Gregory + Cuddy = ❤

On a beau dire, les Américains ne sont pas imperméables aux questionnements métaphysiques. Et, tel le levain dans la pâte, il semble même qu’ils l’insèrent furtivement dans leurs séries, à l’occasion de tel ou tel épisode. Loin de moi l’idée que le succès de leurs séries provienne justement de ce questionnement : il provient surtout du fait que la série télé n’y est pas considérée comme un genre mineur et dégradant, qu’elles sont dès lors mieux filmées, avec une meilleur lumière, de meilleurs scénarios… mais aussi que leurs personnages y bénéficient d’une plus grande épaisseur. En tout cas, pour celles que je regarde.

Ce n’est pas la première fois que j’évoque Docteur House (alors que Plus belle la vie, par exemple…). Nous avons regardé hier soir le dernier épisode de la saison – oui, celle qui passe, on n’anticipe pas, nous, ça tue le plaisir. Le pauvre monde de Gregory House s’y écroule du fait du mariage de Cuddy, et de la chute d’une grue. Rien que ça, d’ailleurs, c’est métaphysique : House va enterrer son vieux moi dans les décombres de l’immeuble auprès d’une femme qui va être affligée du même mal que lui (une jambe qui fait douiller). A cette occasion, Cuddy lui balance à la gueule que hé, oh, House, ça va bien mais les autres en ont leur claque de ménager la diva du service. Fuck. « Wilson essaie d’avancer, j’essaie d’avancer. Et vous, quelle est votre vie ? C’est le néant. » On devine à son regard que le diagnosticien ne peut qu’admettre la justesse de l’analyse. Même si ça lui fait mal dans le cœur.

Il descend amputer, trancher dans le vif pour être clair et là, il fend l’armure. Il avoue tout. Sa douleur, son malheur. « Ça m’a durci, ça m’a éloigné des autres, aujourd’hui je suis seul, personne ne peut vouloir ça ». Et hop, la scie électrique.

Pas de bol, sa patiente, à laquelle on avait fini par s’attacher, surtout après ce qu’on lui avait fait subir, claque. En le fixant du regard, par-dessus le marché. Abattement. Mais « personne ne peut rien contre une embolie graisseuse ! »1 lui dit Forman, qui voit bien à son air hagard et à sa tenue poussiéreuse que son patron s’en est pris plein la gueule.

C’est là.

– Forman (consolateur) : « Vous avez fait tout ce que vous pouviez ! »

– House (rageur) : « Justement ! J’ai fait tout ce que j’ai pu et elle est morte quand même ! ».

Ca, c’est assez métaphysique. Gregory n’accepte pas la mort2. Quand on a fait tout ce qu’on a pu, lorsque l’on a mis au service de la patiente, l’intelligence et la technicité du plus célèbre médecin boiteux, un malade ne meurt pas. En tout cas, il ne le doit pas. Gregory est atteint du syndrome du médecin divin. Et House veut maîtriser. Comme tant d’entre nous, il est dans la maîtrise permanente, dans l’abolition du risque. Et bien qu’il soit un excellent technicien, sa vie ne ressemble à rien, il est malheureux et seul. Au demeurant, il ne croit pas en Dieu (on s’en doutait, mais il le dit un peu plus tôt dans l’épisode). N’en déduisez pas que la foi soit la condition du bonheur. J’ai pas dit ça. Et je ne peux me targuer d’une foi d’airain pour prétendre avoir trouvé le chemin du bonheur. D’ailleurs, ce n’est pas son objectif, pour autant que la foi ait un but. Mais pour le lâcher prise, c’est pas mal. « Je m’abandonne à toi » : il y a ce que l’on peut faire, et ce qui ne nous appartient pas.

Bref. Pour Gregory, ça s’arrange. Cuddy a fait son air de fennec attendri quand il a fendu l’armure et elle a cassé avec Lucas, mais Lucas on s’en fout s’il est malheureux, c’est un personnage accessoire. Elle rejoint Gregory qui, pour le coup, accepte de faire confiance, tombe le masque et avoue qu’il est « l’homme le plus paumé et le plus dévasté » qui soit3.

C’est de la métaphysique vulgarisée, mais y’en a quand même dedans.

*

C’était mon billet je me fatigue pas trop, demain, je pars en vacances, j’ai mal dormi et j’ai encore un tas de choses à régler. Fin de la Saison 6 de Docteur House ? Pareil : fin de la Saison 6 de Koztoujours. J’aurais dû trouver un truc pour teaser la saison 7 mais en ce qui me concerne, ces trucs divers sont encore confidentiels (teasing-de-la-mort). Il n’est pas exclu, vous me connaissez, que je fasse une exception. Mais sinon, voilà, je pars trois semaines. Je fermerai les commentaires du billet précédent, compte tenu du risque de débordement inhérent à ce sujet.

Voilà, voilà. On va pas rester là comme deux couillons. Faut y aller. On s’manquera. Reposons-nous bien, revenons tous frais, heureux et en pleine forme pour entamer l’ascension périlleuse vers 2012.

 


  1. ce qui ne semble pas si vrai []
  2. en tout cas dans cet épisode, mais il a le droit d’évoluer, lui aussi []
  3. ça plaît dans les films mais n’essayez pas de reproduire cela à la maison : les femmes disent aimer ça mais elles veulent des hommes velus []

Auteur

Monoépoux, multipère, fidèle à plus d’un titre.

Avocat (associé fondateur BeLeM Avocats), auteur de Ca ira mieux demain (Sept. 2015) et de Identitaire – Le mauvais génie du christianisme (Janv. 2017)

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23 commentaires

  • J’avais aussi repéré l’importance des échanges de nature spirituelle dans Dr House… mais qui étaient assez fluctuants, comme si deux scénaristes se répondaient l’un à l’autre à travers les épisodes de la série.

    On se rend compte qu’House apprend la nature humaine, à travers les échanges qu’il a avec ses patients, ses élèves et ses patrons. Il évolue, acquiesce parfois sans le dire, gagne dans la joute rhétorique, mais pas dans la pertinence et la profondeur…

    Au final, le scénario laisse suffisamment de place au spectateur pour trancher : il n’y a pas de discours socio-dogmatique comme dans d’autres séries, ce qui la fait réellement sortir du lot.

  • Fikmonskov a écrit : :

    c’est qui, docteur House ?

    Apparemment c’est une série télé américaine (et je crois qu’une « télé », c’est un peu comme un ordi mais sans clavier, avec YouTube qui passe en permanence). Par contre je ne sais pas quel est le « ressort dramatique » qui rend Koz accro à cette série là plus qu’à une autre.

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  • @ Yogui : c’est à peu près ça. Pour le ressort dramatique, d’une part, il y a tout ce que l’on peut apprendre sur l’embolie graisseuse, le fait que les acteurs sont bons (pas comme le rouquin des Experts), que la série est drôle et voilà. Et aussi que Numéro Treize est assez sexy, même si un peu retouchée à mon goût.

    Skeepy a écrit :

    J’avais aussi repéré l’importance des échanges de nature spirituelle dans Dr House… mais qui étaient assez fluctuants, comme si deux scénaristes se répondaient l’un à l’autre à travers les épisodes de la série.

    Il faut dire aussi que les variations de saison, ça n’aide pas à suivre les ressorts intimes de la psychologie d’House.

    et merci à tous pour les voeux de bonnes vacances !

  • Mais comment House pouvait-il ‘accepter’ la mort de cette femme, alors qu’il a réalisé l’amputation en desespoir de Koz, oups cause, et que celle-ci meurt d’1 complication dûe à cette amputation….En situation d’urgence, le lâcher prise est quasi-impossible pour un toubib: il se doit de maitriser, de ‘passer en pilote automatique’.Combien d’entre-nous sont rentrés le soir en se demandant si il avait vraiment tout fait, si une autre décision n’aurait pas été meilleure, si…, si….. Super final de la saison 6 et, comme je ne pars pas, je vais pouvoir regarder la 7 en streaming;-)))
    Bonnes vacances Dr Koz!

  • Ma grande fille me parle aussi de cette série. Très bonnes vacances à vous et votre famille dans le bleu comme au-dessus des Alpilles et merci pour l’existence de ce blog.

  • Merci pour votre blog et bonnes vacances !

    House, j’ai abandonné il y a 2 ou 3 saisons. Commençait à me fatiguer de suivre les aventures de gens riches, beaux et antipathiques qui n’arrivent pas à se passer d’un type qu’ils ne peuvent pas saquer. Et les discussions spirituelles ont commencé à dégénérer en « House balance un argument anti-théiste auquel la Bible et les penseurs juifs et chrétiens ont répondu plusieurs millions de fois depuis plusieurs milliers d’années. Les gens qui passent leur vie avec House réagissent comme si il venait de détruire le monothéisme à lui tout mais lui reprochent de ne pas se monter gentil envers les croyants qui sont des êtres délicats, inférieurs moralement et intellectuellement. »

    Mais tant mieux pour ceux qui aiment encore la série (je crois qu’il ne reste plus qu’une saison cependant).

  • L’épisode en question m’a paru faire partie des meilleurs de la série (parmi ceux que j’ai vus). Il me semble toutefois que le retournement final (Cuddy finalement amoureuse de House) est du niveau de la comédie sentimentale de base, ce qui est dommage, car l’intrigue, comme l’explique Koz, vaut mieux que cela.
    Le statut des séries TV aux Etats-Unis, ou du moins de certaines d’entre elles, est une question passionnante. Oui, en effet, les Américains prennent ce genre au sérieux, alors que le snobisme français le méprise. Mais autre chose explique ce que Koz appelle le « levain métaphysique » présent parfois dans ces séries. C’est que la préoccupation spirituelle est admise, dans la société américaine, comme une composante essentielle de toute vie.
    Pour la doxa régnant en France, les démêlés du Dr House avec l’autre, la douleur, le sexe, l’amitié, la drogue, la responsabilité, Dieu, l’origine, l’avenir, le destin, tout ça c’est des bondieuseries à la con. On est tellement plus fort, nous! On fait Avocats et compagnie, étalage de cynisme, de personnages plats comme des limandes et de coups annoncés par téléphone, textos et mails.
    Bonnes vacances!

  • Pingback: Petite escarmouche aux confins du néant « Le crépuscule des consentants

  • @ Victor Eremita: Votre commentaire me paraît bien commencer mais finir largement à côté de la plaque, dans la mesure où le genre « série TV » est certainement dévalorisé en France mais qu’à l’inverse les préoccupations que vous mentionnez sont largement plus présentes dans la cinématographie française que américaine. Et si bien des choses peuvent mériter le terme de « bondieuseries à la con », je doute qu’il vienne à l’esprit de quiconque pour qualifier les problèmes posés par l’autre, la douleur, le sexe, l’amitié, la drogue, la responsabilité, l’origine, l’avenir, le destin, tout ça.

  • @ Yogui:

    Je comprends que j’ai à faire un sérieux recyclage sur toutes les questions que vous soulevez Yogui…Comme quoi, cette humble et presqu’anodine chronique va plus loin qu’on ne pouvait le penser à-priori. Merci donc Yogui. En revanche, il me semble que vous faîtes un contre-sens sur ce qu’a dit Victor Eremita, mais il se défendra lui-même……

  • @hélios et Yogui: Merci pour vos commentaires. Pour ma part, je préfère ne commenter que les billets du blog.

  • @ Victor Eremita:
    Vous avez raison. Mais votre commentaire ainsi que celui de Yogui se rattachaient , me semble-t-il, au billet du blog dont le thème était la série télévisée Dr House. Il y a eu une incidente marginale de Yogui, un petit coup de griffe, sur votre commentaire. Mais le fil d’Ariane, à savoir le billet, n’était pas laissé de côté. Vous avez eu toutefois raison de le rappeler et votre remarque est de bonne méthode. Je suis « nouveau » sur ce blog et je lis souvent des commentaires sur les commentaires. Donc, il y a un fil conducteur c’est bon de s’y tenir.

  • J’ai un enfant en cinquième année de médecine, et donc tout ce qu’il faut à la maison !

    Bonnes vacances à tous.

  • Bonnes vacances, c’est aussi l’une de mes séries préférées….Mais Rome, c’est pas mal aussi en ce moment.

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