Il était abbé, Henri

Si, si.

Je n’ai pas voulu, hier, m’étendre sur la départ de l’Abbé Pierre. Par crainte notamment (mais c’est un comble) d’être taxé de vouloir le « récupérer« , plus certainement encore de vouloir faire rejaillir sur moi, par son invocation, un peu de son « aura« . Seulement voilà, tout le monde n’a pas cette pudeur, loin de là. Les politiques de tous bords y sont allés de leur hommage, dont on ne sait jamais véritablement dans quelle mesure il est désintéressé. Au-delà, il y a visiblement une volonté de laïciser l’Abbé Pierre. Même le bon évêque Gaillot, que la notion d’ecclesia ne semble pas bouleverser, déclare : « l’Eglise ne doit pas récupérer l’Abbé Pierre« .

Patrice de Plunkett le relève, sur un mode assez combatif : « Qui veut laïciser l’abbé Pierre ?« , ou encore « « La première religion de l’abbé Pierre, c’est la colère« … David Abiker, dont je ne suis pas certain qu’il soit catholique lui-même, l’a relevé avec finesse – « Au fait, Abbé Pierre, c’est quoi comme religion ? » :

« Ce qui est et sera fascinant dans cette journée d’hommage à l’Abbé Pierre c’est qu’on finira par oublier qu’il était catholique. (…) Qui pourrait aujourd’hui sans être totalement ridicule oser dire que les catholiques ont perdu l’un des leurs et pas des moindres. Ce serait pour nous autres avouer que la religion peut servir à quelque chose. Et là faut pas non plus exagérer.« 

Alors, que les choses soient claires : un homme n’appartient à personne. Il ne s’agit pas de se disputer sa dépouille. Et oui, tout homme est complexe. Mais c’est un fait : Henri Grouès était prêtre. Et il avait la foi.

Ceux qui s’inquiètent d’une « récupération » devrait aussi se demander s’ils n’ont pas un peu tendance à penser qu’il leur « appartient« . L’Abbé Pierre était prêtre catholique. Il portait en lui le sens de la charité, la volonté d’une charité agissante, la capacité d’obtenir des résultats. Il était citoyen français, un citoyen français agissant pour le bien commun, pleinement intégré, conjuguant sans difficulté sa citoyenneté et sa foi. Pourquoi devrait-il en être autrement ?

Mais bien sûr, ça emm..ait, tous les ans, ce prêtre en tête du classement des personnalités préférées des français ! Qu’on se rassure, la suite sera plus facile à accepter de ceux des militants laïcs qui voudraient que les croyants taisent leur foi. L’Abbé Pierre disparu, c’est Zinedine Zidane qui gagne une place au classement. On respire : enfin, la société française peut se sentir en pleine cohérence.

Auteur

Monoépoux, multipère, fidèle à plus d'un titre. Avocat (associé fondateur BeLeM Avocats), auteur de Ca ira mieux demain (Sept. 2015) et de Identitaire - Le mauvais génie du christianisme (Janv. 2017)

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17 comments

  • C’était un vrai catholique au sens de mon commentaire sur ton poste à propos de Georgina Dufoy http://www.koztoujours.fr/?p=75 [quote comment= »1100″]Très bon billet! … Car si la foi çà marche, elle ne peut vivre sans charité=amour. Et la charité est en action…

    Cf dernière encyclique de Benoit XVI « Diue est amour » et toue la partie sur l’amour en action: http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/encyclicals/documents/hf_ben-xvi_enc_20051225_deus-caritas-est_fr.html

    Je vous rassure ces encycliques se lisent très bien et sont courtes!![/quote]

  • Je pense qu’il y a une peur chez les médias de se voir reprocher par certains un trop plein de « chrétientude » comme lors du décès de Jean-Paul II. Pour le coup, l’abbé est républicanisé.

    Par ailleurs, j’ai été choqué par le fait que le JT de France 2 (j’ignore pour les autres) ne donne la parole aux compagnons d’Emmaüs que dans un troisième temps : après le piéton et le responsable politique.

  • Je salue votre message. J’ai assisté au débat sur F2 hier soir animé par Yves Calvi, et voir ces autoproclamés héritiers de l’Abbé Pierre le disséquer et disserter sur son corps encore chaud avait quelque chose de choquant : était-il un rebelle ? un politique ? de gauche ? de droite ? Ces questions sont vaines, et honteuses. Mention spéciale à Philippe Val, encore une fois le plus dénué de scrupules de tous ; seule Mme Boutin (dont on pense ce qu’on veut) a eu le courage de rappeler avec le sourire qu’il s’agissait d’un religieux. C’était prévisible, d’autant plus en période électorale.

  • hola on se calme.

    je suis agnostique, facilement énervé par les « religieux » qui viennent prendre la tête avec ce qui devrait être privé

    et non , je n’ai jamais eu de soucis avec l’abbé Pierre, qui oui je savais pertinemment qu’il était un catholique, avec une foi sincère et ses actes ont pour moi plus d’importance que sa foi ou non foi.

    Ses actes sont la seule foi qui devrait nous importer.

    Sa foi n’a jamais été élitiste, n’a jamais été « contre » les gens , mais pour les gens, n’a jamais été non-républicaine ou anti-athée ou quoique ce soit.


    dire que l’abbé était catholique et se rappeler que son combat s’inscrit dans ce qui devrait être la mission de l’église n’a rien de choquant, ni de perturbant pour un laïque forcené

    ce qui fut choquant, c’est de recevoir le Pape Jean-Paul II comme un chef d’Etat avec tout le tralala médiatique.

    bien sur que c’est respectable et il faut en parler et y a aucune honte à parler du catholicisme, mais c’était choquant dans la forme et la place « sacré » accordée par l’Etat alors que l’Etat se doit d’être très prudent avec la religion et avoir une distance raisonnable et raisonnée (rien de plus ni de moins )

    L’abbé Pierre, ce n’est absolument pas la même histoire. Laïciser l’abbé; comme vous dites, c’est fouler qui il était.

    Dommage que ces pseudos polémiques servent à Boutin pour faire son petit sourire…

  • Il fallait voir dans les émissions consacrées à l’abbé Pierre le malin plaisir de certains à souligner ses péchés (confessés dans un livre écrit avec F. Lenoir), ses travers ou ses erreurs (l’affaire Garaudy), ses difficultés avec sa hiérarchie. On adressait presque un avertissement comminatoire à Benoît XVI qui avait eu l’outrecuidance de ne pas encore saluer cette grande figure. On en oubliait pour ainsi dire que l’abbé Pierre était un homme, avec ses qualités et ses défauts, un pécheur comme tous les chrétiens, avec seulement une bonté qui fait largement passer au second plan les aspects contestables de sa personnalité. L’hommage qui lui est rendu est bien mérité. Je regrette simplement qu’il n’en fut pas de même lors de la mort du père Joseph Wresinsky, le fondateur d’ATD-Quart Monde, largement inconnu du grand public. Le père Joseph fit au moins autant que l’abbé Pierre pour les pauvres et les mal logés mais il eut peut-être le tort de ne pas exciter la soif de sensationnel de certains médias.

  • Oomu a écrit :[quote post= »78″]ce qui fut choquant, c’est de recevoir le Pape Jean-Paul II comme un chef d’Etat avec tout le tralala médiatique.[/quote] Qu’on le veuille ou non le pape est un chef d’état et il est reçu en tant que tel. Que le Vatican soit le plus petit état du monde ne change rien au protocole.

  • De toute évidence, l’abbé Pierre est une de ces figures idéales si appréciées qu’elles sont intouchables. Véritable icône de l’engagement pour les plus démunis, il restera l’apôtre d’une Eglise ouvrant grande ses portes, et cherchant dans ceux qui sont exclus le seul motif de sa présence ici bas. Mais la figure semble si idéale que beaucoup de personnes se « déchargent » sur ce qu’à été ce prêtre religieux. Si l’abbé Pierre est un exemple de notre présence en ce monde, pourquoi ne pas le suivre ? Pourquoi, lorsque nous rencontrons des hommes et femmes qui sont en situation de précarités, nous n’osons pas mettre nos pas dans les siens pour leurs proposer un peu d’Amour et de pain ? Pourquoi, enfin, ne regardons-nous pas Celui qu’il transpirait comme le véritable inspirateur de ses gestes ? L’abbé Pierre était plus que le simple Henri, car l’abbé était riche. Et, en comparaison, nous sommes les pauvres dont il s’occupait jusqu’à présent. Devant nos rêves d’un pauvre hommage national, il aurait sûrement préféré un riche appel à l’engagement. Réveillions donc nos consciences pour marcher, à sa suite, sur le chemin de la vie qui nous conduit à Dieu : la sainteté.

  • Et voilà, l’héritier a rendu son hommage. La France souffle : enfin un modèle laïc. Pas trop exigeant, en plus. Et qui a ses faiblesses, comme quand il pète un câble en pleine coupe du monde. Quelqu’un en qui on peut se reconnaître. Et puis, surtout, pas catho.

    Une personne à notre mesure ?

  • Petite incursion dans ce concert laudatif. J’ai un peu de mal à oublier que l’Abbé Pierre fût un proche ami de Roger Garaudy (condamné pour négationisme, comparant sans vergogne nazisme et sionisme,…) et qu’il déclara en 1996 que « le mouvement sioniste intrigue mondialement »…

  • Tu concèderas peut-être, toutefois, qu’il avait à l’époque 83 ans et que, lorsqu’il était jeune, en pleine possession de ses moyens intellectuels et physiques, qu’il s’agissait de faire un choix, et non de se payer de mots, il a fait celui de sauver de nombreux juifs de la déportation, en s’y exposant lui-même.

    Voir La Croix, Le Figaro, Le Monde, le Telegraph, le Guardian (merci le swissroll pour la revue de presse britannique) .

    Alors, moi aussi, hier, j’y ai repensé. Mais, en fin de compte, je me dis que, pour un salaud d’antisémite, il a fait le bon choix au bon moment. Et que les grandes consciences qui lui reprochent cette déclaration au soir de sa vie ne peuvent avoir l’assurance qu’ils auraient fait de même.

    (et non, je n’ai pas oublié l’histoire de ta famille, qui explique bien que ça « coince »)

  • Je concède en effet qu’il a su, au bon moment, prendre les bonnes décisions mais il n’a pas, au soir de sa vie, su se démarquer de celui qui venait entacher de si belles actions.

    Me connaissant je sais que tu ne me vises pas par ta dernière phrase mais en effet tout le monde n’a pas fait ce qu’il a fait pendant la Seconde Guerre Mondiale, malheureusement pour une partie de ma famille.

    Mais ces déclarations me chatouillent au moment où tout le monde loue l’action de l’Abbé et j’avais besoin de l’exprimer. Mais loin de moi l’idée d’instruire un procès en sorcellerie.

    Paix à son ême.

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