Où vont les hommes ?

L’Histoire a-t-elle un sens ? Est-elle cyclique ou linéaire, sinusoïdale en pente ascendante ? Elle emprunte parfois trop au pendule de Newton, inéluctable balancier, piégeant l’humanité entre ses chocs réguliers.

Posons ceci pour que nul n’en doute : il reste des combats féministes légitimes. Il serait toutefois heureux que l’on soit capable d’une vision bilatérale et, si l’on veut échapper à la malédiction du pendule, de prendre également en considération la condition des hommes. Car depuis quelques années, il semble que la place de l’homme ne soit plus envisagée qu’en retranchement et en abstention. C’est pour partie légitime : l’affirmation nécessaire de la place des femmes se conquiert mécaniquement sur celle des hommes, mais nous ne semblons plus savoir de ces derniers que ce qu’ils ne doivent plus être. Leur force physique est inutile. Les femmes donneront toujours la vie, mais les hommes ne donnent plus la leur pour la Nation (à tout le moins pas tous, et pas exclusivement). Le seul fait de voir en l’homme un protecteur passe pour sexiste. Et il semble que la féminité puisse toujours être louée quand la virilité serait suspecte par essence et coupable en puissance.

On pourrait se gausser des interrogations existentielles des hommes… comme nombre d’hommes se sont moqués de celles des femmes. Outre un certain manque de charité, ce serait oublier Newton et son pendule. Or, face à ce trouble, certains ont versé dans un masculinisme souvent sommaire, parfois cocasse quand ils valorisent les archétypes les plus caricaturaux de la masculinité, et quelquefois dangereux, quand ils rejoignent des communautés en ligne revanchardes. Il a sa part dans l’élection de Donald Trump, on le trouve chez nos extrêmes, il s’épanouit dans trop de cités… et il n’y a pas jusqu’à certains discours catholiques approximatifs qui ne trahissent confusion et désarroi. Il faut entendre ces interrogations tant qu’elles sont légitimes.

Où vont les hommes ? Je veux saluer ces centaines d’hommes, qui me sont autant de frères, avec lesquels j’ai marché la semaine dernière. Ils ont discrètement pris les routes de France pour le pèlerinage des pères de famille, de Cotignac au Mont-Saint-Michel, en passant notamment par Vézelay. Sans virilisme aucun, attentifs à leur juste place d’hommes et de pères et amoureux de celle de leur épouse.

unsplash-logoBrunel Johnson

Auteur

Père, époux, fidèle à divers titres, je suis aussi... avocat, auteur (Ca ira mieux demain, 2015; Identitaire - Le mauvais génie du christianisme 2017), et chroniqueur à La Vie.

11 commentaires

  • On peut effectivement placer le débat sur le plan « philosophique »…mais aussi sur le plan concret.

    Dans le cadre de l’élaboration du SDAGE (schema de gestion des eaux ) j’ai assisté à un intéressant exposé sur la qualité de l’eau et les perturbateurs endocriniens.Un chercheur du CNRS parlait toujours d’une substance, l’EE2, qui avait des effets négatifs sur la masculinité des êtres vivant dans l’eau ou buveurs d’eau.L’indicateur le plus reconnu étant le nombre de poissons mâles dit « féminisés » .

    Croyant que les perturbateurs endocriniens, c’étaient les pesticides, je demandait le lien avec les pratiques agricoles.Au regard interloqué de mon chercheur, je m’aperçus que je faisais fausse route.l’EE2, c’est l’hormone de synthèse de la pilule contraceptive.

    Le féminisme et son discours de recours à la contraception orale pour maitriser « son corps » a concrètement eu cet effet : mettre dans la nature à haute dose une substance qui altère la fertilité.

    https://www6.val-de-loire.inra.fr/physiologie_reproduction_comportements/Resultats/Resultats-marquants/Resultats-marquants-2011-2015/2015/L-exposition-pendant-la-vie-precoce-a-un-perturbateur-endocrinien

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    • J’entends le commentaire, ainsi que les conséquences sur la nature de la contraception orale, que je connaissais.
      Main on ne peut ignorer que la motivation de cette dernière n’est, dans beaucoup de cas, pas étrangère à l’homme et à une certaine pression, voire un certain mépris de la femme, qui pousse cette dernière à ce recours dont souvent elle n’ignore pas les conséquences… d’abord sur son propre corps.
      Donc, que les hommes aient un respect mesuré de la femme …
      Et, tant que j’y suis, un coup de pub pour la destination de Saint Antoine l’Abbaye pour le pèlerinage des hommes Dauphinois. Superbe paysage pour retrouver la fraternité de pères et d’époux que mentionne si justement Koz.

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  • Votre texte fait écho à une conversation récente avec une amie où nous concluions sur la nécessité, au-delà des dénonciations et des combats indispensables, de promouvoir des visions et modèles positifs de la masculinité. Qu’est-ce qu’être homme ou femme de façon positive? Car j’ai l’impression que pour les femmes aussi l’image est brouillée.

    Personnellement, je pense qu’une piste possible serait de voir la virilité comme une force/un pouvoir à utiliser pour servir et construire un monde meilleur et non pour asservir ou montrer « qui est le + fort » comme dans la caricature machiste.
    Jésus, dans ses rapports au pouvoir, à la force mais aussi dans ses relations avec les femmes pourrait être une source d’inspiration, au risque de nous remettre en question, comme toujours avec Jésus.

    Saint Joseph aussi m’inspire dans mes questionnement : par ex. quand il apprend que Marie est enceinte et avant l’intervention de l’ange, il renonce à son droit de la condamner à la lapidation et passe au dessus de son ego blessé pour la répudier en secret et lui permettre ainsi d’épouser son supposé rival (qu’apparemment elle lui préfère). Je pense que cela nécessite une bonne dose de virilité car il avait le pouvoir de la détruire en respectant la Loi mais il veut agir pour la sauver et il respecte le choix de sa fiancée d’en préférer un autre. Pour moi, c’est une preuve de force et non de faiblesse comme on l’a parfois malheureusement caricaturé.

    Merci Koz pour ce blog et le temps et l’énergie que vous lui consacrez.

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  • Je pencherai pour un brouillage généralisé plutôt que d’accuser l’une ou l’autre thèse extrême.

    C’est le genre de sujet sur lequel je m’abstiens depuis fort longtemps – infiniment lassé par le discours monotone et permanent des médias prétendument en faveur de la « libération des femmes ». Je suis un homme. Je les soupçonne de n’avoir rien d’autre de substantiel à nous livrer.

    Pour terminer, j’ai le souvenir d’une lecture d’Alice Miller qui expliquait que l’identité masculine était une construction sociale beaucoup plus difficile maintenir que l’identité féminine beaucoup plus immédiatement en contact avec ce qui l’a fondé. Mais toutes ces affirmations éventuellement essentialistes sentent immédiatement le politiquement incorrecte… On préfère laisser tomber, cesser de penser et vivre tranquille.

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    • Le « virilisme » n’est pas un concept déposé, donc je vais essayer d’expliquer ce que j’entends par là. Ce que j’en vois, c’est cette façon de vouloir en rajouter sur les notions masculines archétypales… mais caricaturales : on est des vrais mecs, on n’est pas des fillettes, parce qu’on a des muscles et on emballe les gonzesses. Le compte twitter de l' »Ecole Major », créée par Julien Rochedy, en fournit un exemple parfois cocasse.

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      • C’est ainsi que je l’aurais entendu moi-même, découvrant ensuite la définition selon le Larousse ou le Robert . Merci de votre réponse.

  • Une fort intéressante émission de radio abordait cette question il y a peu et signalait le fait que ce questionnement, loin d’être ridicule, inutile, ou dénué de sens, ou même d’être un relent de machisme, était le pendant du questionnement sur la féminité qui a marché le 20e siècle, entre guerres et droits des femmes. Il est bien temps de s’en saisir !!
    Pourquoi ? Parce que en effet, l’égalité, les droits des femmes, l’évolution du monde et notamment la technologie, ont remis en cause beaucoup de rôles sociaux (jeunes/vieux aussi). Parce que les femmes ont la culture de la parole (entre elles), de la confidence, parce qu’il s’agissait aussi pour elles d’atteindre un statut « meilleur » et de cesser d’être « dominées », cette remise en question s’est faite, continue de se faire, non sans mal, non sans débats, dérapages, luttes, dégâts collatéraux. Pour les hommes, il n’était pas évident de prendre l’initiative de débattre alors que parler de soi, parfois de l’intime, est encore plus compliqué, surtout quand il s’agit de s’interroger sur la perte d’une certaine autorité…. D’autant plus qu’en toute bonne foi, beaucoup, hommes et femmes, peuvent penser que le changement de statut des femmes peut se faire sans que cela change du côté des hommes… mais en fait, non, sauf à penser que les femmes doivent devenir « des hommes comme les autres », ce qui est discutable… et pas forcément possible.

    Heureuse en tout cas que vous abordiez la question, avec votre regard toujours équilibré et subtil !!

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    • C’est aussi un point important, en effet : trouver le bon point de passage entre la femme nécessairement au foyer et la femme « homme comme un autre ». Je voyais avant-hier le film « Pentagon Papers », qui faisait écho à Downtown Abbey ou ce qui se pratiquait en France aussi : lorsque l’on commençait à parler de la marche du monde, les femmes se retiraient. Et dans le milieu pro, elles étaient transparentes. Cela me semble à des années-lumière tant j’ai l’habitude de bosser avec, et pour, des femmes sans que ce soit un sujet. Mais, dans le même temps, je vois aussi l’écartèlement que subissent les femmes entre leurs légitimes aspirations. Et quoi que l’on fasse, quand bien même les hommes partageraient davantage les tâches, et aussi attaché à mes enfants que je sois, je reste convaincu du lien spécifique et irremplaçable que la mère développe avec ses enfants.

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  • Je vous avoue que ce thème de votre part m’a surpris, craignant justement un virilisme déplacé. Ce n’est évidemment pas le cas. Epoux et père, je n’ai pas souvenir avoir subi d’attaque contre ma qualité masculine ou éprouvé de doutes, percevant la masculinité de manière positive sans que cela soit quelque chose de brutal ou de honteux. Pour avoir marché vers le Mont également (et ayant eu le plaisir de vous saluer (et remercier) dimanche dans le champ), j’ai vu également des hommes, des pères parfois doutant, parfois souffrant, parfois heureux mais le plus souvent à leur place. De fait, à titre personnel, mais je ne crois pas être le seul, j’ai reçu ma place d’homme et de père à la fois de mes parents (l’exemple de mon père et l’image que m’en donnait ma mère (il était peu présent physiquement)) mais aussi de mon épouse que dans le « jeu » du couple continue également cette lente construction de ce que je suis en tant qu’homme (et réciproquement). Je perçois peu du coup l’influence que peut avoir la « société ». C’est un équilibre subtil et évoluant à mon avis plus au niveau des relations personnelles que sociétales. En même temps et c’est peut être la que je vous rejoint, j’ai commencé il y a un an le livre de S Clerget « nos garçons en danger » (cela me fait penser qu’il fat vraiment que je le reprenne et l’achève) dont l’idée est dans mon souvenir, que nous « ratons » actuellement l’éducation scolaire de nos garçons pour plusieurs raisons (dont celles que vous évoquez mais je vous renvoie au livre), et que les conséquences se mesureront plus tard en terme de déclassement.. et plus grave de frustrations. Espérons donc être capables de transmettre à nos enfants cette virilité sereine et sortir de cette menace de guerre des sexes que certains attisent des deux cotés.

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