Happy birthday, Mister President !


Qui regarde encore vers l’Amérique comme une terre d’espérance ? Qui songe encore à l’Amérique comme le « leader du monde libre » ? Bien sûr, la réalité médiatique ne fait pas celle d’un pays. Elle comporte ses biais et ses effets de loupe. Elle masque des nuances, des permanences subtiles. Bien sûr. Tout de même, nous assistons à un étonnant télescopage. Pour mieux célébrer le premier anniversaire de l’élection de Donald Trump, l’Amérique n’envoie de ses nouvelles qu’à travers ses démons. Sexe, argent, violence. Viols et meurtres de masse. Après Las Vegas, Sutherland Springs. Et puis Harvey Weinstein. C’est le message de l’Amérique au monde, ceci sans compter le principe d’imprévisibilité qu’un Trump en tournée impose en politique étrangère.

Weinstein et c’est le fric et le sexe. En 2012, lors de la cérémonie des Oscars, Meryl Streep déclare : « je veux remercier Dieu, Harvey Weinstein« . Las, on ne peut adorer Dieu et l’argent. Le joug de l’un est facile à porter, celui de l’autre est impitoyable. Il faut voir tous ces comédiens soumis, et des comédiennes harcelées, remercier Harvey Weinstein comme l’on va à Canossa.

Les optimistes diront que l’affaire Weinstein relève du coup de balai, du réveil salutaire, quand le monde s’était habitué à fermer les yeux sur les mœurs hollywoodiennes. Ce serait oublier que les Américains ont porté à la tête de ce pays, en connaissance de cause, un agresseur sexuel assumé, celui qui se vantait en somme de pouvoir faire comme Weinstein : faire ce qu’il voulait aux femmes, les « attraper par la chatte ».

Sutherland Springs, et c’est ce pays incapable de protéger les siens, incapable d’offrir le minimum requis de la part d’un État. « Protégez-vous vous-même » est sa réponse, quand les autorités recommandent la mise à disposition d’armes dans les églises. Peu importe l’aberration évidente que cela représente pour des chrétiens. Si les Etats-Unis sanctuarisent leur deuxième amendement, vénèrent leur passé pionnier, ne serait-il pas légitime d’espérer que la situation évolue, depuis l’époque du Far West ? Les fondateurs de ce pays n’ont-ils donc jamais rêvé qu’il change ? Que le Far West ne soit qu’un état transitoire et qu’il soit possible, un jour, de se sentir en sécurité dans ce pays sans serrer une arme contre soi ?

Quel échec.

Quand un enfant de dix-huit mois est abattu dans une église, quand l’innocence est fauchée dans le lieu par excellence où l’on devrait trouver la paix, les Etats-Unis n’ont donc d’autre perspective que d’armer les assemblées de fidèles ?

Et l’on ne voit pas qu’elle puisse trouver une autre solution, à vue d’homme. On ne voit pas qu’ils puissent faire autre chose que laver le sol du sang de leurs enfants à chaque nouveau massacre. Parce que le deuxième amendement, et parce que ce slogan : « ce ne sont pas les armes qui tuent, ce sont les hommes ». Alors, parce que ce ne sont pas les armes qui tuent, les Républicains vont assouplir la législation sur l’achat de silencieux. Rappelez-vous : ce ne sont pas les silencieux qui tuent, ce sont les hommes; entre les mains d’un honnête homme, une mitraillette avec un silencieux ne fait pas de victimes.

Peu importe que les Etats-Unis concentrent plus de la moitié des victimes et 19 des 34 plus dramatiques tueries de ces cinquante dernières années dans le monde (sachant qu’aucun autre pays n’en a connu plus de deux dans le même temps). Peu importe s‘il apparaît que, plus le contrôle des armes est strict, moins il y a de morts par balles. Peu importe si, entre autres recherches, une étude de la Boston University School of Public Health portant sur 50 états pendant 30 ans est venue justifier le bon sens et trouver une « corrélation solide » entre la détention d’armes et le nombre d’homicides. Peu importe si, après une tuerie de masse en 1996, l’Australie a engagé un programme de rachat des armes qui s’est traduit par une chute des homicides par armes à feu1. Peu importe qu’après ce programme, le nombre de tueries de masse en Australie soit passé de 13 pendant les 18 années d’avant à 0 pendant les quatorze suivantes2. Peu importe, qu’ils soient nostalgiques du Far West, compulsifs de la gâchette, ou libéraux échevelés, ils ont toujours un argument. Ils recourront à l’exemple étranger – la Suisse – pour nier tout lien entre tueries et libre détention d’armes et le rejetteront quand il l’établit – l’Australie. Ils vous expliquent même que l’Australie était de toutes façons déjà « un pays paisible » quand les États-Unis sont un pays violent, indépendamment de la question des armes. Mais alors, comment passent-ils du constat que le pays est violent à la conclusion qu’il faut donc armer tout le monde ?

Tout le monde, y compris les personnes affectées d’un handicap mental. Car oui, pour parfaire le tableau, Donald Trump a révoqué la décision prise sous les mandats de Barack Obama d’interdire la détention d’armes aux personnes affectés de troubles mentaux sévères (une mesure concernant potentiellement 75.000 personnes). Et c’est le même Donald Trump qui, ne se souciant pas plus de cohérence que de ne pas être tout à fait une caricature, a pu déclarer hier que le massacre était le fait d’une personne dérangée mais que ce n’était pas une question liée aux armes. On préfèrera pourtant toujours qu’une personne dérangée décompense armée d’une fourchette plutôt que d’une mitraillette.

Alors, soit, Amérique, so be it. Nous n’aurons pas la prétention de trancher le débat que vous menez de si longue date. Après tout, c’est le sang de vos enfants qui coulent, pas celui des nôtres. Armez-vous. D’ailleurs, cette fois, le tireur a été empêché de poursuivre par un poursuivant armé. Alors, armez-vous donc. Car plus il y a d’armes en de mauvaises mains, plus il faut d’armes entre de bonnes mains – ou supposées telles. Plus il y a d’armes, plus il en faut d’autres. C’est une bête qui vous ronge.

Si les meurtres par balles ne sont que la suite logique d’une violence préexistante, si la Maison Blanche est occupée par un symbole – celui de Weinstein ou de Sutherland Springs – c’est une culture toute entière qu’il faut interroger, dans toutes ses dimensions – ses excès républicains, ses outrances démocrates. Et, pour ceux qui ne l’ont pas encore fait, depuis l’économie jusqu’au contrôle des armes en passant par les lubies du politiquement correct, cesser de voir dans les avatars des États-Unis la préfiguration nécessaire de notre propre avenir.


  1. cf une note du Harvard Injury Control Research Center []
  2. cf cet article écrit par des professeurs à l’Université de Sydney []

Auteur

Monoépoux, multipère, fidèle à plus d’un titre.

Avocat (associé fondateur BeLeM Avocats), auteur de Ca ira mieux demain (Sept. 2015) et de Identitaire – Le mauvais génie du christianisme (Janv. 2017)

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31 commentaires

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  • Il ne fait pas de doute que les États-Unis traversent une mauvaise passe. Pour l’affaire Weinstein, j’hésite à pointer le doigt vers une spécificité US, car rien ne dit que ces comportement ignobles sont moins fréquents dans d’autres pays; les révélations récentes en Europe incitent à la prudence. Pour ce qui est de Sutherland Springs, Las Vegas, Orlando, Newtown, etc., le problème est spécifiquement américain, les chiffres sont indiscutables. De plus, il ne faut pas oublier que les tueries de masse ne sont que la pointe ultra-médiatique d’un énorme iceberg: l’écrasante majorité des morts par arme à feu (qui font plus de morts que les accidents de la route) sont le fait de meurtres « banals » (pour 1/3) et de suicides (environ 2/3).

    Il y a d’autres symptômes inquiétants: je citerai en particulier la crise des analgésiques opioïdes, première cause de décès chez les moins de 50 ans (source). Une autre statistique très surprenante est la baisse de l’espérance de vie (source).

    Mais, pour moi, le signal de plus clair du déclin est justement l’événement dont on « fête » l’anniversaire: l’élection de Donald Trump. Quand une démocratie est capable d’une décision aussi profondément immorale et stupide, c’est qu’elle est vraiment déboussolée.

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  • En effet. Je n’entendais pas soutenir que l’affaire Weinstein soit spécifique aux Etats-Unis. Quand on vient du pays de DSK, on ne s’avance pas trop sur cette voie… Mais c’est simplement le constat que l’influence culturelle la plus visible (outre le langage inclusif, hein ;)), le message envoyé au monde, vient d’un travers. Ce n’est pas par une influence volontaire, mais à leur corps défendant, si je puis dire, qu’ils viennent d’influencer le reste du monde occidental.

    D’accord aussi sur la question des tueries de masse par rapport aux morts par armes à feu. Je regardais les statistiques des homicides intentionnels (armes à feu ou non), qui sont assez effrayantes également (pratiquement quatre fois plus qu’en France), même si la tendance est à la baisse.

    Et oui, encore (décidément), la consommation d’opïodes est aussi un symptôme évident d’une société en souffrance. J’imagine que l’on n’aurait pas trop de difficulté à trouver également des statistiques sur la consommation d’antidépresseurs.

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  • Manifestement tu es en colère. Ca ne présage pas d’une discussion sereine mais je vais tout de même essayer.

    Effectivement, comme tu le dis, le tueur de Sutherland Springs a été mis en fuite par un citoyen armé. Armé légalement. Ce que tu ne dis pas (ça a été peu relaté dans la presse), c’est que le tueur, lui, détenait son arme illégalement.

    Bref, un durcissement de la loi n’aurait probablement pas évité le massacre mais aurait pu empêcher l’intervention qui y a mis fin.

    Ton billet adopte un ton très hostile envers les us et coutumes US qui met un peu mal à l’aise quand on connaît notre histoire récente. Ainsi, tu donnes en lien un site qui recense les meurtres de masse et conclut qu’ils ont majoritairement lieu aux US. Curieusement, la tuerie du 13 novembre 2015 à Paris n’apparaît pas dans la liste. Elle aurait pourtant été classée première avec 90 morts au Bataclan et 130 en tout. Charlie Hebdo n’y figure pas non plus, 12 morts. Ennuyeux pour la crédibilité de la source.

    Gênant aussi pour écrire : « Les fondateurs de ce pays n’ont-ils donc jamais rêvé (…) qu’il soit possible, un jour, de se sentir en sécurité dans ce pays sans serrer une arme contre soi ? »

    Se sent-on plus en sécurité en France? Protégé par la police et son monopole sur les armes? Parlons de Charlie Hebdo encore, qui a reçu ces derniers jours une avalanche de menaces de mort. Doivent-ils se sentir en sécurité que les lois françaises sur le port d’arme soient parmi les plus drastiques au monde? Sait-on que Charb, tireur sportif, avait fait une demande de port d’arme? Il avait une bonne raison mais il n’a jamais obtenu l’autorisation. C’est trop tard maintenant.

    Ce « débat » est rendu terriblement difficile par l’émotion. Mais l’émotion n’interdit pas la rigueur. Ainsi les stats sur la sévérité des lois ne les lient pas aux « mass shootings » mais aux morts par arme à feu. Ca inclut notamment les suicides qui représentent les 2/3 des morts. Bien sûr, tout suicide est un drame, tu n’as pas besoin de m’en convaincre. Mais ce n’est pas pareil. Et faire cette confusion dans le contexte émotionnel d’un mass shooting dans une église tend à gommer cette distinction. J’ajoute que nous Français sommes assez mal placés pour donner des leçons en matière de suicide quand nous n’arrêtons pas de passer des lois pour en faire un acte positif qu’on devrait « assister ».

    Il n’y a pas de solution magique au problème de gun violence aux US. Cet article, écrit par une ancienne journaliste chez FiveThirtyEight (pas exactement une officine d’extrême droite) explique bien pourquoi les suicides, les femmes victimes d’un conjoint ou amant (Weinstein est anti-gun, sans surprise) ou les jeunes blacks des gangs qui s’entretuent ne se traiteront pas de la même façon. Ou cet article de PEGobry, lui encore assez peu suspect d’extrémisme.

    Enfin, avant de ne trop s’emballer sur l’idée de réserver aux autorités le monopole des armes, n’oublions pas qu’aux US, la police tue 600 personnes par an et que si le tueur de Sutherland Springs a pu acquérir une arme c’est parce que l’armée a semble-t-il omis de transmettre au FBI la paperasserie pour qu’il apparaisse sur les listes d’exclus.

    Les US vont mal. Comme le souligne Gwynfrid, le niveau des overdoses est très élevé. Il y a une crise économique (pas pire que chez nous) mais surtout morale. La baisse du sentiment religieux y participe. N’oublions pas également que les US sont un pays extrêmement clivé politiquement et socialement. Hillbilly Elegy de JD Vance décrit bien le déclassement de cette société blanche rurale. Cet article écrit juste après l’élection explique admirablement la situation.

    Intuitivement, je me dis que les US ont besoin de moins de politique, pas plus.

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  • Loin de moi de vouloir être polémique, je rappelle tout de même que c’est Bill Clinton, démocrate, qui a eu des relations « inconvenantes » avec M. Lewinsky , sauvé par sa femme et sa horde d’avocats, payés des millions de dollars, pour discréditer d’autres témoignages de victimes B. Clinton ; Même technique utilisée par ce « cher » Weinstein » qui a financé la campagne de H. Clinton.

    Et jusqu’à preuve du contraire, Trump n’a jamais été condamné pour agressions sexuelles ! Vos propos sont proches de la diffamation, non ? en même temps, je ne suis pas en spécialiste juridique, je me trompe peut-être et je m’en excuse par avance.

    Concernant, votre conclusion, incluez-vous le mouvement Pro-Life et certaines politiques publiques américaines anti-IVG comme un avatar des Etats-Unis ? « Le nombre d’avortements reste élevé et stable en France, il diminue sans cesse aux États-Unis. Aux États-Unis, le nombre d’IVG s’élevait en 2014 à 926 000, un chiffre en baisse constante depuis 1990, où l’on dénombrait pas moins de 1,6 million d’avortements »
    http://www.lavie.fr/actualite/monde/pourquoi-le-nombre-d-avortements-ne-cesse-de-baisser-aux-etats-unis-19-01-2017-79374_5.php
    En France, nous ne pouvons même plus en parler ! C’est la chape de plomb.
    En revanche, pour s’exprimer des armes à feux et ses morts, là on y va, bien correctement 🙂

    l’Amérique n’envoie pas de ses nouvelles qu’à travers ses démons ! 😉

    Francois

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  • Koz,
    Je vous lis depuis plusieurs années et j’apprécie régulièrement vos analyses qui remettent souvent en question ma réflexion première.
    Ce matin, je suis déçu par ce billet (je rejoins Lib et François). Je crois pourtant arriver à changer de point de vue quand les arguments sont bons. Ici, je ressens plutôt une mauvaise foi.
    Cordialement,

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  • Vassinhac a écrit :

    Ici, je ressens plutôt une mauvaise foi

    Je vous remercie pour cette toute première contribution au blog en plusieurs années. Je comprends votre sentiment. Parfois, plutôt que d’étayer un désaccord, on préfère mettre en cause l’honnêteté intellectuelle de l’autre. Cela arrive à des gens très bien, pas souvent certes. Mais ça passe.

    Francois a écrit :

    Et jusqu’à preuve du contraire, Trump n’a jamais été condamné pour agressions sexuelles ! Vos propos sont proches de la diffamation, non ? en même temps, je ne suis pas en spécialiste juridique, je me trompe peut-être et je m’en excuse par avance.

    Excuses acceptées puisqu’en effet, vous vous trompez. Mes propos ne dépassent pas la réalité de ce que Trump a assumé.

    Pour le reste, je ne vois pas ce que viennent faire ici les appartenances politiques des uns et des autres. Il faut cesser de réfléchir en militant, et d’imaginer que les frasques de l’un justifient les avanies des autres.

    Lib a écrit :

    Manifestement tu es en colère. Ca ne présage pas d’une discussion sereine mais je vais tout de même essayer.

    Ce qui pourrait lui nuire, c’est cette envie de spéculer sur les sentiments qui m’animeraient, pour disqualifier mon propos et préempter la sérénité.

    Lib a écrit :

    Effectivement, comme tu le dis, le tueur de Sutherland Springs a été mis en fuite par un citoyen armé. Armé légalement. Ce que tu ne dis pas (ça a été peu relaté dans la presse), c’est que le tueur, lui, détenait son arme illégalement.

    Les pro-guns disposent d’un stock considérable d’arguments du genre, qu’ils ressortent selon les circonstances spécifiques de chaque tuerie de masse. Ce que tu ne dis pas, c’est que ce ne serait pas le cas de Stephen Paddock, mais il y a certainement un autre argument dans le tiroir d’à côté pour refuser de voir l’évidence. Ce que tu ne dis pas, c’est que ça n’est pas le cas de bien d’autres tueries, notamment celles commises par des lycéens, qui se contentent d’aller récupérer les armes détenues légalement par leurs parents.

    Car certes oui, celui qui aurait empêché le tireur de continuer son œuvre détenait une arme légalement. C’est bien ce que je dis dans le billet : plus il y a d’armes détenues illégalement, plus il faut d’armes détenues légalement. C’est une assez belle logique qui s’auto-justifie. Plus on met d’armes en circulation, plus il y en a qui circulent illégalement, plus on réclame de pouvoir disposer d’armes légalement, plus on met d’armes en circulation. Il y aurait une autre logique, qui consisterait à retirer des armes de la circulation, mais bon, faut être un peu couillon pour en parler.

    Lib a écrit :

    Ton billet adopte un ton très hostile envers les us et coutumes US qui met un peu mal à l’aise quand on connaît notre histoire récente. Ainsi, tu donnes en lien un site qui recense les meurtres de masse et conclut qu’ils ont majoritairement lieu aux US. Curieusement, la tuerie du 13 novembre 2015 à Paris n’apparaît pas dans la liste. Elle aurait pourtant été classée première avec 90 morts au Bataclan et 130 en tout. Charlie Hebdo n’y figure pas non plus, 12 morts. Ennuyeux pour la crédibilité de la source.

    Tu peux en effet t’amuser à discuter une source. Ok, elle est peut-être mal choisie. Le plus efficace serait de discuter de la réalité de ce qu’elle traduit.

    Cette source ne comptabilise qu’environ 600 victimes dans le monde, en considérant comme une tuerie de masse un acte dans lequel quatre personnes ou plus sont tuées. Cet article du Washington Post comptabilise plus de 900 morts dans les seuls Etats-Unis sur la même période et avec le même critère.

    Cette autre source présente une autre liste et, sois rassuré, Toulouse, Charlie Hebdo, le Bataclan, y sont. Je te laisse faire le calcul de la part de ces tueries qui se sont produits aux Etats-Unis.

    Lib a écrit :

    Se sent-on plus en sécurité en France? Protégé par la police et son monopole sur les armes?

    Oui.

    Lib a écrit :

    Ce « débat » est rendu terriblement difficile par l’émotion. Mais l’émotion n’interdit pas la rigueur. Ainsi les stats sur la sévérité des lois ne les lient pas aux « mass shootings » mais aux morts par arme à feu. Ca inclut notamment les suicides qui représentent les 2/3 des morts.

    Il est toujours audacieux, et un brin condescendant, de s’arroger la rigueur pour rejeter les autres dans l’émotion.

    En réalité, non, les stats disponibles ne font pas de confusion. L’article du Figaro ne distingue pas, soit. D’autres le font, notamment les sources universitaires que j’ai mentionnées, spécialement sur l’exemple australien. On peut encore ajouter cette étude que j’ai omise dans mon papier, qui se consacre à l’ensemble des décès par balles mais distingue très explicitement les suicides et les homicides.

    Fichus universitaires qui ne cèdent pas à l’émotion.

    L’incise sur le suicide assisté me paraît suffisamment inopérant pour ne pas m’attarder, tu ne m’en voudras pas.

    Lib a écrit :

    Il n’y a pas de solution magique au problème de gun violence aux US.

    Certainement. Mais ce n’est pas une raison suffisante pour refuser d’examiner la question du contrôle des armes.

    J’ai bien saisi que la question est ici encore celle de l’Etat ou de l’individu, celle du libéralisme. J’avais à peine émis un tweet hier que j’avais un libéral et un libertarien sur le dos. C’est tout le problème de l’idéologie : c’est une prison intellectuelle. On ne réfléchit plus en fonction de ce que l’on pressent de la vérité mais du prisme que l’on s’est imposé. Figure-toi que j’ai trouvé cela intéressant : cela m’a permis de mieux comprendre cette expression que je trouve tarte à la crème chez nombre de politiques, « mettre l’humain au centre de toute chose ». Même si je la formulerais pas de cette façon, c’est une bonne part du problème : met-on l’humain ou son système de pensée au centre de toute chose ?

    Lib a écrit :

    Enfin, avant de ne trop s’emballer sur l’idée de réserver aux autorités le monopole des armes, n’oublions pas qu’aux US, la police tue 600 personnes par an et que si le tueur de Sutherland Springs a pu acquérir une arme c’est parce que l’armée a semble-t-il omis de transmettre au FBI la paperasserie pour qu’il apparaisse sur les listes d’exclus.

    Eh oui. En même temps, on les comprend, hein, les policiers : quand la probabilité que la personne arrêtée sorte un flingue de sa boîte à gants voire accueille la police avec un fusil-mitrailleur – ou comme à Dallas, l’an dernier, quand cinq policiers ont été abattus au fusil d’assaut – ça met un peu sur les nerfs.

    En 2014, le nombre de policiers tués aux Etats-Unis a bondi de 90% par rapport à l’année précédente.

    Il y a, à vrai dire, peu de chances que l’on te suive dans l’idée que, si des personnes formées au maintien de l’ordre tuent trop facilement, il y a urgence à confier des armes à des personnes non formées.

    On peut aussi refuser de voir un lien entre le nombre d’armes en circulation, le nombre de morts par armes à feu, le nombre de tueries de masse, le nombre de citoyens tués par des policiers, le nombre de policiers tués par les citoyens. Mais je me demande vraiment quelle dose de volonté il faut mettre pour s’aveugler ainsi.

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  • Quelques remarques en vrac et dans le désordre.

    Aussi loin que je remonte dans mes souvenirs il y a en France aussi bien à gauche qu’à droite des femmes et des hommes qui aiment l’Amérique et des femmes et des hommes qui la détestent.

    Le plus jeune de mes garçons est engagé volontaire dans un régiment de parachutistes. Il ne voulait plus se rassembler sur la place de la Mairie, porter des fleurs, allumer des bougies. Charlie Hebdo, le Bataclan, le père Hamel ont « motivé » son engagement. Cette année nous ne fêterons pas Noël ensemble.

    Je n’ai aucune preuve à fournir, aucun document à montrer pour confirmer ma conviction: il y a trop d’armes en circulation dans le monde d’aujourd’hui. Et en particulier d’armes « légères ».

    Il y a beaucoup de violences autour de nous et en nous.

    « Le Monde changera quand le coeur de l’homme changera. »

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  • Merci
    L’émotion est vive.

    J’abonde dans le sens de Lib sur un point : comparer les fusillades les plus meurtrières, pour peu que ce soit un indicateur pertinent en absolu (déjà pas sûr), il faudrait encore que ce soit 1) exhaustif (les oublis en France sont évidents mais ils ne sont pas les seuls), et 2) que cela inclue toutes les « tueries de masse » et non « fusillades de masse » puisque c’est précisément ça la question : s’il est plus difficile d’avoir des armes à feu, les gens trouvent d’autres moyens de tuer, un camion, une bombe artisanale…

    Les causes vont varier mais une telle comparaison à plat ne permet pas de comparer les types de terrorismes. Si on met Breivik, pourquoi pas Nice ? Et cette comparaison limitée à quelques pays développés me parait insuffisante pour en conclure quoi que ce soit.

    Vu de France le non contrôle des armes est absurde. Mais les EU nous montrent une réponse différente de la nôtre, qui enchainons les lois antiterroristes de surveillance des citoyens. On peut lire cette passivité vis-à-vis des armes avec l’angle que vous prenez. On peut aussi le lire sous l’angle d’une forme de maturité : les meurtres de masse existeront toujours, les moyens à mettre en œuvre pour les réduire se feront au détriment des droits des citoyens, c’est un choix de société d’assumer cet arbitrage. C’est l’autre extrême et il y a beaucoup d’entre-deux.

    Alors vous le résumez bien, c’est leur sang qui coule, pas le nôtre. Nous avons fait notre choix en France, eux ont le leur. Sont-ils 51% de gens stupides dans ce pays ? Sont-ils tous ignorants du pouvoir de la NRA ? Les mentalités évoluent.

    Un évènement = une décision reste toujours le pire des cas. La courbe que vous mettez en commentaire ci-dessus est marquante, les choses s’améliorent même si elles restent assez négatives. Quels sont les sous-jacents de cette baisse, y a-t-il un plancher de verre, voila les questions qui me semblent plus intéressantes.

    Et plus globalement je partage le constat que les Etats-Unis vont mal, c’est clair, et je pense surtout car en relatif le monde va mieux et croit plus vite que les EU, avec une croissance trop inégalement répartie. Et ne nous leurrons pas : vu de l’étranger la France va-t-elle mieux ?

    Pour moi le principal facteur qui garantira la paix internationale sur le globe sera le nivellement des PIB/habitant. Cela passera par une perception de « déclassement » des pays riches que nous vivons aussi, et qui sera plus marqué encore pour le pays qui a dominé le monde pendant 50 ans. Mais ce n’est que la traduction du fait que nous avons progressé plus vite, et il n’y a pas de raison objective à vouloir qu’un Français soit ad vitam æternam plus riche qu’un Indien.

    Répondre
  • Je précise d’emblée à la lecture de votre réponse à Lib que je ne prône pas le statu quo sur la législation actuelle et qu’il est important de la questionner.

    Mais je souligne qu’il y a beaucoup de critères que je ne maîtrise pas (peut-être vous si, je ne sais pas) pour juger de la bonne politique à mener. Si la tendance montre une sérieuse amélioration à législation sur les armes globalement inchangée, c’est qu’il y a des raisons, et c’est bon de savoir pourquoi avant de juger comment aller plus loin.

    (Personnellement je suis complètement pour le contrôle des armes à la Française, moins d’armes ce sera toujours mieux, mais j’essaye de me mettre dans le regard US)

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  • Lecteur a écrit :

    Si la tendance montre une sérieuse amélioration à législation sur les armes globalement inchangée, c’est qu’il y a des raisons, et c’est bon de savoir pourquoi avant de juger comment aller plus loin.

    L’amélioration est un peu en trompe-l’œil : l’essentiel de l’amélioration se produit entre 1995 et 1999. En 18 ans, le taux a baissé, mais peu significativement : on passe de 5,557 à 4,9 pour 100.000 personnes (contre 1,6 en France – soit un taux toujours trois fois supérieur, pour un niveau de développement que l’on doit pouvoir considérer comparable).

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  • Lib a écrit :

    Effectivement, comme tu le dis, le tueur de Sutherland Springs a été mis en fuite par un citoyen armé. Armé légalement. Ce que tu ne dis pas (ça a été peu relaté dans la presse), c’est que le tueur, lui, détenait son arme illégalement.

    Bref, un durcissement de la loi n’aurait probablement pas évité le massacre mais aurait pu empêcher l’intervention qui y a mis fin.

    Cet argument, qu’on voit beaucoup dans la presse de droite américaine, ne tient pas la route.

    Pour commencer, le courageux citoyen armé n’a pas mis fin à la tuerie. Il a rencontré le forcené alors que celui-ci quittait l’église, besogne accomplie. On peut supposer qu’il a évité un autre massacre ultérieur. Mais c’est juste une hypothèse.

    Cela dit, l’intervention de cet homme a été utile, mais n’est pas et ne sera jamais une solution au problème, sauf si on considère que le chiffre de 26 morts est acceptable. L’accent mis sur le héros (les Américains adorent les héros) ne peut pas cacher le fait qu’un tireur surarmé est un danger inacceptable.

    Enfin, on explique que le tueur s’est procuré ses armes illégalement, donc la loi n’est pas en cause. C’est là un sophisme grossier. Le fait qu’il y a en circulation 300 millions d’armes fait qu’il est évidemment beaucoup plus facile de s’en procurer, illégalement aussi bien que légalement.

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  • Koz a écrit :

    C’est tout le problème de l’idéologie : c’est une prison intellectuelle. On ne réfléchit plus en fonction de ce que l’on pressent de la vérité mais du prisme que l’on s’est imposé. Figure-toi que j’ai trouvé cela intéressant : cela m’a permis de mieux comprendre cette expression que je trouve tarte à la crème chez nombre de politiques, « mettre l’humain au centre de toute chose ».

    Bon mon ami, tu commences à me les briser menues avec tes procès d’intention.

    D’abord, c’est bien d’avoir des principes. Ton reproche à mon égard c’est exactement celui que te font les gens qui rejettent tes arguments parce c’est catho. Et alors? Que ce soit catho ou libéral on doit pouvoir accueillir ou critiquer l’argument sur ses attributs propres.

    Surtout, JE mets l’humain au centre de toute chose. Je mets la confiance en l’être humain au centre de toute chose. Je sais que l’homme est faillible. Mais je sais que très souvent, quand on cesse de lui faire confiance, on met en place une machinerie qui détruit la confiance entre les hommes et la responsabilité des hommes. Donc oui, je suis méfiant à chaque fois qu’on m’explique que les hommes ne sont pas dignes de confiance et qu’il faut les soumettre à d’autres hommes présumés meilleurs. Je ne dis pas que c’est impossible, je transfère la charge de la preuve.

    A Sutherland Springs un homme est devenu un héros. Un homme quelconque, avec ses qualités et ses défauts, sa peur et son courage, son doute et sa foi.

    Au Bataclan il n’y a eu que des victimes, méthodiquement assassinées par 3 types pendant l’heure où la police attendait des ordres. Si aucun civil n’est intervenu, c’est peut-être faute d’arme. C’est peut-être aussi faute de vertu. Après tout, à force de répéter aux gens qu’ils ne doivent surtout pas se défendre eux-mêmes, peut-être finissent-ils par obtempérer?

    Pour revenir aux US. Il me semble que leur caractère exceptionnel ne tient pas à leur législation sur les armes (beaucoup d’autres pays autorisent les armes) mais au nombre très élevé d’armes en circulation et à la proportion de cinglés qui décompensent en tirant dans le tas. Je ne pense pas qu’on corrigera les aspects exceptionnels en modifiant ce qui ne l’est pas.

    Gwynfrid a écrit :

    Pour commencer, le courageux citoyen armé n’a pas mis fin à la tuerie. Il a rencontré le forcené alors que celui-ci quittait l’église, besogne accomplie.

    C’est toi qui ajoute « besogne accomplie ». Personne ne connaît l’avenir, encore moins l’avenir conditionnel. Peut-être le gars serait-il revenu dans l’église achever les blessés. Ou se serait mis à tirer sur les passants dans la rue. Ou pas.

    Gwynfrid a écrit :

    L’accent mis sur le héros (les Américains adorent les héros) ne peut pas cacher le fait qu’un tireur surarmé est un danger inacceptable.

    Il est vrai, et je m’en désole, que les Français préfèrent célébrer les victimes. Sinon le tireur n’était pas surarmé, il portait un fusil et un pistolet. C’est à dire ce que détient n’importe quel forain, dealer de cité ou indépendantiste corse chez nous.

    Gwynfrid a écrit :

    Enfin, on explique que le tueur s’est procuré ses armes illégalement, donc la loi n’est pas en cause. C’est là un sophisme grossier. Le fait qu’il y a en circulation 300 millions d’armes fait qu’il est évidemment beaucoup plus facile de s’en procurer, illégalement aussi bien que légalement.

    Pardon mais c’est toi qui tombe dans l’erreur de raisonnement grossière. Il n’y aurait eu que 3 millions d’armes ou même 3000 ça n’aurait rien changé pour le tueur. Il est tout simplement entré dans un magasin et a acheté un fusil. Il n’aurait pas dû pouvoir le faire, il aurait dû être sur les listes interdites mais l’administration a foiré.

    Donc changer la loi pour interdire à certaines personnes d’acheter des armes, ce n’est pas changer la loi, ça existe déjà. Changer la loi pour interdire la vente des armes, ce serait pour le coup un changement majeur, et ça aurait peut-être empêché ce tueur de s’en procurer (il aurait en tous cas dû faire différemment), mais ça n’a toujours aucun rapport avec le fait qu’il y ait 300 millions d’armes.

    Il y a effectivement 300 millions d’armes aux US, et aucune loi ne peut magiquement faire disparaître ce fait. En France, le port d’armes est interdit depuis 1939 (penser que nos grand-pères étaient des trumpistes à front bas!) et apparemment les criminels n’ont pas grande difficulté à s’en procurer.

    Répondre
  • Lib a écrit :

    D’abord, c’est bien d’avoir des principes. Ton reproche à mon égard c’est exactement celui que te font les gens qui rejettent tes arguments parce c’est catho. Et alors? Que ce soit catho ou libéral on doit pouvoir accueillir ou critiquer l’argument sur ses attributs propres.

    C’est encore mieux lorsque le principe porte sur le fond que sur le mode d’emploi (ce qui différencie assez le christianisme du libéralisme), quand l’attribut propre de l’argument n’est pas la défiance instinctive de tout ce qui relève de l’Etat et quand la conclusion n’est pas écrite avant même l’examen des faits.

    Lib a écrit :

    Donc oui, je suis méfiant à chaque fois qu’on m’explique que les hommes ne sont pas dignes de confiance et qu’il faut les soumettre à d’autres hommes présumés meilleurs.

    C’est totalement inopérant d’introduire une question de qualité de la personne, émouvant mais inopérant. Personne n’affirme que les policiers sont, par définition, des gens meilleurs que les citoyens. Uniquement qu’ils sont présumés formés, et contrôlés.

    Lib a écrit :

    A Sutherland Springs / Au Bataclan il n’y a eu que des victimes

    Je ne suis pas persuadé qu’échafauder des scenarios sur des attentats, et sur des situations très différentes soit davantage pertinent, ou approprié. On pourrait aussi comparer la part de personnes qui s’en sont sorties dans chaque cas, si l’on veut faire dans la comptabilité morbide. Mais j’oubliais : la leçon de tout cela, c’est qu’il faut venir armé à la messe.

    Lib a écrit :

    C’est à dire ce que détient n’importe quel forain, dealer de cité ou indépendantiste corse chez nous.

    Chaque forain, chaque dealer, chaque indépendantiste a un fusil d’assaut (en l’occurrence, la version civile du M16) en France. Bien sûr.

    Que des armes de guerre circulent dans les cités, oui. Après, il faut pas pousser non plus.

    Au fait, cette arme a été interdite à la vente pendant dix ans aux Etats-Unis. C’est grâce à ceux qui développent les mêmes arguments que toi que de telles armes ont été remises en vente. Ce qui éclaire d’une autre lumière l’argumentation sur le fait de « changer la loi pour interdire la vente des armes ».

    Quant à se prévaloir du nombre d’armes en circulation aujourd’hui, situation dans laquelle les Etats-Unis se trouvent en raison de la même argumentation par le passé que celle que tu tiens aujourd’hui – ceux qui se sont opposés à tout contrôle des armes – c’est probablement le seul élément magique de l’affaire.

    Personne ne soutient qu’une loi ferait « magiquement disparaître » les armes.

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  • Nouvelles du front.

    Alors que le directeur de la CIA, nommé par Trump, déclare qu’il a des éléments pour établir que la Russie a interféré dans les élections américaines, Trump, lui, déclare en avoir parlé à Poutine, qui l’assure que ce n’est pas le cas. Et le croire. Face à la polémique, il a finalement fait machine arrière et assuré être solidaire de ses propres services de renseignement.

    Autre nouvelle,  le tweet matinal :

    Why would Kim Jong-un insult me by calling me « old, » when I would NEVER call him « short and fat? » Oh well, I try so hard to be his friend – and maybe someday that will happen!

    Où quand le commander in chief de la plus puissante armée au monde se chamaille comme un gosse dans la cour de récréation.

    Je veux bien entendre l’argument selon lequel il est l’elu des vrais américains, tandis que ses contempteurs seraient déconnectés des réalités du peuple… mais cela devient profondément insultant pour les vrais américains. Sans compter qu’il devient difficile d’accepter l’idée qu’il y ait une stratégie au-delà d’apparences grossières.

    Certes, on peut espérer que cela soit transitoire, qu’il y ait une saine réaction du peuple américain après ce faux-pas, il reste que Donald Trump n’en est qu’à un an de son mandat, qu’il ne s’est absolument pas assagi comme voulaient le croire ses partisans, et que même si le système constitutionnel contient son action, il reste aux yeux du monde le seul vrai représentant des Etats-Unis. Comment ne pas imaginer que trois ans de plus à cette sauce soit une période de déclin des Etats-Unis sur la scène internationale ?

    Sur un plan plus large, l’article d’Eric Le Boucher – Trump désole le monde, pas ses électeurs – adopte une perspective similaire. La situation actuelle n’est pas un défaut conjoncturel.

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  • Le peuple a mal voté. C’est vrai, encore que si Clinton avait été élue, on aurait probablement aujourd’hui des éditorialistes pour nous expliquer qu’elle était une catastrophe.

    Mais bon, je veux bien admettre que le peuple a mal voté, et ce n’est pas la première fois qu’un peuple vote mal.

    Et alors, que fait-on ? On « éduque le peuple », mais qui éduquera les éducateurs ? On met en oeuvre des réformes qui visent le bien commun, défini par qui ?

    Bref, il faut avoir une esquisse de définition objective du bien pour sortir de l’absolutisme démocratique. Moi je suis plutôt pour. Mais faire avaler cela au post-modernisme achrétien n’a rien d’évident.

    Répondre
  • Il y a bien sûr, trop, de comportements condamnables de la part de certains hommes.

    Cependant, si on réfléchit au cas Weinstein, des questions dérangeantes surgissent. Le gros des accusations contre Weinstein concerne l’obtention de faveurs sexuelles de la part d’actrices en quête de rôles.

    Notre société n’a plus que deux principes directeurs. Les femmes et les hommes sont maîtres et possesseurs de leur corps. Toute transaction entre adultes consentants ne regardent que ces adultes. On justifie ainsi la prostitution. Ceux qui condamnent la prostitution ne remettent pas en cause ces principes, ils argumentent que les personnes qui se prostituent sont en fait sous la contrainte, soit de souteneurs, soit de la misère économique. Et oui, il y’a des femmes qui se prostituent pour nourrir leur enfant, c’est vrai et ce n’est pas glorieux pour notre société. Il y a aussi des femmes qui se prostituent pour avoir un vison.

    Et dans le cas Weinstein ? Ces dames qui allaient dans sa chambre se doutaient bien que Weinstein n’était pas intéressé à discuter de l’oeuvre de Marcel Proust. Elles voulaient faire carrière à Hollywood, mais de là à dire que refuser les avances de Weinstein les condamnaient à la misère, il y a une marge. On est dans la problématique du vison.

    Ce qui s’est passé dans bien des cas, c’est une relation de prostitution entre adultes consentants. Je ne vois pas ce qui la rend condamnable dans le cadre des principes qui gouvernent nos sociétés (mais qui moi ne me satisfont pas). La gêne que crée l’affaire Weinstein, ce n’est pas la révélation que les hommes de pouvoir usent de leur pouvoir, c’est que le monde des « artistes », géré pour faire rêver les midinettes, en pointe sur toutes les causes sociétales, est un temple de la prostitution. Weinstein n’est sûrement pas le seul à Hollywood, ni Hollywood (ni les US bien sûr !) le seul lieu de transactions glauques. Et la seconde vérité dérangeante, c’est que les principes qui gouvernent notre société, mon corps m’appartient et ce qui se passe entre adultes consentants ne regarde que ces adultes, ces principes ne peuvent rien trouver à redire aux comportements de type Weinstein, hors cas avérés de viol.

    Et on tombe sur Weinstein, par ailleurs indéfendable, pour occulter ces vérités dérangeantes.

    Répondre
    • Je ne suis pas certain de te suivre exactement dans tout ton développement, Aristote, parce que je pense qu’il reste de la marge entre une très grande naïveté, ou la confiance excessive dans le fait que l’on résistera, et la prostitution. Que, dans un certain nombre de cas, en revanche, tu n’aies pas tort et que certaines femmes aient assumé le risque que représentait le fait de monter dans la chambre d’hôtel de Weinstein est en effet possible. Je ne suis pas sûr toutefois que monter dans la suite d’un producteur soit aussi suspect que monter dans la chambre d’hôtel d’un consultant.

      Hollywood ouvre étrangement les yeux sur ce qui a semblé si évident à tous depuis longtemps : la promotion canapé dans le cinéma. Que tout cela soit la conséquence logique d’un mode de fonctionnement, et des « valeurs » d’Hollywood, chargée de diffuser le modèle de société US, c’est bien possible.

      Mais nous nous accorderons à saluer positivement le fait que des jeunes femmes talentueuses, mais pas désireuses de coucher pour tourner, n’aient plus le sentiment que la voie leur est fermée.

      Répondre
      • Je ne fais pas de fixette sur Hollywood et le problème n’est spécifique ni de Hollywood, ni du cinéma, ni des US.

        Mon point est que si l’on réduit les principes qui devraient régir les relations entre hommes et femmes à « mon corps m’appartient » et à « entre adultes consentants tout vaut », ce qui n’est pas ma position, il n’y a aucune raison de s’offusquer. Les hurlements médiatiques contre Weinstein sont donc incohérents avec les positions largement défendues dans les mêmes médias.

        J’espère comme toi que la prise de conscience de cette incohérence conduira un jour à ne plus se satisfaire du moins disant moral de notre société.

      • « Ce qui s’est passé dans bien des cas, c’est une relation de prostitution entre adultes consentants.  »

        Aristote, je vous invite à lire en entier l’article du New Yorker qui fournit, en détail, le témoignage de nombreuses femmes contre Weinstein. Vous y verrez que votre résumé est plus que simplificateur: il est contredit par les faits. Sauf naturellement si on accuse toutes ces femmes de mensonge, mais je ne crois pas que cela soit votre intention.

  • Le commentaire d’Aristote est encore une fois très révélateur des raisons pour lesquelles les femmes ne portent pas plainte, « une relation de prostitution ». Je n’ose même pas imaginer ce que vous penseriez d’une enfant de 11 ans qui « flirte » avec un adulte de 28 ans. Vous semblez très renseigné sur les moeurs hollywoodiennes, du coup vous êtes parfaitement au courant qu’on fait jouer massivement à des jeunes filles de 18-22 ans des compagnes d’hommes de 35/40 ans voire plus. Je me demande bien pourquoi vous faites porter la culpabilité sur des jeunes filles peut être un peu naïves (ce n’est pas un délit que je sache)… ah oui je sais. Les femmes ont toujours tort.

    Répondre
    • Tsss, invoquer les mineurs quand Aristote parle expressément d’adultes, je ne suis pas convaincu que cela aide beaucoup.

      (soit dit en passant, c’est un vieux principe du blog, et je suis vieux jeu, mais j’aime bien que l’on se contente d’un seul pseudonyme, ici 😉 )

      Répondre
      • Ah oui mille excuses. Vu la quantité de trolls qui peuvent être menaçants je n’use pas de ma vraie identité, et j’en ai même 2 ou 3. j’ai du me mélanger les pinceaux. Xenomorf/eczistenz

  • @ Lib:

    Au Bataclan il n’y a eu que des victimes, méthodiquement assassinées par 3 types pendant l’heure où la police attendait des ordres. Si aucun civil n’est intervenu, c’est peut-être faute d’arme. C’est peut-être aussi faute de vertu. Après tout, à force de répéter aux gens qu’ils ne doivent surtout pas se défendre eux-mêmes, peut-être finissent-ils par obtempérer?

    Tu es en train de recommander que l’on laisse rentrer des gens avec des armes à feu dans les salles de spectacle afin d’en améliorer la sécurité. Désolé, mais j’y vois un abandon du bon sens le plus élémentaire.

    Il me semble que leur caractère exceptionnel ne tient pas à leur législation sur les armes (beaucoup d’autres pays autorisent les armes) mais au nombre très élevé d’armes en circulation et à la proportion de cinglés qui décompensent en tirant dans le tas.

    Les États-Unis ont moins de 5% de la population mondiale, et presque 50% des armes détenues par des civils. Je me permets de considérer cela comme plutôt exceptionnel. Si on veut faire des comparaisons, cet article de Vox donne un résumé utile.

    Sinon le tireur n’était pas surarmé, il portait un fusil et un pistolet. C’est à dire ce que détient n’importe quel forain, dealer de cité ou indépendantiste corse chez nous.

    Le tireur a utilisé un semi-automatique Ruger AR-556, une arme avec laquelle il est possible de tirer 60 coups en moins de 30 secondes (voir la démonstration ici). La police a trouvé sur place 15 chargeurs de 30 coups, vides. Le terme « surarmé » ne me paraît pas excessif.

    Pardon mais c’est toi qui tombe dans l’erreur de raisonnement grossière. Il n’y aurait eu que 3 millions d’armes ou même 3000 ça n’aurait rien changé pour le tueur. Il est tout simplement entré dans un magasin et a acheté un fusil. Il n’aurait pas dû pouvoir le faire, il aurait dû être sur les listes interdites mais l’administration a foiré.

    Si l’administration n’avait pas foiré, alors le tireur aurait trouvé son bonheur dans une vente privée, qui n’est l’objet d’aucune vérification, selon les lois du Texas. S’il n’y avait que la quantité d’armes en circulation dans la moyenne d’un pays développé, alors il eût été nettement plus difficile de s’en procurer, surtout pour une arme aussi puissante.

    Il y a effectivement 300 millions d’armes aux US, et aucune loi ne peut magiquement faire disparaître ce fait. En France, le port d’armes est interdit depuis 1939 (penser que nos grand-pères étaient des trumpistes à front bas!) et apparemment les criminels n’ont pas grande difficulté à s’en procurer.

    En tout cas, en France la tuerie de masse est un phénomène très rare; la mort par une balle tirée par un policier aussi; la mort accidentelle d’enfants par arme à feu, également. Aux États-Unis, des événements de ce type sont banals. C’est une différence que je ne leur envie pas.

    J’entends bien que le problème ne peut être réglé par un simple décret. Il y faudra un bouleversement culturel majeur, de nombreux changements législatifs, d’innombrables batailles judiciaires. Je pense que c’est comparable au bannissement de la cigarette des lieux publics, ou encore à la stigmatisation sociale de l’alcool et de la vitesse au volant: une évolution qui prendra des générations. En attendant, les Américains ont connu sur les 50 dernières années 1.5 million de morts par arme à feu; c’est plus que le total des morts de toutes les guerres de leur histoire nationale. On peut décider que rien ne peut ou ne doit y être fait. L’idéologie qui mène à un tel résultat mérite question, tout de même.

    (Je ne suis pas très chaud pour les commentaires imbriqués.)

    Répondre
    • [Je ne l’étais pas non plus mais il se trouve que l’extension que j’utilisais, qui nous permettait de citer une partie du commentaire auquel on répondait, n’a pas été mise à jour depuis… 7 ans. Or, une extension qui n’est pas mise à jour est susceptible de contenir des failles de sécurité permettant de pirater le blog. Ayant vu le site du cabinet piraté, je me suis résigné à être plus strict sur les extensions. Et puis, les gens se sont habitués aux commentaires imbriqués, avec Facebook. Evidemment, si je trouve un plugin qui fait la même chose que l’ancien, il aura ma préférence].

      Répondre
  • Bien compris. Ça me semble sage. D’ailleurs, il est possible de reproduire « à la main » la méthode de citation que permettait l’extension obsolète, comme je viens de le tester ci-dessus. Donc, pas de problème.

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  • @ Gwynfrid

    Je ne défends en rien les agissements de Weinstein, et dans mon premier post, j’exclue spécifiquement les cas où un viol est en cause.

    Si on veut bien me lire, on finit quand même par comprendre que la cible mon commentaire, c’est les principes qui guident aujourd’hui notre société, mon corps m’appartient et tout vaut entre adultes consentants, principes dont je dis qu’ils ne sont pas suffisants pour condamner la prostitution et les stratégies de promotion canapé, ce qui pose donc un problème de cohérence à ceux qui défendent ces principes comme l’alpha et l’omega de toute réflexion morale.

    Je n’ai aucun moyen de porter un jugement sur telle ou tel cas particulier, qu’il s’agisse des victimes de Weinstein ou des cas de figure similaires, dans tous les milieux, dans tous les pays. Je suis tout disposé à croire qu’on trouve de tout, depuis le viol caractérisé jusqu’à l’utilisation cynique de ses charmes.

    Mais se limiter à condamner les agissements de Weinstein, qui sont de fait plus que condamnables, c’est refuser de voir l’autre face du problème.

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  • @ xenomorf

    Si vous voulez un aperçu des moeurs hollywoodiennes, allez lire la déposition devant le grand jury de la fille mineure abusée à la fin des années 70 par un cinéaste très connu. Entre les lignes, on comprend assez bien que la mère de la très jeune fille était prête à prendre tous les risques pour lancer la carrière de sa fille, y compris une « séance photo » sans la présence de la mère dans un villa dont le propriétaire était opportunément absent.

    Jeunes filles un peu naïves dites-vous. Il y en a sûrement. Mais pas toutes, assurément.

    Répondre
  • Aristote, sur le fond, je suis entièrement d’accord avec vous: une société qui est fière d’être « sexuellement libérée » révèle son hypocrisie dès lors que cette « libération » s’exprime dans des relations de pouvoir, où la liberté est pour le moins asymétrique comme c’est le cas ici.

    Ce que je vous reproche est de défendre ce point de vue, en soi valable, avec un très mauvais argument. Encore une fois, lisez ce long article du New Yorker pour lequel je vous ai fourni un lien plus haut: fouillé, documenté, avec de multiples témoignages précis et nominatifs, c’est un travail journalistique de haute volée. Il vous montrera que le mot de prostitution, appliqué dans le contexte de ce scandale, est au minimum inadéquat, et au pire, odieux. Bien sûr, il est probable que Weinstein ait également profité des faveurs de femmes qui étaient volontaires pour le système de la sélection sur canapé; mais ce ne sont pas ces femmes-là qui témoignent contre lui aujourd’hui.

    À l’appui de votre thèse de fond, que je partage largement, je citerais plutôt d’autres phénomènes connexes: la pornographie érigée au rang d’activité économique banale; la glorification d’hommes tels que Hugh Hefner ou Donald Trump; la quasi-élimination des actrices de plus de 35 ans des écrans hollywoodiens alors que les acteurs continuent à jouer des rôles de séducteurs jusqu’à l’âge de la retraite; ou encore l’utilisation systématique d’une vision sexualisée des femmes dans le monde publicitaire. Une société aux prises avec de telles dérives est bien peu crédible quand elle se prétend surprise et choquée par le comportement d’hommes de pouvoir à l’égard des femmes.

    Répondre
    • je suis tout à fait prêt à admettre que la plupart des femmes qui témoignent aujourd’hui contre Weinstein ne méritent pas le qualificatif de « prostituées ». Mais celles qui ont plus ou moins joué le jeu de la promotion canapé ne se sont pas non plus précipitées pour témoigner.

      Je ne sais pas quelle est l’importance relative des deux groupes, et de tous les cas intermédiaires. Ce n’est pas pour moi le point important. Je voulais juste pointer que la focalisation sur les comportements odieux de Weinstein permettait aux « médias » qui aujourd’hui s’acharnent contre lui de s’abstenir de poser des questions dérangeantes.

      La première étant qu’en fait on savait, ou qu’à tout le moins on faisait exprès de ne pas savoir.

      Cela dit, il faut peut-être attendre un peu pour que ces questions soient à leur tour soulevées.

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  • J’écrivais plus haut que les tueries de masse étaient banales aux États-Unis. En voici un nouvel exemple: 4 morts et 10 blessés dans un coin paumé de Californie. La nouvelle était en page 11 de mon journal local ce matin, elle est à peine visible en page d’accueil du New York Times. Il est à peu près certain que personne n’en parlera plus demain matin.

    Soit dit en passant, la raison pour laquelle il n’y a eu « que » 4 morts et 10 blessés est que les enseignants de l’école où s’est introduit le tireur ont reçu un entraînement et fait des répétitions de ce qu’on appelle ici le « confinement barricadé »: ayant entendu des coups de feu, ils ont verrouillé les portes des classes et ainsi sauvé leurs élèves.

    Répondre

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