit de négociations pour répartir les postes ? [edit : oublié de tenir compte de l’existence d’un second tour] Si Ségolène Royal l’emporte, peut-elle vraiment imaginer mener un parti qui rejette sa personne à 70% ? Si elle échouait, imagine-t-on vraiment qu’elle contribuera loyalement aux travaux du parti ?

Nous sommes à un peu plus de 3 ans 1/2 des prochaines présidentielles. Peut-être à 3 ans de la désignation du candidat socialiste. Trois ans lui seront-ils suffisants pour surmonter ses criantes divisions ? On peut penser que les prochains mois s’avèreront aussi remuants au PS que l’ont été ces trois jours, et que le PS se condamne de nouveau à être un parti d’élus locaux, pas nationaux.

Avais-je raison de craindre devoir douter de l’efficacité de la démocratie ? Peut-être faut-il seulement douter de la modernité institutionnelle du PS, et de sa capacité culturelle à s’adapter. Il me semblait que le PS en était décidément resté à la IVème République. Pour mon camarade Jules, le vote de jeudi augurerait d’une « métamorphose » du PS, évoluant vers un modèle à la… Vème République (50 ans après, pourquoi pas ?). C’est le scénario le plus favorable, quoique je sois réservé sur la suite de ce vote. Liberal, dans un commentaire presqu’antique, se montrait moins optimiste en considérant que les socialistes ont en fait un vrai « problème avec le leadership et la figure du chef« , syndrôme qui, il est vrai, ne touche pas des formations comme LO et la LCR.

Ce n’est donc pas de la démocratie que ce Congrès incite à désespérer, mais de la faculté d’adaptation du PS… Comme me le souffle mon ami Twitter, « something is technically wrong« . Un bon diagnostic, en fin de compte.

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93 commentaires

  • Une fausse manoeuvre m’a fait perdre le commentaire dans lequel jmfayard me demandait :

    D’après des échos que j’ai eu, Ségo serait “trop catho” dans sa manière d’être. C’est aussi ton impression Koz ?

    Difficile de faire la part des choses. Ce n’est pas impossible. Il est vrai que ses appels à “s’aimer” même “un tout petit peu” sonnent un peu bizarrement dans un parti politique et quand elle décrivait hier l’action des militants, j’avais un peu l’impression d’entendre le Secours Catholique. Aujourd’hui, elle dépose sa profession de foi (quelle célérité !) dans laquelle elle écrit : « Nous avons les talents individuels. A nous de tisser le talent collectif ». Or la lecture du jour est précisément “la parabole des talents”. Coïncidence peut-être, probablement : le mot “talent” n’étant pas déposé. et puis, une fois que l’on a « identifié » une personne, lit-on les propos de la même manière ?

    Sans compter que “qui veut tuer son chien…”

  • je désespère moins de la démocratie que de celle ci revue et corrigée par le prisme people et le cirque mediatique…

  • et son « ouvrez (grands) les portes » du PS ?

    Ségolène puise (depuis la campagne) abondamment dans la symbolique et l’imagerie catholique. Bizarre pour un parti aussi anticlérical.

  • Je crois que Ségolène Royal et son équipe ont réussi le congrès de Reims avec mention très bien et, malgré les apparences, Delanoë avec mention bien. Je ne me prononcerai pas pour les autres.

    Je pense que SR, Peillon, Collomb et compagnie peuvent rendre le parti socialiste sympathique et moins sérieux comparé au socialisme trop sérieux et ringard d’Aubry ou au socialisme ennuyeusement lourd de Hamon.

    Je dois avouer que même si Ségo est une cruche et par moments très antipathique, elle insuffle beaucoup de fraîcheur à ce PS qui en a tellement besoin. Ca peut être très séduisant pour beaucoup d’électeurs. Comme disent les Vaudois, je vais être plutôt déçu en bien si c’est Ségolène qui l’emporte.

    Quoi qu’il arrive le PS ne sera plus le même.

  • Pingback: Paso Doble n°98 : L’abdication de Reims | “Toreador, un oeil noir … dans l’arène politique !”

  • « Si Ségolène Royal l’emporte, peut-elle vraiment imaginer mener un parti qui rejette sa personne à 70% ? »

    C’est un résultat de premier tour, soyons un peu sérieux.
    Ou alors : « Si N. Sarkozy l’emporte, peut-elle vraiment imaginer mener un pays qui rejette sa personne à 70% ? »

  • Pepito, tu dois te fonder sur le Zénith. Parce qu’à Reims, en l’écoutant, ce n’est pas à la fraîcheur que l’on pense le plus.

    thibs a écrit:

    C’est un résultat de premier tour, soyons un peu sérieux.

    A ceci près, mais vous me détromperez, bien sûr, que les membres d’un parti sont censés avoir quelques convictions communes.

  • L’allusion aux républicains prouve que Ségolène ou celui (ou celle) qui prépare ses discours connait ses classiques : on lui reproche de vouloir s’allier à la droite (le Modem et Bayrou) et elle répond Républicains, allusion à la phrase d’un grand classicisme à gauche
    « nous appelons tous les électeurs de gauche et les républicains de progrès à nous soutenir et à faire front devant la droite »,
    phrase qui doit dater de la IIIème république!

    Sur le vote de jeudi, si personne n’a 50% il y a un second tour prévu vendredi entre les deux premiers

  • Koz, tu as raison, je n’ai pas écouté une seule parole du congrès de Reims (j’avais plus intéressant à faire, désolé). Le Zénith, j’ai détesté :-(.

    Je ne sais pas d’où je reçois des ondes positives de l’équipe à Ségo, sans doute un phénomène temporaire…

  • Présent à Reims , je dois reconnaitre que j’ai vécu une désillusion à la hauteur de l’évènement.

    Vu de l’intérieur (après une course au badge d’accès assez incroyable), ce fût assez dramatique.

    SR pour commencer. On peut estimer qu’elle représente une certaine sensibilité à l’opinion, mais cette sensibilité me fait venir à l’esprit la phrase suivante « sa pensée est comme de l’eau de roche, transparente et elle prend la forme de tout ce qui peut la contenir ». En appeler à rallumer « les soleils et toutes les étoiles du ciel » en plein congrès du PS, verser dans une mystique lacrimale et déborder en pathos misérabilisant, je dois dire qu’une telle dérive m’interpelle..

    Martine Aubry, ensuite, arrivée en commission des résolutions avec une volonté de trouver un compromis..ah ben non en fait c’étaiy soit elle soit elle. Ou alors pas elle mais Benoit hamon, mais en tout cas, hors de question de quelqu’un de la motion A, même pas Moscovici pourtant dragué à grand renfort durant le pré-congrés.

    A vouloir jouer la grande en servant du prêt à penser socialiste « de gauche », elle n’a clairement joué que sa partition.

    Deux bons points pourtant:

    1. Benoit Hamon, à la hauteur de l’évènement même si ce congrés n’était pour lui qu’une façon d’exister (candidat annoncé, candidat jusqu’au bout), mais vrai talent d’orateur, et avec la phrase du congrès pour moi , la dernière de son discours, « dans ce combat qui s’annonce, j’ai l’honneur de vous demander d’être en première ligne » (le coeur et les tripes des socialistes n’en demandaient pas tant)

    2. Bertrand Delanoé au final aussi. Malgré un sentiment plus mitigé. Il s’est affirmé comme le meilleur orateur du lot, le plus pragmatique aussi, et il a dû se tenir à sa ligne. Sa candidature n’était pas un préalable, il a cru en AG de motion samedi soir pouvoir y aller, avant de finalement renoncer dans la nuit, la seule porte de sortie, pas la plus simple politiquement, était de ne pas présenter de candidat.
      Il « prouve » ainsi sa mise à dispo au PS, assez rare dans ces temps d’égos virvoltants. (ne soyons pas naif, ce n’était quand même qu’une façon de se placer pour 2012).

    Au final, tractation, messes basses, fonctionnement du 19ème siècle, oui le PS est toujours un parti municipal, oui SR va faire éclater tout ça, mais où est le chemin qu’elle trace? Nul part, elle suit le GPS de l’opinion…

  • Déjà en 1789 des républicains, il n’y en a pas, alors des socialistes …
    1792 je dis pas, mais 1789, personne n’ose imaginer un pays sans le roi, avec l’argument que la France est pas dans le même registre qu’un canton suisse.

  • Comme je le disais un peu trop tôt sous le précédent billet, il me semble que suggérer de soumettre la question de l’alliance avec le Modem au vote des militants est une imposture.

    Sauf à considérer que les militants qui voteraient pour SR lui donnent carte blanche pour une  » alliance  » avec le Modem sans débattre des divergences, des convergences, du négociable, du non négociable.

    Ségolène Royal a-t-elle à un moment donné mis clairement sur la table de son parti les conditions d’un  » programme commun  » d’une coalition avec le Modem ?

    Rien n’est dit clairement mais elle se présente comme la modernité face à l’archaïsme…( François Bayrou symbole de la modernité du PS, c’est à tomber de sa chaise ! )

    De l’autre côté du Rubicon, François Bayrou attend tout en se moquant du PS dont le nez s’allonge comme celui de Pinocchio.

    Je n’imagine pas qu’un militant du PS se réjouisse à ce spectacle.

    Pourtant, 29 % de 51 % des militants inscrits ont choisi la motion de SR la semaine dernière.

    D’accord, 29 % de 51 % cela ne fait plus que 14,5 % des inscrits mais c’est le meilleur score.

    14,5 % des militants inscrits peuvent-ils décider de modifier la ligne politique du PS sans autre débat ?

    Ségolène Royal se comporte en star, elle met en avant sa personne, elle ouvre ses bras, appelle à l’amour, femme blessée mais debout elle a des comptes à régler.
    Ce n’est pas crédible pour ceux qui s’appuient sur la raison mais pour les autres ? ceux et celles qui privilégient l’émotion, l’image, la victimisation triomphante…

  • « En appeler à rallumer “les soleils et toutes les étoiles du ciel” en plein congrès du PS, verser dans une mystique lacrimale et déborder en pathos misérabilisant. »

    Marrant, dans la bouche d’un barbu comme Jaurès cette phrase serait de l’inspiration pure ; dans la bouche d’une bonne femme, c’est tout de suite du pathos lacrimal. Pourtant c’est bel et bien Jaurès Jean qui appelait à rallumer les soleils et toutes les étoiles du ciel !

    Si j’étais le nègre de Ségo, je m’amuserais à insérer en loucédé des citations de Sarkozy dans ses discours pour voir si là encore on l’accuse d’accumuler bourde sur bourde.

    à carrédas : les 55% de participation apparente révèlent surtout que bon nombre de votants « potentiels » (ceux qui étaient adhérents à un moment ou à un autre depuis trois ans et avaient la possibilité de régler leur situation au dernier moment) se sont depuis longtemps éloignés de ce vieux parti. On peut les comprendre…

  • il est ,au dela des querelles intestines, confondant de voir la vacuité abyssale de la pensée du P.S. face à la crise. Coincés entre l’absurdité d’un retour au marxisme et le pragmatisme actif de notre Président ,ils n’ont tout simplement pas de reponses.Ils ne savent plus ou ils habitent.Exemple: l’hypothese d’une alliance avec le MODEM n’est pas le fruit d’un rapprochement d’idées mais le resultat d’une constatation,pour etre élu il faut 50,1 c’est mince comme plateforme

  • Verel a écrit:

    Sur le vote de jeudi, si personne n’a 50% il y a un second tour prévu vendredi entre les deux premiers

    Tu as raison, j’avais un peu zappé ça, alors pourtant qu’on me l’avait dit (sur facebook). C’est qu’il se faisait tard…

    Pour retomber un peu sur mes pieds, je dirais que cela contribue à cette évolution vers la 5ème République. Et puis, après tout, ces 50% à venir seront comme une fiction masquant les profondes divisions existantes (mais c’est aussi le « jeu ») qui n’est pas forcément plus mauvaise que les synthèses fictives.

    On ne peut pas, non plus, moquer les synthèses et les clarifications (même si elles restent à venir).

    azerty a écrit:

    l’hypothese d’une alliance avec le MODEM n’est pas le fruit d’un rapprochement d’idées mais le résultat d’une constatation,pour être élu il faut 50,1 c’est mince comme plateforme

    C’est exact. Et le tout fondé sur un prétendu front républicain… Il faut toutefois être juste avec Ségolène Royal : il est parfois aussi difficile d’identifier les idées de Bayrou que les siennes.

  • Koz a écrit:

    jm, pour le côté catho (qu’il s’agisse de convictions ou d’une instrumentalisation – pas à moi de trancher); tu peux lire ce que raconte Patrice de Plunkett à ce sujet.

    P. de Plunkett évoque l’étiolement de la démocratie, moi j’y verrais un dévoiement de la foi, de ce besoin de croire qui erre ailleurs que dans les religions.

    ( J’aime beaucoup cette place qu’il donne à Ségolène Royal : ni à droite ni à gauche mais au plafond… )

  • Nous sommes d’accord. Il s’agit plus d’un registre, d’une façon de se placer que de fond.

    Pour ce qui est du « pourquoi pas ? », je suis plus réticent. Certes, il est un peu naïf de vouloir que les politiques ne s’adressent qu’à l’intelligence des électeurs, mais le recours à un registre religieux la place dans une position quasi-prophétique pas très saine. On sait que les militants (et les électeurs convaincus) ont déjà une tendance naturelle à voir dans un candidat un homme providentiel. Faut-il en rajouter ?

  • jmfayard a écrit:

    Marrant, dans la bouche d’un barbu comme Jaurès cette phrase serait de l’inspiration pure ; dans la bouche d’une bonne femme, c’est tout de suite du pathos lacrimal. Pourtant c’est bel et bien Jaurès Jean qui appelait à rallumer les soleils et toutes les étoiles du ciel !

    A la différence près que Jaurès est mort en 1914, et que l’époque était volontiers aux déclarations pompeuses. Quant au nègre de SR il faudra qu’il fasse attention à ce qu’il insère car ce qui sonne bien dans la bouche de certains passe relativement mal lorsque l’orateur annone..

    Je n’ai rien de personnel contre SR, mais à choisir quelqu’un capable, sur la forme, de porter un message autant prendre peillon qui lui est très bon.
    Quant au fond c’était barre à gauche toute, dans un grand écart des plus aventureux..

  • C’est surtout que les coups de barre sont un peu trop fréquents, avec elle : cf. l’épisode que je rappelais sur les propositions « pas du tout crédibles » qu’elle a dû défendre et le « ça tout le monde le sait » asséné en réponse à un « vous voulez dire que vous avez défendu un programme auquel vous ne croyez pas ?« 

  • Mitterrand n’était pas transparent comme de l’eau de roche, il n’était pas bon orateur. Mais il avait une stratégie de conquête du pouvoir. Et il a gagné.

    Ségolène n’a pas de projet précis (les autres en ont-ils ? Après avoir lu le livre de Delanoë et écouté martine Aubry, rien n’en ressort de précis), mais on retrouve cette stratégie chez elle depuis maintenant 3 ans. Je pense que dans un PS sans colonne vertébrale, elle offre une direction bien plus claire que les autres candidats : elle ne veut plus un PS qui se cantonne à rester dans l’opposition pour disposer d’un maximum d’élus locaux. En ce sens, la présence de Valls et Peillon à ses côtés n’est pas sans signification.

    Certes, je n’aime ni ses idées, ni le personnage, ni la façon étrange qu’elle a de s’exprimer. Mais je suis admiratif de la voir dérouler un plan si bien préparé au point de menacer de ravir le PS aux éléphants qu’on croyait inamovibles, elle qui vient de nulle part et n’a jamais fait grand chose.

  • comment plomber la campagne de Martine?
    « PS : Bertrand Delanoë appelle à voter pour Martine Aubry »

    comment plomber la campagne de Ségolène?
    « Bayrou: ceux qui refusent le dialogue avec le Modem votent Sarkozy »

    messieurs, merci de bien vouloir passer dans la pièce d’à coté pendant que les femmes discutent de choses sérieuses 😉

  • Je n’ai rien de personnel contre SR, mais à choisir quelqu’un capable, sur la forme, de porter un message autant prendre Peillon qui lui est très bon.

    Si je résume, Ségolène Royal aurait deux défauts principaux : 1) oratrice médiocre et 2) avoir une équipe talentueuse derrière elle (Vincent Peilllon par exemple). Le 1) est-il un problème majeur ? Non, suivre une formation adéquate permettrait rapidement de le gommer. Quant au 2), ça ressemble plutôt à un avantage.

    Car la vraie question est de savoir si on veut reconduire la stratégie Hollande 2002-2006 (consacrer ses talents d’équilibristes à empêcher le parti d’imploser sous le poids de ses ambitions concurrentes et de ses contradictions – du moins gagner du temps) ou si on veut plutôt s’inspirer de la stratégie Sarkozy (trancher dans le vif la question du chef de file, prendre le parti, le mettre au travail sur une période de plusieurs années, en faire une machine électorale, gagner l’élection présidentielle). SR préfère la deuxième option quitte à jouer au quitte ou double.

    Car la première solution est clairement plus confortable à court terme pour un vieux parti qui ne s’occupe plus que de lui-même. Mais que se passera t’il une fois la sorcière Ségolène éliminée ? On peut parier que le même cirque recommencera pour savoir qui de Fabius, DSK, Delanoë, … avec dénouement dans la précipitation et l’aigreur juste avant la présidentielle de 2012.

  • Le 1) est-il un problème majeur ? Non, suivre une formation adéquate permettrait rapidement de le gommer

    Il faut qu’elle change de nègre aussi AMHA.

  • Les envolées de Jaurès passaient peut être bien dans un discours politique il y a un siècle, mais maintenant…

    Et je ne pense pas que ce soit le seul problème, j’ai essayé d’en parler chez Dagrouik

    (j’espère que le taulier ne m’en voudra pas de faire la pub pour un site socialo).

  • Pour un site socialo, non. Pour Dagrouik qui m’insulte publiquement (et, non, sans distance ni ironie), et a des comportements de petit terroriste intellectuel de bas étage, j’ai plus de mal.

    Sinon, pour info la lettre, un peu creuse de Delanoë aux militants.

    Aurelien a écrit:

    Mais je suis admiratif de la voir dérouler un plan si bien préparé au point de menacer de ravir le PS aux éléphants qu’on croyait inamovibles, elle qui vient de nulle part et n’a jamais fait grand chose.

    Est-ce que le fait d’arriver à chourer le parti pour quelqu’un qui vient de nulle part et n’a jamais rien fait en dit plus long sur elle, ou sur l’état du parti ?

  • Oh pu… Bob ! … il est trop bon du top le blog que vous citez…

    J’ai lu quelques commentaires et par exemple on lit Superpado qui vous répond cela (donc de la part d’un militant socialiste pro-Royal a priori) : «  » Faut rester politique mes amis, faut rester entre nous, la politique c’est entre gens engagés, avec une carte sinon on parles des gens tout court et ça c’est pas bien. «  »

    Ouarf, ça c’est vraiment du « adepte de la secte à Ségo » hein … ! 🙂 Surtout, que le bon peuple ne vienne pas nous polluer nos croyances…

  • @Olivier: attention, cette phrase est une critique ironique de la position d’Aubry (« certains préfèrent le désarroi d’un syndicaliste au désarroi d’une femme qui n’arrive plus à manger correctement »), ce n’est pas la position de superpado.

    Ça l’air marrant comme ça leurs débats au P.S., mais quand tu ne soutiens pas vraiment la politique du gouvernement actuel, donc qu’il est fort probable que tu votes pour l’opposition en 2012, tu aimerais bien cette opposition se montre digne de ton vote.

  • Koz a écrit:

    A ceci près, mais vous me détromperez, bien sûr, que les membres d’un parti sont censés avoir quelques convictions communes.

    Grosso modo, c’est le cas. Si j’ai bien compris, il y a 20% du parti qui a une sensibilité un peu plus franchement à gauche, mais c’est bien tout, question nuances.

    Vous n’avez pas manqué de le souligner, et le fait qu’ils n’aient trouvé que la question des alliances pour se différencier le démontre à l’envi : la bagarre porte uniquement sur le nom du chef et celui du futur candidat, et pas du tout sur les convictions. Dans ces conditions, et vu le nombre d’écuries présidentielles en présence, il n’y a rien d’étonnant que personne ne dépasse les 30% au premier tour.

    Le problème du PS, c’est que leur organisation est faite pour empêcher une personnalité de dominer clairement (Liberal a écrit un commentaire très fin sur ce sujet). Sauf si miracle se produit, tel que l’élection de Royal ou Aubry au premier tour avec une large majorité, ça ne risque pas de s’arranger. Une fois le chef choisi, tous les battus vont passer leur temps à chercher un moyen de le faire tomber.

    C’est grand dommage, car comme le dit fort bien Authueil, la France (et même la droite, nonobstant les efforts de Sarkozy pour tuer toute opposition dans l’oeuf) a besoin d’un PS qui tienne la route.

  • Je me lance comme nègre de Ségo (avec du Sarko inside comme promis plus haut). Qu’en pensez-vous ? 🙂

    Français, prompts à détester votre pays et son histoire, écoutez la grande voix de Jaurès: « Nous sommes le socialisme, levons-nous, vertu et courage, car nous rallumerons tous les soleils, toutes les étoiles du ciel, nous sommes les socialistes, il reste tant à faire, alors faisons-le, nous sommes les socialistes, tous ensemble ».

    Pourquoi la gauche n’entend-elle plus la voix de Jaurès ?

  • @ Koz:
    Je ne veux pas insulter Obama qui a plusieurs pointures de plus que notre Ségo nationale, mais son parcours n’est pas très éloigné. Qui parlait de lui il y a 3 ans ? Qui aurait parié un kopeck sur ce sénateur démocrate ? Il a pris la tête du parti dans des primaires enragées. Et le parti démocrate n’était pas le plus en mal en point des deux grands partis en présence. Bon, le paysage politique américain n’est pas le même que le nôtre.

    Il faut croire au principe de rupture ;o)

  • Dans le sens de mon propos, de celui de Liberal et de celui de Jules, ce chat avec Gérard Grunberg :

    Le Parti socialiste doit choisir une bonne fois pour toutes entre la logique présidentielle et la logique parlementaire

    A lire aussi :

    Le Parti socialiste semble avoir oublié que son accession au second tour n’est pas automatique. Pour l’instant, d’après les sondages, seule Ségolène Royal pourrait devancer Bayrou dans une conjoncture où Olivier Besancenot pourrait dépasser les 10 %. Certes, Martine Aubry, si elle l’emportait vendredi, pourrait voir sa crédibilité augmenter. Mais si le Parti socialiste est éliminé dès le soir du premier tour de la prochaine élection présidentielle, sa situation deviendra véritablement grave. Il faudrait donc que ce parti se préoccupe plus qu’il ne le fait de la question présidentielle, et qu’il ne tente pas, comme ce fut le cas dans cette étrange campagne du congrès, de faire de la présidentialisation du parti un tabou. On voit d’ailleurs que, comme on pouvait le penser, ce sont bien deux présidentiables qui s’affronteront pour la direction du parti.

  • frednetick a écrit:

    A la différence près que Jaurès est mort en 1914, et que l’époque était volontiers aux déclarations pompeuses. Quant au nègre de SR il faudra qu’il fasse attention à ce qu’il insère car ce qui sonne bien dans la bouche de certains passe relativement mal lorsque l’orateur annone..

    C’est exactement ça et dans la bouche de SR, ça sonne comme du Stone & Charden. En fait, le discours de Royal est un peu plus compliqué à analyser que ce qui est dit en général en termes d’ingrédients. Plutôt que l’aspect religieux ou mystique, il s’agit surtout d’essayer de faire du neuf avec du vieux.

    Les socialistes ont réalisé plusieurs choses avec la pratique du pouvoir, (en vrac et non exhaustif) : d’abord que l’idéal social n’était pas forcement idéal, qu’il existe un décalage entre la dure réalité et les discours que le PS a toujours servis, que les économies nationales et les résultats sont totalement tributaires de l’économie mondiale, que le rêve de grand soir n’était qu’un rêve, que l’Europe et ensuite le monde avaient depuis longtemps adopté une économie de marché, que dans le domaine de la régulation, l’enfer était pavé de bonnes intentions, que l’État n’est pas là pour fournir une solution à tous les problèmes individuels ou une lumière vers qui le bon peuple doit se tourner et que les gens de gauche ne sont pas « les gentils » et les gens de droite des « méchants ».

    Il en résulte une sorte de cynisme « de gauche », une de désillusion permanente, un vide terrible basé sur l’aspiration sincère pour beaucoup de gens de gauche vers plus de liberté et de fraternité et la constatation amère que les anciennes solutions comme seules réponses à cet espoir n’ont pas fonctionné, le marxisme comme la social démocratie sur la base d’un état providence à tout crin. En fait, le « vieux » PS, le « vieux » militant/politicien du PS, c’est celui qui est passé par toutes ces luttes, qui a fini par acquérir le pouvoir, qui a totalement infléchi sa politique au vu des diverses expériences et errements et qui a fini par se faire battre par un type qu’ils décrivaient comme le pire des fachos avec comme argument « la fracture sociale ». Surtout qu’ensuite, le peuple a déconné complètement – il a même cessé de croire à la promesse que c’est en faisant confiance à la part d’humain qu’il y a en nous tous que les gamins des cités vont cesser de vendre de la dope ou se comporter en barbares. Il y a de quoi être blasé.

    Ensuite, le tissu social change, les intérêts aussi, les aspirations également. Ce n’est pas Voynet qui a eu le premier prix Nobel de la Paix pour cause environnementale, c’est un « wanted to be president » américain. Ce n’est pas un président de gauche qui a fait un Grenelle sur ce thème, c’est un président de droite. Ce n’est plus au patronat que l’on a affaire, c’est à des conseils d’administration peuplés de gens qui ont fait les mêmes écoles que vous et qui souvent votent pour vous. Ce n’est plus les « cartels » de grands patrons qui forgent l’économie du pays, c’est un tissu de PME dont les boss sont souvent issus des classes « dominées ». Ce n’est plus une droite guerrière et patriotique, c’est une droite plutôt pacifiste et diplomatique. Ce n’est pas une droite raciste et mysogine, c’est une droite qui nomme des femmes et des représentants des minorités visibles aux postes clé. Ce n’est plus une droite hyper clivante, c’est une droite qui pratique l’ouverture sur des points de convergences. Même sur des thèmes comme l’immigration et même dans la bouche de quelqu’un d’aussi attachée aux recettes et aux slogans du passé que Martine Aubry ça donne : « il faut lutter contre la politique d’immigration de NS… (ensuite, pause, respiration profonde)… mais il ne s’agit pas de régulariser tous les sans-papiers. »

    En fait, c’est un assez bon exemple, parce qu’aujourd’hui plutôt qu’un clivage, la politique devient une sorte de jeu du curseur. Ce curseur s’appuie surtout sur les moyens dont un gouvernant dispose, et ces moyens sont principalement conditionnés par la santé économique internationale. Seulement voilà, le jeu du curseur – peut être le seul jeu viable aujourd’hui, le seul susceptible d’apporter des propositions concrètement applicables – ne fait rêver personne.

    A la lumière de ces constatations, il faut savoir ensuite que la politique de Royal est une politique de conquête. Autrement dit, puisque tout ça n’est affaire QUE de communication, « quoi dire en fonction du moment et à qui » est le critère de choix essentiel.

    Aujourd’hui, elle ne s’annonce pas à la France mais aux militants à 20 euros. C’est sa cible principale. Si on essaye de voir ce qu’est un militant à 20 euros, c’est quelqu’un qui veut s’engager, qui n’a pas forcement une grande culture politique comme on dit à gauche, qui n’a pas l’expérience de 20 ans de militantismes et donc de désillusions et de couleuvres comme expliqué ci-dessus. C’est quelqu’un qui veut malgré tout participer à l’action politique en s’engageant quand même peu ou prou, qui a besoin d’une soupape de sécurité, d’un peu d’espoir, pour continuer à se lever le matin dans un monde qu’il juge peu réjouissant. C’est le type à qui on projette comme avenir un boulot pas trop pourri, avec un salaire moyen pour une vie moyenne sans trop de perspective d’amélioration. C’est typiquement le gars qui veut que « ça change » sans trop savoir quoi et comment, mais que ça change. Il entend d’un côté « dure réalité économique », « se prendre en main », « bosser plus » – et de l’autre le silence cynique ou les mots convenus des éléphants qui ne semblent plus trop croire à ce qu’ils disent.

    Royal, la stratège (ou plutôt ses conseillers en comm), lui font grosso modo la même analyse. Et, Royal, qui n’a jamais eu peur de se contredire et qui n’a aucun scrupule sur ce plan, est une des seules à accepter de dire n’importe quoi, tout et son contraire, pour peu que ça soit dans l’air du temps. Et l’air du temps, pour un militant à 20 euros (comme pour tout le monde) c’est la crise économiques qui se profile. Alors voici les ingrédients :

    Ya plus de rêve, alors il faut en remettre. Le rêve, c’est toujours demain. A partir de maintenant on va parler d’espoir, de renouveau, de futur, d’avenir, d’avoir envie, de désir, de oser, d’utopie qui va se réaliser. On va ressortir les phrases grandiloquentes d’un autre siècle, les inflexions de voix et les trémolos du temps passé de la gauche quand elle faisait vibrer avec des lendemains qui chantent. On va sortir le changement qui a très bien marché avec Obama. On va ressortir les jeunes qui eux sont porteurs d’avenir alors que les vieux représentent le passé.

    On va ressortir, la fraternité, l’union des petites gens qui souffrent, des ménagères, des pauvres contre les nantis. On va ressortir « les méchants » et les « gentils ». Presque la lutte des classes mais avec d’autres mots. Et surtout des idées simples, toutes faites qui sont à même de toucher le coeur du militant à 20 euros. On va faire du story telling jusqu’à plus soif avec « l’autre fois j’ai rencontré une ménagère qui AVANT avec les restes de ses repas faisait un autre plat mais qui maintenant, fait un autre plat avec ce que ses enfants laissent dans leurs assiettes » (authentique !).

    On va ressortir, toujours le futur : les « PME innovantes »
    (Royal ne parle jamais des entreprises, mais toujours des PME innovantes). Parce que chez Royal, il faut croire qu’une entreprise qui n’est pas « innovante » c’est vraiment pas la peine de l’aider. Un plombier par exemple, c’est pas innovant, beurk. Ca fonctionne, ça emploie des gens, ça bosse, c’est nécessaire, mais bon, c’est pas « innovant », laisse tomber…

    On va emprunter quelques recettes Besancenotistes qui fonctionnent dans une certaine partie de l’électorat avec « les entreprises qui licencient alors qu’elles font des bénéfices ». On va toucher le type qui pour dépassement d’un découvert autorisé de 50 euros s’en fait prendre 35 de frais en lui rappelant les fantastiques profits ou les fantastiques pertes par « millllllliards » des banquiers avides que lui, le militant à 20 balles, aurait certainement mieux géré et qu’on ferait mieux de lui « redistribuer ». On va piquer l’argent des riches pétroliers comme Total pour diminuer les inégalités. On va parler du gouvernement qui veut faire travailler les pauvres gens jusqu’à 70 ans. On va être « contre » le « système ». On va faire dans l’escalade des mots.

    On va retrouver des accents socialistes. Mais nouveaux.

    On va surtout pas s’occuper de savoir si telle ou telle mesure sera applicable – le principal, c’est qu’elle fasse rêver. On va pas faire dans le raisonnable et le raisonné, on va faire dans le simple à comprendre. On va faire dans l’adhésion inconditionnelle. On va faire dans le leader sévère mais bienveillant. Le héros au sourire si doux. La tendresse dans ce monde de brutes. On va faire une politique du fantasme, (y compris en pensant en dedans que les fantasmes c’est chouette, surtout si on les réalise pas).

    Conclusion, si Autheuil dit que le gouvernement actuel a besoin d’un Parti Socialiste cohérent et fort, et bien moi je pense que ce pays n’a pas besoin d’un Parti Socialiste du tout. Une opposition forte, constructive et cohérente, certainement. Un Parti, qui au gré du vent, vote pour le plus ou moins marxisant de ses leaders, non. Personnellement, je pense que pour construire une alternative proposable, il faut inventer autre chose que le socialisme. J’en ai marre du clivage, j’en ai marre d’être confronté à quelque chose qui offre trois alternatives : 1. un égo à la Jeanne D’Arc prêt à tout et n’importe quoi dont les dents rayent le parquet. 2. A la dame des 35 heures. 3. A la gauche neo marxisante du Parti.

    Personnellement, je ne pense pas que dans la vie, les options se résument à deux choix entre lesquels il faut faire une sorte de synthèse. Je pense plutôt que la logique dispose d’une infinité de points de vue. Que selon le moment, selon la situation exacte, il y a une réponse qui fonctionne à apporter.

    Le choix entre la droite et la gauche me gonfle à un point que ce n’est pas permis. Moi, « mon rêve » c’est un jour où dans ce pays, j’aurais à choisir non plus entre « le socialisme et le capitalisme », entre la « gauche et la droite » mais à réfléchir sur des options précises pour résoudre un problème donné.

    Et s’il n’y avait pas ce putain de « clivage » c’est fou comme on s’apercevrait qu’il existe un nombre incroyable de gens dans le monde associatif, dans le monde humanitaire, dans le monde professionnel, dans le monde des experts qui ont gardé une once d’indépendance vis à vis des pouvoirs politiques qui proposent des solutions, des initiatives, des alternatives, de l’applicable – et pour cause, ils sont sur le terrain et ils bossent eux, souvent sans avoir demandé d’aide à personne. Ya même qu’à se baisser si on regarde bien.

    Alors non, franchement non, moi j’ai pas besoin du Parti Socialiste ni pour vivre, ni pour espérer.

  • je savais pas qu’on avait un « Eponymus raconte » ce soir.

    c’est beau, on jurerait que c’est du Zémour… décidément, on a les inspirateurs qu’on mérite.

  • En fait, nous avons tous de moins en moins besoin des politiques pour vivre. L’ennui, c’est qu’eux aussi ont de moins en moins besoin de notre accord pour vivre…car ils le font sur notre dos (le PS reçoit environ 20 millions d’euros par an, l’UHP 33 millions, les campagnes de leurs candidats sont payées par le contribuable) en nous laissant peu d’espace de sélection, et en jouant des faiblesses de la démocratie dont ils connaissent les rouages par coeur (le grand public a une petite tendance à se satisfaire du pain et des jeux).

    Est-ce le seul fait du PS ? Pour le moment, la droite ne s’en est pas beaucoup distinguée pour rendre des pouvoirs à la société civile. Elle veut aussi tout faire à notre place, considérant ses compétences et son sens de l’intérêt général tellement meilleurs que ceux des citoyens « de base », tout en bas de l’échelle.

  • Ce week end, il y avait le sauvetage de la planète financière, rien que ça. Une grande réussite d’ailleurs, de toutes façons, puisque partout où le leader Minimo passe, les ennuis trépassent et les problèmes se résorbent. Bref, pas de petites phrases assassines, tout roule dans la finance mondiale, en 48 heures, on a sauvé la planète … et pourtant comme le témoigne cet éminent blog (et les médias d’une manière générale) … on ne se préoccupe que du PS et leurs joutes assassines et rigolotes. Du sang, des trahisons, des coups bas, voilà qui plait à Koz et à ses fidèles lecteurs.

    C dans l’air va commencer … va t’on enfin apprendre de quelle manière la planète financière est sauvée ? Comment nos emplois sont sauvegardés ? Comment je vais pourvoir espérer un avenir rose pour mes gamins ?

    Raté, il s’agit de parler du PS bien entendu.

  • gasper a écrit:

    Je savais pas qu’on avait un “Eponymus raconte” ce soir.

    c’est beau, on jurerait que c’est du Zémour… décidément, on a les inspirateurs qu’on mérite.

    Guy Birembaum sort du corps de Gasper, s’il te plait.

  • « Eponymus raconte » – et sort l’artillerie lourde (ainsi on invoquera le prix nobel d’Al Gore pour ramener Voynet à son inanité. Autant dire que Koz en tant que chrétien n’est pas grand chose par rapport à Soeur Emmanuelle, ou que bien que passionné de natation je vais beaucoup moins vite dans l’eau qu’Alain Bernard).

    Comme il a du talent le bougre, je me vois obligé d’invoquer Edgar Morin pour prendre la défense de l’Espérance face à la tentation technocratique de tout ramener à du quantifiable et à de la bonne gestion. (Très bayrouïste d’ailleurs l’approche que tu décris, pourquoi lui taper autant dessus ?)

    « Edgar Morin, que peut-on espérer ? »

  • Peut-etre qu’une fois Aubry elue, les journalistes de ce pays cesseront de nous bassiner avec Royal…
    Le probleme de nos journalistes est que, comme nos generaux autrefois, ils ont tendance a etre parfaitement prets a couvrir… la campagne precedente.

    On a vu en 2007 l’acharnement avec lequel certains commentateurs essayaient deseperement de faire de Le Pen un acteur majeur (et disaient tout net que les sondages le placant loin deriere se trompaient), centrant toute leur analyse sur le vote utile, bref s’etant arretes de penser le 21 avril 2002.

    Aujourdhui, ces memes commentateurs reprennent leurs salades habituelles sur Royal l’intrepide reformiste au charisme formidable adulee par les militants. La realite, celle d’un rejet fort a son endroit de la part d’une majorite de socialistes, n’a pas l’ar de parvenir jusqu’aux synapses de la presse. Peut etre vendredi soir…

    De meme, lire des articles osant encore mettre en avant les dons d’oratrice de Royal suggere que ces braves gens ont ecrit leurs comptes-rendus avant meme d ecouter les discours de Royal Samedi et Dimanche. Dans les dweux cas, un texte pauvre mais parseme de quelques trouvailles et de provocations (qui ont plu a la presse qui l’a bien sur eu en version ecrite a l’acvance) a ete massacre par la deplorable performance de Royal a la tribune.
    Sa raideur, sa difficulte apparente a donner un rythme ou un ton quelconque a des phrases, a quelquechose de troublant: apres une campagne presidentielle et d’inombrables meetings, comment peut-elle en etre encore a ce niveau la?
    Si elle a ete sifflee c’est au moins autant du a la forme qu au fond…

  • jmfayard a écrit:

    “Eponymus raconte” – et sort l’artillerie lourde (ainsi on invoquera le prix nobel d’Al Gore pour ramener Voynet à son inanité.

    en effet, plutot qu’à ceux de Zemour, on se référera aux travaux de Morano.

    Eponymus a écrit:

    Guy Birembaum sort du corps de Gasper, s’il te plait.

    😉

  • Eponymus, tu as juste oublié que, une fois que S.Royal aura son visa pour le Tibet, les chinois n’auront qu’à bien se tenir…

    Mais tu es pardonné d’avoir oublié ça ; tellement elle en a dit des …neries, on es tous incapables de les lister toutes !

    Ce que j’ai adoré aussi c’est Aubry et ses banderoles et pour des manifs avec les syndicats…
    Mazette on se croirait revenu 35 ans en arrière.

    Hamon, lui veut faire du renouveau en recyclant les recettes marxistes d’il y a 75 ans.

    Bigre, le choix est cornélien entre deux absurdités passéistes et une tragédienne de comptoir. Pauvres militants du PS, ils ne sont pas vernis, vraiment.

    Où sont passés tous les quadras ce week-end ? Quid de Valls, Montebourg (celui là plus vu-entendu depuis des semaines) et quelques autres AVANT le congrès : rien nib quedal, pas un bruit pas un son… Tu parles d’un renouveau des générations : il n’y en a pas un seul qui ait les neurones ou les co… pour s’imposer ; au moins tenter le coup. Seul Hamon a osé, mais dans un registre hérité de la bonne vieille Lutte des Classes ; Bref un has-been dans l’âme.

    Le PS fait pitié, rien d’autre.

    Comment pourrait-il être crédible, ne serait-ce qu’une seconde, pour gouverner ?

  • eponymus n’a pas besoin du PS pour vivre ou espérer mais il semble qu’il lui soit cependant bien utile pour écrire et égratigner…

    malgré tout, le PS représente pour beaucoup, dans le passé, le parti qui a permis tous les progrès sociaux dont ils bénéficient: congés payés, retraite, horaires, conditions de travail, etc…et, pour une majorité des travailleurs,un espoir, une volonté d’une vie meilleure,…

    l’individualisme et la mise en concurrence des systèmes fiscaux et sociaux ne permet peut-être que des ajustements « de curseur », mais, progressivement, en reprenant la maîtrise des pouvoirs politiques, les citoyens, les peuples
    peuvent élargir le champ des possibles…

  • jmfayard a écrit:

    “Eponymus raconte” – et sort l’artillerie lourde (ainsi on invoquera le prix nobel d’Al Gore pour ramener Voynet à son inanité.)

    Ne monte pas sur tes grands chevaux, jm, ce que je voulais surtout souligner (moi qui ait voté écolo – mais pas Verts – la plus grande partie de ma vie) c’est que les temps changent – si on t’avait dit il y a seulement 15 ans, que le candidat à la Maison Blanche recevrait le Prix Nobel pour une cause environnementale, tu ne l’aurais pas cru.

    Quant à Edgar Morin, c’est un très beau texte que tu essayes encore une fois de réduire à un clivage « espérence versus solution technocratique » pourtant ce n’était pas mon propos. Et, justement, je ne pense pas que ce soit le propos de Morin. Bien au contraire. La protéiformité des solutions justement s’exprime tout particulièrement par le fait que je place dans le domaine politique l’individu au centre, non pas pour déterminer ce que l’état peut faire pour lui, non pas pour déterminer ce qu’il peut faire pour l’état mais plutôt ce que l’état peut faire pour l’individu afin que celui-ci puisse faire quelque chose pour lui-même. Soit tu creuses un puits pour un groupe d’hommes soit tu leur apprends à creuser et à gérer un puits.

  • De toute manière, on peut imaginer DSK revenir dans 2 ans et remporter le gros lot au nez et à la barbe (enfin, avec DSK, l’expression n’est peut-être pas appropriée) de Ségo et devenir le candidat à la présidentielle…

  • Ce qui me fait peur, c’est l’impact à plus ou moins court terme sur l’imaginaire social des désignations permanentes de coupables, autant de boucs émissaires.

    Ca jette l’huile sur le feu et les prémisses d’un air révolutionnaire qui n’est pas sans plaire au facteur.

  • Mes félicitations à l’auteur du com n°36. Un essai de 95 m commentaire d’antologie. J’ai particulièrement aimé le passage sur les PME innovantes 🙂.

    Al Gore, sera-t-il ministre d’Obama ?

  • Koz,

    Vous dites qu’ à l’ UMP une personnalité s’ imposait. Ô que oui ! Mais en foi de quoi, l’ UMP a beaucoup bossé sur un programme pendant que le PS ne foutait rien et en venait récemment à refuser qu’ un « présidentiable » soit élu à sa tête !
    Si on admet que la chienlit des courants au sein du PS est une image de la démocratie, soit. Mais ce qui me choque, c’ est que la démocratie soit l’ argument qui sert à couvrir l’ échec du congrés de Reims et des dirigeants du PS qui se défaussent sur le vote des militants. Va-t-on d’ ailleurs accuser les militants en cas d’ ingouvernabilité de ce beau parti ?
    Heureusement, il y aura sans doute encore des débats au sein de l’ UMP ou entre l’ UMP (parti et groupe parlementaire) et le gouvernement qui permettront aux socialistes de montrer la paille pour tenter de faire oublier la poutre.

  • Aurelien a écrit:

    De toute manière, on peut imaginer DSK revenir dans 2 ans et remporter le gros lot au nez et à la barbe (enfin, avec DSK, l’expression n’est peut-être pas appropriée) de Ségo et devenir le candidat à la présidentielle…

    Ce n’est pas le scénario qui me déplaît le plus et on peut penser que DSK a retenu la leçon de Ségo, lui qui avait bossé comme un damné pour être le candidat, et qui se voit chiper la place par cette nana venu de nulle part. On sent qu’il s’est dit qu’un petit retour inopiné en homme providentiel ne serait pas malvenu.

    Malheureusement, si ce que raconte la journaliste Tristane Banon est exact, le personnage est répugnant et indigne d’exercer une telle fonction.

    Paul a écrit:

    Ce qui me fait peur, c’est l’impact à plus ou moins court terme sur l’imaginaire social des désignations permanentes de coupables, autant de boucs émissaires.

    Ca jette l’huile sur le feu et les prémisses d’un air révolutionnaire qui n’est pas sans plaire au facteur.

    Bien d’accord avec toi. Il n’en faut pas beaucoup à certains pour repartir dans une mythologie révolutionnaire. Et cette façon qu’a eu notamment Ségolène Royal d’évoquer une sorte de front des républicains légitime le discours de l’ultra-gauche. Il est un peu facile, ensuite, d’accuser Sarko d’être « clivant ». Les torts sont à tout le moins partagés.

    Erick a écrit:

    Mais ce qui me choque, c’ est que la démocratie soit l’ argument qui sert à couvrir l’ échec du congrés de Reims et des dirigeants du PS qui se défaussent sur le vote des militants.

    Précisément. C’est ce que j’ai mal exprimé dans mon billet. Le fait que Sarkozy se soit imposé a permis d’organiser le travail au sein de l’UMP.

    Or, je suis parti du constat que le fonctionnement du PS apparaissait tout de même plus démocratique (les élections à 90-98%, ce ne sont plus vraiment des élections, mais des validations) et transparent (au moins chez eux la diversité s’exprime), à la réserve près que la diversité idéologique des soutiens d’Aubry, par exemple, masque mal le fait que les motions traduisent très imparfaitement une cohérence de fond.

    Mais ma conclusion est plutôt de considérer que ce n’est effectivement pas la démocratie qu’il faut « accuser », mais le régime institutionnel qui prévaut au PS. Avec sa proportionnelle à tous les étages, et son parlementarisme quasi-parfait (puisque le vote de jeudi-vendredi démontre effectivement qu’il ne s’agit pas totalement de parlementarisme), il vient réveiller le sentiment que, décidément, la IVème République, c’était pas ça.

    … cela étant, l’UMP pourrait aussi s’efforcer de faire davantage vivre la diversité de pensée en son sein. Personnellement, je ne détesterais pas y entendre une sensibilité dont je sais qu’elle est présente, mais dont l’expression est un peu réduite à la portion congrue.

  • J’ai beau me cresuer, je ne comprends pas le défaitisme de Delanoë. Il devrait savoir qu’on doit s’accrocher jusqu’au bout dans ce processus d’élection du Premier Secrétaire. Imaginez si nos champions de tennis arrêtaient de jouer chaque fois qu’ils perdaient un set. En tout cas, cela prouve qu’il n’a pas suffisamment envie du pouvoir pour le mériter.

    Allez, lançons les paris. Si Ségo est battue, elle fonde un nouveau parti. Reste à trouver le nom.

  • Je ne sais si Ségolène est trop catho en tous les cas, réjouissons-nous Martine ne l’est pas, souvenons nous le sectarisme militant dont elle a fait preuve contre la visite de Jean-Paul II à … Reims. Si nous l’imaginons plus directe, plus franche que la Madone S.R., relisons  » la dame des 35 heures » et voyons comme elle a berné tout le monde en prétendant être contre ce projet quand Rocard voulait le promouvoir pour en être l’auteur plus tard en ayant caché ses intentions jusqu’au bout !
    Avec Ségolène le pire n’est jamais sûr (probable seulement) avec Martine Aubry c’est différent, l’on n’a plus affaire à une fille de bonne famille mais à une fille à papa qui joue les filles du peuple, dont le sectarisme anti-clérical est caché toujours par le papa vieux JOC , poussée par l’anti-Europe Fabius mais à l’ombre encore de papa européen convaincu.
    Ségolène n’est pas certes le chef rêvé pour un grand parti d’opposition pour notre pays mais derrière elle, il y a des jeunes qui eux, peuvent rénover leur parti et faire des propositions responsables ; derrière M. Aubry, l’on retrouve le marigot des vieux crocos qui parlent le langage Zola !
    N…

  • Koz a écrit:
    … cela étant, l’UMP pourrait aussi s’efforcer de faire davantage vivre la diversité de pensée en son sein. Personnellement, je ne détesterais pas y entendre une sensibilité dont je sais qu’elle est présente, mais dont l’expression est un peu réduite à la portion congrue.

    Il reste des libéraux à l’UMP ? J’ai beaucoup de mal à trouver des voix libérales en france, pourtant j’ai cherché.

  • J’ai du mal à interpréter correctement votre réponse, c’était sérieux ou je suis devenu Master Of The Obvious à mon insu ?

  • Ah non il y a méprise. C’est vrai qu’en la relisant on pouvait l’interpréter de cette manière.
    Je ne me posais pas la question de l’existence d’une fraction de libéraux au sein de l’UMP vis-à-vis de votre positionnement politique, mais plutôt d’une manière générale, est-ce que les libéraux font partie « des portions congrues ».
    Pour les libéraux, je vais lire Vic Bénard entre autre.

  • Hé hé, de Guaino bien sûr 😀

    Ma question est si saugrenue ? Les militants PLD ne se sont jamais dit qu’il valait mieux faire de l’entrisme à l’UMP pour avoir un poids un peu plus important ?

  • carredas a écrit:

    Comme je le disais un peu trop tôt sous le précédent billet, il me semble que suggérer de soumettre la question de l’alliance avec le Modem au vote des militants est une imposture.

    Sauf à considérer que les militants qui voteraient pour SR lui donnent carte blanche pour une ” alliance ” avec le Modem sans débattre des divergences, des convergences, du négociable, du non négociable.

    Ségolène Royal a-t-elle à un moment donné mis clairement sur la table de son parti les conditions d’un ” programme commun ” d’une coalition avec le Modem ?

    Je voudrais rapidement reprendre la remarque de la camarade Carredas d’une grande portée ci-dessus qui me semble un peu sous-estimée.

    En effet, la réponse à sa question est assez simple. Royale a-t-elle mis clairement sur la table de son parti les conditions d’un programme commun d’une coalition avec le MODEM ? Non. Et j’ajouterais, pourquoi ? Parce qu’elle en a pas la moindre idée. Pourquoi ? Parce qu’elle n’en a jamais discuté avec le principal intéressé. Pourquoi ? Parce qu’elle n’est pas en position de force pour le faire – ni élue, ni représentante d’une force assez large en l’état pour dicter ses conditions justement et placer Bayrou dans la position qui lui convient.

    A partir de là, soumettre au vote des militants une alliance avec le Modem, c’est pas seulement une imposture, c’est du foutage de gueule complet. Mais, justement, c’est très caractéristique de la politique de Royal. Pas de détail, juste une « idée » de la chose – juste un « concept ». Tiens, pourquoi pas une alliance avec Bayrou ? Il prône une politique plutôt libérale sur le fond, mais fi de ces considérations – si on ajoute ses voix aux miennes JE gagne.

    Si elle « gouverne » le PS de cette manière – lorsqu’un refus se présente de la part des cadres du parti elle le règle par « un vote des militants » ou par « le recours à la démocratie participative », j’imagine bien la tête des cadres dans le futur. Si en plus les options proposées sont genre « pour ou contre une alliance avec le Modem » sans plus de détails, certains vont devenir très pâles – un peu comme Moscovici lorsqu’il a entendu cette proposition lors du Congrès de Reims parait-il. Une éventuelle coalition avec le Modem peut prendre mille formes – en décider avant même la moindre discussion c’est la démonstration absolue de ce qui lui est reproché par la plupart des socialistes : improvisation, aventure, manque de consistance, manque de cohérence, gérer avec des « idées » selon l’air du temps.

    Tout ça effectivement, d’un point de vue extérieur, pose le problème de la démocratie au sein d’un parti politique comme le souligne Koz dans son billet. En fait, un parti est constitué autour d’idées fortes que l’on partage. Si on n’adhère pas à ces idées fortes on change de parti. Dans ce cadre, la démocratie n’a pas beaucoup de place finalement hors les points de détails. Lorsqu’il s’agit de décider de l’orientation profonde d’un parti politique, on le dissout et on en refonde un autre. Et les gens qui n’adhèrent plus quitte le parti. Combien de fois la droite s’est recomposée depuis 1945 ?

    Ce n’est pas plus ou moins démocratique, c’est une décision de base sur le fonctionnement interne. On peut en effet, imaginer un parti de courants, parfois contradictoires. De procéder aux votes, de constater les résultats et de faire ensuite appel à la discipline interne pour que tous les courants se rangent derrière la ligne majoritaire après avoir réalisé quelques compromis. C’est ce qu’a tenté de faire Hollande. C’est un point de vue. Une décision sur le façon de gérer et constituer un parti. Là où ça devient un franc bordel, c’est quand les courants s’opposent sur les idées fortes constitutives du Parti. Là, où ce bordel devient inextricables c’est quand les idées fortes changent au grès du vent. Et quand des affaires de personnes se mêlent au débat d’idées, on a une situation explosive. Aucun compromis n’étant possible, le parti ne peut qu’exploser. Et c’est ce qui arrive ou arrivera au PS.

    Mais lorsque l’on parle de démocratie au sein d’un parti, on oublie que l’on pourrait caricaturalement imaginer faire face à la situation suivante : un parti de droite décide de faire de l’entrisme dans un parti de gauche (surtout avec des adhésion à 20 euros – remboursées qui plus est). Des militants s’inscrivent en masse. Ces mêmes militants poussent une personnalité qui leur conviennent. Celle-ci présente une motion imprimant un gros virage à droite. Les militants votent. L’entrisme s’additionnant à l’aile droite du parti de gauche, vous avec un grand virage idéologique qui est effectué. Et ceci, en respect des règles démocratiques.

    Un leader, avec un programme qui définit les idées fortes, peut construire un parti et rassembler ceux qui s’attachent à ces idées. Ce n’est pas moins démocratique. Ceux qui décident que ces idées ne leur conviennent pas définissent leur propre ligne politiques, s’unissent avec leurs semblables et fondent un autre parti.

    C’est peut être ce que Royal devrait faire en fait en créant une coalition de « centre gauche gauche » avec Bayrou. Ca serait certainement plus clair.

  • @Aurel : Attendre que la crise soit derrière nous ? On n’est pas rendu dans ce cas 😀

    @Epo : Selon les propos de MdS, il ne peut y avoir d’alliance avant évaluation des forces en présence, c-à-d forcément dans l’entre-deux tours des présidentielles.

  • Eponymus a écrit:

    En fait, un parti est constitué autour d’idées fortes que l’on partage. Si on n’adhère pas à ces idées fortes on change de parti. Dans ce cadre, la démocratie n’a pas beaucoup de place finalement hors les points de détails. Lorsqu’il s’agit de décider de l’orientation profonde d’un parti politique, on le dissout et on en refonde un autre. Et les gens qui n’adhèrent plus quitte le parti. Combien de fois la droite s’est recomposée depuis 1945 ?

    Je crains que tu ne fasses fausse route. Particulièrement en ce qui concerne le PS. Le PS, c’est d’abord une grande gamelle qui fait vivre un tiers de ses membres, élus, qui donne envie à un autre tiers d’en vivre (dixit Rocard) et, à la marge, qui attire les curieux en mal de sensations molles. C’est aussi plus de 20 millions d;’euros de subventions qui tombent chaque année pour assurer la logistique du parti.

    On n’adhère (hélas) pas à un parti par conviction politique (on se fait traiter de dogmatique) mais pour soutenir un candidat (pragmatique). C’est ce qui motive les adhérents du Modem ou de l’UMP. C’est ce qui pourrait dominer au PS demain si ce parti se transforme de la gamelle que les barons se partagent en écurie présidentiellle.

    Et personne ne partira, sauf quelques vieux routards de la politique qui ont leur carrière derrière eux. Les autres rentreront dans le rang et apprendront la manière de pratiquer la politique au XXIeme siècle.

    @ Bob : on en reparle fin 2009…

  • Aurelien a écrit:

    Je crains que tu ne fasses fausse route. Particulièrement en ce qui concerne le PS. Le PS, c’est d’abord une grande gamelle qui fait vivre un tiers de ses membres, élus, qui donne envie à un autre tiers d’en vivre (dixit Rocard) et, à la marge, qui attire les curieux en mal de sensations molles. C’est aussi plus de 20 millions d;’euros de subventions qui tombent chaque année pour assurer la logistique du parti.

    Bien entendu que je fais fausse route et exactement pour ces raisons là. Mon propos était un peu provocateur en ce sens. La provocation qui consiste à ne pas prendre en compte les dérives et la réalité des faits et pratiques. Ceci dit, cela pose (re-pose) la question du financement, du bi partisme, etc.

    Je n’ai même pas d’avis tranché en fait. La démocratie américaine fonctionne plutôt pas mal avec deux partis qui intègrent une multitude de courants parfois assez opposés les uns au autres. Ensuite, des primaires parfois acharnées déterminent les leaders. Et comme nous l’avons vu, aussi dure que fut la campagne obama vs Clinton, ça n’a pas empêché l’élection du sénateur de l’Illinois.

    En fait au lieu de déplorer le « triste spectacle » du Congrès de Reims, le « déshonneur » des cadres, etc. Ségolène devrait se réjouir de ce vaste débat. La démocratie c’est la confrontation des idées, le débat, les attaques contre les idées des autres, etc. Ce qui c’était passé durant les primaires socialistes de 2007, c’était justement une confiscation du débat puisque Ségolène avait imposé ses règles : des présentations des programmes avec interdiction de critiquer quoi que ce soit. Par contre elle le faisait faire par ses porte flingues en coulisses.

    En fait, elle devrait se réjouir aussi parce qu’elle a une fois déclaré que « la démocratie, c’est comme l’amour, plus il y en a, mieux c’est ». Et bien, le Congrès de Reims, le jeux des alliances, les critiques fermes, les positions tranchées c’est aussi ça la démocratie. On ne peut pas en demander plus et déplorer que ses opposants l’ouvrent pour critiquer ses propres positions. Museler ses opposants, ce n’est pas de la démocratie. Se positioner en victime harcellée par les mysogines en réponse à chaque critique, ce n’est pas la démocratie. C’est une façon d’étouffer les critiques, de ne pas y répondre sur le fond.

  • Eponymus a écrit:

    En fait, elle devrait se réjouir aussi parce qu’elle a une fois déclaré que “la démocratie, c’est comme l’amour, plus il y en a, mieux c’est”. Et bien, le Congrès de Reims, le jeux des alliances, les critiques fermes, les positions tranchées c’est aussi ça la démocratie. On ne peut pas en demander plus et déplorer que ses opposants l’ouvrent pour critiquer ses propres positions. Museler ses opposants, ce n’est pas de la démocratie. Se positionner en victime harcelée par les misogynes en réponse à chaque critique, ce n’est pas la démocratie. C’est une façon d’étouffer les critiques, de ne pas y répondre sur le fond.

    Je ne voudrais surtout pas laisser croire que le spectacle donné à Reims avait quoi que ce soit à voir avec un débat démocratique, une confrontation d’idées, une clarification de ligne politique.

    La nuit des résolutions, comme si vous y étiez (article de l’express):

    L’un des moments forts du congrès du parti socialiste à Reims s’est déroulé dans la nuit de samedi à dimanche. Ségolène Royal a claqué la porte de la commission des résolutions, laissant ses rivaux se déchirer entre eux.

    C’est une tradition du PS. Ce fut, le 16 novembre, le symbole de son fiasco. Au palais des congrès de Reims, autour d’une immense table rectangulaire, une centaine de cadres ouvre à huis clos la « commission des résolutions », l’instance chargée de dégager une ligne commune.

    Pendant une heure et demie, les proches de Ségolène Royal cherchent un compromis. Problème: personne, en face, ne veut entamer les discussions. Les rivalités et les haines sont trop vives. « On lui a dit qu’on s’opposait sur la question des alliances avec le MoDem, mais la vérité est qu’on ne la supporte pas », raconte un soutien de Martine Aubry.

    A 2 heures du matin, l’ex-candidate à la présidentielle se lève de sa chaise et quitte les lieux. Ses rivaux vont-ils en profiter? Dans une salle adjacente, les émissaires de Bertrand ­Delanoë, de Martine Aubry et de Benoît ­Hamon rédigent un document de quatre pages. Mais, dans une autre pièce, leurs leaders ne parviennent pas à s’entendre. Delanoë estime qu’Aubry et Hamon sont liés par un accord secret et il ne veut pas être le dindon de la farce. Il refuse donc le principe de retirer sa candidature. Hamon martèle qu’il se présentera au vote militant, quoi qu’il arrive.

    Quant à la maire de Lille, elle ­n’accepte de se présenter que si tout le monde se range derrière elle, ou propose une candidature unique (celle de Benoît Hamon), qu’elle sait inacceptable pour Bertrand Delanoë. « S’il y avait eu des caméras, commente un strauss-kahnien, le PS pouvait mettre la clef sous la porte. »

  • gasper a écrit:

    Quant à la maire de Lille, elle ­n’accepte de se présenter que si tout le monde se range derrière elle

    Certes Gasper… mais au vue de la phrase ci-dessus, cela voudrait dire que Ségolène Royal n’a pas adopté cette position ? Est-ce que cela voudrait dire que Ségo aurait dit à Martine Aubry, ok, je veux bien annuler ma candidature et soutenir la tienne, mais sous telles ou telles conditions ? Est-ce que Aubry aurait donc refusé cette main tendue ?

    Ou bien, est-ce que Royal a proposé à Aubry de se ranger derrière elle en lui proposant tel ou tel compromis. Parce que, je ne comprendrais pas bien que l’on reproche à Aubry ce que l’on trouve normal que Royal fasse.

    J’imagine bien l’argument, « oui mais sa motion a fait 29% » – sauf que ce n’est que 3,84 points d’avance sur Delanoë et 4,76 points sur celle d’Aubry. Et effectivement, Aubry peut faire valoir beaucoup de reports en sa faveur de la part de ceux qui ont voté pour Delanoë – ou probablement de la part des électeurs de Hamon s’il arrive 3eme. De fait, depuis le ralliement de Delanoë à Aubry, c’est à Royal de faire des compromis et de soutenir la candidature d’Aubry en toute logique, 25,24 + 24,32 = 49,56.

    De plus, l’article de l’Express donne le beau rôle à Royal sur un autre aspect. Si, l’alliance avec le modem est si clivante, pourquoi Royal n’a-t-elle pas tout simplement cédé sur ce point ? Quels compromis ont été proposés par le clan Royal par rapport aux clivages avec les autres listes justement ?

  • l’article de l’express donne effectivement le beau rôle à ségolène, il est un peu marqué, voire tendancieux: peut-on savoir qui a glissé tout cela dans l’oreille du journaliste?

    d’autant qu’il contient au moins une erreur: martine aubry « y est allée » sans que tous se rangent derrière elle…

  • Eponymus a écrit:

    De plus, l’article de l’Express donne le beau rôle à Royal sur un autre aspect

    Hollande semble partager l’opnion du journaliste de l’Express:

    Pour le premier secrétaire sortant François Hollande, « personne n’a gagné mais beaucoup a été perdu dans la recherche d’une majorité ». « J’ai pris acte qu’il n’y avait aujourd’hui pas de majorité au Parti socialiste », a-t-il jugé. « La motion de Ségolène Royal a cherché tout au long de la soirée à trouver cette majorité. Elle n’est pas venue. Les trois autres motions ont tenté de faire un rassemblement. Il n’a pas été possible pour des raisons politiques mais aussi pour des raisons humaines -il fallait trouver un candidat commun », a expliqué le député de Corrèz

    Eponymus a écrit:

    Ou bien, est-ce que Royal a proposé à Aubry de se ranger derrière elle en lui proposant tel ou tel compromis. Parce que, je ne comprendrais pas bien que l’on reproche à Aubry ce que l’on trouve normal que Royal fasse.

    Je sais que vous allez avoir du mal à le croire, mais les propositions de compromis et la candidature qu’elle a maintenue « au frigidaire » jusqu’à la veille du congrès étaient des manifestations de bonne volonté. Royal a compris de sa dernière campagne que le rassemblement était impératif.

  • @ gasper

    Re-certes gasper… mais la remarque de Hollande, je cite : « Il n’a pas été possible pour des raisons politiques mais aussi pour des raisons humaines -il fallait trouver un candidat commun » n’est plus valable aujourd’hui, puisque Delanoë s’est ralié à Aubry. Il l’ont le candidat commun, non ? Et maintenant sur une base de 49,56 théoriques. Le rassemblement au moins pour ces deux motions a été effectué. Et la balle est bel et bien dans le camp de Royal qui devrait se ranger sous cette nouvelle majorité. Si le rassemblement est si impératif, qu’elle repasse par la case frigo, et qu’elle fasse les compromis nécessaires pour pouvoir exister sous Aubry… Enfin, bon, je parle en logique pure là…

  • Ouais bon … un frigidaire comme celui-là, qui tient pas plus de 15 jours .. faut le ramener vite fait chez Darty pour se le faire changer hein ! Doit y avoir malfaçon quelque part … 🙂

  • De quelle majorité parlez vous??
    Aubry n’est pas le candidat commun de la motion A et D. La consigne de vote de Delanoé n’engage que lui, bcp de parlementaires, signataires de la motion A se sont désolidarisés de cette consigne estimant que Delanoé outrepassait son mandat et revenait sur une décision prise collectivement de ne soutenir ni l’une ni l’autre des candidates.

    ce matin Royal joue encore avec le feu: « Ségolène Royal : « je symbolise le changement et même la rupture »
    c’est bien sur une allusion au discours d’Epinay de Mitterrand mais la « subtilité » risque d’échapper a pas mal de monde…

  • La question que je me pose c’est si donner un bon coup de bâton dans la fourmilière du PS c’est une bonne chose. Si la réponse est oui, la seule personne qui est en train de le faire c’est Ségo et de ce point de vue je dois lui rendre hommage. Ce qu’elle a dit récemment sur la transformation du PS, va dans ce sens. Semer la pagaille, ça peut être constructif comme destructif.

    Cela étant dit, je n’aime pas Royal et je ne lui fait pas confiance. J’ai même quelques doutes sur sa personnalité, mais n’étant pas spécialiste en psychiatrie, je ne peux pas me prononcer plus loin.

    Logiquement, Aubry devrait avoir plus de voix que Ségo, mais ça m’étonnerait qu’elle passe avec la majorité absolue au premier tour. Je ne vois pas 100 % des voix de Delanoë se reporter sur Mme 35 heures.

    Je ne vois pas non plus Hamon doubler tout le monde par la gauche.

    Je ne connais pas la procédure, mais si j’ai bien compris, les postes de cadre au PS seront distribués en fonction du nombre de voix obtenus, donc Royal et son équipe auront un rôle à jouer. Quitter le parti n’est pas du tout leur meilleure option.

    Si Aubry gagne, ça ne va pas trop changer, Ségolène pourra continuer à faire comme d’hab. Le PS risque de devenir encore moins attrayant que c’est le cas aujourd’hui. Si Ségolène gagne, ça va péter, mais la poudre sert aussi à faire des jolis feux d’artifice.

  • Eponymus a écrit:

    Ceci dit, cela pose (re-pose) la question du financement, du bi partisme, etc.
    Je n’ai même pas d’avis tranché en fait. La démocratie américaine fonctionne plutôt pas mal avec deux partis qui intègrent une multitude de courants parfois assez opposés les uns au autres. Ensuite, des primaires parfois acharnées déterminent les leaders.

    Ma modeste expérience me fait avancer deux blocages :

    • les primaires sont organisées d’en haut, par ceux qui tiennent les cordons de la bourse. Au lieu de laisser les membres financer exclusivement le parti, en soutenant le courant ou les candidats de leur choix, ce qui ferait remonter la pression du haut vers le bas, le financement tombe en haut, et c’est de là que sont décidées les investitures et les responsabilités internes. Par clans (PS) ou par leader (UMP, Modem). Pire, le financement d’en bas est strictement plafonné pour éviter de bouleverser cette hierarchie. Ce qu’a fait Sarko ou ce que tente de faire Ségo (quoique le PS offre davantage de possibilité par sa structure en baronnies), c’est audacieux. Ils profitent tous deux d’un moment de fragilité, de doute, pour passer en force.

    • les candidats qui sont investis (on pourrait dire oints) n’ont pas à débourser un centime ni à chercher de donateurs. La simple investiture de l’UMP, du Modem ou du PS permet de bénéficier d’un crédit bancaire pour le montant de la campagne, sachant que ces partis assurent en général leurs ouailles du remboursement de leurs frais s’ils ne dépassent pas 5 % (ce qui reste exceptionnel) et ne sont pas remboursés (enfin…la banque qui a avancé l’argent). Les verts, par exemple, doivent se débrouiller seuls avec leurs propres deniers (et sans la logistique qu’offre un parti qui bénéficie de 20 ou 35 millions d’euros d’argent public chaque année). Encore une fois, les grands partis ont un gros avantage, et c’est la décision venant d’en haut qui tranche, et non pas le système des primaires…et du financement par les soutiens des candidats. Autant dire que cette manne fait une grosse différence, surtout si on ajoute une contribution personnelle au-delà du plafond remboursé et quelques dons malgré tout.

    Peut-être suis-je dans l’erreur, mais je constate que si le bipartisme ne répond pas aux attentes des Français, c’est peut-être pour ces raisons. Les deux principaux partis se sont organisés en oligopole, se garantissant un financement public et un mode de fonctionnement qui blinde leur direction respective, bien trop puissante dans son rapport hierarchique avec les cadres et la base.

  • Pourquoi pas un déménagement du siège du PS à la Porte de la Chapelle, c’est sur la ligne 12 du métro (une douzaine d’arrêts direct jusqu’à l’Assemblée Nationale), c’est un quartier populaire, c’est pas loin du Zénith et c’est tout près de l’église Jeanne d’Arc.

    @ Olivier: wouf, wouf !

  • Y’a le Pen qui n’a toujours pas vendu son paquebot sinon. Un coup de peinture rose, on le renomme Titanic et hop c’est parfait pour le P.S.

  • Aaaaaaah…!!

    Sur leur blog de soutien les  » ségolénistes « parlent de fonder une nouvelle formation face à ce vieux parti qui renacle devant leur candidate ( le Figaro.fr )

    Ils rejoignent donc Epo (avec lequel j’étais bien d’accord) qui proposait un nouveau parti centre-gauche gauche à SR et FB.

    Mais je doute que SR prenne le risque de se priver de la structure du PS pour se lancer dans une aventure avec François Bayrou et son modeste Modem…

  • Sans compter qu’il y aurait alors un ÉNORME problème de leadership entre Royal et Bayrou…. A régler en duel à 6h du petit matin (ou à minuit dans une chambre sombre 🙂 )

    A mon avis, ces deux là ne pourront se départager qu’à un premier tour de présidentielle ; «  »le second des deux devenant le futur premier ministre de l’autre » » pouvant alors être la ligne de l’alliance.

    Je ne vois pas entre eux, ni parti politique commun ni programme commun avant une élection présidentielle. Il y a beaucoup trop d’égo de part et d’autre…

  • gasper a écrit:

    De quelle majorité parlez vous?? Aubry n’est pas le candidat commun de la motion A et D. La consigne de vote de Delanoé n’engage que lui, bcp de parlementaires, signataires de la motion A se sont désolidarisés de cette consigne estimant que Delanoé outrepassait son mandat et revenait sur une décision prise collectivement de ne soutenir ni l’une ni l’autre des candidates.

    Re-re-certes Gasper… mais si ça n’est pas strictement une alliance claire avec choix d’un leader déterminé par une unanimité, ça y ressemble quand même bougrement. C’est un rassemblement qui s’est fait en deux temps, mais bon, ça s’est fait bonnant mallant. Parce qu’il faut ajouter quand même pour être complètement honnête que c’est plus dur de faire l’unanimité dans son propre camp en choisissant la « neutralité » qu’en se prononçant « pour » quelqu’un. De plus, vos propos contredisent un peu l’article de l’Express qui décrivait comment les militants des trois motions opposées à Royal arrivaient à rédiger un texte commun pendant que leurs leaders se battaient dans la tente d’à côté. Si Delanoë a changé d’avis, ça semble plutôt tout à son honneur finalement.

    Et puis, un petit rappel historique. Le congrès d’Epinay qui a donné naissance à l’Union de la Gauche et une alternance quelques années plus tard :

    Premier tour des motions :

    Motion O (Alain Savary et Guy Mollet) : 34.00%
    Motion R (Pierre Mauroy et Gaston Defferre) : 30.00%
    Motion L (François Mitterrand) : 15.00%
    Motion M (Jean Poperen) : 12.00%
    Motion P (Jean-Pierre Chevènement) : 8.50%
    Motion K (Objectif 72 – « chrétiens de gauche ») : 0.50%

    Et enfin :

    Les motions de Mauroy, Defferre, Mitterrand et Chevènement (49.10%) ont formé une majorité face à celles de Savary, Poperen et Mollet (46.60%).

    Celui qui a gagné était arrivé 3eme avec seulement 15% des voix. Est-ce un signe ?

  • Eponymus a écrit:

    Re-re-certes Gasper… mais si ça n’est pas strictement une alliance claire avec choix d’un leader déterminé par une unanimité, ça y ressemble quand même bougrement. C’est un rassemblement qui s’est fait en deux temps, mais bon, ça s’est fait bonnant mallant. Parce qu’il faut ajouter quand même pour être complètement honnête que c’est plus dur de faire l’unanimité dans son propre camp en choisissant la “neutralité” qu’en se prononçant “pour” quelqu’un. De plus, vos propos contredisent un peu l’article de l’Express qui décrivait comment les militants des trois motions opposées à Royal arrivaient à rédiger un texte commun pendant que leurs leaders se battaient dans la tente d’à côté. Si Delanoë a changé d’avis, ça semble plutôt tout à son honneur finalement.

    (vite fait) que Delanoé change d’avis ça ne change pas la donne. si le groupe ne suit pas, son poids est relatif dans l’appareil.

    Eponymus a écrit:

    t puis, un petit rappel historique. Le congrès d’Epinay qui a donné naissance à l’Union de la Gauche et une alternance quelques années plus tard :

    Premier tour des motions :Motion O (Alain Savary et Guy Mollet) : 34.00% Motion R (Pierre Mauroy et Gaston Defferre) : 30.00% Motion L (François Mitterrand) : 15.00% Motion M (Jean Poperen) : 12.00% Motion P (Jean-Pierre Chevènement) : 8.50% Motion K (Objectif 72 – “chrétiens de gauche”) : 0.50%

    Et enfin : Les motions de Mauroy, Defferre, Mitterrand et Chevènement (49.10%) ont formé une majorité face à celles de Savary, Poperen et Mollet (46.60%).

    très juste rappel. la nuance repose sur le fait que les 3 motions minoritaires, qui se sont formées pour battre celle arrivée en tête, partageaient une ligne politique commune. Leur rassemblement était naturel. Or, à Reims, la tentative de coalition avait pour objectif de réunir autour d’un même texte Bertand Delanoé et Laurent Fabius, Martine Aubry et Henri Emmanuelli, François Hollande et Benoit Hamon. Seulement voila, les réticences de Benoit hamon ont empêché la création d’un front vide de sens. On ne le remerciera jamais assez.

    Bon sinon @Koz, Epo, Pepito, Carredas et tous les autres: ce soir, si vous aviez votre carte au PS, vous voteriez pour qui?

  • Mais j’ai ma carte au MJS, camarade ! J’attends 17h00 pour voter Hamon.

    (en fait, je plaisante)

    Mes convictions politiques m’obligeraient à voter blanc.

    Sinon, pour équilibrer les forces je voterais Royal au premier tour et la raison m’obligerais à voter Aubry au second.

  • gasper a écrit:

    Bon sinon @Koz, Epo, Pepito, Carredas et tous les autres: ce soir, si vous aviez votre carte au PS, vous voteriez pour qui?

    Pour tout dire, je serais très partagé. J’ai tenté de faire un tableau SR/MA que j’aurais scanné et mis sur le blog et puis j’ai laissé tombé… J’imagine que je suis plus proche des idées de SR. Mais franchement, je n’arrive pas à me mettre dans la peau du militant PS au point de m’imaginer voter pour elle. Je coince trop.

    Aubry a l’avantage d’être beaucoup plus structurée, et elle m’a favorablement impressionné pendant le congrès. Mais bon, je ne renonce pas complètement à faire un billet sur le sujet…

  • @ Gasper,

    « Seulement voila, les réticences de Benoit hamon ont empêché la création d’un front vide de sens »

    Ce front a tout de même du sens . Même s’il ne se constitue pas autour d’idées il n’est pas non plus ( ou pas seulement ) comme on le lit partout un front contre la personne de Royal. Delanoë, Aubry et Hamon ont en commun une certaine conception du PS , conception qu’ils considèrent à tort ou à raison comme faisant partie de son identité. Ce n’est pas rien. Le PS est depuis toujours un parti de militants qui rejettent la culture du chef et qui croient plutôt en une « intelligence collective ». Ils pensent par ailleurs que le choix de celui qui portera le projet devant les français ne doit se faire qu’après l’élaboration de ce projet, qu’il en est en sorte l’émanation . Le chef ne construit pas le parti c’est le parti qui construit le chef. Pour S. Royal cette conception est dépassée et elle ne permettra pas à la gauche d’arriver au pouvoir . Une solution pour elle eût été ,comme F. Mitterrand l’a fait, de s’adapter un tant soi peu à cette identité pour la faire évoluer ensuite . Il aurait fallu pour cela qu’elle s’impose dans et par le débat d’idées . Au lieu de cela,elle attaque de front en étant continuellement en décalage avec l’image que beaucoup de militants et de sympathisants ont de « la marque » PS. Comment s’étonner ensuite qu’elle suscite tant d’incompréhensions et de rejets.

  • Toutânkhamon ©, qui se voyait à 40%, est le grand perdant de la soirée. Alors quel visionnaire impressionnant celui là! En fait, son score personnel n’a pas bougé d’un poil étant donné que les Utopia s’étaient embarqués avec lui. Par contre, c’est discipliné à la gauche de la gauche du PS, pas besoin d’ôter les oeillères.

    Le seul argument de Benoît c’est qu’il est le plus jeune, argument qui se dégrade avec le temps, surtout quand on se promène partout où l’on va avec Emmanueli sous le bras. Renouveler le parti ce n’est pas l’ancrer avec la pioche du fossoyeur encore plus à gauche.

    Vu les résultats du premier tour, on s’attend qu’avec les voix de Hamon, les doigts dans le nez, Martine la matrone devienne la patronne du PS.

    Mais, s’il y avait un effet Royal ? Ceux qui ont voté Aubry, les abstentionnistes et autres votes blancs qui n’ont pas cru que la présidente du Poitou aurait un si bon score et qui se disent maintenant que la Royal peut tout de même gagner et pourquoi pas voter pour elle au deuxième tour, hein ? Parce qu’au fond, on le sent bien que Martine n’a pas trop envie d’être première secrétaire nationale, hein ? Et que Ségolène, elle a besoin de rien, mais une grosse envie d’être première secrétaire nationale. Les gens, ils voient ça. Ils sont pas cons à la base du PS. Il ne faut pas sous estimer les encartés du parti le plus vieux de France.

    © Epo, tous droits réservés.

  • @Gasper

    Disons que je ne partage pas la vision politique de M.Aubry ni celle de B.Hamon mais pour Ségolène Royal ce sont tous mes voyants rouges qui clignotent, je laisse donc les militants socialistes à leur responsabilité.

    De toute façon, première secrétaire du PS ou pas, elle va continuer à occuper l’espace médiatique ( et je trouve les médias particulièrement compréhensifs et indulgents avec elle ) elle va continuer à se revendiquer ancienne candidate aux 17 millions de voix, à psalmodier des formules alambiquées,à demander à chaque foyer d’avoir un drapeau à mettre aux fenêtres un jour et à l’oublier le lendemain, à mettre au piquet pendant un mois son secrétaire comme on punit un élève indocile, à proposer vaguement une alliance au centre, à demander aux autres  » des idées pour la gauche » et en faire un livre, à prétendre être proche du peuple qui la comprend ( lui ) et à préparer 2012…

    Elle me fait penser à Eva Peron et ce n’est pas un compliment.

    Certes, elle ne manque pas d’obstination et c’est ce qui la différencie de Bertrand Delanoë qui paraît céder volontiers à des mouvements d’humeur.

    Pour reprendre la formule de certains « pipoles » pendant la dernière campagne présidentielle, si elle est élue Présidente de la République un jour, je me casse… et comme eux, je resterai sans doute, mais je ne veux même pas l’envisager…

  • Pingback: Koztoujours, tu m’intéresses ! » PS : Le pire est encore possible

  • Eponymus a écrit:

    @ Gasper

    Euh… on a le droit de la rendre la carte ?

    c’est même une coutume le lendemain de désignation décisive!! Insultes sur Bristol et cartes lacérées en pagaille au service postal de Solférino!

    @tous, vous avez fait preuve de plus d’intuition que moi. J’avais donné l’avantage à Royal, je croyais sa dynamique suffisante pour devancer légèrement Aubry…

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