Sugar Faux-Culs

sugarbabiesJe vis dans ce monde-là.

Il y a vingt ans, dans un carré du TGV, une amie me livrait ce précepte incontournable : « il n’y a pas de mal à se faire du bien« . Précepte parasite, qui se nourrit d’une proximité trompeuse avec cette évidence : il n’y a pas de mal à faire le bien. Précepte grand frère du graveleux « chacun fait ce qu’il veut avec son cul« , énoncé sur le ton de la philosophie morale et organiquement si proche du « chacun sa merde« .

Ces principes sont les dérivés vulgarisés de doctrines que je maitrise mal faute de consacrer un temps suffisant aux idées à la con. C’est déjà difficile de lire toutes les bonnes idées, et je peux mourir demain : j’aimerais les avoir finies.

Mais nous sommes là dans une illustration sucrée du complexe libéral-libertaire qui nous assaille depuis 40 ans. Et le discours tenu dans ce cas précis est un tel échantillon de la novlangue économique actuelle qu’allez, on vous pardonnera un petit tour sur SeekingArrangement.com (certifié pas Gorafi).

Seeking Arrangement est un site qui propose à des hommes riches, dits sugar daddies (papa gâteau), d’entretenir des jeunes filles, pour un sac à main, une soirée au restaurant ou un moment sur le capot de la BM. A partir du moment où chacun est honnête et sait ce que l’autre attend…

Mea maxima culpa : j’ai ri sous cape. Oui, j’ai ri devant cette tartufferie, ce faux-cultisme global illustré par les indignations de L’Express et du Monde face à ce phénomène qui concernerait tout de même un million d’étudiantes aux Etats-Unis, dont 7 000 Françaises, et qui débarque en France.

J’ai ri parce que, les gars, c’est votre monde ! C’est le monde que vous avez créé, à force de libertarianisme et de marchandisation des relations, à force de fourbe tolérance, de vraie indifférence, de modernité empressée, à force de disqualification de toute morale. Vous l’avez alors, maintenant, assumez. Et tiens, Le Monde, comme dirait l’autre, « louer son [bas]-ventre [pour arrondir ses fins de mois] ou louer ses bras pour travailler à l’usine, quelle différence ? C’est faire un distinguo qui est choquant« , n’est-ce pas ?

Liberté, Egalité, Fraternité, au bout du compte toutes ces belles valeurs finissent subverties. La liberté, c’est d’une certaine manière une de ces « idées chrétiennes devenues folles« . Car la voilà déconnectée de toute référence au bien, à la vérité. En lieu et place d’une joyeuse ouverture, elle se mue en rouleau compresseur, aplanissant toute référence morale comme autant d’obstacles inconvenants. Combien de mes lecteurs endormiront leur juste réprobation initiale devant cette nouvelle avanie de notre société en se conformant de force à leur idée de la liberté, à leur conception du libéralisme ? L’égalité, instrumentalisée aussi. Il n’y a pas jusqu’à la fraternité qui ne m’inquiète, quand je vois trop souvent la mort présentée avec force pathos comme un « acte d’amour ».

La mort devient l’amour. La fidélité devient multiple. Et ce site s’inscrit si bien dans ce mouvement de subversion et de mercantilisation des valeurs que c’en est cocasse (outre le fait qu’il est traduit avec les pieds). Lisez donc. N’est-il pas merveilleux que ce site se place sous le signe de l’honnêteté (« le mot en H« ) ? Voilà une relation vraie, sincère et honnête, la relation « mutuellement avantageuse« .

Désarmés devant une initiative qui ne fait que pousser loin la logique de ses raisonnements, on convoque le droit. Qu’il s’agisse du Monde ou l’Express, on interroge le juriste. Moins il y a de morale, plus on produit de normes. Mais le législateur ne pourra rien, et vous l’aurez, ce site. Parce qu’il s’agira de liberté, d’honnêteté, parce que les moralistes sont des vieux cons. Parce que c’est l’affaire de « gens qui savent ce qu’ils veulent, et ce qu’ils peuvent offrir en retour« . Un peu comme la prostitution, quand on y pense…

Non, je ne dirais pas que le fait de voir deux medias s’alarmer de ce symptôme m’ait procuré une joie mauvaise. Il est toutefois une maxime de Bossuet qui connait un vrai succès sur le web : « Dieu se rit de ceux qui maudissent les conséquences des causes qu’ils chérissent« . Alors si Dieu rit, laissez-moi sourire.

Pour le reste, chacun fait ce qu’il veut avec son cul.

Après tout, c’est sa merde.

Débrouillez-vous donc avec celle-là. C’est la vôtre.

 

Photo : Jelly Babies, par Ross Eliott

 

Auteur

Monoépoux, multipère, fidèle à plus d’un titre.

Avocat (associé fondateur BeLeM Avocats), auteur de Ca ira mieux demain (Sept. 2015) et de Identitaire – Le mauvais génie du christianisme (Janv. 2017)

53 commentaires

  • Moi qui croyais que ça parlerait de Candy Crush… Je suis déçu.

    C’est pas évident de vivre tous dans le meme monde quand on n’a pas/peu de morale en commun. Mais on nous avait prévenu.

  • L’usage du ‘mot en H’ indique ordinairement qu’une bonne grosse hypocrisie est en vue. Ça ne rate pas, ici. L’expression « mutually beneficial relationships » est une marque commerciale toute neuve. C’est surtout un magnifique euphémisme pour désigner une activité économique tout ce qu’il y a de traditionnelle.

  • @ Gwynfrid : oui, « mutually profitable » ou autres. Je suis actuellement dans un dossier d’agence commerciale. On appelle ça un « mandat d’intérêt commun ». Bref, on y retrouve une conception de l’intérêt mutuel très marquée.

    Fol Bavard a écrit :

    C’est pas évident de vivre tous dans le meme monde quand on n’a pas/peu de morale en commun. Mais on nous avait prévenu.

    Exact. Et, parallèlement (j’ai hésité à le placer dans le billet, mais ne trouvais pas le lieu exact), nous sommes aussi dans un monde qui produit ceci, et je ne l’oublie pas non plus.

  • A leur place, je me méfierais du rire de Dieu :  » Les rois de la terre se dressent, les grands se liguent contre le Seigneur. Celui qui règne dans les cieux s’en amuse, le Seigneur les tourne en dérision ; puis il leur parle avec fureur , et sa colère les épouvante. » (Ps 2,2-5)
    JDCJDR

  • Il me semble que la citation de Bossuet est plutôt « Le Ciel se rit des prières qu’on lui fait pour détourner de soi des maux dont on persiste à vouloir les causes ». Cette formulation me semble en outre plus intelligible que celle que tu lui attribues.

    Si tu trouves une source fiable pour confirmer l’une ou l’autre (ou une autre encore), je suis preneur 🙂

  • « Dieu se rit des prières qu’on lui fait pour détourner les malheurs publics quand on ne s’oppose pas à ce qui se fait pour les attirer ». Bossuet, , Histoire des variation des Eglises protestantes, œuvres complètes, tome IV, Paris, Didot, 1841, p. 54.

  • Site faux cul, certes. Mais je réagis un peu différemment.

    Cela fait des millénaires que les mâles disposant de pouvoir et ou d’argent peuvent imposer ou acheter des relations à des femmes plutôt bien de leur personne. Et ces femmes ne sont pas toujours victimes, parfois elles consentent ou développent même des stratégies intéressées. Si nouveauté il y a c’est que la dimension matrimoniale se fait plus rare et que la polygamie synchrone est devenue séquentielle, encore que…

    Cela fait si longtemps que cela existe que j’ai du mal à accuser la liberté, l’égalité ou la fraternité…

    Internet révèle de façon crue des comportements humains qu’il était de bon ton d’ignorer, et il ne peut le faire que sur le mode de l’hypocrisie.

    Dénonçons ces comportements et cette hypocrisie, mais gardons-nous d’interprétations peut-être un peu rapides.

  • Eh bien non. Je me suis demandé, moi aussi, si je ne m’irritais pas d’un travers présent de tout temps, si je ne tombais pas dans le « où va le monde ? » cher à toutes les générations et surtout aux personnes âgées. Mais je vous prie de croire qu’il m’est passé par l’esprit que l’adultère existait avant 68, de même que la prostitution, les gigolos et autres demi-mondaines.

    Mais nous n’étions ni dans cette « industrialisation » ni dans la promotion ouverte de ce type de comportements comme nous le sommes aujourd’hui. Ces comportements existaient, ont certainement toujours existé, mais étaient tout au plus tolérés et il ne serait venu à l’esprit de personne d’en faire ainsi la promotion publique (de même que pour Gleeden) et d’en percevoir un bénéfice. C’est bien cela qui fait la singularité de cette pratique et de l’époque : la promotion publique de ces comportements, la subversion des valeurs (je me répète : fidélité multiple ou relation empreinte d’honnêteté dans ce cas) et le désarmement moral dans lequel on se trouve face à ces pratiques, après avoir tant promu une conception dévoyée de la liberté.

  • Aristote, ce n’est pas la très relative nouveauté de la transaction qui fait débat, mais la phraséologie sucrée qui l’emballe. Avant, la prostitution, on appelait ça de la prostitution. Aujourd’hui, le rouleau-compresseur de la bien-pensance veut qu’on l’intitule « mutually beneficial relationships », ce qui équivaut à la même chose mais semble moralement inattaquable, au moins dans la tête de ceux qui ont concocté l’appellation. Qui irait contre la loi suprême du consentement mutuel, n’est-ce pas ?
    Ce qui me rappelle un détail : une loi anti-prostitution ne va-t-elle pas être votée dans quelques semaines ? Le site ferait-il partie d’une tentative anticipée, de la part des proxénètes, pour faire rentrer par la fenêtre ce que le gouvernement va mettre à la porte ? Hmmm ?

  • La logique de ce début de XXI° est celle du début du XX°, poussée dans ses extrêmes, produites pour les masses :

    « Le monde moderne n’est pas mauvais ; par certains aspects, le monde moderne est bien trop bon. Il est rempli de vertus folles et dégénérées. Quand un système religieux vole en éclat (comme le christianisme le fut pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui se déchaînent. Les vices, en effet, se déchaînent, ils vagabondent et ils causent de grands dommages. Mais les vertus se déchaînent également ; et les vertus vagabondent plus furieusement et causent des dommages bien plus terribles encore. Le monde moderne est rempli de ces vieilles vertus chrétiennes devenues folles. Ces vertus sont devenues folles parce qu’elles ont été isolées les unes des autres et errent en solitaire. Ainsi certains scientifiques ont le souci de la vérité ; et leur vérité est impitoyable. Ainsi certains humanitaires ne se soucient que de pitié ; et leur pitié est (cela me désole de le dire) souvent fallacieuse.

    Par exemple, Mr Blatchford attaque le christianisme parce qu’il est fou d’une vertu chrétienne : la vertu purement mystique et quasi irrationnelle de charité. Il a cette idée étrange que ce serait plus simple de pardonner les péchés en disant qu’il n’y a pas de péchés à pardonner. Mr Blatchford est non seulement le premier des chrétiens, il est le seul des premiers chrétiens qui aurait véritablement mérité d’être dévoré par les lions. Car dans son cas l’accusation des païens est vraiment exact : sa pitié signifie l’anarchie pure et simple. Il est vraiment l’ennemi du genre humain – parce qu’il est trop humain. A l’autre extrême, on trouverait le réaliste acrimonieux, qui a délibérément tué en lui tout le plaisir humain des contes de fées ou de la réconciliation des cœurs. Torquemada tortura les gens physiquement au nom de la vérité morale. Zola tortura les gens moralement au nom de la vérité physique. Mais au temps de Torquemada existait au moins un système où pouvaient s’embrasser, dans une certaine mesure, la droiture et la paix. »

    Chesterton, « Orthodoxie », Le suicide de la pensée.

  • Koz a écrit :

    il ne serait venu à l’esprit de personne d’en faire ainsi la promotion publique (de même que pour Gleeden) et d’en percevoir un bénéfice. C’est bien cela qui fait la singularité de cette pratique et de l’époque : la promotion publique de ces comportements

    Je ne suis pas sûr que l’opprobre public frappait si durement cette même pratique au XIXe siècle, lorsque la demi-mondaine était un signe ostentatoire de richesse, et reconnu comme tel, pour les grands bourgeois, industriels, banquiers, pour la moitié de l’aristocratie y compris dans la famille de l’Empereur. Et je ne doute pas que certaines entremetteuses tiraient bénéfice de leur carnet d’adresses et de leur réseau.

    Peut-être est-ce plutôt que nous sommes dans un siècle d’efficacité, de désintermédiation, et même, pourrait-on arguer, de moindre hypocrisie que nos glorieux ancêtres.

  • Etaler ainsi des bonbons sur un de mes blogs préférés en plein carême! 🙂

    Koz, vous êtes sans pitié!

  • Alaé a écrit :

    Aristote, ce n’est pas la très relative nouveauté de la transaction qui fait débat, mais la phraséologie sucrée qui l’emballe.

    Eh oui, et s’ils la déploient, c’est qu’ils savent que c’est la phraséologie adéquate pour faire passer leur tambouille.

    @ Courtlaïus : eh oui. Bien vu.

    Tilt a écrit :

    Peut-être est-ce plutôt que nous sommes dans un siècle d’efficacité, de désintermédiation, et même, pourrait-on arguer, de moindre hypocrisie que nos glorieux ancêtres.

    Magnifique. Il fallait ce tenace mythe de gauche sur la bourgeoisie hypocrite. Ça tient chaud. Et au final, célébrer notre l’honnêteté prolétarienne. Mais dites-moi, j’y pense, puisque nous en sommes à célébrer l’honnêteté contemporaine, vous avez quelque chose de prévu les semaines qui viennent ? Seeking Arrangement cherche un rédacteur web pour remanier sa page sur le « mot en H », qui est fort mal écrite. Ils auraient bien besoin de votre plume.

  • Koz, il est impossible de lutter contre cette subversion au nom de la morale, parce que ses apologues sont aussi strictement moralistes que le plus fondamentaliste de leurs opposants. Simplement, leur morale est inversée, mais ils la soutiennent avec les mêmes arguments et même beaucoup plus habilement qu’eux, grâce à leurs apparences de vertu, de pseudo-supériorité morale, et à leur capacité à dévier le sens des mots.

    La supériorité morale, leurs adversaires « old school » ne peuvent plus la revendiquer parce qu’ils sont vus comme des nuisibles, des fachos, des rétrogrades et des empêcheurs de vivre en rond. Cette bataille-là est perdue, et heureusement : personne n’aime les pères-la-vertu, qu’ils soient de droite ou de gauche.

    Je ne vois qu’une seule solution, arrêter une bonne fois pour toutes de parler de morale et leur opposer les résultats de leur libertarisme : une société atomisée en communautés antagonistes, qui perd de plus en plus le sens du mot amour et où se développent toujours plus l’illettrisme, la solitude, les addictions, les dépressions, les troubles psychiatriques, etc, la liste est longue…
    Cela se prouve facilement. Il y a des statistiques à la portée de tous, en particulier sur la progression des suicides, des troubles mentaux (anorexie, boulimie, automutilations, etc) et des dépressions dans les pays occidentaux. Tout ça n’a rien d’une question de morale – ce mot qu’ils manient avec la même sincérité que leurs opposants – mais tout simplement de bonheur et des moyens d’y accéder. Et si nous, les conservateurs, commencions à communiquer sur cet angle, au lieu de nous borner à déplorer ce qui nous semble aller contre nos convictions intimes et nos valeurs, alors même qu’eux aussi sont pétris de valeurs et de convictions et que nous le savons ? Et si nous les attaquions enfin sur leur bilan, au lieu de rester braqués sur nos tentatives de sauvetage de meubles ?

  • Bonsoir Koz,

    j’ai lu il y a trois jours un article traitant du commerce du sexe dans mon périodique préféré (The Economist). D’après une enquête sérieuse, en deux générations, on est passé de 60% d’hommes ayant fréquenté des prostituées au cours de leur vie à 15% aujourd’hui. Notre monde n’a pas que des mauvais côtés quand on s’en tient aux faits.

    Il faut à mon avis aussi regarder le bilan global de la liberté d’expression, et de son représentant extrême: Internet. Oui, ce site est hypocrite, et le marketing ne trompe d’ailleurs personne (dans le même style, j’ai beaucoup ri quand Microsoft expliquait que le mode « sans traces » de son navigateur servait à commander un bijou à sa femme sans qu’elle puisse s’en apercevoir).

    Mais pour un site comme cela, c’est un fourmillement de créativité qui serait euthanasié s’il fallait demander l’autorisation du conseil des gardiens ou du commissaire politique avant de s’exprimer. Tu ne peux probablement pas avoir Wikipedia ou KozToujours sans « seekingarrangement ». C’est un tout. Et je suis profondément convaincu que le bilan total est positif.

  • je persiste et je signe. La seule différence, c’est qu’Internet n’existait pas. Et sur Internet, réseau ouvert à tous, on ne s’exprime pas comme dans une conversation privée.

    Non que j’approuve le moins du monde ces utilisations d’Internet. Et l’hypocrisie est flagrante.

    Mais voyez Flaubert, Maupassant : la prostitution, l’adultère, qu’ils appelaient par leurs noms, ne les troublaient pas plus que SeekingArrangement ou Gleenden. Lisez la correspondance de Flaubert sur son voyage en Egypte, vous serez édifié, de ses conceptions et de ce qu’il ne lui vient pas à l’esprit que ses correspondants pourraient tiquer.

    Le père de Marcel Proust lui donne 10 francs pour aller au bordel…, afin de lutter contre ses habitudes de masturbation, et le jeune Marcel, il a 17 ans, l’écrit à son grand-père comme une chose on ne peut plus naturelle.

    La dimension financière des stratégies matrimoniales a toujours existé et était perçue comme naturelle.

    Oui, le mal s’adapte plus vite que nous aux nouvelles technologies et à la mondialisation. Satan est malin, nous le savons.

    Mais je ne vois pas où est la nouveauté.

  • @ Koz:
    Je suis la première à me désoler de l’existence de ce type de site. De là à dire que ce type de relation est nouvelle et n’était pas institutionnalisée avant Internet, il y a un monde. Les kama-sutra ont été écrits par Vâtsayana au 3ème siècle et faisaient de la courtisanerie un véritable art de vivre avec ses règles. L’empire romain a aussi eu son lot de courtisanes, idem pour l’empire ottoman. Et je dis ça en n’ayant pas la moindre compétence d’historienne, j’imagine donc que pour qui s’y connaît un minimum, les exemples de tels échanges de bons procédés surabondent. Par ailleurs, pour revenir à une époque plus récentes, n’avez-vous pas vu à maintes reprises près des lieux de prestige (ou à l’intérieur, si vous avez les chances de les fréquenter) ces femmes aux bras d’hommes de 20 ans plus âgés qu’elles et qui les entretiennent ? C’est tout de même être bien naïf que de croire qu’hommes et femmes ont attendu le site sugar babies pour se fréquenter de façon régulière dans une forme de prostitution haut-de-gamme mêlant l’argent, la bagatelle et une forme d’entente intellectuelle. Donc s’offusquer d’une acceptation presque indifférente à l’alliance d’un vieux riche et d’une belle jeune femme sans le sou, oui. De la multiplication de ce type de relations aussi. Estimer que quelque chose de nouveau est apparu, certainement pas.

  • Pour reprendre certains commentaires, la problématique n’est pas tant dans l’existence de ce type d’activité qui ne date pas d’aujourd’hui mais dans la possibilité que les moyens de communication modernes lui donne de se banaliser jusqu’à en devenir « normale ». Est-ce parce que notre monde nous permet d’accéder si facilement au bien et au mal qu’il faut se réjouir de leur équilibre statistique ainsi mis en évidence de façon désinvolte ? Cette attitude « blasée » face à nos turpitudes qu’Internet rend évidentes est elle acceptable quand il s’agit de commercer la chair à canon « de façon équitable » pour améliorer le retour sur investissement à grande échelle ? Les « petits arrangements personnels » passent alors de l’artisanat au commerce de gros sanctionnant un mépris de plus en plus patent pour l’être humain.
    Oui nous avons toujours eu nos « merdes » mais on peut regretter d’en être de plus en plus éclaboussé et de se voir imposer un rabaissement perpétuel de la grandeur humaine.

  • Bonjour,

    je souhaite défendre l’adage « Il n’y a pas de mal à se faire du bien », qui à mon avis, appliqué sans excès, est positif.

    Notre vie quotidienne est, sauf pour quelques planqués ou très riches, laborieuse: ajoutez le travail, l’entretien du logement, les courses, l’éducation des enfants et il ne reste pas grand chose à une semaine type. Pour supporter toutes ces « corvées », je pense qu’il est absolument nécessaire de se réserver des petits plaisirs. Attention, je ne parle pas ici de drogues dures, de partouzes, mais plutôt de la patisserie du dimanche après-midi, du bel habit pour lequel on craque, ou de cette bonne bouteille de Côtes du Rhône. Ces petits plaisirs incluent aussi certainement une vie sexuelle épanouie dans le couple, encore plus nécessaire après la naissance des enfants. A mon avis, pour ceux qui vivent seuls, une consommation modérée de produits « pour adultes » peut aussi être bénéfique, et dans de rares cas (handicapés…), la prostitution peut avoir à mon avis une place dans ce tableau.

    Toutes les personnes équilibrées que je connais ont ces « petits hédonismes » qui aident à ne pas craquer. J’ai eu dans mes proches des gens qui oubliaient de se faire plaisir, principalement des intégristes religieux, de gauche marxiste, ou de la santé, et franchement, ce ne sont pas les gens qui avaient l’air les plus heureux ou qui étaient les plus plaisants à fréquenter.

    Je crois aussi que le « chacun son c… » est très défendable. Nous avons tous un penchant naturel à mettre notre nez dans les affaires de nos voisins, soit parce que nous trouvons un plaisir sadique à mettre les autres dans l’embarras (la comère du village), soit parce que c’est un moyen de nous mettre en valeur, soit aussi par stratégie rationnelle pour arriver à nos fins. Comme en plus ces jugements de valeur font rarement changer ceux qui en sont la cible, on a à mon avis tout intérêt à établir le « chacun son c… » comme règle de courtoisie « par défaut » pour une vie en société paisible. Cela n’empêche pas ceux qui en éprouvent le besoin de se rendre à la confession ou aux alcooliques anonymes.

  • Très belle analyse, très belle écriture. À force de vivre entouré de néo-païens qui n’ont jamais lu plus d’une page par semaine dans leur vie, j’en oublierais presque, parfois, qu’il existe, quelque part, des chrétiens qui ont encore des idées claires et les moyens de les exprimer tout aussi clairement. Merci! Tant qu’il restera un peu de levain dans la pâte, tout n’est pas perdu.

  • J’ai été enfant et adolescent à 21 kms de la base militaire de l’OTAN appelée « Camp du Poteau » en Gironde. Voir lien suivant: http://fr.wikipedia.org/wiki/Captieux. Il y avait le long de la nationale qui longe le camp militaire des cabanes en bois avec des prostituées pour assurer « le repos du guerrier ». En 1967 le général De Gaulle a demandé aux Américains de partir. Les cabanes en bois au bord de la nationale et leurs occupants, occupantes sont restées jusqu’en 1987. Aujourd’hui derrière la gare de Saint Jean de Bordeaux et dans le MIN il y a tous les soirs de nombreuses jeunes femmes qui se prostituent. Certaines sont très jeunes, peut-être mineures. Elles viennent du monde entier. Leur nombre a fortement augmenté depuis 1994. La prostitution n’est pas le plus vieux métier du monde. C’est le plus vieil esclavage du monde. De nombreuses associations en France essayent d’apporter aide et soutien aux prostitué(e)s. Je me permets d’attirer votre attention sur deux d’entre elles: http://www.mouvementdunid.org/ fondé il y a soixante dix ans par un prêtre et une prostituée parisienne et l’association plus récente: http://zeromacho.wordpress.com/le-manifeste/

  • Comme je suis d’un naturel bienveillant, je vais partir du principe que ceux qui veulent lire ont lu, comme le démontrent assez bien les commentaires de @ vercaud ou d’@ Alaé. Je ne vais pas non plus m’interroger outre mesure sur le fait qu’il faut singulièrement me prendre pour un imbécile pour imaginer que je ne sache pas qu’il y avait des prostitués du temps de Cléopâtre, voire de Jésus-Christ (comme en témoignerait semble-t-il un évangile que je n’ai pas manqué), et que des femmes ont toujours entretenu des relations avec des hommes pour les seuls avantages matériels qu’ils leur procuraient.

    Je me fatigue un peu à expliquer les évidences. Que l’on fasse le promotion commerciale d’une pratique bien proche de la prostitution en la faisant passer pour la marque de l’honnêteté véritable dans les relations, en utilisant les outils que je n’ose qualifier de « conceptuels » de notre philosophie bas-de-gamme contemporaine, est-il nouveau ou non, différent ou pas de ce que vivaient Flaubert ou Proust ? Franchement… Qu’une pratique existe est une chose, qu’on puisse la valoriser en est une autre. Aujourd’hui, quelques medias s’en émeuvent, demain, cela sera « passé dans les moeurs » de la même manière qu’avec Gleeden.

    Il est plus intéressant voire amusant d’observer la provenance des objections. Franchement, est-il indispensable, parce qu’on est libéral, de voler au secours de tout ce qui peut ressembler à un mécanisme de marché ? Est-ce vraiment un service à rendre au libéralisme ?
    @ Nils, j’ai lu votre billet, qui noie profond le poisson en suggérant que le fait qu’une femme cherche une situation matrimoniale arrangeante, ou une particule, serait somme toute assimilable à une place de marché sur laquelle des jeunes femmes échangent cadeaux contre faveurs sexuelles (puisque vous n’aimez pas plus que moi l’hypocrisie, soyons donc clairs). Franchement, pourquoi vous sentez-vous dans l’obligation de défendre de telles pratiques ? Vous venez conforter directement ce à quoi je faisais allusion dans mon billet : le travers des personnes si attachées à leur libéralisme qu’elles s’efforcent avant tout de s’assurer de la conformité de leurs positions avec leur libéralisme plutôt qu’avec leur conception du Bien. Pourtant, ça n’est pas grave de faire une entorse à ce libéralisme. Tant que l’humanisme tient bon, il ne faut pas s’inquiéter à l’idée que le libéralisme puisse s’écrouler (d’autant qu’il tiendra). Il ne faut pas non plus hésiter à considérer que le « libéralisme » qui consiste à s’accommoder de toutes choses n’en est qu’une forme et qu’il reste un système accessoire.

    Encore plus amusant est de constater que vous reprenez les mêmes arguments que
    @ Tilt, que je crois plus à gauche que vous (mais dont je me demande s’il n’est pas tout simplement « libéral »). Vous vous retrouvez sur une même dénonciation de l’hypocrisie (étant observé que vous semblez me placer moi au rang des plus faux-culs, ceux qui s’émeuvent de cette pratique). La vulgate libérale-libertaire fait son œuvre.

    @ Uchimizu : votre commentaire est sympathique, mais je crois que vous lisez mes billets, et mes commentaires, avec d’étranges lunettes. Savez-vous, par exemple, que le jansénisme a été condamné par l’Eglise il y a bien longtemps – même si certains catholiques continuent de se laisser marquer par une survivance janséniste ? Croyez-vous nécessaire de me convaincre qu’il n’est pas mauvais de profiter d’une bonne bouteille de vin, du chant des oiseaux, d’un beau coucher de soleil ?

    Je ne vous en veux pas de votre commentaire, parce que j’aime cette vision de la vie, et j’ai moi-même toujours fonctionné ainsi. Je me demande seulement à quoi vous répondez. A qui, à quelle vision du monde. Quelle vision du monde vous prêtez à vos interlocuteurs.

    Vous qui défendez donc le « chacun fait ce qu’il veut avec son cul« , pourquoi vous sentez-vous dans l’obligation de placer dans votre commentaire que « se faire du bien » passe aussi par une vie sexuelle épanouie, même après avoir eu des enfants ? Je vois bien que vous vous sentez une mission d’expliquer au catholique que je suis comment il devrait vivre (à partir de l’idée fausse que vous vous faites de ma vie, et de celle des catholiques en général). Franchement, je vous inviterais volontiers à retirer vos œillères ou vos lunettes noires, et à vous intéresser au catholicisme authentique.

    Notez enfin que ceux qui énoncent qu’il « il n’y a pas de mal à se faire du bien » et que « chacun fait ce qu’il veut avec son cul » ne le font pas juste pour nous inciter à apprécier un camembert coulant ou à ne pas aller frapper chez le voisin pour lui expliquer comment élever ses enfants. Personne, devant un beau coucher de soleil, ne se sent dans l’obligation de se justifier de l’apprécier, parce que personne ne vous le reprochera. Quant au deuxième fondement métaphysique de la société contemporaine, il revient surtout à laisser chacun dans sa m…, il n’est qu’un ressort de l’individualisme puisque, chacun faisant ce qu’il veut avec son cul, je n’ai plus qu’à m’occuper exclusivement du mien.

  • Je partage les réserves de certains sur la nouveauté du phénomène, tant sur le fond (une prostitution de luxe basé sur les « petits arrangements ») que sur la forme (l’hypocrisie).
    D’autres l’ont dit : demi-mondaine, fille entretenue sont des vieux termes. C’était aussi, déjà, abominablement faux-cul.

    Le vrai sens finit par percoler à travers les euphémismes, d’où la tentative de « SeekingArrangement » d’inventer de nouvelles phraséologies à la con, quitte à sombrer dans la nov-langue. Sans doute avec le même succès, à terme. Je veux dire, il y en a encore qui pensent que les escort girls servent à « escorter » des messieurs à des diners en ville pour s’y montrer en bonne compagnie ?

    Reste la généralisation du phénomène. Là aussi les signaux sont contradictoires. Il semblerait que la libération sexuelle fasse diminuer le recours général à la prostitution, et c’est sans doute la vraie tendance de fond, la plus structurante pour notre société. Ensuite, entre internet et l’enrichissement global de la population, certaines pratiques spectaculaires et luxueuses comme celles promues par SeekingArrangement sont peut être à la fois plus visibles et plus répandues. Peut être d’autant plus visibles que la prostitution « de masse » est de plus en plus marginale et mal acceptée !

    Enfin, je me demande ce que l’on cherche à minimiser, et pour qui. Quand je lis ce que disent ces filles de leur activité, je suis surtout marqué par à quel point elles semblent se mentir avant tout à elles-même. Le client, j’ai l’impression qu’il se fait un petit jeu de rôle qui leur permet d’avoir accès à ces jeunes filles « moins professionelles ». A-t-il, lui, vraiment des illusions quant à ce qu’il est en train de faire ?

    Je ne dis pas ça tellement pour défendre ces filles. Bien sûr qu’elles sont à plaindre, mais à 3-4000 euros/mois ce ne sont pas non plus des damnés de la Terre qui vendent leur corps pour manger. C’est surtout pour relever une remarquable continuité. Au XXIème siècle, ce n’est toujours pas facile d’être une pute, et d’être vue comme telle. Avec ou sans sucre ajouté.

  • Le dévoiement de la notion de liberté est une réalité, le refus de tout jugement moral aussi. Mais on voit bien, dans le texte du Monde, que la pression économique est déterminante dans cette affaire. La seule véritable motivation est l’argent, on ne le cache pas. Et cela implique des sacrifices: l’une des jeunes filles reconnaît l’impossibilité d’avoir une relation amoureuse normale en même temps que ces relations tarifées.

    Donc, certes, on fait la promotion d’une activité de prostitution avec moins de gêne que par le passé. Mais, avant tout, c’est l’augmentation des inégalités économiques qui explique l’apparition de ce genre de site. Il y a beaucoup d’hommes qui peuvent lâcher entre 1000 et 10000 dollars par mois pour leurs loisirs personnels sans que cela se voie trop dans leur budget. Et il y a beaucoup, beaucoup de jeunes filles éduquées et jolies qui ont du mal à payer leurs études ou à trouver du boulot. Ce n’est pas entièrement nouveau, mais les proportions du phénomène ont considérablement changé.

  • @ Koz:
    Je ne vous ai nulle part rangé au nombre des faux-culs, et pour cause : je ne sais rien de votre vie familiale, qui ne me regarde pas (et au passage, j’ai lu votre billet APRÈS avoir rédigé le mien).
    Concernant ma soi-disant défense de ces pratiques, je vous répondrai par ce passage de mon billet : « Certains crient au double standard, et ils ont raison de le faire. Mais ils ne dénoncent l’hypocrisie des uns que pour en étendre les privilèges aux autres. Or le vrai scandale, c’est moins la prostitution en ligne que ces relations « comme il faut » et autres mariages heureux couvrant de leur vernis moral une réalité parfois plus proche du trottoir que de l’autel. »
    Loin donc d’excuser A (seeking arrangement) au nom de B (ceux qui ne font pas mieux mais sont juste plus hypocrites), j’étends à B la critique que j’adresse à A, partant du principe que dans cette histoire le comportement des uns et des autres est dégradant pour la personne.
    Je regrette en revanche que vous me rangiez (mais j’ai sûrement mal lu) parmi ces libéraux qui se soucient du libéralisme plus que du bien.

  • Sur l’essentiel, Nils, en étendant la critique de A à B, vous relativisez A en l’assimilant à une attitude peu reluisante certes mais fort différente et ce d’autant plus que, si bien sûr, je subodore que pour certaines, la présence du particule est un argument de leur choix, il est peu fréquent qu’il soit exclusif et encore moins fréquent qu’elles changent d’époux pour trouver une double particule. Faire un lien entre les deux ne me semble guère pertinent.

    Par ailleurs, vous considérez comme véritablement hypocrites ceux qui fustigeraient A et pas B…

    Sur nos perceptions respectives, mon commentaire était peut-être un peu abrupt et j’avais envisagé de mettre une parenthèse pour dire explicitement que je ne doutais pas de votre attachement au Bien. Voilà qui est fait. Mais je confesse ne pas être surpris qu’un libéral se soit senti interpellé, à tort, par ce « phénomène ». De fait, comme vous le soulignez, vous avez écrit ce billet avant le mien, signe que mon anticipation n’était pas franchement inexacte.

    Maintenant, vous ne me rangez pas parmi les faux-culs mais… si vous avez lu mon billet après avoir rédigé le vôtre, vous reprenez le qualificatif de mon billet dans un commentaire publié, nécessairement, après son écriture. Avouez que c’est troublant.

    Mais admettons que nous n’avons, ni l’un ni l’autre, voulu dire ce que l’autre a cru.

    Gwynfrid a écrit :

    Donc, certes, on fait la promotion d’une activité de prostitution avec moins de gêne que par le passé.

    Oui, et même au-delà : non seulement sans gêne mais on la valorise par des valeurs dont ce type d' »arrangements » est l’antinomie. Et le plus fort, c’est que ça va passer. Combien, aujourd’hui, pour démentir qu’il s’agisse d’une relation « honnête » et qu’au bout du compte ce site soit vertueux ?

  • @ Koz:
    Le fait de dire que le phénomène A est encore plus étendu qu’on ne pourrait le penser fait de moi un défenseur de A, surtout vu ce que je pense de B.
    Cela étant dit, je ne trouve pas hypocrite de fustiger A et pas B (un temps pour tout…). Ce que je trouve hypocrite c’est de croire à une espèce de frontière naturelle (faite de papier monnaie) entre les 2.
    Concernant la particule (mais ce n’est qu’un exemple parmi beaucoup d’autres, plus délicats à décrire), il est rare (je ne dis pas impossible) qu’elle éclipse tout le reste. De même qu’il est rare (je ne dis pas impossible) qu’une de ces prostituées-qui-ne-disent-pas-leur-nom soit vraiment prête à faire n’importe quoi avec n’importe qui uniquement pour l’argent. Nous avons – heureusement ou malheureusement – trop d’orgueil pour assumer tout à fait notre cupidité 🙂
    Enfin, j’ai personnellement du mal à mettre une barrière entre le monde et moi, en concluant ma réflexion comme vous concluez votre article. Non certes par complicité, ni parce que je suis libéral, mais parce que, pour reprendre ce que je disais plus haut, je ne crois pas qu’on puisse distinguer aussi radicalement que vous le faites les gens qui s’enlisent dans le mal (pour dire les choses simplement) et ceux qui s’efforcent (pas toujours avec succès) de faire le bien.

  • Il fallait lire « Le fait de dire que le phénomène A est encore plus étendu qu’on ne pourrait le penser NE fait PAS de moi un défenseur de A ». J’ai modifié le début de la phrase (qui commençait par « je ne vois pas en quoi ») mais ai oublié de modifié la suite 😉

  • Koz dénonce une relative nouveauté : le mal qui se fait passer pour le bien à l’échelle planétaire….la généralisation de cette tendance des pécheurs qui font passer les gens de bien pour d’affreux réactionnaires afin de justifier leurs pratiques et d’évacuer leur sentiment confus de culpabilité.

    Une tendance générale de notre siècle et du précédent.

    On péchait sans doute tout autant au XIX ème siècle . Mais en en ayant conscience; Aujourd’hui, on habille la conscience, demain, il n’y en aura plus, afin que le sentiment de culpabilité disparaisse.

    C’est terrible, parce que disparait alors la notion de regret, donc de justice, donc de pardon et comment faire alors appel à la Miséricorde?

    C’est la perversion du cœur, qui ne transgresse plus simplement la loi morale, mais qui inverse les valeurs : le mal devient bien.
    C’est le péché :la liberté souveraine prétend imposer sa mesure au monde entier.
    Le péché ne s’oppose pas à la vertu, mais à la Foi.

    Il faut donc se battre sur le terrain de la Foi.

    Y a du boulot! 😉

  • En 2000 le Monde Diplomatique avait fait un long article pour dire que ce qui n’était qu’oxymoron dans la littérature jusqu’à maintenant était en train de passer au niveau des idées politiques et économiques. Et que l’on entrait en quelque sorte dans un monde d’oxymorons où le bien est présenté comme mal et le mal comme bien. Voir lien suivant: http://www.monde-diplomatique.fr/2000/08/MARCOS/14136

  • Gwynfrid a écrit :

    Mais on voit bien, dans le texte du Monde, que la pression économique est déterminante dans cette affaire.

    La pression économique est pour une grande part causée par la dictature de la consommation [des marques], parfaitement inutile. Les pseudos besoins de la jeunesse, pain béni du marketing, elle qui consomme des marques et à qui on rabâche qu’elle doit consommer tout de suite, n’a rien à voir avec ce qui était il y a 25 ans. Un Iphone, Lewis et des Nike, etc. ça coûte. Ca se prostitue donc bien souvent uniquement pour se payer des Nike & co, avec en plus à présent la bénédiction de la société tout entière. Voilà leur motif : « Nous tout c’qu’on veut c’est être heureux, être heureux avant être vieux -On n’a pas l’temps d’attendre d’avoir trente ans. » Et Lewis & Co leur répond : t’as raison, n’attends pas d’avoir trente ans pour te payer un jean à 250€.

    La question est ensuite de savoir s’il existe sur terre un parent qui donnerait sa bénédiction à sa fille qui s’adonnerait à la prostitution ; et par suite de savoir pourquoi ce parent aurait au mieux une attitude indifférente, voire bienveillante, pour les filles des autres qui seraient dans ce cas de figure.

    Quand on aura compris qu’on ne vit pas tout seul dans son coin mais en interdépendance étroite, bref que l’homme est un animal politique, social (ce que nient depuis 25 ans les socialistes d’ailleurs, au moins les libéraux ont pour eux la cohérence), on évitera de lire les âneries du style « chacun fait ce qu’il veut avec son cul etc. » Personne ne fait « ce qu’il veut » avec quoi que ce soit, parce que tout peut avoir des conséquences sociales . Pour rester sur la note du commentaire d’ Exilé : « Suis je le gardien de mon frère ? » Ben oui, on l’est, que ça plaise ou non.

  • Je suis surpris par votre courroux.

    Le phénomène ici vanté a toujours existé, et il s’agit bien des demi-mondaines. Pour moi, un tel site est un acteur de l’égalité des chances, il permet à certaines de faire certains choix respectables mais moralement difficiles. Regardez d’ailleurs les vertueux cris d’indignations féministes que ce site provoque. Certaines bourgeoises respectables seraient-elles alarmées de cette jeune concurrence ? Une jeune fille à la morale ferme ou un homme mur, riche et fidèle en amour ne sont de toute façon pas la cible de ce site.

    Je suis bien sur beaucoup plus réservé sur un « truc » comme Gleeden, véritable machine à broyer des couples. C’est peut-être un peu cru à dire, mais au final je considère que l’entretien de danseuses est bien moins grave que la promotion de l’adultère généralisée.

    Les relations intéressées ont toujours existé, et existeront toujours. Tant que ce se passe entre adultes consentants … Encore une fois, je considère qu’une grande partie des discours anti-prostitution se drapent hypocritement derrière la « morale publique » ou « la santé émotionnelle des prostituées » pour cacher la crainte de la concurrence.

  • Bonsoir Koz,

    Koz a écrit :

    Savez-vous, par exemple, que le jansénisme a été condamné par l’Eglise il y a bien longtemps – même si certains catholiques continuent de se laisser marquer par une survivance janséniste ?

    Oui, mais ce n’est pas le principal de mon propos, même si j’ai un gros doute personnel sur le concept cher à notre bible de « pêché originel », qui me semble être une pente glissante vers le jansénisme dont on ne peut pas beaucoup s’écarter si l’on pratique une religion du livre.

    Je souhaite surtout insister sur le danger d’une vie organisée autour d’une idéologie. Les intégristes de la santé sont sans doute une illustration plus neutre: je connais des gens chez qui la diététique devient une croyance intégriste qui détruit leur vie, et celle de leurs entourages. J’aurais pu citer aussi les intégristes du travail. Je crois ce comportement très répandu: j’ai connu plus de personnes qui souffraient de ce travers que de « décadents pathologiques », et donc le slogan « Il n’y a pas de mal à se faire du bien » me semble, au total, utile.

    Koz a écrit :

    il revient surtout à laisser chacun dans sa m…, il n’est qu’un ressort de l’individualisme puisque, chacun faisant ce qu’il veut avec son cul, je n’ai plus qu’à m’occuper exclusivement du mien.

    Je pense que la relation aux autres n’est pas un choix binaire entre jugement et indifférence,

    Il me semble que si tout le monde s’occupait correctement de ses proches, aidait son voisin quand celui-ci le demande, et faisait attention à ne pas nuire, ce serait déjà très bien.

  • Depuis un an je rencontre régulièrement des responsables du Mouvement du Nid et j’ai rencontré une fois des responsables de Zéromacho. Dans les deux associations j’ai entendu l’affirmation suivante: « 92 % des hommes désapprouvent la prostitution et n’en veulent pas pour leur mère, leur femme, leur soeur, leur fille. » Il semblerait qu’en définitive très peu d’hommes soient clients réguliers des prostituées. Dans les deux associations je n’ai pas entendu de propos moralisateur. Il m’a semblé que l’engagement des personnes dans ces deux associations n’est pas motivé par une lutte du bien contre le mal. Ce n’est pas un problème de morale qui les anime. Mais plutôt de choix de société. De convictions « intimes » philosophiques ou religieuses ou les deux. Il y a des personnes qui pensent qu’il faut refuser la prostitution passée, présente et à venir parce que la bouche et le vagin d’une femme, d’un enfant ça ne s’achètent pas. Parce que l’Amour ne s’achète pas. La prostitution même de luxe détruit, avilit, fait souffrir. Personnellement j’ai demandé à rejoindre le Mouvement du Nid par croyance. Je crois en effet qu’on ne se prostitue pas librement. Je crois que la prostitution n’est pas la voie du bonheur. Je crois qu’il faut aider les personnes qui veulent s’en sortir. Je crois qu’il faut abolir le plus vieil esclavage du monde. Je crois en la liberté, en la dignité de l’être humain, aux rapports humains donnant-donnant. Je crois que les rapports de force dominants dominés ne sont pas l’avenir de l’humanité. Je crois en l’écologie humaine.

  • Oui, voilà, @ Emmanuel M, SeekingArrangement, c’est ce qu’on appelle l’ascenseur social. C’est un site républicain.

    Pour la première partie de votre commentaire, vous ne brillez pas par votre originalité et je vous renvoie à mon billet et les commentaires qui le suivent. Pour la suite en revanche, je vous accorde la palme. J’ai d’ailleurs bien ri en le lisant, pensant que vous alliez avouer en fin de com que c’était une parodie.

  • jfsadys a écrit :

    Je crois qu’il faut abolir le plus vieil esclavage du monde.

    Bonjour,

    je pense qu’on confond deux débats différents.

    Le premier débat est de savoir si la prostitution est une activité normale. Je pense effectivement qu’elle ne l’est pas, et qu’elle a toujours des conséquences psychologiques négatives sur le client et le/la prostitué(e). Beaucoup de pratiques modernes, comme la « monogamie en série » (les couples de lycéens / d’étudiants), le remariage après divorce, la contraception, même dans certains cas les produits pour adulte, la fin du service militaire, tout cela contribue à mon avis à limiter la prostitution en permettant aux hommes et aux femmes d’avoir une vie sexuelle active dans un cadre émotionnellement sain, et plus hygiénique, pendant la majorité de leur vie. Cela explique pour moi en grande partie la baisse très sensible de la prostitution en occident (de 60% des hommes dans les puritaines années 50 à 15% maintenant).

    Parmi ceux qui pensent que la prostitution est nuisible, il existe un second débat sur l’opportunité d’une prohibition. Il s’agit ici d’un débat assez différent, qui se pose aussi pour les drogues, principalement le tabac et l’alcool, et aussi pour d’autres sujets comme les nourritures malsaines (la pire étant le fromage, n’en déplaise aux français), les sports dangereux…

    A mon avis, pour décider dans ce débat, on doit regarder d’abord la possibilité de l’interdiction. Dans le cas de la prostitution, je pense que c’est pratiquement impossible, surtout depuis l’apparition d’internet, qui facilite une prostitution décentralisée. On doit aussi regarder si la pratique « légale » permet de limiter les dégats. Dans le cas de la prostitution, une pratique « légale » a évidemment un intérêt en permettant une certaine surveillance sanitaire. Bref, bien que ce soit un long débat technique, il me semble qu’une activité légale réglementée est la moins pire des solution.

  • Emmanuel M a écrit :

    Encore une fois, je considère qu’une grande partie des discours anti-prostitution se drapent hypocritement derrière la « morale publique » ou « la santé émotionnelle des prostituées » pour cacher la crainte de la concurrence.

    Quitte à faire dans le procès d’intention, je vous propose celui-ci : je considère qu’une grande partie des discours favorables à SeekingArrangement se drapent hypocritement derrière «l’honnêteté » ou « le libre consentement entre adultes » pour cacher leur satisfaction de voir arriver une concurrence accrue, porteuse à la fois de diversification de l’offre et de réduction de prix.

  • Comme Koz et beaucoup d’autres, je suis contre la prostitution et n’accepte aucune des justifications plus ou moins hypocrites avancées ici ou là.

    À partir de ce que nous partageons, et qui est l’essentiel, il y a trois niveaux de discussion :

    1) le phénomène est-il plus ou moins répandu qu’avant, avec la difficulté de préciser de quel avant parle-t-on : 2013, 2000, 1950, 1900, les siècles précédant, etc. , et celle de préciser les conduites considérées comme de la prostitution : demi-mondaines, mariages d’intérêt (argent ou particule),…

    2) que dit la société (quelle partie de la société, à quelle époque ?) de la prostitution, est-elle condamnée, tolérée, quelle équivalence, s’il y en a une, entre l’existence « admise » des bordels et l’existence « admise » d’un site comme SeekingArrangement, etc. ?

    3) enfin pour ceux qui estiment que 1) la prostitution est plus répandue et/ou que 2) la société la tolère plus facilement, faut-il incriminer « le libéralisme » comme étant le responsable de cette dégradation des moeurs ? Que les défenseurs de SeekingArrangement arguent du « libre consentement entre adultes » n’engage pas plus le libéralisme que la prétention de Mao ou de Staline à oeuvrer pour la libération des peuples n’en faisait des disciples de Tocqueville ou de Hayek !

  • @ Aristote:
    Réponse à votre paragraphe un. La prostitution ne concerne dans le Monde qu’une minorité de personnes. Mais la population augmente. Le prostitution augmente. Sur Bordeaux nous sommes plusieurs personnes à penser qu’elle augmente depuis 1994. La prostitution s’adapte aux époques, aux pays, aux cultures et au progrès. Elle n’est pas une; elle prend différentes formes selon les pays et leur culture et selon les époques.
    Réponse à votre paragraphe deux. Il y a trois attitudes face à la prostitution depuis qu’elle existe. On l’accepte. C’est comme ça et ça a toujours été comme ça et ça sera toujours comme ça. On la tolère mais on l’encadre et on la surveille. On la refuse et on l’interdit.
    Réponse à votre paragraphe trois. Il y a des personnes qui affirment que l’ultra libéralisme favorise la prostitution. Cela risque de rendre le débat difficile. Désigner un bouc émissaire responsable de tous les maux n’arrange pas en général les choses. A titre personnel ce que je peux affirmer c’est que sur Bordeaux les jeunes femmes prostituées que l’on rencontre dans la rue viennent de pays en grandes difficultés politiques, économiques,sociales et de pays en état de guerre civile.

  • @ Aristote:
    Vous trouverez des réponses argumentées et des données plus précises dans le petit livre de 64 pages écrit par Claudine Legardinier qui a pour titre: »Les trafics du sexe. Femmes et enfants marchandises » chez Milan, collection « Les essentiels Milan ». ISBN: 2.7459.0663.1

  • Aristote a écrit :

    3) enfin pour ceux qui estiment que 1) la prostitution est plus répandue et/ou que 2) la société la tolère plus facilement, faut-il incriminer « le libéralisme » comme étant le responsable de cette dégradation des moeurs ?

    Bonjour,

    il me semble que les chiffres sont clairs: la prostitution est moins répandue aujourd’hui qu’il y a deux ou trois générations. Prétendre qu’elle est plus répandue aujourd’hui est juste faux.

    Il me semble qu’il ne faut pas minimiser aujourd’hui le « tabou » autour de la prostitution, qui reste honteuse. Pas honteuse dans le sens où l’on s’écarte de la sainte morale, mais honteuse dans le sens où celui qui va voir une prostitué est considéré comme un « toquard » qui n’est même pas capable d’avoir une petite amie. Je pense que ce tabou est plus efficace. Autant s’écarter de la morale a un côté « born to be wild » plutôt sympa (What is done in Vegas stays in Vegas), autant être un toquard n’a aucun aspect positif.

    Le débat sur le libéralisme (et la liberté d’expression) est pour moi le plus intéressant, mais assez compliqué. Il n’est d’ailleurs pas sûr que nous soyons plus libéral aujourd’hui qu’il y a 50 ou 100 ans sur le plan économique (place de l’état…). D’ailleurs, libéralisme économique et libéralisme sur les moeurs ne marche pas toujours ensemble. Les états « rouges » aux Etats-Unis (c’est à dire républicains) sont à la fois plutôt austères sur les moeurs et libéraux économiquement.

  • « La liberté une idée chrétienne devenue folle » . On dirait du Alain de Benoist.

    Plus sérieusement , je pense qu’on touche aux limites de la modernité avec la neutralité morale c’est à dire sans religion commune (foi morale – et non culte imposée). Sinon on tombe rapidement dans l’émiettement de l’estime de l’amitié pour le concitoyens qui sont à la base de la relation socio-politique.

  • Des tartufes, sans doute, mais qui ne font que répondre à d’autres tartuferies. Personne ne se fait aucune illusion sur le fait qu’il s’agisse d’une forme plus ou moins luxueuse de prostitution. Par ailleurs, notez tout de même que les femmes offrant leurs services disent elles-mêmes ne pas systématiquement offrir des services sexuels (et dans ce cas qu’y a-t-il à redire ?).

    Si ce site emploie une forme de langue adoucie, c’est avant tout pour des raisons juridiques. Comme la prostitution et/ou toute forme d’aide aux femmes qui tarifent leur services sexuels (assimilable à du proxénétisme en France) sont condamnées par les lois, il est normal qu’un site flirtant avec la légalité emploie un langage masquant les éléments susceptibles d’être compromettants. Dénoncer les tartufes, oui, mais les tartufes sont aussi du côté de ceux qui jugent et qui condamnent les prostituées et/ou les clients. Ne vous attendez pas que ceux qui vivent sous le couperet du jugement d’autrui, dont on fait ici grand usage, s’exposent inutilement.

    Vous voudriez qu’ils disent les choses plus ouvertement uniquement pour les condamner plus violemment.

  • je souscris à votre billet… sur le coté « se plaindre d’une bouche de ce qu’on encourage de l’autre »!
    Et pourtant à la lecture de l’article, un doute affreux m’étreint…. et ci ce n’était pas, comble du cynisme, un bon petit « publireportage »… l’adresse du site, l’interview du fondateur… qui vient ouvrir ce marché en France… j’aimerais être sur que cet article n’est pas une commande!

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