Piss partout, Christ nulle part

C’est la marche absurde du monde… Aux Etats-Unis, un « pasteur » a mis le feu au Coran. Un artiste a plongé le Christ dans la pisse. Brûler le Coran, pisser sur la Croix, y’a un filon. Comme il serait vain de chercher du sens dans l’absurde,  ce sont les réactions qui sont taxées d’intolérance.

C’est aussi que ceux qui ont détruit le « Piss Christ » ont manqué du savoir-vivre-ensemble minimum pour espérer se faire comprendre du monde. Ils ont manqué d’à-propos. Comme Gainsbourg brûlant un billet de 500 francs, que n’ont-ils fait de cette destruction un happening, dénonçant l’idôlatrie de la transgression et de la provocation, tant l’art, surtout contemporain, est devenu un cache-sexe de la vacuité ? Mais ces gens-là sont affligés, c’est malheureux, d’un refus chronique de la modernité, et d’un manque criant de fantaisie. On aurait pu imaginer un flash-mob, singer un salon artistique, que sais-je, avant de passer à l’exécution. A 50, 100, 150, on peut contenir un gardien de musée de province. Ils auraient dressé là comme un plateau de télévision quelques canapés défoncés, chaussé des culs de bouteilles, épuisé des mégots. Ils auraient chanté du Boullez et instruit le procès des modernes idoles.

Serrano dénonçait-il l’idolâtrie du crucifix ? Ils auraient dénoncé, eux, ces idoles modernes que sont l’art contemporain, la transgression et son intégrisme, dans lequel la démarche artistique se pervertit. La transgression qui devrait être un point de départ est l’aboutissement de la démarche. L’esthétisme ne pouvant pas, ou ne pouvant plus – allez savoir – être le critère de l’art, la transgression l’a remplacé. Et tant pis si celle-ci devait être originellement au service d’un sens. A ce compte, nos agités du pic à glace auraient donc pu faire de l’acte éminemment transgressif qu’ils ont commis une performance artistique.

On peut tout de même chercher un sens à l’œuvre de ce Serrano. Jean-Pierre Denis, évoquant déjà cette représentation, soulignait que si « aux Etats-Unis, son exposition alimenta la controverse (…) certains la défendirent comme une métaphore certes provocatrice et extrême, mais au fond juste, sensible, puisqu’elle nous renvoie à la façon dont notre société méprise en profondeur la Passion du Christ  tout en faisant mine de respecter la religion »1. On pourrait y voir encore une dénonciation de l’idolâtrie du crucifix. D’ailleurs, en un sens, Andres Serrano pourrait voir dans cette destruction et les mails des opposants l’aboutissement de sa démonstration : lorsqu’ils personnifient la Croix, en invoquant « l’honneur du crucifix », n’est-ce pas un pas vers l’idolâtrie ? Comme l’écrit toutefois Jean Pierre-Denis, « il serait naïf de donner [à l’auteur] le bon Dieu sans confession ». D’ailleurs, en ce qui me concerne, je reste ouvert à l’idée qu’on puisse illustrer tout ceci sans plonger la Croix dans la pisse. Mais je reconnais bien volontiers que je suis un garçon assez peu transgressif.

Admettons, donc, pour l’auteur. Je ne suis pas certain en revanche que les promoteurs de l’exposition aient privilégié cette interprétation lorsqu’ils ont prévu de montrer cette photo, ni lorsqu’ils ont résolu d’en faire l’affiche de leur expo, placardée dans la ville (comme le rappelait Mgr Cattenoz), certains de se faire connaître, et de provoquer des réactions.

Alors le pasteur fou, le propriétaire de la collection, dénoncent l’intolérance, crient à l’obscurantisme moyen-âgeux (ce qui est méconnaître le Moyen-Âge, mais nous ne sommes pas à ça près). Vraiment, il y là un truc marrant : c’est que ces apôtres de la tolérance commencent par pisser sur ce que d’autres tiennent pour sacré. Bien sûr, ils en ont formellement le droit, mais c’est une façon de prêcher la tolérance à coups de tatanes dans la gueule que je trouve bien peu pédagogique – sauf à acter, ce qui est bien possible, que la tolérance peut aussi s’accompagner du mépris d’autrui. Mais alors, est-ce donc sur leur sens du respect et leur goût de la tolérance que leurs adversaires devraient se caler ? Dans ce cas, à la fois transgressifs et intolérants, les adversaires du Piss Christ ont plutôt bien retenu la leçon.

Certes, le parallèle a sa limite. Le pasteur fou n’invoquait pas même implicitement une démarche artistique (et vu son air pas drôle, je ne parierais pas un kopeck sur du second degré de sa part), les islamistes qui ont tué des occidentaux ne sont évidemment pas excusables. Les excités du marteau du dimanche ne le sont guère non plus, mais ils n’ont pas tué. Bref, l’épisode « Burn a Coran » est une version exacerbée et tâcheronne de notre polémique de gens du monde.

Dieu m’est témoin en outre2 que mon premier mouvement a été de dénoncer ceux qui ont instrumentalisé cette affaire pour se positionner. Car là-bas, c’est Ahmid Karzaï qui a mis le feu aux poudres pour se placer en défenseur de l’Islam, en dénonçant publiquement une video de l’autodafé du Coran qui serait passée inaperçue sinon. Et ici, c’est l’Institut Civitas qui a mis à profit cette exposition pour se faire connaître – avec force chaînes de mails – et se poser en défenseurs du christianisme, alors même que cette exposition est passée inaperçue pendant plus de trois mois. L’immense majorité des musulmans n’a pas réagi lors du dernier passage à l’acte du pasteur fou, et l’immense majorité des catholiques quoique choqués n’a pas appelé à la destruction de l’oeuvre. Et puis, pour avoir visionné une video émanant de chez eux, dans lequel un prêtre prêchait la nécessité de défendre la chrétienté, sur fond d’images de croisés, et d’un « tous à vos postes » qui venait clore la video sur un long écho, je tiens leur idéologie et leur action pour à peu près aussi nuisibles au christianisme que la photo de Serrano.

Karzaï et Civitas ne sont pas des « idiots utiles ». Ils ne sont pas stupides, mais ils sont bel et bien complices. Les provocateurs comptent sur eux pour exister, et eux existent par les provocateurs (à tout le moins Civitas). Ce petit jeu a son côté lassant : oui, cette image nous déplaît, oui, la provocation vient encore suppléer le talent et oui, c’est mal de réagir violemment. Mais, hein, ma foi, vous imaginiez quoi ?

A nous, donc, de sortir de ce cercle funeste.

Des catholiques m’opposent souvent ceci : et donc, on ne fait rien ?

Alors, que faire ? Eh bien, par exemple, suivre le Christ. Pour un catho, ça se pose là, comme idée, non ? Suivre obstinément sa propre voie de construction intérieure, comme extérieure, et pourquoi pas Sa voie. Parce que lire encore, en ce dimanche des Rameaux, que « l’honneur du Christ nous oblige » est pour le moins déplacé alors que l’évangile du jour nous rappelle le souci que le Christ avait de son honneur. Comme si le Christ avait besoin de nous pour défendre son honneur, comme si une oeuvre minable était de nature à porter atteinte à son « honneur ». Comme s’il s’agissait d’honneur. On pourrait dire, avec Bernanos, cité par Sébastien Lapaque : « Vous pourriez lui montrer le poing, lui cracher au visage, le fouetter de verges et finalement le clouer sur une croix, qu’importe ? Cela est déjà fait ». Et, avec Edmond, « finalement, quelle humiliation pourront-ils y ajouter, ces hommes qui ont déjà mis Dieu à mort ? Qu’ils crachent sur la croix : ils l’ont déjà fait ».

Pour continuer dans la référence biblique, il parait que le maître a besoin d’ouvriers pour la moisson. Aux dernières nouvelles, il y avait du pain sur la planche. Et l’on fait davantage pour la foi, pour le christianisme, en construisant qu’en dénonçant. Alors, que toute cette énergie, toute cette ardeur, souvent juvénile – nos profanateurs d’art moderne ont une vingtaine d’années – soit mise à l’organisation d’événements montrant positivement le christianisme, qu’elle soit mise au service de la charité, au service du prochain. Le reste nous ronge inutilement.

S’il y a des « avant-postes » que nous devons occuper, les uns les autres, c’est bien ceux-là.


  1. Pourquoi le christianisme fait scandale, p. 106 []
  2. ainsi que Benjamin, Sébastien, Bertille, David… []

Auteur

Monoépoux, multipère, et fidèle à plusieurs titres. Également avocat (associé fondateur BeLeM Avocats) et auteur de Ca ira mieux demain (Sept. 2015, éd. du Cerf)

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145 comments

  • Bravo et merci ! Merci de mettre des mots sur ce que je pense ! Ca fait chaud au coeur de ne pas être le seul à penser ça !

  • Oui, moi aussi j’ai pensé à Piss Christ pendant la messe des rameaux et le récit de la Passion, et me suis dit « on est pas à ça près ».

    Bravo sur l’évocation d’un possible happening autour de la destruction, qui me séduit malgré mon côté libéral.

    (Au passage, me souviens de la première dépêche dessus, parlant de gens « catholiques, voire d’extrême droite »: c’est bien connu, quand on est catho on est presque d’extrême droite et quand on est d’extrême droite on est forcément catho.)

    Et aussi bravo d’avoir donné le bénéfice du doute sur une possible bonne interprétation de cette oeuvre.

  • Bonjour,

    la première chose qui m’a frappée avec cette image, c’est qu’elle est objectivement belle : si on ne sait pas « ce que c’est », si c’est fait à travers photoshop, c’est beau. La deuxième chose, c’est qu’elle se situe dans un courant artistique qui touche à tout, et pas seulement au crucifix, l’artiste allemande qui s’habille dans une robe « de viande », les aliments laissés se décomposer sous plexi, les excréments, etc. ne sont plus maintenant fondamentalement innovateurs.

    Un des gros mérites de ce genre d’oeuvre (et là je parle en général) c’est de nous pousser à nous questionner sur nos limites, notre notion de l’acceptable, du supportable, du beau (peut il être purement formel, etc), bref à prendre une distance par rapport à la représentation.

    C’est ce qui manque manifestement à un certain nombre de religieux (j’ai vu ailleurs le terme de catholistes) où l’affectif d’une atteinte à leurs croyances prend le pas sur toute autre considération. Or j’ai toujours pensé que si Dieu était effectivement ce que toutes les religions nous apprennent, ce genre de « blasphèmes » doit l’atteindre aussi peu qu’un grain de poussière à l’échelle de la Terre, et en tout cas beaucoup moins que les cruautés humaines, les guerres, les famines, etc. Bref, il n’est pas écrit dans les dix commandements « tu ne feras pas de connerie avec l’image de ton Dieu », il semble que les essentiels soient ailleurs.

    Détruire une oeuvre d’art n’est pas en pratique un bien grand crime. Aucune oeuvre n’est irremplaçable, sauf aux yeux de son auteur, et ici ce sont sans doute les compagnies d’assurance qui subiront le plus grand dommage. Mais en détruire deux ? Trois ? Cent ? interdire une parole qui gêne plutôt que la contrer ? Reconnaître implicitement son incapacité à convaincre, et vouloir museler à cause de cela ? Les « istes », quels qu’ils soient, oublient que l’adhésion à une croyance, ou même le simple respect, n’a de valeur que s’ils sont libres.

  • Pardon pour une correction purement orthographique : Boulez, avec un seul l, et Hamid Karzaï, pas Ahmid, contrairement à une prononciation répandue dans les médias. Par ailleurs, pour moi athée, je vous rejoins tout à fait. S’il y a une seule parole de type « missionnnaire » qui me soit audible dans l’Evangile, c’est bien : « c’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres qu’on vous reconnaîtra pour mes disciples. » Tout ce que je vois et entends d’autre est, au mieux, nul et non avenu à mes yeux et, au pire -c’est le cas le plus souvent- contre-témoignage. Je peux dire que ce dernier dossier est fourni.

  • « L’on fait davantage pour la foi, pour le christianisme, en construisant qu’en dénonçant. Alors, que toute cette énergie, toute cette ardeur, souvent juvénile – nos profanateurs d’art moderne ont une vingtaine d’années – soit mise à l’organisation d’événements montrant positivement le christianisme, qu’elle soit mise au service de la charité, au service du prochain » …C’est seulement ce matin que j’ai pu découvrir la mise au point de Mgr Cattenoz (je l’ai retranscrite ici : http://dialogueabraham.forum-pro.fr/t160-blog-piss-christ#33 ). Et j’ai apprécié la façon dont il appelait à réagir par le dialogue, loin des menées de Civitas et de l’AGRIF…

  • Et bien, tu sais quoi ? A deux ou trois détails près, je suis d’accord avec tout ce que tu dis. Et pourtant… je ne suis pas convaincu malgré tout ! C’est fou, ça, non ?

    Car oui, c’est franchement regrettable qu’on vienne provoquer notre foi et ensuite chouiner parce que deux zozos à qui personne n’a rien demandé se sont crus investis d’une mission divine « pour l’honneur du crucifix ». Ces deux-là, s’ils avaient été à la messe – parce que, oui, je présume qu’ils n’y ont même pas fichu les pieds hier, pour faire leurs travaux de terrassement à 11h30 – ils auraient pu entendre le Christ dire à Pierre : « Rengaine ton glaive ». Rappel éventuellement utile, à un moment de l’évangile un tout petit peu plus crucial que la sempiternelle (quoique unique) sainte colère contre les marchands du temple. Grâce à eux, il y a fort à parier que les cathos sortent doublement perdants de cette affaire, alors qu’il y aurait eu matière à faire preuve d’un peu de pédagogie pour expliquer en quoi cette œuvre nous atteignait douloureusement. Pour le coup, elle a toutes les chances de devenir définitivement emblématique (d’autant que détruire une photo, c’est à peu près aussi efficace que de voler un coquillage à la mer), et qu’on nous rappelle pendant longtemps que des types sont allés la dégommer à grands coups de masse… Dommage.

    Il ne s’agit donc toujours pas (jamais ! je l’ai dit) de défendre cette œuvre. Ni même de l’admettre, d’ailleurs : dans un pays où la liberté d’expression est supposée être une valeur aussi forte, ce serait quand même un comble qu’on ne puisse pas manifester une forme d’opposition. Mais, comme quelqu’un (Vianney, je crois) l’a souligné ailleurs, le Christ ne s’est jamais positionné du côté des insulteurs et de ceux qui montrent le poing. L’urgence serait donc maintenant de se désolidariser de ce geste, parce qu’il ne correspond en rien à ce que nous sommes. Je ne suis d’ailleurs même pas bien certain que donner des coups de masse dans une représentation du Christ ne soit pas une autre forme d’outrage, si on y réfléchit une seconde…

    Bref. C’est pas souvent que je viens commenter, je m’en veux un peu du coup de le faire en demi-teinte, mais je trouve que tu te tortilles encore un tout petit peu trop (reproche déjà formulé à propos du papier de Jean-Pierre Denis) pour adhérer ou seulement être sûr de bien saisir ta position. Mais je t’aime bien quand même, et je m’en vais te repoker de ce pas sur Facebook, tiens ! 🙂 Quant à ton idée de réel happening façon procès de l’œuvre, j’aurais adoré. Ç’aurait été drôle et pertinent. Si seulement…

    Allez : bisous mon grand. C’était bien, les vacances ?

  • @ lovizolette: La robe « de viande », je ne sais pas si ça a été fait par une artiste allemande, mais je crois me souvenir que ça a été porté par Lady Gaga, une chanteuse américaine.

  • J’ai le souvenir d’une nouvelle, mais impossible de me souvenir de l’auteur ; il s’agissait d’un tableau, le visage du Christ représenté en se servant de petites photos, de vagins je crois ? Bref, l’histoire était racontée du point de vue du gars embauché pour protéger le tableau de ceux qui voulaient le démolir. Le gars commençait par être choqué par le tableau, puis y pensait de plus en plus, et finissait par bien l’aimer… Jusqu’à ce que quelqu’un réussisse à le détruire, et qu’il se rende compte que la caméra au-dessus de lui n’était pas une caméra de sécurité, mais qu’elle était destinée dès le départ à filmer la destruction de l’œuvre, pour que le film devienne lui-même de l’art.

  • Évidemment, il suffisait que je laisse tomber pour que je retrouve les références de la nouvelle ! C’était Nipple Jesus (donc des photos de tétons et pas de vagins, pardon), de Nick Hornby.

  • Deux « intégristes » qu’on ne retrouvera jamais.

    Reprenons la chronologie : 1 – Une conjonction particulière : l’arrivée de piss Christe en grandes affiches, sponsorisées par une mairie UMP, une semaine après la sévère condamnation par les tribunaux d’un huluberlu ayant effectué son « piss coran » sur youtubeUne 2 – mobilisation irréprochable des catholiques : pas d’insultes, un soutien de la hiérarchie, la mise en avant du role des franc maçons… 3 – Un succès obtenu sans violence : retrait de sponsors, retrait de LVMH, décrochage du calicot géant…

    La claque était trop forte, il fallait un contrefeu. Les deux personnes qui ont détruit des photos de l’exposition ont bien évidemment agi sur commande, et ne sont CERTAINEMENT PAS des « catholiques intégristes ni des catholiques toujours.

    Il s’agit d’un montage de communication très classique. On ne les retrouvera jamais, car ils risqueraient de dénoncer leurs commanditaires, lesquels se trouvent probablement dans l’entourage du marchand d’art…

    Cherchez à qui profite le crime…

  • Merci. La tolérance, laïque, religieuse, humaniste, bref la tolérance lumineuse, la tolérance tout court, elle est dans votre billet.

  • Merci pour cet excellent rendu trés objectif des sentiments et des faits de cette pitoyable affaire. Et combien elle est étonnante la coïncidence du calendrier…liturgique et artistique…il ya des signes qu’on ne peut voir qu’avec la fluidité du Saint Esprit. Je me suis demandé si Aide Mon Prochain et Koz sont frères après la lecture réciproque de leur billet. Si j’avais habité Avignon, j’aurai mobilisé une poignée de Born Again et nous nous serions rendus sur place, payé notre entrée, et nous nous serions placés devant l’oeuvre, et nous aurions fait peter une louange de feu pour acclamer Celui qui enlève le Péché du monde. Je ne sais pas si le tableau se serait décroché du mur, mais c’est comme celà que je perçois la réponse juste à cette infamie, qui révulse les coeurs soi-disants aguerris des virils de la catholicité. Maintenant que nous avons franchi la porte de Jérusalemen en l’acclamant avec nos Hosanna, tenons lui la main, et soyons trés trés proches de Lui…Il a besoin de nous…Soyez bénis.

  • Merci pour ce message qui traduit exactement ce que je pense. J’ai moi-même reçu des mails pour la destruction de ce Piss Christ, mais effectivement personne avant les excités du marteau n’en avait réellement parlé! Et oui, je crois profondément que défendre l’honneur du Christ, c’est avant tout être un bon chrétien au quotidien, qui construit, qui donne envie, qui inspire, qui aide, et qui pardonne. Et puis le prêche à coups de marteau, c’est pas top chrétien je crois… Merci encore pour ce beau billet!

  • Bon billet. Moi ce qui me surprend toujours, c’est les « prières de réparation ». Ou comment venir hurler à la face de l’Ennemi: « on demande pardon au Christ pour tes péchés, méchant mécréant ». Des fois on se demande si ces gens croient encore que les catholiques peuvent commettre des péchés…

    Ça me rappelle un truc, tiens: « toi, quand tu pries, retire-toi dans ta chambre, ferme la porte et prie ton Père qui est là dans le secret. »

  • Et pendant que j’y suis, ce qui m’énerve: les « imagine que ça aurait été Mahomet, hein. Ben ils auraient brûlé des ambassades, les gars. »

    Ouais donc toi tu t’autorise à réagir comme les fanatiques, parce que hein, les islamistes ils ont des couilles quand même…

  • Il y a quand même deux différences de taille entre l’affaire Terry Jones et le cas Serrano.

    1. les bons apôtres de la tolérance ne subventionnaient pas sur fonds publics le happening du pasteur et les ministres de la culture ne le soutenaient pas, c’est peu de le dire.

    2. les affreux intégristes catholiques n’ont tué personne.

    Ensuite, on me dira que Terry n’est pas un artiste et qu’il ne faut pas confondre. Serrano est-il un artiste ? Bon, j’avoue, il fait (ou fait faire) de jolis tirages cibachrome. Ses photos de cadavres à la morgue mettent en valeur avec délicatesse le teint gris bleu des chairs en voie de putréfaction. Admettons que ce soit un artiste.

    Mais après tout, un artiste doit-il avoir plus de droits à la provocation qu’un citoyen de base ? Y a-t-il une liberté d’expression à deux vitesse ? Y a-t-il d’ailleurs un brevet de reconnaissance artistique ou suffit-il de se déclarer artiste pour jouir de la protection apparemment absolue de « la liberté de création et d’expression qui s’inscrit dans le cadre de la loi » selon Férédric Mitterrand ? Toute expression d’un artiste est-elle obligatoirement une oeuvre d’art (« passe-moi le sel germaine » ou « à mort Le Pen » deviennent-ils des poèmes en prose dès lors qu’un poète les prononce) ? Terry n’est-il pas d’ailleurs un artiste qui s’ignore ?

    Au plan des purs dommages matériels, il me semble qu’un nouveau tirage cibachrome soit assez peu coûteux, à moins que Serrano ait aussi pissé sur le négatif… mais dans ce cas, ça devient pathologique et il faut d’urgence vérifier l’artistique prostate.

    Ce qui me chagrine, c’est qu’un certain Ernesto Rojas Abbate a été condamné il y a peu à trois mois de prison avec sursis, et 1000 € d’amende, par la justice de la République. Simplement pour avoir uriné sur un coran, préalablement partiellement brûlé, puis mis en ligne le film de sa performance. Evidemment, les juges sont toujours un peu en retard sur la création artistique et ils n’ont pas goûté à sa juste mesure l’oeuvre de ce jeune vidéaste de talent qui, encore inconnu du grand public, réussit la gageure d’explorer simultanément les deux modes d’expression artistique de Serrano et Terry Jones.

    C’est de mes toilettes, Maître, où, faut-il le préciser, je me torche avec la déclaration des droits de l’homme et l’édition princeps du contrat social (non par provocation gratuite évidemment, mais par passion esthétique pour la couleur marron) que je vous alerte sur cette grave atteinte à la liberté d’expression.

  • Ça me rappelle un truc, tiens: « toi, quand tu pries, retire-toi dans ta chambre, ferme la porte et prie ton Père qui est là dans le secret. »

    Il y a le culte privé, mais il y a aussi le culte public dû à Dieu.

    Cf Pie XI, Quas Primas par exemple. « Les Etats, à leur tour, apprendront par la célébration annuelle de cette fête que les gouvernants et les magistrats ont l’obligation, aussi bien que les particuliers, de rendre au Christ un culte public et d’obéir à ses lois. Les chefs de la société civile se rappelleront, de leur côté, le dernier jugement, où le Christ accusera ceux qui l’ont expulsé de la vie publique, mais aussi ceux qui l’ont dédaigneusement mis de côté ou ignoré, et punira de pareils outrages par les châtiments les plus terribles; car sa dignité royale exige que l’État tout entier se règle sur les commandements de Dieu et les principes chrétiens dans l’établissement des lois, dans l’administration de la justice, dans la formation intellectuelle et morale de la jeunesse, qui doit respecter la saine doctrine et la pureté des mœurs. »

  • Je suis entièrement d’accord avec toi Koz. Autant cette « oeuvre d’art » m’indiffère au plus haut point, autant je suis choqué de la voir détruite. Il me semble que les pires atrocités ont été commise au non de la religion. Je ne pleurerais pas cette « photo » (non, ce n’est pas un photomontage, elle date de 1987 … ).

    L’intolérance dénoncée tour à tour par le pasteur fou ou l’auteur des photos détruites sont plus à chercher au départ dans leurs propres actes : dégrader une relique sacrée (ie : la brûler ou pisser dessus) est un acte inimaginable de profanation de la religion toute entière, et par là un acte d’intolérance et/ou de provocation …

    Je suis en revanche plus circonspect devant le dernière paragraphe du commentaire de Marie Aude :

    Seul le propriétaire de l’œuvre a le droit de détruire son œuvre. Dire qu’en pratique, aucune œuvre n’est irremplaçable me fait tousser. Pourquoi ? L’époque actuelle fait qu’on pense à tort que les œuvres sont copiés et copiables. Que dire des tableaux, des livres originaux conservés scientifiquement dans des conditions de température et d’hydrométrie constantes. Si ils sont détruits, ils ne manqueront qu’a leur auteur ? Ces œuvres appartiennent à l’humanité toute entière.

  • Désolé de donner une note discordante, mais il me semble que la controverse est le terrain le plus fertile de l’expression finale de la vérité. Je suis personnellement très satisfait et très reconnaissant envers les personnes ayant détruit cette œuvre et provoqué la fermeture de cette exposition. Notre différence fondamentale provient très probablement de notre approche différente de la laïcité. La laïcité est, que vous le vouliez ou non, une entreprise, sous des dehors humanistes, parfaitement anti-chrétienne. La preuve à Strasbourg où le carême va à l’encontre de la laïcité, alors que la viande hallal, non. Il n’y a pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir… Cette laïcité devrait être remplacée par une religion officielle, catholique romaine étant donnée l’identité française, ce que je dis d’autant plus facilement que je ne suis pas catholique. Me basant sur l’exemple anglais, il me semble que les non anglicans ne sont pas spécialement discriminés outre-manche. Mais revenons à notre urine. Le problème n’est pas en soi l’art de ce personnage. Le problème, le nœud du problème, est que ceci est fait avec des fonds publics. Si ceci avait été fait dans une expo privée, par un gars qui finance seul, ok, pas de souci. Par exemple je condamnerai quelqu’un usant de violence envers Onfray par exemple. Madame Fernandez avait fait une réponse chrétienne et parfaitement intelligence à cette philosophie païenne. Mais que mes impôts servent à m’insulter, à plonger dans l’urine ce qui m’est le plus cher au monde, tout le monde comprendra qu’il y a là quelque chose qui n’est pas admissible. Ensuite, que la maire UMP (je ne l’oublierai pas pour les prochaines élections) argue la liberté d’expression pour que cette chose soit exposée dans une ville papale pendant la semaine sainte, suffit à m’attirer une grande sympathie pour les quatre activistes. Je pense qu’une discussion théologiques avec ces quatre personnes révéleraient des gouffres abyssaux, mais sur la théologie du tournevis, nous nous retrouvons. Ensuite, je suis gêné par la façon dont vous ou JP Denis tournez autour du pot. Toute la problématique de la validité de la représentation ou non, a été tranché au concile de Nicée en 787 pendant la crise iconoclaste. Tenons nous en à cela pour savoir comment nous représentons les choses. Si la seule réponse à l’insulte est le billet d’humeur sur le blog, je me permet de vous rappeler qu’il existe la saine et sainte colère. Jésus a chassé les marchands du Temple. Il a fait acte de violence contre les biens et non contre les personnes quand il y avait quelque chose inacceptable. Ensuite, chacun demandera, mais où fixer la limite. Lorsque le Dieu-Homme souffre sur la Croix, le moment où Il sauve le monde entier, moi, ma fille, toi, ce con de Lambert, à ce moment là, je trouve qu’on ne peut pas Lui pisser dessus. Pas avec mon blé, pas à Avignon, pas cette semaine, Désolé.

  • Edmond Prochain a écrit : :

    L’urgence serait donc maintenant de se désolidariser de ce geste, parce qu’il ne correspond en rien à ce que nous sommes. Je ne suis d’ailleurs même pas bien certain que donner des coups de masse dans une représentation du Christ ne soit pas une autre forme d’outrage, si on y réfléchit une seconde…

    Soit et certes et, en même temps, je suis un peu las de devoir me désolidariser de ce qui n’est, comme j’ai tenté de le dire, qu’un grand barnum, un jeu de rôle casse-couilles. Bon, ils ont démontré quoi, les gars ? Qu’il y a des gens qui se disent catholiques (ou pas, d’ailleurs, puisque le doute persiste) et qui sont malgré cela violents et intolérants. Eh ben… la belle affaire, la grande découverte.

    Et parce que l’oeuvre d’un artiste dont je me fous est saccagée par quatre gars avec lesquels je n’ai rien de commun, quand la quasi-unanimité des catholiques s’est bien comportée, je dois nécessairement et urgemment me désolidariser des cons ? Bon ben voilà : j’en suis pas. Mais tout ça a un côté tellement vain. Et puis en prime, ça me gonfle aussi un peu de voir que la société, les medias, mettent uniquement au pilori ces intégristes mais qu’aucun ne s’interroge sur la démarche de Serrano. Alors, bon, ok, je me désolidarise des vilains pas beaux intolérants, mais oui, je traîne un peu les pieds et je l’assume. Parce que, de toutes façons, on ne pourra pas faire grand-chose pour convaincre du contraire ceux qui s’empressent de nous dépeindre en sectateurs zélés.

    PEG a écrit : :

    Et aussi bravo d’avoir donné le bénéfice du doute sur une possible bonne interprétation de cette oeuvre.

    Ouaip. Je me trouve assez bienveillant sur ce coup-là, même si ces bonnes interprétations ne sont pas strictement impossibles. On serait plus édifiés si l’auteur explicitait un peu plus sa démarche.

    @ Anna: on ne pourra pas savoir si les organisateurs de l’expo l’espéraient vraiment. Probable que non. Mais, en revanche, ce que vous nous décrivez souligne que le scénario était, littéralement, déjà écrit.

    @ Gerald: il y a plus de deux, ou trois, ou quatre différences entre les deux cas. Mais il y a aussi plus d’une, deux, trois ou quatre points communs.

    Et pour ce qui est de la différence n°2, c’est dans le billet.

    Gerald a écrit : :

    Mais après tout, un artiste doit-il avoir plus de droits à la provocation qu’un citoyen de base ? Y a-t-il une liberté d’expression à deux vitesse ?

    Ben, oui. Malheureusement, il est rigoureusement impossible de distinguer juridiquement une provocation intelligente d’une provocation minable, et un certain nombre d’artistes manqués en profitent.

    Oupsman a écrit : :

    Il me semble que les pires atrocités ont été commise au non de la religion.

    Non. Par une instrumentalisation politique de la religion, c’est possible. Mais l’Allemagne nazie, la Russie soviétique, le génocide au Rwanda me semblent pouvoir être classées au rang d’atrocités.

  • Dommage en effet que cette oeuvre, qui sans doute dénonçait l’idolâtrie des catholiques traditionalistes pour le Crucifix, ait été abîmée. Je vous l’aurai offert en cadeau pour votre salon.

    Plus je vous lis, plus je me sens attirée par les extrêmes.

    anne.kerjean

  • Ben tu vois : on arrive à être d’accord, du coup ! Là je souscris en retirant mes réserves… 🙂 La seule chose qui m’agace profondément, c’est que parfois j’ai l’impression dans le discours de certains qu’on a « le droit » d’être aussi cons que les autres. Et certes, c’est vrai. Mais dans le même temps, on a certainement « le devoir » d’être un peu meilleurs.

    L’idée n’était d’ailleurs pas tant de se désolidariser des casseurs eux-mêmes que de ne pas afficher une joie trop ostensible à l’annonce de la destruction. De toute façon, ils réexposent la photo à partir de mardi, entends-je à l’instant. Ce qui tend à montrer à quel point le geste aura été efficace…

  • @Koz : Quand je pensais atrocités commises au nom de la religion, je pensais plutôt aux croisades ou au massacre de la Saint-Barthélemy (par exemple, liste non exhaustive).

    Mais heureusement (!) que les atrocités sont commises aussi sans rapport avec la religion. Dans les cas que tu cites, elles sont commises au nom d’une idéologie. Et entre l’idéologie et la religion, il n’y a qu’un (grand) pas.

  • Jésus, le fils de l’homme, le Christ, l’oint, est celui guide mes pas, et quand je trébuche il me redresse. Le crucifix est un objet de bois et de métal, qui ne contient aucune magie et n’est qu’un symbole rituel qui relie les membres de la famille chrétienne (nous sommes une famille, et non pas une communauté je le rappelle). Je me fous qu’un objet soit photographié dans la pisse, comme je me fous que les rameaux posés dans ma maison soient bénis ou pas. Je crois, point final.

  • Salut,

    Plutôt en phase avec ton billet ainsi que celui d’Edmond.

    J’ajouterais juste que l’exposition du Piss Christ m’est largement passée au-dessus de la tête : on a autre chose à faire, en plein carême que de pousser des cris d’indignation quand on plonge un symbole chrétien, vraisemblablement non consacré, dans l’urine. Ca fait plus mal à mon sens artistique déjà fort peu développé qu’à ma foi. Ca me fait surtout pitié pour ce pauvre artiste : je ne doute pas qu’un jour il aura à confronter cela à l’amour infinie du Christ, et il y a des fois où juste de recevoir le pardon ça peut faire très mal, en tout cas dans un premier temps… on l’expérimente souvent en confession ce que c’est que d’avoir le coeur lourd.

    Et puis sinon, pour faire écho au « rengaine ton glaive » d’hier, déjà cité par Edmond, en ce qui concerne la « défense » du Christ, me revient sans cesse en tête ce « Passe derrière-moi Satan, tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes » à Pierre qui refusait catégoriquement que Jésus soit humilié et mis à mort. Bon, évidemment, il n’aurait rien dit, on aurait été tenté de douter de sa compassion, mais bon… Tout ça pour dire que quelque chose m’a beaucoup plus énervé, c’est de recevoir des appels à pétition contre le Piss Christ qui titraient « Pour l’honneur de Dieu »… je ne sais même pas si les tartuffes de Chrétiens qui balancent ça sur la toile sont un tout petit peu conscient du blasphème dont ils se font les auteurs ou les collaborateurs avec un truc pareil. Bref, Serrano et eux, même combat. Et j’ai tout autant de pitié à leur encontre, quoiqu’avec un certain agacement parce qu’eux viennent me chercher pour me faire signer leurs trucs.

    Dernière chose, le fait de qui a fait ça et de ce qu’on pensera ou non des cathos dans cette histoire me passe presqu’autant au-dessus de la tête que l’expo de Serrano… dans ce cas, ça ne risque pas de couter la vie à des innocents, du moins a priori. Alors bon, qu’on me solidarise ou pas, bien malgré moi, de ces abrutis de vandales, ne me touche pas plus que ça. Comme passion, on a connu pire.

  • Ce qui m’apparait à moi et qui semble t’échapper (en tous els cas tu n’en parles pas ici, aussi clairement) c’est que nous nous retrouvons d eplus en plus, sous la pression de politiques incosncients, à des réactions exacerbées qui relèvent de plsu en plus de sortes de guères de religions… alimentée par une perte de repères qui rend encore plsu extrêmes les réactions des uns et des autres… En France, le débat sur une pseudo-laïcité de façade n’a-t-il pas favorisé de telles réactions épidermiques ? Dans la mesure où les identitaires (où qu’ils soient) se sentent menacés, de aprt et d’autre ? Telle est la question cruciale que je discerne derrière ton billet. Peut-être t’apparais-je hors propos, mais me fallait te l’exprimer.

  • @ Compsognatus : Je suis tout à fait d’accord avec votre commentaire. Il semblerait d’ailleurs que les « vandales » aient également abîmés une photo d’une religieuse en train de prier.

    Toujours le même adage : « chercher à qui profite le crime ».

    • Les cathos : non, au contraire. A force de mobilisation, les sponsors prenaient le large, montrant ainsi la force des cathos quand ils se mobilisent. Cette destruction vient plutôt leur nuire puisqu’elle vient remettre en cause par la violence ce qu’ils avaient acquis par la mobilisation pacifique.

    • L’artiste : plutôt. Agitateur, provocateur, cette expo et le buzz vont faire monter le cours de ses « œuvres », façon Murakami ou Koons à Versailles. Touchez pas au grisbi !

    • La mairie : pas vraiment. Après avoir affirmé que cette expo se tiendrait malgré l’obscurantisme catholique grâce à l’action municipale, la Mairie a jugé bon de reculer en supprimant les affiches, et en affirmant qu’il s’agissait d’une expo privée.

    • LVMH et les sponsors : non. Ils se sont désolidarisés, retirant leurs billes, leurs logos, et baissant leurs pantalons par la même occasion.

    • Les Frères .°. Tout ce qui nuit à l’Église, leur profite… Ils ont perdu le combat de la « Femme-Loire », ils ne voulaient pas perdre celui-ci.

  • Pingback: Variae › Les mots de la politique (6) : le Piss Christ

  • @lovizolette , la robe de viande au départ c’est Jana Sterbak (on remarquera au passage l’élégance de Lady Gaga qui ne cite pas son inspiration)

    @Gerald ces questions sur l’art, artiste, tout ça, ça date d’au moins Duchamp et son urinoir

    @Oupsam sur le fond je suis parfaitement d’accord avec vous. Je produis des « oeuvres de l’esprit » et je suis farouchement attachée au droit d’auteur, etc. Mais ce que je voulais dire, c’est qu’en pratique, la destruction d’une oeuvre d’art n’a pas de conséquences matérielles graves. Le monde est plein du souvenirs d’euvres impérissables que nous n’avons jamais vues parce qu’elles ont été détruites, et le nombre d’oeuvres dont nous ne nous souvenons plus est encore plus important. Entre détruire une oeuvre d’art et affamer quelqu’un, être indifférent à une détresse que l’on peut soulager, il y a une gradation. Ca ne veut pas dire que j’approuve.

    @all vous avez tout dit

  • J’ajouterai le point suivant : l’expo semblait être surveillée et protégée à la fois par la Police (demandée par le Préfet) et par la compagnie de gardiennage de l’expo.

    Et pourtant, 2 individus sont rentrés dans l’hôtel de la la Collection Lambert en payant leur entrée, comme de simples visiteurs, avec des masses et des bombes de peinture. Puis, le visage découvert, ils ont détruit la protection en verre, puis celle de plexiglas (la photo avait déjà été attaquée en 1997) avant de s’en prendre à la peinture au « Piss Christ ». Tranquille.

    Que fait la Police ? Et la compagnie privée de surveillance ? Pas de contrôle à l’entrée ? Personne pour surveiller la photo emblématique ? Personne pour s’opposer à sa destruction et à la destruction des autres photos ? C’est trop énorme ! Incapables de capturer les 2 canailles qui ont pu sortir avec quelques coups de poings ? Et les caméras de surveillance ? Et les témoins ?

    Enfin, ils ont quitté le musée aux cris de « Vive Dieu ! vive Dieu ! » C’est tellement caricatural. Pour quoi pas « Allah akbar » ?

    Même l’attentat de l’observatoire et les irlandais de Vincennes semblent plus réalistes.

  • « Comme si le Christ avait besoin de nous pour défendre son honneur »

    Les deux gars qui ont fait le boulot ne défendait pas l’honneur du Christ, mais leur Honneur. En payant leur ticket et à visage découvert. Chapeau !

  • Merveilleuse société libérale moderne qui garanti à tous, sans exception, la liberté d’expression. Il fut un temps, où l’expression n’était pas aussi libre qu’aujourd’hui. Si j’en crois la vulgate républicaine, il s’agissait de cet odieux Ancien Régime durant lequel l’alliance du Trône et de l’Autel sévissait et opprimait. Pourtant il y avait des libres penseurs et leurs œuvres réussissaient à se faire un chemin jusqu’à ceux qui étaient intéressés, même si parfois il fallait que l’impression se fasse en Angleterre ou en Hollande puis arrive par plis ou porteurs jusqu’au client. Temps béni où la pensée originale pouvait exister. Jugeant cela trop élitiste, la république a préféré niveler par le bas et permettre la liberté d’expression, ce qui diminuait sérieusement la possibilité d’une pensée originale, donc un danger pour le pouvoir. Pas bêtes, les révolutionnaires avaient bien pigé le truc.

    Concernant cette immonde soi-disant « œuvre d’art » (oui car s’agissant d’une photographie, il ne peut s’agir d’un original), il me revient en mémoire cette citation :

    «  Il ne s’agit pas d’exprimer des choses vraies, justes ou utiles, ni de les exprimer de manière soignée, agréable, ou même simplement compréhensibles, il s’agit de s’exprimer soi, à n’importe quel prix et par tous les moyens. Il y a peu, sous le patronage de l’Etat français, un artiste exposait au Grand Palais un échantillon de son urine. C’est le summum de l’expression de soi « .

    Vladimir Volkoff

    Certes, les auteurs de cette dégradation n’ont pas contribué à rendre les catholiques populaires. Cependant, en ce temps où le respect de la foi ne concerne que les musulmans – si j’en crois le maire de Strasbourg et d’autres élus – je ne peux m’empêcher d’avoir une petite pensée de compréhension et de soutien pour eux. Pour une mosquée de taguée, combien d’églises ? Pour une tombe musulmane profanée, combien de chrétiennes ? Etc. ad nauseam. Arrive un moment où cela ne devient plus supportable et la soupape pète.

  • J’attire votre attention sur la très courageuse prise de position de l’archevêque d’Avignon, sur le site du diocèse. Il n’y manque rien : refus de considérer « ça » comme de l’art, emploi de termes clairs comme « profanantion » et « ordure », comparaison avec le traitement différent dont aurait joui, en cas semblable, l’islam. A tel point que pour les bobos pathétiques des Inrocks « l’archevêque d’Avignon Mgr Cattenoz [est un ] disciple de l’excommunié Mgr Lefèbvre » (sic). Merci Monseigneur !

    Une profanation d’un Christ en Croix dans un musée et sur la voie publique d’Avignon

    Article publié le vendredi 8 avril 2011 par Mgr Jean-Pierre Cattenoz

    Comment est-il possible de déposer un crucifix dans un verre, de « pisser sur le Christ en croix » jusqu’à remplir le verre, prendre un cliché du résultat et déclarer qu’il s’agit d’une œuvre d’art ? Pour moi, évêque, comme pour tout chrétien et tout croyant, il s’agit là d’une provocation, d’une profanation qui nous atteint au cœur même de notre foi !

    Comment est-il possible de ressortir une telle ordure des poubelles de l’histoire – le cliché date de 1987 – pour l’exposer dans la cité des papes ? La collection Lambert n’a-t-elle pas perçu qu’elle exposait une photographie qui blessait gravement tous ceux pour qui la Croix du Christ est le cœur de leur foi ? Ou bien a-t-elle voulu provoquer les croyants en bafouant ce qui pour eux est au cœur de leur vie : la Croix du Christ, unique source de vie pour l’humanité ?

    Comment les autorités locales interrogées se sont-elles lavé les mains comme Pilate autrefois en déclarant que la municipalité, qui subventionne en partie la collection, n’avait pas « vocation à s’immiscer dans les choix artistiques effectués par les responsables d’un lieu qui n’est pas un musée municipal et dont la collection appartient à un mécène privé » ?

    Les autorités locales n’ont-elles pas entre autre pour mission d’assurer le respect de la foi des croyants de toute religion ? Or une telle œuvre reste une profanation qui, à la veille du vendredi saint où nous ferons mémoire du Christ qui a donné sa vie pour nous en mourant sur la Croix, nous touche au plus profond de notre cœur.

    Y aurait-il parfois deux poids et deux mesures ? Si un cliché représentant un Coran trempé dans l’urine d’un photographe était affiché aux yeux de tous comme une œuvre d’art, la réaction des autorités locales, de l’Etat, serait immédiate pour dénoncer une telle atteinte à la foi de nos frères musulmans. Il serait demandé à la justice de condamner les auteurs de tels comportements, et je serais le premier à m’associer à leur réaction pour dénoncer ce qui serait une profanation grave, un scandale touchant la foi de ces croyants.

    Comment et pourquoi les autorités de l’État restent-elles sans réagir devant l’affichage d’un Christ trempant dans de l’urine ? Devant un tel scandale, je me dois d’alerter publiquement les autorités de mon pays qui se targuent de défendre une laïcité positive et qui par ailleurs tolèrent une fois de plus l’affichage de photos qui portent gravement atteinte à la foi des chrétiens. Une fois encore, dans le cas d’atteinte à notre foi chrétienne, le silence reste la règle de la part des autorités, et elles continuent à soutenir des comportements qui nous blessent au cœur de notre foi et plus encore en ce temps de la Passion et de tout ce que cela représente pour nous.

    Avignon le 8 avril 2011

    • Jean-Pierre Cattenoz, archevêque d’Avignon
  • Koz, bravo pour votre post au ton modéré, la bêtise ne mérite pas l’énervement.

    Sur le blog Sacristain et pour un autre sujet vous m’avez posé deux questions auxquelles je me suis empressé de répondre hier et je ne les vois pas publiées.

  • @ Oberon :

    Si les partenaires privés semblent s’être désolidarisés, a priori leurs logos ne figurent plus sur le site de la collection, il n’en reste pas moins que ceux de la ville d’Avignon, du département, de la région et du ministère de la culture sont encore présents.

    Sans vouloir me la jouer, il me semble que l’article 1er de notre constitution précise que la république  » respecte toutes les croyances « . Comment dit-on déjà dans les cités ? Parole de pute. Non ?

  • Bonjour à tous,

    le post de Koz reflète plutôt mon sentiment sur cette histoire. Une association semble-t-il ultra-minoritaire et extrémiste a effectué une action qui fera plutôt une publicité négative au catholicisme. C’est injuste, mais c’est la règle du débat public et de la politique. N’importe quel petit chef d’équipe dans une entreprise sait cela: on nous tend des pièges, et

    Pour le reste, je suis dégouté par l’oeuvre en question: le mélange de scatologie et de religion me met vraiment mal à l’aise. Je ne déteste personnellement pas d’autres provocations, comme par exemple « Le légionnaire » ou même « Lemon Incest », et je trouve plutôt amusant le « Aux armes et caetera » de Gainsbourg.

    En tout cas, malgré ces horreurs, je reste en faveur de la liberté d’expression. Elle permet certes beaucoup de médiocrité, mais c’est sans doute, à l’image de notre démocratie, le pire système à l’exception de tous les autres. A tout prendre, je préfère ce genre de provocations sales à un prélat qui vient inquisitionner ce que je dis, je lis ou j’écris.

  • Pingback: Piss Christ ou l’indignation sans fin « La Plume d'Aliocha

  • Merci beaucoup pour la justesse de votre réflexion. Quelle peine de constater que la foi catholique en France est de plus en plus confisquée par une bande d’agités tradis qui se veulent les défenseurs de « la chrétienté » (et non pas du christianisme) et qui ne font que rendre encore plus difficile la seule raison d’être de l’Église, corps du Christ: porter l’Évangile à tous! Mais le problème avec ces personnes fanatisées par les prêches des « bons abbés » c’est que le catho français est forcément royaliste, antirépublicain, antidémocrate, antifrancmaçon et que bien sûr lui a le courage de dénoncer le complot juif mondial etc.

  • @ Via: dit comme ça, évidemment c’est stupide…Mais la question de la différence de traitement de ce type d’injure en fonction de la religion que confessent les offensés est une vraie question, en témoigne l’indifférence dans laquelle nombre d’églises sont profanées. Il ne s’agit pas de souhaiter qu’on s’en prenne aux autres religions, mais on est en droit de s’interroger sur la raison pour laquelle les atteintes à la foi des chrétiens (et même, à leur vie) sont souvent, voire toujours, minimisées.

  • ahhh les bons cathos que voilà, de fiers petits soldats de jésus qui n’en demandait pas temps, les bas du front qui sauve l’honneur d’un bout de plastic qui flottait dans la pisse de Dieu…

  • « Et l’on fait davantage pour la foi en construisant qu’en dénonçant…le reste nous ronge INUTILEMENT » Mille fois oui, nous n’avons pas trop de temps à perdre…

  • Pingback: Peace Christ | Pensées d'outre-politique

  • Ma position sur le sujet est assez claire : il n’y a pas de délit de blasphème en France. Et le problème, c’est que la position des politiques devraient être, je pense, aussi nette. Mais actuellement, on ne sait plus où la limite, et les extrémistes de tous bords en profite.

    Je suis outré par cette destruction, comme je suis également outré qu’on ait pu condamner récemment quelqu’un pour incitation à la haine raciale alors qu’il avait pissé sur un Coran.

    Après, on peut trouver certaines oeuvres choquantes, mais elles se feront oubliées d’elles même en les ignorant. Concernant, cette photographie, je la trouve personnellement plutôt réussie, avec un jeu subtile de lumière, et je ne la classerais pas dans la catégorie des oeuvres médiocres à visée seulement provocatrice.

  • Le Chafouin donne dans son billet un extrait de l’interview d’Andres Serrano que je trouve assez intéressant :

    Je suis moi-même chrétien, et plus encore je suis un artiste chrétien. Ma maison est plein d’œuvres sacrées des XVe et XVIe siècles, je n’ai rien d’un blasphémateur, et je n’ai aucune sympathie pour le blasphème. C’est tout le contraire de ma nature (…) Les artistes n’ont pas à donner eux-mêmes le sens de leur œuvre. Si une œuvre devient trop lisible, ce n’est plus de l’art, c’est de la propagande. (…) Si en faisant appel au sang, à l’urine, aux larmes, ma représentation déclenche des réactions, c’est aussi un moyen de rappeler à tout le monde par quelle horreur le Christ est passé.

    Il cite également l’édito de la Croix, dont je retiens surtout le dernier paragraphe :

    Les coups de force ne rendent pas plus crédible le message du Christ. Bien au contraire. La foi chrétienne n’a pas d’abord besoin de défenseurs, d’une sorte de police religieuse chargée de la faire respecter. Elle a bien plus besoin de témoins soucieux de découvrir sous le visage de ceux qui sont affamés, assoiffés, étrangers, nus, malades ou prisonniers, ces « petits » auxquels Jésus s’identifie. Le message de l’Évangile ne demande pas aux chrétiens de s’attaquer aux œuvres clouées sur les murs des musées, mais au véritable scandale que sont des hommes et des femmes vivant aujourd’hui, parfois à notre porte, dans des conditions indécentes, pour extirper les clous de la pauvreté, de l’humiliation… L’indignation devant le Piss Christ n’a de sens que si elle s’accompagne d’un engagement en faveur de la justice et de la paix. En témoins du « Peace Christ », du « Christ paix ».>

  • @ Père Robert Culat:

    Mon Père, je plaide coupable. Je suis légitimiste, antirépublicain, antifrancmaçon, modérément antidémocrate. En revanche je ne cherche pas à dénoncer le complot juif mondial. Comme quoi, les clichés… Je ne suis pas tradi non plus, encore que je sente bien que j’y vais de plus en plus vite. Gamin, je suis né en 1962, j’ai détesté le cathéchisme. Pas parce que j’étais un esprit fort, mais parce que les chants niais d’un curé à guitare – à peine copié par le fameux « Jésus reviens » – ne me convenaient pas. Pas plus que les projections de diapos sur la vie de Jésus, nécessairement super sympa. J’attendais de l’Eglise les ors, l’encens, de la rigueur dans l’enseignement au lieu de cette pantalonnade moderniste. Je suis revenu à l’Eglise sur le tard et globalement je ne vois pas trop de différences entre aujourd’hui et mon temps des culottes courtes.

    Je suis de loin les mouvements traditionalistes depuis pas mal d’années. Chose assez surprenante, le nombre des fidèles semble croître, de même que proportionnellement les séminaires tradis accueillent plus de vocations que ceux de l’Eglise. Peut-être qu’à trop vouloir singer les progressistes l’Eglise y a perdu une partie de son âme. Et comme il est normal entre l’original et la copie, de choisir l’original et bien les gens ont fait le choix de rester chez eux le dimanche tandis que d’autres ont préféré revenir à la tradition. Ouh ! Les vilains. Tradis dans certaines bouches ça semble sonner comme un synonyme de fasciste prêt à trucider la moitié de la planète pour asseoir la suprématie blanche. Continuez donc ainsi, c’est encore la meilleure voie vers une lente disparition qui ne semble pas déranger plus que cela les hautes sphères de l’Eglise de France. Après tout, qu’importe la crise des vocations tant qu’on peut importer des prêtres venus d’autres continents : France, terre de mission.

    Simplement, j’aimerais avoir votre avis sur l’accueil que pourrait avoir cette oeuvre en Amérique du Sud. Demandez-vous ensuite pourquoi nous sommes a priori dépourvus de ces anticorps essentiels à la survie d’un organisme comme d’une civilisation.

  • Magnifique billet auquel je n’ai pas grand chose à rajouter. Tout y est : la réflexion sur l’art contemporain qui n’est plus de l’art, le Christ qui ne peut plus subir pire que sa Passion et sa mort et que nous n’avons pas à défendre. Je rajouterais quand même une toute petite touche personnelle sur le blasphème :

    Nous allons lire cette semaine les récits de la Passion où le Christ est précisément condamné pour blasphème. Blasphème d’être homme et de se faire Dieu et aussi lèse-majesté à César, seul dieu sur terre. Il me semble que le blasphème est complètement étranger à la pensée évangélique, ou alors seulement comme possibilité d’introspection de sa propre conscience : qu’est-ce qui en moi est une déformation de l’image de Dieu qui fausse ma relation à moi-même et à autrui ? Hors de cette interrogation personnelle, il n’est pas possible de juger pour blasphème. Le meilleur exemple étant celui du Christ : qui pouvait juger qu’il blasphémait ou non ? Mais nous avons des exemples plus récents qui devraient nous faire réfléchir. Je ne pense pas seulement à la loi anti-blasphème au Pakistan, mais plutôt au cas du Chevalier de la Barre , cas extrême mais bien réel et surtout caractéristique des dérives immédiates que l’on génère lorsque l’on commence à faire entrer dans la sphère publique des considérations qui sont avant tout affaire de conscience.

  • @Père Robert Culat Heu mon père le bon catho est anti-franc-maçon, la franc-maçonnerie est quand même incompatible avec la nature du chrétien.

  • Il y quand même cette réalité que pour « sauver l’honneur du Christ »!!! ils ont martelés, disons même défoncés cette image.

    Marteler un symbole aussi fort que celui du crucifix pour le sauver, cela me semble délirant pour des personnes qui se disent « catholiques », faute d’être chrétiennes.

    Décidément, les humains ne sauront jamais ce qu’ils font

  • @ Koz:

    Concernant l’édito de La Croix, je précise ma position. Je ne nie pas à « l’artiste » le droit de créer, pas plus que je ne lui refuse le droit d’exposer. Seulement il me semble légitime que le droit à la protestation des catholiques doit être également reconnu et surtout entendu. Comme je l’ai dit plus haut, la république en finançant cette expo a volontairement fait le choix de se passer du respect de ses engagements. Mieux, en donnant de l’agent public elle a réussi le tour de force de sponsoriser cette saloperie avec de l’argent provenant des contributions versées par des catholiques.

    Quant à ma petite personne, et bien si j’en crois l’édito, je me sens pleinement légitime pour exprimer ma colère. Mon métier me met au contact quotidien de gamins en voie de déscolarisation, de sdf, de victimes et je me suis toujours employé à faire ce qu’il fallait pour les sortir de leurs misères, y compris en me mettant dans des situations délicates tant vis à vis de ma hiérarchie que de mon banquier. C’est d’ailleurs ce qui me dérange beaucoup dans ce genre d’article, on fini toujours par se demander ce que l’auteur peut bien faire au quotidien pour se permettre de juger l’expression sincère de croyants outrés par ce qui est un blasphème. Même si aujourd’hui cela semble n’être que peanuts, y compris pour une bonne partie de l’Eglise de France, de France, précision d’importance.

  • A la lecture de l’interview de Serrano je retire mon commentaire, enfin en partie : je n’ai plus de pitié pour une personne qui s’adonnerait aux blasphèmes provocateurs, car cela n’a plus lieu d’être. En revanche, je reste sur un désaccord manifeste quant à la pertinence de ses choix artistiques, et c’est le moins que je puisse dire. Je l’inviterais bien, à l’occasion, à méditer aussi sur le chapitre de 10 de la première lettre de Saint Paul au Corinthiens :

    27. Si vous êtes invités par quelqu’un qui n’est pas croyant, et que vous vouliez y aller, mangez tout ce qu’on vous sert sans poser de questions par motif de conscience. 28. Mais si quelqu’un vous dit : « C’est de la viande offerte en sacrifice », n’en mangez pas, à cause de celui qui vous a prévenus et de la conscience ; 29. je ne parle pas de votre conscience à vous, mais de celle d’autrui. Pourquoi en effet ma liberté serait-elle jugée par la conscience d’un autre ? 30. Si je participe à un repas en rendant grâce, pourquoi me blâmer pour cette nourriture dont je rends grâce ? 31. Tout ce que vous faites : manger, boire, ou n’importe quoi d’autre, faites-le pour la gloire de Dieu. 32. Ne soyez un obstacle pour personne, ni pour les Juifs, ni pour les païens, ni pour l’Église de Dieu. 33. Faites comme moi : en toutes circonstances je tâche de m’adapter à tout le monde ; je ne cherche pas mon intérêt personnel, mais celui de la multitude des hommes, pour qu’ils soient sauvés.

    Bref, l’intention chrétienne de l’artiste est louable, mais son sens de l’adaptation est complètement nul, manifestement. Aujourd’hui nous savons que nombreux sont les chrétiens fragiles dans leur foi et surtout leur espérance – et ce ne sont pas les plus séculiers, loin de là – peut-être parce que, comme disait quelqu’un, à force d’écouter l’évangile en latin ils ne le comprennent plus du tout (bon d’accord c’est pas sympa, désolé) : la responsabilité du chrétien est d’être pédagogue et, en particulier, respectueux du plus faible dans sa foi. Serrano grandit-il l’homme dans sa foi et son amour du Christ avec une telle oeuvre ? Vraisemblablement non, et il est responsable du scandale qu’il provoque, même si telle n’était pas son intention. Les autres tartuffes aussi, par contre-coup, forcément.

  • Que n’a t’on demandé à l’artiste lui-même ce qu’il a voulu dire? faute de quoi pleuvent les commentaires et les interprétations probables dont celle-ci : en pissant sur le Christ outre de montrer ce qu’on en a fait n’avons-nous pas voulu nous l’approprier tels ces tigres jaloux marquant leur territoire?

  • @Koz: Serrano se dit chrétien. La belle affaire. Et vous prenez ça pour argent comptant ? Permettez-moi de souscrire plutôt à l’analyse de Daniel Schneidermann, peu suspect d’intégrisme pourtant. http://www.arretsurimages.net/vite.php?id=10901

    Quant à l’hypocrisie de La Croix, elle me donne la nausée. Ce n’est pas nouveau mais ça s’aggrave. Il faut être compréhensif, ouvert et indulgent sur tous les sujets possibles et inimaginables et ne jamais jeter la pierre à aucun pécheur. Sauf bizarrement quand le pécheur trempe un peu dans le traditionalisme. Deux énergumènes, qui n’ont sans doute pas fait polytechnique, détruisent l’un des biens d’un milliardaire qui l’a quand même bien cherché. A priori, c’est plutôt sympa pour le catho adulte. Ah mais en fait, ils sont peut être un peu traditionalistes. Cette sale race n’a droit à aucune excuse, aucune circonstance atténuante. Et vite que je me désolidarise, vite que je n’ai rien à voir avec le pécheur. D’ailleurs je prie au premier rang à la synagogue.

    Vous vous êtes fait avorter quatre fois ? Je comprends votre détresse, je ne vous jette pas la pierre, explorons ensemble un chemin de réconciliation. Vous avez pété la gueule du proviseur? Je comprends votre révolte. Il y a parfois une colère salutaire contre un système d’oppression. Il faut apprendre à canaliser cette énergie pour construire une société plus juste. Vous avez deux stérilets? Vous savez l’Eglise propose un idéal. L’essentiel c’est d’essayer d’aimer avec nos limites et nos blessures. Vous êtes musulman et vous êtes choqué par Terry Jones. Nous sommes bien d’accord avec vous. La liberté d’expression a des limites. Le respect est la base du vivre ensemble. S’il y a des morts, le pasteur fou sera le seul responsable, en tout cas il sera beaucoup plus responsable que les croyants légitimement blessés. Comme le rappelle le communiqué du Vatican « Le droit à la liberté de pensée et d’expression, ancré dans la Déclaration des droits de l’Homme, ne peut impliquer le droit d’offenser le sentiment religieux des croyants. »

    En revanche, si vous avez saccagé une merde qui se prétend artistique et qui, en crachant au visage des chrétiens, a rendu milliardaires un pseudo artiste et un grand bourgeois, là ça devient grave. Le catho adulte n’a plus de compréhension ou d’indulgence en stock, désolé, on a tout donné. Le catho adulte va jeter la pierre en premier. Le catho adulte n’a jamais péché; la preuve, il a signé toute les pétitions comme il faut, contre le front national, contre l’homophobie, contre la réintégration de Williamson, contre le nucléaire, contre l’épidémie de rougeole, etc.

  • Vos commentaires virent à la logorrhée lassante, Gerald. J’en profite pour signaler à chacun, ou à certains, que je ne conçois pas l’espace de commentaires de mon blog comme un libre défouloir. Je modère très peu, mais je modère et continuerai à le faire. Ca vaut pour Gerald et pour d’autres. Inutile de perdre votre temps à protester. Je suis autocrate chez moi, et c’est comme ça. En plus ce petit côté autoritaire devrait plaire aux personnes visées, je ne vois donc pas pourquoi je m’en priverais. En revanche, si vous souhaitez participer, vous êtes les bienvenus, à condition de prendre une verveine, une grande respiration, et de veiller à un minimum de cohérence dans votre propos.

    Ceci dit,

    Gerald a écrit : :

    Vous êtes musulman et vous êtes choqué par Terry Jones. Nous sommes bien d’accord avec vous. La liberté d’expression a des limites. Le respect est la base du vivre ensemble. S’il y a des morts, le pasteur fou sera le seul responsable, en tout cas il sera beaucoup plus responsable que les croyants légitimement blessés.

    Je constate que vous incriminez donc les jeunes qui ont vandalisé la photographie, et exonérez Serrano. Ou alors ce n’est pas ça, mais vous ne vous en êtes même pas aperçu.

  • Koz a écrit : :

    En revanche, si vous souhaitez participer, vous êtes les bienvenus, à condition de prendre une verveine, une grande respiration, et de veiller à un minimum de cohérence dans votre propos.

    Je ne suis pas fan de verveine, mais j’essaierai de faire un effort la prochaine fois, promis. Je vais aller m’en acheter de ce pas.

    @Gerald : votre énumération est assez fidèle à la réalité. On pourrait en faire une analogue, en disant : tu es une femme adultère, personne ne te condamne, va et ne pêche plus ; tu es un publicain, suppôt des oppresseurs païens, je vais manger avec toi et devenir ton ami ; tu es un païen, c’est vers toi que je dois aller, toi le gentil ; tu es un lépreux, un maudit de Dieu, mais non, ce ne sont pas tes péchés ni ceux de tes parents : tu es là pour manifester le signe de la miséricorde de Dieu…

    En revanche, tu es un bon pharisien, un scribe, ou un docteur de la loi, très pieu, scrupuleux du respect de la loi et de la morale, mais là pardon : tu ne seras bon qu’à te faire traiter d’hypocrite, d’engeance de vipère, et nous n’aurons aucune indulgence pour ceux qui lient de pesants fardeaux sur les épaules des enfants de Dieu. Tu es un bon serviteur du temple, où tu te rends disponible quotidiennement pour fournir aux croyants les offrandes qu’ils n’ont pu apporter eux-même, et leur donner ainsi la possibilité de se soumettre au culte obligatoire contre quelques piécettes ? Tu te feras chasser à coup de fouets. Effectivement, l’indulgence évangélique est à deux vitesses.

  • Soixante ans de paix dans notre pays c’était bien non ? Quel besoin profond habite certains de nos contemporains pour « mettre le feu » à tout venant et partout? Dans une déclaration radio j’ai entendu parler quelqu’un au nom du musée et déclarer que l’acte de destruction de  » l’oeuvre d’art » en question était un acte barbare. Je trouve cette réaction excessive. Des actes barbares il en existe malheureusement « pour de vrai » tous les jours et pas que chez nous. Plus je vieillis et plus je me demande si la provocation fait vraiment avancer les choses? A tout salir on finit par ne plus rien rendre de propre. Peut-être, sans doute, que je vieillis mal mais l’art qui me met mal à l’aise je le fuis. Au fond de moi-même je désapprouve de brûler un Coran et de plonger un crucifix dans l’urine. Après faut pas venir pleurer sur les réactions à de tels actes. Et pendant ce temps là Tchnernobyl et la centrale nucléaire japonaise « s’activent » pour notre plus grand bien…

  • Dans mes commentaires, il n’y a pas que de la logorrhée. Il y a aussi la reprise intégrale de la position de Mgr Cattenoz. La trouvez-vous sans intérêt ? Elle ne va pas dans le sens de l’éditorial de La Croix, mais bon, elle peut quand même faire réfléchir. Rassurez-vous, même si les Inrocks le prétendent, Mgr Cattenoz n’a rien à voir avec Mgr Lefebvre. Moi non plus d’ailleurs. Je vais à Notre Dame du Lys, en pleine communion avec l’Eglise catholique. Et je suis même marié à une protestante. Et pas française en plus. Et j’ai été dans les lycées et les grandes écoles de la République (en revanche collège privé, mea culpa). Et j’ai fait mon service dans une association d’aide aux chômeurs créateurs de petites entreprises (pas dans les commandos paras). Et la seule fois que j’ai adhéré à un parti, c’était un parti de gauche. Et mon grand père paternel était ouvrier communiste. Ca va comme ça ?

    Sur les deux jeunes. Notez que la phrase que vous avez citée commençait par « s’il y a des morts »… N’y a-t-il pas de différence entre mort d’homme (d’un homme qui n’a rien à voir avec l’affaire en plus) et destruction de biens ? La réaction des deux jeunes reste à peu près proportionnée (ils n’ont tué personne, ils n’ont pas tué des gens qui n’ont rien à voir, ils n’ont blessé personne). Maintenant, bien sûr qu’ils ont fait une connerie et qu’ils se sont mis dans l’illégalité. Le sit-in était plus approprié, je vous l’accorde. Une condamnation est inévitable et normale, mais je pense aussi qu’ils serait excessif qu’ils soient trop lourdement condamnés. Je n’en fait pas des héros, je m’étonne qu’on n’ait pas de compréhension ou d’indulgence pour leur connerie alors qu’on en a d’habitude pour la terre entière.

    Pour Serrano. Non je ne l’exonère pas. Mais vous avez sans doute cru que j’exonérais le pasteur Jones, que j’en faisais un héros de la liberté d’expression, et donc qu’il fallait que j’exonère Serrano. Ce n’est pas le cas. La liberté d’expression a ses limites. Si vous me trouvez incohérent, vous devrez trouver bien plus incohérente la presse qui condamne Terry Jones et encense Serrano ou Lady Gaga. Moi je trouve que Terry Jones est un con dangereux, et que Serrano est un con dangereux (mais en plus lâche et en plus riche).

    Le communiqué du Vatican, après avoir rappelé que la liberté d’expression « ne peut impliquer le droit d’offenser le sentiment religieux des croyants » ajoute « Ce principe vaut pour toutes les religions. » J’aimerais qu’on s’en souvienne quand le christianisme est attaqué.

    Et voici la fin du communiqué du Vatican, pas trop logorrhéique, j’espère :

    « La cohabitation entre les hommes exige un climat de respect mutuel, pour favoriser la paix entre les hommes et les Nations. En outre, certaines formes de critique exaspérée ou de dérision dénotent un manque de sensibilité humaine et peuvent constituer dans certains cas une inadmissible provocation.

    Il faut cependant préciser que les offenses formulées par une personne ou par un organe de presse ne peuvent être imputées aux institutions publiques du pays relatif, dont les autorités pourront et devront éventuellement intervenir selon les principes de la législation nationale. Des actions violentes sont par conséquent aussi déplorables. Il ne faut pas perdre l’esprit de chaque religion, sous prétexte de réagir à une offense.

    L’intolérance réelle ou verbale, d’où qu’elle vienne, comme action ou comme réaction, représente toujours une grave menace de la paix. »

    @Pneumatis : encore faudrait-il que quelqu’un qui a un coup de sang parce qu’il se sent humilié et insulté soit systématiquement un pharisien. En quoi est-ce évident ? J’ai surtout l’impression que votre indulgence à deux vitesses a été abordée par le pape dans sa lettre du 10 mars 2009 : « Mais la grande Église ne devrait-elle pas se permettre d’être aussi généreuse, consciente de la grande envergure qu’elle possède; consciente de la promesse qui lui a été faite? Ne devrions-nous pas, comme de bons éducateurs, être aussi capables de ne pas prêter attention à différentes choses qui ne sont pas bonnes et nous préoccuper de sortir des étroitesses? Et ne devrions-nous pas admettre que dans le milieu ecclésial aussi des discordances se sont fait entendre? Parfois on a l’impression que notre société a besoin d’un groupe au moins, auquel ne réserver aucune tolérance ; contre lequel pouvoir tranquillement se lancer avec haine. Et si quelqu’un ose s’en rapprocher – dans le cas présent le Pape – il perd lui aussi le droit à la tolérance et peut lui aussi être traité avec haine sans crainte ni réserve. »

  • A mon tour. 1 – « Il compissa les tours de Notre-Dame ». 2 – Duchamp mit le point final à lart tant con porain, avec son fameux urinoir. 3. Je préfère Lotus à l’édition originale du « Contrat social ». 4 – Une photographie est un multiple. Tant que le négatif subsiste, on peut en tirer tant d’exemplaires qu’on veut. 5 – A-t-on identifié les auteurs du lèse-blasphême ? S’ils étaient au service de l’artiste, du galeriste ou de n’importe quelle organisation anticatholique ?

  • Cher Koz, voilà longtemps que je lis votre site et j’avoue que je me sens un peu lassé… Lassé parce que finalement les salauds de tradis sont quand même bien souvent les premiers sur la brèche lors de ce genre de scandale mais que leurs frères cathos leur crache aussi bien souvent à la gueule (ex: le com d’Edmond Prochain « Ces deux-là, s’ils avaient été à la messe – parce que, oui, je présume qu’ils n’y ont même pas fichu les pieds hier », bravo pour le procès d’intention…). Lassé de voir que oui nous devons pardonner à Serrano mais qu’on peut bien s’acharner sur les 2 jeunes qui ont détruit la photo. Lassé aussi de penser qu’on ne comprenne pas que les pouvoirs publics ne nous écoute pas tandis que nous irons gentiment revoter UMPS aux prochaines élections. Alors, honnêtement, que ces 2 jeunes aient détruit la photo ne me fait vraiment pas pleurer. Quant à la mauvaise publicité dans les medias, je vous avoue que cela ne me fait ni chaud ni froid: cela fait bien longtemps qu’ils ne s’intéressent plus qu’aux petits scandales pour nous descendre en flamme. La vraie question, que vous posez d’ailleurs très justement, est de savoir ce qu’il convient de faire en tant que chrétien, mais vraiment pas de s’inquiéter de la réaction des médias. C’est d’ailleurs là où nos points de vue en viennent parfois à diverger… Pour finir sur une note positive, je vous remercie qund même pour votre blog qui nourrit fréquemment ma réflexion!

  • Je n’arrive pas à comprendre tous ceux qui semblent trouver que le blasphème est impossible sur le mode « Dieu est au-dessus de tout-ça ». Si on observe cette assertion un peu attentivement elle semble aberrante. Si le Christ est sensible à nos (si faibles) marques d’amour, comment pourrait-il ne pas l’être à cela ? Si la liturgie a pour but de rendre à Dieu l’honneur qui lui est dû par un culte public, comment, au revers, ne peut-on envisager qu’il soit possible de faire offense publiquement à Dieu (quand les deniers publics subventionnent ce genre de choses) ? Bref si on refuse le blasphème, il faut que Dieu soit totalement insensible, c’est le théisme le plus glaçant.

    Alors pour éviter les coups de matraque, je précise bien sûr que je réprouve totalement l’acte stupide des deux excités. Je désapprouve aussi la stratégie de la tension des traditionalistes, préférant largement la position de Mgr Cattenoz, mais j’ai du mal à comprendre qu’on puisse faire comme si de rien n’était.

    Je suis un peu épaté aussi par ceux qui qualifient le crucifix de bout de plastique. En tout cas pour ce qui me concerne, le vendredi saint, je compte bien aller vénérer la croix. Même si ce n’est qu’un bout de bois et même si ma vénération exprime l’adoration du fils de Dieu mort et ressuscité. Quand on vit sous le régime de l’incarnation, on ne peut pas mépriser à ce point les réalités physiques.

    Puis-je préciser à Nikkos que dans l’affaire du chevalier de la Barre, la condamnation est dûe à la justice séculière, qu’elle témoigne d’un déni de justice (il n’ y avait pas de peine de mort prévue pour blasphème) et que les seules interventions de l’Eglise, not. l’évêque d’Amiens, ont été pour obtenir que le chevalier soit grâcié (voir par ex. la wikipedia anglaise).

  • @Flam parler de justice séculière dans une monarchie de droit divin, c’est rigolo. Après, je ne veux pas rouvrir le débat du chevalier de la Barre, emblématique et focalisant les aversions laïcardes. On a vite fait de trouver que c’est un mauvais exemple et qu’il y avait des intérêts autres derrière. Je ne suis pas historien (en tous cas pas de cette période) pour pouvoir en parler.

    Vous dites « Bref si on refuse le blasphème, il faut que Dieu soit totalement insensible, c’est le théisme le plus glaçant. » En réalité, je n’ai pas dit qu’il n’y avait pas de blasphème possible, mais plutôt que, plus que tout autre action, il est difficile de juger de l’intention du potentiel blasphémateur. Il s’agit pour moi d’une affaire de conscience entre Dieu et l’homme.

    J’ai tendance à penser que le christianisme n’est pas (d’abord) une religion, mais surtout une mystique. L’aspect institutionnel et religieux vient en second et n’est qu’une conséquence du premier. De ce fait, une atteinte à des symboles religieux (la croix, le pape, etc.) peut certes constituer un blasphème, mais ce crime de lèse-majesté est avant tout adressé à l’institution censée représentée Dieu plutôt qu’à Dieu lui-même.

    En revanche, lorsqu’un être humain est insulté, injurié, sali, amputé, dégradé, humilié, méprisé, maltraité, violé, torturé, affamé, rabaissé à l’état d’objet, on est là en face d’une profanation du Temple de l’Esprit Saint.

    Je veux bien aller vénérer la croix, à condition que ce morceau de bois symbolique m’invite à y voir l’homme et la femme qui souffrent et en qui Jésus Christ continue de souffrir et que je prenne la décision de devenir moi-même pour le Christ une Incarnation de surcroît pour aujourd’hui.

  • @Nikkos : pour ma part je ne suis certes pas un mystique (même si j’ai mes élans à mes heures, ça arrive à tout le monde) ! séparer mon adhésion au Christ des aspects institutionnels et religieux m’a toujours semblé contre-nature. L’Eglise institution, cette vieille baderne de Pierre, toussa, ce sont des moyens que Dieu lui-même a choisis pour nous, pour nous amener à lui, ce n’est pas des trucs de seconde zone.

    Evidemment que pécher contre son frère humain en le méprisant, en l’abaissant ou en le maltraitant de toutes les façons raffinées dont nous sommes capables (l’exploitation économique étant une des plus insidieuses) est une insulte directe à Dieu, où aurais-je dit le contraire ? Mais il me semble que l’Eglise dénonce et continue de dénoncer à juste titre tout cela. Quand on commence à mettre des priorités dans les combats, à mon sens ce n’est pas bon (cf les excités américains qui ne voient en matière politique que la question de l’avortement par exemple).

    En outre, l’identification des humbles au corps du Christ marche dans les deux sens. L’insulte publique au corps supplicié du Christ fait souffrir directement tous les humiliés qui mettent leur confiance et leur espérance en lui : Jésus est allé jusqu’à la Croix et Dieu l’a exalté pour nous montrer le destin extraordinaire auquel nous sommes appelés, mais non, la fin de l’histoire ne plaît pas à A. Serrano, il faut qu’il le retrempe publiquement dans un verre de pisse.

    PS : pas compris l’allusion à Marthe Robin, pouvez vous détailler ? En tout cas, l’aspect public me semble crucial dans toute l’affaire.

  • @Flam Par la phrase de Marthe Robin, je veux juste préciser qu’un observateur extérieur peut très bien entendre de notre bouche que nous suivons le démon alors que c’est le oui dit à Dieu qui compte. Les apparences peuvent être trompeuses. Je ne sais pas quelle est la sincérité de Serrano, mais laissons-lui le bénéfice du doute. Il y a peut-être intention blasphématoire de sa part, peut-être pas. Je préfère laisser Dieu juger.

    Pour ce qui est de l’attaque de l’Eglise, je te propose ceci :

    « Heureux serez-vous si l’on dit FAUSSEMENT toute sorte de mal contre vous à cause de moi » (Matthieu 5)

    tu penses vraiment que le Christ se sentirait atteint et lésé dans sa majesté divine par cette histoire de crucifix en plastic trempé dans la pisse ? Et que nous devrions nous lever et le défendre, aller casser de l’oeuvre d’art contemporaine ? Mais non ! Si nous étions vraiment chrétiens, nous exulterions de joie de ce commencement de persécution contre nous, l’Eglise qu’on a voulu atteindre par cette provocation. Nous commencerions à y voir là l’acharnement de l’ange déchu qui perd son pouvoir face à la victoire acquise du Christ.

  • Oui, si c’est de moi qu’on dit du mal, perso, j’ai pas de problème avec ça. Mais ce n’est pas le sujet. Pour le reste j’ai déjà répondu (notamment sur le fait que je réprouve la dégradation), et je me fiche un peu de ce qui passe par la tête de Serrano, ça regarde Dieu et lui, je parle de l’aspect public de la chose.

  • Sur l’aspect public, éducatif, pédagogique, symbolique et que ce soit fait avec l’argent public, oui, je comprends. En même temps, l’Etat remet en état des orgues qui coûtent des centaines voir des milions d’euros pour quelques organistes (dont je fais partie) et quelques paroissiens… c’est certes un patrimoine précieux qu’il faut garder, mais je comprendrais que certains qui n’aiment ni l’Eglise ni l’orgue trouve ça un peu « too much ». L’un dans l’autre…

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  • L’artiste a le droit de provoquer mais en s’imposant quelques limites : le respect d’autrui.

    Et respecter ses semblables devrait obliger l’artiste à respecter leurs croyances.

    Ce qui n’interdit pas de mettre en question ces croyances avec des arguments.

  • Une précision qui compte : il reste tout de même, à mon avis, qu’en choisissant de faire la promotion de l’exposition via ce qu’il a qualifié lui-même d' »affiches géantes » (voir dernière question), placées dans les lieux publics, le directeur de l’exposition a fait le choix de provoquer et a assumé (parce qu’il semble qu’il n’en ait rien à cirer, voire que ça l’amuse) de blesser les passants, qui ne sont pas tous obligés de se livrer à une analyse en profondeur des choix de l’auteur de l’oeuvre. Cela vient atténuer un peu le parallèle sur le fait que l’oeuvre n’aurait pas fait débat sans l’intervention de Civitas. Qu’ils l’aient instrumentalisée, en revanche…

  • J’ai bien aimé l’article et aussi les nombreux commentaires même si leurs auteurs ne partagent pas le même point de vue concernant l’acte malveillant qui s’est produit dans le musée. Je pensais qu’il n’y avait que l’islamophobie pour aider certains à briller au dessus de la masse, je constate que l’Eglise catholoque en prend aussi pour son grade. J’ai du mal personnellement à considérer cette peinture comme une oeuvre d’art. L’expression en négative d’un symbole hautement religieux est même la preuve d’un artiste en manque d’inspiration. Il est toujours plus difficile de proposer de l’intelligence d’esprit que de dénigrer tout comme l’art de l’injure est plus difficile que celui de l’argumentation et de la conviction. A chaque fois qu’un blasphémateur exprime son opinion en jouant de la provocation, il évoque le droit à la liberté d’expression. Dommage que cette liberté d’expression à laquelle je tiens ne soit pas accompagnée d’une obligation de respect. On dépasse largement le cadre de la laïcité qui est sensé permettre une libre expression des croyants ou non croyants.  » L’artiste  » a voulu faire dans la provocation en jouant sur les limites de ce qui est accepté. Ce qui est étrange, c’est que si le drapeau national avait trempé dans de l’urine, cela n’aurait pas été accepté et c’est là où le bât blesse. Pourquoi certaines expressions seront considérées comme des oeuvres d’art et d’autres comme une injure. On se doit de respecter chaque personne et chaque croyance ou non

  • Les deux excités, pas bien, nous sommes d’accord, et ils en ont rajouté à l’offense faite au Christ.

    Mais enfin, sur l’échelle de ce qui devrait soulever l’indignation, il me semble que l’artiste, la municipalité UMP et le directeur de l’exposition en sont à degré très supérieur.

    Et d’ailleurs, de quoi se plaignent-ils ? La provocation, ils l’instrumentalisent et la monnaient. Ils sont dans l’incitation au crime, délit puni par le code pénal.

    Je me sens assez proche de Mgr. Cattenoz, qui refuse la violence, mais n’accepte pas non plus de simplement « laisser pisser… ».

  • billet très riche qui m’a bien fait réfléchir, de même que celui du Chafouin.

    Concernant le coup du marteau: On est tout de même partagé entre le sourire complice pour les blanc-becs au marteau facile (je sais c’est po bien du tout, mais comme vous le pointez du doit: n’ont-ils pas simplement le même gout que l’artiste pour la subversion ?) et le fait de se dire affligé de les voir promouvoir l’initiative de « l’artiste » et du musée.

    Mais l’autre question à laquelle je cherche une réponse, c’est … devais-je appeler le musée, la mairie, etc… pour protester! comme le demandait la chaine déclenchée par cette asso jusque là inconnue (de moi)? En effet : elle a eu le mérite de nous épargner l’affiche publique plus longtemps. Elle a aussi le mérite d’être discrète vis à vis des médias et du publique. Comme vous l’avez été avant le coup de marteau. Et donc de ne pas faire la promotion des auteurs et promoteurs de cette photo.

    Je n’ai pas appelé la mairie, le musée etc… J’ai pourtant été triste est franchement agacé. Mais je me suis dis que Jésus en avait vu d’autres, qu’il avait pourtant des amis prêts à se battre, mais il leur a demandé de ne pas répondre, de ranger leur épée. On voit dans les Evangiles à quel point ses apôtres en ont été troublés: capable de sortir l’épée devant des soldats, le plus fort d’entre eux Le renie par trois fois… devant une femme.

    Je suis un peu comme ça. En plus lâche. Capable de sourire du marteau, mais pas foutu d’appeler la standardiste pour lui dire « moi je le connais, et je l’aime » – « cessez de chercher toujours plus grande souillure pour mon Seigneur ».

  • Le crime de ces jeunes zélotes n’est pas tant d’avoir cassé à coup de marteau cette oeuvre pathétique, mais d’avoir assuré une promo (in ?)espérée de cette expo. L’on voit maintenant son petit directeur jouer la victime larmoyante (il annonce avec force publicité qu’il a reçu des menaces de mort etc.) Le pauvre s’arrache les vêtements, se couvre de cendre et de ridicule comme si on avait fait exploser les grands Bouddhas.

    En réalité il a déjà fait péter le champagne.

  • @Gjpd : de toute façon, eussiez vous écrit au musée en termes mesurés et courtois, que vous auriez été ajouté au décompte des mails de harcèlement et d’insulte, de la même façon que JP Cattenoz a été généreusement amalgamé aux « ultra catholiques ». Ce qui est extraordinaire avec la provoc c’est que quoi qu’on fasse, on perd.

    Mais je persiste à trouver que l’attitude de l’archevêque était la bonne : c’était à lui de l’ouvrir en notre nom, de rendre justice à la vérité en appelant un chat un chat, sans verser dans l’excès. Après comme par hasard, ce sont les mêmes qui ne reconnaissent pas son autorité d’évêque qui ont voulu le déborder et nous impliquer de force dans leurs choix erronés.

  • Cette affaire qui dévoile à quel point les catholiques de France ont des vues divergentes quant à la nature de leur mission dans la société actuelle me fait penser à un événement de la vie de saint Ignace de Loyola. Celui-ci, jeune converti, rencontra sur sa route un musulman qui ne partageait pas sa foi catholique à propos de la virginité de Marie. Pour « l’honneur de Notre-Dame » Ignace décida de le tuer! Mais malgré cet instinct chevaleresque il s’en remit à la Providence divine, ce qui sauva la vie du Maure! Le récit raconté par Albert Longchamp dans sa biographie du saint, « ce converti au cœur généreux mais au jugement mal dégrossi »: « Le Maure ne peut accepter la virginité de Marie après l’enfantement de Jésus. Il abandonne alors Ignace et disparaît. Resté seul Inigo est assailli par le doute. Il n’a pas fait son devoir, il n’a pas défendu l’honneur de Marie!Il va rattraper l’homme et, puisque ce Maure est sourd à tout argument, le poignarder! Mais est-ce la bonne solution? Dilemme: ou l’honneur perdu de Marie ou l’assassinat. Solution: Inigo laisse aller sa mule, les rênes lâches. Une bifurcation approche. Si l’animal se dirige vers le village où est parti le Maure, il le tuera. Si elle prend l’autre chemin, il le laissera tranquille. La mule choisit le chemin de la tranquillité. Ainsi fut résolue la dernière tentation criminelle d’Ignace de Loyola. Désormais, une vie nouvelle commençait. » (page 24)

  • Flam a raison sur ce dernier point, il est stupéfiant que Mgr Caternoz ai été identifié à des « catholiques intégristes d’extrême droit » (pour citer une dépêche) alors même que ses dernières réactions sont apparues très mesurées et qu’il a lui-même condamné cette destruction.

    Beaucoup utilise le terme de blasphème. Il me semble bon de rappeler que la définition du blasphème par l’Eglise est assez restrictive : « Le blasphème (…) consiste à proférer contre Dieu – intérieurement ou extérieurement – des paroles de haine, de reproche, de défi, à dire du mal de Dieu, à manquer de respect envers Lui dans ses propos, à abuser du nom de Dieu. (…) L’interdiction du blasphème s’étend aux paroles contre l’Église du Christ, les saints, les choses sacrées. Il est encore blasphématoire de recourir au nom de Dieu pour couvrir des pratiques criminelles, réduire des peuples en servitude, torturer ou mettre à mort. L’abus du nom de Dieu pour commettre un crime provoque le rejet de la religion. » Catéchisme de l’Eglise Catholique, § 2148. En l’occurrence, l’oeuvre de Serrano n’étant pas une parole contre les choses sacrées ni contre Dieu, il me semble que le terme de blasphème ne devrait pas être utilisé. En revanche, s’il était avéré que les « casseurs » sont des catholiques ayant salué leur action au cri de « Vive Dieu ! Vive Dieu ! », alors, en vertu des deux dernières phrases, on pourrait à la limite qualifier leur action de blasphématoire, si on estime que cela rentre dans la catégorie des « pratiques criminelles ». Ca me semblerait tout de même un peu excessif, au vu des exemples proposés (réduire en servitude, torturer, mettre à mort).

  • Il faut toujours se remettre en tête la remarque profonde de Lévinas : si c’est moi qui suis en cause, il me faut tout souffrir et tendre l’autre joue, si c’est autrui, je dois réclamer justice.

    Mgr. Cattenoz injustement assimilé aux intégristes, bien sûr, ses adversaires sont de mauvaise foi. Mais si l’Évangile nous commande d’aimer nos ennemis, il n’y a en revanche rien d’étonnant à ce que des ennemis se comportent en ennemis !

  • @ Indhal : « En l’occurrence, l’oeuvre de Serrano n’étant pas une parole contre les choses sacrées ni contre Dieu, il me semble que le terme de blasphème ne devrait pas être utilisé » => quand vous passez du premier au second degré, pourriez-vous avoir l’obligeance de prévenir ? D’autre part votre raisonnement qui inverse les charges est proprement prodigieux. C’est de la très haute plaidoirie assurément.

  • Pierre Joncquez propose d’envoyer au musée des « des milliers de bocaux de pisse à l’artiste ou à ses mécènes, faire parader une piss-pride, poser une caravane sur une place d’Avignon invitant au don de pisse solidaire et citoyen pour sauver l’art, n’importe quoi de complètement idiot pour répondre à l’idiotie avec ses propres armes ».

    Marrant. Je suis prêt à envoyer un bocal de pisse par collissimo, pourquoi pas, mais il faudrait le faire tous ensemble sinon ce serait un épiphénomène 🙂

  • Cette polémique nous questionne sur le rôle dévolu à l’artiste dans la société.

    Est-il là pour uniquement pour produire du « beau», définition classique, ou est-il là aussi pour nous faire réfléchir, définition plus moderne ?

    Les deux conceptions me vont bien, mais la deuxième n’autorise pas l’artiste à faire n’importe. Dans le cas d’espèce, ce n’est qu’un homme de marketing qui a œuvré.

  • Mouais,

    Le point soulevé par Compsognatus (18 avril, 12h05) me paraît digne d’intérêt. Rien n’établit semble-t-il que les auteurs de la dégradation soient issus des milieux catho intégristes. Libé parle de « commando catholique » et tout le monde suppose que les vandales font partie de ceux qui ont protesté contre l’expo. Mais en fait on n’en sait rien. La possibilité d’une manipulation anti-catho n’est pas absurde. En tous cas, ce méfait a été largement mis à profit par tous les héros de la lutte contre l’obscurantisme catholique qui nous opprime chaque jour davantage.

    Le parallélisme entre Karzai et les groupes plus ou moins extrémistes qui ont protesté contre piss-christ (et lui ont fait de la pub) est également assez tiré par les cheveux. Il y avait tout de même, si j’ai bien compris, des affiches géantes de l’oeuvre placardées sur les murs d’Avignon. Peu de chance de passer inaperçu. A contrario, je ne crois pas que les sbires de Terry Jones aient affiché un peu partout dans Kaboul des photos du coran qui brûle. Mais je peux me tromper.

    Sinon, tu as raison sur le fond de ton billet : le Christ a accepté bien pire que cela en notre nom.

    Pneumatis a écrit : :

    Effectivement, l’indulgence évangélique est à deux vitesses.

    Pas sûr d’être à l’aise avec ça. Je ne suis pas un expert mais ma compréhension du message global du Christ est qu’on n’a jamais de bonnes raisons de haïr quelqu’un. S’il y a une exception au commandement d’amour, alors il devient inopérant. On est toujours le pharisien de quelqu’un. Par exemple, pour toi les intégristes qui ont manifesté contre l’exposition sont sans doute des pharisiens; pour moi les gens qui manifestent pour que l’Etat (ie. les autres) soit généreux avec la cause qui leur tient à coeur le sont tout autant.

    Une religion commandant d’aimer tout le monde sauf les pharisiens dériverait bien vite pour ressembler à toute idéologie recommandant de punir les mécréants, les infidèles, les ennemis du peuple…

    Bref, il faut aussi être indulgent avec les pharisiens; c’est difficile, mais moins que d’avoir porté la croix pour les péchés des hommes.

  • et ben…les talibans font des émules à Lyon. La « colonne pascale » exposée à Saint-Bonaventure a été vandalisée. Voir sur le site du Progrès. Elle n’avait pourtant rien d’offensant même si on peut en contester l’esthétique vu qu’il s’agit d’un empilement de casseroles de 7 m. de haut.

    A quand le prochain épisode de la police de la pensée ?

    Question subsidiaire : ces intégristes n’auraient-ils rien de mieux à faire en cette semaine sainte ?

  • @Lib : je suis d’accord avec toi, tu as juste renversé mon propos. Je n’ai pas dit que l’Amour était à deux vitesse. J’ai parler de l’indulgence. Parfois l’amour fait preuve d’indulgence, parfois d’intransigeance, il n’en reste pas moins volonté du Bien pour mon prochain. Tout le monde n’a pas les mêmes récepteurs à l’Amour, et de même que le Seigneur ne s’adresse pas à tous de la même manière (durement avec les pharisiens de son temps, doucement avec la femme adultère) l’indique tout autant que les manières différentes qu’il a d’enseigner selon qu’il enseigne aux foules, à ses disciples, ou encore à ses apôtres.

    Mes pharisiens d’aujourd’hui à moi sont souvent les premiers à invoquer le Jésus chassant les marchands du temple à coup de fouet : c’est là le langage qu’ils comprennent, celui qui leur parle. De même que Jésus traitaient avec les pharisiens de son temps avec l’autorité d’un rabbi, je crois qu’on peut envisager la possibilité que les nostalgiques du « Dieu le veut » d’aujourd’hui ne soient pas sensibles à la même pédagogie que les cathos sécularisés, les athées ou les croyants d’autres religions. Après je ne dis pas forcément que c’est la bonne pédagogie à leur égard, mais tout n’est peut-être pas bon à jeter dans la manière que d’autres cathos ont de réagir à leur égard (litote).

  • « On est toujours le pharisien de quelqu’un »

    eh oui, à commencer par les pharisiens eux-mêmes qui sont effectivemnet les « pharisiens » (au sens tout le monde emploie ce mot) des chrétiens, mais qui en réalité n’étaient pas du tout une tendance intolérante en comparaison des sadducéens ou des zélotes qui étaient de plus stricte observance, plus fondamentalistes et intégristes que la mouvance dite pharisaïque, laquelle n’est connue princiaplement qu’à travers les évangiles qui lui sont hostiles. Mais cette hostilité déclarée révèle en réalité une proximité de pensée, Jésus n’ayant en réalité jamais vraiment remis en cause la doctrine pharisaïque, mais plutôt sa mise en pratique :

    « Les scribes et les pharisiens sont assis dans la chaire de Moïse. Faites donc et observez tout ce qu’ils vous disent ; mais n’agissez pas selon leurs oeuvres. Car ils disent, et ne font pas. » Mt 23,2-3

    Il dit aussi en Mt 5,20 : « Car je vous dis que, si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez point dans le royaume des cieux ».

    En quelque sorte, Jésus reproche aux pharisiens de n’être pas assez jusqu’au-boutistes et intègres. On pourrait se demander parfois qui est le plus pharisien des deux : Jésus ou les Pharisiens ?

    [c’était une parenthèse dans le débat, reprenez messieurs dames]

  • Lib a écrit : :

    Le parallélisme entre Karzai et les groupes plus ou moins extrémistes qui ont protesté contre piss-christ (et lui ont fait de la pub) est également assez tiré par les cheveux. Il y avait tout de même, si j’ai bien compris, des affiches géantes de l’oeuvre placardées sur les murs d’Avignon.

    C’est une précision qui est venue après mon billet. Je l’évoque ici. Il reste que Civitas a bien utilisé cette affaire pour se faire connaître.

    Pour ce qui est de l’identité des vandales, je suis assez dubitatif sur la thèse d’une manipulation. Non, bien sûr, en théorie, rien ne permet de l’exclure. Mais lorsque l’on remue tout un petit milieu faf et identitaire, difficile d’être surpris que certains réagissent en faf, même s’ils sont probablement plus fafs que cathos. C’est d’ailleurs aussi ce qui est emmerdant avec ces actions de Civitas ou avec le kiss-in de ND de Paris : dans la mesure où ils mêlent étroitement identitarisme et catholicisme, leurs mobilisations sont relayées chez de purs identitaires au crâne rasé. Mais c’est tellement prévisible qu’ils devraient au moins le prendre en compte pour trouver des modes d’action différents.

    Par ailleurs, sur la faisabilité du truc, je lisais, contrairement à ce qui est dit, que l’exposition n’était pas particulièrement protégée. Est-ce vrai ou faux ? Malheureusement, n’étant pas sur place…

    @ Bonnet: oui, et si cela devait devenir une habitude, il faudra trouver un moyen de faire connaître une prise de position ferme, soit émanant de laïcs catholiques, soit émanant des évêques. Un catholique ne peut pas être un gars qui va vandaliser à droite à gauche.

    Ceci étant dit, pouvez-vous m’expliquer ce que venait foutre une colonne de casseroles intitulée « colonne pascale » (en quoi est-elle « pascale » ?) au beau milieu de la nef d’une église, qui rappelons-le, n’est pas un hall d’exposition ? Que cela provoque un geste de colère est-il vraiment surprenant ? Les explications données par le recteur de Saint-Bonaventure me laissent un peu sur ma faim (hé, hé).

    @ Nikkos: sur le rapport aux pharisiens, j’ai beaucoup appris dans le livre du Père Alexandre Men (Jésus, le maître de Nazareth) que je viens de terminer. Et, effectivement, cela a changé ma façon de voir. Comme tu le dis en effet, finalement, ce ne sont pas les premiers « adversaires » de Jésus. Nikkos a écrit : :

    Pierre Joncquez propose d’envoyer au musée des « des milliers de bocaux de pisse à l’artiste ou à ses mécènes, faire parader une piss-pride, poser une caravane sur une place d’Avignon invitant au don de pisse solidaire et citoyen pour sauver l’art, n’importe quoi de complètement idiot pour répondre à l’idiotie avec ses propres armes ».

    Effectivement, c’est le genre d’action burlesque qu’il aurait fallu entreprendre, et qui sont assez tentantes.

  • @ Nimbus: Oui, je suis tout à fait d’accord avec le fait qu’il est incompatible d’être catholique et franc-maçon actuellement. Mais là n’était pas la fine pointe de mon message… Je voulais dire par là que certains catholiques se considérant en France comme l’élite et l’avenir de l’Église n’existent que par l’opposition, le fait d’être contre ou de dénoncer.

  • Harald a écrit : :

    @ Père Robert Culat: Mon Père, je plaide coupable. Je suis légitimiste, antirépublicain, antifrancmaçon, modérément antidémocrate. En revanche je ne cherche pas à dénoncer le complot juif mondial. Comme quoi, les clichés… Je ne suis pas tradi non plus, encore que je sente bien que j’y vais de plus en plus vite. Gamin, je suis né en 1962, j’ai détesté le cathéchisme. Pas parce que j’étais un esprit fort, mais parce que les chants niais d’un curé à guitare – à peine copié par le fameux « Jésus reviens » – ne me convenaient pas. Pas plus que les projections de diapos sur la vie de Jésus, nécessairement super sympa. J’attendais de l’Eglise les ors, l’encens, de la rigueur dans l’enseignement au lieu de cette pantalonnade moderniste. Je suis revenu à l’Eglise sur le tard et globalement je ne vois pas trop de différences entre aujourd’hui et mon temps des culottes courtes. Je suis de loin les mouvements traditionalistes depuis pas mal d’années. Chose assez surprenante, le nombre des fidèles semble croître, de même que proportionnellement les séminaires tradis accueillent plus de vocations que ceux de l’Eglise. Peut-être qu’à trop vouloir singer les progressistes l’Eglise y a perdu une partie de son âme. Et comme il est normal entre l’original et la copie, de choisir l’original et bien les gens ont fait le choix de rester chez eux le dimanche tandis que d’autres ont préféré revenir à la tradition. Ouh ! Les vilains. Tradis dans certaines bouches ça semble sonner comme un synonyme de fasciste prêt à trucider la moitié de la planète pour asseoir la suprématie blanche. Continuez donc ainsi, c’est encore la meilleure voie vers une lente disparition qui ne semble pas déranger plus que cela les hautes sphères de l’Eglise de France. Après tout, qu’importe la crise des vocations tant qu’on peut importer des prêtres venus d’autres continents : France, terre de mission. Simplement, j’aimerais avoir votre avis sur l’accueil que pourrait avoir cette oeuvre en Amérique du Sud. Demandez-vous ensuite pourquoi nous sommes a priori dépourvus de ces anticorps essentiels à la survie d’un organisme comme d’une civilisation.

    Cette tradition dont tu parles n’a rien à voir avec l’original. L’original il n’y en a pas d’autres que Jésus et son Evangile. Quant aux nombres de vocations dans les séminaires « traditionalistes » cela n’est en rien une preuve de vérité! Les missionnaires mormons ont eux aussi beaucoup de vocations de par le monde ainsi que de nombreuses autres sectes évangéliques ou new age…

  • @ Gerald:

    En lisant les Évangiles une chose est claire: oui, Jésus a été miséricordieux et indulgent envers ceux qui étaient considérés comme des pécheurs publics par les prêtres et les pharisiens. Il n’a jamais été autant sévère et rude qu’envers ceux qui se considéraient comme les élites religieuses et les gardiens de l’ordre moral (cf. Matthieu chapitre 23). C’est cette attitude hors-normes qui l’a conduit à la Croix. Alors pas étonnant que des catholiques aient aujourd’hui les mêmes critères de discernement que Lui. Il y a en effet une grande différence entre la femme qui se fait avorter (plus tous les exemples donnés) et les deux jeunes qui ont cassé cette représentation du Christ. A ce que je sache la femme qui se fait avorter ne prétend pas le faire au nom de Dieu ou en bonne catholique… alors que cet acte de vandalisme est revendiqué par des personnes qui se réclament du Christ… La femme qui se fait avorter, elle, ne prétend pas s’ériger en modèle de justice, ce qui n’est pas le cas de nos deux jeunes hommes, là est la grande différence qui fait que votre parallèle ne tient pas la route (cf. Luc 18, 11.12).

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  • @ Robert Culat

    Allez sur le site du Planning Familial, vous y trouverez de nombreuses femmes qui érigent l’avortement en modèle de justice. Ce qui m’exaspère chez vous, c’est la façon que vous avez de catégoriser aussi brutalement que les « pharisiens », simplement en échangeant les signes. L’Évangile ne fait pas passer la ligne de partage entre les groupes sociologiques (Nicodème, les défenseurs du Christ au sein du Sanhédrin sont des pharisiens, à l’inverse le « mauvais » larron…est un larron), ni même entre les individus (les « bons » versus les « mauvais » pharisiens), mais à l’intime du coeur de chaque homme, le mien comme le vôtre.

  • @koz « Ceci étant dit, pouvez-vous m’expliquer ce que venait foutre une colonne de casseroles intitulée « colonne pascale » (en quoi est-elle « pascale » ?) au beau milieu de la nef d’une église, qui rappelons-le, n’est pas un hall d’exposition ? »

    Je peux essayer ! D’abord, Une église pas un hall d’expo, çà se discute. Le choeur est l’espace sacré, souvent préservé par un cordon, mais le reste ? Les églises abritent des tas d’oeuvres d’art dont pas mal de croûtes pas contemporaines du tout. On peut par contre discuter la propension à intituler oeuvre d’art des empilements d’ustensiles hétéroclites mais passons.

    Il faut savoir qu’il s’agit d’une oeuvre d’une expo du Musée d’art contemporain, assez excentré, délocalisée dans un lieu très central, Saint-Bonaventure. Un produit d’appel en quelquesorte, mis à la disposition du quidam. Le Musée comme l’église appartiennent à la Ville. Le recteur sollicité peut-il refuser ? A voir…

    D’une part, l’église est dans un état lamentable et on attend les travaux : c’est pas le moment de se faire mal voir ! Plus sérieusement, il s’agit non pas d’une paroisse mais d’un sanctuaire, situé en plein centre-ville, près des grands magasins et à un carrefour de transports en commun. çà rentre et çà sort tout le temps. Nombreuses messes, possibilité de rencontrer un prêtre à toute heure, public très hétérogène et une vocation d’ouverture au tout venant.

    Quant à l’oeuvre elle même, j’ai entendu, au moment de son installation, des commentaires plus dubitatifs qu’hostiles. Pourquoi colonne pascale ? parce que l’auteur s’appelle Pascale, bof. Je n’ai pas eu le temps d’aller la voir mais j’avais quand même fait le rapprochement suivant : 7 mètres de fait-tout, il y a de quoi nourrir tout un village et dans l’eucharistie, le Christ s’offre en nourriture pour la multitude. C’est tiré par les cheveux mais plutôt moins finalement que bien d’autres titres.

  • @ Bonnet

    Je suis d’accord avec vous, cela peut se discuter.

    Un critère qui me paraît pertinent est celui du « parasitisme ». Autrement dit, telle ou telle oeuvre (et je ne juges pas ici de la colonne « pascale » que je n’ai pas vue), susciterait-elle le moindre intérêt si elle était exposée ailleurs que dans une église ? Si elle ne fait que détourner à son profit la somme de significations attachées aux églises du fait même du catholicisme, j’ai un problème.

  • //Alors, que toute cette énergie, toute cette ardeur, souvent juvénile – nos profanateurs d’art moderne ont une vingtaine d’années – soit mise à l’organisation d’événements montrant positivement le christianisme, qu’elle soit mise au service de la charité, au service du prochain. Le reste nous ronge inutilement.//

    Excellente conclusion. Que les catholiques ne se contentent pas de parler mais agissent. Et on peut remplacer « catholiques » par « hommes politiques » etc., la liste est fort longue.

    PS1 Je plussoie sur l’article savoureux de Pierre Jonquez sur Causeur.

    PS2 Accord avec ce que dit Marie-Aude le 18 avril à 11h20

  • Harald a écrit : :

    Mon Père, je plaide coupable. Je suis légitimiste, antirépublicain, antifrancmaçon, modérément antidémocrate.

    Bonjour,

    par légitimiste, veux tu dire que tu supportes l’accession de la branche Bourbon d’Espagne au trône de France ? Parce que si c’est pour ramener un Orléans…

    Quand tu dis que tu es anti-républicain, parles tu uniquement de la République française, ou de toute forme de gouvernement républicain en général ? Par exemple, as tu quelque chose à redire au sujet de la Suisse, ou des villes libres allemandes, comme Hambourg ?

    Par modérément anti-démocrate, cela veut-il dire que tu acceptes par défaut la légitimité du gagnant de la dernière guerre ou du dernier coup d’état ?

  • Juste une question?

    Est-ce qu’on est sur que cette destruction a bien été faite par des catholiques extrémistes? Parce que à ma conaissance on n’a pas arrété les gars qui ont fait ça non?

    Qu’est-ce qui nous prouve que ce n’est pas les personnes de l’exposition qui ont fait détruire cette photo, juste histoire de faire parler d’eux tout en se posant en vicitimes de méchants extrémistes catholiques?

    Parce que si je reconnais que ta position, qui consiste à renvoyer systématiquelment les auteurs de violence de violences dos à dos se défend très bien et fait même plus que se défendre sur le fond, encore faudrait-il qu’il y ai eu violence des 2 cotés, ce qui n’est peut-être pas le cas ici… T’es-tu renseigné sur cette possibilité? Je précise que moi non, pas du tout, mais une personne e pensait et avait l’air bien informée. Et j’ai la calomnie sensible sur ce type d’affaire…

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  • @ Aristote: Je suis d’accord avec la fin de ce que vous écrivez. Après étudiez les Évangiles et vous verrez que ce sont en effet des groupes bien particuliers dans le judaïsme (même si bien sûr il y a toujours une ou deux exceptions) qui ont réclamé à Pilate la mort de Jésus comme blasphémateur et surtout parce qu’il remettait en cause leur pouvoir religieux sur le peuple. Et encore une fois des déclarations aussi sévères que celle de Matthieu 23 ne se trouvent dans la bouche du Seigneur qu’envers certains groupes justement et qui plus est sont nommément cités.

  • @Koz : C’est là que l’on voit que vous êtes un grand professionnel 😉 Mais attention, j’ai été consultant, et là c’est vraiment le coeur du métier 🙂

  • @Panouf:

    C’est bien sûr le rôle de la justice de déterminer les responsabilités, et non le notre. Cela dit: -suggérer comme certains semblent le faire que l’acte serait une manipulation des défenseurs du Piss Christ fait un peu trop théorie du complot à mon goût. – présenter sans cesse l’Eglise comme une forteresse assiégée comme certains sites le font à longueur de billets, et jouer quotidiennement sur les peurs des gens, n’est-ce justement rendre possible ce type de débordements, par l’influence exercée sur certaines personnes plus passionnées qu’exercées au discernement? Je pense que quelques soient les auteurs réels de cet acte, l’évènement justifie une réflexion sur nos discours et notre façon de défendre l’Eglise, et rend légitime une approche nuancée des polémiques. On nous dit en effet que les groupes du style Civitas sont les seuls à faire quelque chose contre la christianophobie, et que cela devrait nous amener à les soutenir. Moi je crois qu’en l’occurence, si rien n’avait été fait, ccette oeuvre, qui existe depuis 1987,serait restée confidentielle et aurait finalement choqué beaucoup moins de monde, et qu’elle aurait moins suscité la sympathie que lui ont valu par réaction toutes ces pétitions et tous ces débordements. Donc, même si les coupables ne sont pas encore connus avec précision, partir de l’hypothèse qu’ils font parti des cathos hostiles au Piss Christ est non seulement probable (tout en gardant à la présomption d’innocence la place qui lui revient), mais a une valeur heuristique pour notre réflexion (qui n’est pas judiciaire mais porte sur l’Eglise et son rapport à l’actualité), tout simplement parce que c’est possible et qu’il se trouve des catholiques pour défendre cet acte de vandalisme.

    @tous: A propos de l’angle judiciaire de la polémique justement: http://www.20minutes.fr/ledirect/710625/culture-la-justice-refuse-retrait-piss-christ-serrano

  • Pingback: Revue de Blog : Piss Christ, humour (faut bien décompresser), semaine sainte,et prêtres, et pleins d’autres choses… « Lemessin

  • Salut Koz, Merci pour ce blog, avec ces articles toujours aussi pertinents! (non je ne te cire pas les pompes^^) Je me posais juste une autre question à propos de cette « affaire » : On parle beaucoup de la dégradation du Piss Christ, mais je ne vois pas l’intérêt de s’attaquer à l’autre image « Soeur Jeanne-Myriam » : En quoi est-elle offensante? Pour ma part, je n’y vois rien de mauvais (sauf si j’ai loupé le sens de cette photo): ce qui décrédibiliserait encore plus cette attaque en l' »honneur du Christ »…. Merci de m’éclairer

  • J’ai bien apprécié l’article. Les marteleurs et les protestataires se sont scandalisés de cette photo (ont-ils tort ont-ils raison ? Je ne sais), mais étrangement parlent beaucoup moins et s’enflamment moins vite pour le sort subi là maintenant en ce moment par les chrétiens des proche et moyen Orient, sans parler de ceux de Chine. Entre autres.

  • @ JB: difficile de te répondre. J’ai lu dans l’un des compte-rendus de l’agression qu’elle avait été vandalisé par mégarde, dans un mouvement de recul. Je suis incapable de dire si c’est exact ou pas. Mais si c’est intentionnel, oui, comme le dîtes, cela décrédibilise encore plus cette action.

    @ Amaury Watremez: ça ne me dérangerait pas de vous donner raison, mais êtes-vous vraiment sûr qu’ils ne se mobilisent pas ? J’ai plutôt l’impression que ce sont des causes qui leur tiennent à coeur, surtout, allez savoir pourquoi hein, pour le Proche et Moyen Orient.

  • @ Yogui

    Vous aussi vous avez été consultant…Je me disais quelques fois…

    @ Père Robert Culat

    Il fut un temps où la lecture des Évangiles conduisait certains, à tort bien sûr, à conclure à la responsabilité d’ensemble du peuple juif. Aujourd’hui, machine arrière toute, on vise plutôt à circonscrire au plus étroit le groupe des responsables, pour des raisons au demeurant fort respectables.

    Il me semble qu’il faut tenir les deux bouts de la chaîne : tous les hommes, en tant qu’ils sont pécheurs, et même nous, nés après les faits, portent une part de la responsabilité de la mise à mort du Christ. Le fait que X ou Y aient porté une responsabilité directe dans l’affaire du prophète crucifié me paraît plus délicat à interpréter historiquement et théologiquement.

    Que l’on prenne le groupe des pharisiens ou la hiérarchie du Temple, combien ont activement participé au complot, combien s’en sont-ils dissociés, combien ont-ils simplement décidé de ne pas se mouiller ? Je serais fort étonné que la statistique soit très différente de celle observée dans tout groupe humain confrontée à une situation qui requiert du courage et de l’intégrité…

    Et je veux bien que le Christ ait eu des propos particulièrement durs contre les bergers qui tondaient le troupeau, mais la question reste : faut-il aujourd’hui chercher à identifier quels sont les groupes qui pari passu peuvent être assimilés à la hiérarchie du Temple du temps du Christ, ou s’interroger, chacun pour notre compte, sur nos propres propensions à instrumentaliser le religieux à notre profit ?

    La première attitude me met très mal à l’aise. Et vous trouverez de bonnes âmes, je n’en fais pas partie, pour assimiler la cléricature catholique à des profiteurs du religieux…

  • On a effectivement le droit de poser la question. Mais, dans un genre plus outré, ça me fait un peu penser à la défense de l’élu FN qui faisait le salut nazi. Confronté à deux photos, il nie et affirme qu’elles sont trafiquées et que c’est une manipulation pour l’abattre. Bon, hé… Ici, certes, c’est différent, il n’y a pas de photos. Mais je trouve assez probable l’hypothèse selon laquelle le directeur de l’expo commanditerait la destruction de l’oeuvre qu’il expose. Pour le reste, cf. ici. Mais ok, tant qu’on ne les a pas pris…

  • Par ailleurs, il y a quand même une certaine hypocrisie à expliquer d’un côté que les coupables du vandalisme ne sont sûrement pas des catholiques, tout en déclarant que cette oeuvre devrait être interdite en France au nom de la défense de la croix, et que l’artiste n’a grosso modo que ce qu’il mérite.

    Pour ceux que le billet de Koz n’aurait pas convaincus, mais qui sont intéressés par une authentique réponse chrétienne, je recommande fortement la lecture d’Edmond Prochain, et de Polydamas.

    (Je sais: Poly est venu faire sa pub éhontée en commentaires, et Edmond a son lien dans le billet ci-dessus. Mais les deux méritent largement un bis).

  • Rappelons nous de la sulfureuse affaire de Carpentras… Ah les méchants néonazis du FN… bah c’était pas eux. « Mentez, mentez, il en restera tjrs du vrai »

    Plouf.

  • @Koz : Assez improbable l’hypothèse, je suppose. D’ailleurs que je sache, lorsque la même oeuvre a été vandalisée à diverses reprises dans les vingt années passées, ce n’était pas du fait des exposants.

  • @ Koz: Oui, il y a déjà eu des mobilisations dont le rassemblement à Paris, dont le dossier de Valeurs Actuelles, oui il y a l’Oeuvre d’Orient… Mais les personnes qui y oeuvrent sont déjà des « convertis »… Ce sont ceux qui ne le sont pas encore dans les paroisses, très nombreux ceux-là, qui restent à convaincre. A titre de comparaison, (même si ce n’est pas raison certes) et pour montrer qu’il y a urgence : à Ramallah, en 2000 le Hamas distribuait des poulets gratuits aux indigents et organisaient l’enseignement primaire gratuit, les ONG catholiques faisaient dans le même temps de belles promesses et de belles déclarations et intentions de prière, sans que beaucoup de choses ne suivent tangiblement… Je pourrais parler aussi de mes deux expériences de stand de l’Oeuvre d’Orient tenu à Paray le Monial pendant les sessions et du peu d’intérêt que suscitait tangiblement ces chrétiens d’Orient, que peu de catholiques connaissent en France il est vrai. Je ne vous parlerais même pas des expatriés français catholiques qui allaient à la paroisse des « expatriés » chez les dominicains à jérusalem et ne mettaient jamais les pieds à la paroisse catholique locale. Je ne les juge même pas, chacun est libre de faire fructifier ses latents comme il l’entend, mais c’est dommage. Je pourrais parler aussi de la visite de Jean-Paul II au moment du Jubilé à Jérusalem : les organisatrices françaises de la première messe, à Bethléem, avaient d’abord invités leurs amis français ou occidentaux, en omettant les chrétiens de la région, pourtant entre le marteau et l’enclume depuis 1948. Le Pape s’en étant ému, la chose avait été d’ailleurs réparé aux autres messes.

  • Yogui a écrit : :

    D’ailleurs que je sache, lorsque la même oeuvre a été vandalisée à diverses reprises dans les vingt années passées, ce n’était pas du fait des exposants.

    Voilà qui se discute, que le fait soit direct ou indirect…

    Initier la bagarre ou chercher la bagarre, cela se joue dans la nuance.

  • @ Gwynfrid et tous : Dans une autre veine, Patrice de Plunkett a aussi commis quelques articles bien sentis sur le sujet. A lire en plus de ceux de Poly et d’Edmond.

  • Bonjour

    j’ai bien aimé la seconde partie de l’article, mais j’étais plus dubitatif sur la première, dont la présence diminuait la force de la seconde partie

    La lecture du Monde daté d’hier me montre que je n’avais pas tort, mais que j’étais très loin de la vérité

    L’objectif de Serrano, qui se revendique chrétien était « de rappeler à tout le monde par quelle horreur le christ est passé » http://www.lemonde.fr/teaser/?url_zop=http%3a%2f%2fabonnes.lemonde.fr%2fculture%2farticle%2f2011%2f04%2f21%2fandres-serrano-provocateur-malgre-lui_1510953_3246.html

    Dans le même numéro, une réflexion sur les rapports entre la religion et l’art contemporain http://www.lemonde.fr/teaser/?url_zop=http%3a%2f%2fabonnes.lemonde.fr%2fculture%2farticle%2f2011%2f04%2f21%2fla-guerre-entre-l-art-et-l-eglise-est-elle-rouverte_1510952_3246.html

    Et un entretien avec un professeur de théologie spécialiste de l’art http://www.lemonde.fr/teaser/?url_zop=http%3a%2f%2fabonnes.lemonde.fr%2fculture%2farticle%2f2011%2f04%2f21%2fun-pretexte-a-l-expression-du-refus-de-l-art-contemporain_1510954_3246.html

    A lire ces articles, ceux qui s’attaquent à ces œuvres n’ont vraiment pas compris ce qu’elles disent du christianisme, et on peut aussi se demander s’ils ont compris ce que proclame l’évangile, mais cela tu le disais déjà

  • « L’objectif de Serrano, qui se revendique chrétien était « de rappeler à tout le monde par quelle horreur le christ est passé « 

    Bien sûr bien sûr, mais comme on a moins de talent qu’un Grünewald ou qu’un Raphaël, on prend une croix, on la trempe dans de la pisse, on en prend une photo. Puis, coïncidence, on décide que c’est précisément cette photo qu’on placardera en affiche grand-format au 4 coins de la ville – et, hasard du calendrier, à une date qui conïncide peu ou prou avec Pâque.

    Ca fait partie du schéma de ce genre de provoc que de se défendre de toute intention mauvaise, faire passer l’autre pour un béotien, et se draper dans les oripeaux de victimes des méchants Talibans obscurantistes. C’est usé jusqu’à la corde mais ça marche tjs. Cf aussi « l’affaire » de Leed.

    Si l’intention du directeur de l’expo était sincèrement « de rappeler à tout le monde par quelle horreur le christ est passé », c’aurait été plus efficace d’organiser une projection du film de Mel Gibson… Parce vraiment, à part nous rappeler les « horreurs », la bêtise et la vacuité pédante de l’AC, y a rien d’autre à tirer de l’oeuvre de ce Serrano. Ca vaut même pas d’y consacrer trois neurones de son encéphale.

  • Courtlaïus a écrit : :

    Si l’intention du directeur de l’expo était sincèrement « de rappeler à tout le monde par quelle horreur le christ est passé », c’aurait été plus efficace d’organiser une projection du film de Mel Gibson…

    Vous confondez l’intention de l’artiste et l’intention du directeur de l’expo. Et si vous n’êtes pas sensible au message de cette oeuvre, pourquoi en priver ceux qui y trouvent du sens ?

  • @ Yogui:

    Ne contestons pas à Serrano le droit « d’oeuvrer », ni même à Lambert celui d’exposer.

    Mais cela nous laisse le droit de nous étonner du financement public de l’exposition (le libéral que je suis en est doublement scandalisé !), et du choix de l’affiche assurant la promotion de l’exposition.

    Et quelque part je comprends mal pourquoi on trouve normal que Serrano exprime ses pensées sur le Christ et scandaleux que les chrétiens expriment les leurs sur Serrano, Lambert, etc…

  • « photo qu’on placardera en affiche grand-format au 4 coins de la ville… provoc… [etc] »

    Est-ce que sur la l’affiche en question était mentionné « ceci est un crucifix trempé dans un mélange de sang et d’urine »?

    Sinon, il était difficile de le deviner, et la plupart des passants ont du voir une photo de crucifix. Non?

    Tout ça, c’est une tempête dans un verre d’urine.

  • @ Aristote: Notez comme pour vous répondre, si j’assume la position de l’athée laïcard de service, il nous faut tout d’abord déterminer le sens de l’oeuvre.

    En effet s’il s’agit, comme l’affirment Serrano et quelques autres, d’une oeuvre qui glorifie le sacrifice du Christ et qui vilipende le sort que l’humanité lui fait subir, alors c’est moi qui dois m’insurger de l’utilisation faite des fonds publics pour la promotion de cette oeuvre de propagande religieuse.

    Ensuite je doute que quiconque trouve scandaleux que les chrétiens expriment leur opinion sur Serrano, Lambert et consorts, mais encore faudrait-il respecter le principe de proportionnalité des attaques. Ainsi, et à condition que l’oeuvre soit effectivement établie comme anti-chrétienne, une contre-exposition à base de portraits souillés de Serrano, voire de sa maman, pourrait remporter un certain succès médiatique et lancer un intéressant débat sur le respect des personnes vs le respect des concepts.

    En conclusion, voyez comme l’art moderne suscite le débat et la réflexion … et n’est-ce pas là justement sa vocation ? En tant qu’athée laïcard comme en tant que catholique, ne devons donc nous pas finalement nous féliciter de cette utilisation si opportune des fonds publics 😉 ?

  • Si dans cette affaire l’utilisation des fonds publics choque le libéral Aristote, il y a bien d’autres choses plus graves qui choquent le moins libéral PMalo (qui revendique le droit de parler de lui à la troisième personne).

    Comme disait Jean Clair, l’ancien directeur du musée Picasso, dans le Monde du 3 octobre dernier :

    << Il y a une dizaine d’années, à New York, une exposition s’était intitulée « Abject art : Repulsion and Desire ». Ce fut le premier pas dans l’immonde. On n’était plus dans le subjectus du sujet classique, on entrait dans l’abjectus de l’individu post-humain. C’était beaucoup plus que la « table rase » de l’avant-garde, qui prétendait desservir la table dressée pour le festin des siècles. L’art de l’abjection nous entraînait dans le postprandial : ce que le corps laisse échapper de soi quand on a digéré. C’est tout ce qui se réfère à l’abaissement, à l’excrétion, au scatologique. Du culte à la culture, de la culture au culturel, du culturel au culte de l’argent, c’est tout naturellement qu’on est tombé au niveau des latrines : Marc Quinn et son buste fait de son propre sang congelé, Orlan et sa chirurgie faciale, Gober et ses sculptures en cire et en poil humain, Damien Hirst et ses animaux disséqués dans du formol, Gasiorowski usant de ses propres fèces pour confectionner son jus d’atelier, Serrano et son Piss Christet, avec eux, envahissant, ce compagnon accoutumé de l’excrément, son double sans odeur : l’or, la spéculation, les foires de l’art, les entrepôts discrets façon Schaulager à Bâle, ou les musées anciens changés en des showrooms clinquants, les ventes aux enchères, enfin, pour achever le circuit, faramineuses, obscènes… Est arrivée entre-temps la crise de 2008. Subprimes, titrisations, pyramide de Ponzi : on prit conscience que des objets sans valeur étaient susceptibles non seulement d’être proposés à la vente, mais encore comme objets de négoce, propres à la circulation et à la spéculation financière la plus extravagante. Les procédés qui permettent de promouvoir et de vendre une œuvre dite d' »art contemporain », sont comparables à ceux qui, dans l’immobilier comme ailleurs, permettent de vendre n’importe quoi et parfois même rien. Soit un veau coupé en deux dans sa longueur et plongé dans un bac de formol. Supposons à cet objet de curiosité un auteur et supposons du coup que ce soit là une œuvre d’art qu’il faudra lancer. Quel processus permettra de la faire entrer sur le marché ? Comment, à partir d’une valeur nulle, lui assigner un prix et le vendre à quelques millions d’euros l’exemplaire, et si possible en plusieurs exemplaires ? Question de créance : qui fera crédit à cela, qui croira au point d’investir ? Hedge funds et titrisations ont offert un exemple de ce que la manipulation financière pouvait accomplir à partir de rien. On noiera d’abord la créance douteuse dans un lot de créances un peu plus sûres. Exposons le veau de Damien Hirst près d’une œuvre de Joseph Beuys, ou mieux de Robert Morris – œuvres déjà accréditées, ayant la notation AAA ou BBB – sur le marché des valeurs, un peu plus sûres que des créances pourries. Faisons-la entrer par conséquent dans un circuit de galeries privées, limitées en nombre et parfaitement averties, ayant pignon sur rue, qui sauront répartir les risques encourus. Ce noyau d’initiés, ce sont les actionnaires, finançant le projet, ceux qui sont là pour « éclairer », disent-ils, spéculateurs de salles de ventes ou simples amateurs, ceux qui prennent les risques. Ils sont au marché de l’art ce que sont les agences de notation financière mondiale, supposées guider les investisseurs, mais en fait manipulant les taux d’intérêt et favorisant la spéculation. Promettons par exemple un rendement d’un taux très élevé, 20 % à 40 % la revente, pourvu que celle-ci se fasse, contrairement à tous les usages qui prévalaient dans le domaine du marché de l’art fondé sur la longue durée, à un très court terme, six mois par exemple. La galerie pourra même s’engager, si elle ne trouvait pas preneur sur le marché des ventes, à racheter l’œuvre à son prix d’achat, augmenté d’un léger intérêt. On obtiendra enfin d’une institution publique, un grand musée de préférence, une exposition de cet artiste : les coûts de la manifestation, transport, assurances, catalogue, mais aussi les frais relevant de la communication et des relations publiques (cocktails, dîners de vernissage, etc.) seront discrètement couverts par la galerie ou le consortium qui le promeuvent. >>

  • « L’objectif de Serrano, qui se revendique chrétien était de » etc…

    ok mais savons nous depuis quand datent ses explications ? après, pourquoi ne pas lui faire crédit. c’est vrai, pourquoi pas, mais quelle idée de plonger la représentation de celui qu’on aime dans sa propre urine. Là, faut le faire soigner Serrano.

  • Très bien vu, ce texte (et il me fait découvrir Jean Clair) ; la sphère financière, déconnectée du réel, marche sur la tête, il est normal que ça et là, des provocations dénuées de culture reflètent quelque chose de notre société.

    Le soleil va bientôt se lever, nous allons fêter la résurrection !

  • Je pensais à un truc (désolé si déjà dit dans les coms, pas eu le temps de lire les 133):

    Pierre aussi a voulu empêcher le Christ d’être outragé. « Cela ne t’arrivera pas, Seigneur ». Et que lui a répondu Jésus? « Passe derrière moi, Satan, car tes paroles ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes ».

  • Nuance : en s’interposant, Pierre aurait empêché le sacrifice du Christ d’arriver à son terme. Et c’est pour la même raison, mais pas cette fois là, qu’il s’est fait traiter de Satan. Seulement voilà, le sacrifice du Christ a eu lieu, et nous savons tous que depuis, la Croix est aussi le symbole de la Résurrection. Donc ces « justifications » tombent : ce n’est pas que la souffrance du monde qui est évoquée, c’est l’espérance de la Résurrection qui est compissée. J’avoue que les « justifications chrétiennes » de l’oeuvre me semblent toutes théologiquement bancales. Je préfère quand Dali fait planer le Christ en croix, lui au moins il a compris.

  • @ Via

    Que le Christ ait empêché Pierre de recourir à la violence n’empêche en rien que le Christ était de fait injustement outragé.

    Personne sur ce blog ne défend le geste des deux excités. La discussion porte (1) sur l’attitude à avoir face à de telles provocations, entre ceux qui disent que le mieux est de ne rien faire et ceux qui tout en récusant toute violence pensent qu’il faut quand même réagir, et (2) sur le statut à donner à de telles oeuvres, entre ceux qui dénoncent l’AC comme une fumisterie à motivations purement financières et ceux qui ne le lui nient pas toute valeur artistique. Cela donne quatre positionnements de base possibles, ce qui explique en partie la confusion du débat.

    Ne pas s’inquiéter, les marchands de soupe sont en train de mitonner la prochaine provoc., le débat se répétera !

  • Tiens, une idée qui me vient comme ça, hélas trop tard : une lecture de la Passion devant l’œuvre, genre « flash-mob », ce vendredi saint, eût été (h)aut(r)ement plus constructif, non ?

  • Bonjour,

    Je ne pense pas être hors sujet en vous proposant cet extrait choisi d’un entretien avec Jean Clair (historien de l’art, conservateur de musée, académicien) « La nuit des musées » qui est dans le magasine Causeur du mois Avril non encore accessible en ligne.

    Question Isabelle Marchandisier : On vous réduit souvent à un adversaire de l’art contemporain. Celui-ci est-il, avec la sacralisation du profane, un symptôme, voire une cause du désanchantement du monde ?

    Réponse : L’art contemporain, cela ne veut évidemment rien dire. Je pense que, dans l’une de ses tendances, qui est, cela n’est pas un hasard, la plus célébrée par le marché et les médias, il constitue une perversion radicale. Dans le « De Immundo » (Galilée, 2004), je recensais tous les matériaux utilisés par cet « art de l’abject »: déchets corporels, exaltation de la part animale de l’homme. Il est assez amusant d’observer tous ces plasticiens athées et iconoclastes qui nient le Mal mais utilisent sans le savoir les atttributs du Malin – cheveux, poils, rognures d’ongles, humeurs du corps et autres immondices – selon la plus pure théologie médiévale. Ces sectaires d’un état adamites, qui ne croient pas à l’existance du Mal et se racontent le joli conte d’un état de nature fait de pureté, d’innocence et d’union libre, sont en réalité les fervents illustrateurs aujourd’hui des hérésies gnostiques du II siècle. Il n’y a plus ni tenue ni retenue. Cet art mutant correspond à l’état infantile décrit par Freud, ou le nourrisson tout-puissant ne produit jamais que sa propre déjection pour l’offrir à sa mère. C’est l’incontinence du moi : « Je pisse donc je pense ! » Retour au primitif, dans le registre du répugnant en prime. C’est la négation même de l’art, puisque celui-ci nait précisemment de la sublimation du réel, transformant jusqu’aux éléments naturels comme le fumier ou la terre en matériaux précieux, pigments, ocres, huiles, vernis qui, soumis à des canons esthétiques, permettent de représenter un univers transcendant du Bien et du Beau.

  • Yogui a écrit : :

    . Et si vous n’êtes pas sensible au message de cette oeuvre, pourquoi en priver ceux qui y trouvent du sens ?

    Dieu m’en garde. Si tel est votre désir de vous pâmer (ou vous soulager) devant un tel chef d’oeuvre, grand bien vous fasse – je réagis sur la volonté délibérée d’imposer cette pisse à tous les yeux d’Avignon et de Navarre dans le seul but d’y faire venir la polémique, la publicité, et puis du public.

    Accessoirement je ne trouve dans cet art-provoc, à l’instar de Jean Clair, que des raisons objectives d’y voir moins de l’art que du charlatanisme et de l’entourloupe. Mais c’est un peu comme l’histoire du roi nu : libre à ceux qui le veulent de spéculer sur sa parure en l’habillant de tous les mots.

  • Un article bien argumente et tres interressant (cela fait un bout de temps que je cherche un commentaire comme celui-ci du point de vue chretien et construit, car du cote des defenseurs de Serrano il y a beaucoup d’articles de qualite) Pour commencer, je suis completement d’accord avec le fait que les deux jeunes fervents catholiques ont fait preuve de betise et de manque d’immagination, ce qui est reellement dommage car, en allant dans le sens meme de l’artiste, ils auraient pu construire un contre-argument d’autant plus solide et convaincant. Un happening aurait ete surement la forme la plus adequate a une reaction. De plus, ca aurait permis de ne pas opposer l’Art contemporain et la Religion en faisant d’enormes generalites, des deux cotes. CEPENDANT : j’ai remarque, apres avoir eu maintes discussions avec des amis chretiens, que la plupart des personnes reduisent aujourd’hui l’art contemporain a de la  »provocation ». Surtout, surtout, que les personnes ennoncant cela maiconnaissent l’Histoire de l’Art, sa Philosophie et n’ont meme pas chercher a plonger dans le concept de l’oeuvre, ne regardant que son enveloppe. Ainsi, combien de jeunes ignorants croient avoir saisi l’ART (et quelle pretention par-la, de plus c’est aussi absurde que de dire  »la Philosophie c’est CA. » ou  »l’Art, c’est CA » qui sont-ils pour definir et delimiter ces disciplines, que meme les docteurs en ces matieres ont du mal a saisir?) en disant  »aujourdhui tu fais un point noir au milieu dun tableau blanc et tu le vends 450000 d’euros. » Etudiez avant d’avoir la pretention de connaitre. Mais pour en revenir a votre commentaire :  »L’esthétisme ne pouvant pas, ou ne pouvant plus – allez savoir – être le critère de l’art, la transgression l’a remplacé. » Jolie preuve d’ignorance. Un eleve de terminale est capable de plus d’ouverture d’esprit. Car qu’est-ce-que l’Esthetique? Qui etes vous pour affirmer que l’Art contemporain n’aborde plus le domaine esthetique? l’Art ne peut etre, sans l’esthetique. Certes une esthetique differente. mais croyez vous que Lautreamont, Baudelaire, a leur epoque, n’ont pas provoque des reactions demesurees? Car leur esthetique n’etait pas consideree comme telle. pourtant aujourdhui, combien un poeme de baudelaire est justement, ESTHETIQUE! De meme, Marcel Duchamp, avec ses ready-mades, a fait evoluer l’esthetique de l’Art contemporain! Combien, a l’epoque, de journalistes l’ont-ils massacres? Et pourtant, aujourd’hui, combien sa  »Fontaine » est a nos yeux, belle! Par sa force conceptuelle, par sa signification, par le changement que cet  »objet » a effectue dans notre facon de VOIR le monde! Car l’une des fonctions de l’oeuvre d’art est de nous faire voir le monde autrement. Alors l’Esthetique d’un objet etant extrement subjectif, il peut se resumer tout simplement a sa  »carapace », sa forme. Un objet d’Art, meme conceptuel et immateriel, par sa representation, a une ESTHETIQUE. Mais si cet argument ne vous convainc point et que vous preferez reduire l’esthetique a une recherche de l’harmonie, du beau, tel qu’on le connait, aumoins voyez dans l’oeuvre de certains artistes contemporains, (Boltanski, Penone..) une grande place de leur travail domine par cette approche de l’esthetique et de la poesie. Ensuite, accuser seul l’Art contemporain de transgression… l’Histoire transgresse, l’homme par nature, a un besoin de transgression de ce qui a ete fait auparavant. Ca a toujours ete ainsi. L’evolution (sans connotation positive) se fait par des provocations, forcement, par la destruction du savoir. remettre en doute, detruire, c’est la base de la philosophie de Descartes! Tous les savants de l’epoque, (Galilee!) s’ils n’avaient doute et remis en question les convictions et la morale, ns en serions toujours a croire que la terre est plate. Certes je m’eloigne du sujet, mais tout cela pour dire que l’Art, comme tout autre domaine, transgresse certes, mais depuis toujours, les Romantiques, les Impressionnistes, les Surrealistes, les Minimalistes, les Fluxutiens (blague) .. Aujourd’hui, il peut d’autant plus paraitre absurde et seul au service du commerce : Mais la demarche des artistes, de laisser le moins de trace possible (ce qui detourne la definition premiere de l’oeuvre, une  »trace de l’etre humain sur la nature ») avec des objets tout-fait, et de vendre cette oeuvre a un prix incroyablement absurde, ne repond-elle pas avec ironie au tableau du monde contemporain? Car ce n’est pas l’artiste l’idiot, le manipulateur. Le monde aujourd’hui est devenu un enorme commerce, l’artiste la voit, simplement, la CONSTATE avec ironie et un certain degout, et repond a des idiots consommateurs, qui repondent d’eux-meme a ce nouveau phenomene de mode qu’est l’industrie de l’art, les galeries, les marches de l’art etc etc.. Certes, on peut considerer cette demarche artistique comme  »facile ». Mais l’oeuvre d’art est tout simplement une reflexion sur le monde que l’artiste fait partager, et lui n’a jamais contribue a cette  »sacralisation » absurde de l’oeuvre d’art, meme si maintenant les artistes jouent de cela. Les productions artistiques (qui peuvent aujourd’hui etre de nimporte quelle nature, du moment que le point de vue dont on le voit en fait objet d’art et le discours de son createur y contribue) ne font que, encore une fois, exprimer le point de vue de l’artiste. Quoique Serrano veuille dire a travers cette oeuvre, que ce soit la critique du detournement du christianisme par le monde contemporain (comme il le dit) ou simplement un moyen d’attirer sur lui l’attention des medias, ce travail EST oeuvre d’art. Cessez de faire des generalites sur l’Art, vous participez a ce phenomene de mode et en faites d’autant plus une industrie economique.

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