Soûlés d’information, assoiffés de sagesse

livresAlors que nous discutons ces jours-ci de la réforme du collège et de la disparition du latin et du grec ainsi que la relative défaveur pour l’Histoire dont elle témoigne – toutes propositions que l’on s’étonnerait de trouver à gauche, si elle n’avait pas abandonné à peu près tout ce qui la rendait encore sympathique – cette chronique de Nicholas Kristof, dans le New York Times fournit une attrayante dimension transatlantique à nos interrogations. Elle est ainsi intéressante à triple titre : parce qu’elle donne des éléments utiles de discussion, parce qu’elle témoigne aussi d’une évolution qui dépasse la société française, autant que d’une préoccupation globale et enfin, parce qu’elle révèle la résistance, dans le temple même de Mamon, de défenseurs de nos humanités1.

Si j’étais aimable et si j’en avais davantage le temps, j’en traduirais des passages, mais je suis aussi détestable qu’occupé. Je vous renvoie donc à la lecture intégrale de la chronique, Starving for Wisdomdont je me permets en revanche de reproduire l’épigramme et l’articulation du raisonnement (à vous d’aller chercher la substance).

L’épigramme :

“We are drowning in information, while starving for wisdom.” (Edward Osborne Wilson)

Ce que je traduis approximativement ainsi : nous sommes soûlés d’information, alors que nous sommes assoiffés de sagesse.2.

Et les raisons qui militent en faveur des humanités, pour Nicholas Kristof :

First, liberal arts equip students with communications and interpersonal skills that are valuable and genuinely rewarded in the labor force, especially when accompanied by technical abilities.

(…)

My second reason: We need people conversant with the humanities to help reach wise public policy decisions, even about the sciences.

(…)

Third, wherever our careers lie, much of our happiness depends upon our interactions with those around us, and there’s some evidence that literature nurtures a richer emotional intelligence.

Nicholas Kristof conclut en évoquant une lettre de John Adams à sa femme, écrite en 1870, par laquelle il affirme devoir étudier la politique et les armes pur que ses enfants soient libres d’étudier les mathématiques et la philosophie, de sorte qu’en les étudiant ainsi que notamment le commerce et l’agriculture, leurs propres enfants puissent étudier la musique, l’architecture, la poésie, la tapisserie, la porcelaine…

De vous à moi, je m’inquiète un peu d’une évolution qui ne va pas précisément dans ce sens, qu’il s’agisse d’une tendance lourde et séculaire au primat de l’économie, ou des projets gouvernementaux. L’Education Nationale est gagnée par la quête d’une éducation utile et efficace – celle qui prépare directement à un métier – et la Culture est dramatiquement absente. Si je ne me retenais pas, j’y verrais à la fois le produit conjoncturel d’un gouvernement et d’une société impatients de résultats économiques, et le fait d’une nouvelle gauche. Une nouvelle gauche fille de ses pères, ceux qui ne voulaient rien transmettre et n’ont ainsi rien transmis, et peut-être bien cette « gauche thermidorienne et cynique » dont on est venu nous entretenir.

Il ne vous aura probablement pas échappé que ce billet et son prédécesseur sont d’une nature un peu différente. Pour des raisons qui, m’appartenant, sont dès lors légitimes, il est bon qu’il en soit passagèrement ainsi. Sinon, ce serait le silence, et cela serait vraiment regrettable.


  1. inutile de me tacler sur ce point, c’est un clin d’œil []
  2. je n’ignore pas que « starving for » ne se traduit pas littéralement par « assoiffé » mais « affamé », mais la traduction a ses raisons que le littéralisme con ne comprend pas – de même pour « drowning » []

Auteur

Monoépoux, multipère, et fidèle à plusieurs titres. Également avocat (associé fondateur BeLeM Avocats) et auteur de Ca ira mieux demain (Sept. 2015, éd. du Cerf)

32 comments

  • Je ne suis pas sûre d’être complètement d’accord avec vous. Que l’éducation nationale s’oriente vers une éducation plus utile et efficace, une qui prépare directement à un métier, me semble une très bonne chose. Plus d’anglais, plus d’espagnol, de calcul mental, d’éducation physique, de cours de théatre, de « public speech », de musique, de dessin, de travaux pratiques et manuels, plus d’écriture et de lecture également. Cela me parait un excellent projet et pour ne rien vous cacher, je suis en train de vous décrire l’emploi du temps de ma fille en CE1 dans une (bonne) école américaine. L’article de Nicolas Kristof est écrit avant tout pour les américains et n’oublions pas qu’aux Etats-Unis, ce qui manque terriblement, ce sont les cours de philo en terminale. C’est avant tout pendant ces cours que les élèves français développent leur esprit critique. Il reste aussi l’histoire, la géographie, et le caté, tiens, tant qu’on y est. Que le latin et le grec deviennent optionnel, au profit de matières plus vivantes, ne me dérange pas… Je lis partout que les français ne veulent pas de changement, ou veulent le changement pour les autres mais surtout pas pour eux. C’est pas si mal le changement pourtant!

  • Plus d’anglais, plus d’espagnol, de calcul mental, d’éducation physique, de cours de théatre, de « public speech », de musique, de dessin, de travaux pratiques et manuels, plus d’écriture et de lecture également.

    Doit-on entendre ceci comme « davantage » ou « plus du tout » ? Si les langues, la musique, l’expression orale, le dessin, la lecture, c’est l’efficacité, je crois que nous sommes d’accord. En ce qui concerne la philosophie, elle est assez souvent remise en cause. Quant à Nicholas Kristof, il parle surtout des études supérieures, si je ne m’abuse. Et les US ne me paraissent pas démunis en matière de littérature, philosophie etc.

    Ce qui me chagrine et ce sur quoi j’ai évolué, c’est le mantra selon lequel l’école doit préparer à un métier. Il faut évidemment de la mesure en toute chose, et je ne prétends évidemment pas qu’il faille faire l’inverse. Mais subordonner l’école à cet objectif ne me paraît pas bienvenu. Il me semble au moins aussi incontournable de transmettre culture, discernement et formation humaine. Sachant que tout ceci est relativement optimiste lorsque l’enjeu actuel semble davantage, en bien des établissements, d’assurer les fondamentaux.

  • Étudier Homère, oui, bien sûr. Former une culture générale, un esprit critique, etc., rien à redire. Est-il indispensable de maîtriser la grammaire et le vocabulaire du grec ancien pour ce faire, c’est déjà moins certain. Je sais, je sais, il est évident que l’on perd quelque chose à la traduction… mais tout de même. Quoi qu’il arrive, nos enfants ne pourront passer que quelques milliers de jours en classe; il a toujours été et sera toujours nécessaire d’édicter des priorités. Si je reviens sur ma (lointaine) expérience scolaire personelle, il aurait été préférable, avec le recul, de laisser tomber le latin au profit d’un minimum d’expression orale, par exemple, un domaine qui était très déficient dans l’école de cette époque.

    Koz a écrit :

    Ce qui me chagrine et ce sur quoi j’ai évolué, c’est le mantra selon lequel l’école doit préparer à un métier.

    Je suis d’accord avec toi sur ce point. L’école, certes, ne doit pas oublier qu’au bout il y aura une carrière professionnelle. Mais l’esprit qui est derrière la notion de préparer un métier (notamment si on dit « un métier » et non pas « des métiers ») me paraît exagérément utilitariste.

  • L’auteur parle effectivement des études supérieures. Mais vous, vous parliez du latin à l’école n’est-ce pas ?

    Et non, je ne pense pas qu’il faille plus de tout, mais plus de travaux pratiques (public speech, musique, langues, dessin, autres travaux manuels), qui prendraient la place d’autres matières, forcément. Vous avez peut-être eu d’excellents profs d’histoire, de latin, de littérature classique… Personnellement, je préfère ne pas penser au temps perdu à faire semblant d’écouter les miens. Je ne suis pas un cas unique et il faut trouver des moyens de changer cela. Il faut utiliser des nouvelles méthodes et adopter des approches nouvelles. Il y aura forcément des carences, mais il n’est jamais trop tard pour se mettre à l’histoire ou même au grec.

    @ Koz:

  • @ Gwynfrid : le latin et le grec sont optionnels depuis bien avant ma propre scolarité. Je ne crois pas qu’ils aient empiété sur quoi que ce soit.

    @ Anne : pour avoir une épouse professeur d’Histoire-géographie, je peux vous certifier que les méthodes ont changé. Ce qui ne signifie pas pour autant qu’il n’y ait pas eu, par le passé des professeurs d’Histoire-Géographie passionnants avec les anciennes méthodes. Quant à négliger l’Histoire… Comment imaginer où l’on va sans savoir d’où l’on vient ? Nous divergeons donc sur l’essentiel.

  • L’Éducation Nationale, obsédée par la formation à un métier ? Si seulement, ce ne serait pas l’idéal, mais déjà un peu mieux.

    Non, l’Éducation Nationale a décidé que rien ne justifiait d’être transmis et qu’elle vivrait plus tranquillement à faire la courroie de transmission pour le politically correct du moment.

    Le reste ne la concerne plus.

  • For those who weren’t born yesterday, along the same line :

    Allan Bloom : The Closing of the American Mind, 1987.

  • Non, je vous lis de façon suffisamment régulière pour vous dire que nous ne divergeons pas sur l’essentiel. Je me suis sans doute ma exprimé car je ne pense pas qu’il faut anéantir les cours d’histoire, mais on peut alléger certains programmes (et même peut-être le programme d’histoire), au profit de cours orientés vers l’apprentissage d’un métier. Et même le cours d’histoire doit, dans une plus grande mesure, être rattaché à l’apprentissage d’un métier, tout comme les « liberal arts » (philo, litterature, maths, etc). Je reprends votre citation de Kristof: « First, liberal arts equip students with communications and interpersonal skills that are valuable and genuinely rewarded in the labor force, especially when accompanied by technical abilities ».

    @ Koz:

  • Il faut aussi que l’enfant soit heureux d’aller à l’école, cela aussi ne peut être négligé. Les cours d’histoires, de philo, de maths sont positifs, à condition que le résultat soit là. C’est pas la peine de s’acharner par principe !!!. Une façon de mesurer ce résultat est de compter le nombre de bâillements par cours. Bill Gates a de très bonnes méthodes qu’il n’hésite pas à partager pour rendre les enseignements plus vivants. Ensuite, il faut évaluer les profs, voire filmer un de leurs cours. Pas pour les sanctionner, mais pour les aider à s’améliorer. A la fac aux US (désolée de parler des US, mais c’est le système que je connais le mieux et qui a tout de même quelques prix Nobel à son actif), le prof est évalué par les étudiants. En France, les profs se sont massivement opposés aux évaluations. Grave erreur. L’étudiant client est le meilleur des juges. Bref, il y a des méthodes, qui ont fait leurs preuves et qui mériteraient d’être testées en France. Pour un meilleur résultat, pour des élèves massivement plus heureux de prendre le chemin de l’école, et qui ont, il me semble, beaucoup plus la « culture du métier ».

  • « Il faut aussi que l’enfant soit heureux d’aller à l’école, cela aussi ne peut être négligé. » Ce n’est pas toujours le cas et quand on est élève et quand on est prof.  » L’élève doit être au centre de l’école. Ce n’est pas le cas. » J’ai entendu ça plus de trente ans sous la forme suivante: « L’élève doit être au cœur du système éducatif ». Parfois j’aurais aimé que l’enseignant soit au cœur du système éducatif.

  • Passionné d’histoire moi-même, ma fille de 15 ans l’apprécie énormément, pour la compréhension de phénomènes sociaux actuels que cela amène. Je pense qu’elle l’apprécie aussi beaucoup pour la « trajectoire » dans laquelle ca lui permet de se situer, et ca donne aussi une certaine forme d’amour de son pays. Je ne suis pas du tout d’accord, mais alors pas du tout, avec de soit-disant pans d’histoires qui seraient mis de côté. « Malheureusement », notre histoire est bien trop riche pour être enseignée exhaustivement… Essayant de l’accompagner dans ses devoirs, on voit bien qu’au-delà de la philosophie, le français et l’histoire permettent justement des analyses, des interprétations et une construction de l’esprit critique. Le Latin et le grec me laissent plus dubitatif… Autant j’ai bien aimé mes deux années de grec ancien au collège, autant je sens que ca n’a pas grand chose d’utile pour ceux qui ne sont pas littéraires. Comme l’humanité a peu besoin de réservoirs passifs de connaissances, je suis d’accord avec les interventions qui prônent plus d’apprentissages d’aptitudes et postures (expression orale, artistique, travaux de groupe…). Par contre, au sujet de la gauche thermidorienne, autant je suis d’accord à 100 % sur les renoncements divers et variés de la gauche actuelle, autant je trouve totalement infondé de leur mettre sur le dos les dérives de nos sociétés. Par un retournement assez hallucinant de l’histoire et des idéologies, voilà qu’on leur met sur le dos tous les excès du capitalisme, juste parce qu’ils sont hypocrites.

  • eczistenz a écrit :

    Par contre, au sujet de la gauche thermidorienne, autant je suis d’accord à 100 % sur les renoncements divers et variés de la gauche actuelle, autant je trouve totalement infondé de leur mettre sur le dos les dérives de nos sociétés. Par un retournement assez hallucinant de l’histoire et des idéologies, voilà qu’on leur met sur le dos tous les excès du capitalisme, juste parce qu’ils sont hypocrites.

    Vous aurez remarqué que je me suis modérément mouillé, en assortissant mon propos d’un « peut-être ». Mais je ne pense pas pour autant qu’on leur mette sur le dos tous les excès du capitalisme. En revanche, je constate que, alors que la gauche devrait théoriquement – avec aussi les démocrates-chrétiens et une partie de la droite – être une force de modération voire d’opposition à l’affairisme et auxdits excès du capitalisme, bien au contraire, elle s’y complaît largement, et s’y insère fabuleusement bien idéologiquement. La gauche a profondément muté ces derniers temps pour abandonner des combats que je ne partageais pas dans les modalités, mais dont la légitimité morale était claire.

    Anne a écrit :

    (désolée de parler des US, mais c’est le système que je connais le mieux et qui a tout de même quelques prix Nobel à son actif)

    S’il n’y a que ça pour vous faire plaisir… Rapportez donc le nombre de Prix Nobel à la population, vous verrez que la France se porte plutôt bien.

    @ Aristote, @ Franklin Rouy: je vous concède que je vais peut-être un peu loin à cet égard, mais c’est un tel mantra à droite que je me sens la nécessité de temporiser un peu.

  • Tiens et, de manière générale, je me convertis de plus en plus à Debray (voir ses interventions ici ) :

    Cette fausse réforme applique au domaine scolaire la vision du monde de notre classe dirigeante. Elle est dépourvue de conscience historique, élevée dans la superstition de l’économie et des finances, vouée au culte exclusif du chiffre et du quantitatif.

  • Ce qui sous-tend le papier de Kristof et le tien, c’est le postulat implicite que l’enseignement des humanités stimule particulièrement l’esprit critique et développe les qualités humaines. Je pense que c’est faux.

    Mon esprit critique s’est forgé en cours de maths où nous étions encouragés à ne rien accepter du prof qui ne soit démontré. Cela se traduisait, pas si rarement que ça, par un élève levant la main pour faire remarquer au prof qu’il s’était peut-être trompé dans une démonstration, le prof reconnaissait l’erreur et remerciait l’élève, sans que notre respect pour lui n’en soit diminué, bien au contraire. C’est en histoire, économie, philo voire français que l’argument d’autorité faisait rage et que j’ai subi les tentatives de bourrage de crâne les plus pathétiques.

    Quant aux qualités humaines… le groupe humain comportant la plus grande proportion de sociopathes est probablement la classe politique, et ils ont très rarement des backgrounds scientifiques. Par exemple, ce grand humaniste qu’est Jean-Luc Romero a fait du droit et sciences po… Bien sûr, je ne veux pas dire que la science c’est mieux, seulement que supposer qu’étudier les humanités rend plus humain est assez naïf. Staline avait étudié la théologie…

    Selon moi, le danger principal pour l’esprit critique et l’harmonie sociale c’est la politisation de tout. Notamment de la science et de l’éducation.

    Politisation de la science. La science propose, la politique impose. La science a bonne réputation mais pas la politique. Ergo, la politique se sert de la science comme d’un paillasson. Selon une étude, X est dangereux/nuisible/risqué. Il faut interdire X. On passe une loi pour favoriser Y. Qui a le temps de démontrer que l’étude était bidon/était beaucoup plus nuancée/disait le contraire?

    Politisation de l’éducation. Ce n’est pas la haine de la littérature qui a conduit NVB a interdire le latin et le grec. C’est la bonne vieille idéologie égalitariste de papa. De même, la mission de l’EN n’est pas de préparer à un métier, sinon les gamins sortiraient au moins en sachant lire écrire et compter.

    Les humanités, littérature, histoire, philo… sont des domaines passionnants et enrichissants pour tout le monde. Ce que Kristof et toi ne semblaient pas envisager c’est que le milieu académique soit devenu caricaturalement politisé au point de faire fuir les étudiants. Il y a bientôt 20 ans éclatait l’affaire Sokal qui a démontré que les sciences sociales étaient moins préoccupées par la rigueur intellectuelle que par la conformité politique. Aujourd’hui les universités excluent activement les idées déplaisantes.

    Je suis plus exposé à des idées intéressantes sur koztoujours ou reddit ou en lisant un bouquin que je ne l’étais en cours de philo en terminale.

  • <

    p>Le grec et le latin sont forcément un plus pour la personne, tout comme l’apprentissage de la musique ou la pratique d’un sport. Mais ce sont des plus, qui ne sont pas à la portée de tout le monde et parmi tous ces plus, l’école doit faire des choix. Personnellement, après 3 ans de latin, je ne suis pas capable d’aligner une phrase. Le latin, c’est très difficile et l’utilité étant tout de même limitée, je comprends que l’éducation nationale songe à l’éliminer. Je suis bien plus choquée par le pan de la réforme qui voudrait éliminer les classes bilingues qui sont des programmes dont l’utilité n’est pas à démontrer. Parler une seconde langue aujourd’hui est un atout essentiel pour une carrière professionnelle, mais c’est également un outil d’ouverture et de communication. >

  • En résumé, si les objectif de l’Ecole étaient clairement définis, alors il y aurait moins de problèmes. Je dis moins car l’Ecole n’est que le produit sociologique de notre société. D’une part, celle-ci conteste l’autorité qu’elle vienne des parents ou des professeurs. D’autre part, les personnes culturellement différentes ont du mal à vivre ensemble parce qu’elles ne partagent pas les mêmes vertus. Enfin, c’est le paradoxe à mettre en évidence: nous avons de plus en plus d' »informations » mais les connaissances baissent trop. Le problème de l’Ecole est selon moi un problème de société. Malheureusement ! Ce n’est pas avec une classe politique actuelle que les causes du problèmes seront élucidées car c’est elle qui en est parfaitement responsable. Le latin et le grec sont nécessaires pour apprendre à parler correctement français car les élèves savent d’où viennent les mots et comment ils ont évolué. En un mot, c’est une histoire d’origine. Mais sans aucun doute cet origine fait peur à nos gouvernement car les racines de notre pays sont chrétiennes.

  • @ Koz: Si vraiment cette réforme était vouée au culte du chiffre et du quantitatif, elle ne parlerait pas de supprimer les classes bilingues. Maintenant, que proposez-vous pour réformer humainement (puis-je dire utilement ?) l’école ? Je serais très curieuse de voir quelques propositions concrètes et constructives apparaître dans ce débat. Je n’ai pas à vous suggérer quoi que ce soit, c’est votre blog, mais c’est vrai que votre opinion sur ce point serait très intéressante.

  • @ Lib: Votre esprit critique s’est formée en cours de maths. Le mien plutôt en cours de philo. L’esprit critique, il en faut mais ce n’est pas tout et les français n’en manquent pas tant que cela. L’école doit aussi enseigner l’esprit d’équipe, le respect de l’autre, le goût de l’effort et de la connaissance. L’équipe de sport ou l’orchestre de musique sont des outils très précieux. On y apprend le respect de l’autre, de son adversaire, des générations (car les parents s’impliquent plus facilement). L’école pourrait tout à fait accorder plus de place à la musique et au sport.

  • Si encore l’enseignement préparait réellement à un métier, il n’y aurait que demi-mal. Malheureusement, l’enseignement des « humanités » est écarté au profit de, heu…, disons un salmigondi idéologique où la lutte contre le réchauffement climatique cotoie la théorie des genres et l’apprentissage du vivre-ensemble. Le tout (dé)organisé en vertu de la « transversalité des savoirs ». A ce titre, les programmes d’histoire, par exemple, intègre les Duong-Duong et les Dogons au détriment de Charlemagne ou Saint-Louis. Le tout, présenté sans chronologie. Heureusement que les professeurs d’histoire, pour beaucoup, résistent à cette tentative de massacre. En fait, il ne s’agit pas de pragmatisme (le bon sens de salops, selon Bernanos), qui serait un moindre mal, mais d’une volonté systématique de détruire la transmission, la mémoire, et ce faisant, la nation. Non, la gauche ne s’est pas convertie au pragmatisme, elle est dans sa logique de table rase et du grand remplacement.

  • Lib a écrit :

    Ce qui sous-tend le papier de Kristof et le tien, c’est le postulat implicite que l’enseignement des humanités stimule particulièrement l’esprit critique et développe les qualités humaines. Je pense que c’est faux.

    Non, ce qui sous-tend le papier de Kristof et le mien, ce serait plutôt que les humanités contribuent aussi et de belle manière au développement de l’esprit critique et développe des qualités humaines, alors que l’on observe aujourd’hui un net déséquilibre comme lui-même le documente dans son article. Ce qui le sous-tend, c’est que nous ne devons pas sacrifier des disciplines que d’aucuns présenteront comme inutiles parce qu’elles ne le sont pas directement à l’exercice d’un métier, et que leur apport est moins mesurable.

    Il ne s’agit pas d’exclure l’un ou l’autre, mais de rappeler le mérite desdites humanités. Que je sache, les projets du gouvernement ne consistent pas à diminuer la place des matières dites scientifiques (mathématiques, physique, bio). Ce ne sont jamais ces matières qui sont en débat et remises en cause, que ce soit par les gouvernements de droite ou de gauche.

    En math, au demeurant, tu n’as pas appris à refuser ce qui n’était pas démontré, tu as appris à ne pas accepter ce qui était manifestement et « mesurablement » faux.

    Tes contributions ici démontrent suffisamment que tu ne t’es pas cantonné aux maths, mais il me paraît essentiel aussi de ne pas cantonner l’esprit critique, le sens du vrai et de la raison au mesurable, au démontrable et au reproductible (au sens de ce qui est reproductible scientifiquement).

    Par ailleurs, la rigueur que toi, tu as reçu des maths, il faut bien ensuite que tu l’appliques à des idées et donc que tu te formes à cet égard aussi.

    Lib a écrit :

    Bien sûr, je ne veux pas dire que la science c’est mieux, seulement que supposer qu’étudier les humanités rend plus humain est assez naïf.

    En venir à Staline, tout de même…. Si l’on va par là, on pourra parler de la révérence des régimes totalitaires pour la science. Je propose donc que l’on évite d’aller par là, parce que je ne suis pas certain qu’il soit très productif de convoquer Hitler et Staline dans le débat 😉

    Lib a écrit :

    Ce que Kristof et toi ne semblaient pas envisager c’est que le milieu académique soit devenu caricaturalement politisé au point de faire fuir les étudiants.

    Peut-être parce que rien ne vient probablement étayer le fait que cette politisation (que je ne conteste pas, en revanche) fasse fuir les étudiants. Surtout en comparant des pays et systèmes aussi différents que la France et les US.

  • « Les seuls éducateurs digne de ce nom, mais combien y en a-t-il? ce sont ceux pour qui compte ce que Barrès appelait l’éducation de l’âme. Pour ceux-là, ce qui importe, dans cette jeune vie qui leur est confiée, ce n’est pas seulement la façade qui ouvre sur le monde, mais les dispositions intérieures, ce qui, dans une destinée, n’est connu que de la conscience et de Dieu. Et, ici il n’y a pas à établir de différence entre garçons et filles. Aussi lourde que soit l’hérédité d’un enfant, aussi redoutables que soient les passions dont il apportait le germe en naissant, nous avons fait pour lui tout le possible, si nous avons réussi à le persuader, selon la raison, qu’une seule chose compte en ce monde: c’est de se perfectionner, c’est le perfectionnement intérieur. Introduire dans une jeune âme cette idée que cela seul importe qui est de bien vivre, non pas seulement aux yeux des autres, mais à ses propres yeux et devant ce regard intérieur qui voit l’envers de nos actes et qui connaît nos plus secrètes pensées. » (François Mauriac, « Essais, le Romancier et ses personnages, II », 1933)

  • « La crise de l’enseignement n’est pas une crise de l’enseignement ; il n’y a pas de crise de l’enseignement ; il n’y a jamais eu de crise de l’enseignement ; les crises de l’enseignement ne sont pas des crises de l’enseignement ; elles sont des crises de vie ; elles dénoncent, elles représentent des crises de vie et sont des crises de vie elles-mêmes ; elles sont des crises de vie partielles, éminentes, qui annoncent et accusent des crises de la vie générale ; ou si l’on veut les crises de vie générale, les crises de vie sociales s’aggravent, se ramassent, culminent en crises de l’enseignement, qui semblent particulières ou partielles, mais qui en réalité sont totales, parce qu’elles représentent le tout de la vie sociale ; c’est en effet à l’enseignement que les épreuves éternelles attendent, pour ainsi dire, les changeantes humanités ; le reste d’une société peut passer, truqué, maquillé, l’enseignement ne passe point, quand une société ne peut pas enseigner, ce n’est point qu’elle manque accidentellement d’un appareil ou d’une industrie ; quand une société ne peut pas enseigner, c’est qu’une société ne peut pas s’enseigner ; c’est qu’elle a honte, c’est qu’elle a peur de s’enseigner elle-même ; pour toute humanité, enseigner, au fond, c’est s’enseigner ; une société qui ne s’enseigne pas est une société qui ne s’aime pas ; qui ne s’estime pas ; et tel est précisément le cas de la société moderne. » (Charles Péguy, « Pour la rentrée » ,1904)

    Pour les assoiffés de sagesse: http://culture-foi.blogs.la-croix.com/silence/2015/04/02/#comment-3889

  • Bonjour à tous,

    il me semble que l’on mêle le capitalisme à ce débat à tort. D’abord, le matérialisme n’est pas l’apanage du capitalisme, les système étatiques peuvent l’être tout autant, comme la Chine d’aujourd’hui ou l’Union Soviétique d’il y a trente ans. Et je crois que l’on se trompe souvent sur le rôle des études dans 95% des recrutements dans les entreprises. En dehors des « basiques » (savoir lire, écrire et compter), ce que les entreprises et les grandes organisations demandent avant tout au système éducatif, ce ne sont pas des compétences pointues, c’est de classer les jeunes par capacité intellectuelle et de travail, ce que l’on ne peut pas évaluer sérieusement dans un entretien d’embauche. D’ailleurs, la plupart des formations scientifiques sont tout aussi décalées par rapport à la réalité du travail que les matières littéraires.

    Nous avons un problème spécifique à la France: l’absence de formations en humanités suffisamment sélectives (à l’exception des Normal Sup qui le sont trop). En Angleterre, aux US et au Japon (trois pays plus capitalistes que nous), on peut décider de faire des lettres dans une grande université et trouver ensuite sans problème un travail dans les meilleures entreprises. Les écoles de commerces en guise de « graduate studies », une spécificité française, n’existent que pour remédier à cette absence de filière sélective française dans les humanités.

    Pour revenir au sujet principal, pour moi, la messe est dite pour le Latin qui n’a rien à faire dans le tronc commun des études secondaires même comme une option: c’est une langue morte, il existe d’excellentes traductions de tous les ouvrages significatifs en latin, et même l’intérêt des textes latins est relatif: à mon avis, 80% de la matière intellectuelle de l’antiquité européenne est grecque, pas latine. Même dans les humanités, le latin est une matière secondaire pour moi.

    D’une façon plus générale aussi, je me pose la question de la place des humanités (en dehors du français, de l’apprentissage du travail de groupe, l’éducation civique et des langues vivantes) dans l’enseignement secondaire. Si cela permet aux étudiants d’avoir un aperçu, l’enseignement est, d’après mon expérience, assez souvent médiocre, partiel (pourquoi embêter nos jeunes spécialement avec cet affreux 19è siècle littéraire) et perverti par toutes les idéologies (nos ancêtres les gaulois), avec en point d’ogre le cours de philosophie de terminale. Et j’ai l’impression que sur ces sujets, avoir à moitié compris est parfois pire que l’ignorance (l’extrémiste typique est quelqu’un qui a à moitié compris son cours d’histoire, d’économie ou d’enseignement religieux).

    Je crois par contre qu’il est bénéfique que la partie de la population qui fait des études supérieures ait l’occasion de se confronter en profondeur à un des domaines de la connaissance humaine: j’ai pour ma part adoré apprendre en classes prépas les mathématiques et la physique du 19è siècle, ainsi que l’informatique théorique (d’ailleurs a peu près inutile pour mon travail alors que je suis encore proche de la technique). J’imagine que d’autres ont été ravis de se consacrer aux philosophes grecs (et pourquoi pas apprendre le grec à ce moment-là), au 6è siècle européen, ou à la peinture espagnole, mais avec le temps qu’il faut, les moyens, et de vrais professeurs.

    Pour conclure, j’aimerais partager les énormes doutes que j’ai sur cette spécificité française qu’est la culture générale, et sur sa place dans le cursus scolaire et les processus de sélection. D’abord, cette culture générale donne souvent l’impression de savoir alors qu’on n’a qu’un vernis, et elle est en grande partie responsable d’un des traits les plus énervants et les plus improductifs des français: celle d’avoir une opinion sur tout. Et surtout, la culture générale est un mécanisme extrêmement puissant de reproduction des inégalités sociales: c’est le domaine dans lequel un jeune d’un milieu modeste a le moins de chance de briller.

  • Koz a écrit :

    Que je sache, les projets du gouvernement ne consistent pas à diminuer la place des matières dites scientifiques (mathématiques, physique, bio). Ce ne sont jamais ces matières qui sont en débat et remises en cause, que ce soit par les gouvernements de droite ou de gauche.

    Je ne sais pas. Il me semble que l’appauvrissement de l’enseignement est assez égalitaire. Certes, on n’est pas près de supprimer totalement les maths (pas plus que le français), mais le contenu de ce qu’on enseigne en cours de maths n’évolue pas dans le bon sens.

    Koz a écrit :

    En math, au demeurant, tu n’as pas appris à refuser ce qui n’était pas démontré, tu as appris à ne pas accepter ce qui était manifestement et « mesurablement » faux.

    Eh bien justement non. J’ai appris que construire des raisonnements sur des prémisses non-démontrées (aka bâtir des cathédrales sur du sable) était assez casse-gueule. J’ai appris le danger des hypothèses implicites. J’ai appris qu’un infime manque de rigueur au début peut entraîner des conclusions totalement fausses.

    Koz a écrit :

    Peut-être parce que rien ne vient probablement étayer le fait que cette politisation (que je ne conteste pas, en revanche) fasse fuir les étudiants.

    Kristof regrette que « Among college graduates in 1971, there were about two business majors for each English major. Now there are seven times as many. » Mon argument est que les « liberal arts » ont connu un affaissement de la rigueur intellectuelle en raison de leur forte politisation et que peut-être est-ce cela, bien plus qu’un désintérêt pour la littérature, qui entraîne la désaffection des élèves. Une discussion philosophique peut-être incroyablement stimulante intellectuellement si elle est placée sous le signe de l’ouverture d’esprit; c’est une punition si elle est contrainte par le politiquement correct. Le genre de culture décrite dans l’article du NYT dont j’ai donné le lien plus haut est de nature à faire fuir quiconque souhaite apprendre et progresser.

  • On peut, il est vrai, se réfugier dans les mathématiques, la physique et la biologie. Il y a certainement moins de risques d’idéologie. Mais ça n’est pas la vie.

  • Lib a écrit :

    J’ai appris que construire des raisonnements sur des prémisses non-démontrées était assez casse-gueule.

    C’est pourtant le cas de tous les raisonnements, et in fine de la connaissance. La géométrie euclidienne se base sur des axiomes, par définition non démontrés. Ils ne font pas partie strictement en tant que tels de la démonstration,ils la précèdent et la conditionnent. Par exemple le principe de non-contradiction est un axiome qu’on ne démontre pas ; on le pose. On peut aussi ne pas le poser, et aboutir à un autre résultat. Enfin la géométrie nous en donne moult exemples.

    Axiome, postulat, prémisse – tous ces concepts non démontrés forment la base d’une grande partie de nos connaissances. Le résultat est ensuite validé ou non par l’expérience (mais l’expérience peut « valider » un calcul faux, ie la découverte de Neptune). Les mathématiques il est vrai constituent un cas à part, dans la mesure où le résultat n’est pas forcément vérifiable par l’expérience. Enfin même Pascal n’a jamais cru que les choix qui se posent à l’homme toute sa vie sont réductibles à des équations mathématiques.

    Pour ce qui regarde l’argument d’autorité, je ne vois pas comment on pourrait également s’en passer : qq’un saisi d’un doute hyperbolique à la Descartes et qui voudrait vérifier la moindre information/connaissance vivrait une vie épouvantable ; il serait obligé, pour se persuader qu’en 1515 eut bien lieu la bataille de Marignan, de se rendre sur place (il s’y rendrait sur la foi de quoi ?), d’obtenir une autorisation de fouille etc. pour obtenir une preuve qu’un événement eut bien lieu à cette date. Combien même il trouverait des restes, cela ne lui dirait rien de plus que qqch eut lieu à cette date. Quid de Bayard etc ? Vie épuisante et peu féconde en connaissances en vérité.

    Enfin la foi chrétienne repose sur le témoignage de ceux qui ont attesté de la résurrection de Jésus-Christ (c-à-d les apôtres). Tout le contenu de la foi (la connaissance au sens de saint Paul) est construite sur cette affirmation, cette pierre d’angle rejetée par les bâtisseurs. Je ne sais pas si ce témoignage est du sable, mais ça fait 2000 ans que ça tient 🙂 On a vu du Le Corbusier en bon béton se lézarder en qqs décennies.

  • L’actualité tragique de ce week-end, que vous avez si bien relayée dans votre dernier billet, rend le sujet de la finalité de l’école en France un peu secondaire, certes. Je vous livre néanmoins quelques idées très terre à terre suscitées par votre billet. Peut-être devrait-on d’entrée de jeu nettement distinguer l’école et les études secondaires. Celles là oui doivent clairement être orientées vers l’apprentissage d’un métier. Mais, je l’admets, on n’enseigne pas un métier à un enfant de CP ou de CE1, ni même à un enfant de 5e. A ce moment de la vie, l’enfant apprend tout simplement à vivre, à trouver sa place dans le trafic. Il doit découvrir ses forces et ses faiblesses, faire fructifier les premières et vivre avec les secondes. L’école doit être un stimulateur, un accompagnateur. L’enfant apprend à vivre en société tout en entrant en possession d’un savoir, de techniques, de méthodes. L’école échoue finalement lorsque l’enfant qui connaît des difficultés d’apprentissage n’a pas été repêché à temps. Elle échoue également lorsque l’enfant avec plus de facilités n’est pas assez stimulé. J’aime bien les programmes qui ici (encore eux) sont mis en place dans les écoles publiques (celles que je connais en tout cas) et qui offrent dès le CM1des classes spéciales pour les enfants qui ont des facilités (les enfants passent un test à deux occasions en classe de CE2). Quant aux enfants en difficulté, lorsque les moyens sont là, ils participent aux programmes normaux mais sont pris à part par des professeurs particuliers tous les jours pendant 15 ou 20 minutes, c’est sur mesure. Ils ne sont pas du tout montrés du doigt, au contraire. Ils vous disent sans problème qu’ils ont du mal à lire ou à apprendre à compter. Ce programme est notamment offert aux étrangers qui doivent passer un test pour s’en exempter. Le but est de voir tout le monde atteindre un niveau minimum pour ne pas faire prendre de retard à l’ensemble de la classe. Je crois aussi pas mal à la réhabilitation du sport, tout simplement parce que pas mal d’enfants en difficulté jeune s’avèrent avoir de plus grandes capacités physiques. Mettre ces capacités en valeur permet de ne pas les marginaliser. Alors je sais, on va nous dire que l’école française n’a pas les moyens… C’est peut-être davantage la façon dont les moyens sont répartis qui pose problème, sans parler du fait qu’on va nous dire que c’est pas bien de classer les enfants, que c’est élitiste, etc. Ce genre de programmes a bien entendu ses faiblesses mais l’idéal n’étant pas de ce monde, il faut bien avancer.

    Alors ensuite, pour en revenir au latin et au grec, quelle place leur accorder ? En admettant que l’on soit à peu près d’accord sur le but de l’école, il faut se demander si l’apprentissage du latin, de nos racines finalement, peut aider l’enfant et l’adolescent à grandir dans notre monde. Peut-être… cela peut en aider certains . Néanmoins, ce que l’on ne peut ignorer, c’est le manque d’efficacité – et c’et important- de cet apprentissage. Combien d’heures sur les bancs de cours de latin pour quel résultat ? Franchement.

  • Koz a écrit :

    @ Gwynfrid : le latin et le grec sont optionnels depuis bien avant ma propre scolarité. Je ne crois pas qu’ils aient empiété sur quoi que ce soit.

    Il étaient optionnels pour moi aussi, et n’ont empiété sur rien en ce qui me concerne, c’est vrai. Cependant, toutes les ressources dédiées par l’État à faire quelque chose empiètent nécessairement sur autre chose. La réforme, naturellement, se fait dans le contexte de la contrainte budgétaire. Les mêmes qui protestent contre la suppression de certaines options viendront un autre jour réclamer la réduction du déficit de l’État, sans qu’on touche pour autant aux dépenses auxquelles ils sont attachés.

    Lib a écrit :

    Mon esprit critique s’est forgé en cours de maths où nous étions encouragés à ne rien accepter du prof qui ne soit démontré. Cela se traduisait, pas si rarement que ça, par un élève levant la main pour faire remarquer au prof qu’il s’était peut-être trompé dans une démonstration, le prof reconnaissait l’erreur et remerciait l’élève, sans que notre respect pour lui n’en soit diminué, bien au contraire.

    J’ai fait la même expérience – le cours qui m’a le plus marqué est celui de physique où le prof nous a montré l’importance de la précision et de la rigueur intellectuelle. Cependant, je n’ai pas connu de contradiction avec les autres matières, qui pour ne pas être aussi exactes, exigeaient des raisonnements construits sur des faits et n’acceptaient pas la négligence.

    Lib a écrit :

    Quant aux qualités humaines… le groupe humain comportant la plus grande proportion de sociopathes est probablement la classe politique, et ils ont très rarement des backgrounds scientifiques. Par exemple, ce grand humaniste qu’est Jean-Luc Romero a fait du droit et sciences po… Bien sûr, je ne veux pas dire que la science c’est mieux, seulement que supposer qu’étudier les humanités rend plus humain est assez naïf. Staline avait étudié la théologie…

    Lib a écrit :

    Ce n’est pas la haine de la littérature qui a conduit NVB a interdire le latin et le grec. C’est la bonne vieille idéologie égalitariste de papa.

    Je vois que tu as tout de même retenu quelque chose des cours de philo que tu vilipendes si vigoureusement… car ce n’est sûrement pas ton prof de maths qui t’a appris ce genre de rhétorique.

    Lib a écrit :

    Selon moi, le danger principal pour l’esprit critique et l’harmonie sociale c’est la politisation de tout. Notamment de la science et de l’éducation.

    C’est possible, mais ce danger n’est pas nouveau. L’école de Ferry avait un objectif politique avoué, et pour autant, elle n’a pas tué l’esprit critique, que je sache. Tu es toi-même la preuve que celui-ci est bien vivant, malgré les bourrages de crâne subis pendant toutes ces années 🙂

  • A lire cette interview effrayante de Laurent Lafforgue, médaille Fields.

    L’opposition lettres vs sciences est purement artificielle. Les deux sont complémentaires, les deux subissent l’offensive de l’EN. La déstructuration du savoir est très égalitaire.

  • Lib a écrit :

    L’opposition lettres vs sciences est purement artificielle

    Ravi de le lire. Mais pourquoi a-t-il fallu que tu penses le contraire ? 😉

  • Pour les soûlés d’information ici ou là:

    « Ce silence de mort est celui de la sécheresse du cœur, qui s’étend inexorablement comme le sable d’un désert plombé par le soleil caniculaire de notre ego collectif. Nous pensions bâtir une Babylone Nouvelle et nous sommes devenus muets, étrangers les uns aux autres ; bientôt la parole va nous manquer. Le bavardage, l’auto-affirmation idéologique ou libertaire, l’insulte et le cri de guerre couvrent le silence dans lequel nous engloutissent nos peurs et nos terreurs.

    Mais il faut savoir traverser le silence de la nuit pour découvrir celui de l’amour. »

    Parfois on dit des choses qu’on ne pense pas, parfois on pense des choses qu’on ne dit pas. L’essentiel c’est à mon sens de tenter de rester vrai au cœur de nos silences et au cœur de nos nuits. Cela n’est pas facile non. Aimons-nous la facilité nous les cathos soulés d’information? Je nous le demande… A chacun de répondre en son âme et conscience.

    Alors je dis et ça ne tient qu’à moi: à cœur exigeants et patients RIEN d’impossible.

  • Koz a écrit :

    Lib a écrit : L’opposition lettres vs sciences est purement artificielle Ravi de le lire. Mais pourquoi a-t-il fallu que tu penses le contraire ?

    Ce que l’histoire n’a pas eu le temps d’écrire Lib, c’est que la passante que je suis ICI a fait une Terminale S spé Maths avant de faire 5 ans de littérature. L’opposition lettres vs sciences est purement artificielle oui. J’en suis la preuve vivante. Koz, Galates 3,28. Voyons c’est élémentaire ;=)

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