Itw | Pédaler plus vite, et assumer le débat sur l'identité nationale (David Douillet)

Après Patrick Karam, manifestement adepte du discours guerrier et du close-combat, une autre technique de combat avec David Douillet. Le judo prédispose-t-il à analyser avant de réagir ? L'analogie est certainement foireuse mais je m'en serais voulu de ne pas la tenter.

Entre deux appels de sa circonscription lui transmettant les résultats détaillés et une interruption par Valérie Pécresse, j'ai donc recueilli son sentiment sur le résultat de façon générale, la perception des orientations stratégiques du Président pas les électeurs1 et enfin la façon dont le débat sur les régionales - ou ce qui en a tenu lieu - a pu être mené.

En ce qui concerne les éventuelles leçons du scrutin, David Douillet ne veut pas d'une réaction "impulsive" :

Le résultat du scrutin lui paraît fortement impacté par la crise, ce qui n'est pas une raison pour marquer le pas sur les réformes :

En ce qui concerne la tenue du débat sur l'identité nationale, dont on peut penser qu'il a été lancé avec quelques intentions électoralistes, et se sera révélé un mauvais choix à tous égards, tant sur le fond que sur la forme, notamment en ce qu'il a donné une inflexion au débat électoral qui l'a bien éloigné des vrais enjeux - à dessein peut-être, initialement - David Douillet considère qu'il s'agit d'un débat qu'il faut mener jusqu'au bout et dont l'objectif véritable est bel et bien d'unir les français. Ma légendaire bonne éducation et la crainte d'abuser du temps de mon massif interlocuteur m'ont empêché de disconvenir respectueusement, ou de faire valoir que, si telle était l'intention, c'est tout de même rudement ballot de l'avoir mené comme il l'a été.

Sinon, David est quelqu'un de fort sympathique, qui fume des cigarillos, dont le motif des pompes - je suis plus proche de ses pompes que de ses épaules, d'où l'observation - évoque les santiags, mais qui se fout pas mal que je sois ceinture verte de judo. Comprend pas.

*

Après David Douillet, mon guide, Matthieu Creux, accompagné de Cyrille Fonvielle, m'a introduit auprès de Frédéric Valletoux, maire de Fontainebleau, et porte-parole de Valérie Pécresse.

Même question, sur les raisons pour lesquelles le débat a si peu porté sur les régionales. Pour Frédéric Valletoux, la raison essentielle tient à la volonté du Parti Socialiste de tirer parti du climat national, et à la tactique de Jean-Paul Huchon, qui a esquivé tout véritable échange sur les enjeux régionaux.

On peut là aussi disconvenir sur la volonté de donner une portée nationale à ces élections. Le moins que l'on puisse dire est que la position adoptée par Nicolas Sarkozy a varié, passant d'une volonté de n'attribuer à cette consultation régionale qu'une portée régionale à celle de prendre acte de la portée nationale qu'elle ne manquerait pas d'avoir, et d'envoyer tant de ses ministres au combat. Il est certain, en revanche, que les candidats socialistes - et Huchon le premier - ont pu se contenter d'une campagne "pépère" dont le premier impératif aura été de donner le moins de prises possibles à l'adversaire. Ca me fait penser qu'en judo, la non-combativité est sanctionnée. Mais puisqu'on a dit que l'analogie est foireuse...

Nous en sommes venus à la question des stratégies de Nicolas Sarkozy, évoquées dans ce précédent billet. Frédéric Valletoux écarte tout d'abord l'idée que Nicolas Sarkozy fonctionne selon des stratégies électoralistes. On ne manquera pas de lui crédit de sa fidélité à cet égard. Il laisse surtout entendre que la stratégie aurait pu faire l'objet de déclinaisons locales, afin de mieux s'adapter aux réalités politiques régionales.

Enfin, parce que le passé c'est le passé, j'ai tenté d'évoquer la suite des évènements. A cet égard, Valérie Pécresse paraît bien installée dans son rôle d'opposante régionale, et d'ores et déjà en lice pour le prochain scrutin, qui se tiendra dans quatre ans. Comme le souligne Frédéric Valletoux, le mandat sera court cette fois-ci. Il sera peut-être plus vif pour cette raison.

Il n'y a donc plus de débat sur la présidence du groupe. D'ailleurs, "il n'y a jamais eu de débat, sauf dans l'esprit de quelques-uns". On rappellera qu'une éventuelle contestation par Roger Karoutchi a été évoquée un temps.

Karoutchi, il est vrai, sera trop occupé pour tenter un combat perdu, puisque comme on me l'a annoncé ce soir-là, les bruits sont fondés  et sa constante déloyauté durant la campagne - complaisamment relayée sur le site media de son compagnon - sera dûment récompensée par Jean-Paul Huchon, qui lui offrira la présidence de la Commission des Finances au Conseil Régional. Peut-être la dernière chance de bénéficier d'une voiture avec chauffeur pour ce Besson régional, en plus fourbe.

mise à jour : oui, oui, j'ai refait mon titre, en plus vendeur. Notez que je me suis retenu : "le débat sur l'identité nationale est fait pour réunir les français" aurait été encore plus accrocheur. Que Frédéric Valletoux me pardonne, mais David Douillet est un bon appât.

crédit photo : ro_buk


  1. question mal posée, d'ailleurs, je préfère le dire avant vous []

8 comments

  • pour ce Besson régional, en plus fourbe.

    très jolie expression qui laisse aussi bien percevoir ce que tu penses de l’un que de l’autre !

  • Deux questions:

    Est-ce que ton micro était marqué Figaro.fr ?

    Est-ce que tu étais habillé en judoka ?

  • @ petitesphrases: Et je dois dire tout de même que Karoutchi, en plus d’être un Besson au petit pied, a eu la fourberie de s’efforcer de plomber la campagne de Pécresse tout en restant dans ses rangs et sur sa liste. Ce type a tout de même le front de se faire élire sur une liste qu’il a tenté de saborder. A la rigueur, Besson, au moins, s’était barré.

    Et cette histoire de commission des finances est une vraie fumisterie, destinée à faire un parallèle avec la commission des finances de l’Assemblée, alors que celle de la Région n’a aucun pouvoir.

    Bref, après avoir plombé Pécresse, il vient donner à Huchon l’occasion de jouer la partition de l’ouverture sans frais, si ce n’est la secrétaire et le chauffeur.

    @ Pepito: Je te remercie pour ces questions pertinentes, qui soulignent bien l’intérêt que tu as porté à ces interviews, espèce de salopard. Donc, non, c’était pour moi, juste pour moi.

  • @ Koz

    Je fais comme l’électeur qui s’occupe plus de la forme que du contenu.

    Je considère, pour ma part, moins grave d’être traité de salopard que de centriste ;-)

  • Je trouve intéressante l’optique de David Douillet. Il regarde où est la France par rapport aux autres pays, surtout ceux qui vont mieux. C’est sans doute une attitude qui lui a permis de devenir champion du monde. Il doit penser, comme moi, qu’une dégringolade de la France est possible, même certaine, si l’on ne fait pas les réformes de base qui s’imposent. Le PS n’est certainement pas la bonne solution. Douillet a l’espoir que la pédagogie peut faire beaucoup, on verra. En ce qui concerne le débat sur l’identité nationale, c’est devenu un sujet tabou complètement dénigré par le microcosme intellectuel national et dans les cercles concentriques suivants, jusqu’où, c’est dur à dire, hein Koz ?

    Je dois souligner que Frédéric Valletoux m’a fait très bonne impression et son sérieux et son talent ressortent très bien dans l’interview. Je ne connaissais évidemment pas ce politicien de l’UMP (merci à Koztoujours) qui par ailleurs a été très bien élu dans sa circonscription, et je le félicite au passage. Heureusement que des personnes comme lui sont élues aux conseils régionaux et bien d’autres pourraient l’être si les électeurs avaient plus d’intérêt pour les campagnes politiques au niveau local.

  • Je suis d’accord avec tes deux points. J’ai également découvert Frédric Valletoux et j’ai été très favorablement impressionné : clair, très sympathique, analytique etc.

    David Douillet a également raison de regarder l’international. Certains ont un peu trop tendance à penser que l’on peut faire notre affaire tranquille en restant franco-français. Il y a néanmoins dans le système français des éléments (notamment de protection) à conserver.

    Enfin, sur l’identité nationale, oui, bien sûr, le microcosme le dénigre, mais le pouvoir y a bien prêté la main. Ce débat a été très mal engagé et très mal mené.

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