Atonie législative

« Où est passée la Netcampagne ?« , « Les législatives à la trappe« , « Drôle de campagne« (comme la drôle de guerre ?). Bruno Frappat, lui, constate : « Tellement passionnante, la campagne des législatives, qu’il va falloir faire un noeud à son mouchoir pour ne pas oublier de voter, dimanche« … De fait, c’est frappant. Si l’on en reste à son petit pré à soi, près d’un mois après l’élection de Nicolas Sarkozy, et à seulement cinq jours du premier tour des législatives, on peine à trouver une once de fébrilité sur les blogs, dont le rythme de publication a nettement fléchi. Mais il n’y a pas que les blogs : le 7 mai, les partis ont plié bagage.

Plus de mails de l’UMP, plus de mails du PS. Le dernier que j’ai reçu de l’équipe de campagne portait invitation au grand meeting de remerciement à Charléty, celui-là même qui a été annulé. Sarkozy.fr n’est plus mis à jour, à la différence de Désirs d’Avenir, mais il est vrai que Ségolène Royal est aussi en campagne pour le leadership de l’opposition.

Les équipes sont en vacances.

Et cela se comprend. A la différence de ceux qui, avec une sincérité je pense relative, ne trouvaient pas la campagne présidentielle dure, je l’ai trouvée rude, accrochée, et longue. En outre, elle a commencé tôt. Nicolas Sarkozy est en campagne depuis 1978 à tout le moins 2004, Ségolène Royal depuis fin 2005-début 2006. Les primaires socialistes lui ont donné une intensité dés la rentrée dernière qu’elle n’aurait pas connu sinon.

Comme pour mieux souligner l’enjeu crucial de ces législatives et l’angoissante incertitude qui étreint chacun quant à son résultat, Ségolène Royal a attendu quelques jours avant de se décider de prendre une semaine de vacances à Djerba, puis de revenir dans sa région, avant de louper le « meeting de lancement » et de se décider enfin à prendre sa part de la campagne que l’on disait être en cours.

Depuis, le spectacle que donnent les législatives au niveau national ressemble à un théâtre d’ombres. Fillon va un peu loin : les présidentielles sont passées. Hollande et Delanoë surjouent grossièrement l’indignation.

Quant à Ségolène Royal, elle dit parfaitement n’importe quoi, tout et son contraire. Un jour, elle considère qu’il faut être « réaliste » et viser 30%, avant d’appeler à une « vague blanche« . Mais quand DSK considère que « la France mériterait bien une cohabitation« , elle ne parvient pas à s’empêcher de le tacler, en considérant, once again, que ce n’est pas « réaliste« …

Le reste du temps, plutôt que de fond, on n’entend du PS, comme de l’UDF-MD d’ailleurs qu’un seul message : Nicolas Sarkozy ne doit pas avoir tous les pouvoirs. C’est d’une part oublier que le PS dispose de 21 régions sur 22 et que, sans majorité à l’Assemblée, Nicolas Sarkozy n’en aurait, dans les faits, plus aucun, de pouvoir… Mais, surtout, est-il stratégiquement pertinent d’agiter comme un épouvantail le pouvoir de celui que 22 000 000 de français ont choisi pour l’exercer ?

Ils en retirent, enfin, comme des airs de quémandeur : il ne doit pas les avoir tous, donnez m’en donc un peu… Mais sur quoi faire campagne, sur le fond ? Le projet ? Le temps est trop proche où les français ont fait leur choix.

Résultat : à la dynamique dont bénéficie l’UMP, et que Nicolas Sarkozy et François Fillon savent brillamment maintenir, le PS embourbé dans son marigot interne oppose un tableau particulièrement peu attirant. Quant à l’UDF-MD, la perspective de voter pour un candidat la plupart du temps inconnu d’un parti appelé globalement à être inaudible durant les cinq prochaines années n’est pas plus mobilisantes.

Tout cela, et la nette victoire de Nicolas Sarkozy – qui permettait d’anticiper ce qui… ne s’est pas encore produit – sont probablement autant de réponses conjoncturelles à cette absence d’intérêt.

Mais le point le plus notable, c’est le glissement évident de nature du régime.

Selon un journal bien sous tous rapports, l’inversion du calendrier électoral constituait une

« manipulation, dont on sait désormais qu’elle a pour motivation non seulement une convenance personnelle pour Lionel Jospin – en ce qu’elle vient contrecarrer les plans de Jacques Chirac – mais aussi l’ambition d’inscrire durablement dans la pratique constitutionnelle une dérive vers la présidentialisation de la vie politique« .

Si la non-inversion, il est vrai, eût été quelque peu contraire à nos institutions, son inversion produit bien l’effet annoncé par l’Humanité. Le rendez-vous des législatives est écrasé sous le poids d’une présidentielle trop récente. L’opposition est assommée.

Si l’on peut goûter le fait qu’une politique puisse être mise en oeuvre sur une période « longue« , si l’on peut constater qu’un régime comme le Royaume-Uni, pas spécialement anti-démocratique n’oppose pas, par nature, le Parlement au Premier Ministre, ce glissement de nature du régime semble bien rendre véritablement nécessaire une adaptation de nos institutions vers un renforcement des pouvoirs du Parlement.

26 comments

  • Dans mon bled où je ne connais personne au niveau politique (car je suis arrivée l’été dernier) la campagne est inexistante. Je ne sais même pas qui se présente. A part une invitation pour une réunion du PS via un trac dans ma boite aux lettres, je n’ai rien reçu. J’ai quand même l’impression que les gens attendent plutôt maintenant les municipales qui les concernent plus dans leur vie quotidienne.(alors que les législatives ne font que confirmer un choix dans lequel il n’y a aucun suspense d’où l’atonie de la campagne) La grande question ici c’est de savoir si Rebsamen sera réélu l’année prochaine en tant qur maire !

  • Quelles élections législatives ?

    Je croyais qu’il s’agissait juste de donner à Nicolas Sarkozy les moyens de sa politique. Tout comme en 2002 où la campagne de Jean-Pierre Raffarin se résumait à la combinaison du bouclier « pas de polémiques » (c’est comme ça qu’il qualifiait le débat démocratique) et de l’épée « non à la cohabitation ». Donc finalement : une simple question technique et de bon sens.

    Rien à voir avec des vraies législatives (exemples : Etats-Unis 2006, Allemagne 2005, France 1997, France 1993, …) qui doivent nécessairement être le moment déterminant de la vie politique. Le nom est trompeur, il n’y a que le flacon et plus l’ivresse.

    [quote]Si l’on peut goûter le fait qu’une politique puisse être mise en oeuvre sur une période “longue“, [/quote]

    L’épouvantail de la IVe république comment à êetre parfaitement éculé. L’instabilité était due au mode de scrutin qui encourageait à la dispersion, à rien d’autre. Tous nos grands voisins, l’Allemagne, l’Angleterre, l’Espagne, l’Autriche fonctionnent avec un régime parlementaire primo-minestériel parfaitement capables de mettre en oeuvre des politiques sur une période longue.

    [quote]si l’on peut constater qu’un régime comme le Royaume-Uni, pas spécialement anti-démocratique n’oppose pas, par nature, le Parlement au Premier Ministre[/quote]

    La vraie différence est que dans un régime démocratique, le premier ministre – ou chancelier – est issu de la majorité parlementaire dont il a coordonné la victoire. Il mène dans un dialogue d’égal à égal avec elle la mise en oeuvre du programme politique qu’ils ont défendu ensemble et il porte devant elle la responsabilité de son action.

    C’est tout l’inverse dans la Ve république : le premier ministre est l’émanation du Prince.

    [quote]ce glissement de nature du régime semble bien rendre véritablement nécessaire une adaptation de nos institutions vers un renforcement des pouvoirs du Parlement.[/quote]

    Illusion.

    Avec le quiquennat et l’inversion du calendrier, les députés sont subordonnés à – et non solidaires de – l’éxécutif. Comment un président pourrait être réellement contrôlé par des gens qui ont été élus principalement sur le thème « vous avez élu tel président ; nous sommes ses petits soldats ; il n’y a pas d’autres alternative raisonnable que de nous porter massivement à la Chambre ». La part d’autonomnie qui a permis à une centaine de députés travaillistes de sanctionner le désastre iraquien (« Nous qui sommes les élus du peuple avons porté Tony Blair au pouvoir ; mais la guerre d’Iraq n’était pas prévue au programme ; le contrat est rompu, nous sommes libres de le sanctionner ») est complètement absente.

    La seule solution est de remettre la démocratie française à l’endroit en organisant les législatives (donc la bataille des idées et la politique du réel) avant les présidentielles (la bataille des égos et des images), ou au minimum en même temps.

  • [quote comment= »27019″]La seule solution est de remettre la démocratie française à l’endroit en organisant les législatives (donc la bataille des idées et la politique du réel) avant les présidentielles (la bataille des égos et des images), ou au minimum en même temps.[/quote]

    Serais-je de trop mauvaise foi si je me permettais de penser que le résultat des dernières présidentielles a une influence sur ta perception de ces scrutins ?

  • Comment ça, atonie législative ??!

    Certes, les présidentielles proposaient un choix de société, qui est désormais fait. Mais les législatives, ce sont 577 combats locaux, 577 situations différentes, 577 suspenses (ou pas…), 577 possibilités d’arracher un siège à l’adversaire et d’alourdir la note du 6 mai ou, au contraire, de l’alléger un peu.

    Puisque tu t’ennuies, je te convie chaleureusement chez moi, dans ce petit coin des Bouches-du-Rhône encore tenu pour 12 jours par les communistes, et qui voit s’affronter les rouges de Moscou contre les Bleus de Sarkozy, sur fond de déchirement des roses, d’inexistance des Verts, de figuration du Modem, et le plus drôle : de corruption, mafia, prison préventive, mensonges, manipulations, annulations, coups de putes et journalisme engagé.

    Que du bonheur.

  • Le problème vient de la réforme du quinquennat qui enlève tout intérêt aux législatives, qui donnent pourtant uen légitimité à un projet, là où la présidentielle se joue sur un homme, un charisme, une idée générale… Je n’irais pas parler de manipulation comme l’Huma, mais c’est tout de même une grave erreur, cette réforme. Il faudrait peut-être envisager un mandat plus long, peut-être non renouvelable. Sarkozy aura pour seul but, une fois élu, de l’être à nouveau. Problème inhérent de la démocratie française. Et puis, sur la majorité, on peut l’avoir sans maîtriser les 3/4 de l’Assemblée? Cf. le très bon dossier de marianne à ce sujet cette semaine. Ceci dit, il est difficile de demander aux électeurs de donner la majorité, mais pas trop, on le comprend très bien…

  • [quote comment= »27031″]Puisque tu t’ennuies[/quote]

    Ben oui, un peu. Comme je l’ai dit, le débat au niveau national, c’est vraiment figures imposées & cie.

    Au plan local, grosse angoisse : Patrick Ollier sera-t-il réélu ?

    Seul évènement marrant, je découvre hier, avec les professions de foi, que je partage presque mon palier avec le candidat de Lutte Ouvrière…

    Quant à ton invitation, j’y répondrais volontiers, si j’en avais vraiment le loisir.

  • Ah koz, si vous n’aviez pas de socialistes à vous mettre sous la dent pour médire un peu, on se demande ce que vous feriez ! Dire du bien du président Sarkozy, de son gouvernement et de leurs premières décisions ? Ouhla, vous même ne parvenez pas à mener la mauvaise foi jusque là… Vous avez 5 ans pour vous entraîner…

  • Boulu, je pense que vous n’avez pas compris le sens de l’article…

    Sinon, c’est vrai que la situation actuelle n’a guère de sens. Une réforme de la Vème pourrait aider à clarifier la situation, mais pour cela ce serait bien d’avoir un minimum de consensus entre les adversaires politiques.

    Cela pourrait donner : _Une présidentialisation du régime (ce qui est déjà le cas en pratique depuis le quinquennat de Jospin) _Une dose de proportionnelle (on a cru voir au cours de la campagne que sarko n’y était pas fondamentalement défavorable) _Des élections législatives en partie à mi-parcours, et des pouvoirs renforcés du parlement (qui maîtriserait son ordre du jour, ça aiderait peut-être le gouvernement à légiférer moins)…

    On pourrait y ajouter quelques propositions de Royal, qui n’avait certes pas proposé de « VI ème république », mais une batterie de mesures qui constituent souvent des intéressantes (notamment le cumul des mandats, la réforme du Sénat…).

    La dose de proportionnelle serait aussi l’occasion de redessiner les circonscriptions (le découpage de 1986 a été tellement bien charcuté par Pasqua, qu’il n’a jamais été remis en cause par les socialistes, par contre il n’est plus adapté à la nouvelle population)

    Ce serait idiot qu’un tel sujet soit le sujet de luttes partisanes et idéologiques. On a vu ce que ça a donné avec le quinquennat.

  • [quote comment= »27027″]Serais-je de trop mauvaise foi si je me permettais de penser que le résultat des dernières présidentielles a une influence sur ta perception de ces scrutins ?[/quote]

    Non.

    Mais je le pense vraiment et depuis longtemps.

  • On peut être de gauche et lucide : la caporalisation de la vie politique sied mieux à la droite qu’à la gauche. Quand à Jospin, est-il besoin de chercher au delà de cette évidence pour comprendre que jamais la gauche ne pouvait croire en ses chances, pour cette première raison d’une part, et pour tout l’aveuglement dont il fallait faire preuve pour ne pas s’en être rendu compte.

    Rassurons-nous : ses héritiers et ses conseillers dirigent toujours le PS. Si Sarko joue bien son coup, la droite est au pouvoir pour trente ans.

  • Nous allons donc nous retrouver avec une assemblée composée à 80% de députés représentant une formation politique ayant obtenu 31% au 1er tour de la présidentielle et à 20% de députés d’un parti qui a fait 26%. Les autres formations, qui représentent donc sur cette base 43% de l’électorat, ne seront que très peu (PC, Verts, MoDem ?) ou pas du tout représentés (FN, LCR, LO…).

    La bonne nouvelle (pour la démocratie) : grâce à une large majorité, le président élu pourra tranquillement mettre en oeuvre son programme, sans avoir à chercher des compromis ou des alliances.

    La mauvaise nouvelle : le Parlement restera plus que jamais une chambre d’enregistrement et cette assemblée n’aura plus rien avoir avec une quelconque « représentation nationale ».

    Question subsidiaire : la nature ayant horreur du vide, à votre avis, où se manifestera l’opposition, si elle n’existe pas de fait à l’Assemblée nationale ?

  • Le système est ainsi fait qu’il favorise les partis implantés et engagés dans la gestion locale. Le FN, LO et la LCR gèrent-ils des municipalités (liste non exhaustive)? Non, et ils ne le veulent pas, il faudrait se frotter à la réalité et mettre de l’eau dans son vin. C’est le seul moyen d’être élu à une législative (C’est aussi comme ça que l’on a des parrainages aux présidentielles par ailleurs), qui il faut le rappeler n’est pas une élection locale, mais une élection ou la Nation entière est divisée en circonscriptions.

    Je m’oppose à la proportionnelle, car elle bloque immanquablement le gouvernement du pays. La France est un pays latin, pas une démocratie scandinave ni germanique. Un pays qui érige le rapport de force en système unique. Même en faire qu’un bout de proportionnelle est inutile, les partis sus-mentionnés ne sont pas ostracisés et ont accès aux médias pour leurs tribunes. Ils ne cherchent même pas à gouverner, sinon ils auraient fait des alliances avec les partis de gouvernement. Je crois que je me place à la suite d’Authueil sur ce point. Pourquoi limiter le nombre de mandats ? Si le Peuple est content du sortant, qu’il le réélise. Sinon qu’il le renvoie dans ses foyers. Ce qui devrait être valable pour toute élection à mon sens. C’est un bon moyen de finir le renouvelement des générations par la même occasion.

  • A vrai dire, le Parlement ne sert plus à grand chose, il faut bien l’avouer, les partis godillots qui se succèdent nous le prouvent.

    Les élections législatives par contre, servent aux formations politiques, ne serait-ce que pour se partager la manne de l’Etat.

    C’est pour cela que les chefs de partis y compris Nicolas Sarkozy (qui en a toujours le chapeau) se bougent un peu.

    Pour le reste, la seule opposition qui aura un peu d’influence pour contrer certains « coups » de notre président sera la rue. C’est dommage, mais c’est comme ça.

  • Oui, je partage ton sentiment Koz. Et j’attend toujours une réunion publique de Julien Dray et/ou Laurence Gaudin dans ma circonscription. Entre un qui n’a pas vu la circonscription depuis un certain temps et qui est sûr de l’emporter (pourquoi mouiller le maillot, hein ?) et une autre qui sait qu’elle risque de se faire laminer (ben pourquoi se faire du mal, hein ?), l’élection de mon député de la 11ème circo de l’Essonne est d’un ennui monstrueux.

    Mais très honnêtement, si elle est nulle cette campagne, c’est la responsabilité des politiques, et en particulier locaux. Et pas du « système ». Moi j’aimerai bien être chez Lavande et Coquelicots et que ça se frite (oui je sais j’adore le conflit), par presse interposée, par des militants qui en viennent aux mains, des Hou ! des Ha ! mais un truc qui me dise qu’une élection c’est important, et que ça se gagne !

  • Je suis surpris de lire que le parlement ne sert à rien s’il est largement acquis à la majorité présidentielle. Et qu’il serait beaucoup plus efficace s’il avait une répartition gauche/droite à plus ou moins 50/50.

    Cela me semble être une vision juste partisane, visant à discréditer par avance le succès attendu des candidats UMP aux législatives, en hurlant à l’absence de démocratie. Comme pour les présidentielles, il faut savoir respecter les résultats d’une élection.

    Il me semble que le sujet n’est pas le nbre de députés UMP à l’assemblée mais la façon dont le débat se développe traditionnellement au parlement: – des députés de la majorité qui sont parfois sommés d’approuver lois et amendements – des députés de l’opposition qui parfois jouent le blocage pour le blocage, sans se soucier nécessairement de l’intérêt général

    Il faudra voir si ce gouvernement réitère les mauvaises pratiques du dossier CPE (par exemple) ou s’il enrichit/modifie ses propositions grâce au débat parlementaire, en utilisant la diversité des opinions des députés: et a priori dans ce cas, la diversité des opinions des députés de droite (oui elle existe).

    Ensuite, j’avoue préférer un gouvernement qui peut mener la politique pour laquelle il a été élu (quitte à ce que certaines actions soient à modifier dans le futur) à un gouvernement paralisé ou obligé de passer en force (49.3) parce que l’opposition joue l’opposition de principe.

    Dans 5 ans, les électeurs jugeront le résultat de la politique et pourront renouveler l’expérience ou changer de majorité – mais sur la base d’une action suffisamment longue et développée.

  • Jules dit quelque chose d’assez sensé :

    « Une minorité de quatre-vingts ou deux cents députés ne change guère à l’affaire. Seule les limites basses des vingts députés – pour constituer un groupe – ou de soixante parlementaires – pour former un recours devant le Conseil constitutionnel – ont quelque importance. »

    Le reste, c’est de l’amour propre.

  • L’atonie de la campagne législative montre la part d’inanité de la séquence électorale « épuisante » qui se joue depuis plusieurs mois. Voter quatre fois en si peu de temps n’a pas vraiment grand sens. Vu de l’étranger, c’est en tout cas une incongruité française. A cela s’ajoute le fait que les françaises et les français ont extrêmement bien suivi la campagne présidentielle. Ils se sont, sinon enthousiasmés, du moins intéressés au sujet. Le contre coup n’en est que plus fort pour la campagne législative dès lors que les grands choix du projet sont arrêtés. Il y a peu de chance que B. Kouchner ou E.Besson (Que fait Eric Besson ?) infléchissent la politique du Gouvernement.

    L’instauration du quinquennat et l’inversion salutaire du calendrier ont lancé un processus d’évolution mesurée et progressive des institutions de la Vème République. Il reste à trancher le sort du couple de l’exécutif dans un sens ou dans l’autre. Je pense que l’évolution « historique » du paysage politique (disparitions des extrêmes, dissipation du brouillard centriste et émergence de deux grandes forces en mesure de faire vivre l’alternance) offre une opportunité intéressante pour les cinq ans qui viennent

    Les constitutionnalistes éclairés trouveront matière à préciser les choses pour valider et rendre applicable sinon séduisant, un régime présidentiel ou un régime parlementaire. Dans leur finalité il n’aurait pas de grandes différences pour la bonne marche du pays et le respect des fondamentaux démocratiques. Certes la France y perdrait peut-être son originalité et dissiperait le sel de son histoire contemporaine qui de la révolution régicide de 1789 aux cohabitations incohérentes et dévastatrices de la Vème République, pimentent tant de débats picrocholins sur l’organisation de la vie publique. Elle y gagnerait certainement en efficacité dans l’action politique.

  • [quote comment= »27372″]

    Le reste, c’est de l’amour propre.[/quote]

    Et pas mal d’argent, les partis ne vivant pas d’amour et d’eau fraîche… 😉

  • petite anecdote de la campagne dans la 11e circonscription des Hauts de Seine: la députée PCF sortante ne se représentant pas, c’est, je pense, sa suppléante qui est candidate, avec comme slogan de campagne: « Réélisez votre députée de gauche »…

    Sur ses affiches ou ses professions de foi, NULLE mention du parti (j’ai vraiment cherché). Il faut regarder le bulletin de vote pour voir qu’il s’agit du PCF (mention obligatoire?).

  • @ koz : je dois être un peu demeuré mais je n’ai pas compris le sens du billet. La phrase finale est-elle humoristique ? « ce glissement de nature du régime semble bien rendre véritablement nécessaire une adaptation de nos institutions vers un renforcement des pouvoirs du Parlement. »

    Mais, si c’est un Parlement monocolore à 80% comme on n’en connaît, je pense, dans aucune démocratie au monde (même en Russie … même dans mon Burkina Faso préféré …), un « renforcement des pouvoirs » aurait-il la moindre conséquence concrète ?

    Si le cumul des mandats rend les députés dépendants du gouvernement pour l’exercice de leur mandat « électoralement principal » (maire de ville, président de conseil général …), pourquoi feraient-ils quoi que de soit de ce « renforcement des pouvoirs » ?

    A chaque élection législative, à chaque élection du Président de l’Assemblée Nationale, l’antienne des « pouvoirs du Parlement » est reprise avec émotion : cela ne dépasse pas le 3ème jour de la première session.

    Si jamais cette conclusion n’était pas humoristique, rappelons que sur 12 candidats à la présidentielle, le plus éloigné d’un renforcement des pouvoirs du Parlement était certainement celui qui a été élu. Le vin a été tiré par ses partisans.

  • Frédéric, si le Parlement va peut-être être constitué à 80% de députés UMP, ce n’est, a priori, pas la faute de l’UMP. Les institutions n’ont pas été conçues pour elle. Il faut peut-être cesser de rechercher des responsabilités chez les autres. Si l’UMP est aujourd’hui crédité de 42% des suffrages et le Mouvement Démocrate de 8% (Sondage BVA qui, oui, n’est qu’un sondage), ce n’est peut-être pas de la faute de l’UMP et le Mouvement Démocrate devrait peut-être faire un peu d’introspection, au lieu de pleurnicher, comme Bayrou sur France Info, que le système est trop injuste. On passe des Bisounours à Calimero, maintenant.

    Le système offre une prime au majoritaire, certes. L’Histoire l’explique et je ne suis pas encore disposé à considérer que ce soit une erreur. Je ne suis pas prêt à croire que l’on ne retomberait pas immédiatement dans les errements passés. Que les centristes soient favorables à un régime qui leur fait la part belle et les consacrerait en arbitre de toute majorité, c’est bien compréhensible. Ca ne suffit pas pour me convaincre que ce soit une bonne chose pour notre pays.

    Nicolas Sarkozy a évoqué à plusieurs reprises le renforcement des pouvoirs du Parlement. Il le confirme aujourd’hui même. Et il m’arrive aussi – mais par mégarde uniquement – d’avoir mes propres opinions. Bien sûr, cela ne va pas jusqu’à ce que souhaiteraient les centristes. Ce n’est pas forcément un mal.

  •  » ce n’est, a priori, pas la faute de l’UMP. Les institutions n’ont pas été conçues pour elle. »

    je ne l’ai nullement prétendu. C’est bien « la faute » aux institutions, non à un parti particulier. Ce sont elles qu’il faut changer.

  • … et (faut-il le rappeler ?) le système électoral dans toute l’Europe continentale est la proportionnelle intégrale.

    Ce n’est pas une aberration de centristes en mal de rôle-pivot que de demander 50% de proportionnelle, c’est juste, à mon humble avis, le bon sens de ceux qui voudraient que la vie parlementaire ait les conditions minimales pour sortir du ridicule.

  • Le précédent n’est pas si vieux, Frédéric, que l’on puisse se permettre de l’oublier. Or, le ridicule, avec la proportionnelle, nous nous y sommes plongés jusqu’au cou, et durablement, à l’époque.

  • Quel précédent ????

    Je présume que tu penses à la IVème république ?

    Ce n’est en rien un précédent pour ce que tu invoques : – Les centristes (MRP) n’y ont pas joué le rôle pivot que tu redoutes, puisqu’il n’y avait pas de grand parti de droite ; – Le scrutin n’y a pas toujours été à la proportionnelle intégrale, puisque le gouvernement (SFIO-Rad-MRP) s’est accordé une « prime majoritaire » avec la scandaleuse loi des « apparentements », qui a marginalisé le RPF de De Gaulle.

    Accessoirement, il y a eu un Parlement élu à la proportionnelle intégrale (par département, donc avec élimination des petits partis), et je n’ai lu nulle part que le gouvernement ait été paralysé, lent, incapable de réformer, ou que la vie parlementaire y ait été ridicule.

    Il s’agit du gouvernement Chirac-Balladur de 1986-88.

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