Hubris euthanasique

Chronique du 24 août 2026
Photo de Yehezkiel Gulosur Unsplash


Nous voilà donc repartis pour une nouvelle saison. J'inaugurerai peut-être cette fois-ci une nouvelle façon de faire : ajouter quelques mots de contexte à la chronique sur le blog, plus librement.

Au cœur de cet été, le pays a changé. Pour beaucoup de Français, dont certains ne s'étaient de toutes manières guère intéressés au sujet, la page est tournée. Une page se tourne en effet : je ne peux plus être Français exactement de la même façon. Je ne suis plus d'ici comme avant. Pour les soignants, dans les EHPAD, les hôpitaux, comme l'a très justement exprimé Thibault Baranger, un autre combat commence :

Est-il légitime de pratiquer cet acte ? Comment faire si je ne veux pas, et que personne autour de moi n’est disposé à provoquer le décès de mon patient ? Comment puis-je soutenir l’envie de vivre de mon patient, alors que le droit me demande de mettre en place le protocole létal ? Puis-je travailler avec quelqu’un qui pratique l’euthanasie ?

Autant de questions auxquelles le législateur a été parfaitement indifférent.

D'autres vous attendent tous, même si vous n'avez pas l'intention de demander l'"aide à mourir". Votre père, votre mère, votre fille, malades, sont-ils en train de le demander - ce qu'ils peuvent faire sans vous prévenir, pour vous préserver diront-ils ? Et apprendrez-vous leur décès par euthanasie ensuite ? Serez-vous conviés par un proche à assister à ses derniers moments ? Le laisserez-vous tout seul ? Irez-vous voir la vie quitter les yeux de l'être aimé ? Oui, c'est une belle saloperie, qui se fera en silence parce que l'on n'a pas le droit de se plaindre du choix, de la liberté, de celui ou celle qui part.

Le Conseil Constitutionnel a émis une unique réserve substantielle. Pour le reste, reconnaissons que certaines questions posées ne relevaient pas de l'appréciation d'une conformité de la loi à la Constitution... et que, pour bien d'autres, le Conseil n'a pas cherché à forcer son talent.

Cette réserve a été immédiatement combattue, suscitant cette chronique, envoyée avant que les mêmes zélateurs de l'euthanasie n'investissent aussi les colonnes de Libération et du Nouvel Obs pour la combattre, dévoilant au passage pour ceux qui se faisaient encore des illusions l'animosité envers les catholiques qui animent leur mobilisation. Disons-le : ce régime à deux vitesses n'est pas non plus une bonne chose pour les soignants, mais c'est une mauvaise chose que le jusqu'au-boutisme des partisans de la loi a fini par imposer. Leur hostilité tient peut-être in fine aussi en cela : lorsque l'on transgresse un tel interdit anthropologique, le moindre espace de résistance est un espace de mauvaise conscience. Il faudra pourtant maintenir cet esprit de résistance, dans les établissements privés comme à l'hôpital public. A ma petite mesure, je m'y appliquerai.

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