En défense du Tanit

Des écervelés, ouais, des iconoclastes aussi. Voilà ce qu’ils sont, et ils méritent notre réprobation. Relier Vannes à Zanzibar en voilier en famille, c’est pire que de l’inconscience, c’est suicidaire. Presque meurtrier. Tiens, il a de la chance d’être mort, Florent Lemaçon ! On ne poursuit pas les morts, ils sont déjà rattrapés. Heureusement, il nous reste la mère. Qu’est-ce qu’on va pouvoir lui en coller, comme culpabilité, à celle-là ! J’espère bien qu’il y aura quelqu’un pour la poursuivre. « Mise en danger de la vie d’autrui », ça pourrait coller, non ? C’est pas parce que c’est la mère qu’elle est moins responsable, après tout. Alors, que justice passe. Pour le père, c’est trop tard, mais il ne sera pas dit qu’il n’y aura pas de suites judiciaires. La société ne laissera pas faire ça.

Le Tanit avait un blog. Cherchez Tanit et Blog, et regardez-les, les albums. C’est en le visitant que m’est passée l’envie d’être définitif. On devrait toujours mettre des visages sur des faits.

Et c’est en lisant les commentaires des sites de presse que m’est venu un agacement croissant. On ne devrait jamais lire les commentaires des sites de presse.

Du fond de son pavillon de banlieue, du bout de son appartement parisien, sans plus de connaissance des faits, un anonyme qui, comme moi, ne prend jamais d’autre risque que d’emprunter un peu tardivement le RER1 ou de traverser alors que le petit bonhomme est encore rouge, livre sa sagesse profonde : ah ça, non, lui, jamais il ne serait passé par le Golfe d’Aden !

Ok, ok, on les avait prévenus, plusieurs fois. Et chacun sait que la zone est blindée de pirates. Et, avec un enfant de trois ans, en plus, ils méritent le lynchage, et fissa. Mais comment, de toutes façons, notre société transie sur son principe de précaution peut-elle comprendre le risque ? Ah oui, oui, bien sûr, eux ne l’auraient pas pris, ce risque. Tu parles, charles : pas après 21 heures, le RER, alors tu penses, la Somalie… On préfère penser que ce couple était stupide. On préfère imaginer qu’ils ne sont pas posés de questions au moment de poursuivre. Et puis on ignore qu’ils sont passés à plus de 600 km des côtes. La fin de l’aventure connue, on pontifie comme on pontifie toujours rétroactivement. On n’a jamais tout plaqué pour un rêve fou, mais on prend sa revanche de mec raisonnable et un peu étriqué sur les rêveurs : ah, il fait moins le malin, maintenant, le Florent Lemaçon ! Alors, qui c’est qu’avait raison, hein ?

Il a une balle dans le corps, le Florent Lemaçon, et il rentre dans une boîte. Et je peux vous garantir qu’il a du passer la semaine avant sa mort à vouloir se foutre en l’air d’avoir décidé de poursuivre. Et puis, tiens, je pense que s’il y en a qui la regrettent cette décision, et qui la regretteront toute leur vie, c’est bien Chloé et Colin Lemaçon. Alors, si nos commentateurs précités avaient pu saisir cette occasion inespérée de fermer leurs gueules, ben tiens, pour le coup, ça n’aurait probablement pas été du temps de perdu. D’autant que personne n’a besoin de leur avis pour que la fin de l’équipée du Tanit serve de leçon.

Tant que j’y suis, autre chose, parce que ça n’a pas fini de m’énerver, depuis vendredi : je trouve minable aussi ce pseudo-suspense entretenu par le ministre lui-même, sur l’origine du tir mortel. Hervé, je vais partir du principe que tu le lis, mon blog, et je te le déclare : on s’en tamponne le coquillard, de l’origine du tir ! On imagine la descente des commandos dans le carré d’un petit voilier et, en fin de compte, on félicitera nos militaires pour le faible nombre d’otages tués. Vous me direz peut-être que je suis sur deux logiques différentes. Pas sûr. Parce que ça aussi, ça fleure son précautionnisme à la con. Ok, on va peut-être savoir que le tir venait d’une arme française. Ca va nourrir le feuilleton médiatique. Super. Et après, on en fait quoi, de l’info ? On recherche un responsable, comme notre société de précaution le réclame ? On trouve le militaire qui a tiré ? Et puis, quoi, on lui balance la nouvelle ? On le poursuit ? N’est-on plus capable de seulement recouvrir d’un voile une fin douloureuse ? Je connais la réponse : c’est non, et ça me désole.

A l’inverse, il y a quelqu’un qui mérite d’être salué, c’est le père de Florent Lemaçon. Lui qui a aussi déclaré que le couple était tout sauf un couple d’inconscients. Dans la douleur de la perte de son fils, il a tout de même trouvé la force, la hauteur d’âme, de remercier d’emblée et publiquement la Marine pour son action. Que ceux qui trouvent que c’est la moindre des choses aient la lucidité d’imaginer que d’autres n’auraient pas voulu obérer les chances d’une action en responsabilité. Qu’ils imaginent aussi que ceux-là seraient peut-être les mêmes que nos commentateurs : après tout, la Marine a-t-elle pris toutes les précautions nécessaires ?

  1. je ne parle pas du noctilien []

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94 commentaires

  • tout à fait d’accord concernant le père, ce qu’il a dit l’honore en même temps que la marine ; (je pense à un très beau film : « taking chance) ; et bien sûr toute une cohorte de gens vont donner avis et contre-avis, et bien sûr personne ne parlera du coût car bien évidemment n’est-ce pas, bref comme pour les rescapés de gouffres, d’avalanches, d’escalades et de planche à voile par fort mistral, on ne le fait jamais.
    une chose reste la dignité d’un père.

  • Faut pas lire les commentaires des journaux. Par contre, tu peux lire les commentaires sur le blog du Tanit qui sont pas mal. Ça compense pas vraiment mais ça aussi, ça existe.

    Pour le reste, je sais pas.

    Je suis complètement hostile à l’idée d’une société aseptisée sans le moindre risque, mais la piraterie est aussi vieille que le monde, il y a des zones où il ne faut pas aller, ça a toujours été ainsi dans l’histoire (c’est l’une des raisons de l’invasion de l’Algérie, d’ailleurs). Faut-il pour autant s’empêcher de se faire son tour d’Afrique à la voile ? J’en ai aucune idée, même si pour ce que je connais de la diversité des pays africains, j’aurais plutôt tendance à répondre par la positive.

    Par contre, il semblerait qu’il y ait des bateaux centraux d’organisations pirates qu’il serait possible de couler. Certainement plus facile à dire qu’à faire.

  • Près des côtes, cela devient très surveillé, donc les pirates vont plus loin. Facile à dire après coup, on ne leur en voudra donc pas de n’y avoir pas pensé.

    Saluons la noblesse du père. Restons quand même perplexes, au-delà de ce cas, sur l’énormité des moyens mis en œuvre par la collectivité pour pallier les imprudences coupables des citoyens : skieurs hors piste pris dans une avalanche, alpinistes inconséquents, skippers incompétents, la liste est longue.

    Bien à vous.

  • Sur Hervé Morin, et l’origine du tir, s’il n’avait pas parlé assez vite de la possibilité d’un tir mortel d’origine française, je pense que le risque de polémique inutile aurait été bien plus fort, dans la mesure où l’histoire aurait certainement ressurgi dans la presse via une source anonyme, cette fois-ci agrémentée d’un truc du genre « ce que le ministère de la défense essaie de nous cacher ». Je me souviens de ce qu’il s’était passé lors de l’embuscade afghane à ce niveau-là…

    Quant aux commentaires des gens sur les sites de journaux, on peut en effet les voir comme des aigris heureux de voir ceux qui partent à l’aventure se planter, mais je pense qu’il y a surtout une totale incompréhension quant au fait de partir prendre des risques très élevés avec un enfant.

    A ce niveau-là, la lecture du blog en question me laisse avant tout un sentiment de malaise…

    « Le risque existe mais il est minime pour un bateau comme le nôtre, d’autant plus que nous n’emportons ni appareil sophistiqué de navigation ni argent et bijoux. »

    « Ensuite, toujours d’actualité, reste le problème de la piraterie. Nous nous sommes beaucoup renseignés et pensons que le sujet est, tout de même, très ou trop médiatisé en ce moment. Il est vrai qu’il y a un risque, mais a priori pas plus élevé qu’au Vénézuela, par exemple. »

    « Leur libération s’est déroulée dans le sang avec un pirate abattu sous leurs yeux. Mais, dans le même temps, ils ne se sont jamais sentis en danger car ces Somaliens n’en voulaient pas à leur vie. Ils désirent d’abord de l’argent. Le danger existe, et il s’est sans doute accru au fil de ces derniers mois, mais l’océan reste vaste. Les pirates ne doivent pas anéantir notre rêve. »

    « Il reste les pirates, qui comme les braconniers ou autres fraudeurs interviennent dans les régions où circulent les richesses; tant que nous serons sur ces routes nous prendrons le risque d’en croiser.
    La seule explication que l’on puisse vraiment vous donner sans partir dans des débats compliqués c’est que nous pensons que ce risque est minime comparé à d’autres risques du quotidien. »

    « En revanche, pour atteindre le Kenya nous allons devoir traverser le Golfe d’Aden qui est très médiatisé actuellement car plusieurs bateaux y ont été victimes d’attaques de piraterie (voilier, cargos, super tanker … ). Nous avons rencontré à Ismaïlia, Jean-Yves Delanne, qui a été récemment attaqué à bord d’un voilier qu’il convoyait d’Australie en France. Les actes de pirateries sont un risque, mais il faut savoir que les pirates somaliens sont avant tout des pêcheurs qui vivent dans un pays de non droit où la vie est très dure.
    Nous allons donc naviguer dans cette zone en toute connaissance de cause, et c’est pour cela que Florent va partir avec deux amis, tandis que Colin et moi nous le rejoindrons au Kenya. Mais nous savons aussi que les vrais dangers sont ailleurs ( la voiture par exemple). »

    Il ne faut certes pas les accabler alors qu’ils doivent probablement être conscient désormais d’avoir pris la mauvaise décision. Mais j’aurais du mal à m’étonner qu’ils ne suscitent pas d’empathie.

  • J’aurais du mal à prendre parti après la lecture de ce billet.

    Néanmoins, je fais partie de ceux et celles qui, derrière leur ordinateur, auraient pu penser (si j’avais lu les articles de journaux relatant cet accident, ce que je n’ai pas fait!) : « zavé kapasyalé »

    Et pourtant, non, si je « n’ai jamais tout plaqué pour un rêve fou, » je ne prends pas « ma revanche de mec raisonnable et un peu étriqué sur les rêveurs »
    Il y avait un risque, ils en étaient conscients et puis c’est tout.

    Et comme Aristote,

    Restons quand même perplexes, au-delà de ce cas, sur l’énormité des moyens mis en œuvre par la collectivité pour pallier les imprudences coupables des citoyens : skieurs hors piste pris dans une avalanche, alpinistes inconséquents, skippers incompétents, la liste est longue.

    J’aurais seulement enlevé « coupable », parce que là, il y avait seulement présomption de risques. Sur les pistes de ski, il est indiqué en toutes lettres de ne pas aller hors pistes et les risques d’avalanches sont également notés.

    lagneau a écrit:

    Manquerait plus qu’un commando marine soit traîné en justice parce que le skipper a été tué dans l’affaire.

    Baf, c’est la mode en France, pourquoi pas ici?

    Dès que quelqu’un se défend, c’est lui qui est accusé, dès qu’un professionnel de l’aide se réussit pas à 100%, il est destitué, hué : pompiers, gendarmes, forces de l’ordre, police
    Dès qu’il passe une vidéo sur internet où les forces de l’ordre se défendent -ou, cela arrive, il y a dérive-, tout le monde applaudit.

    Dès qu’il y a sur internet une vidéo ou une image, ou une interview mettant en cause des voyous en action, c’est un scandale et automatiquement, le « criminel » qui a osé mettre sur la place publique les actions de ces voyous (remplacez « criminel » par forces de l’ordre, militaires, pompiers….) est suspendu, accusé, voire mis en examen… mais bien sûr la présomption de crime faisant place à la présomption d’innocence!

    Donc il ne m’étonnerait pas que le militaire qui a tué par erreur le marin au lieu du pirate, soit largement mis en cause et puni comme il se doit!

    Remarquez que s’il avait tué un pauvre malheureux somalien qui pirate à cause de sa souffrance dans un pays qui ne reçoit pas suffisamment de subventions pour s’en sortir, c’eût été peut être pire!

    Et après, on en fait quoi, de l’info ? On recherche un responsable, comme notre société de précaution le réclame ? On trouve le militaire qui a tiré ? Et puis, quoi, on lui balance la nouvelle ? On le poursuit ? N’est-on plus capable de seulement recouvrir d’un voile une fin douloureuse ? Je connais la réponse : c’est non, et ça me désole.

    Mon com est ironique, mais moi aussi, cette histoire et ce qu’en font les médias, me désole

  • Peu après, la marine américaine intervenait pour liberer le commandant d’un cargo enlevé par les pirates. Comparons le traitement de cette information dans la presse américaine, par exemple le Washington Post : »Successful resolution of confrontation with Somali pirates could help build confidence in president’s ability to direct military actions abroad ».

    En France, les commentaires sur le Tanit que je lis dans la presse, ou sur les blogs ont comme tonalité:
    – Qu’allaient ils faire dans cette galère.
    – Bien sûr, c’est encore nous qui allons payer
    – Encore une occasion pour Sarkosy de se faire de la pub.

    Pour ma part, je me réjouis que la France puisse encore intervenir pour protéger ses citoyens, même si cette fois ci il y a eu une victime. Par contre je suis plus circonspect quand il s’agit de faire échapper à la justice locale des citoyens impliqués dans des affaires graves: trafic de drogue, complicité d’enlèvement, enlèvement d’enfants (Arche de Noë, naïveté dans certains cas étant une excuse facile.

  • d’accord en tout point absolument…

    Bien sûr c’était risqué et ils le savaient… Mais est-ce bien raisonnable aussi de partir sur les routes de France un dimanche de Pâques bien arrosé (je ne parle pas de la pluie…) ?? … on les aura prévenus aussi… et ça fait 100 morts à chaque fois + les vies blessées et brisées… Mais ça personne n’en parle plus tant c’est passé dans notre « quotidien »… C’est notre sélection naturelle à nous en France… Pas très spectaculaire, et pourtant y a les gendarmes, la police, les ambulances, itou itou et ça coûte combien au fait tout ça au contribuable français ?? faudrait peut être leur demander de laisser les morts s’enterrer tout seul et les blessés sur le bord des routes aussi… Et si un des blessés décède dans l’ambulance, c’est la faute aux gendarmes peut être…

    C’est se donner le rôle du père fouettard qui doit certainement sommeiller chez certains depuis un moment que de leur jeter le blâme maintenant… trop facile… c’est certain que quand déja on a peur de prendre le métro le soir, on se risquera jamais dans le Golfe d’Aden… ni même beaucoup plus loin que sa télé ou son écran d’ordinateur… alors le courage se résume à quelques mots bien tranchés à 2 balles.

    les donneurs de leçons tranquillement écroulés devant leur télé avec une 16 juste avant de partir remplir le caddie à Carrefour m’écoeurent…. je ne connaissais absolument pas ce jeune couple, j’ai découvert et lu leur blog en partie… j’ai donc appris à les connaitre un peu pour mieux évaluer toute cette histoire… c’est peut être une des clés, ici et là bas, la méconnaissance de l’Autre… et avoir la curiosité de l’Autre serait un grand pas en avant pour la résolution des problèmes sur cette planète…

    en résumé je trouve que tout ça est d’une grande injustice… ce rêve-là était rafraichissant, construit et tout à fait respectable…

  • Je vais être bassement vénale et je m’en excuse mais cela rejoint la réflexion d’Aristote
    Je pense que toute personne a le droit de vivre ses rêves, que ce soit d’aller crapahuter dans la jungle, faire le tour de l’Amérique en voilier avec 5 enfants de moins de 10 ans ou aller dans des zones sensibles, à conditions qu’elle assume ses choix et que la collectivité n’ait pas à souffrir des conséquences de ses choix malheureux. (comme en montagne en cas d’intervention)
    Je trouve cela parfaitement injuste que la collectivité paye pour des frais de recherche, d’intervention ou de rapatriement pour des personnes inconscientes ou qui aiment le risque alors même qu’elle ne peut aider des personnes restées sur le territoire et qui ne peuvent se nourrir.

    Et puis la différence de traitement de l’information m’énerve un peu.
    Un père de famille qui est tué c’est tout de suite recherche de responsabilité.
    Si la personne tuée avait été un membre du commando libérateur ça aurait été il est payé pour prendre des risques lui.On en aurait pas entendu parler.

  • @ Thaïs:
    bonjour Thais,

    dans ce cas, deux solutions

    1/ ça va informer tout le monde encore davantage du danger… par exemple moi je ne savais que le problème était aussi énorme… + de 200 personnes otages des pirates à l’heure où je t’écris…

    2/ imagine 2 secondes que tu aie un frère ou un ami, bref un être cher auquel tu tiennes, qui soit dans cette situation (valable aussi pour avalanches et cie), je pense que tu serais bien content-e que la collectivité t’aide aux recherches… je suis d’accord, faut pas abuser, mais leur aide est précieuse…

  • Faut pas lire les commentateurs des sites de journaux, Koz, ça énerve et ça fait désespérer de la démocratie…

    Pour le fond du débat, il me semble que c’est la même chose à chaque fois qu’un sauvetage à haut risque intervient, que ce soit dans un contexte politique (libération d’un(e) journaliste ou d’un bateau piraté) ou en montagne : « gnagnagna fallait pas y aller gnagnagna c’est non qu’on va payer ».

    La plupart du temps, il me semble que ce qu’il y a vraiment derrière n’est pas tellement le débat lancé par Thaïs (celui du coût, pris en charge par tous, de la liberté mise en oeuvre par certain) – qui est un débat aussi légitime que complexe- mais plutôt une manière de se rassurer : ce qui leur est arrivé est la conséquence de leur imprudence, et donc moi, qui suis prudent, je ne risque rien.

    Bref, derrière tout ça, il me semble qu’il y a surtout la peur de ce qui peut nous tomber un jour sur la tête – à rapprocher peut-être de l’intolérance devenue absolue à l’erreur médicale.

    Bon lundi de Pâques à tous, tout de même.

  • Xerbias, bien entendu, au fond de moi, je sais qu’ils ont pris un risque, un risque un peu plus important que quand on sort les pieds mouillés de la douche sans tapis de bain, mais cela dit, ok, ils étaient au courant, mais qu’aurait-on dit s’ils ne l’avaient pas été ? Qu’ils étaient incosncients et stupides de naviguer par là sans savoir qu’il y a des pirates ? Je dis ça avec un chouille’ de malignité, mais bon, ils ont navigué loin des côtes, tous feux éteints, Faut-il abandonner toute idée de navigation dans la région ?

    Polydamas et alii : oui, il ne faut ps lire les coms des sites de journaux et pourtant… C’est comme une clope. On sait que ça va vous détruire, mais on le fait tt de même. Pourtant, à la différence d’une clope, ça ne vous procure aucune satsifaction.

    Quant au coût, ok, c’en est un. Mais est-ce que ce n’est pas, en partie et sous réserve qu’on n’en abuse pas, le coût de la liberté ?

  • Je ne sais pas, c’est peut-être mon côté stalinien, mais j’ai un petit peu de mal avec cette défiance face au « principe de précaution » et cette petite apologie du risque. Car on peut justifier des tas de choses avec ça. Après tout, pourquoi impose-t-on la ceinture de sécurité au volant ou à l’arrière ? N’est-ce pas un principe de précaution excessif, alors que chacun devrait être libre de prendre les risques qu’il entend ?

    La leçon de cette histoire aussi c’est qu’un Français ne peut pas faire abstraction de sa nationalité lorsqu’il voyage à l’étranger. Car le fait que la France intervienne pour ses ressortissants donne une valeur à sa vie sur le « marché » de la piraterie il me semble. En ce sens, il serait presque légitime que la France interdise purement et simplement certaines régions du monde à ses ressortissants. Bon je sais que ce n’est pas possible, mais sur le principe, il m’aurait paru raisonnable que la marine française, plutôt que d’avertir cette famille, les arrête carrément.

    Enfin, toutes mes pensées à cette famille traumatisée…

  • xerbias a écrit:

    Sur Hervé Morin, et l’origine du tir, s’il n’avait pas parlé assez vite de la possibilité d’un tir mortel d’origine française, je pense que le risque de polémique inutile aurait été bien plus fort, dans la mesure où l’histoire aurait certainement ressurgi dans la presse via une source anonyme, cette fois-ci agrémentée d’un truc du genre “ce que le ministère de la défense essaie de nous cacher”. Je me souviens de ce qu’il s’était passé lors de l’embuscade afghane à ce niveau-là…

    Tout à fait d’accord. Il ne pouvait pas mettre une chappe de pudeur sur cette possibilité. On lui aurait reproché. En fait, je pense même que ce sont les commandos en attendant l’autopsie qui ont eux-mêmes estimé qu’il était possible que le skipper ait été victime d’un tir ami. D’où la réaction du ministre. La décision est de faire dans la transparence ou pas. Je ne pense pas que le Ministre ait l’intention de poursuivre le commando. Je ne pense même pas que cela lui ait traversé l’esprit une seconde.

  • @Parigotte :
    Bonjour !
    – oui mais en faisant une recherche google on voit tous les avis d’alerte. En ce moment c’est au Vénézuela !
    – et puis il existe une assurance « risques de guerre et assimilées » ce qui évite que la collectivité ne prennent en charge les conséquences de cette liberté. (ce qui est peut-être le cas dans cette affaire, l’armée intervient et se fait rembourser)
    – Il est normal par contre que l’armée protège les navires marchands, humanitaires ou les ressortissants de l’autre bout du monde dès lors qu’ils sont en poste pour travailler.

    Koz a écrit:

    Mais est-ce que ce n’est pas, en partie et sous réserve qu’on n’en abuse pas, le coût de la liberté ?

    Donc c’est à la collectivité d’assumer la liberté de certains ? mais à ce rythme là, on va droit dans le mur ! c’est la liberté pour tout un chacun de faire n’importe quoi et de se déresponsabiliser !
    On va aller expliquer aux mals logés ou à ceux qui n’ont pas de quoi se payer une journée de vacances à la mer qu’on a pas d’argent dans la caisse mais en attendant on va payer les conséquences d’un an de vacances, pardon de liberté, qui ont mal tourné ?

    Je concluerais comme Tom Roud « toutes mes pensées à cette famille traumatisée »

  • Koz a écrit:

    Je ne prétendais pas cela non plus.

    Je me doute bien ! Je disais cela plutôt à l’attention des adeptes de la « vite-pensée » (parce que j’ai péché aussi, je suis allé voir les commentaires sous l’article). Exercice de plus en plus pénible j’ai remarqué. Ce n’était pas le cas, il n’y a que deux ans quand certains journaux ont commencé à s’ouvrir à cette possibilité. Modérés ou pas, c’est totalement devenu indigeste. Je me demande pourquoi.

  • D’ac, pas d’ac.

    D’ac avec Koz pour s’énerver de réactions de type « bien fait pour sa gueule » (Lemaçon a payé le prix le plus élevé, l’heure est plus à la compassion pour sa famille, ce qui n’interdit pas de s’interroger en termes mesurés sur la démarche aventureuse du couple). D’ac sur la dignité du père. D’ac sur la suggestion d’aller sur le blog des Lemaçon confronter leur projet et sa mise en œuvre au regard de notre propre grille de lecture, sachant par ailleurs qu’on est toujours plus indulgents avec les gens qu’on connaît un peu.

    Pas d’ac avec Koz :

    • Sur l’appréciation portée sur les déclarations de Morin. Cet effort de transparence m’apparaît louable même s’il est au premier chef motivé par la raison invoquée par xerbias. La révélation de la proposition de paiement d’une rançon aux ravisseurs semble même assez inédite et tranche avec les dénégations usuelles du plus haut faux-cul lors de prises d’otages. Sachant en outre qu’une rançon payée signifie des bateaux-pirate encore plus rapides, plus nombreux, encore mieux armés et donc davantage de prises d’otages…

    • Sur l’inutilité supposée de la recherche des causes exacte de la mort. Le débriefing de l’opération est indispensable, et les militaires y sont certainement les plus intéressés. Si une erreur a été commise dans des circonstances si difficiles d’intervention (espace clos, petit navire, etc.), il leur sera bon d’en tirer la leçon pour éviter si possible qu’elle ne se reproduise.

    Pas d’ac avec certaines interventions ici (hello parigotte) et notamment à l’opposition un peu systématique entre esprit aventurier et esprit petit-bourgeois-aigri-qui-boit-de-la-16-avachi- devant-la-télé-avant-d’aller-à-Carrefour qui naît du débat et s’est au demeurant elle aussi largement illustrée dans les commentaires d’articles de presse..

    Le vrai courage peut être aussi de se lever tous les matins, même sans en avoir aucune envie, pour aller bosser (ce qui permet notamment à nos anciens de disposer d’une retraite). De redescendre du refuge pour cause de mauvais temps dans la vallée malgré la promesse d’escalade faite depuis six mois à des enfants ultra-déçus par le manque d’audace de leurs parents. De s’obliger à penser que les professionnels qui partent dans le brouillard récupérer des gens partis en tongs sur des névés ont eux aussi des familles qui ont envie de les voir rentrer à la maison.

    C’est ce qu’on peut appeler avoir une conscience sociale. Ces esprits étroits et besogneux, buveurs de bière ou pas, structurent notre société et permettent à d’autres de « s’échapper de la société de consommation » en « espérant que les pirates ne viendront pas briser leur rêves ». Il n’est pas illégitime que ces besogneux s’interrogent sur le fait d’avoir à payer la note, réaction « bien fait pour sa gueule » exclue.

  • Voilà ce que disait Claude Askolovitz ce matin sur Europe 1:

    « Est-ce qu’il y a des rêves qui tuent ? C’est un débat qui s’ouvre après la tragédie du Tanit. Dimanche, le ministre de la défense Hervé Morin a demandé aux plaisanciers français de ne plus naviguer au large de la Somalie.

    Et il y avait beaucoup de retenue chez Hervé Morin parce chaque parole peut ajouter au deuil et aux blessures, mais il y avait aussi beaucoup d’inquiétude. Les autorités françaises n’ont aucun moyen de bloquer des amateurs d’aventure. En revanche, elles se sont donné l’obligation d’aller au secours des victimes des pirates. Il y a une incompréhension profonde chez les responsables, politiques ou militaires, à l’idée que des touristes, des plaisanciers ou des idéalistes puissent avoir envie de naviguer dans un coupe-gorge marin. Les voyageurs du Tanit savaient qu’ils étaient dans une zone dangereuse. Ils avaient même rencontré des anciens otages de pirates somaliens. Le Tanit avait été suivi et averti par un navire français. Il a pourtant poursuivi sa route jusqu’au drame.

    Ce que vous suggérez, c’est que Florent Lemaçon a été l’artisan de sa propre mort ?

    Les seuls criminels, ce sont les pirates… et les seuls héros, ce sont ces commandos français qui sont allés risquer leur vie pour les otages, et sans doute aussi Florent Lemaçon qui a été touché alors qu’il protégeait sa famille. Il ne s’agit pas d’accuser un homme mais de s’interroger sur un état d’esprit, qui consiste à combattre le réel. Le père de Florent Lemaçon a fait une déclaration dans laquelle il revendique le parcours de son fils, il parle d’un combat pacifiste, écologiste, contre le monde de l’argent, pour le droit de vivre autrement. Par respect pour cette famille, il faut prendre au sérieux cette affirmation de résistance face à la brutalité du monde. Pour proclamer sa foi dans l’humanité, on décide de vivre comme si le mal n’existait pas. Le problème, c’est que cette posture n’est pas sans danger, et pour soi et pour les autres.

    L’argument de Florent Lemaçon, c’est qu’il voulait « aller au bout de ses rêves ». C’est la chanson de Goldman, qui est l’hymne d’une France fantastiquement généreuse, mais parfois jusqu’à l’irréalité. Il faut aller sur internet, lire le blog du Tanit pour comprendre. On est ému en découvrant l’apesanteur idéaliste des navigateurs, avant le drame. Mais ce sont surtout les commentaires des internautes mis en ligne après la prise d’otage, qui donnent le reflet d’une partie de la société française qui pense que la guerre n’existe pas, que la piraterie n’existe pas. Un internaute parle des “pêcheurs somaliens”, qui vont traiter les Lemaçon avec “respect”… Un autre écrit “les pirates auront compris qui vous êtes et sauront rapidement reconnaître votre valeur morale humaine.” Un autre explique que l’aventure du Tanit est moins dangereuse qu’une centrale nucléaire… Un dernier, après le dénouement tragique, exprime, je cite “Une pensée pour Florent et les 2 pirates tués, et à leurs familles respectives.” Il y a quelque chose d’étonnant, cette croyance en une humanité partagée entre les victimes et des assassins. On ne sait pas si c’est magnifiquement idéaliste ou totalement irréel. »

  • Moi je dirais tout simplement : « la marine ne résout pas le problème, au contraire, elle l’aggrave »… (just joking…)

    Sinon, c’est comme l’alpinisme : il y a un risque objectif, on fait tout pour le juguler mais on reste à la merci d’un accident et en définitive, c’est ça la vie…

    Paix à son âme.

  • Je voudrais juste dire, pour couper court à débat, que le Tanit a bien respecté les consignes données par la Marine.

    En fait les journalistes ne se sont basés que sur le blog, dont le dernier message remonte à fin-mars.

    Entre temps, l’équipage a changé son projet suite aux recommandations de la Marine : ils ont longé le Yémen de près plein Est pour s’éloigner de la somalie, puis ont plongé à environ 900 km des côtes, plein Sud, direction les Seychelles. Il n’était donc absolument pas question d’aller au Kenya.

    Et il n’est donc pas question non plus d’inconscients qui n’en font qu’à leur tête.

    Voilà, je voulais juste le préciser.

  • Deux fois d’accord avec Thaïs! Une fois n’est pas coutume, cher Koz, je te trouve bien oublieux du principe de responsabilité au profit de la liberté. Pour chaque individu l’une est certainement plus belle à vivre que l’autre, mais c’est limite quand à défaut d’assumer le premier, la seconde est supportée par les autres. Ceci étant dit, je ne lis jamais les commentaires de sites de presse. J’ai déjà trop à faire avec le tiens.

  • Je découvre l’affaire. Dans des cas pareils, on soutient la famille concernée. Si des coupables doivent être trouvés, c’est à la justice de le faire, et pas à nous.

    J’ai regardé leur blog, et je les soutiens. A 100 %.
    Eux ne se plaignaient pas de leur vie minable, ils ont eu le culot de tout larguer et de vivre. Ils ne sont apparemment pas partis à la légère…
    Puissions-nous être nombreux à les suivre, ou tout au moins à vivre dans un tel état d’esprit.

    Cette belle aventure finit par un drame, c’est la vie. Oui, vivre, c’est prendre des risques. Et si ça doit finir comme ça, même si bien sûr c’est malheureux, c’est le risque à prendre. Pour un accident comme celui-ci, combien d’aventures sublimes ?

    « …quand à défaut d’assumer le premier, la seconde est supportée par les autres » : qui supporte le plus, dans l’histoire ? Nous, pôvres petits contribuables qui allons donner chacun 3 centimes pour payer l’opération, ou ceux qui ont perdu leur mari, père, ami ??? Ce propos est indécent.
    Tout autant que ceux qui appellent au bombardement lourd des villages de pirates, qu’ils réfléchissent à deux fois avant de proférer de telles inepties.

  • ce qui me surprend, c’est qu’une bande de quelques dizaines, voir centaines de « pêcheurs » ou présumés tel, armés de bric et de broc, soutenus par personne, venant d’un pays pauvre peuvent se jouer du, sur une surface plus plate que le dos de la main, la côte, la mer, l’océan, tiennent en échec donc, le rassemblement de toutes les marines de tous les « grands » pays du monde, OTAN et au delà, avec leurs navires, avions, radars, hélicos…

    ou est l’erreur?

    heureusement que ce ne sont pas de terroristes qui attaqueraient pour incendier, tuer …

  • Koz,
    Je crois qu’on a encore de la chance. Sur Big Picture, le type dit clairement qu’il a du modérer tous les commentaires qui justifiaient la piraterie…

    @ Francis:
    C’est pas très compliqué à comprendre, ça s’appelle tenir un lieu stratégique, une position clé.

  • Bonsoir ,

    Quelques questions : était-il nécessaire d’ouvrir le feu , sachant que jusqu’à présent il y avait rarement(?du moins je le pense) eu mort d’homme dans les cas similaires dans cette région ? qui a donné l’ordre ? quitte à ce que cela dure encore , n’aurait-il pas été plus « sage » d’attendre au lieu de faire une opération commando relativement rapide ,pensant quant à moi que toute vie vaut la peine d’être « abordée » avec précaution , même celle d’un pirate somalien ? ….?

  • Si vous consultiez de temps en teps des blogs spécialisés comme le mien sur les affaires de défense, vous auriez les réponses aux questions que vous vous posez. Surface à surveiller et trafic très importants, d’où difficulté d’appréhender les pirates, qui opérent de plus en plus loin de la côte (+ de 600 km). Pourquoi intervenir? parce que la doctrine française est de ne pas tolérer que des citoyens français soient retenus à terre. Pourquoi avoir ouvert le feu? Ben faut le demander aux pirates.

  • si on est dans les questions: pourquoi les pirates n’auraient pas accepté une rançon? montant? modalités?

    je suis quand même très surpris qu’on ne puisse, avec tous les moyens, contrôler un espace aussi limité….

    cela ouvre des perspectives aux nouveaux nemo….

  • Polydamas a écrit:

    Koz, Je crois qu’on a encore de la chance. Sur Big Picture, le type dit clairement qu’il a du modérer tous les commentaires qui justifiaient la piraterie…

    BrunoK a écrit:

    n’aurait-il pas été plus “sage” d’attendre au lieu de faire une opération commando relativement rapide ,pensant quant à moi que toute vie vaut la peine d’être “abordée” avec précaution , même celle d’un pirate somalien ? ….?

    Ben, quand j’écrivais, com 6,…

    Donc il ne m’étonnerait pas que le militaire qui a tué par erreur le marin au lieu du pirate, soit largement mis en cause et puni comme il se doit!

    Remarquez que s’il avait tué un pauvre malheureux somalien qui pirate à cause de sa souffrance dans un pays qui ne reçoit pas suffisamment de subventions pour s’en sortir, c’eût été peut être pire!

    … je n’étais pas si loin de certaines réactions mentionnées par Polydamas et de la réaction de BrunoK.

    J’avais oublié que cela pouvait tout simplement être de la faute des gouvernements incapables de mettre au pas ces pirates, agissant dans une zone limitée.(en réf à francis et d’autres)

    C’est pourquoi je ne lis jamais ce genre d’articles et que j’évite, autant que faire se peut de lire les commentaires des dits articles dans les journaux.
    Cela me désole ou m’agace ou les deux.
    (sauf chez Koz)

    Je trouve inconvenant que l’on soit toujours dans la recherche d’un coupable, dans quelque situation que ce soit.
    Comme je l’ai aussi écrit com 6 il y avait un risque, ils en étaient conscients, c’est tout.
    C’est triste, parce que la fin du rêve est triste.
    Mais chacun est libre de vivre sa vie comme il veut.

    (bien que je me pose la même question beaucoup ici sur le « principe de responsabilité au profit de la liberté » )

  • Le principal principe de base dans la vie de chacun devrait être son sens de la responsabilité. Responsable de soi même, des siens et de la société à laquelle on appartient. La liberté se limite forcément quand on a conscience du sens de ses responsabilités. Sans cela aucune société évoluée ne pourrait exister. Mais ce sens des responsabilités n’est pas inné, il est le fruit de l’éducation, d’abord parentale, puis sociétale.

    Qu’un adulte se lance à la poursuite de ses rêves d’aventures doit n’engager que lui. Normalement à partir du moment où il implique d’autres personnes, notamment des enfants, ou des gens qui ne partagent pas sa conception idéaliste, le sens des responsabilités devrait freiner sa prise de risques.
    A la base, que penser d’un couple d’adultes qui met en danger la vie der leur fils de 3 ans pour satisfaire leurs propres désirs idéalistes?

    En ce qui concerne les « pauvres pêcheurs » somaliens :que penser d’un état incapable de faire respecter le droit sur son territoire? Que penser de ces bandits super équipés en bateaux rapides et armes automatiques? De « pauvres pêcheurs » …? Un état doit être capable de faire respecter le droit sur son territoire! Nous voilà de retour au sens de la responsabilité.

    Quand NS affirme que l’Afrique n’est pas ASSEZ entré dans l’Histoire, c’est de cela qu’il s’agit. Agir en tant que « Etat responsable » implique de tout faire pour assurer l’ordre et la prospérité pour ceux dont on a la responsabilité …

  • Posons les questions autrement :

    Il ne s’agit en aucun cas de défendre la piraterie .Il ne s’agit en aucun cas de vouloir faire un procès à qui que ce soit .
    La question qui me semble à moi fondamentale est : jusqu’à quel point la vie d’autrui m’est -elle précieuse , quel que soit cet autrui , quoi qu’ait fait cet autrui ? Je pense ( et je reconnais ne pas avoir toujours pensé ainsi ) que la négociation , même quand elle traîne en longueur , vaut mieux que tout irréparable .

    PS. Je ne suis pas français et n’habite pas en France . Et je suis très tranquillement assis à mon bureau .

  • un peu de provoc….:
    en fait cette histoire, c’est une autre version du « droit à mourir dans la dignité »?

    mais il y a eu un enfant emmené par ses parents…
    mutadis mutandis :

    risque pris, pas de barrage à l’entrée: l’affaire de l’accident sur le pont du RER?

  • Enfin … Tout le monde n’ est pas – loin s’ en faut – Henri de Monfreid et, de plus, les choses ont bien changé depuis son temps.

  • De façon générale, vous aurez noté, je l’espère, que mon billet n’est pas une invitation à aller faire du canotage en famille sur les côtés somaliennes.

    Il me semble que, dans ce cas comme dans d’autres, avant de partir dans des principes un peu théoriques, il faut prendre la mesure du phénomène. Risque-t-on vraiment d’assister à une recrudescence des croisières somaliennes ? Est-ce que, parce que l’on aura considéré qu’il y a là aussi une question de liberté individuelle, et que l’on ne se refusera pas à engager les moyens français, on va se retrouver avec une palanquée de mecs qui vont choisir la Somalie en se disant qu’au pire, l’armée les libèrera… ou qu’il y laisseront leur peau (mais après tout, c’est ça qui donne du sel à la vie) ?

    Je ne pense pas qu’avec un peu de tolérance à cet égard, on aboutisse à un creusement du déficit français.

    Gtab, tu m’évoques la responsabilité individuelle. Ok mais…

    Et d’une, le principe de responsabilité individuelle ne doit pas aboutir à ce que la conception majoritaire de la responsabilité individuelle (ie grosso modo une conception bien plan-plan) bride l’audace personnelle. Sinon, moi j’exige l’arrêt des courses en haute montagne (notamment dans l’Himalaya), et du parachutisme.

    Et de deux quels éléments nous permettent de dire aujourd’hui qu’ils ont été irresponsables. Ah bien sûr, ils ont pris un gros risque. Mais faut-il interdire toute navigation dans la région ? En outre, si CL a raison, et que les medias (que l’on sait pourtant d’ordinaire si scrupuleux) ne sont pas tout à fait exacts, on peut aussi penser qu’ils ont fait ce qu’ils pouvaient pour réduire le risque autant qu’ils le pouvaient.

    Sincèrement, on aboutira peut-être, lorsque l’on en saura davantage, de façon certaine, à la conclusion qu’ils ont été irresponsables mais nos divers commentateurs (et pas qu’eux) ont-ils attendu d’être certains des conditions exactes avant de réagir ? Non, ça a été une réaction instinctive, directe.

    @un certain nombre : oui, il y a aussi des commentaires pour justifier la piraterie (le piratage, c’est un autre débat, n’est-ce pas ?). Cela ne fait qu’appuyer ce que je disais : « on ne devrait jamais lire les commentaires des sites de presse« . Mais à cet égard comme à tant d’autres, ce n’est pas parce qu’il y a aussi des cons qui soutiennent les Lemaçon que je vais changer d’idée.

  • Koz,

    merci pour cet avis à contre courant qui oblige a effectuer un recul sur cette aventure qui n’a laissé personne indifférent. L’occasion pour moi aussi de te découvrir en fervent défenseur du « Puisque je le désire, c’est mon droit, quelles qu’en soient les conséquences » Pour le reste, je suis assez en phase avec le commentaire de voiture du peuple.

    et, moi aussi j’exige l’arrêt des courses en haute montagne (notamment dans l’Himalaya), et du parachutisme avec enfant en bas âge 😉

  • zeyesnidzeno a écrit:

    L’occasion pour moi aussi de te découvrir en fervent défenseur du “Puisque je le désire, c’est mon droit, quelles qu’en soient les conséquences”.

    Non, là, je te renvoie à mon commentaire précédent. A force de vouloir jouer à l’universalisation, on aboutit à des raisonnements incohérents.

    J’ai découvert tardivement que mes maîtresses de maternelle, en me disant « et si tout le monde faisait comme toi ? » faisaient du Kant sans le savoir. Mais y’a un côté idiot là-dedans : tout le monde ne fait pas comme moi. Bien sûr, si tout le monde décide de partir faire de la voile en Somalie, ça va être chaud-bouillant. Mais je ne crois pas que l’on courre ce risque. De la même manière, s’il a pu m’arriver d’écraser une fourmi sans en concevoir trop de regrets, je ne suis pas partisan que l’on écrase tous toutes les fourmis. Mais je ne crois pas que ce soit un risque réel.

    De la même manière, ce que je dis sur ce cas ne signifie pas « faites ce que vous voulez, l’Etat paiera« . Universaliser l’universalisation kantienne confine à l’absurde.

  • D’abord, chapeau au père qui a salué sans attendre l’effort fait par la France. Il a su, je pense, d’emblée relativiser ainsi les risques pris par son fils, adoptant là une posture reconnaissant à la fois ces risques assumés et la bonne volonté de la France. En disant ce qu’il a dit, il approuve tacitement l’opération menée, probablement sûr de ce qui aurait pu arriver de pire encore à sa famille entière si ils avaient été otages « à terre ».

    Ensuite, sur le coùt, je ne suis pas sûr qu’il soit très élevé. La marine est de toute façon sur place. Il n’y a guère que le falcon de retour et des babiolles en plus…

    Enfin, sur la rançon… Une rançon avait aussi été proposée ET acceptée dans l’affaire du Ponant. Seulement la France avait été la récupérer (en partie) ensuite, zigouillant aux passage certains des pirates. Les pirates du Tanit se seront – peut-être – souvenus de cet aspect là de la rançon pour la refuser ; et l’objectif de la France était aussi – peut-être – de la récupérer ensuite, tout comme avec le Ponant… Si c’est cela, on n’est plus vraiment dans la négociation simple mais dans la négociation plus dure, genre « tu cherches à me b…, ok, je te b… encore plus » ! A roublard, roublard et demi…

  • Cette histoire n’est pour moi qu’une énième variante de festivus se prenant la réalité dans la face encore une fois, mais tellement accroc à la fête et à son utopie de bisounours qu’il repousse encore un peu son sevrage. La même chose que pour la violence qui gangrène de plus en plus nos vies quotidiennes, presque partout, alors même que nous sommes plus pacifiques que jamais. L’un et l’autre étant bien entendu, directement liés.

    Les Lemaçon aimaient beaucoup les Africains, ah ça oui; ils connaissaient les risques de piraterie, mais comptaient offrir du thé aux assaillants. Ils savaient aussi les risques qu’ils faisaient peser de facto et pour rien, à un grand nombre de nos soldats dans les parages. Mais qu’à cela ne tienne, on continue le rêve bisounoursien et on fonce dans le golfe d’Aden avec l’ascendant de toute la famille resté en France. Et il est à parier que le fils survivant honorera son père, qu’il sera élevé dans son culte et qu’il cherchera à perpétuer son modèle: offrir du thé aux pirates, tendre la main aux racailles dans les transports, etc… sans le savoir, il prendra pour du courage ce qui n’est qu’un travestissement de la lâcheté, pire il en ira peut-être jusqu’à penser son attitude chrétienne alors qu’elle en est l’exact inverse.

    A rapprocher de la scandaleuse cavalcade de l’Arche de Zoé, non pas par la gravité des faits (ils enlevaient carrément des enfants) mais par la mentalité de bobo névrosé qui a inité l’aventure dans les deux cas.

    Je n’ai rien contre un pater familias qui embarque sa famille pour un tour du monde, mais alors qu’il embarque aussi un flingue pour les protéger de l’inévitable laideur humaine qui ne manquera pas de surgir au cours du périple.

  • @ aquinus : Athée. Bobo névrosé athée. Oh et puis de gauche tiens. A moins que le boboïsme (ou serait-ce la boboïtude ?) subsume l’anarcho-trostkysme ?

  • Koz a écrit:

    De façon générale, vous aurez noté, je l’espère, que mon billet n’est pas une invitation à aller faire du canotage en famille sur les côtés somaliennes.

    Damned et mayday! Sur la foi de votre aval implicite, je suis parti avant-hier pour un tour du monde sur un Vaurien, dénommé Liberté, avec mes six enfants en bas âge, le chien, une bonbonne d’eau douce et une boîte de Knacki. Et on peut pas revenir car on a déjà cassé le mât…Une petite collecte sur votre blog pour financer note retour nous serait bien utile, histoire de ne pas affoler le contribuable. Merci d’avance pour cet aimable soutien.

  • Merci pour ce billet qui est un bon reflet de mon sentiment. J’ai moi aussi pris la nouvelle en cours de route, et je suis allé voir chaque page du blog du Tanit, pour savoir. On y fait connaissance, on a une empathie avec eux. On y trouve le rêve de ces gens, une envie d’ailleurs, une gentille famille. Leur rêve a été brisé net. Ce qui est triste est la réaction et la petitesse d’esprit de certains. Florent est mort, Chloé est veuve, Colin est orphelin et grandira sans papa. C’est la réalité nue, et les esprits chagrins ne méritent que notre mépris et notre indifférence. Un peu de dégout aussi …

  • C’est typiquement le genre d’affaires sur laquelle il est impossible de se faire une opinion tranchée.

    Je hais l’idée d’un monde aseptisé dans lequel la moindre aventure se ferait avec une assurance et une pile de 5 m de papaperasserie à remplir. J’aime aussi le fait que quelqu’un aujourd’hui puisse avoir suffisament de conviction personnelle pour s’engager dans une entreprise un peu risquée.

    Et en même temps, il y a le faire et en survivre, avec suffisament de techniques et de diplomatie pour passer à travers les gouttes et il y a le faire et en mourir. Il y a aussi connaître un danger et risquer la vie des autres. Il y a aussi le côté bisounours en effet.

    Ca me rappelle la chanson de Brassens « Mourir pour des idées d’accord, mais de mort lente ».

  • @aquinus : ah ? moi j’aurais dit « amalgame ». Mais je peux me tromper, je ne suis pas dentiste.

    Plus sérieusement, votre analyse globalisante me semble complètement aveugle. A la nuance, au cas particulier, à l’individu. A tout, quoi. Que vous soyez parvenu à lier l’arche de Zoé (parce que ça se passe en Afrique ?), un tabassage standard quoique filmé et de la piraterie en mer Rouge aurait dû vous mettre la puce à l’oreille, quand leur seul point commun est d’avoir été traités par les médias et de mettre en scène des occidentaux dans leur rapport à « d’autres », ou ce que vous percevez tels. Après, la grille est toute faite (Muray a jeté le filet), il n’y a plus qu’à ignorer commodément certaines distinctions (comme ce qui sépare un rapt d’enfant et une croisière en famille), extrapoler un poil (« il est à parier » qu’on y arrive fastoche ; ah ! ce salaud d’enfant de bobos buveurs de thé qui aura le culot d’honorer son père, moi ça me débecte, rhaaaa pteu) et préférer les généralités subsumantes (je sais pas ce que j’ai moi aujourd’hui, je subsume, je subsume comme un fou — un reflux kantique probablement) et zou, la civilisation s’écroule sous les coups de boutoirs terrifiants des bobos maléfiques. Et athées, j’allais oublier.

  • Mais enfin! « rejeter la société matérialiste » et « partir faire un tour du monde à la voile »; « être averti mille fois des dangers de la piraterie dans le golfe d’Aden » et « vouloir offrir du thé aux pirates parce que ce ne sont que de pauvres pêcheurs en proie à une société anarchique », etc, etc, on pourrait enfiler des perles à l’infini sur ces gens-là, cette mentalité-là qui gangrène notre pays, ces contre-vérités qui s’entechoquent toujours plus fréquemment, ce réel qui cogne de plus en plus dur mais qui semble renforcer le dogme de festivus qui préfère foncer vers le suicide collectif plutôt que d’apostasier de son mythe enchanteur. C’est délirant, pour quiconque prend la peine du recul c’est délirant. Ces gens veulent être des saints mais refusent le martyre qui va avec, ils veulent connaître l’Autre sans la violence de la rencontre qui est inéluctable. Ils ont perdu les pédales, et entraînent des enfants par millions dans ce délire – en bateau pour les cas extrêmes, dans un bus pour la majorité. C’est pareil.

    Et que dire du ministre de la Défense qui se gargarise d’avoir offert une rançon aux pirates « parce qu’il y avait un enfant de 3 ans »? le dire est un véritable appel au rapt d’enfants français partout où ils se trouvent en contact avec des gens hostiles à l’Occident dont les Lemaçon sont les représentants les plus aboutis; c’est-à-dire sur la majeure partie de la planète. Mr Maurin lance un appel au financement du rapt de mes propres enfants, parce que ceux-ci ont la malchance d’être nés français.

    Fin de l’Histoire, bisounours, festivus festivus sont les mots qui viennent spontanément à la bouche. Je ne vois pas quel amalgame il y a. Il y a derrière tout ceci une mentalité capitularde qui ne dit pas son nom, un Munich puissance dix qui pointe sa fraise en Europe et tout particulièrement en France et cette odeur reconnaissable entre toutes on la renifle dans cette histoire, celle de Zoé et celle du bus de la RATP – et tant d’autres. C’est la MEME chose, à des degrés divers; c’est à chaque fois festivus délirant qui se prend le REEL, la VIE, en pleine poire. Le vrai supplice c’est de vivre dans une société à ce point myhtique et délirante, sans adhérer à ses dogmes; croyez-moi c’est un supplice.

    A noter qu’au même moment un cargo américain a aussi été attaqué au large de la Somalie. Son équipage s’est défendu au pic à glace, a repousé maints assauts, le capitaine s’est constitué prisonnier, s’est échappé à la nage, a été repris et c’est finalement la navy qui a réglé l’affaire aux pirates, sans la moindre offre de rançon naturellement. Selon les ordres d’Obama, parce qu’il n’allait pas laisser une horde de pirates humilier son pays.

    Il était où le gun de Mr Lemaçon? ou son pic à glace? non lui il préférait la tasse de thé; chacun ses armes, chacun son destin.

  • Aquinus aquinus, le gun, c’est sûrement très rigolo, et ça vous donne un petit air martial et déterminé du plus bel effet à Plaisir devant la glace. Mais j’ai cru saisir qu’à moins de disposer d’un gun automatique genre AK47 et de savoir s’en servir, en sortir un est surtout la garantie de connaître la fin de l’histoire avant la fin.

    Eponymus a écrit:

    “Mourir pour des idées d’accord, mais de mort lente”

    Ah mais il n’est pas dit que le somalien n’ait pas la technique nécessaire. Faut pas les prendre pour des bourrins sous prétexte que ce sont des pêcheurs africains.

  • Koz a écrit:

    Ah mais il n’est pas dit que le somalien n’ait pas la technique nécessaire. Faut pas les prendre pour des bourrins sous prétexte que ce sont des pêcheurs africains.

    Pour faire mourir lentement tu veux dire ?

  • Mon premier réflexe a été, comme pour beaucoup, « mais qu’allaient-ils faire dans cette galère ». Ce billet et ces commentaires appellent à une réflexion un peu moins viscérale.

    D’abord, les Lemaçon savaient ce qu’ils faisaient. Je n’aurais certainement pas été capable d’emmener mes enfants dans une aventure aussi osée. Mais les explications de CL montrent qu’ils ne sont pas, non plus, stupidement jetés dans la gueule du loup sans réfléchir. Leurs précautions se sont révélées insuffisantes, et leur analyse du risque trop optimiste, c’est tout.

    Tom Roud a écrit:

    La leçon de cette histoire aussi c’est qu’un Français ne peut pas faire abstraction de sa nationalité lorsqu’il voyage à l’étranger. Car le fait que la France intervienne pour ses ressortissants donne une valeur à sa vie sur le “marché” de la piraterie il me semble.

    J’ai la conclusion exactement inverse: je suis heureux d’appartenir à une nation qui a la volonté et la puissance nécessaires pour ne pas laisser tomber ses ressortissants, où qu’ils soient et quelles que soient les causes de leur problème. Le prix à payer pour cela est parfois élevé, mais c’est celui de notre liberté et de notre solidarité nationale.

    Tom Roud a écrit:

    Bon je sais que ce n’est pas possible, mais sur le principe, il m’aurait paru raisonnable que la marine française, plutôt que d’avertir cette famille, les arrête carrément.

    Sécurité ou liberté ? À ce point de restriction de ma liberté d’aller et venir, je ne sais pas si j’apprécierais encore beaucoup ma sécurité.

    voituredupeuple a écrit:

    Ces esprits étroits et besogneux, buveurs de bière ou pas, structurent notre société et permettent à d’autres de « s’échapper de la société de consommation » en « espérant que les pirates ne viendront pas briser leur rêves ». Il n’est pas illégitime que ces besogneux s’interrogent sur le fait d’avoir à payer la note, réaction « bien fait pour sa gueule » exclue.

    D’accord, mais à condition que les besogneux ne viennent pas interdire aux rêveurs de vivre. En tant que besogneux moi-même, je suis heureux de le leur permettre, justement. D’abord parce que cela signifie que je suis aussi libre qu’eux, même si je choisis de ne pas user de cette liberté. Ensuite parce que je ne méprise pas le rêve par procuration, par lequel je peux partager un tout petit peu de leur expérience.

    Au bout du compte, la différence entre Florent Lemaçon et un autre foldingue comme Jean-Louis Étienne, n’est-ce pas surtout que ce dernier a réussi ?

    margit a écrit:

    Un état doit être capable de faire respecter le droit sur son territoire! Nous voilà de retour au sens de la responsabilité.

    En pratique, en Somalie, l’État n’existe pas. Ce qui tient lieu de Parlement a été obligé de se réunir à Djibouti pour élire un nouveau président, ce qui en dit long sur le pouvoir de ce dernier.

    @ Eponymus:
    Je propose une autre chanson de Brassens, qui va pile-poil avec ce billet:

    « Regardez-les passer ! Eux, ce sont les sauvages.

    Ils vont où leur désir le veut, par-dessus monts,

    Et bois, et mers, et vents, et loin des esclavages.

    L’air qu’ils boivent ferait éclater vos poumons.

    Regardez-les ! Avant d’atteindre sa chimère,

    Plus d’un, l’aile rompue et du sang plein les yeux,

    Mourra. Ces pauvres gens ont aussi femme et mère,

    Et savent les aimer aussi bien que vous, mieux.« 

  • Gwynfrid a écrit:

    Je propose une autre chanson de Brassens, qui va pile-poil avec ce billet:

    Oui bon, j’ai un peu dévoyé moi aussi l’idée originale de la chanson de Brassens mais bon… Je trouve que les aventuriers qui survivent sont encore plus malins que ceux qui y laissent la vie.

  • Koz a écrit:

    Faut-il abandonner toute idée de navigation dans la région ?

    En matière de navigation de plaisance, je crains fort que oui.

    Koz a écrit:

    Et d’une, le principe de responsabilité individuelle ne doit pas aboutir à ce que la conception majoritaire de la responsabilité individuelle (ie grosso modo une conception bien plan-plan) bride l’audace personnelle. Sinon, moi j’exige l’arrêt des courses en haute montagne (notamment dans l’Himalaya), et du parachutisme.

    Pas de liberté sans responsabilité ! Normalement, libre à chacun d’exercer une audace personnelle débridée, à condition qu’il soit prêt à en payer les conséquences. Rien n’indique d’ailleurs ici qu’ils aient été inconséquents. Ce qui peut sembler plus gênant à de nombreuses personnes, c’est d’être prêt à faire prendre des risques à des personnes qui n’exercent justement pas leur liberté. Je ne parle pas des militaires, mais bien de l’enfant, embarqué dans l’histoire du rêve de ses parents. Comme le dit à juste titre zeyesnidzeno :

    zeyesnidzeno a écrit:

    moi aussi j’exige l’arrêt des courses en haute montagne (notamment dans l’Himalaya), et du parachutisme avec enfant en bas âge 😉

    L’édito de Claude Askolovitch cité par Anna cerne bien le problème. Au delà du Tanit, l’histoire c’est celle du rêve libre contre la réalité ordinaire. Tu nous parle, Koz, de « conception bien plan-plan de la responsabilité individuelle », PMalo nous dit « eux ne se plaignaient pas de leur vie minable ». Je ne sais pas exactement qui se plaint de sa vie minable, mais j’aimerais moi aussi être en mesure de chanter la force des rêves avec des accents à la fois lyriques et épiques.

    Tant d’œuvres artistiques le font déjà, Brassens n’étant qu’un parmi d’autres… Parfois, c’est un peu se cacher les yeux pour nier un monde que l’on aimerait différent. Quand l’idéalisme se confond avec la naïveté, on en arrive aux bisounours que cite aquinus. Tant qu’à sortir les références célèbres, on pourrait aussi parler d’Antigone, qui envoie à la tombe tous ses proches par refus de la compromission.

    J’étais assez embêté par le rejet de la morale kantienne qui a été faite ici. Elle est pour moi fondamentale, qu’elle soit affublée de la référence au philosophe ou non. Mais au fur et à mesure que je réfléchie tout en écrivant ce commentaire, je me dis que le rêve est justement une référence à l’anormalité. Pendant longtemps, l’accès à l’électricité et à l’eau courante a du sembler appartenir à la catégorie du rêve. Aujourd’hui, cela fait partie intégrante de cette normalité plan-plan, qualifiée de vie minable par les plus déprimés. Alors le rêve devient de sortir de cette normalité : les jeunes filles rêvent de devenir star de la chanson, les jeunes garçons de gagner la coupe du monde… Pour d’autres, ils s’agit de se priver de confort et de quitter une société de consommation vue comme aliénante. A chaque fois, ceux qui y arrivent sont scrutés, permettent de vivre les rêves par procuration. D’où Voici, France Football et Ouest France qui fait plusieurs article sur une famille qui plaque tout pour vivre dans un voilier.

    Alors je pense mieux comprendre l’idée du « tout le monde ne fait justement pas comme eux ». En effet, c’est structurellement hors du commun. L’aspect touchant de leur blog, ce doit être de s’identifier à eux et de vivre par procuration l’échec du rêve… Le rêve en dehors de la morale et de la raison, le rêve « fou » et romantique, susceptible de satisfaire son envie d’accomplissement personnel…

    Faut-il pour autant qualifier d' »un peu étriqué » le mec raisonnable qui n’a jamais tout plaqué ? Là, ça me paraît bien injuste.

  • Je crois qu’on peut dire que Lemaçon était un bon navigateur et pouvait évaluer les risques associés à la mer, lesquels peuvent être également mortels. Quant au risque de se faire attraper par les pirates, il est très difficile de juger s’il avait bien évalué les risques. Quelles étaient vraiment les probabilités, du point de vue technique, d’être vus et interceptés par les pirates ? Une chance sur 100, sur 1000 ? A-t-il tout simplement été très malchanceux d’être pris par les pirates, ou c’était vraiment perdu d’avance. ? Par contre, là où il n’a pas su évaluer le risque correctement (mais qui aurait pu) c’est que les pirates l’on considéré comme une prise qui valait la peine. Quatre adultes (pas de millionnaires) avec un enfant de trois ans et un voilier sans grande valeur comparé à d’autres cibles.

    Je découvre comme la plupart des gens, que les forces navales chargées de patrouiller la zone se donnent les moyens d’intervenir par des opérations commando pour libérer les otages et tuer les pirates. Il y a sans doute une volonté de vaincre la piraterie à terme, ou au moins contrôler le plus possible ce phénomène. Le risque que des otages soient tués va être de plus en plus grand et c’est peut-être le prix à payer pour gagner la guerre contre les pirates.

    Le cas des Lemaçon est un cas bien particulier, mais restera assez insignifiant dans une longue liste de futurs actes de piraterie qu’il faudra résoudre. Est-ce que ce sera comme les bombes en Irak où l’on finira par ne plus faire attention ? Il sera intéressant de faire un bilan de la situation dans une année.

  • Aquinus, je vais être taquin ; désolé, j’ai souvent été d’accord avec vous, sur certains sujets, mais là non. Je vous souhaite donc une longue et triste vie sous la lumière blafarde des néons de votre abri anti-atomique. Surtout, que vos enfants restent bien en France et ne mettent jamais les pieds hors du Territoire National. Tous ces sauvages, là, dehors, vous n’imaginez pas…

    C’est marrant -ou pas-, j’ai envie de retaper le même commentaire qu’hier soir. C’était le 23, pour ceux qui veulent.
    Rien à ajouter.

  • Gwynfrid, une confusion ne peut s’opérer entre aventureux et aventuriers. Je vois pour ma part une énorme différence entre la démarche des Lemaçon et celle d’un Jean-Louis Etienne (ou d’un Alain Bombard). Leur seul point commun est celui du milieu naturel hostile. Jean-Louis Etienne était mentalement préparer à en baver grave, n’était pas accompagné de son fils de trois ans, ne risquait d’être attaqué que par des ours polaires et, à mon souvenir, s’était armé d’un fusil pour s’en défendre en cas de besoin. Modérément bisounours ça…

    Au surplus, en vrac :

    La consultation du blog des Lemaçon pousse à l’empathie. Les conceptions rousseauistes qu’ils y expriment peuvent également inviter à présupposer qu’ils ne pouvaient évaluer tous les risques à leur juste valeur.

    Etrangement, le débat sur le caractère raisonnable ou non de la prise de risques des Lemaçon m’évoque la polémique intervenue il y a quelques années comme suite à une autre tragédie, ayant frappé des scouts marins. Certains stigmatisaient alors les «valeurs viriles» ayant conduit les responsables de ces ados à ne pas rentrer au port. Je me demande si les mêmes ne soutiennent pas aujourd’hui l’argument de la liberté individuelle au motif de l’idéologie peace and love assumée par les Lemaçon.

    Le débat ne peut par ailleurs être réduit à la vision d’un pays qui se composerait, d’une part, de ronds-de-cuir frileux désirant romantiquement et en secret, pour avoir lu jeunes Alain Gerbaud, vivre le grand frisson par procuration, d’autre part, des «viveurs de rêves» qui étoufferaient dans notre société au point d’organiser leur fuite. Des accommodements existent.

    Il est possible en France de refuser de se plier à la «société de consommation» de différentes manières, du refus de la télévision dans sa péniche à l’élevage familial d’ovins dans l’Aubrac dans une yourte sans électricité ni eau courante.

    Il est possible en France d’exercer une activité professionnelle, de norme lambda ou non, ET de rechercher pendant son temps de loisir à repousser, seul ou en famille, ses limites physiques et mentales. Un des « curseurs d’évaluation du risque » se situant notamment en considération de la règle de l’emmerdement minimal pour la collectivité. Comme se pendre chez soi est moins perturbant pour les autres que de se suicider au gaz en faisant sauter tout l’immeuble.

    Enfin, je suis d’accord pour considérer qu’au cas particulier, la question du coût pour la collectivité nationale de l’équipée tragique des Lamaçon ne se pose pas en termes financiers, d’incidence individuelle effectivement négligeable pour le contribuable.

    Elle se pose en revanche de manière aiguë en termes diplomatiques et d’ « image de marque » du pays à l’étranger. Mais si on se considère prioritairement «citoyen du monde» une telle problématique ne vous vient sans doute pas immédiatement à l’esprit.

    Les libérations réussies d’otages (Lucas, Carton, Fontaine ou Aubenas) rendent le pays débiteur d’Etats, de groupes ou de personnes physiques intercesseurs.

    Les libérations ratées d’otages (type Betancourt sous le gouvernement de Villepin) ou l’appel à des « gestes d’amitié » (Tchad avec l’Arche de Zoé, Mexique avec Florence Cassez) ont aussi leur coût, notamment vis-à-vis d’opinions publiques étrangères qui peuvent légitimement y voir des relents d’idéologie colonialiste.

  • voituredupeuple a écrit:

    la question du coût pour la collectivité nationale de l’équipée tragique des Lamaçon (…) se pose en revanche de manière aiguë en termes diplomatiques et d’ « image de marque » du pays à l’étranger.

    Et que nous a-t-elle coûté, à cet égard ? Si je vous suis, au demeurant, les libérations réussies ont un coût puisqu’elles nous rendraient débiteurs (en quoi la libération du Ponant nous a-t-elle rendus débiteurs ?), et les libérations ratées également. Puis-je suggérer que pas de libération du tout, ça a aussi un coût en termes diplomatiques et d' »image de marque ». Soit l’image d’un pays qui ne peut pas défendre ses ressortissants, et qui serait… débiteur d’autres pays intercesseurs. Soit celle d’un pays qui laisser crever ses ressortissants. Ce qui a aussi un coût, notamment en matière d' »image de marque ».

    Pepito a écrit:

    Quelles étaient vraiment les probabilités, du point de vue technique, d’être vus et interceptés par les pirates ? Une chance sur 100, sur 1000 ? A-t-il tout simplement été très malchanceux d’être pris par les pirates, ou c’était vraiment perdu d’avance. ?

    Je suis bien d’accord là-dessus. Qu’il y ait eu un risque était évident, et ils en étaient nécessairement conscients. Mais on est nécessairement influencés, après les faits, par leur issue dramatique. Il est toujours facile de dire, ensuite, que le risque a mal été évalué.

  • Je ne comprends pas vos discussions et oppositions entre ceux qui suivraient une ligne de vie aventureux formidable et d’autres qui se noieraient dans la grisaille conformiste. Dans notre société actuelle il faut parfois davantage de courage et de persévérance pour vivre selon des normes considérées comme ringardes.

    Quelle « aventure » que de se « sacrifier » d’être femme au foyer et d’élever ses enfants, de regarder son homme aller à la chasse au gnou et de tenir 40 ans en couple; de « choisir » de ne pas partir en vacances à l’autre bout du monde, de ne pas succomber au consumérisme ambiant suggérant tous les jours d’autres bricoles absolument indispensables.

    Pas besoin d’acheter un vieux rafiot et de mettre sa famille en danger au large de la Somalie pour sentir le vent de l’aventure, pas besoin d’aller vivre au Larzac avec quelques chèvres ou de s’enrôler dans une ONG … c’est d’un conformisme ahurissant et d’un suivisme tendance terrible 🙂

    Vous avez du retard mes amis, la véritable aventure à l’heure actuelle c’est d’être heureux pendant 40 ans avec le même partenaire et « patriarche » d’un solide clan familial 🙂

  • C’est intéressant koz et PMalo, vos disgressions; je ne parle pas de s’enfermer sous un abri anti-atomique ou de parader avec un gun. Je vous explique ce qu’est la normalité: apprendre à se défendre, apprendre que la violence est parfois un mal nécessaire. Apprendre à nos fils à se battre aux côtés de leurs pères quand des racailles, des moins-que-rien, vous attaquent cruellement dans le bus ou au large d’une côte. Je suis pour que nous redevenions des gens normaux, des gens chrétiens, les pieds sur terre. Et pas ces espèces de bisounours déglingués qui ont une image de la nature humaine et de la vie en général complètement froussarde, fausse et déprimante.

    Lemaçon ne savait rien de ce qu’il faisait; ils croyait que les Somaliens étaient de gentils pêcheurs alors que ceux qui se baladent avec des kalach sont des enfoirés, les mêmes que ceux que son fils devra se coltiner à la sortie de son collège. Il croyait Lemaçon que le Yémen était un pays formidable et ses ports des havres de paix aux odeurs féériques le tout sous couvert du chant du muezzin. Alors que ce sont au contraire les bases arrières de ces pirates somaliens, et l’un des pays les plus intensément musulmans du monde. Ce qui est rarement une qualité.

    On n’éduque pas son fils à aller à l’encontre de telles personnes armé d’une théière, ça n’est pas de l’éducation ça mais de la folie. Il existe une façon d’aller devant eux au martyre: en brandissant la Croix, et on ne fait pas cela avec femme et enfants.

    PS: je voyage toutes les deux semaines, sur tous les continents. Simplement quand je vois un Africain qui me regarde de travers je ne me dis pas: « oh le pauvre, c’est à cause de nous sales blancs capitalistes, je vais détourner le regard »; non je le traite en frère c’est-à-dire que je soutiens son regard agressif et que s’il veut en venir aux mains: bingo! on y va. Et en général d’instinct, ils savent vite qu’ils n’ont pas à faire à des bobos façon Lemaçon qu’ils peuvent rançonner comme des pigeons mais à des gens normaux, qui se défendront si nécessaire et ne baisseront pas les yeux. Attitude qui apporte LA PAIX.

    De même, lorsque dans mes voyages le muezzin me hurle aux oreilles les louanges de leur faux prophète je ne me dis pas béat: « oh mon Dieu que c’est bôôô, que ces gens sont authentiques et quelle force dans cette religion! » mais je me dis « oh mon Dieu entendez mes prières et aidez-nous à ce que cette hérésie disparaisse et à ce que ces gens parviennent un jour à poser le regard sur Vous ».

    Voilà. Mais mon calvaire c’est de vivre sous le joug des Lemaçon, mon calvaire c’est d’être obligé, par mon sang et mon passeport, d’être solidaire des Lemaçon au nom d’une république qui me rackette et d’une Nation qui n’existe plus. Et ça me fout les glandes de lire des odes à la gloire de ces gens, sur un site qui par ailleurs sait mettre les point ssur les « i » lorsqu’il s’agit de défendre Benoit XVI contre les hyènes.

  • « Si tout le monde faisait comme toi » se rapporte à des comportements de masse, des gestes pour lesquels nous avons tous une inclinaison naturelle et qui, si on ne s’abstient pas collectivement, risquent d’avoir des conséquences fâcheuses à grande échelle.

    Il n’y a aucun risque de voir tout le monde partir en voilier, en famille, au large de la Somalie. Ce sont des initiatives et des comportements exceptionnels.

    Parce qu’elles sont rares, et parce que leurs effets sont limités, doit on s’abstenir de s’interroger sur le principe de la responsabilité de celui qui s’engage et engage des enfants dans une telle aventure? Parce que l’initiative est exceptionnelle, doit on forcément saluer le courage, l’audace de l’aventurier, en dépit de ses évidentes erreurs d’appréciation ?

  • Au passage bravo à margit #58. Etre un digne père et une digne mère de famille aujourd’hui, me semble infiniment plus aventureux et difficile que de faire le bobo à l’autre bout de la terre.

  • margit a écrit:

    Vous avez du retard mes amis, la véritable aventure à l’heure actuelle c’est d’être heureux pendant 40 ans avec le même partenaire et “patriarche” d’un solide clan familial

    C’est pas trop rock n roll non plus.

  • Hello à aquinus qui a écrit:

    Mais enfin! “rejeter la société matérialiste” et “partir faire un tour du monde à la voile”; “être averti mille fois des dangers de la piraterie dans le golfe d’Aden” et “vouloir offrir du thé aux pirates parce que ce ne sont que de pauvres pêcheurs en proie à une société anarchique”, etc, etc, on pourrait enfiler des perles à l’infini sur ces gens-là, cette mentalité-là qui gangrène notre pays, ces contre-vérités qui s’entechoquent toujours plus fréquemment, ce réel qui cogne de plus en plus dur mais qui semble renforcer le dogme de festivus qui préfère foncer vers le suicide collectif plutôt que d’apostasier de son mythe enchanteur….

    Vous avez une dent contre le thé ? (Non pas que je pourrais vous aider notez (héhé), rapport à ma navrante méconnaissance de la dentisterie dont je vous ai entretenu déjà.)

    Mais dites-moi, d’où vous viennent ces phrases toutes faites au fait ? Ne sont-elles pas du vôtre, de fait ? Car j’ai eu beau chercher une allusion au thé sur le blog du Tanit, je suis revenu bredouille. Alors je me demande : ne fantasmeriez-vous pas un ennemi idéal incarnant l’idéal ennemi ?

    Au passage : « partir faire le tour du monde à la voile » n’a rien d’une contre-vérité. Ni d’une vérité. En fait, cela n’a rien à voir avec la vérité. Et niveau gangrène, je doute que des hordes de plaisanciers globetrottistes nous poussent à l’amputation dans un avenir proche, lointain ou même possible, s’entrechoqueraient-ils aussi fréquemment que des voitures un weekend du 15 août.

    Alors votre festivus là, qui n’apostasie rien (car il sait, lui, qu’apostasier est transitif, mais probablement par hasard, grâce à quelque rave-party où il eut froid au cheveu), qui suicidera-t-il, collectivement parlant ? Si c’est lui (cette hypothèse à l’heur de s’accorder avec le vocabulaire employé, et je ne peux croire que vous puisiez des mots pareils au hasard), avouez que vous vous en remettrez ; si c’est son frère, c’est donc un meurtre. Vous les voyez, les festivus, l’arme à la main tel aquinus sur son bateau, porter le coup de grâce à la France éternelle du haut de leur vingt ans passagers ? Soyons sérieux.

    C’est délirant, pour quiconque prend la peine du recul c’est délirant. Ces gens veulent être des saints mais refusent le martyre qui va avec, ils veulent connaître l’Autre sans la violence de la rencontre qui est inéluctable. Ils ont perdu les pédales, et entraînent des enfants par millions dans ce délire – en bateau pour les cas extrêmes, dans un bus pour la majorité. C’est pareil.

    Les quiconque repasseront. D’une, dire voir l’évidence cachée aux yeux de son interlocuteur est le moyen le plus sûr de couper court au dialogue. Rien n’est évident qui mérite d’être discuté. La philosophie n’est là que pour discuter des évidences (et pour répondre à la question « qu’est-ce que la philosophie ? », ce qui en fait une discipline délicieusement paradoxale, mais ce n’est pas le sujet). Deux, où voyez-vous des saints ? Ou voyez-vous des martyrs ? Que vient faire la religion là-dedans ? N’avais-je pas précisé, dès le début de notre rencontre (aaaah, souvenir délicieux, je m’en souviens comme si c’était hier), qu’ils étaient athées ? Vous sembliez d’accord (et si beau, sur le pont, guettant). Trois, connaître l’autre sans la violence de la rencontre serait inéluctable ? Tiens don’ ! Vous vous bagarrez souvent avec des inconnus que vous venez de rencontrer vous ? D’où vient cette conception ? Des preuves à l’appui ? Du vécu, du dossier ? Attention, je ne dis pas que toute violence est à jamais bannie. Mais « inéluctable », vraiment ? A chaque fois, dans chaque situation ? Parfois, ça dépend ? Et questions : faut-il donc l’éviter le plus possible ? Attendre patiemment ? Se préparer, l’arme au poing ? Préparer ses enfants ? Ou au contraire les protéger ? Et l’autre, c’est qui exactement ? La famille ? Les voisins ? Les voisins éloignés ? Quand vous aurez répondu à ces questions, je vous laisserai vous dépatouiller avec vos millions d’enfants bussotractés. Je note juste que tant qu’à partir dans un délire, « zillionnade » aurait été plus rigolo.

    Fin de l’Histoire, bisounours, festivus festivus sont les mots qui viennent spontanément à la bouche.

    À la vôtre, peut-être, en tout cas à celle de Muray. La mienne tourne sept fois sa langue, désolé. Le spontané l’effraie.

    Je ne vois pas quel amalgame il y a. Il y a derrière tout ceci une mentalité capitularde qui ne dit pas son nom, un Munich puissance dix qui pointe sa fraise en Europe et tout particulièrement en France et cette odeur reconnaissable entre toutes on la renifle dans cette histoire, celle de Zoé et celle du bus de la RATP – et tant d’autres. C’est la MEME chose, à des degrés divers; c’est à chaque fois festivus délirant qui se prend le REEL, la VIE, en pleine poire.

    Vous ne voyez aucun amalgame car, comme je le notais, vous ne faites aucune nuance. Tous les faits sont enrôlés au service de votre vision, quels qu’ils soient. Lorsqu’ils sont complexes, vous les simplifiez. Lorsqu’ils sont partiels, vous les complétez. Lorsqu’ils sont extrêmes, vous les prenez en exemple. Lorsqu’ils sont contraires, vous les ignorez. À ce compte-là, il n’est pas bien compliqué de se mettre au supplice : suffit de se décider à détester ses semblables, avant de faire rendre raison aux faits. Les raisons de la haine étant légion, vous voilà bien disposé.

  • Il y a un état d’esprit munichois qui n’en finit plus de rôder, et c’est en cela que l’on peut lier certains faits divers époustouflants. Les bobos refusent de se coltiner le réel et lorsque celui-ci se pointe, ils le camouflent vite sous le tapis (avec les tâches de sang et les cadavres qui vont souvent avec) et reprennent la danse. Ils réussissent ensuite à travestir leur lâcheté en tolérance, leur bêtise en philosophie. C’est pathétique.

    La contre-vérité, c’est prétendre se battre contre le matérialisme ET décider d’aller faire un tour du monde à la voile.

  • Je ne voudrais pas préjuger de vos opinions, aquinus, et vous ne manquerez pas de me détromper, mais je crains que, comme d’autres, vous n’ayez préjugé des miennes du seul fait que j’ai les idées claires sur Benoît XVI.

    Je ne suis pas de ceux qui considèrent que, comme vous l’avez dit sous un autre billet, notre pays est « en voie de barbarisation » ou, comme vous le dîtes ici, que la « Nation n’existe plus » ou que la « république nous rackette« . Je me permets aussi de trouver uniquement lyrique, mais dépourvu de sens, votre dernier paragraphe. « Mon calvaire c’est de vivre sous le joug des Lemaçon, mon calvaire c’est d’être obligé, par mon sang et mon passeport, d’être solidaire des Lemaçon« . Vous devriez prendre les choses moins à cœur parce que vous ne pourrez pas éviter de vivre à côté de Lemaçon qui, si je peux me permettre, estiment peut-être qu’ils vivent un calvaire à devoir être solidaire de personnes qui, comme vous, pensent que la France se barabarise et que leurs enfants vont devoir affronter des racailles armées de kalach à la sortie du collège. J’imagine que quelqu’un qui considère que le fait d’être un pays « intensément musulman » est « rarement une qualité » doit considérer que ces racailles seront un peu sombres de peau.

    Par ailleurs, je ne crois pas que la République vous ait demandé en aucune manière de verser votre sang, ce qui rend votre solidarité bien théorique (au cas où on ne l’ait pas déjà compris). Les seuls qui aient eu à verser éventuellement ce tribut sont nos commandos et je ne pense pas que vous puissiez vous permettre de parler en leur nom. Je suis même assez certain que vous devriez vous en abstenir.

    Je passe sur vos élucubrations concernant l’état d’esprit de Florent Lemaçon. Vous avez certainement raison sur le fait qu’il ne considérait probablement pas que le fait d’être intensément musulman soit une tare rédhibitoire. J’ai du mal à lui en vouloir. Et je ne partage certes pas sa vision du monde. Mais que voulez-vous, c’est ça, une Nation. C’est une communauté dans laquelle on vit avec des gens qui partagent vos opinions et d’autres qui ne les partagent pas. Et si c’est pour vous une souffrance, la vie doit être rude. Lemaçon était très certainement un idéaliste mais non seulement on ne sait pas très exactement quelle a été la route choisie (cf le commentaire de CL) mais surtout, de grandes choses ont été réalisées par des idéalistes. Certains étaient peut-être inconscients mais ont eu la chance de passer à travers. Alors, on les célèbre.

    Quant au comportement que vous affirmez être le vôtre en Afrique… Vous êtes un fan des films de Belmondo, vous, non ? Vous avez adoré le finish du Professionnel, quand ce grand bourlingueur est abattu par la République qui le trahit ? Quand vous vous racontez vos histoires, vous mettez les bruitages, aussi ?

    Ah, sinon, une chose, Florent Lemaçon est mort, en protégeant sa femme et son enfant. La mort éteint toute poursuite. Puisse-t-elle éteindre aussi votre aigreur.

    Margit, oui, certainement, il ne faut pas dénigrer la vie quotidienne de chacun. J’imagine tout de même que la lecture de mon blog vous aura permis de comprendre, depuis le temps, que je ne suis pas de ceux-là.

    Je ne sais pas toutefois si je qualifierais cela de « courage ». Est-ce par courage que je reste avec mon épouse ? Bon, bon, j’imagine bien que la vie me réservera peut-être des surprises et des crises, et qu’il faudra à tout le moins de la constance pour refuser ce qui serait la facilité, et tout plaquer. Mais du courage…

    Bref, il peut y avoir du courage à se lever tôt le matin pour aller bosser, à faire son boulot honnêtement, à élever correctement ses enfants, comme il peut y avoir de la routine. Il peut y avoir de la lâcheté à tout envoyer balader, à larguer les amarres et à refuser le poids des responsabilités. Il peut aussi y avoir du courage.

    Je n’ai pas de jugement catégorique sur l’une ou l’autre attitude.

    De toutes façons, qui peut démêler l’un de l’autre, de façon générale, ou même dans ce cas précis ? Est-il nécessaire de le faire ?

  • C’est juste que ça me passione koz, les grands écarts. Ca me passione de voir vos idées claires un jour sur le pape, et de voir un billet comme celui-ci un autre jour. Je suis totalement étranger à cette époque et à ce pays, mais accordez-moi au moins le mérite de chercher à le comprendre. J’essaye donc de vous comprendre, et une bonne part de ceux qui commentent ici.

    Lemaçon est mort et afin que les choses soient bien claires je ne me réjouis évidemment aucunement de sa mort. C’est une tragédie, en particulier pour sa veuve et son fils. En revanche dire qu’il est mort en les protégeant: c’est un mensonge. Lorsque l’on se balade au Yémen en écoutant pasiblement le muezzin puisque l’on va pécher des petits poissons au large de la Somalie en attendant les agresseurs avec des tasses de thé, on ne protège pas sa femme et son fils mais on les jette sciemment dans la gueule du loup. Par absence de responsabilité, par absence de la prudence la plus élémentaire, par absence de charité, par aveuglement. Ceux qui ont sauvé sa femme et son fils ce sont les soldats, armés non pas de théières mais de fusils, qui savent bien de quel bois sont faits les pirates somaliens. Les contre-vérités ça va deux secondes hein.

    Les idéalistes? du genre Lénine et ses potes hein? c’est vrai ils changent le monde et continueront toujours à le faire. Mais sans moi. Je n’aime pas les idéalistes façon séculière. Et je suis passioné oui, toujours passioné.

    Oui je pense que la vie en France se barbarise. Ben oui, et sans entrer dans les détails elle se barbarise tout simplement parce que la part de chrétiens y est en baisse continue et que moins un pays est chrétien, plus il est barbare selon moi. C’est mal, oh c’est très mal de penser cela, mais c’est ainsi. Il n’y a plus de place pour le pardon parce qu’il n’y a plus de place pour la punition, il n’y a plus ni père ni mère, il n’y a plus de français parce qu’il n’y a plus d’étranger, il n’y a plus de politesse parce qu’il n’y a plus de malotrus, il n’y a plus de grammaire parce qu’il n’y a plus de sens, plus de loi parce que plus de méchants, plus de destin parce que plus de présent. Plus de charité parce que plus de vérité. Comme nous l’explique brillamment René Girard, il avance un grand tout indifférencié, une période de crise à grande échelle desquelles ressortiront un ordre nouveau.

    Je n’ai en outre pas dit qu’être intensément musulman était rédhibitoire (tout le monde peut changer) mais que c’était rarement une qualité. Je maintiens.

    Quant à mon « calvaire » et celui de millions d’autres comme moi, je n’ai aucun doute qu’il soit équivalent à celui de gens comme Lemaçon qui ont à supporter de vivre avec des suppôts de satan comme moi. De même que certains catholiques souffrent le martyre, apparemment, de vivre sous le joug de Benoit XVI. Je ne doute pas de la sincérité des uns et des autres. Je pense simplement que les Nations, les Etats, sont mortels et que la France n’existe plus. Nous sommes au-delà de la guerre civile, les deux calvaires respectifs que s’entrechoquent depuis plusieurs siècles ont tellement ruiné le pays qu’ils ne générent même plus de conflit ouvert. Lorsqu’il n’y a plus ni communion, ni conflit: il n’y a plus de communauté.

    Je n’ai jamais parlé de verser mon sang, ni prétendu parler au nom des militaires. J’ai dit que le ministre de la défense, Mr Morin, avait fait une incitation au raprt d’enfants français devant toutes les télés du monde. Il a par ses paroles de démagogue bisounoursien, mis directement en danger mes propres enfants qui ont le malheur d’être français. Voilà une conséquence directe du fait d’être obligé d’appartenir à une communauté qui n’a plus de sens, mais qui plus est, menace directement ma culture, mon mode de vie, ma foi et ma sanité.

    Le parallèle avec le capitaine de navire américain attaqué dans les mêmes jours que le Tanit est saisissant. A relever, à décortiquer. L’attitude de ces marins, dont certains étaient peut-être bronzés koz, vous savez, est exemplaire. Elle me parle, et ce sont ces marins-là qu’ils soient d’origine irlandaise, salvadorienne ou africaine, que je donnerai en exemple à mon fils – et pas celle de l’européen Lemaçon.

    PS: j’aime bien Belmondo, ouaip.

  • Rhello aquinus,

    Vous me voyez ravi d’apprendre que je contribue à la barbarisation de la France. Vous reprendrez bien du thé ?

    EDIT argh et yorgul : koz m’a doublé.

  • aquinus a écrit:

    Les idéalistes? du genre Lénine et ses potes hein?

    Dans un genre un peu différent, on a aussi Ghandi ou Mandela.

  • J’ai un problème avec les bisounours, qui ne sont que les double-mimétiques des pirates somaliens et de leurs frères racailleux; c’est-à-dire les mêmes. Qui fonctionnent sur un mode totalement a-chrétien à savoir: mépris pour le faible, violence de meute, gloire au plus fort, sens de l’honneur inversé.

    Le thé… buvait du thé Belmondo?

  • « De toutes façons, qui peut démêler l’un de l’autre, de façon générale, ou même dans ce cas précis ? Est-il nécessaire de le faire ? »

    Oui, c’est nécessaire et il est étonnant, venant de vous, que vous ne voyez pas la souffrance causée à son entourage.

    Koz, poussé à l’extrême la tendance Lemaçon devient http://www.evene.fr/cinema/films/into-the-wild-15010.php ! Comment comprendre, comment aider ceux qui sont confrontés à ce genre de dérive aventureuse, à mon sens totalement irresponsable? Encore que dans le cas du film il s’agit de la folie d’un jeune homme seul (mais qui a des parents qui souffrent).

    J’ai un cas similaire dans mon entourage : jeune homme brillant qui décide de s’installer dans un trou perdu pour vivre uniquement de ce qu’il peut arracher à une terre depuis longtemps abandonnée parce que trop ingrate. Par amour une jeune fille le suit, ils ont une petite fille. Après quelques années d’essais de culture et d’élevages multiples, toujours jugés trop pénibles, trop durs, le garçon décide d’abandonner sa compagne et son enfant pour partir à l’aventure façon « into the wild » en fuyant ses responsabilités, en abandonnant sa famille …

    Pardonnez moi, mais pour moi ce sont des lâches, des égoïstes qui placent leurs rêves au dessus de leurs responsabilités. Bref, des comportements immatures d’enfants trop gâtés. Comment le leur faire comprendre, comment aider et consoler les victimes de leur comportement égoïste? Pour moi il ne faut surtout pas en faire des héros car ils causent beaucoup de malheur dans leur entourage.
    Il est souvent beaucoup plus difficile d’assumer ses responsabilités que de courir derrière ses rêves …

  • Koz a écrit:

    Et que nous a-t-elle coûté, à cet égard ?

    Rien d’autre que le fait que des opinions publiques étrangères, qui ne s’embarrassent pas toujours de nuances, ne verront dans cette intervention française qu’une resucée de la politique de la canonnière, sans se préocupper de savoir qui a commencé. Le parallèle immédiatement opéré par Polydamas avec les barbaresques et l’Algérie incite par ailleurs sur ce point à la réflexion.

    Rien d’autre, vis-à-vis des gouvernements étrangers, des groupes terroristes et des pirates de tout poil que l’image d’une doctrine mi-chèvre mi-chou qui hésite entre le versement d’une rançon et, après intervention, peut apparaître presque la regretter.

    Il apparaissait à De Gaulle que la politique de la France ne devait pas se faire à la Bourse. En tant que Français lambda, je ne souhaite pas personnellement que la politique internationale de mon pays dépende d’accords confidentiels passés avec le Qatar, le Tchad, le Mexique ou des financiers libanais, ou au cas présent, influe en quoi que ce soit sur nos relations avec des autorités somaliennes à géométrie variable.

    Il y a donc plus clair que les règles actuellement appliquées en la matière et on risque fort de s’en apercevoir le jour où un groupe de pirates exigera, contre de nouveaux otages, la libération des 15 somaliens actuellement emprisonnés en France.

    La solution est simple: il suffit de ne jamais accepter de négocier. Solution radicale, certes, et évidemment insupportable pour les proches des otages, mais préférable à terme dans l’intérêt général.

    Je ne souscris donc pas, pour ma part, à la « doctrine Sarkozy » consistant, en bon pasteur paternaliste, à aller chercher, avec les dents ou en huilant des pattes, tout Français imprudemment mais volontairement sorti du territoire du troupeau. Je ne m’en sens pas moins Français, ou moins solidaire de ceux mes compatriotes ayant subi ici contre leur volonté des accidents de la vie.

    C’est au demeurant rendre droit et hommage aux thuriféraires de la liberté individuelle. Il ne peut y avoir pas de cohérence à s’en réclamer et à en refuser les éventuels dangers.

  • Question:

    Quel lien entre la prise d’otages par des pirates somaliens et la « prise d’otages » de dirigeants d’entreprises par des ouvriers ou employés ….? Faudrait-il aussi dans ce 2e cas comme l’écrit voituredupeuple (72) adopter une solution simple , ne jamais accepter de négocier . Et envoyer une commando pour libérer ….

    Aucun rapport écriront certains et pourtant tellement de parallèles : privation de libertés, désir d’obtenir par la violence des avantages pour soi , mise en danger de la santé si ce n’est de la vie d’autrui (un jour un dirigeant mourra d’une « belle » crise cardiaque) , etc….

    La négociation , si elle est sérieuse et perçue comme telle par toutes les parties , offre tellement d’avantages …(demandez
    à feu Lemaçon!)

    PS. Même s’il n’est pas un puissant négociateur , j’aime assez les films de J.P.Belmondo .

  • @BrunoK: la différence c’est que les ouvriers ne prennent pas en otage des gamins de 3 ans. Ils n’ont pas une mentalité de chacals. Les pirates somaliens s’attaquent sciemment aux proies les plus faibles, comme les racailles dans les trains. Les ouvriers eux, quoique répréhensibles soient leurs actes, ont au moins le sentiment de s’en prendre aux dominants et aux forts. Il se trouve qu’ils se trompent de cibles en séquestrant des cadre-dirigeants, mais leur intention est toute autre.

  • Voilà ce que l’on récolte lorsque l’on se comporte en hommes:
    http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2009/04/15/01011-20090415FILWWW00429-cargo-us-acte-de-represailles-pirates.php

    On fait tomber les masques des hyènes, on les attire dans la nasse gluante qu’elles ont tissée dans leur propre cerveau et on les y combat. Quand les pirares somaliens auront perdu non plus 3 amis, mais 300, et bien ils arrêteront d’attaquer les pavillons US et se concentreront sur les proies véritables, celles qui offrent du thé à des gens qui ont peur coutume de mettre des canons sur la tempe d’enfants de 3 ans.

  • Je goûte assez peu ce qui vire au délire unilatéral chez vous, aquinus, ni votre façon de vous exprimer. J’ai vu qu’à l’inverse, on appréciait beaucoup vos commentaires sur d’autres sites et je vous invite à vous y rendre. Ici, ils attendront désormais ma validation. Ou non.

    A quoi rime votre dernier commentaire ? Si Florent Lemaçon avait eu des couilles, il aurait tué les pirates ? Parce que aquinus, que tout le monde devine rompu à l’art de la guerre, il se serait pas laissé faire ? Que je sache, les pirates somaliens en question ont été tués par des soldats US, pas par le capitaine du navire. Exactement ce qui s’est passé sur le Tanit. Et globalement ce qui s’est passé pour le Ponant. J’ai pas vu que l’aventure du Ponant ait dissuadé les pirates de s’en prendre au pavillon français.

    Libre à vous de penser que mon plus grand souhait est d’offrir du thé aux racailles qui barbarisent la France.

  • Invitation bien reçue koz. Je tenais à écrire mon désaccord à peu près complet avec votre billet sur cette triste histoire: c’est fait, peut-être mal fait, mais vous m’avez laissé le faire et je vous en remercie. A bientôt peut-être.

  • voituredupeuple a écrit:

    une confusion ne peut s’opérer entre aventureux et aventuriers. Je vois pour ma part une énorme différence entre la démarche des Lemaçon et celle d’un Jean-Louis Etienne (ou d’un Alain Bombard). Leur seul point commun est celui du milieu naturel hostile.

    Un autre point commun, plus important, est que les deux aventures n’ont « pas de sens », d’un point de vue strictement rationnel: nul besoin de partir seul et à pied, pour qui souhaite étudier l’Arctique. Cela dit, votre rapprochement avec l’accident des scouts marins est valable aussi. Dans les deux cas, l’évaluation du risque était mauvaise; mais il est plus facile de dire ça après le drame, qu’avant. Quant aux sentiments des uns et des autres vis-à-vis de ces deux cas, rien ne vous permet de supposer grand-chose de pertinent.

    En ce qui concerne la question du coût diplomatique et d’image de marque, je rejoins Koz: l’opération n’a pas eu de coût pour la France de ce point de vue. Au contraire, elle a montré que ceux qui s’attaquent à des Français prennent le risque de se voir arrêter ou tuer par nos militaires.

    voituredupeuple a écrit:

    En tant que Français lambda, je ne souhaite pas personnellement que la politique internationale de mon pays dépende d’accords confidentiels passés avec le Qatar, le Tchad, le Mexique ou des financiers libanais, ou au cas présent, influe en quoi que ce soit sur nos relations avec des autorités somaliennes à géométrie variable.

    Les accords diplomatiques avec des gens plus ou moins recommandables, c’est le quotidien du ministère des affaires étrangères depuis qu’il existe. C’est, pour un pays comme le nôtre, ce qu’on appelle en anglais le cost of doing business. Si vous voulez l’éviter, il faut vous faire citoyen d’un pays peu peuplé, au poids économique négligeable, et à la position stratégique sans importance.

    @ aquinus:
    Voyez-vous, si vos voyages vous amènent un jour dans une situation fâcheuse (ce que je ne vous souhaite évidemment pas), eh bien, tout suppôt de Satan que vous êtes, je serai content que la France fasse de son mieux pour essayer de vous tirer de là, les armes ou les euros à la main, ou toute combinaison des deux qui se révélerait la plus efficace. Vous pouvez appeler cela la noblesse du bisounours, si vous voulez, et y mettre toute l’ironie dont vous êtes capable.

    Si un jour nous renoncions à cela, c’est alors que nous aurions, pour le coup, cessé d’être une nation.

  • à BrunoK: Malheureux! Ne laissez point sous-entendre, même par extrapolation, que je préconiserais de faire dézinguer des syndicalistes par des tireurs du GIGN ! J’ai pas envie de me faire virer du blog!

  • Aquinus, désolé de contribuer à l’acharnement contre vous, mais j’aurais quelques remarques (maladroites) à faire.

    Le rêve des Bisounours, c’est le Paradis (tous frères, plus de méchants, du thé pour tous, une grande fête éternelle, etc). C’est un rêve sain(t), non ? Le rêve de tout homme, a fortiori de tout chrétien. Mais leur erreur est terrible : le paradis n’est pas pour aujourd’hui et ici-bas, et surtout inatteignable par des moyens humains et uniquement humains. Surtout quand on se gargarise d’avoir tué le seul moyen d’y arriver, Dieu…

    Vous, c’est l’opposé : vous avez Dieu avec vous, le Paradis n’est pas pour maintenant, l’homme -qui ne connaît plus Dieu- est sale bête et méchant (surtout ceux qui ont des Kalash ?! Je n’apprécie guère le M-16, quant à moi), donc allons-y, battons-nous avec les chacals, soyons des chacals parmi les chacals, et Dieu reconnaitra les siens.

    Je le dis tout de go : aucune de ces attitudes n’est chrétienne… Lisez BXVI (tout récemment : les armes du chrétiens sont justice et vérité, miséricorde, pardon et amour.)

    Je n’aime pas les « Bisounours ». Je n’aime pas les « Facho » non plus. Comme je n’aime pas la droite, ni la gauche. Désolé pour ces étiquettes débiles. Je n’aime pas ces catégories.
    J’aime à passer pour un « Bisounours » auprès des « Facho », et vice-versa.
    Et oui, tout est affaire de nuance, de tempérance. L’image que vous donnez de vous sur cet article est tellement caricaturale…

  • A voituredupeuple(80),

    est-ce seulement la crainte de vous voir virer du blog qui vous empêche de préconiser  » de faire dézinguer des syndicalistes par des tireurs du GIGN »……?

  • BrunoK a écrit:

    est-ce seulement la crainte de vous voir virer du blog qui vous empêche de préconiser ” de faire dézinguer des syndicalistes par des tireurs du GIGN”……?

    D’après vous?
    Si la réponse ne s’impose pas, c’est peut-être que l’expression de ma pensée n’est pas assez claire ou que j’abuse du deuxième degré. Auquel cas, je vous précise: c’est non. Je ne pense aucunement qu’il faille faire « dézinguer des syndicalistes par des tireurs du GIGN ». Même si je déplore qu’une forme de contestation s’exprimant en opposition avec des dispositions du Code Pénal ne soit pas en accord avec un état de droit républicain.

    Gwynfrid a écrit:

    Les accords diplomatiques avec des gens plus ou moins recommandables, c’est le quotidien du ministère des affaires étrangères depuis qu’il existe. C’est, pour un pays comme le nôtre, ce qu’on appelle en anglais le cost of doing business. Si vous voulez l’éviter, il faut vous faire citoyen d’un pays peu peuplé, au poids économique négligeable, et à la position stratégique sans importance.

    Sans aucune ironie, Gwyndrid, j’aimerais avoir votre Foi en la vertu et la technicité du « cost of doing business » de notre vénérable Ministère des Affaires Etrangères, qui pour moi, comme tous ses homologues étrangers depuis la nuit des temps, ne hait rien tant que l’imprévu.

    Pour le peu que je puisse prétendre pour ma part en connaître après quelques années d’études sur le sujet, les relations internationales entre pays étrangers reposent souvent sur d’éphémères équilibres qui peuvent se trouver complètement déstabilisés par l’impromptu accident de voiture du cousin au 3ème degré du beau-frère d’un Sous-Secrétaire d’Etat à la Défense ou au Pétrole… Alors en cas de prise d’otages…

  • Ooups…Le 16 avril je fête d’évidence avec excès la Sainte Redondance (morte dévorée par des lions sur un blog)…Merci de supprimer dans le dernier paragraphe de mon dernier commentaire soit « internationales », soit « entre pays étrangers ».

  • @ voituredupeuple:

    Je n’ai pas l’impression d’avoir fait preuve d’une foi majuscule en la technicité ni même en l’efficacité de notre administration des affaires étrangères. J’ai juste répondu, par un argument de bête nécessité, à votre apparent dégoût de toute négociation avec des pays ou organismes peu ragoûtants à vos yeux.

    Notons tout de même que notre ministère se débrouille un peu mieux que la moyenne de ses collègues en cas de crise. Par exemple, les Canadiens étaient passablement envieux, lors de la dernière crise au Liban, en voyant la rapidité avec laquelle les ressortissants français étaient évacués.

  • Etant donné le taux d’alcoolémie dans l’armée française, on est même surpris que cette intervention ait fait si peu de victimes.
    je n’ai jamais vu une telle concentration d’alcooliques de ma vie lors de mon service militaire.

  • I believe in miracle a écrit:

    je n’ai jamais vu une telle concentration d’alcooliques de ma vie lors de mon service militaire.

    Cela n’a pas été du tout mon expérience lorsque j’ai accompli le mien.

    Je respecte beaucoup cette institution et les hommes qui y servent, en général, avec une technicité que beaucoup de pays nous envient.

    Ce n’est pas pour autant que je me passe « La légion saute sur Kolwezi » en boucle en vidéo.

  • C’est soit I believe in miracles soit I believe in a miracle 😉

    Je ne crois pas un instant que les membres des commandos et autres tireurs d’élite soient bourrés pendant leurs interventions. Par contre, c’est peut-être un miracle qu’il n’y ait plus de monde tué dans ce genre d’opération. Si j’ai bien compté, 10 personnes à bord sur un voilier pas trop grand.

    D’après mes connaissances, basées sur les films de James Bond, il doit être très difficile, même étant parfaitement sobre, de tirer depuis un zodiac qui file sur la mer à pleine vitesse.

  • Pepito a écrit:

    D’après mes connaissances, basées sur les films de James Bond,

    Sur les mêmes bases scientifiques (pas uniquement James Bond, un peu de Die Hard, Arme Fatale et autres documentaires serieux sur ce type de situation), il me semble que
    Pour les méchants, c’est tres difficile de viser juste dans un objet en mouvement, quel que soit l’arme utilisée (bazooka, mitraillette, mitrailleuse, lance roquette, ..) Les projectiles vont toujours se loger juste derrière ou juste devant le héros.
    Pour le héros, une balle suffit, même de petit calibre, toujours tirée à bon escient, pour faire exploser un hélicoptère, un camion rempli d’essence, un 4×4 remplis de méchants jusqu’aux dents.

    A mon avis, il doit y avoir un axiome « tout méchant mis en mouvement rate le héros, alors que le héros peut faire mouche dans les mêmes conditions ».

    Il suffit juste de savoir de quel côté on se trouve.

  • « Si vous avez un problème, si vous êtes seul, si personne ne peut vous aider, si vous êtes acculé, si la justice ne peut plus rien pour vous, il vous reste un recours, un seul: l’Agence tous risques. »

    L’agence tous risques, c’est 150 épisodes, 1 milliards de balles tirées et zero mort. Bref, contre les pirates, alors que toutes les solutions ont échoué, il ne reste plus qu’une solution à sarkozy, faire appel à Barracuda. En prime, il aime bien les stars qui font bling bling.

  • @ aquinus et @ voituredupeuple:

    À propos de la soi-disant mollesse française et des dangers qu’elle ferait courir à nos compatriotes, voici une vision américaine de la question.

    Je résume l’article pour les non-anglophones: l’approche française des prises d’otages le long de la côte somalienne consiste à négocier, à empêcher à tout prix les pirates de rejoindre la terre, puis à donner l’assaut. Les commandos français sont redoutés, et les pirates ont désormais compris que les bateaux à pavillon français sont des objectifs très risqués. L’auteur va jusqu’à recommander aux autorités américaines de suivre l’exemple français !

  • Je voudrais faire une remarque de marin:

    Il y a deux routes possibles pour aller en Asie depuis l’Europe en bateau par l’est:
    Le canal de Suez, qui aboutit dans le Golfe d’Aden
    Le cap de Bonne Espérance, autrefois baptisé « Cap des Tempêtes »

    J’aimerais que les commentateurs qui déplorent le départ de ce bateau vers l’Asie m’expliquent comment ils s’y prendraient pour éviter à la fois une zone particulièrement dangereuse du point de vue maritime (le cap de Bonne Espérance, 1 200 naufrages entre 1946 et 1984) et une zone particulièrement dangereuse du point de vue humain (le Canal de Suez). Ce que la tragédie du Tanit nous rappelle, c’est qu’il n’est plus possible aujourd’hui de franchir le canal de Suez pour aller en Asie!

    Partant du principe que le droit d’aller en Asie existait encore, le Tanit a pris la décision de franchir Suez. A partir de cet instant, il était obligatoirement contraint à traverser une zone de piraterie importante.

    Question subsidiaire: les règles maritimes existantes prônent la liberté des mers, et en particulier la liberté du franchissement des détroits (Golfe d’Aden). La France, deuxième budget de la défense en Europe, doit-elle accepter qu’on lui interdise le passage dans un détroit stratégique, quelque soit le type de navire concerné?

    C’est le rôle de la marine nationale de garantir cette position politique, qui à mon sens est une position stratégique: tout recul entrainera de facto un recul plus important ultérieur.
    Il faut comprendre que certains pays riverains de l’Océan indien ont parfaitement la capacité de se lancer dans l’interdiction violente du passage de navires occidentaux. Il suffit pour cela de posséder un sous-marin, de poser des mines ou, comme on le voit aujourd’hui, de se lancer dans la piraterie.
    L’Iran possède des sous-marins, ainsi que le Pakistan, l’Inde et d’autres pays.
    L’Iran a déposé en masse des mines sous-marines dans le détroit d’Ormuz lors de la guerre Iran-Irak de 88, dans le but d’obliger les occidentaux à montrer patte blanche. Il y a eu des morts.
    Le Pakistan a coulé une frégate de la marine indienne lors de la guerre entre ces deux pays en 1971 grâce à un sous-marin (le Hangor).

    La France, avec ses navires de guerre de conception ancienne (sous-marins d’attaque conçus dans les années 80, frégates d’il y a trente ans, avisos en bout de course) n’est absolument pas certaine d’avoir gain de cause face à une sous-marinade relativement récente telle celle du Pakistan ou bientôt indienne (avec des navires conçus en France!).

    La dépense d’argent pour surveiller les détroits par la Marine pour le compte de la France est donc tout, sauf inutile, à moins de renoncer pour longtemps à exercer notre liberté de navigation partout autour du globe. Comme tous les actes de souveraineté, il est nécessaire que cette protection s’étende à tous, quelque soient les navires concernés ou le but de la navigation: on protège des thôniers français qui vont pécher « au large » de la Somalie, on doit protéger des plaisanciers qui vont en Asie ou dans l’Océan Indien.

    Comme le père du skipper, je salue ici l’action de la marine, et j’exprime en même temps ma tristesse pour la fin de la prise d’otages. S’il est besoin d’aider matériellement le reste de l’équipage, je le ferais volontiers, comme je trouve naturel de soutenir la SNSM en France (le sauvetage en mer fonctionne sur fonds privés, et ne couvre QUE le sauvetage des personnes. L’aide à un navire est facturée à l’armateur, y compris quand ce sont des moyens de la marine qui sont engagés).

  • Merci pour votre contribution, que je partage notamment sur la question des routes possibles (pour le reste, je n’irai pas dire que je « partage » votre avis, puisqu’il est plus avisé que le mien).

  • Les questions posées par cet accident ne sont peut etre pas les bonnes. Au lieu de jaser sur les capacités navales de tel ou tel pays dans le golfe d’Aden, on ferait mieux de se demander qui sont vraiment ces pirates…

    La grande majorité des pirates sont de pauvres pêcheurs Somaliens forcés à une reconversion pathétique et desespérée. La Somalie est un pays ravagé par les guerres civiles (tribales, religieuses, etc), au pouvoir central quasi inexistant depuis les années 80, incapable donc d’exercer une quelconque autorité sur ses 3000 km de côtes. Depuis donc plus de 20 ans, qui a profité de cet état de fait au large de la corne de l’Afrique ? les compagnies de pêche occidentales et asiatiques ! Celles-ci ont conscieusement et impunément vidé les eaux somaliennes de leur ressource halieutique avec leurs bâteux usines ; laissant aux petits pêcheurs les miettes. N’ayant rien pour survivre que reste-il ? Le vol, la rapine. C’est ce que font les pirates Somaliens. La piraterie est une façon de récupérer leur dû, et de façon violent, au nez et à la barbe des marines occidentales ultrasophistiquées, au risque de s’en prendre à des innocents.

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