Caritas in Veritate

caritasinveritate« L’amour dans la vérité (Caritas in veritate), dont Jésus s’est fait le témoin dans sa vie terrestre et surtout par sa mort et sa résurrection, est la force dynamique essentielle du vrai développement de chaque personne et de l’humanité tout entière »

Figurez-vous que je reste persuadé que cette phrase ne figure pas par hasard précisément au début de la nouvelle encyclique de Benoît XVI. Et il faut admirer l’artiste car, toutes choses égales par ailleurs s’agissant d’une encyclique, voilà un sacré pitch (ou un pitch sacré, allez savoir) pour un document riche et dense. Amour, vérité, Jésus1, développement, personne et humanité : les amateurs de nuages de mots pouvaient même se dispenser de ce maigre investissement car tout est là.

On va tout de même jeter un œil à la suite, mais abandonnez ici vos flatteuses illusions : ce billet ne sera pas une analyse exhaustive de L’Amour dans la Vérité. Je serai donc, malgré les apparences, sélectif. Il serait de toutes façons présomptueux et vain de vouloir être exhaustif si tôt et dans un simple billet de blog: tout comme on cite encore aujourd’hui Rerum Novarum, cette encyclique sera relue et méditée à loisir dans les années qui suivent. Voyez : j’implore votre indulgence…

C’est en tout état de cause un document ancré dans son temps, appelé à répondre tant au phénomène majeur  de globalisation que nous rencontrons qu’à la crise financière que nous subissons.

Comme toute encyclique, celle-ci est adressée au clergé, aux fidèles ainsi qu' »à tous les hommes de bonne volonté« , c’est-à-dire à tous ceux qui sans en partager la dimension de foi acceptent d’y voir une contribution utile. Les hommes de mauvaise volonté, eux, peuvent s’abstenir. J’aime pas ça, moi, la mauvaise volonté.

*

L’amour dans la vérité

L’amour dans la vérité, ou « l’amour riche de vérité »… Il ne serait probablement pas malvenu d’y voir une forme aboutie d’équilibre et de cohérence, devant guider l’action et l’analyse sociales des chrétiens. Si l’amour est premier, l’exigence est également amour: « défendre la vérité, la proposer avec humilité et conviction et en témoigner dans la vie sont des formes exigeantes et irremplaçables de la charité« . C’est vrai de l’amour en général, ça l’est du christianisme.

« Un Christianisme de charité sans vérité peut facilement être confondu avec un réservoir de bons sentiments, utiles pour la coexistence sociale, mais n’ayant qu’une incidence marginale. »

Le christianisme ne se résume donc pas à une vague incitation molle du genou à s’aimer, car l’amour véritable est ordonné à la vérité, il ne saurait virer à une complaisance démago, if U see what I mean.

C’est donc dans un tel esprit que Benoît XVI aborde le développement de la personne, et c’est cet amour riche de vérité qui donne à cette vision une cohérence générale, y compris entre des aspects de la vie sociale que l’on peut s’étonner de voir traités dans un seule t même document. Caritas in Veritate aborde ainsi à la fois les marchés financiers, les migrations, les richesses culturelles, la nécessaire ouverture à la vie, le respect de l’environnement ou encore l’absolutisation de la technique. Voyez : nous avons de quoi y revenir.

Mgr Defois évoque, en Caritas in Veritate, un « appel urgent à la responsabilité ». Je souscris. Un des fils directeurs, guère surprenant il est vrai, est bien la nécessité d’ordonner toutes nos actions à la vérité. Chaque action a un sens, une portée, une valeur. Il ne saurait être question de considérer que la technique, l’outil est neutre.

Du marché, du profit, du don

Benoît XVI, et l’Eglise avec lui, réfutent l’idée que l’on puisse « séparer l’agir économique, à qui il reviendrait seulement de produire de la richesse, de l’agir politique, à qui il reviendrait de rechercher la justice au moyen de la redistribution ». Plus loin, il souligne que « les règles de la justice doivent être respectées dès la mise en route du processus économique, et non avant, après ou parallèlement ».

Ainsi le marché est-il un utile outil, mais n’est-il qu’un outil. Il ne saurait se suffire à lui-même ni constituer un critère : l’économie n’est pas autonome mais doit, elle aussi, être ordonnée à une autre exigence.

Benoît XVI bâche-t-il le marché ?

Point. S’il cite la lettre de Paul VI, Octogesima Adveniens, qui n’y allait pas avec le dos de la crosse papale en rappelant que le chrétien ne peut adhérer à l’idéologie socialiste ni à l’idéologie libérale2, ce serait se laisser prendre à ce qu’il dénonce lui-même que de condamner l’outil :

« Il ne faut pas oublier que le marché n’existe pas à l’état pur. Il tire sa forme des configurations culturelles qui le caractérisent et l’orientent. En effet, l’économie et la finance, en tant qu’instruments, peuvent être mal utilisées quand celui qui les gère n’a comme point de référence que des intérêts égoïstes. Ainsi peut-on arriver à transformer des instruments bons en eux-mêmes en instruments nuisibles. Mais c’est la raison obscurcie de l’homme qui produit ces conséquences, non l’instrument lui-même. C’est pourquoi ce n’est pas l’instrument qui doit être mis en cause mais l’homme, sa conscience morale et sa responsabilité personne et sociale« 

Pour autant, Denis Clerc n’a pas tort de souligner qu’il y a une différence de perspective évidente entre le libéralisme d’un Adam Smith et la vision développée par l’Eglise : si le premier soutient que la prospérité privée viendra des accordailles des intérêts privés, la seconde souligne que c’est du souci du bien commun, et de sa recherche, que découlera la prospérité privée.

Ce qui est condamnable, c’est l’absolutisation de l’outil, que certains confondent avec la fin. L’outil est neutre, voire bon, mais il n’est pas la fin. Pour revenir à l’actualité, ce qui a planté, les amis, dans cette crise financière, ce n’est pas le marché en lui-même – ce qui exigerait que nous en revenions au Plan – mais c’est bien l’homme, ce qui impose une action plus audacieuse, dans la mesure où la réponse doit être apportée dans le respect de la liberté de l’homme.

De même, on ne peut pas dire comme on l’entend trop souvent que la vocation d’une entreprise, c’est de faire du profit, perspective insuffisante, désespérante et guère mobilisante. Comme le soulignait l’éditorialiste du Temps, « l’idéologie du profit déshumanise l’homme en promouvant l’efficacité et l’utilité comme seuls critères de vérité ». Non : l’entreprise a une responsabilité sociale (§40 s.).

« La gestion de l’entreprise ne peut pas tenir compte des intérêts de ses seuls propriétaires, mais aussi de ceux de toutes les autres catégories de sujets qui contribuent à la vie de l’entreprise : les travailleurs, les clients, les fournisseurs des divers éléments de la production, les communautés humaines qui en dépendent. »

De même, « investir, outre sa signification économique, revêt toujours une signification morale ».

Benoît XVI appelle aussi au développement d' »organisations productrices » qui ne soient pas orientées vers le profit, animées par l’esprit du don, et qui puissent agir sur le marché, car « c’est de leur confrontation réciproque sur le marché que l’on peut espérer une sorte d’hybridation des comportements d’entreprise et donc une attention vigilante à la civilisation de l’économie » (§ 38).

De la responsabilité personnelle, de la subsidiarité et de l’aide internationale au développement

Avec ce certain sens de l’équilibre, Benoît XVI décline également cette exigence d’amour, oui, dans la vérité dans l’action sociale, en identifiant un principe permettant la rencontre entre croyants et non-croyants : le principe de subsidiarité, fondement essentiel de l’action sociale catholique. La subsidiarité est à la fois un principe de solidarité et de responsabilité. Il doit guider l’action nationale ainsi que « la gouvernance de la mondialisation » qui, « pour ne pas engendrer un dangereux pouvoir universel de type monocratique » « doit être de nature subsidiaire ».

C’est ainsi que la subsidiarité est une solidarité, une aide globale à la personne « qui implique toujours que l’on ait une visée émancipatrice qui favorise la liberté et la participation en tant que responsabilisation ». Pour ne pas paraphraser inutilement l’encyclique, laissez-moi simplement la citer :

« La subsidiarité respecte la dignité de la personne en qui elle voit un sujet toujours capable de donner quelque chose aux autres. En reconnaissant que la réciprocité fonde la constitution intime de l’être humain, la subsidiairité est l’natidote le  plus efficace contre toute forme d’assistance paternaliste. » « Le principe de subsidiarité doit être étroitement relié au principe de solidarité et vice-versa, car si la subsidiarité sans la solidarité tombe dans le particularisme, il est également vrai que la solidarité sans la subsidiarité tombe dans l’assistanat qui humilie celui qui est dans le besoin »

On voit bien là les implications en matière de solidarité nationale : toute aide doit impliquer, autant que faire se peut, la participation de la personne aidée. De même, vis-à-vis des pays plus pauvres, les aides internationales au développement doivent « être accordées en collaboration non seulement avec les gouvernements intéressés, mais aussi avec les acteurs de la société civile qui sont porteurs de culture, y compris les Eglises locales » et prendre en compte « les programmes soutenus par la base ».

Du technicisme

On peut croire l’Eglise opposée à la « technique », considérée en tant que science. Au contraire, Benoît XVI montre une fois encore qu’il ne peut pas s’agir de considérer uniquement l’outil.

La technique, en elle-même, est bienvenue. Elle est « une réalité profondément humaine, liée à l’autonomie et à la liberté de l’homme ».  Elle n’est « jamais purement technique. Elle manifeste l’homme et ses aspirations au développement, elle exprime la tendance de l’esprit humain qui dépassement progressif de certains matériels ». Mais l’homme se fourvoie lorsque, « s’interrogeant uniquement sur le comment, [il] omet de considérer tous les pourquoi qui le poussent à agir ». L’absolutisation de la technique entraîne une « confusion entre les fins et les moyens » et l’homme finit par faire faussement « coïncider le vrai avec le faisable »

« La liberté humaine n’est vraiment elle-même que lorsqu’elle répond à la fascination de la technique par des décisions qui sont le fruit de la responsabilité morale »

Vous aurez noté, j’en suis certain, qu’une fois encore, il s’agit de noter que la liberté n’est réelle, véritable, que lorsqu’elle est dûment orientée par notre responsabilité, vers la vérité.

Du livre unique de la nature

Souvenez-vous : en introduction, nous avons évoqué cet amour qui ne peut être vrai que s’il est conduit dans le souci de la vérité. Il ne saurait être question pour l’Eglise, au sujet de l’environnement, de se laisser aller à appeler à un sentiment écologique quelconque. La nature doit être préservée car « elle nous parle du Créateur (cf. Rm 1, 20) et de son amour pour l’humanité ». Elle n’est pas intouchable, mais « nous devons (…) avoir conscience du grave devoir que nous avons de laisser la terre aux nouvelles générations dans un état telles qu’elles puissent elles aussi l’habiter décemment et continuer à la cultiver ».

Qu’a donc l’Eglise à dire de plus ? Elle doit notamment dire que « la façon dont l’homme traite l’environnement influence les modalités avec lesquelles sil se traite lui-même et réciproquement ». Surtout, on ne peut exiger le respect de devoirs vis-à-vis de l’environnement et « piétiner » les devoirs que nous avons envers la personne :

« Exiger des nouvelles générations le respect du milieu naturel devient une contradiction, quand l’éducation et les lois ne les aident pas à se respecter elles-mêmes. Le livre de la nature est unique et indivisible, qu’il s’agisse de l’environnement comme de la vie, de la sexualité, du mariage, de la famille, des relations sociales, en un mot du développement humain intégral »

C’est notamment à cet égard que l’on retrouve, dans Caritas in Veritate, la marque d’une véritable cohérence. Le christianisme appelle une vision globale de l’Homme, du développement. Il ne peut se satisfaire d’une vision parcellaire. Plus loin, Benoît XVI évoque « la plaie tragique et profonde de l’avortement » ainsi qu’une « mens eutanasica (mentalité favorable à l’euthanasie) (…) manifestation abusive d’une volonté de domination sur la vie, qui, dans certaines conditions, n’est plus considérée comme digne d’être vécue ». Je conçois que l’on puisse considérer avec quelque scepticisme le lien qui est ainsi fait entre l’avortement, l’euthanasie, la nature, et le développement. Il importe toutefois d’entendre ce qui suit :

« Comment pourra-t-on s’étonner de l’indifférence devant des situations humaines de dégradation, si l’indifférence caractérise même notre attitude à l’égard de la frontière entre ce qui est humain et ce qui ne l’est pas ? Ce qui est stupéfiant, c’est la capacité de sélectionner arbitrairement ce qui, aujourd’hui, est digne de respect. Prompts à se scandaliser pour des questions marginales, beaucoup semblent tolérer des injustices inouïes. Tandis que les pauvres du monde frappent aux portes de l’opulence, le monde riche de ne plus entendre les coups frappés à sa porte, sa conscience étant désormais incapable de reconnaître l’humain »

Ma « conclusion »

Je refuse d’avoir la prétention de conclure une réflexion sur Caritas in Veritate. Ce qui précède n’est qu’une première approche subjective. Il me faudra revenir sur ce texte, qui ne se laisse pas découvrir en une unique lecture3.

Il m’aurait aussi fallu aborder d’autres thématiques de cette encyclique, qui aborde aussi longuement et de façon intéressante4 des thèmes aussi variés que : l’intervention de l’Eglise dans la Cité, le rôle des syndicats, les migrations ou encore notre rapport à la mondialisation. A cet égard, tout de même : Benoît XVI rappelle que la mondialisation a contribué à apporter à sortir de nombreux pays d’une certaine pauvreté. Il souligne aussi que le rapport des pays riches aux pays pauvres ne doit pas être guidé par une survalorisation de leur plus grande technicité, qui n’est pas une supériorité. A cet égard, laissez-moi citer encore, pour son grand équilibre5, Caritas in Veritate, à méditer :

« Les sociétés technologiquement avancées ne doivent pas confondre leur propre développement technologique avec une soi-disant supériorité culturelle, mais elles doivent redécouvrir en elles-mêmes les vertus, parfois oubliées, qui les ont fait progesser tout au long de leur histoire. Les sociétés en voie de développement doivent rester fidèles à tout ce qui est authentiquement humain dans leurs traditions, en évitant d’y superposer automatiquement les mécanismes de la civilisation technologique mondiale« 

On reproche, semble-t-il, à Benoît XVI, d’être resté trop général. Il est vrai qu’il l’est. Il est vrai aussi qu’une encyclique, même sociale, n’est pas un programme présidentiel. On notera d’ailleurs que les encycliques survivent longtemps aux programmes présidentiels. Le reproche me semble aussi peu fondé dans la mesure où l’on ne veut pas que l’Eglise intervienne directement dans le débat politique. Notons au passage que l’Eglise se refuse à le faire.

Mais au lieu de cela, ce qui m’intéresse et m’interpelle dans une telle encyclique comme, de façon générale, dans la doctrine sociale de l’Eglise, c’est sa cohérence d’ensemble, une cohérence que les politiques sont de plus en plus incapables de nous offrir. On ne fait pas son marché dans la doctrine sociale : on ne prend pas l’écologie pour rejeter le respect de la vie, on ne prend pas le refus de l’avortement pour rejeter l’enseignement sur les migrations. C’est l’amour, dans la vérité : l’enseignement est exigeant et ne brosse pas dans le sens du poil pour être mieux accueilli. C’est parfois dérangeant, mais la vérité n’est pas conçue pour être arrangeante.

Ceci étant posé, bien-aimés lecteurs, je m’en vais quitter Le Débarcadère de Saint-Vaast La Hougue, et poursuivre mes vacances en relisant Caritas in Veritate. Et, je vous laisse en compagnie de l’encyclique, sur laquelle je ne saurais trop vous engager à jeter un autre œil que le mien.

Caritas in Veritate


  1. ou Dieu : c’est pas tout à fait pareil et en même temps si, si vous voyez ce que je veux dire []
  2. « qui croit exalter la liberté individuelle en la soustrayant à toute limitation, en la stimulant par la recherche exclusive de l’intérêt et de la puissance, et en considérant les solidarités sociales comme des conséquences plus ou moins automatiques des initiatives individuelles et non pas comme un but et un critère majeur de la valeur de l’organisation sociale » []
  3. et non : pas seulement parce que certaines phrases pourraient gagner en limpidité, du fait peut-être d’une succession de traductions []
  4. au point qu’on se demande vraiment pourquoi je ne l’évoque pas, n’est-ce pas ? []
  5. je cite beaucoup : c’est que je peux imaginer que l’encyclique soit plus importante que ma petite prose []

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65 comments

  • Je fais un peu de pub pour Polydamas : http://abimopectore.over-blog.com/article-33545121.html et http://abimopectore.over-blog.com/article-33674859.html

    Notamment je crois que tu te méprends sur les libéraux, dans l’interprétation de Paul VI en note de bas de page 2. En citant le billet de Poly :

    D’autres renchérissent en citant Paul VI : Aussi le chrétien qui veut vivre sa foi dans une action politique conçue comme un service, ne peut-il, sans se contre-dire, adhérer à des systèmes idéologiques qui s’opposent radicalement, ou sur des points substantiels, à sa foi et à sa conception de l’homme :(…)ni à l’idéologie libérale, qui croit exalter la liberté individuelle en la soustrayant à toute limitation, en la stimulant par la recherche exclusive de l’intérêt et de la puissance, et en considérant les solidarités sociales comme des conséquences plus ou moins automatiques des initiatives individuelles et non pas comme un but et un critère majeur de la valeur de l’organisation sociale. » Mais le libéralisme, c’est justement l’idéologie qui laisse la possibilité et la liberté à chacun de mettre les solidarités sociales, ou plutôt ses solidarités au centre de sa vie. Pour être plus concret, soit on voit l’entreprise comme un centre de profits, nourris par les clients, vision matérialiste et pauvre des choses, soit on la voit comme une partie prenante entre des clients, des salariés, des actionnaires, dont l’indicateur de bonne santé est le profit. Dans les deux cas, la logique, les décisions, les enjeux économiques, et les problématiques (On licencie très rarement pour le plaisir d’augmenter les bénéfices, on le fait généralement sous la contrainte) sont les mêmes. Seul le postulat de base est différent. D’autant que la liberté de pouvoir choisir sa propre vision de l’économie est elle-même permise par le libéralisme. C’est là sa force.

    L’idéologie libérale contrairement à ce que dit Paul VI n’exalte pas la liberté individuelle sans la limiter, au contraire elle appelle à la responsabilisation de l’individu, en insistant sur l’éthique de ses actions, en relation avec les autre individus.

  • Merci Koz d’avoir publié ce billet avant de partir en vacances.Il donne envie de lire cette encyclique qui sera sûrement encore citée bien des fois dans les années à venir.Les encycliques sociales sont toujours de grands moments de l’histoire de l’Eglise. Celle-ci embrasse tant de sujets qu’il faudra en effet beaucoup la méditer.J’aime bien l’appel au respect de la nature pour préserver l’environnement des générations futures. L’homme n’est qu’un usufruitier de cette nature, c’est tellement évident. Dommage que les américains ne s’en soient pas rendu compte plus tôt. Espérons que ces passages leur donneront matière à réflexion.

  • Il faut bien reconnaître que Caritas in Veritate ne se lit pas exactement comme le premier article de journal venu, et en tout cas pas en une seule fois (je suis loin d’avoir terminé, pour ma part). Ce n’est pas que le langage soit obscur ou ampoulé, ni la réflexion exagérément sophistiquée. C’est plutôt que nous sommes plus habitués au traitement d’un problème précis, avec une présentation simplifiée des faits et (avec de la chance) une conclusion qui propose une solution. Benoît XVI nous donne, plutôt, un cadre de réflexion et de très grandes lignes directrices, sans hésiter à embrasser l’ensemble des problèmes sociaux, économiques et moraux auxquels l’humanité est confrontée. On est très loin du traitement politico-médiatique usuel.

    Ceci, à mon avis, explique pour partie le faible écho médiatique immédiat: le journaliste moyen, contraint par le temps et l’espace disponible, ne sait pas trop quoi faire de ce texte long à digérer, difficilement résumable et dépourvu de phrases courtes et percutantes qu’on pourrait extraire pour en faire un titre. En disant cela, je ne critique pas la presse: ce n’est pas comme si j’étais capable de faire mieux… Ce qui m’amène aux compliments que mérite ce billet: il essaie, avec humilité, de faciliter l’accès au monument, tout en évitant le piège classique du décryptage orienté par des préférences politiques ou des marottes personnelles. Merci.

  • Merci à mes deux valeureux lecteurs-commentateurs.

    @Dang : en effet, cet appel à la responsabilité face à la nature est utile à lire, notamment parce qu’il est adressé de façon très large, y compris à ceux des catholiques qui n’accordent pas au respect de l’environnement l’attention nécessaire.

    @Gwynfrid : c’est certain, l’encyclique demande que l’on se pose un minimum, ce qui n’est pas nécessairement compatible avec le rythne journalistique. A côté de ça, un Barack Obama prononce des discours que la Maison Blanche tronçonne d’avance en twits et autres sms. Un entre-deux pourrait peut-être être envisagé. Mais cela n’explique pas totalement le silence médiatique : (i) les medias ont eu l’encyclique em avance, (ii) ils ont généralement un service religion et (iii) le service d’information du Vatican (VIS) a fourni un résumé.

    Sinon, merci pr ton observation sur le fait de ne pas sacrifier à sa marotte. Je m’y suis efforcé, sans être sûr d’y être parvenu, mais j’ai remarqué aussi une tendance de certains à retirer de l’encyclique ce qui peut servir à leur propre petite cause (ce qui JM Guénois a appelé « tirer l’encyclique à soi »).

    Sinon, NB : je rappelle qu’au-dessus d’un certain nb de commentaires, mon BBerry n’affiche plus la page. Je peux lire les coms, modérer, mais ps participer. Que nul ne se froisse si, d’ici une vingtaine de coms, je ne réagis plus.

  • La lecture en est bien difficile car elle est parsemée, de manière assez irrégulière d’ailleurs, de références à Dieu et à la doctrine. Ce qui soulève la question : les principes mentionnés sont-ils valides, et le monde peut-il être sauvé du tout économique, sans la foi chrétienne ? Si oui, une version accessible aux non-chrétiens ne devrait-elle pas être rédigée ? Si non, la religion chrétienne n’ayant pas le monopole des croyances, le monde est-il de toutes façons perdu ?

  • 1000 mercis Koz pour ce billet qui n’était pas facile à rédiger. Et merci bien sûr à Benoît XVI 🙂

    Il y a là 3 idées fortes qui me plaisent beaucoup.

    La vérité. Je trouve incroyablement vivifiant cet appel à s’inscrire dans la recherche de la vérité. Enfin quelqu’un qui rompt avec ce relativisme mou qui considère que toutes les vérités se valent. Non, la grandeur de l’être humain, c’est sa capacité à améliorer sa compréhension de la réalité. Il y a une vérité. Elle est riche, complexe, protéiforme. Mais tout ne se vaut pas, des choses sont vraies et d’autres sont fausses.

    Il est important de souligner la relation entre catholicisme et vérité pour éviter les malentendus. BXVI ne dit pas que la vérité c’est le catholicisme. Il dit que les catholiques doivent soumettre leurs actions à la recherche de la vérité. La vérité n’appartient pas aux cathos, ce sont eux qui doivent lui appartenir. Ne confondons pas une position très humble avec de l’arrogance.

    Le profit. J’apprécie beaucoup la référence aux stakeholders (employés, clients, fournisseurs…) car elle est pour moi fondamentale. Le profit est légitime dès lors qu’il apparaît après que l’ensemble des stakeholders a été servi de façon satisfaisante. Dans un marché efficace, il est impossible de dégager un profit sans avoir servi préalablement les clients, les fournisseurs et les employés. C’est ainsi qu’il faut comprendre la phrase d’Adam Smith. Pour que le boucher puisse satisfaire sont intérêt personnel, il faut que celui de ses partenaires le soit.

    La grande erreur (ou le grand mensonge, on retrouve la référence à la vérité) des ultra-libéraux (bien mal nommés) c’est d’ignorer ou de feindre d’ignorer que les marchés ne sont pas toujours efficaces. Il y a des cas bien identifiés où le marché est inefficace : concurrence insuffisante, assymétries d’information, externalités. Dans ces cas, le profit ne signifie pas forcément création de valeur, et sa poursuite cesse d’être un objectif légitime.

    La subsidiarité. Cela résonne avec le sentiment diffus que j’avais que notre société a remplacé l’humain par le social. Ne plus rien attendre de quelqu’un, c’est nier son humanité, et c’est extrêmement destructeur. On retrouve là un peu la théorie du don partagé de Mauss. la réciprocité fonde la constitution intime de l’être humain. Oui, 100 fois oui. Cette vérité-là doit être à la base de nos réflexions et de nos actions en matière d’aide sociale ou d’aide au développement. Faute de l’avoir compris, on a construit un système social et un système d’aide au développement aliénants.

    Merci encore pour ce billet, Koz. Bonnes vacances.

  • je trouve intéressant que benoît XVI fonde sa doctrine sur une vérité qui met en évidence les incohérences de nos systèmes de valeurs populaires. Par populaire, j’entends, cette vision normative de ce qu’il est bon ou non de faire et de penser. Mais aussi cette dichotomie de la pensée politique et sociale : soit droite, soit gauche. Or, il y a bien plus de nuances dans la réalité et plutôt que de nous tiédir, elles nous affinent spirituellement. Or, Benoît XVI est un pape raffiné, un pape de la nuance. Malheureusement, à l’heure de Twitter, et du « je m’exprime en 140 caratère avec un message fort et immuable » cela ne la fait pas toujours…

    Dans ce discours du pape, je vois un appel à un regain d’exigence dans la vérité, à commencer par celle de chacun, mais aussi à une affirmation d’une voie du milieu, cette voie toujours prônée par la tradition mais si peu facile à rejoindre dans les fait et à défendre face aux extrêmes.

  • @Yogui : je ne vois pas du tout les choses comme vous, vous vous en doutez! Une lettre encyclique s’adresse avant tout aux croyants catholiques (au clergé et au peuple des baptisés). Il n’est donc pas surprenant qu’il y ait des références à Dieu et à la doctrine sociale de l’Eglise. Il n’est pas nécessaire de rédiger une encyclique pour les non-croyants, ce serait même un non-sens et une interférence du Pape dans la vie de la Cité. Son but c’est que les croyants réfléchissent et agissent conformément à la Vérité, qu’ils agissent selon la morale et s’inspirent de la doctrine sociale de l’Eglise, dans leur vie de tous les jours et dans la vie de la Cité. Ce qui ne veut pas dire qu’une convergence de vues et d’action avec des non-croyants ou des croyants d’autres religions n’est pas souhaitable, au contraire.Tous les hommes de bonne volonté ont sûrement de nombreux points d’accord avec cette importante encyclique. Si vous n’êtes pas croyant cette convergence ne fera pas de vous un croyant mais vous permettra d’oeuvrer avec les croyants pour le bien public. Father Good, l’un de mes maîtres et saint prêtre à Cork, se vit reprocher par son évêque d’avoir participé à un meeting sur la pauvreté en Irlande alors que des socialistes se proclamant athées s’y trouvaient aussi.Il répondit à son supérieur que la présence de socialistes athées ne faisait pas de lui un socialiste athée pas plus que sa présence à lui ne faisait de ces gens des croyants. En revanche, ajouta-t-il, si l’union des athées et des chrétiens fait un peu reculer la misère, pourquoi pas?

  • J’ai vraiment du mal à comprendre la réponse de Libéral:

    Il me semble que le texte de Koz insiste justement sur le fait que l’égoïsme rationnel des individus ne peut construire une société humaine. C’est-à-dire que la société libérale, qui est fondée sur l’axiome de l’homo aeconomicus, purement rationnel et purement égoïste (le boucher (boulanger?) d’Adam Smith est compétent par égoïsme), est inhumaine par construction.

    D’autre part, les exemples de marchés inefficaces sont en fait des exemples de marchés imparfaits. La question reste: un marché parfait est-il efficace? efficace à quoi?

    Dans le même exemple, on comprend qu’un marché parfait implique que le profit est une conséquence de la création de richesses. Or le meilleur exemple de marché parfait, ou plutot l’exemple le plus proche d’un marché parfait idéal, c’est le marché financier; qui s’est cassé la figure parce qu’il créait plus de valeur (càd de profit) que de richesse.

    Enfin, sur la subsidiarité, Liberal cite les travaux du MAUSS, qui contredisent l’axiome nécessaire de la construction économique néo-classique: le don et le contre-don sont incompatibles avec la théorie de l’homo aeconomicus. Celui-ci n’attend rien des autres (dont il sait qu’ils sont eux aussi, purenment égoïstes et purement rationnels); il est donc inhumain.

    C’est trop facile de faire semblant de prendre en compte les jolis sentiments des autres pour défendre une théorie de la société simplement inhumaine, et reposant sur des axiomes faux.

  • @ niamreg:

    Il me semble qu’un des intérêts du texte de B XVI est justement de refuser de s’enfermer dans la querelle stérile entre idéologues du marché, qui n’ont aucune difficulté à critiquer les idéologues de l’État, et idéologues de l’État, qui n’ont aucune difficulté à critiquer les idéologues du marché.

    Le Pape remarque justement que le marché comme outil, et la logique du profit qui va avec, n’ont pas à être diabolisés, bien au contraire, pas plus que l’État, et la contrainte de la loi qui va avec.

    Mais les deux, l’État comme le marché, ne peuvent produire leurs fruits que dans une société qui n’oublie pas que l’homme a d’autres dimensions que celles de l’homo oeconomicus ou de l’animal politique.

    je suis frappé par la perspective « réaliste » de JP II et de Benoît XVI sur les vertus de l’État. Ces deux hommes, qui ont vécu le totalitarisme dans leur chair, ne s’illusionnent pas sur la capacité de l’État à être, en tant qu’État, la source de la justice, pas plus qu’ils ne s’illusionnent sur la capacité du marché à poursuivre le bien commun par le seul jeu des intérêts particuliers.

    La justice ne peut être le produit mécanique des mécanismes de marché ou des luttes politiques. Elle exige, de chacun d’entre nous et quelle que soit notre situation professionnelle.

  • @Bob Je doute que je puisse me méprendre en ne faisant que citer Paul VI. Je ne crois pas me tromper en disant qu’il a écrit ce qu’il a écrit.

    Et je dois confesser un certain amusement à voir Polydamas se parer des vertus libérales. Il y a tout de même des revendications surprenantes, sauf à ce que l’on tronçonne le libéralisme, et que l’on prenne ce qui vous convient dans le libéralisme économique, en rejetant le libéralisme politique. Enfin, tout de même, il faut assumer ce que l’on revendique, et je n’ai pas souvenir que Jean-Marie Le Pen et la FSPX soient des chantres du libéralisme !

    Par ailleurs, la force du libéralisme serait, donc, dans ce qu’il laisserait chacun choisir son système de valeurs, ses références ? Là encore, je n’avais pas saisi que Polydamas se fasse le champion du relativisme. Sauf à confondre libéralisme, démocratie et pluralisme. Mais on me laissera préférer la cohérence de l’encyclique.

    Le libéralisme laisse chacun libre de son système de valeurs ? C’est bien. Et de fait l’Eglise ne dit jamais l’inverse mais prône l’adhésion libre à la vérité. Sans la liberté, il ne saurait y avoir d’adhésion véritable à la vérité. Mais si la liberté est un moyen nécessaire, qui seul rend valide l’adhésion à la liberté, la valeur ultime reste bien la vérité, pas la liberté, aussi précieuse soit-elle.

    Peut-on se satisfaire que, par un heureux hasard, l’acteur d’une société libérale choisisse la vérité ? Le libéralisme ne peut pas non plus renier son cousin libertarien. Il reste que, si de nombreux libéraux ont ma sympathie, il y a à mon sens une erreur à se focaliser sur le moyen, et non sur le but. Je n’ai pas souvenir que la recherche de l’intérêt égoïste (au sens d’individuel) de nos amis financiers ait permis la prospérité générale.

    Pour autant, il me semble nécessaire de répéter que cet encyclique n’est pas un assaut contre le libéralisme. BXVI ne se montre pas spécialement « agressif », hostile, vis-à-vis du libéralisme. Mais il le place à son juste niveau : c’est une idéologie, une théorie, de l’outil (qui se prend d’ailleurs parfois pour davantage), à laquelle on préfèrera la fin, quitte à avoir des différends à cet égard.

  • Au contraire Koz, mise à part son obsession de « gouvernance mondiale », je ne pense pas que les libéraux renierait cette encyclique, pas plus que la précédente (si tant est qu’ils aient des inclinations catholiques). Néanmoins le catholicisme a un rôle plus global dans la société que le libéralisme qui n’est qu’une théorie du droit ne prétendant pas répondre à toutes les questions.

  • Koz a écrit « Je n’ai pas souvenir que la recherche de l’intérêt égoïste (au sens d’individuel) de nos amis financiers ait permis la prospérité générale. »

    Cher Koz, en m’excusant de vous chercher querelle alors même que vous rentrez sur vos terres, je proteste contre cette dernière remarque (je soupçonne d’ailleurs qu’elle ne soit qu’un splendide appeau a troll. Un appeau particulièrement efficace, j’y cède instantanément…).

    De grâce, pouvez-vous essayer de concevoir qu’un banquier qui fait convenablement son travail (prêter de l’argent en s’assurant qu’il lui sera remboursé) fait autant pour la société qu’un artisan qui délivre un produit efficace. En faisant son travail égoïste (s’assurer que l’argent lui reviendra avec intérêt, et garder ainsi son emploi), le banquier facilite l’investissement dans toute l’économie et participe de la prospérité générale.

    Lire sous votre plume que ceci n’a pas de valeur me déprime. D’autant que Benoit XVI reconnaît lui-même la valeur de l’acte du prêt dans son exemple du microcrédit… Pensez-vous que ce théologien de la nuance soutient que la nature économique positive du prêt change avec la taille de l’entreprise emprunteuse ?

    Par ailleurs, je suis bien d’accord: cette encyclique est puissamment complexe dans le nombre des problématiques adressées. A relire au calme en effet (je ne l’ai pas encore terminée)! Mais votre billet lui rend justice dans sa diversité.

    Pour ma part, et vraiment sans vouloir réduire cette encyclique a un aspect unique, la non-condamnation du libéralisme comme outil m’a soulagé au vu des récentes turbulences de marché. Dans le même temps la condamnation du libéralisme comme idéologie me semble assez en accord avec les principes du Catholicisme social. Mon inquiétude tient davantage a la difficulté a faire advenir une responsabilité du marché dans un contexte déchristianisé ou sans reperes moraux évidents (et l’expression de « voix qui crie dans le désert » prend ici tout son sens).

  • @Bob, il faut que vous en avertissiez les libéraux. J’en connais plus d’un qui conçoivent tout à fait le libéralisme comme une théorie globale. J’en connais même qui en ont fait des partis.

    @Henri, je suis heureux de pouvoir vous exaucer si facilement. Je conçois tout à fait que celui qui prête correctement et s’assure de recevoir avec intérêt rend un service. Non seulement je le conçois mais si vous relisez ce que j’ai écrit, vous constaterez que je n’ai rien écrit de contraire. En revanche, que les financiers ne nous aient pas apporté une démonstration frappante que la recherche de l’intérêt individuel débouche sur la prospérité privée me semble un constat assez défendable au vu des perturbations que l’on se prend en pleine poire ces derniers temps.

  • J’en connais même qui en ont fait des partis. Et ? La politique a pour but de régenter toute la vie d’un individu ? Je ne crois pas.

  • Bonsoir Koz,

    merci beaucoup pour cette analyse intéressante. Il y a un point dans ton analyse de l’encyclique que je trouve discutable: le fait qu’une entreprise doit travailler pour autre chose que la recherche du profit (à long terme). Je sais que c’est très à la mode (Corporate Responsibility…), mais je pense que c’est une erreur.

    Admettons que dans quelques années, je décide que j’en ai marre de ma vie de cadre, et que je monte ma société de logiciel (c’est ce que je sais faire). Mon but sera alors de produire et de vendre de bons logiciels à un bon prix. Pour cela, je devrais évidemment motiver mes équipes, et traiter correctement mes fournisseurs. Mais mon entreprise aura sans doute suffisamment à faire sans s’occuper de la faim dans le monde, de l’équipe de foot locale, de la sécurité sociale ou même des problèmes sociaux de mon pays. Je ne dis pas que cela n’est pas important, et je ne conteste pas que je doive payer des impôts pour tout cela, mais je crois qu’il est plus efficace que je me borne à bien faire mon métier. En faisant bien son métier, et seulement cela, une entreprise apporte déjà beaucoup à la société.

    A part cela, je suis plutôt d’accord avec le rappel qu’il existe une vérité. Le premier niveau de vérité, ce sont d’ailleurs les faits, qui doivent être observés avec rigueur, et pas « transformés » pour coller avec l’idéologie ambiante, qu’elle soit d’entreprise, d’état ou peut-être même parfois d’église.

    Sinon, l’évocation de l’euthanasie et de l’avortement sur un sujet pas trop lié, me rappelle quand même ces agaçants autonomistes bretons qui ont le talent, quel que soit le sujet évoqué, de faire dévier la conversation vers le développement des langues minoritaires.

    Enfin, pour répondre à un commentaire plus haut, je pense que la « haute finance » est un des marchés les plus imparfaits qui soient pour deux raisons principales: – l’état y intervient toujours lourdement, ne serait ce qu’en imprimant la monnaie et en fixant les taux d’intérêts, et parfois pour sauver les banques trop grosses pour tomber; – c’est un domaine où la fraude est la plus difficile à détecter et à réguler, à cause de l’extrême technicité du domaine, et de sa faible matérialité (et quel que soit le bout par lequel on le prend, une astuce pour sortir des dettes du bilan ou ne pas payer des impôts, même si elle est techniquement légale, reste pour moi dans l’esprit une fraude). C’est pour cela que cela me fait toujours marrer quand mes collèges banquiers d’affaires jouent les chantres effarouchés du libéralisme. Pour moi, le marché parfait, c’est plutôt l’ensemble des restaurants d’une ville.

  • Uchimizu, tu caricatures un peu. Il ne s’agit pas de demander à l’artisan du coin d’arrêter la fin dans le monde. La gestion d’une entreprise est effectivement une chose suffisamment prenante. Mais je pense qu’il y a quelque chose à creuser quant à la perspective que l’on adopte. Est-ce que l’on considère qu’en tant que chef d’entreprise, on doit apporter tout soin à fournir le meilleur produit/service, à développer les potentialités de ses salariés et à contribuer à leur donner les conditions d’une vie décente, voire épanouie, ou que l’on doit faire du profit ? Tu me diras que faire du profit, cela suppose notamment de fournir le meilleur produit, et de motiver ses salariés. Mais non seulement je ne suis pas si certain de cela (on voit des entreprises tourner sans ce souci de motivation, ou de fournir le meilleur produit) et surtout je crains que l’orientation vers le profit ne conduise trop vite à oublier ces bons principes de départ.

    Enfin, nous parlons ici du « petit » chef d’entreprise. Je pense aussi à Danone, à ce qu’ils entreprennent vis-à-vis de leur « écosystème », et à ce j’ai entendu plusieurs fois de la bouche d’Emmanuel Faber. Visiblement, ça ne les empêche pas de faire du profit et ce n’est pas mauvais pour la boîte.

  • Uchimizu a écrit:

    Admettons que dans quelques années, je décide que j’en ai marre de ma vie de cadre, et que je monte ma société de logiciel (c’est ce que je sais faire). Mon but sera alors de produire et de vendre de bons logiciels à un bon prix. Pour cela, je devrais évidemment motiver mes équipes, et traiter correctement mes fournisseurs. Mais mon entreprise aura sans doute suffisamment à faire sans s’occuper de la faim dans le monde, de l’équipe de foot locale, de la sécurité sociale ou même des problèmes sociaux de mon pays. Je ne dis pas que cela n’est pas important, et je ne conteste pas que je doive payer des impôts pour tout cela, mais je crois qu’il est plus efficace que je me borne à bien faire mon métier.

    Permettez-moi de vous donner un point de vue tiré de mon vécu d’expatrié. Ici en Amérique du Nord, les entreprises, pas seulement les grandes, s’efforcent de contribuer au bien-être de la collectivité par des activités de mécénat diverses. Et, oui, cela va jusqu’à financer les maillots de l’équipe de soccer des moins de 6 ans du club du coin. Chacune fait cela à son échelle. Pas besoin pour le chef d’entreprise d’être très imaginatif, car les organismes qui ont besoin de sous (par exemple, le conseil des parents de l’école de mes gamins) n’hésitent pas à frapper à sa porte. Les boîtes plus grandes, elles, organisent des actions charitables et encouragent la participation de leurs employés, ce qui m’avait pas mal surpris au début – choc culturel par rapport à l’idée que l’on se fait du rôle d’une entreprise en France.

    Ce type d’engagement procède d’une exigence qui se résume assez bien par l’expression « giving back to the community ». Cela indique que l’entreprise reconnaît qu’elle existe à l’intérieur d’une collectivité qui lui apporte des clients, des employés et un cadre légal et sociétal propice à ses affaires. En retour, elle fournit des produits et services, paie des impôts, et participe au fonctionnement de la société par des actions qui ne sont pas directement liées à son business. Cela est-il pour autant totalement désintéressé ? Bien sûr que non, car l’entreprise s’offre ainsi une promotion externe et interne, qui n’est pas nécessairement très coûteuse. L’important, dans l’affaire, est que l’entreprise se considère ainsi, à l’instar du citoyen, comme partie prenante de la société et moralement tenue d’y contribuer à l’intérieur d’un système d’échange qui dépasse le seul cadre commercial.

    Ceci peut aider à expliquer pourquoi les entreprises sont spontanément l’objet de plus de respect ici, lorsqu’on les compare avec leurs homologues françaises.

    L’encyclique de Benoît XVI peut paraître comme un traité général et théorique, mais si la réflexion de l’Église se trouve rejoindre des trucs qui marchent, où que ce soit dans le monde (même chez les vilains Ricains ;-)), je n’y vois pour ma part aucun inconvénient…

  • Je me demande à quel point cette encyclique va être prise en compte par les orthodoxes et les protestants. Elle leur est quand même destinée. C’est pourquoi il est important d’en parler parce que cela pourrait déjà les inciter à la lire. Quelle sera leur réaction ? Vont-ils se prononcer à son sujet collectivement ou individuellement ? Affaire à suivre.

    Pour commenter, il faudrait que je relise le billet de Koz et que j’étudie l’encyclique un peu plus (je me suis fait une copie plage pour mon iPhone que j’ai pour le moment seulement parcourue). J’ai tout de même retenu que les anticapitalistes font mauvaise route et que l’assistanat à la sauce socialiste en prend pour son grade.

    P.S. Je crois que ma mémoire déc****, je ne me souviens pas avoir vu récemment le survol en douceur. Il faudrait chercher un long billet dans les archives pour voir si c’est un truc déjà utilisé ou pas.

  • Dang a écrit:

    En revanche, ajouta-t-il, si l’union des athées et des chrétiens fait un peu reculer la misère, pourquoi pas?

    C’est bien mon point : pourquoi ne pas faire un(e version du) texte accessible à des athées ?

    Gwynfrid a écrit:

    Ceci peut aider à expliquer pourquoi les entreprises sont spontanément l’objet de plus de respect ici, lorsqu’on les compare avec leurs homologues françaises.

    Le système se mord la queue : en France en effet les sponsors sont souvent conspués car ils apportent ce qui est perçu comme une unique recherche de profit dans une activité qui devrait rester « pure ». Elles ne sont pas perçues comme « rendant hommage à leur environnement » : dans l’esprit, c’est l’impôt qui est fait pour ça.

  • @Yogui: Pourquoi ne serait-elle pas accessible aux athées en l’état ? Il suffit de la lire en biffant Dieu et en gardant la philosophie sous-jacente et ça marche très bien.

    Bon après, si tu parles des athées intolérants avec des grosses œillères, qui sortent leur .45 dès qu’ils entendent le mot religion ça ne va pas être possible, mais dans ce cas même le mot Pape et Vatican en bas du document les feront fuir.

  • Yogui a écrit: Les entreprises « ne sont pas perçues comme “rendant hommage à leur environnement” : [en France] dans l’esprit, c’est l’impôt qui est fait pour ça. »

    Je valide ce constat. Même si je me positionne comme libéral, la perspective d’avoir une entreprise privée en charge d’un domaine public perturbe mon formatage intellectuel. Gwynfrid souligne combien les entreprises US sont a la fois des sponsors, des acteurs de la cité et des chercheurs de profit. Je pense que ceci choque beaucoup en France ou l’on conçoit difficilement qu’une entreprise puisse administrer le « bien commun » (la question restant de savoir ce qu’est le bien commun en question : utilities a l’américaine ? solidarités sociales ? ressources naturelles et écologie ?…).

    J’entends souvent parler de la validité de l’entreprise comme acteur social responsable (et je devrais logiquement y souscrire vu mon positionnement « libéral »). Mais en même temps, je n’arrive jamais a me faire a l’idée qu’un acteur privé puisse décider du jour au lendemain de couper le budget d’un bien commun. Parce que ne nous leurrons pas, la décision se prend toujours in fine sur des critères exclusifs de rentabilité financière (la communication et l’image responsable n’étant jamais qu’un cout marketing). Donc cette dépendance au privé passe sans problème quand il s’agit de l’équipe de foot locale pour les moins de 6 ans, mais si l’on parle mécénat culturel ? social ? écologique ? La question devient toute autre, non ?

    SI je peux me permettre, j’avais commenté le principe de l’entreprise « citoyenne » lors d’un billet ici: http://henridelescalier.wordpress.com/2009/03/16/vers-une-nouvelle-feodalite/ Ca peut intéresser les lecteurs de ce blog a la lumière de l’encyclique de Benoit XVI.

  • @ henri:

    Votre billet est impressionnant, en ce qu’il démontre la profondeur du choc culturel dont je parlais plus haut. Si quelqu’un comme vous, qui se définit comme libéral, défend vaillamment les banquiers contre la vindicte publique, et commente généralement sur un ton plutôt posé, parvient à assimiler une possible action de l’entreprise dans le champ social à une « nouvelle féodalité », c’est qu’il y a plus qu’une incompatibilité d’humeur ou de langage. Les bras m’en tombent (alors que je ne suis pas du tout un fan du libéralisme idéologique) quand je lis des choses comme « «l’entreprise citoyenne» c’est le nouveau nom d’un totalitarisme possible, d’une dictature soft de l’économique qui aurait pris le pas sur le politique, d’une manière plus insidieuse que l’on ne l’aurait cru. »

    Je n’ai pas le temps de vous fournir un contre-argumentaire réfléchi. Je peux tout de même vous rassurer: la société dans laquelle je vis n’a rien d’une dictature, même soft, et les entreprises n’ont pas grand-chose de commun avec les grands féodaux de nos livres d’histoire. Brr… 😉

  • Gwynfrid a écrit:

    Je peux tout de même vous rassurer: la société dans laquelle je vis n’a rien d’une dictature, même soft,

    Un véritable « anti-libéral » vous répondrait sans doute que c’est tout l’art de la « dictature capitaliste » que de s’insinuer dans tous les interstices jusqu’à ne plus être visible, et de se parer des plus beaux atours pour parvenir à ses fins. De même que, à une autre échelle, la Fed appartient aux banquiers alors qu’elle prétend servir « le peuple américain ». Une lecture intéressante à ce titre : (lien)[http://www.theatlantic.com/doc/200905/imf-advice]

  • @ Gwynfrid : Je vous remercie d’avoir lu mon billet. Vous écrivez « Je peux tout de même vous rassurer: la société dans laquelle je vis n’a rien d’une dictature, même soft, et les entreprises n’ont pas grand-chose de commun avec les grands féodaux de nos livres d’histoire. »

    Nous en sommes d’accord, je connais assez la société US pour y avoir vécu (quelque temps) pour la croire bien éloignée de la dictature (même économique) ! Mon point est plutôt de souligner un risque potentiel: celui de voir des acteurs privés se substituer aux pouvoirs publiques sur certains aspects sociaux, et plus seulement économiques. Je reconnais que nous en sommes loin, mais enfin la construction d’une autorité étatique indistincte d’intérêts particuliers a pris bien du temps, osons la protéger.

    Je croyais avoir formulé cela très positivement (a fortiori de la part d’un « libéral ») : il importe de défendre l’état en ce qu’il protège le bien commun issue de la volonté de vivre-ensemble (que cette volonté soit alors interventionniste, régulatrice ou penche vers le laissez-faire, importe peu. On parle ici de modalité ou d’efficacité).

    Soyons clair, je ne dénie pas la qualité ni l’importance des interventions privées, mais je pensent qu’elles attirent surtout l’attention sur les carences du système. Pour moi, c’est ce que le Saint Père souligne dans sa définition du « don ». Je vois dans l’intervention de l’entreprise la même tentation de déconnection du don que celle du contribuable qui paye ses impôts et s’en lave les mains.

    Au fond, c’est un peu ce que je reprocherai a l’encyclique du Saint Père, et que Yogui me semble formuler.

    Benoit XVI veut nous faire prendre conscience que le cœur est la « conversion personnelle » agissant dans tous les niveaux de notre être. En tant que catholique, je ne peux qu’opiner! La conversion est bien une urgence dans ma vie propre et celle de mon prochain, par mon appel et mon exemple a suivre l’évangile.

    Mais comment faire passer ce message pour les hommes de bonne volonté qui ne seraient pas croyants ? Bien sur, l’éthique personnelle offre une solution mais elle n’est que parcellaire et risque fort d’être différente selon les individus. Je vois plus volontiers la solution comme une solution politique, parce que l’espace démocratique (avec ses faiblesses) offre tout de même le seul lieu de discussion et de décision sur ce vivre-ensemble.

    Or, une action morale de la part d’entreprise ne posséderait pas cette légitimité politique. Quand vous écrivez « les entreprises sont spontanément l’objet de plus de respect », je ne peux pas m’empêcher de penser que le respect n’est pas la valeur que je place en premier en économie (c’est l’efficacité). Tandis que c’est clairement la valeur que je souhaiterai pour les responsables politiques. Respect des électeurs pour leurs élus, respect de ces derniers pour leur électorat au centre de leur discours et de leur action (que pouvons-nous faire ? que devons-nous faire ? comment faire coïncider les deux, en vérité).

    Bref, l’unité de la personne et de la société est peut-être garantie pour un chrétien, parce que sa foi en Christ est la colonne vertébrale de sa personne. Mais en l’absence d’une telle foi, il y a disjonction des segments d’activités, et seul le politique est de nature a les réconcilier. D’où mon inquiétude quand les entreprises se mêlent de ce qui ne les concernent pas, car -je ne veux pas leur faire de proces d’intention- vous ne m’enlèverez pas de la tête qu’elles cherchent d’abord a se développer (comme les grands féodaux du moyen-âge 🙂 ).

  • Ce message pour vous signaler que l’hebdomadaire « The Economist » a pulié un article d’une page et demi titré « New sins, new virtues » sur l’encyclique. Pour faire un résumé du résumé, il est noté le bon niveau général de l’encyclique, le magasine fait aussi une courte analyse des différentes influences du document (dont l’influence « gauchisante » du conseil pontifical pour la justice et la paix), et regrette que ce document n’aidera pas forcément à des « coopérations tactiques » entre bonnes volontés laïques et religieuses sur des sujets communs, notamment par la part très importante faite au religieux, et les nombreux rappels à la morale conservatrice que défend le souverain pontife.

  • Koz a écrit:

    Et je dois confesser un certain amusement à voir Polydamas se parer des vertus libérales. Il y a tout de même des revendications surprenantes, sauf à ce que l’on tronçonne le libéralisme, et que l’on prenne ce qui vous convient dans le libéralisme économique, en rejetant le libéralisme politique. Enfin, tout de même, il faut assumer ce que l’on revendique, et je n’ai pas souvenir que Jean-Marie Le Pen et la FSPX soient des chantres du libéralisme !

    Marrant à quel point tu pars non pas de mes arguments, mais de mon soi-disant positionnement politique ou confessionnel pour discréditer mon point de vue. Mais on s’en fout de ça, ce qui importe ce sont les textes et les arguments. D’autant que la FSSPX est la première à appliquer le libéralisme économique à son propre profit, et que le Pen n’était pas le dernier à rencontrer Reagan, et à se dire libéral économiquement dans les années 80.

    Alors, oui, on peut tronçonner le libéralisme, ça s’appelle le libéralisme-conservatisme, dont il y a quelques exemples dans l’histoire, à l’instar d’Hayek ou de l’école de Chicago. Ou encore Vanneste qui se dit de même libéral sur le plan économique, conservateur sur le reste. Ce qui n’est pas une position schizophrène.

    La liberté d’entreprendre n’a aucun rapport avec la liberté des moeurs, ce n’est pas pas la même logique, pas la même vision de la société, et surtout, pas les mêmes conséquences sur celle-ci et le bien commun. Partant, la considération à porter sur ces deux types de liberté n’est pas du tout la même. Suis-je schizo en disant cela ?

    Koz a écrit:

    Il reste que, si de nombreux libéraux ont ma sympathie, il y a à mon sens une erreur à se focaliser sur le moyen, et non sur le but. Je n’ai pas souvenir que la recherche de l’intérêt égoïste (au sens d’individuel) de nos amis financiers ait permis la prospérité générale.

    Si dès le début, il n’y avait pas eu des politiques populistes et irréalistes en faveur des plus pauvres, on n’en serait pas là non plus.

    Koz a écrit:

    Mais si la liberté est un moyen nécessaire, qui seul rend valide l’adhésion à la liberté, la valeur ultime reste bien la vérité, pas la liberté, aussi précieuse soit-elle.

    Tout à fait d’accord. Et on fait comment pour l’imposer en recourant uniquement à l’UMP ? Oui, c’est bas, mais tu l’as cherché. 🙂

    Non, la solution, c’est la responsabilisation sur les actes de chacun, les investissements des uns et des autres, leur conséquences sur l’économie, oui, on pourrait dire une véritable rechristianisation.

    Enfin, dernier point, quand je lis certains cathos sociaux, où il n’y a aucune place pour la liberté ou presque, on n’est pas loin du marxisme pur et simple, certes tendance catho, mais surtout tendance maso, car c’est le meilleur moyen de faire imploser le catholicisme que d’instaurer un système autarcique catholique, sans l’accord de tous.

    Bob de Normandie a écrit:

    Au contraire Koz, mise à part son obsession de « gouvernance mondiale », je ne pense pas que les libéraux renierait cette encyclique, pas plus que la précédente (si tant est qu’ils aient des inclinations catholiques).

    Pour ceux que je connais, c’est le cas.

  • Yogui a écrit:

    Un véritable “anti-libéral” vous répondrait sans doute que c’est tout l’art de la “dictature capitaliste” que de s’insinuer dans tous les interstices jusqu’à ne plus être visible, et de se parer des plus beaux atours pour parvenir à ses fins.

    Je lui rétorquerais alors que ce que nous voyons est, en apparence, une démocratie où les idées anti-libérales sont ultra-minoritaires. Que deux explications sont possibles: soit il s’agit d’une dictature capitaliste tellement subtile, douce et sophistiquée que nul ne se rend compte de la manipulation; soit il s’agit d’une démocratie où les idées anti-libérales sont ultra-minoritaires. Et qu’entre les deux, jusqu’à plus ample informé, j’appliquerai le rasoir d’Occam.

    henri a écrit:

    Mon point est plutôt de souligner un risque potentiel: celui de voir des acteurs privés se substituer aux pouvoirs publiques sur certains aspects sociaux, et plus seulement économiques.

    Il n’y aura substitution que si l’État décide de démissionner de son rôle. En attendant, pourquoi chercher à empêcher les entreprises de contribuer si elles y voient un intérêt ? Ce serait là le symptôme d’un gouvernement bien craintif et bien peu sûr de lui. Dans un cas comme dans l’autre, si problème il y a, il se trouve du côté de l’État, et non pas de Franck Riboud et consorts.

    henri a écrit:

    Quand vous écrivez « les entreprises sont spontanément l’objet de plus de respect », je ne peux pas m’empêcher de penser que le respect n’est pas la valeur que je place en premier en économie (c’est l’efficacité).

    Sans même m’attacher à l’aspect moral de cette question (d’ailleurs je croyais que d’un point de vue libéral, l’entreprise n’est pas censée faire de morale), il me semble qu’une société fonctionne plus aisément si le respect est une valeur partagée par les individus, les dirigeants, et les organisations. Se contenter de l’efficacité comme « valeur » pour les uns, c’est aussi prendre le risque que les autres abordent les problèmes en séquestrant le patron ou en menaçant d’incendier les locaux.

  • Gwynfrid a écrit:

    d’ailleurs je croyais que d’un point de vue libéral, l’entreprise n’est pas censée faire de morale

    Faux. Les libéraux n’ont strictement rien contre la charité à grande échelle si tel est l’objectif des possédants, que ce soit des entreprises ou des particuliers.

  • niamreg a écrit:

    C’est-à-dire que la société libérale, qui est fondée sur l’axiome de l’homo aeconomicus, purement rationnel et purement égoïste (le boucher (boulanger?) d’Adam Smith est compétent par égoïsme), est inhumaine par construction.

    niamreg a écrit:

    le don et le contre-don sont incompatibles avec la théorie de l’homo aeconomicus. Celui-ci n’attend rien des autres (dont il sait qu’ils sont eux aussi, purenment égoïstes et purement rationnels); il est donc inhumain.

    Je pense que vous partez de postulats beaucoup trop restrictifs (et faux, accessoirement). Le don et le contre-don s’insèrent parfaitement dans une démarche libérale où la satisfaction d’intérêt égoïste passe par pas mal d’altruisme.

    Quand mon boucher offre une rondelle de saucisson à mon fils, c’est surtout parce qu’il l’aime bien et qu’il veut lui faire plaisir, mais c’est aussi parce qu’il sait qu’on préfère faire ses courses chez les commerçants sympas. Inversement, si je décide un jour de changer de boucher parce que la qualité de sa viande a baissé, je ne laisserais plus mon fils accepter la rondelle de saucisson, car le don accepté implique la promesse d’un contre-don.

    La recherche de son profit personnel a amené mon boucher à faire beaucoup de choses pour moi : fournir de la marchandise de qualité, à un prix abordable, être aimable, donner des conseils de cuisine, être gentil avec les enfants… Il sait que son profit personnel passe par la satisfaction de ses clients, alors il se donne du mal pour améliorer cette satisfaction.

    Plus le lien entre profit personnel et satisfaction des tiers est ténu moins les contacts sont agréables. Je n’ai jamais vu un employé de l’ANPE ou un fonctionnaire de la préfecture de police garder une petite réserve de bonbons pour les enfants des usagers. Ce n’est pas parce qu’ils sont moins gentils que mon boucher (je suis persuadé que la proportion de gens sympas est identique), c’est qu’ils n’ont absolument aucun intérêt à le faire.

    Enfin, Uchimuzu[18] a parfaitement raison, la finance de marchés est sans doute le plus bel exemple de marché imparfait. Les assymétries d’information sont béantes, les externalités sont ultimes (la collectivité paye pour leur éviter la faillite) et la concurrence y est très imparfaite. Voila donc un business où la relation entre profit et satisfaction des clients est très vague.

    Gwynfrid a écrit:

    Cela est-il pour autant totalement désintéressé ? Bien sûr que non, car l’entreprise s’offre ainsi une promotion externe et interne, qui n’est pas nécessairement très coûteuse. L’important, dans l’affaire, est que l’entreprise se considère ainsi, à l’instar du citoyen, comme partie prenante de la société et moralement tenue d’y contribuer à l’intérieur d’un système d’échange qui dépasse le seul cadre commercial.

    J’adhère à l’ensemble de votre commentaire mais j’insiste sur ce passage qui établit un parallèle qui me semble très judicieux entre entreprises et citoyens. Car si les entreprises nord-américaines sont plus « généreuses » que leurs consoeurs françaises, c’est aussi très vrai des citoyens. Les Français donnent peu. Entreprises comme particuliers sont assez peu enclins au “giving back to the community”. Je l’analyse à 3 niveaux :

    Le premier c’est l’impôt. Même si c’est surtout une excuse, beaucoup de gens pensent qu’ils payent déjà beaucoup d’impôts et qu’ils ne vont pas donner en plus.

    Le deuxième élargit le premier, c’est ce que j’appellerais la nationalisation des rapports humains. En s’invitant lourdement dans les relations sociales, l’Etat a détruit de la simplicité, de la spontannéité. En France l’humain a été petit à petit remplacé par le social, l’individuel par l’administratif. C’est particulièrement vrai en matière de relations entreprises-salariés. Le formalisme est tellement technique et rigide que les patrons finissent par déléguer aux DRH et juristes. On n’est plus viré par son patron mais par un administratif.

    Enfin, au niveau le plus large, on retombe sur le constat de la société de défiance. Il y a une exception française de la méfiance systématique, la hantise d’être un pigeon, la généralisation du « si les autres le font, pourquoi pas moi? ». Tout ceci entraîne un cercle vicieux de l’incivisme. En Amérique du Nord, tout le monde est ravi que l’entreprise locale sponsorise l’équipe de foot des moins de 6 ans. En France, il y aura toujours quelques parents pour refuser que leur gamin devienne un objet publicitaire, ou soit souillé par le business ou tout autre manifestation d’hostilité de principe.

  • Gwynfrid a écrit:

    soit il s’agit d’une dictature capitaliste tellement subtile, douce et sophistiquée que nul ne se rend compte de la manipulation; soit il s’agit d’une démocratie où les idées anti-libérales sont ultra-minoritaires

    Je crains que ce ne soient pas les bons termes du débat : bien sûr les idées anti-libérales sont ultra-minoritaires, mais ce n’est pas une « démocratie » pour autant car les représentants élus ont remis les instruments du pouvoir à une oligarchie échappant à son contrôle, libre de choisir les intérêts qu’elle sert, et sanctifiée sous couvert de « libéralisme ».

    Quant au fait que « nul ne s’en rende compte », c’est de moins en moins le cas si l’on lit les chroniques de Krugman ou l’article du Chief Economist du FMI que j’avais mis en lien.

  • A Rueil, l’un des bouchers du marché participait à un réseau de revente de viande avariée. Sûr qu’il faisait de la marge. Alors, bien sûr, on peut dire qu’à long terme, son calcul était mauvais, parce qu’il s’est fait pécho et interdit d’activité. Du coup, profit égal : qued’. Mais le fait est que, pendant quelque temps, à Rueil, on a bouffé de la viande avariée. Si son critère ultime avait été la vérité, le respect, l’amour du prochain et du travail bien fait, il n’aurait jamais procédé de la sorte. Mais avec le profit comme critère, son comportement reste envisageable. A moyen terme peut-être. Mais pendant ce moyen terme, on bouffe de la viande avariée, et il vole sa clientèle.

    Si l’on reste donc dans ces hautes sphères un peu fictives des principes – parce que personne, ou très peu de personne, visent le seul profit, ou le seul Bien – je préfèrerai toujours que le critère ultime soit le Bien, la Vérité.

    Ceci étant posé, mes cocos, ne croyez pas que je n’ai pas constaté, même de loin, votre dérive sensible loin de l’encyclique. ON REVIENT AU TEXTE, BORDEL !!! 😉

  • Dans un village du Sud de la Hollande il y avait un boucher catholique et un boucher protestant. Il était hors de question qu’un catholique aille acheter sa viande chez le boucher protestant et vice-versa, même si la viande était de meilleure qualité chez l’autre ! 🙂

  • Koz a écrit:

    Si l’on reste donc dans ces hautes sphères un peu fictives des principes – parce que personne, ou très peu de personne, visent le seul profit, ou le seul Bien – je préfèrerai toujours que le critère ultime soit le Bien, la Vérité.

    Ben ouais moi aussi gros malin. Maintenant, si en plus j’ai un système qui fait en sorte que les gens doivent généralement faire le bien pour trouver le profit, je prends. Et ça ne fait pas de moi quelqu’un qui place le profit devant le bien ou la vérité.

    Koz a écrit:

    Ceci étant posé, mes cocos, ne croyez pas que je n’ai pas constaté, même de loin, votre dérive sensible loin de l’encyclique. ON REVIENT AU TEXTE, BORDEL !!!

    T’es gonflé. Mon premier commentaire parlait autant de la vérité et de la subsidiarité que du profit. C’est pas ma faute si les gauchistes qui hantent koztoujours ne s’intéressent qu’au pognon 🙂

  • Gros malin toi-même. Mon boucher trouvait le profit sans avoir à faire le bien. Donc, si tu trouves un système qui oblige à faire le Bien pr trouver le profit, je suis également preneur. Mais je crois que viser exclusivement le Bien est une bonne piste de départ. Et je ne serais pas surpris de constater que la prospérité privée, et générale, en découle plus sûrement que dans la mise en avant de l’intérêt personnel et individuel comme principe d’action.

  • Koz,

    j’ai l’impression que nous mélangeons ici plusieurs choses. Il y a d’abord, comme j’en ai déjà parlé, le fait de savoir si un entrepreneur de bonne volonté devait chercher à faire le bien, ou simplement à faire du profit « dans les règles ». Je pense personnellement qu’il est préférable que l’entrepreneur se concentre sur la recherche du profit, et donc sur la production et la vente de bons produits. Je pense que c’est là qu’il est le plus efficace. Il contribue ensuite par l’impôt au reste de la société, et cela suffit selon moi.

    D’autant que je pense, et c’est un autre sujet, qu’offrir de bons produits est vraiment important. Un couturier qui coupe soigneusement un uniforme, et permet à des milliers de personnes de travailler de façon confortable et de se sentir élégant(e)s fait à mon avis plus de bien à la société que de nombreux prêcheurs.

    Par contre, il y a un autre sujet intéressant dans ton exemple: les gens qui à des degrés divers, décident de « truander le système ». Cela pose deux questions: peut-on limiter le nombre de personnes qui choisissent un comportement malhonnête, et peut-on ensuite les empêcher, ou limiter l’impact de ces indélicatesses ?

    J’aurais tendance personnellement à être sceptique sur l’impact que peut avoir l’éducation, qu’elle soit civique ou religieuse, sur le nombre de personnes malhonnêtes. L’Amérique religieuse n’est pas plus honnête que nous, surtout si l’on considère que certaines actions légales n’en demeurent pas moins malhonnêtes. L’Italie si catholique n’est pas forcément un exemple. Le meilleur système que j’ai vu est sans doute le Japon, et il repose sur une très forte pression sociale avec une possibilité d’exclusion du groupe pour fraude. Mais si un commerçant ne se trompera jamais en vous rendant l’addition au Japon, cela n’empêche pas les fraudes massives en politique et dans les entreprises.

    Bref, on en arrive sans doute à la nécessité d’avoir un système qui limite l’impact des truands. La réponse peut-être à plusieurs niveaux: d’abord la concurrence qui permet de choisir, des réglementations pour protéger le consommateur, un gouvernement contrôlé par des élections.

    Koz a écrit:

    Gros malin toi-même. Mon boucher trouvait le profit sans avoir à faire le bien. Donc, si tu trouves un système qui oblige à faire le Bien pr trouver le profit, je suis également preneur. Mais je crois que viser exclusivement le Bien est une bonne piste de départ. Et je ne serais pas surpris de constater que la prospérité privée, et générale, en découle plus sûrement que dans la mise en avant de l’intérêt personnel et individuel comme principe d’action.
  • Juste 2 observations : l’Amérique n’est pas religieuse, elle est tout et son contraire; quant à l’Italie, elle est (grosso modo) le pays de l’Eglise… et celui de la mafia.

  • Polydamas a écrit:

    Faux. Les libéraux n’ont strictement rien contre la charité à grande échelle si tel est l’objectif des possédants, que ce soit des entreprises ou des particuliers.

    Péremptoire. D’abord, la charité à grande échelle n’est pas nécessairement motivée par des raisons d’ordre moral. Et puis, il y a libéraux et libéraux. Ce que vous dites est peut-être exact pour le sous-groupe que vous appelez « libéral-conservateur ». Pour le reste, il faudrait demander son avis à Henri, qui nous expliquait justement que pour lui la « valeur » première en économie était l’efficacité – je mets « valeur » entre guillemets pour souligner la différence avec une valeur d’ordre moral.

    Yogui a écrit:

    Quant au fait que “nul ne s’en rende compte”, c’est de moins en moins le cas si l’on lit les chroniques de Krugman ou l’article du Chief Economist du FMI que j’avais mis en lien.

    Cet article est intéressant, pas exactement nouveau, mais j’apprécie tout de même de voir plus d’éléments factuels à l’appui de ce que disait Koz plus haut à propos des financiers (désolé, Henri, mais il y a quand même du vrai là-dedans). À toutes les époques du capitalisme il y a eu des barons qui ont dominé le domaine clé de leur temps: l’acier, le rail, le pétrole, l’automobile, les télécoms, aujourd’hui la finance. Ils ont acquis énormément de pouvoir, et ont souvent fini par se planter pour cause d’arrogance, en causant beaucoup de dégâts dans leur chute. De là à dire que tout le système est une dictature… il faut un pur idéologue, comme votre hypothétique anti-libéral, pour s’exprimer ainsi.

    Uchimizu a écrit:

    J’aurais tendance personnellement à être sceptique sur l’impact que peut avoir l’éducation, qu’elle soit civique ou religieuse, sur le nombre de personnes malhonnêtes.

    Moi aussi, mais la question n’est pas là. Pour revenir au texte (j’ai bon, chef ?) je dirais qu’il ne s’agit pas de combattre la fraude – pour ça, il y a le bon vieux tandem police-justice. L’objectif de Benoît XVI est de montrer au monde une voie non pas simplement pour éviter le mal, mais pour agir dans le sens du bien. Par rapport aux problèmes abordés dans l’encyclique – développement, mondialisation, etc. – il y en a relativement peu qui proviennent de la triche. Beaucoup plus sont liés à l’égoïsme, à la difficulté d’accepter le changement, à l’ignorance, au refus de se prendre en main, à l’étroitesse des raisonnements… Quand le pape parle de solidarité, de subsidiarité, de responsabilité, il ne s’agit pas juste de s’abstenir de faire les poches des voisins.

  • @ Liberal, qui dit: « Je pense que vous partez de postulats beaucoup trop restrictifs (et faux, accessoirement). Le don et le contre-don s’insèrent parfaitement dans une démarche libérale où la satisfaction d’intérêt égoïste passe par pas mal d’altruisme. »

    La démarche du MAUSS est justement de montrer que vous avez tort. L’altruisme n’est pas en général un moyen de l’égoïsme, il est une composante essentielle de l’être humain, ce qui n’exclut pas la co-existence d’une composante égoïste. Votre développement de l’exemple du boulanger d’Adam Smith n’est pas très original, et ne tient pas compte des travaux d’Adam Smith, qui décrit lui-même cet altruisme fondamental (pas dans « La richesse des nations », mais dans celui d’avant, qui doit s’appeler « théorie des sentiments moraux » ou quelque chose comme ça).

    Désolé de hanter cet endroit, mais après tout, c’est vous qui faites l’inversion typique des idéologues: si le but est le profit individuel, et même si ce profit individuel requiert un comportement hypocritement altruiste, ce n’est pas la même chose que si le but est d’aider l’autre. C’est pour ça que les fonctionnaires n’offrent pas de bonbons aux enfants: ils sont là pour le service des usagers, et pas pour leur profit perso. Un vendeur de téléphone qui offre des bonbons aux enfants continue à ne chercher qu’à me soutirer un maximum d’argent. Du coup, je n’ai avec lui pas le même rapport qu’avec quelqu’un dont l’intérêt premier est mon service, ce qui est le cas des fonctionnaires (propos généraux qui n’excluent pas les cas particuliers).

    Et puis c’est gentil de dire que les gauchistes ne pensent qu’au fric, mais venant de quelqu’un qui affirme que l’altruisme n’est qu’un moyen de l’égoïsme, on se demande si ce n’est pas de l’auto-dérision.

  • Polydamas a ecrit : « La liberté d’entreprendre n’a aucun rapport avec la liberté des mœurs, ce n’est pas la même logique, pas la même vision de la société, et surtout, pas les mêmes conséquences sur celle-ci et le bien commun. »

    Faudrait que je re-potasse mes cours de philosophie, mais il me semblait qu’il y a un sous-entendu dans toute la pensée libérale que l’optimum sociétal est obtenu en laissant-faire chaque individu ses propres choix. Et que ce qui est valable en économie est aussi valable d’un point de vue social. Allez demander a Gorbatchev si la libéralisation (plus de capacité d’entreprendre) de l’économie russe n’a pas amené une libéralisation (plus de choix individuel) politique.

    Pour ma part, je pense que les deux libertés (économique vs. de mœurs) sont intimement liées. Dans la pensée libérale, il me semble qu’il n’y a pas de « curseur » qui fixerait une liberté économique mais pas une liberté politique ou sociale. C’est justement parce que la pensée libérale construit sur le postulat individuel qu’elle diffuse cette liberté dans tous les segments de la société, non ? On s’entends bien, je ne plaide pas en soi pour un libertarisme des mœurs, mais force est de constater une similarité de pensée forte…

    Yogui: Votre article du Chief Economist du FMI est des plus intéressants.

    J’ai pas mal souri en pensant a Gwynfrid lorsque j’ai lu la phrase « The banking-and-securities industry has become one of the top contributors to political campaigns » qui démontre que l’implication d’entreprises dans la vie politique n’est toujours teinté de pur esprit de responsabilité… Il met aussi bien en lumière les mécanismes de marchés imparfaits dont parlait Liberal.

    Pour le reste, je me retrouve tres en ligne avec cette vision pessimiste en matière économique. On n’est tres tres loin d’avoir fait le clean down du secteur financier, sans même parler de l’autre éléphant dans la pièce, a savoir l’endettement des états.

    Gwynfrid a écrit : « Pour le reste, il faudrait demander son avis à Henri, qui nous expliquait justement que pour lui la “valeur” première en économie était l’efficacité – je mets “valeur” entre guillemets pour souligner la différence avec une valeur d’ordre moral. »

    Ouaip, bien d’accord avec cette précaution. Je pense « valeurs relatives » parce que décorrélées ou issues de sphères différentes (valeurs économiques, valeurs politiques).

    C’est mon principal problème avec l’encyclique de Benoit XVI, cette unification (qui n’est en aucun factice) mais qui repose sur une vérité extérieure pas forcément appréhendable par une personne de bonne volonté mais pas croyante.

  • Je partage un certain nombre des points soulevés par Henri. Le libéralisme s’est construit contre les systèmes imposant des valeurs communes (en particulier la religion), parce que l’imposition de valeurs est contraire à la liberté individuelle. L’économique n’est pas séparé du reste, dans cette affaire, et la logique libérale est identique en matière de marchés, et en matière de moeurs: imposer des limites communes empiète nécessairement sur la liberté de certains.

    Je note d’abord que le libéralisme n’est pas cohérent avec lui-même: il conserve un certain nombre de valeurs que l’état doit imposer (le droit de propriété, par exemple).

    Plus important, comme le dit Henri, il est fondé sur l’invention de l’individu par les philosophes des lumières. La société est alors vue comme une construction culturelle, relevant du contrat (Rousseau surtout, mais d’autres aussi). Je crois qu’il y a là un handicap: l’être humain n’est pas d’abord un individu, et ensuite un être social. Il est les deux à la fois, dans un équilibre, ou une tension, permanent.

    La question est alors de construire une société où ces deux aspirations sont respectées, et ce n’est clairement pas le cas du libéralisme.

  • henri a écrit:

    Et que ce qui est valable en économie est aussi valable d’un point de vue social.

    Je ne sais pas ce qu’est un optimum, je n’ai jamais compris ce concept.

    Autant je suis convaincu que la liberté économique est le meilleur moyen d’aboutir à une forme de prospérité, autant la même chose sur les mœurs, et la société, me paraît tout à fait destructeur.

    L’ordre économique est pour moi beaucoup moins important que l’ordre naturel de la famille, que la vie personnelle. En ce sens, ce dernier doit davantage être protégé que l’ordre économique. D’où la protection du statut de la famille, la promotion de la vie, etc. Et un point de vue très conservateur sur ces sujets.

    Je ne dis pas que les deux libéralismes ne sont pas liés, effectivement j’ai l’impression que sur le long terme, il est difficile d’avoir l’un sans avoir l’autre. C’est d’ailleurs ce qui me pose problème avec le libéralisme. Mais je ne crois pas qu’on puisse renoncer aux bienfaits du libéralisme économique sous prétexte que cela ferait tout partir à vau-l’eau ensuite.

    Gwynfrid a écrit:

    D’abord, la charité à grande échelle n’est pas nécessairement motivée par des raisons d’ordre moral.

    Et alors ? Doit-on sonder les âmes pour savoir quelle est l’intention qui recouvre tel ou tel acte ? Il n’y a que des prêtres qui peuvent se permettre ça, c’est le champ de la morale, les autres n’ont pas à s’en préoccuper. Depuis quand est-il de votre ressort de vous intéresser aux motivations personnelles des donateurs ? Est-ce d’ailleurs toujours désintéressé ?

    Rien que le fait de faire une bonne action, procure un sentiment de gratitude, de satisfaction personnelle qui une forme de compensation pour le don réalisé. Aucun don, aucune prière, n’est totalement désintéressé.

    Je ne cherche pas à critiquer le don, je dis juste que même les dons sont une forme d’échange, qu’il est possible d’accepter ou pas. Et que je ne suis pas sûr, sauf cas évidents (la mafia qui fait un don pour se racheter), qu’il faille juger les dons autrement qu’au niveau économique, sur une autre échelle que l’efficacité.

    Pour la morale, mis à part les cas évidents, c’est le job des prêtres, pas celui du régulateur, pas celui de l’économiste, pas celui du politique. Et il est bien évident qu’en morale on distingue plusieurs types de mérites, en fonction du donateur, et qu’elle n’est pas proportionnée au résultat.

    niamreg a écrit:

    C’est pour ça que les fonctionnaires n’offrent pas de bonbons aux enfants: ils sont là pour le service des usagers, et pas pour leur profit perso.

    Faux, parce que la responsabilité de tous est la responsabilité de personne. Fonctionnariser un service, c’est le meilleur moyen de le rendre irresponsable. Je suis peut être un peu catégorique, mais ça ne me semble pas être complètement éloigné de la réalité.

  • @ Gwynfrid

    Il ne faudrait pas croire que les entreprises françaises ne sponsorisent pas les équipes de foot locales des moins de 6 ans. Si vous allez dans les petits villages de campagne en France, c’est très courant, je dirait même que c’est la norme. En tout cas c’est le cas dans le rugby. Ce sont les PME, et surtout les PE locales, qui vont payer les maillots des mômes et même elles se bousculent au portillon car on imprimera sur les maillots le logo de l’entreprise, pas toujours d’un design très réussi.

    La scierie du village de montagne avec une vingtaine d’employés qui subventionne le club sportif ne va pas augmenter son chiffre d’affaire en sponsorisant les maillots, mais va faire plaisir aux employés dont les enfants sont dans l’équipe de rugby du village. Ca contribue à la cohésion sociale au sein de l’entreprise. Aussi c’est le fait que les bûcherons sont les piliers de l’équipe senior et sont les premiers à dire qu’ils s’occupent de trouver les sponsors pour les maillots de cette année.

    Cela ne veut pas dire que les grandes entreprises françaises ne sponsorisent pas les clubs de village. L’agence locale d’une banque nationale peut également apporter son soutien et gagner quelques clients au passage. Pour d’autres grandes entreprises, il se peut que pour diverses raisons elles ne veulent pas que leur nom apparaisse. Ces raisons vont du don anonyme désintéressé à la question de prestige (c’est bien de sponsoriser Rolland Garros mais pas une petite équipe de village inconnue) en passant par « si tout le monde est au courant, toutes les autres associations du village voudront aussi leur subvention ».

    Moi personnellement, je n’aime pas que les enfants soient utilisés comme support publicitaire, mais ça c’est un autre débat.

  • niamreg,

    Vous inversez le sens de la causalité. Ce n’est pas l’altruisme qui est un moyen de l’égoïsme, c’est l’égoïsme qui est un moyen de l’altruisme.

    L’objectif est, a toujours été et restera toujours que les gens adoptent des comportements altruistes. La question est de identifier comment on atteint cet objectif. On peut exhorter les gens à agir pour le bien, montrer l’exemple. C’est la démarche de Benoît XVI et de beaucoup d’autres. C’est une très bonne méthode à laquelle je souscris totalement.

    Maintenant, je juge (mais peut-être pas vous) qu’elle a des limites. Parce que les gens ne sont pas des saints et que, même s’ils ont une tendance naturelle à l’altruisme, parfois, souvent, ils pensent aussi surtout à eux. Il est donc pertinent selon moi (mais peut-être pas vous) de mettre en place des mécanismes qui incitent les gens à se comporter de façon altruiste.

    Mais dès qu’on parle d’incitation, on parle d’égoïsme. Inciter quelqu’un à agir d’une certaine façon, c’est faire en sorte qu’il soit dans son intérêt d’agir ainsi.

    Là est la force de l’économie de marché. Canaliser une inclinaison plutôt négative pour obtenir un effet positif. Comme un barrage qui canalise la gravité qui nous tire vers le bas pour en tirer une énergie utilisable à notre guise.

    niamreg a écrit:

    je n’ai avec lui pas le même rapport qu’avec quelqu’un dont l’intérêt premier est mon service, ce qui est le cas des fonctionnaires

    Je pense que vous vous trompez lourdement. Rien n’indique que les fonctionnaires soient plus (ou moins) altruistes que la moyenne. Il n’y a aucune différence fondamentale entre un fonctionnaire et un commerçant. Chacun a une base d’altruisme avec la diversité humaine habituelle (du coeur d’or au sale con) et un faisceau d’incitations qui vont orienter son comportement.

    Le fonctionnaire n’a pas plus que le commerçant l’intérêt public pour objectif premier. Il a un contrat avec l’Etat qui définit la compensation qu’il reçoit en échange de certaines activités. Son comportement global sera la résultante de son inclination naturelle et de l’effet des incitations qu’il reçoit.

    Le problème est qu’il a très peu d’incitations à améliorer la satisfaction des usagers. La critique des libéraux envers la fonction publique n’est donc pas dirigée contre les personnes (qui ne sont ni mieux ni moins bien que la moyenne) mais contre le schéma d’incitations qu’ils reçoivent. Les processus de recrutement, de rémunération, d’avancement ou de licenciement d’un fonctionnaire n’intègrent que très marginalement la satisfaction du public. C’est dommage. Alors on voit des comportements qui dépendent uniquement de l’altruisme des personnes. Un fonctionnaire dévoué (et il y en a, beaucoup) se démènera pour faire le boulot, même celui du voisin. Un fonctionnaire moyen fera ce qu’on lui demande, sans plus. Et un sale con n’en foutra pas une rame en profitant de la protection de son statut.

    C’est pour ça que les fonctionnaires ne donnent pas de bonbons aux enfants. Mais c’est dommage. Parce que vous avez raison sur un point essentiel. L’homme est essentiellement un animal social et altruiste. Et la bonté est sa propre récompense. Car si mon boucher a peut être commencé à donner des bonbons aux enfants pour des raisons intéressées, il continue seulement par plaisir. Le sourire de mon fils et le bisou qu’il lui fait est un petit rituel de bonheur tout simple.

    La boucle est bouclée. On a utilisé l’égoïsme de mon boucher pour l’inciter à faire un acte altruiste qui finit par s’autoentretenir tout simplement parce qu’il rend tout le monde heureux. Elle est pas belle la vie? Ce serait con de s’interdire ça parce qu’on refuse d’être souillé par l’ombre du profit, non?

  • Liberal, je crois que nous touchons un point-cle. Lorsque vous dites: « Le fonctionnaire n’a pas plus que le commerçant l’intérêt public pour objectif premier. Il a un contrat avec l’Etat qui définit la compensation qu’il reçoit en échange de certaines activités. Son comportement global sera la résultante de son inclination naturelle et de l’effet des incitations qu’il reçoit. », il me semble que vous vous trompez, comme beaucoup de libéraux, ce qui explique votre incompréhension de la fonction publique. L’agent d’un service public a (avait, avant la LOLF et la RGPP) comme objectif premier le service du public. Cela vous semble incroyable, mais c’est bel et bien son métier (qu’il fait plus ou moins bien, je le reconnais volontiers, et je ne refuse pas de réfléchir à des procédures pour qu’il le fasse mieux; le mettre plus souvent en situation de responsabilité, par exemple, comme on en a ébauché l’idée plus haut).

    Plus encore, il me semble que le choix d’une carrière de fonctionnaire n’est pas anodine. Certes, le statut peut être tentant pour certains (mais pas pour tout le monde, n’est-ce-pas?). Mais le niveau de rémunération ne l’est pas, et certains des défauts que vous voyez aux services publics sont partagés par beaucoup, y compris chez les fonctionnaires. Je crois qu’il faut accepter l’idée que beaucoup de fonctionnaires font ce choix par désir de servir le public (ou la collectivité en général). Pour eux, faire passer cet objectif derrière l’objectif de coûter peu est une véritable trahison, car cela dénature leur métier.

    Sur altruisme et égoïsme, pourquoi vous sentez-vous obligé d’imaginer que le boucher a mis des bonbons au départ par égoïsme? Pourquoi n’arrivez-vous pas à imaginer qu’un commerçant peut lui aussi être là parce qu’il souhaite faire plaisir et servir ses clients? L’altruisme, que vous présentez comme secondaire dans votre exemple, ne pourrait-il pas être premier, au moins pour placer quelques bonbons sur son comptoir? Parce que si c’est le cas, l’égoïsme n’est peut-être pas la seule méthode incitative?

  • Peut-être que, de même que « croire en Dieu » dépasse l’entendement d’un athée, « croire en l’altruisme » dépasse l’entendement d’un libéral 😀 ?

  • niamreg,

    Bien sûr, le métier d’un fonctionnaire est de servir le public. Tout comme le métier d’un commerçant est de servir ses clients. Mais peut-on dire comme vous le faites que l’agent de l’administration a comme objectif premier le service du public? Avant son intérêt propre? Alors qu’un commerçant aurait la priorité inverse? C’est bien de l’affirmer, mais il serait mieux d’argumenter.

    Ainsi donc, la fonction publique serait une sorte de corps d’élite moral où se retrouverait, en plus grande proportion qu’ailleurs, des gens qui placent le bien public au dessus de leur intérêt particulier? A-t-on mis en place des procédures particulières pour attirer, sélectionner, développer, promouvoir l’altruisme et les gens altruistes? A contrario, a-t-on mis en place des dispositifs pour débarrasser la fonction publique des moutons noirs?

    Ca va peut être vous étonner, mais j’ai des amis fonctionnaires. Des hauts fonctionnaires et des gens plus humbles. Et j’ai des discussions politico-philosophico-économiques avec eux et je n’ai pas identifié chez eux de différence notable avec le reste de la population sur ce point-là. J’ai des amis qui sont passés du public au privé (plus souvent que dans l’autre sens), et je n’ai pas remarqué d’augmentation corrélative de leur égoïsme. J’ai même parfois eu le sentiment qu’une des raisons de leur passage du coté obscur de la force était un certain sentiment d’inutilité dans l’administration, un sentiment qu’ils seraient plus utiles à leurs contemporains en la quittant.

    Cela rejoint d’ailleurs, plus généralement, mon opinion que les différentes catégories humaines sont très homogènes en matière d’altruisme. Il y a autant de coeurs d’or et autant de sales cons chez les flics, les curés, les profs, les ingénieurs, les publicitaires, les jockeys ou les scaphandriers. Autant chez les patrons que chez les employés. Autant chez les chrétiens que chez les juifs, les musulmans ou les athées. Autant au PCF qu’au Modem, qu’au FN.

    Ce n’est pas, comme le suggère ironiquement Yogi, que je ne crois pas à l’altruisme. C’est que je ne crois pas que l’altruisme n’appartienne à aucune catégorie.

    niamreg a écrit:

    Sur altruisme et égoïsme, pourquoi vous sentez-vous obligé d’imaginer que le boucher a mis des bonbons au départ par égoïsme? Pourquoi n’arrivez-vous pas à imaginer qu’un commerçant peut lui aussi être là parce qu’il souhaite faire plaisir et servir ses clients? L’altruisme, que vous présentez comme secondaire dans votre exemple, ne pourrait-il pas être premier, au moins pour placer quelques bonbons sur son comptoir?

    D’abord, vous remarquerez que j’ai écrit « peut-être ». Donc je peux imaginer qu’il l’ait fait par altruisme. C’est plutôt qu’il me paraît plus probable qu’il l’ait fait par égoïsme.

    Et pourquoi cela? C’est simplement que j’observe que les fonctionnaires (qui sont pourtant, à vous croire, un parangon d’altruisme) n’offrent pas de bonbons aux enfants. Des gens qui placent le service du public devant tout autre considération ne se sont jamais dit qu’offrir des bonbons aux gosses pourrait faire plaisir aux gens. Et celui qui a voué sa vie à gagner de l’argent aux dépens des autres, lui, y a pensé et l’a fait.

    Maintenant, si vous voulez qu’on réfléchisse ensemble à des incitations non-égoïstes, j’en serais ravi. Encore une fois, je suis favorable à tout ce qui va dans le sens de plus d’altruisme.

  • Je suis assez d’accord avec Libéral: je n’ai pas particulièrement remarqué, en tout cas dans la fonction publique française, une attention particulière pour son prochain, et je suis parfois tombé sur des gens discourtois. J’ai eu plus d’exemples d’employés du privé qui en font plus que ce qui est demandé: un employé d’une compagnie aérienne qui fait semblant de ne pas remarquer ma valise d’étudiant beaucoup trop lourde, le garde du supermarché qui passe 10 minutes dans son entrepôt juste pour me donner des cartons…

    J’ai l’impression qu’en général, les gens sont plus sympathiques et plus altruistes quand ils travaillent dans un environnement difficile où l’on est fréquemment remis en cause, et où l’ego n’a pas le temps de se développer.

    Je crois aussi qu’en général, il est très difficile de séparer l’égoisme de l’altruisme: le cerveau humain a des mécanismes très élaborés pour se persuader que quelque chose qu’il désire est en fait nécessaire au bien commun.

  • Une appréciation personnelle dans cet intéressant débat.

    L’altruisme n’est autre chose qu’une des multiples expressions de l’égoïsme.

    Sauf peut-être pour quelques saints, le « plaisir d’offrir » recouvre pour le donateur une gratification intellectuelle ou émotionnelle (de nature plus ou moins louche).

    Cette gratification s’avère supérieure à la perte matérielle subie (de temps, d’argent, etc).

    Usuellement, ce phénomène échappe (et importe peu) au récipiendaire, dont la situation est objectivement améliorée.

    Le « cadeau » peut d’ailleurs être totalement transparent: ainsi un fonctionnaire effectuant gratos des heures supplémentaires pour se faire bien voir de sa hiérarchie ou, tout simplement, pour se gratifier personnellement d’avoir correctement rempli un travail long et difficile dans un délai donné. L’usager comblé de voir son dossier si vite et inespérément avancé ne connaîtra rien de ces motivations.

    Au final, les deux parties sont gagnantes. Le monde est bien fait.

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  • @ voituredupeuple:

    Sans doute est-ce souvent le cas, mais cette constatation, somme toute banale, n’est qu’un point de départ.

    Le « bien » est pour l’homme, ce n’est pas un « prix » à payer pour « gagner » son paradis, et dès lors il est n’est pas surprenant que le bien conduise au bonheur.

    Il y aurait d’ailleurs des distingos à faire. Faire le bien pour se faire bien voir n’est pas la même chose que faire le bien discrètement et de s’en trouver heureux.

    Et ce n’est pas si simple : – pourquoi certains sont-ils heureux de faire le bien, alors que d’autres jouissent sadiquement du malheur d’autrui ? Le hasard des choses ? – la cohérence foncière entre bien et bonheur ne garantit pas, et loin de là, que choisir le bien garantit le bonheur général et immédiat ; et ici il vaut mieux laisser la parole à Job.

  • @voituredupeuple : Mais à quoi nous mène ce constat ? S’agit-il ici de se gagner une bonne conscience en considérant que celui qui donne ne donne jamais gratuitement puisqu’il gagne à tout le moins la satisfaction d’avoir bien agi ? Celui qui utiliserait son temps ou son argent à des fins personnelles voire égoïstes serait donc à considérer à l’égal de celui qui donne ? En fin de compte celui qui donne serait suspect, voire inférieur, parce qu’il entretiendrait l’illusion d’agir pour autrui alors qu’il n’agirait que pour lui-même tandis que celui qui ne donne pas aurait le mérite de la franchise ? J’ai parfois l’impression qu’une certaine intellectualisation conduit à une impasse.

    Et de fait, d’un point de vue concret, l’action de celui qui donne contribuera directement au bien-être d’autrui, tandis que celle de celui qui ne donne pas ne contribuera qu’au sien propre.

    Et, d’un point de vue moral, le constat que vous soulevez est – désolé – d’un intérêt relatif car il ne fait que reporter le ‘jugement’ un peu plus loin : l’action de celui qui trouve sa compensation dans le bien fait à autrui ou dans le plaisir d’avoir agi selon le Bien (la Vérité ?) n’a-t-elle pas plus de valeur que celle qui trouve sa compensation dans le seul bénéfice de celui qui agit ?

    Celui qui passe son Réveillon avec des sdf et affirme (souvent de lui-même) trouver sa compensation dans le plaisir donné aux autres peut aussi utiliser son temps pour aller au restaurant et trouver la compensation du temps et de l’argent utilisés dans une bonne bouffe. On n’est pas tous faits pour aller aider les sdf (ou pas tous capables de le faire) et celui qui va au resto n’est coupable, certes, mais mettre ces deux actions sur le même plan n’est pas possible.

    Niveller ces actions au prétexte que, dans chaque cas, il y a une compensation ne me semble pas avoir grand sens.

    Et puis, le don, c’est aussi la manifestation de l’humanité (dans son sens positif), de la solidarité, de ce qui fait la société.

  • @ Aristote et Koz

    Mon observation se devait d’être rapportée au regard du débat à connotation économique intervenant entre niamreg et Libéral. Je ne dénie en tout état de cause ni qu’elle était banale, ni que son intérêt était tout relatif.

    Réaction primaire (à la con): une des caractéristiques les plus aimables de ce blog est d’autoriser les esprits simples à s’exprimer. Si je n’atteints pas les limites minimales autorisées, croyez bien que je saurai, sans crier à l’intellectualisme outrancier et en toute humilité, me retirer sur la pointe de mes gros sabots…

    Réaction secondaire : bon, mon observation pouvait prêter à confusion et apparaît nécessiter une explicitation.

    Je ne prétends aucunement que la bonne et la mauvaise action soient d’effet équivalent. J’ai même écrit le contraire.

    Je crois toutefois qu’il est des vérités premières qu’il n’est pas inutile de rappeler.

    Là où vous voyez probablement du cynisme, il n’y a qu’un excès de scrupules.

    Donner 2€ à un mendiant stratégiquement assis sur le parvis de l’église à la sortie de la messe relève peut-être pour vous de l’évidence et d’un sentiment d’empathie naturelle que vous éprouvez vis-à-vis de votre prochain. Ce n’est pas mon cas.

    Même si je donne (ce qui m’est déjà difficile car j’ai l’impression de me faire manipuler), je ne peux m’empêcher de m’interroger sur la motivation profonde de ce don : autoattribution d’un certificat de générosité à bas coût, crainte révérencielle que le Seigneur en vienne à relever mon éventuelle pingrerie (au surplus au sortir de sa demeure), compensation implicite avec un acte dont je n’aurais pas été fier dans la semaine, voire pire (le don peut s’avérer l’expression perverse d’une domination par rapport à l’autre).

    J’oubliais une motivation, si superbement rapportée par La Bruyère dans ce bijou littéraire que sont Les caractères : « Nous faisons par vanité ou par bienséance les mêmes choses et avec les mêmes dehors que nous les ferions par inclinaison ou par devoir. Tel vient de mourir à Paris de la fièvre qu’il a gagnée à veiller sa femme, qu’il n’aimait point ».

    Un mot encore, sur « le don, manifestation de la manifestation de l’humanité, de la solidarité, de ce qui fait la société ». Je veux bien et j’ai même envie d’y croire. Cela ne m’empêche pas de penser que si l’être humain (courant lentement, sans crocs acérés, ni griffes, ni carapace et n’ayant pour seule arme que son cerveau) a pu survivre et prospérer dans un monde féroce, c’est que son intelligence l’a conduit à constater que son intérêt personnel passait obligatoirement par la solidarité.

  • Etrange…

    Personne ne semble envisager que les dons peuvent être gratuits, ne procurer aucune satisfaction personelle, ou même coûter…

    C’est pourtant bien ce qui fait la différence entre le méscénat des entreprises privées et l’altruisme des êtres humains.

    Un don « à perte » peut résulter d’une analyse froide et rationelle d’une situation. La Vérité des catholiques?

  • Peut-être serait-il bon de rappeler une règle de savoir-vivre sur le don: il doit rester le plus discret possible, et pour deux bonnes raisons: – ne pas humilier la personne qui reçoit le don: si j’aide mon frère parce qu’il a une difficulté financière passagère, il ne tient probablement pas à ce que toute la famille le sache, et à ce que cela devienne le sujet numéro un de papotage parmi les commères (et néanmoins dévotes) de service; – ne pas faire mousser l’égo du donateur, qui pourra par exemple chercher à faire culpabiliser ses proches qui donnent moins, ou s’en servir comme « argument de vente » pour remplir des objectifs allant de la promotion professionnelle à la séduction.

    Mon expérience personnelle est que le don regroupe des situations très variables, allant d’un égoisme cynique (se faire payer par ses proches ou par une association un voyage routard dans un pays du tiers-monde sous prétexte de faire de l’humanitaire) à une abnégation certaine (aller tous les mois encadrer un week-end de sortie pour des enfants handicapés n’est pas une partie de plaisir).

    Je termine en posant une question intéressante aux membres de ce blog: dans la mesure où je paie sans chercher à frauder plusieurs milliers d’euros d’impôts par an dont la plupart est de la redistribution vers des plus modestes, cela me dispense-t-il en partie de donner ?

  • @ Uchimizu: sur la question assortissant votre dernier commentaire:

    Votre ambigu « en partie » mis à part et hors toutes considérations relatives aux motivations, votre interrogation me semble personnellement appeler (hélas :-)) une réponse négative, en termes de morale personnelle, si vous êtes un bon chrétien ou un mécréant humaniste et prétendez à individualité et autonomie de gestion (ce dont je ne doute pas à votre sujet).

    Cette réponse nécessite toutefois d’être nuancée, concernant par exemple les grandes causes médicales quasi-institutionnalisées objets de messes télévisémotionnelles se terminant par « on ».

    Les « happy few » des classes moyennes sup’ qui paient sans barguigner (par civisme ou peur du fisc, peu importe) leur IR, la cantine plein pot de la gamine, leur loyer non sponsorisé et n’ont jamais perçu l’ombre d’une des myriades d’allocations sociales existantes (qui préservent certes, j’ai bien saisi, la « paix sociale ») peuvent se trouver contraints dans l’expression de leur charité par le sentiment que tout ce qu’ils versent est bien mal utilisé. Et que par exemple, les milliards déversés depuis de si longues années dans le budget de l’Education nationale, pour un résultat disons gentiment, médiocre, auraient mieux fait d’être investis dans la Recherche (dont le budget pourrait également, j’ai cru comprendre, être mieux utilisé, on n’en sort pas).

    Bon. Pour expier ce tout dernier développement rase-mottes qui fait peu cas du Cinquième Elément, je me recolle sérieusement à la lecture de CiV.

  • Moi qui ne suis pas une intellectuelle, je ne me contente pas de la lecture de l’Encyclique ; j’ai regardé le Collège des Bernardins (sur KTO) et je lis ce blog. Il me semble que si nous avons des difficultés avec le dû (nos impôts), le don relève d’un autre registre. De plus, inutile d’ajouter à l’analyse compliquée de nos propres motivations, une tentative de décider de la nature de celles des autres (je veux dire que je refuse de me pencher sur le saucisson donné par un boucher, ou des bonbons etc), ça me semble loin de la vocation à laquelle nous sommes appelés.

  • Débat très intéressant et très instructif.

    Sur le don, il me semble qu’il faut en distinguer plusieurs, de nature différente. Il peut être gratuit (sans espérance de retour); il s’apparente alors à la charité. Comme souligné par voituredupeuple, l’inconvénient majeur est qu’il crée une dissymétrie entre les deux parties. A mon sens -et je sens bien que ce n’est pas une façon de voir très chrétienne- cette dissymétrie suggère qu’il sert plus à satisfaire un caractère du donateur, qu’à améliorer le sort de celui qui reçoit. Mais il peut aussi s’inscrire dans une relation humaine plus équilibrée, où il ne se conçoit alors pas sans contre-don. De la même façon que nous échangeons des paroles et des signes, nous pouvons échanger des objets, ou de l’argent, sans savoir nécessairement ce que l’autre va répondre, mais en s’attendant à ce qu’il le fasse. Une sorte de conversation, donc, plutôt qu’un monologue.

    Et tout cela ne s’oppose pas à la solidarité collective par l’impôt. Cette solidarité là n’est pas de l’ordre de la relation entre individus. C’est un choix politique, où la démocratie devrait permettre que la collectivité choisisse réellement comment cette solidarité s’exerce, dans quels domaines, et pour quel montant. Elle n’empêche donc pas la relation individuelle par le don et le contre-don, mais devrait permettre que personne n’en dépende pour vivre, la rendant donc réellement possible en supprimant la contrainte d’y participer. Je crois que les mendiants de sortie d’église, par exemple, peuvent nouer des relations avec les paroissiens qui font qu’ils seraient là même sans en avoir besoin. Pour répondre à Uchimizu, je crois donc que l’impôt ne dispense pas de donner, mais permet de le faire sans contrainte.

    Enfin, je voudrais préciser ma position sur égoïsme/altruisme, et privé/public. Nous sommes d’accord qu’une identification privé=égoïste et public=altruiste est au mieux simpliste, désolé si j’ai pu laisser l’impression de penser cela. Je voulais seulement dire qu’interpréter tous les actes des individus comme des tentatives d’augmenter son capital propre (qu’il soit financier, social, moral, ou tout ce qu’on veut) est au mieux simpliste. Je crois que chacun d’entre nous est à la fois un individu au sens des Lumières, avec des motivations égoïstes, et aussi un animal social, avec des motivations collectives (plutôt que altruistes; agir en tant que membre d’une collectivité n’est pas la même chose qu’agir en tant qu’individu pensant aux autres). Prendre en compte cette double aspiration me semble une condition de la réalisation d’une société réellement humaine.

    Ce serait malhonnête de ne pas citer mes sources: je termine « La dissociété » de Jacques Généreux, qui reprend les travaux du MAUSS (mouvement anti-utilitariste en sciences sociales), et les réflexions de Jean-Claude Michéa sur le libéralisme. C’est à l’évidence une approche différente de celle de l’Eglise catholique. Est-ce réducteur de dire que cela vient peut-être que l’une cherche l’émancipation dans le réel, alors que l’autre cherche le salut éternel?

  • J’ai sans doute mis plus longtemps que vous tous à lire la lettre encyclique, puisque je viens de la finir seulement ce matin (au bureau !). Il est vrai que je ne suis pas en vacances et que je travaille quand même, plan grippe A(H1N1) oblige, malgré les fausses rumeurs instillées dans la presse sur la « mauvaise gestion du matériel et des médicaments utiles pour faire face à cette épidémie « mortelle » (700 morts de par le Monde contre 1,2 millions depuis le début de l’année de morts par le Sida et 7,6 millions de décès par maladie contagieuse depuis le début 2009) (un peu de troll : mes commentaires répétitifs sur la bonne gestion des hôpitaux sur ce coup là sur les journaux –même le figmag- sont systématiquement modérés !)

    Bref, revenons à ma compréhension de cette encyclique !

    J’ai d’abord eu beaucoup de mal à comprendre ce que signifiait « la vérité » pour B16. Sans doute du fait de mon approche du terme vérité par le biais de la philosophie bouddhiste.

    Il s’agirait donc pour lui de « la vérité comme accord avec le réel, de l’esprit de vérité comme reconnaissance de l’expérience »

    Déjà, là, je bloque : comment être objectif sur le « réel », Il nous faudrait une connaissance supérieure du réel pour l’appréhender correctement et je ne crois pas que l’homme en soit à ce point de « savoirs ». Et, en tant que scientifique, touchant aux sciences expérimentales, je doute qu’on puisse toujours assimiler « reconnaissance de l’expérience » et esprit de vérité. (une expérience étant par principe, astreinte aux lois des statistiques avec un écart type qui peut être réduit au maximum, mais certainement pas être égal à zéro, en l’état actuel de nos expériences et de nos connaissances)

    D’ailleurs nombre d’expériences – pourtant réelles au sens du vécu de l’expérience- peuvent elles être considérées comme étant « habitées » par l’esprit de vérité ? Elles sont d’ailleurs réfutées autant par certains tenants d’une laïcité dogmatique que de certains dogmes religieux.

    Ce préalable étant posé, il va de soi que mes commentaires sont d’une chrétienne non catholique, ce qui veut dire qu’ils sont forcément teintés de ma subjectivité.

    1- Au sujet de la Vérité, j’ai été interpellée par l’ « Agapè » et le « Logos

    Philia « l’amour qui partage, autrement dit qui prend et donne » : C’est le souci de l’autre (amitié, solidarité) dont parle Aristote. La philia, quel que soit l’équivalent français adopté, c’est : – La réserve de chaleur humaine, d’affectivité, d’élan et de générosité (au-delà de la froide impartialité et de la stricte justice ou de l’équité) qui nourrit et stimule le compagnonnage humain au sein de la Cité: et cela à travers les fêtes, les plaisirs et les jeux comme à travers les épreuves. – C’est aussi le sentiment désintéressé qui rend possible de concilier, comme le veut Aristote, la propriété privée des biens et l’usage en commun de ses fruits, conformément au proverbe -repris par l’auteur de la Politique à l’appui de sa thèse opposée à celle de Platon- qu’entre amis « tout est commun ».
    * Agapè « l’amour qui donne » : C’est la philia poussée jusqu’à l’universel en tant que don sans contrepartie dans sa dimension mystique ou religieuse. Connu de la littérature païenne, présent dans l’œuvre de Philon d’Alexandrie (~ 20 env.-45 env.), le concept d’agapè peut être considéré comme synonyme :- D’amour au sens de charité (caritas traduction d’agapè en latin) dans la tradition chrétienne- Ou de « Tout amour » sous tendu par la vacuité du moi (ego) dans la tradition bouddhiste.

    Il m’a semblé que parfois, au cours de cette lettre, nous étions plus dans la « philia » que dans l’ « agapè »

    Intéressant le fait de dire que la vérité est logos qui crée un dialogue, induisant de ce fait une communication…et une communion. J’ai beaucoup apprécié ce fait de souligner qu’un dia logue était une communion. Que nos politicards de tous poils en prennent de la graine !

    Caritas est donc assimilé à philia, c’est-à-dire amour reçu et donné ? Là, j’ai décroché.

    Ce passage à souligner :

    la charité dépasse la justice, parce qu’aimer, c’est donner, offrir du mien à l’autre mais..[…] je ne peux pas donner à l’autre du mien, sans lui avoir donné tout d’abord ce qui lui revient selon al justice…[…] la charité dépasse la justice et la complète dans la logique du don et du pardon …[…] la puissance de l’amour vainc le mal par le bien

    Il m’a été agréable de constater que B16 reconnaissait que « dans bien des cas, la liberté de la chrétienté était entravées par des interdictions et des persécutions, voire limitée quand la présence publique de l’Eglise est réduite à ses seules activités caritatives » C’est tellement vrai dans ce monde d’assistanat laïc !

    Intéressant aussi de constater que B16 condamne tous les excès, tant celui du tout technique tant l’excès du rejet total du progrès technique ! Il note à ce sujet une phrase de Paul 6 « chacun demeure, quelques soient les influences qui s’exercent sur lui, l’artisan principal de sa réussite ou de son échec », ce qui là encore, pourrait être médité par nombre de personnes qui se sentent toujours victimes et rejettent toujours la cause de leurs problèmes sur l’autre. Il est vrai que c’est tellement plus commode et déculpabilisant !

    Autre point: l’importance de la fraternité… « si tous les gars –et les filles- du monde, voulaient se donner la main » pour une authentique fraternité ! Avec pour corollaires : instruction, solidarité, consolidation des régimes démocratiques (on constate que les pays les plus pauvres ont rarement un régime démocratique), gestion appropriée des flux migratoires, libération des idéologies, suppression de la corruption et du non respect des lois aussi bien dans les pays pauvres que dans les pays riches ; (tout en constatant que « dans certains pays pauvres, subsistent des modèles culturels et des normes sociales de comportement qui ralentissent le processus de développement ».

    Est-ce là que certaines bonnes âmes, plus idéologiques que dans l’esprit de vérité ? vont hurler avec les loups sur une supposée discrimination ?

    Par contre, ma logique n’arrive pas à comprendre comment et pourquoi la délocalisation d’entreprises entraîne « l’affaiblissement des réseaux de protection sociale des pays pauvres et émergents » et leur « fait perdre leur capacité de remplir leur mission »< /i>, dans la mesure où ces réseaux sont souvent précaires, voire inexistants.(il écrit néanmoins un peu plus loin -§40- que « lorsque la délocalisation comporte des investissements et offre une formation, elle peut être bénéfique aux populations des pays d’accueil », ce que je trouve un peu succinct, car ces délocalisations apportent un peu de richesses, par l’intermédiaire des salaires, fussent ils faibles- à ces pays d’accueil)

    Chapitre 26 plan culturel. J’adhère à cette idée que « la marchandisation accrue des échanges culturels favorise un double danger » et que « l’éclectisme »culturel est souvent assumé de façon non critique, avec un faux dialogue interculturel sans véritable intégration pour le premier danger et un risque de « nivellement culturel ainsi qu’une uniformisation des comportements et des styles de vie » pour le second. Danger qui réduit l’homme à une culture. Et si l’on doit voir dans la coopération économique <i< »une grande occasion de rencontre culturelle et humaine », cela ne doit pas être en faisant abstraction de sa propre culture, puisque l’authenticité est un facteur amenant à la vérité.

    On le constate dans nos banlieues, où l’intégration est absente et où la « reconnaissance » se fait uniquement sur un mode culturel (et violent, donc purement émotionnel et réactionnel), sans faire une seule part au transcendant et à la raison. Et je suis d’accord avec le fait que, si nous devons sauvegarder les droits des personnes immigrées, nous devons aussi préserver les droits et exigences des sociétés qui les accueillent. Ce passage me déculpabilise, car parfois je me sens tellement en porte à faux sur ce sujet, certains de mes interlocuteurs essayant de me convaincre que la tolérance devrait être à sens unique et que nous devrions tout donner et ou céder ;

    Oui les migrants ont des droits inaliénables. Mais les habitants des pays d’accueil aussi. Que cela fait du bien de lire cela d’un chef religieux (non je ne vais pas devenir catholique pour autant)

    A réfléchir aussi les notions de ressources matérielles (alimentaires et de nécessité) e de ressources sociales, avec, en corollaire le devoir pour les pays riches, non pas simplement de les nourrir, mais aussi de les assister pour « qu’ils pourvoient eux-mêmes à la satisfaction de la demande » Cette approche devrait être faite aussi au sein des nations riches : c’est le but du RSa. Il devrait y avoir d’autres formes d’aides de ce genre. Un assistanat pur et dur comme on en voit tant (et maintenant systématiquement après chaque accès de violence que ce soit des séquestrations de patrons, du chantage à l’explosion ou de la « prise en otage » des citoyens par l’intermédiaire de grèves à répétitions) devrait se transformer en « aide toi, le ciel t’aidera ». Oui les peuples devraient être « les ouvriers de leur propre développement » et en être responsables. (C’est d’ailleurs en substance ce qu’a dit, en Afrique, d’abord N Sarkosy sous les huées, puis Obama sous les applaudissements (je me demande pourquoi ? la couleur de peau, peut être…A moins que ce soit le bord politique ? ou l’origine religieuse, avoir une mère juive étant largement plus négatif que d’avoir un père musulman ?)

    S’il est vrai que certains pays pauvres n’ont pas de ressources pour s’offrir de l’énergie », ces ressources sont certes utilisées par les pays riches, mais ces ressources sont payées aux dirigeants de ces pays. (voir les fluctuations du prix du baril de pétrole et les variations de production imposées par ces pays aux pays occidentaux, il me semble, dirigeants qui se fichent de l’éthique comme de leur première djellaba !

    J’adore ce pied de nez à tous ceux qui, pour critiquer le christianisme se réfèrent à l’inquisition ou aux guerres de religions entre catholiques et protestants du temps de Luther ou de Calvin ! (ce n’est pas parce que certaine religion monothéiste, plus jeune de 6 siècles, il est vrai- en est encore au moyen âge qu’il faut toujours la comparer à la chrétienté il y a 6 siècles, voire plus ! –> Non on ne tue plus au nom du Dieu chrétien avec l’accord des Papes depuis bien longtemps. Et ces actes terroristes étaient de nature fondamentaliste ou de nature fanatique ! –> Oui « la promotion de l’indifférence religieuse ou de l’athéisme s’oppose aux exigences du développement des peuples en les soustrayant aux ressources spirituelles des peuples.» et peut être assimilée à un sous développement moral.

    J’adhère totalement à cette idée que, « parmi les causes de sous développement, il y a un manque de sagesse, de réflexion, de pensée capable de réaliser une synthèse directrice »

    La vérité se doit de dire cette évidence. Et j’admire le courage de Benoît16 d’oser décrire, sans langue de bois, ces vérités, qui n’ont rien d’humiliantes et qui une fois admises peuvent s’améliorer et d’aboutir à l’autonomie de ces pays (ou de ces personnes ou groupes de personnes)

    Je trouve tellement dommage que l’on sacrifie l’autonomie (alors qu’on en parle beaucoup) sur l’autel de l’assistanat. D’autant qu’on tend à confondre besoins et désirs et c’est bien dommage ; Il est intéressant de remarquer que B16 accepte la sphère économique, ne la trouvant <i<« ni éthiquement neutre, ni inhumaine ou anti sociale », notant cependant qu’elle doit être structurée et organisée de façon éthique, de même qu’il trouve la mondialisation ni bonne ni mauvaise, mais fonction de ce qu’en font les hommes ! Une belle démonstration que le socialisme dogmatique n’est pas la panacée. La différence étant sans doute dans l’exigence conjointe de la charité et de la vérité ;

    C’est là, je crois un des points capitaux de cette lettre : cette nécessité de passer tout par le filtre de l’amour et de la raison, en laissant de côté l’émotionnel

    Par contre ce qui m’amuse c’est la nécessité, d’après lui aussi bien au niveau du marché que de la politique, de « personnes ouvertes au don réciproque » !

    Je doute que ce soit autre chose qu’un vœu pieux, lorsqu’on voit les magouilles existant –encore- au niveau des marchés (l’exemple des prises de bénéfices régulières, instaurant une baisse systématique de la bourse est ahurissante sur le plan éthique) et au niveau politique (où l’opposition s’oppose sans donner quoique ce soit et sans apporter une seule pierre à l’édifice commun national)!

    –> Oui, j’adhère à cette idée que« l’exaspération des droits aboutit à l’oubli des devoirs » C’est pour moi d’une telle évidence ! La religion et les croyances n’ont rien à voir avec cette vérité fondamentale que l’on peut expérimenter chaque jour (et que j’expérimente au quotidien à l’hôpital) Oui avoir en commun des devoirs réciproques » devrait ( !) mobiliser beaucoup plus que la seule revendication des droits

    Malheureusement, sur le plan expérimental, ce n’est pas ce que je vois ! La mobilisation pour la sauvegarde des avantages acquis est maximale, ces avantages fussent ils acquis au détriment de la population en général (on le voit avec le front du refus de nombre de réformes sur la retraite, la sécurité sociale, les indemnités chômages, la délinquance…voire le travail le dimanche 😉 …)

    Pas d’accord par contre sur l’affirmation que dans les familles petites, les relations sociales courent le risque de voir la solidarité traditionnelle diminuée, voire non garantie. Un enfant unique est surprotégé, assisté, ses frustrations sont évitées autant que faire ce peu par des parents qui considèrent que ce qui est unique est cher, donc « cher » ! (et pour le plus grand dommage pour l’enfant en question, d’ailleurs)

    Et même si je ne crois pas plus au réchauffement climatique pour raisons humaines qu’à la décimation de l’espère humaine par la grippe A(H1N1), j’adhère totalement à la nécessité de changer de mentalité sur le sujet de l’environnement, de la prise de conscience que l’énergie, qui, fut elle nommée renouvelable, n’est pas infinie.

    Quant à la solitude, je crois par expérience que c’est sans doute l’une des plus grandes souffrances que j’ai pu rencontrer. Néanmoins, elle dépend quasi uniquement de l’homme lui-même, et que, dans une même situation, certains se sentiront solitaires et en souffriront, quand d’autres verront la sollicitude des autres, l’apprécieront et de ce fait ne serons jamais solitaires!

    Est-ce du à la nature spirituelle de l’homme ? Je ne sais. L’amour, la vérité, l’authenticité permettent elles d’avoir un comportement qui éloigne la solitude ? Sans doute, car j’adhère à cette idée de B16 que la recherche du seul bien psychologique, toute transcendance exclue, amène l’homme dans un état de solitude incroyable.

    Je crois que tous, toutes tendances religieuses et politiques confondues ne pouvons qu’adhérer au fait que nous devrions être des clients responsables, tout en restant assez maîtres de nous-mêmes pour ne pas être manipulés par des associations ou des lobbies de toutes sortes. Mais voilà ! Publicité, marketing, modes et panurgisme dogmatique obligent…que faisons nous véritablement ? Nous achetons des ampoules basse consommation qui s’avèrent plus polluantes que les autres, nous nous précipitons sur le dernier portable à la mode…. Sans s’occuper de principes moraux et éthiques tant sur le plan du développement solidaire que sur le plan écologique ! (je ne suis pas sûre qu’acheter un seul paquet de café équitable suffise à changer le monde, même si cet acte nous –me- déculpabilise et est un pas dans la bonne direction)

    Ravie de constater §73, la diatribe de B6 sur les médias qui »imposent des paramètres culturels de fonctionnement à des fins idéologiques et politiques » Et si cela fait bien longtemps que je me pose des questions à ce sujet, je doute grandement qu’un jour, nous puissions voir des médias au service »de la dignité des personnes et des peuples, […] animés par la charité et mis au service de la vérité, du bien et d’une fraternité naturelle et surnaturelle » ! Enfin pour clore ce résumé (en 5 pages !) de ce que j’ai retenu de cette encyclique, je constate tous les jours les dégâts dus à la réduction de notre « moi » au psychologique, le besoin au bien être émotionnel, l’absence de spiritualité (parfois jusqu’au refus d’utiliser ce mot), l’absence ou la négation de toute transcendance. Bien sûr, il ne faut pas généraliser ! C’est évident. Néanmoins ce « vide de l’âme » m’effraie ainsi que la souffrance inconsciente qu’il apporte.

    le développement suppose une attention à la vie spirituelle […] d’amour et de pardon, de renoncement à soi même, d’accueil du prochain, de justice et de paix

    B16

    que votre amour soit sans hypocrisie,. Fuyez le mal avec horreur, attachez vous au bien. Soyez unis les uns les autres par l’affection fraternelle, rivalisez de respect les uns pour les autres

    Lettre aux Romains de Paul

    Chrétiens, athées ou autres croyants, ces messages ne vous semblent ils pas universels ?

    Bravo B16 ! Une orthodoxe convaincue.

    (qui vous prient de l’excuser pour la longueur de ce commentaire)

  • Juste une parenthèse au texte, pardon, pour continuer à éclairer Gwynfrid sur la nature de la société dans laquelle il vit : il apparaît que les instances d’arbitrage et de conciliation saisies lors de conflits entre les banques et leurs clients, instances soit-disant neutres et adoubées comme telles par la Cour Suprême, étaient en fait indirectement contrôlées par les banques. Ainsi au final l’exécutif, le législatif, et le judiciaire ont été captés par Wall Street, mais oui oui, c’est bien une démocratie quand même 🙂 !

  • « Sur le don, il me semble qu’il faut en distinguer plusieurs, de nature différente. »

    Soit.

    « Il peut être gratuit (sans espérance de retour); il s’apparente alors à la charité. »

    C’est la définition d’un don.

    « Comme souligné par voituredupeuple, l’inconvénient majeur est qu’il crée une dissymétrie entre les deux parties. »

    Si j’arrive sur les lieux d’un accident et que je rate mon train pour les accidentés, je me soucie assez peu de la dissymétrie induite.

    « A mon sens -et je sens bien que ce n’est pas une façon de voir très chrétienne- cette dissymétrie suggère qu’il sert plus à satisfaire un caractère du donateur, qu’à améliorer le sort de celui qui reçoit. »

    Bin, non, ça ne me satisfait pas de rater mon train. Mais mon instincr d’animal humain me pousse à le faire.

    « Mais il peut aussi s’inscrire dans une relation humaine plus équilibrée, où il ne se conçoit alors pas sans contre-don. »

    Alors ce n’est pas un don, c’est au mieux un échange de bons procédés, au pire une tyrannie (car on peut alors donner à quelqu’un qui n’a rien demander et attendre quelquechose en retour).

    « Et tout cela ne s’oppose pas à la solidarité collective par l’impôt. »

    Ca ne s’oppose pas en effet, puisque ça n’a rien à voir. Un contribuable n’est pas un donateur, à moins de payer plus d’impôts que ce qu’exige la loi.

  • Après lecture attentive de (presque) tous les commentaires, je souhaite réagir encore sur cette histoire de libéralisme. Libéralisme qui serait un modèle prenant en compte l’égoïsme de l’homme pour le « transformer » en altruisme, la somme des égoïsmes individuels étant censée aboutir à une prospérité collective. Je ne peux me satisfaire de cela. C’est tout bonnement inhumain. Dans tous les commentaires sur ce sujet, une chose me frappe : le raisonnement est mathématique, statistique, économique, bien « rationnel », à la recherche d’une efficacité optimale, digne d’un bon logiciel bien programmé, personne ne sort du cadre de l’homo oeconomicus… Personne n’appréhende le sujet avec une vision anthropologique complète, ce qui est justement l’urgence du moment, ce que nous rappelle avec force cette encyclique ! En débattant de l’encyclique, nous tombons dans le travers qu’elle dénonce… Où sont l’idéal, l’héroïsme, la SAINTETE dans tout ça ??

    Le raisonnement de l’idéologie libérale, c’est le même genre de raisonnements qui finit par favoriser le divorce sous prétexte que le mariage fidèle jusqu’à la mort « c’est trop dur », « pas réaliste », « statistiquement irréalisible », tant et si bien qu’effectivement, un beau mariage fidèle jusqu’à la mort est devenu quasi impossible (c’est un exemple parmi une foule d’autres possibles)…

    Plutôt qu’un modèle efficace théoriquement, statistiquement, mathématiquement, économiquement, l’Eglise propose un chemin exigeant, mais qui prend en compte la réalité de la nature humaine : l’homme a soif d’idéal, de grandeur, de beauté, de vérité. Foin de statistiques ou d’efficacité !

    On a souvent comparé l’égoïsme à la force gravitationnelle sans laquelle une arche ne tiendrait pas debout. Certes. Mais prenez un tailleur de pierres lambda. Expliquez-lui par a+b que sans la gravité, son arche ne tiendrait pas, que la gravité est l’élément a priori négatif qu’il convient d’utiliser à bon escient, et tout et tout. Et surtout, surtout, ne lui parlez pas trop du travail minutieux, fastidieux, usant, qu’il aura à fournir, d’abord sur lui-même en apprentissage, puis sur la matière qu’il travaille, pour que ses blocs s’empilent parfaitement. Revenez le lendemain. Votre tailleur de pierres aura acheté une belle grue, et larguera des caillasses à peine dégrossies du plus haut qu’il le peut, la gravité faisant le reste. A quoi ressemblera votre arche ? C’est pareil pour notre modèle de société. Parlez d’égoïsme, prônez l’égoïsme, soutenez l’égoïsme, flattez l’égoïsme, et votre belle société ressemblera très bienôt à un gros tas de décombres. Parlons d’idéal, de beauté, de grandeur, d’héroïsme, de SAINTETE, y’aura toujours des salauds, mais parions que notre monde sera plus beau, parce que l’homme a ce désir imprimé en lui. C’est l’enseignement du Christ, de l’Eglise, du Pape, pour tous les hommes de bonne volonté.

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