Comme l’air qu’on respire

S’il est une intention qui nous rassemble sans distinction aucune, c’est bien ce vœu, unanime comme jamais : en finir. En finir avec cette épidémie qui nous épuise, nous laissant chaque fois espérer l’éclaircie avant de couvrir l’horizon d’une vague plus haute encore que la précédente. Après deux ans de ce régime et alors que se profile pourtant le rendez-vous politique majeur en France, nous avons laissé là les questionnements philosophiques et la pourtant fertile utopie d’un monde d’après. Nous subissons, sans plus chercher de sens.

C’est vrai, chacun avait alors vu le Covid à sa porte, mais il est une évidence que nous pouvons pas contourner : nous sommes liés. Qu’on soit Zemmour ou Mélenchon, montagnard ou banlieusard, bouffe-curés ou cul-béni, l’épidémie nous rappelle que nous sommes au minimum tenus par un lien primaire et vital : l’air que nous respirons. Comme s’il avait fallu revenir aux fondamentaux et, pour le lui faire entendre, priver d’air cette société qui se délite et se divise en autant de communautés, d’identités, d’individus. Cette société qui écarte en pratique l’idée même de bien commun. Faute de projet, elle semble ne plus avoir d’autre horizon que d’autoriser ses membres à vivre avec le moins de liens possibles, le moins de devoirs aussi. Pour justifier une loi, on proclame qu’elle « n’enlève aucun droit à personne mais crée une liberté pour tous », comme le Garde des Sceaux à propos de la réforme du nom patronymique. Malheur donc à celui qui se soucierait d’un projet qui ne lui retire rien.

Nous nous voulons libres comme l’air ? L’air nous rappelle qu’il est notre ultime lien commun. Cet air nous chante qu’il n’est guère de choix individuels qui n’aient de conséquence collective. Il nous le redit par ce masque chirurgical que nous portons pour protéger les autres, par ce vaccin qui nous protège mais diminue aussi la transmission, préserve les hôpitaux d’une surcharge inutile et in fine laisse la place à ceux qui n’ont pour leur part aucun moyen d’éviter le drame qui les frappe, de l’homme frappé d’un AVC à l’enfant atteint d’un lymphome. Il est bien sûr plus que légitime de veiller aux libertés individuelles. Mais il serait bon qu’en cette année sanitaire et politique, les défenseurs ordinaires du commun, de la droite à la gauche, entendent cette petite musique qu’il y a dans l’air, et se souviennent aussi des responsabilités collectives.

Photo by Herbert Goetsch on Unsplash

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Un commentaire

  • Merci d’avoir le courage de nous sortir de nos petites préoccupations personnelles. Et de nous rappeler que nous appartenons aussi à une collectivité.

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