Sois le bienvenu, petit Gabriel

J’ai entendu évoquer le décès de Caroline Aigle parce qu’un proche s’est rendu à son enterrement. Première femme pilote de chasse, grande athlète, je découvrais le personnage.

Et puis, les circonstances de sa mort : Caroline Aigle était enceinte, d’un peu plus de quatre mois, lorsqu’elle a appris qu’elle était atteinte d’un cancer. Son fils est né par césarienne à cinq mois et demi. Elle a pu le porter sur elle. Et puis, elle est décédée, à peine plus de deux semaines après sa naissance.

Et puis, j’ai lu un article de La Croix. Lu le sermon prononcé à ses obsèques. L’armée de l’air a également ouvert un site pour recueillir les condoléances. Et les plus de 1 000 messages déposés témoignent de l’intense émotion de tous.

Par Polydamas, j’apprends l’existence de cet entretien avec son mari, et davantage sur elle, et sur sa mort.

Caroline Aigle a choisi de mener sa grossesse aussi loin qu’elle le pouvait. Les médecins l’avaient informée d’un « diagnostic impitoyable » si elle n’y mettait pas un terme. Par conviction probablement, par habitude peut-être d’envisager de donner sa vie pour les autres, par sa nature, simplement, Caroline Aigle ne pouvait l’envisager : « il a droit à sa chance comme moi« .

Nul besoin d’épiloguer sur l’incroyable choix de cette mère. Les mots manqueraient, de toutes façons, pour être à la hauteur.

Je veux penser à ce petit ange, Gabriel, qu’elle a mis au monde. Petit garçon qui nous rejoint avec, déjà, au coeur, la révolte face à l’incompréhensible et, dans le même temps, le plus inestimable témoignage d’amour d’une mère.

Nul doute que, si un après existe, et si cela est possible, Caroline Aigle veille sur Gabriel.

Nous qui sommes de ce monde, si seulement nous pouvions être un peu tous ses parrains.

Sa mère a accepté de mourir pour qu’il vienne en ce monde.

Si le monde pouvait seulement être un peu plus doux pour lui…

Si le monde pouvait te faire bon accueil, petit Gabriel…

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39 comments

  • merci koz pour ce nouvel eclairage de ce qui semblait n’etre qu’un entrefilet, et je ne peut m’empecher, mauvais esprit que je suis, de comparer dans tes deux billets, deux femmes, et deux attitudes, quelle beaute quelle plenitude d’un cote, quelle platitude, quelle vacuite de l’autre, decidement la france abrite des gens d’eception, malheureusement ce ne sont pas toujours eux qui sont sur le devant de la scene.

  • Evidemment, Gabriel aura un lourd fardeau à porter plus tard: sa mère est une sainte, et aucune femme ne pourra jamais l’égaler.

    Personne n’a dit que la vie était simple, non plus.

  • Bon, évidemment, cela va faire mauvais genre de mettre un bémol, mais vous ne pouvez pas écrire:

    « Caroline Aigle a choisi de mener sa grossesse aussi loin qu’elle le pouvait. Les médecins l’avaient informée d’un “diagnostic impitoyable” si elle n’y mettait pas un terme. »

    ni

    « Sa mère a accepté de mourir pour qu’il vienne en ce monde ».

    Caroline Aigle se savait condamnée qu’elle donne naissance ou pas à Gabriel. Elle a appris sa maladie et l’issue fatale qui l’attendait à brève échéance à 4 mois de gorssesse. Les médecins craignaient pour l’enfant qui est un grand prématuré, à cinq mois et demi, raison pour laquelle ils ont émis des réserves sur ce projet.

    Voilà, cela ne change rien au courage de sa maman et aux bons voeux que nous lui formulons, mais je tenais à ces quelques précisions.

  • [quote comment= »44047″]Bon, évidemment, cela va faire mauvais genre de mettre un bémol[/quote]

    Il en faut un, john, toujours.

    Sinon, ce n’est pas ce que j’ai compris. Non qu’elle ait eu une garantie de guérison si elle ne menait pas sa grossesse à son terme pour prendre un traitement, mais il me semble qu’elle avait des chances de survie et qu’en revanche, sans traitement, elle avait presque l’assurance d’une issue très rapide.

    Alors, admettons que tes précisions soient exactes. Elle aura accepté une mort plus rapide pour que son enfant vienne au monde. Effectivement, cela ne changerait qu’assez marginalement.

    [quote comment= »44047″] Les médecins craignaient pour l’enfant qui est un grand prématuré, à cinq mois et demi, raison pour laquelle ils ont émis des réserves sur ce projet.[/quote]

    Si tu donnais tes sources, on serait plus édifiés.

  • C’est un peu ce que j’allais répondre à John.reed : la volonté de la mère de donner une chance de naître à son enfant interdisait toute thérapie lourde. Or même dans les cas les plus désespérés, les médecins savent bien qu’une longue rémission voire un « miracle » sont toujours possibles. Le choix de Caroline Aigle était donc on ne peut plus clair.

  • Oui, oui, bien sûr qu’elle a fait un choix qui allait contre son intérêt personnel.

    C’est juste, ne le prends pas mal Koz, que ça avait un côté Harry Potter, quoi, la mère qui meure pour que son enfant vive. Ce n’est pas tout à fait ça, c’est tout. Je ne dis pas que ce n’est pas admirable.

    Quant à la source, tout est dit dans le témoignage du mari. Il dit que le diagnostic était « impitoyable », donc elle se savait condamnée à brève échéance (nonobstant un miracle qui, par définition ne peut pas être traité comme une possibilité comme les autres).

    Quant aux doutes sur la viabilité d’un bébé grand prématuré, quel besoin de sources y a-t-il ? Toute la littérature obstétrique et néo-natale vous l’expliquera mieux que moi. A 22 semaines, soit peu ou prou les 5 mois et demi de grossesse de Caroline Aigle, on considère même que l’enfant n’a pour ainsi dire aucune chance de survivre et encore, s’il y arrive, ce sera probablement avec des séquelles psychomotrices.

    Maintenant, sauver un bébé qui naît naturellement à 5 mois et demi, c’est une chose, accepter de procéder à une césarienne pour faire volontairement naître un bébé dont on sait parfaitement que les organes sont loin d’avoir atteint une maturité suffisante, en est une autre.

    Attention, je ne juge pas la décision des médecins, qui ont de toute façon eu raison de faire ce que la mère a voulu, mais je ne connais pas un médecin (je ne dis pas qu’il y en a pas, mais présentez moi le s’il existe) qui ne soulèvera aucune objection au projet de Caroline Aigle.

  • [quote comment= »44047″]Les médecins craignaient pour l’enfant qui est un grand prématuré, à cinq mois et demi, raison pour laquelle ils ont émis des réserves sur ce projet.[/quote]

    Le fait est, en revanche, que lorsque vous affirmez ceci, vous parlez sans savoir, mais en extrapolant, ce qui aurait pu vous dispenser d’être si catégorique.

    Puisque vous dites que c’est admirable, c’est très bien. On louera donc votre souci de précision, dont vous ne manquerez pas de faire vous-même preuve en retour.

    Mais j’imagine que l’essentiel était là.

  • [quote comment= »44056″] Attention, je ne juge pas la décision des médecins, qui ont de toute façon eu raison de faire ce que la mère a voulu, mais je ne connais pas un médecin (je ne dis pas qu’il y en a pas, mais présentez moi le s’il existe) qui ne soulèvera aucune objection au projet de Caroline Aigle.[/quote]

    Par respect pour Caroline Aigle, je ne continuerais pas, mais si vous pouviez cesser d’utiliser cette détestable formule de « projet » pour qualifier cet être humain, qui s’appelle Gabriel désormais, ça serait plus respectueux de la décision de cette femme.

  • [quote comment= »44054″]Si l’on pouvait, toutefois, éviter de polémiquer…[/quote]

    Je réitère.

    Je sais que mon blog peut s’y prêter et qu’à la rigueur, je devrais m’empêcher d’écrire ce type de billets, ou fermer les commentaires, si je ne veux pas que cela parte en polémique, mais je n’ai pas écrit ce billet pour revendiquer quoi que ce soit. Juste en hommage. Si l’on peut rester dans cet esprit, ce serait fort apprécié.

  • Koz, ce n’est pas que votre blog mais votr ton qui invite à la polémique hélas.

    Précision pour précision, puis-je avoir votre source qui disait que c’est « si » elle mettait Gabriel au monde le disgnostic devenait impitoyable.

    C’est vous qui le présentez comme cela, et il n’y a qu’ici que j’ai vu cela présenté comme cela.

    @Polydamas: Pour respecter au moins à moitié la demande de Koz, je ne vous répond pas

  • [quote comment= »44065″]Précision pour précision, puis-je avoir votre source qui disait que c’est « si » elle mettait Gabriel au monde le disgnostic devenait impitoyable.[/quote]

    Je vous trouve bien exigeant pour quelqu’un qui ne m’a, en fin de compte, pas donné de sources et qui affirme péremptoirement des choses qui ne sont affirmées nulle part.

    Quelle que soit la « version » exacte, il semble bien que les médecins lui aient déconseillé de poursuivre sa grossesse en raison des risques qu’elle présentait pour elle, et non pour l’enfant, comme vous l’affirmez du haut de votre connaissance certainement intime du dossier médical.

    Voir RTL, une source que vous estimerez, je l’espère, assez publique (et qui figurait en lien dans mon billet).

    La jeune femme, atteinte d’un mélanome, a choisi de ne pas mettre un terme à sa grossesse même si les médecins le lui conseillaient, en raison du risque d’accélérer sa maladie.

    Maintenant, si vous voyez dans mon billet un ton qui prête à la polémique, c’est que vous y êtes bien trop disposé pour moi.

    Mais, n’ayez crainte, on aura adoré votre intervention constructive.

  • Une pensée aussi pour le « grand » frère de Gabriel (j’ignore son âge mais il ne doit pas être bien vieux) qui a aussi perdu sa mère; et une autre pour son père qui doit errer entre la douleur et la peur, tout en gardant l’espoir.

  • @Koz: Pourquoi tant de sarcasme dans votre dernière phrase ? On ne peut pas être précis ET respectueux, c’est à désespérer d’avoir un débat serein.

    Le post de Jean-Dominique Merchet, journaliste à Libération spécialisé dans la Défense, (http://secretdefense.blogs.liberation.fr/defense/2007/09/gabriel-la-dern.html), la dépêche AFP, tout ce que j’ai lu sur le sujet dit « Le mari de Caroline Aigle a raconté qu’à la mi-juillet, le pronostic des médecins était « impitoyable » et qu’elle avait alors exprimé la volonté, malgré les conseils de ses médecins, de poursuivre sa grossesse entamée avant de découvrir sa maladie. »

    Soit: 1) pronostic impitoyable 2) décision de garder l’enfant malgré tout

    C’est peut-être un détail, mais mes remarques initiales portaient sur deux phrases précises, qui me semblaient légèrement exagérées pour ne pas dire de nature à induire en erreur une personne qui n’aurait pas connaissance de l’histoire.

    Je note que la phrase que vous citez de RTL me donne raison sur ces deux phrases. Pour une raison que j’ignore vous n’acceptez pas que je relève le fait que ces deux phrases mériteraient d’être aténuées.

    C’est sur, ça en « jette » plus d’écrire qu’elle est morte pour que son fils vive. Mais c’est faux.

    Je trouve que votre post aurait pu être tout aussi émouvant et édifiant en étant pécis, vous jouez l’émotion. C’est un créneau.

    Je m’en moque. J’ai exprimé sans ambiguité mon respect pour cette femme, son choix et mes voeux pour son fils. Je n’ai pas de leçon d’humanité à recevoir ici, et je n’en donne quant à moi à personne.

  • C’est marrant comme il faut toujours que quelqu’un se pointe en hérault de la précision sur des sujets sur lesquels on aurait aimé effectivement un peu plus de sérénité.

    [quote comment= »44047″] Les médecins craignaient pour l’enfant qui est un grand prématuré, à cinq mois et demi, raison pour laquelle ils ont émis des réserves sur ce projet.[/quote]

    Vous venez écrire ceci sans rien en savoir, sauf à ce que vous m’appreniez maintenant que vous êtes un proche de l’équipe médicale.

    Vous venez affirmer que les réserves des médecins portaient sur le sort réservé à l’enfant, et non à la mère, sous-entendant en creux que cette décision n’est pas si admirable puisqu’il y aurait eu tout lieu d’émettre des réserves sur son « projet ».

    Vous venez me dire que la phrase de RTL vous donne raison (on croit comprendre que c’est ce qui vous importe avant tout), lorsqu’elle dit clairement « a choisi de ne pas mettre un terme à sa grossesse même si les médecins le lui conseillaient, en raison du risque d’accélérer sa maladie« , ce qui contredit frontalement ce que vous prétendez, à savoir que les réserves auraient porté sur la grossesse et non la santé de la mère.

    Vous vous complaisez dans le sarcasme en trouvant un esprit « harry potter » dans le billet que j’ai écrit.

    Et vous venez terminer votre intervention en affirmant que je jouerais sur le créneau de l’émotion. Votre propos est bien mesquin. Je n’ai pas spécialement l’impression de jouer sur de quelconques « créneaux » depuis que je tiens ce blog. Il se trouve ensuite – mais j’ai bien conscience que c’est hautement déplacé – que j’étais effectivement ému par ce décès, et le choix de cette mère.

    Sinon, contrairement à vos considérations théoriques développées plus haut, assénées avec toute la certitude que vous permet votre ignorance des faits exacts, aucune information ne fait état de complications pour l’enfant, né il y a maintenant un mois, et il n’y a donc pas lieu, même par une quelconque insinuation, de blâmer la mère, même de façon posthume, pour sa décision.

    Ce n’est donc que pour m’en tenir, un tant soit peu, à ce que j’ai moi-même écrit plus haut que je ne qualifierai pas avec la précision requise ce que je pense de votre comportement sous ce billet. Je vous laisse le plaisir d’imaginer.

  • Koz, merci pour ce billet.

    J’ai fait un billet sur Caroline Aigle sur le blog d’un de mes clients, cela m’a amenée à faire des recherches sur elle.

    J’ai pu retracer son parcours extraordinaire, appuyé par des témoignages de gens qui l’ont connue et le souvenir ébloui qu’ils en gardent. J’ai trouvé aussi des forums où son décès est annoncé. L’émotion qui se lit dans tout cela n’a rien à voir avec celle qu’on peut constater lors de la mort d’une vedette par exemple.

    Les circonstances de la mort (cancer foudroyant, accouchement prématuré) sont suffisamment tragiques pour que l’on s’abstienne de réflexions sur le bienfondé de sa décision.

    Caroline Aigle était une femme extraordinaire, elle laisse deux enfants en bas âge et un mari qui, comme le disait avec justesse Libéral, doit « errer entre la peur et la douleur ». Pour elle, pour eux, faites qu’Internet ne soit pas truffé de réflexions immondes. Ne salissez ni son image, ni son choix.

  • @Koz,

    Vous détournez la conversation, mon premier message portait sur deux phrases:

    « Les médecins l’avaient informée d’un “diagnostic impitoyable” si elle n’y mettait pas un terme ».

    et

    « Sa mère a accepté de mourir pour qu’il vienne en ce monde. »

    Ces phrases sont fausses, même à la lumière des éléments que vous fournissez.

    Plutôt que de faire un petit edit, pourtant chose courante sur un blog, vous vous focalisez sur des détails périphériques, allant contre le bon sens (trouvez moi un nouveau-né né à cinq mois et demi qui ne passe pas plusieurs mois en soins intensifs et je retire tout ce que j’ai dit sur ce fil) et sans rapport avec le fond de ma remarque initiale qui n’était pas de savoir qui de la mère ou de l’enfant prenait le plus de risque.

    Ma référence à Harry Potter n’avait aucun visée sarcastique (celle sur le « créneau » davantage, je vous l’accorde, et elle était gratuite), c’est juste que je n’ai pas trouvé d’autres mots pour vous dire que les deux phrases que je vous signale une nouvelle fois me mettent mal à l’aise, non seulement parce qu’elles sont érronées, mais parce que l’histoire exemplaire de Caroline Aigle n’a pas besoin de cela pour l’être, justement, exemplaire.

    Aussi je vous interdit de dire que je blâme la mère ou les médecins ou qui que ce soit pour la naissance de Gabriel.

    Une nouvelle fois, ce n’est pas la première depuis que j’interviens sur votre blog, vous mettez dans ma bouche (ou sous mes doigts) des propos que je n’ai pas tenu, que je n’ai jamais sous-entendu (ou alors produisez moi les passages qui vous le font penser, au besoin dans un mail, on n’est pas obligé de continuer indéfiniment ici), voire que j’ai même explicitement écarté puisqu’à 18H20 j’écrivais : »Attention, je ne juge pas la décision des médecins, qui ont de toute façon eu raison de faire ce que la mère a voulu ».

    Je ne permet pas de juger, ni en bien, ni en mal, sa décision. Je ne suis personne pour le faire. J’ai exprimé mon respect, c’est tout ce que je me permettrai.

    Bref, je ne comprends pas pourquoi tout cela a besoin d’en arriver là.

  • Je me permets de préciser qu’elle connaissait son état depuis avril, c’est à dire à un moment où elle était déjà enceinte. C’est à partir de ce moment qu’elle a refusé de prendre un traitement contre son cancer. A cet instant, elle n’avait pas évacué l’idée de se soigner, elle voulait juste que son enfant ait toutes ses chances, donc elle a refusé de se faire ce qu’il fallait pour sa santé, ne voulant pas nuire à son fils.

    Il se trouve qu’en juillet, il a été établi que le cancer était généralisé ne laissant aucune chance à Caroline Aigle et ne lui laissant plus beaucoup de temps. D’où la décision de provoquer un accouchement prématuré.

    Donc elle a bien sacrifié tout espoir de guérison POUR son enfant, depuis le début. Et c’est bien ça qui est admirable.

    Qu’elle ait fait passer son enfant avant elle, jusqu’à en payer le prix le plus fort qui soit.

  • C’est tout de même incroyable de constater que quel que soit le sujet abordé par un billet il y a toujours des lecteurs pour dire « ce n’est pas ce qu’il fallait dire » ou « vous n’avez rien compris, moi je sais mieux que tout le monde ». Est-ce propre aux blogs ? Peut-être est-ce à cause de l’anonymat ? Merci en tout cas Koz pour ce beau billet. Merci aussi à Polydamas pour les liens qu’il nous donne sur cette femme d’exception.

  • [quote post= »460″]Nul doute que, si un après existe[/quote] …. il aurait fait en sorte que maintenant se passe mieux pour tout le monde !

  • C’est pas parce que John Reed fais des commentaires sceptiques sur mon blog que je ne vais pas aller un peu dans son sens.

    J’ai lu en effet dans ton texte (très émouvant) comme un éloge du sacrifice. Notamment après avoir lu René Girard, je suis assez réticent à valoriser le sacrifice pour lui-même.

    Mais j’avais lu l’article du Figaro, et versé quelques larmes à la lecture des commentaires laissés sur le blog de Libé et celui de l’armée.

  • Mon billet n’avait pas vocation à constituer un éloge particulier. Bien entendu, il « rend hommage », ce qui est un peu indissociable de l’éloge. Mais je ne prétends pas spécialement donner en exemple sa décision. Seulement la remarquer et, parce que j’en ai été « impressionné », en faire part.

    Je la trouve forte, je la trouve belle, je la trouve louable lorsque je présume qu’un certain nombre de personnes ne la comprendront pas.

    Mais je ne parle pas du « sacrifice » pour le sacrifice. Il est vrai qu’à ce stade, cela va au-delà de l’abnégation.

    Pour autant, oui, à une autre occasion, faire l’éloge de ceux qui ne pensent pas avant tout à eux, de ceux qui sont susceptibles de considérer que certains enjeux peuvent dépasser leur propre vie, ça ne me semblerait pas inconvenant.

  • [quote comment= »44336″]Notamment après avoir lu René Girard, je suis assez réticent à valoriser le sacrifice pour lui-même.[/quote]

    Ce qui n’est pas le cas ici.

    René Girard, à l’instar de la religion catholique, valorise le sacrifice de plein gré, pour un autre, le sacrifice par amour, cas dans lequel rentre aisément Caroline Aigle, il condamne, ou constate plutôt, la permanence du sacrifice comme fondement de la société. Donc, il ne me parait pas pertinent de parler ici de sacrifice pour lui-même.

  • A aucun moment, je n’ai constaté chez Girard, une condamnation du sacrifice en soi. Il y a une condamnation du sacrifice, oui, en tant que rit social, produit du désir mimétique, produit de cette violence qui fonde chaque société. Mais le sacrifice individuel, au profit d’un autre, il me semble n’avoir rien vu de tel (si vous avez des citations, je suis preneur).

    Car Girard est aussi un exégète qui admire et a longuement étudié la Bible. Or celle-ci ne dit-elle pas qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ?

    C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il admire le christianisme. Car cette religion opère un renversement total, en mettant l’amour et le pardon à la première place, en lieu et place du sacrifice des sociétés primitives ou sans Dieu. Or l’amour et le pardon peuvent également impliquer le don suprême de soi, comme le prouve l’exemple de Caroline Aigle.

    Mais je dirais que ce n’est pas exactement un sacrifice dans le sens où l’entend Girard, c’est un don, un don total, intégral et fatal. Je ne dis rien de plus. C’est peut-être sur la notion de don et de sacrifice que nous sommes en désaccord, plus sur le vocabulaire que sur les concepts.

    Vous avez lu quels livres de Girard ?

  • Des choses cachées depuis la fondation du monde, mensonge romantique et vérité romanesque, la violence et le sacré (oui, j’aime beaucoup rené girard !).

    De mémoire, c’était quand même il y a une dizaine d’années, je crois qu’il rejette explicitement la valeur du plus grand sacrifice qui soit pour un catholique, celui de Jésus. Je me souviens bien avoir lu un passage refusant explicitement toute valeur à ce sacrifice. L’idée que Jésus soit mort pour quelque chose, qu’un sacrifice vaille en soi, lui est complètement étrangère.

    Il me faudrait du temps pour retrouver les bons passages, mais je suis assez sûr de l’idée générale.

    Pour autant René Girard ne rejette absolument pas l’idée du christianisme, on est d’accord.

  • @ Edgar

    La condamnation de l’idée de sacrifice au sein du christianisme a bien existé chez R. Girard, dans Des choses cachées… , et dans des termes assez durs.

    Il est néanmoins revenu dessus, dans je vois Satan… et surtout dans un de ses derniers livres Les origines de la culture .

  • On a beaucoup parlé ces derniers temps de Notre Dame de Lorette (patronne des aviateurs)… Lui confier Gabriel c’est peut-être peu efficace et sans doute un peu facile. C’était pour ne pas sembler indifférente alors qu’autour de nous tout le monde est anobli par la grandeur de cette jeune femme. L’humanité, c’est cette grandeur aussi !

  • @ Edgar:

    Je trouvais votre propos assez étonnant vu que dans « Je vois Satan tomber comme l’éclair », il développe toute cette perspective nouvelle induite par le christianisme, en commentant la Bible.

    Mais Sr a tout expliqué.

    Donc, nous avons tous les deux raison… 😉

  • je n’avais pas commenté depuis la fin de la campagne des présidentielle, mais ce billet m’y pousse.

    J’ai entendue cette info sur RTL un matin en me rendant au bureau, écouter le mari de cette femme m’a profondément ému.

    J’y ai pensé toute la journée et bien plus encore, j’en ai discuté avec ma femme, ma mere, et ma tante « vieille fille ».

    Pour vous dire la vérité, je suis très partagé. D’un coté, je trouve cette décision incroyablement belle, de courage, d’amour, d’abnégation. De l’autre, je ne peux m’empecher de penser au grand frere de Gabriel, à leur papa, à leur famille, à leur amis, à tous ceux qui les aiment. J’imagine aussi la vie de ce petit Gabriel qui va devoir vivre avec ce fardeau…

    Finalement, je crois qu’il ne faut garder que l’amour de cette mere pour son enfant à naitre, et ne pas trop penser au sacrifice car en décidant d’aller au bout de cette grossesse, elle a aussi un peu sacrifié sa famille.

  • Merci koz pour ce superbe article.

    Je suis en revanche peiné par le débat, et voudrais apporter ma compréhension de l’histoire, qui colle (je pense) au mieux aux faits dispo et à ce que je connaissais de Caroline, faut-il le rappeler extrêmement intelligente et débordante d’humanité. Je suis donc convaincu que ses choix ont été fait par amour et envie de faire au mieux pour son bébé à naître ET pour sa famille en 1er lieu, ET évidemment sans ignorer les difficultés pour sa famille entrainées par sa possible disparition.

    Sans connaître l’équipe médicale ni être très proche de Caroline, je pense que c’est en effet plus compliqué que cela …, et qu’il faut s’abstenir de juger faute de connaître tous les détails.

    Les faits : elle a eu un mélanome en avril, en début de grossesse, qui a été enlevé. Ensuite, un cancer généralisé fatal a été diagnostiqué en juillet. Entre les 2, je n’en sais rien, ce n’est pas clair …

    Ma « reconstitution » de l’histoire, qui me semble coller le mieux aux infos dispos sur le Web et sur le mélanome : – en avril, on lui a dit que l’opération pour enlever son mélanome s’est bien passé et que c’était a priori ok avec une « bonne probabilité », tout en lui conseillant un traitement complémentaire (de type chimio ?) incompatible avec la grossesse. Et elle a décidé de s’en passer, en croisant les doigts pour que cela suffise. Choix terrible, extrêmement difficile et indécis : augmenter le risque de mourir (sans savoir « de combien ») vs perdre son bébé (et probablement ne plus pouvoir en faire par la suite) sans pour autant être sûr de s’en sortir… Personne ne devrait critiquer ce choix difficile, et au contraire plutôt admirer son courage ! – début juillet, lors d’examens de suivi, les médecins ont malheureusement trouvé des métastases multiples, avec une probabilité quasi-nulle de s’en sortir, mais d’après son mari la possibilité de prolonger sa vie moyennant un traitement médical lourd et incompatible avec la grossesse. Et elle a alors décidé de garder son bébé en se battant pour qu’il ait le plus de chances possibles de s’en sortir, au détriment de son espérance de vie. Là encore, choix terrible entre mourir « vite » et (espérer, sans en être sûr) avoir un bébé viable vs mourir plus lentement mais perdre son bébé. Et encore une fois, personne ne peut critiquer ce choix (qui n’est pas un sacrifice de sa vie pour son bébé, mais un sacrifice de plusieurs mois de vie pour son bébé), mais au contraire il faut là encore admirer et respecter Caro !

    Si c’est comme ça que ça c’est effectivement passé, Caro a donc : – pris le risque « mesuré » (au moment du choix, mais le sort en a décidé autrement) de ne pas faire de chimio post-opératoire en avril – puis, en apprenant sa mort inévitable en juillet, choisie de sacrifier plusieurs mois de sa vie pour essayer de sauver son bébé Et le tout, en restant rayonnante, et comme le dit son mari, « héroïque jusqu’au bout » (et je n’en doute pas un seul instant, ce n’est pas un « facile » hommage posthume, c’est vraiment Caroline), sans amertume vis à vis de ce sort injuste et terriblement cruel.

    Merci donc de ne pas la critiquer sans savoir.

    Bon vol Caroline, tu me manques tellement. Protège de là-haut tes bouts de choux et ton courageux mari, transmets leur ton courage, ton énergie et ta foi en la vie, et enfin, sache que tu resteras un exemple pour tous ceux qui t’ont connue. Adieu Princesse

  • Merci à vous pour votre commentaire.

    Il est assez désagréable, effectivement, de voir que, sur un tel sujet, l’esprit de certains soit encore à la polémique. Cela dit, je dois accepter le fait que la tonalité générale de ce blog ne facilite pas toujours le passage d’un « ton » à un autre, entre un billet polémique et un autre qui n’est pas sensé l’être.

    Certains ont aussi une certaine tendance à chercher la petite bête dans un billet au lieu de se concentrer sur l’essentiel.

    C’est la mauvaise face d’un exercice, le blog, qui recèle, en revanche, de grandes opportunités.

    Je n’ai pas envie de réagir davantage à votre commentaire, ni de le commenter en retour. Plutôt de prendre et recevoir ce que vous dîtes, penser une fois de plus à son mari, ses enfants, tous ses proches, penser à elle. Et, tout de même, admirer son courage, son abnégation.

  • Salut koz, merci de ta réponse Je suis revenu sur ton site de temps en temps et constate qu’il n’y a pas eu de réaction depuis septembre. Entre-temps, un (beau) livre est sorti sur Caroline (Caroline Aigle, vol brisé) et retrace sa vie et son départ prématuré. Je vous conseille de le lire, il décrit bien sa vie exceptionnelle (qui gagne à être connue) et aussi bien sûr son départ prématuré dont voici un résumé rapide : – Caroline a appris son cancer en avril, avec un pronostic sombre dès le départ (80% de chance de récidive, a priori fatale, à 5 ans (mais les médecins lui ont annoncé 50%)), et la possibilité de garder son bébé (pas de gros impact a priori sur le traitement) même si le conseil assez pressant était de ne pas le garder. Comme vous le savez, elle a choisi de le garder (et cela paraissait assez raisonnable au départ, même si ce n’était pas sans risques). – opération en mai (au passage, je ne comprends pas pourquoi elle n’a pas eu lieu avant !?! Erreur dans le bouquin ?) pour enlever le mélanome et une épaule « charcutée » (très grosse excision autour du mélanome car stade avancé de développement) – ensuite, doigts croisés pour que le mélanome n’ai pas eu le temps d’essaimer des métastases car les traitements des métastases de mélanomes sont peu efficaces – en juillet, apparition d’un kyste qui s’avère cancéreux, et plusieurs métastases identifiés => pronostic fatal à court terme (apparemment « plusieurs mois ») et a priori la possibilité de poursuivre la grossesse même si les médecins ne le conseillaient pas : elle garde son bébé (et déclare qqch du genre « si j’avorte, je n’aurais plus la force de poursuivre mon combat ») – début août, la situation empire beaucoup plus vite qu’anticipé par les médecins et nécessite une césarienne dès le 3/08 : Gabriel naît alors à seulement 5,5 mois de grossesse ! – Caroline est emportée le 21/08, après avoir pu voir son bébé tous les jours jusqu’au 20/08 et suivre son beau combat pour la vie, pendant que « son cancer à Mach 2 » fait malheureusement son oeuvre Précision du journaliste pour désamorcer un éventuel débat : elle n’a jamais mis en avant la foi (l’avait-elle ? Probable mais pas très clair) pour justifier le fait d’avoir voulu garder son bébé.

    Au final, cela confirme un très beau combat d’une mère pour sauver son fils, même si ce combat c’est au final avéré « limite » (un préma extrême, qui heureusement semble s’en sortir : cf l’interview de son mari en septembre) du fait de l’évolution extrêmement rapide de son cancer.

    Adieu Caroline et puisses-tu apporter lumière, force et courage à ton mari, à Marc et à Gabriel.

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