Si t'es homo et libertaire, t'as le droit de pas aimer les bougnoules

C’est un article délicieusement décalé, subtilement absolutoire, magnifiquement inconséquent. Pendant que certains se pâment d’indignation parce que Paris Match ou Le Figaro se montrent trop charmés par notre Première Dame, dans Télérama, le rejet des thèses d’extrême-droite trouve ses limites.

C’est, comprenez-les bien, que l’on brouille leurs repères : « costumes italiens, chaussures anglaises, Pim Fortuyn était l’homme néerlandais le mieux habillé« . Précision introductive d’importance dont nous remercions en chœur Samuel Douhaire. « L’homme néerlandais le mieux habillé » peut-il vraiment être si méchant ?

« Cet homosexuel extraverti était surtout un tribun redoutable pour ses diatribes anti-immigrés« . Il a décidément de ses précisions, Samuel… Il était donc « extraverti« . Pas un homo honteux, un homo fier, extraverti, un mec qui ne s’en laissait pas compter. Un camarade dans la lutte contre les discriminations. A un ‘oups‘ près. C’est qu’il était aussi anti-immigré, ce qui est un poil discriminatoire au fond quand on y songe un peu. Mais bon, on ne peut pas être de tous les combats. Enfin, lui, il en faisait tout de même « des diatribes« . Mais attention, ouh la la, pas des diatribes de gonzesses : Monsieur Fortuyn était « redoutable« . Comme notre sous-marin. Il n’était pas « dangereux« , il était « redoutable« , un « tribun redoutable« . Il avait du talent. Un fleuron, Pim.

Et même, même, Pim était une star. « La première star politique d’un pays où les rares vedettes étaient, jusqu’alors, des sportifs« . En somme, Pim, Pim come back, come baaaaAAAaaack, come back to me, tu étais un élixir démocratique, l’homme qui remettait la politique sur son socle.

Monsieur Fortuyn est ainsi un « empêcheur de politiquer en rond dans un pays régi jusqu’alors par la recherche du consensus entre la droite et la gauche« . Un « empêcheur de politiquer en rond« , un saint trublion en somme, un indispensable aiguillon.

C’est que, et nous arrivons à l’archicœur du problème, la raison d’être de cette coupable indulgence :

« Loin de se réduire à un « Le Pen batave », cet ancien sociologue tempérait son extrémisme xénophobe par des prises de position libertaires en matière de morale »

Ô doux paragraphe ! Ô inespéré nectar ! Ô céleste condensé ! Comme en trois lignes, Samuel, tu te fais burlesque…. Comme tu me fais rire d’incrédulité.

Non, non, non, Pim est « loin de se réduire à un « Le Pen batave »« , ce qu’il est tout de même un peu, puisque, s’il ne s’y « réduit pas« , c’est bien que cette dimension est présente en lui. Il est vrai qu’il qualifiait la civilisation musulmane d' »arriérée« , prônait le déménagement forcé des immigrés « pour mieux les intégrer« , et concentrait ses diatribes sur les immigrés non-européens… Mais Pim est un « ancien sociologue« . C’est donc un extrémiste xénophobe, oui da, mais réfléchi. Douce précision. Car chez Télérama, le sociologue est un ami, une caution, un frère, un talisman et ce titre à lui seul devrait asseoir ce qui suit, et relève d’une inénarrable acrobatie intellectuelle, que je vais toutefois tenter de vous narrer, qu’on se narre, un peu.

C’est que Pim Fortuyn tempérait son extrémisme xénophobe par des prises de position libertaires en matière de morale. Il aimait pas les bougnoules et les étrangers en général, surtout non-européens. Mais en même temps, Pim pam pom, il était pour le chichon, pour le mariage homosexuel, pour l’euthanasie, pour l’avortement, pour plein de trucs top trop cool moumoute comme ça, Mister Pim. Donc, c’est pas trop grave d’être extrêmement xénophobe. Les positions libertaires en matière de morale, ça excuse.

Car voilà, en fait, il faut savoir qu’on peut, oui, c’est possible, on peut « tempérer » un « extrémisme xénophobe » par « des prises de position libertaire en matière de morale« , si, si : vous mettez sur un plateau de la balance « j’aime pas les bougnoules » et dans l’autre « oui, mais je suis pour le mariage homo, le chichon et l’avortement » et, si vous aimez autant pas les premiers que vous êtes pour les seconds, ça s’équilibre. Juré : c’est une sorte d’indulgence, un bougnoule contre un chichon. Chez Télérama, en matière de morale, y’a no problem, man : on troque.

Rhâ, ca vous a un de ces petits parfums reconnaissables entre tant de relativisme moral, de compromission éthique que l’on ne trouve guère que chez ceux qui incarnent le Bien par principe et peuvent dès lors (s’)autoriser des petits extras…

Mais l’histoire finit mal. L’est mort, Pim. Oui, certes, mais nous garderons longtemps ta douce silhouette « d’homme néerlandais le mieux habillé » dans la rétine, Pim. Car la postérité tu connaitras :

« Le parti de Fortuyn n’a pas résisté longtemps à la mort de son fondateur. Mais ses idées, elles, ont essaimé. Des prisons flottantes ont été créées pour les immigrés clandestins et la présence policière est de plus en plus visible dans les rues d’Amsterdam ».

C’est cool, man…

Une bonne marrade, cette critique.

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42 comments

  • ah le journalisme francais… Chaque jour un peu plus loin dans la connerie…

    D’ailleurs, la connerie, ca se tempère contre quoi ? ^^

  • Une bonne marrade, cette critique.

    Une bonne marrade, ce billet.

    Le ton m’a bien fait rigoler. Par contre, sur le fond, ni les positions politiques de Pim Fortuyn, ni son assassinat ne prêtent à rire (au mieux, pour les premières, elles prêtent à discussion). Quant à la critique dans (et de) Télérama : tu as superbement décortiqué la phrase qui fait mouche.

    Et tout est à l’avenant, dont ce paragraphe:

    La première star politique d’un pays où les rares vedettes étaient, jusqu’alors, des sportifs. Favori pour devenir Premier Ministre, il fut assassiné le 6 mai 2002 par… un ami des bêtes, ulcéré que Fortuyn soutînt l’élevage des animaux à fourrure!

    Les « … » et le « ! » sont particulièrement bienvenus. Ou comment bien nous faire comprendre qu’il n’a été tué ni par des homophobes, ni par des immigrés (ni même par des sportifs dont je ne vois pas ce qu’ils viennent faire là) mais par « un ami des bêtes ». Bref, rien à voir avec l’essentiel, que de l’accessoire. Comme les costumes italiens et les chaussures anglaises. En croco les chaussures ? Ah non, pardon, le croco, c’est pas un animal à fourrure.

  • Avez vous remarqué? Le crime de Theo Van Gogh a eu infiniment plus de retentissement politique et médiatique que celui de Pim Fortyin. Est-ce parce que le premier l’a été par un extrémiste musulman et le second par un radical de la cause animale? J’espère me tromper…

    En tout cas, votre billet est très bien écrit, cette façon de saluer les qualités de tribun d’un raciste, ahurissant!

  • Il y a des réflexes idéologiques vraiment pénibles… C’ets typiquement français, ou pas?

    C’est dingue comme entre deux attitudes jugées négativement par la morale publique, certaines paraissent plus cool avec des critères contestables.

    Autre exemple : il y a quelques jours, à lille, trois idiotes, vaguement anarchistes, ont tagué le mur d’un collège catholique, en écrivant « cluny lingus à Marie » sur cinq mètres de long. L’affaire a fait une brève dans les journaux locaux.

    Evidemment, la plupart de ceux à qui j’en parle prennent ça avec humour. Et ils ont raison. Je leur explique juste que si le lycée avait été musulman, et le tag avait été « fuck mahomet », l’affaire serait montée en une des canards.

    Subtile différence?

    Donc merci, Koz.

  • salut, d’accord avec le fond de ton article. Je ne vois pas en quoi le fait d’être libertaire permettrait d’excuser un « extrémisme xénophobe »…

    Juste une remarque, Wikipedia donne cela pour Pim Fortuyn :

    « Son parcours politique fut relativement atypique, puisqu’il fut membre du parti socialiste néerlandais, qu’il tenta en vain d’adhérer au parti communiste néerlandais et, à la fin de sa vie, fonda un mouvement populiste (qualifié d’extrême droite par certains de ses adversaires, étiquette que lui-même récusait formellement).

    Les positions politiques qu’il prit à la fin de sa vie furent marquées par son hostilité à l’islam et à l’immigration non-européenne aux Pays-Bas. Il basait son discours sur l’argument des différences culturelles et de l’absence de volonté d’assimilation de la part de nombreux immigrants, mais il n’a jamais évoqué de critères de race. De ce fait, Pim Fortuyn répéta à de nombreuses reprises qu’Elsevier il n’avait rien de commun avec des partis habituellement classés à l’extrême droite tels que le FPÖ en Autriche, le Front national en France ou encore le Vlaams Blok (actuel Vlaams Belang) en Flandre[1]. Il consentait tout juste à se reconnaître comme nationaliste. »

    Je vois assez bien aussi, un bon intellectuel parisien du Télérama qualifier un peu rapidement Pim Fortuyn d’extrémiste xénophobe, parce qu’il a osé critiquer l’Islam. A creuser un peu je trouve. Critiquer l’Islam et la manque de volonté d’intégration de CERTAINS musulmans, n’est pas être raciste ou extrémiste. C’est dire la vérité, dure à entendre peut-être, mais la vérité quand même…

    à bientôt !

  • Les journalistes de Télérama font partie de l’élite intellectuelle de gauche, celle qui telle Osiris, pèse l’âme des défunts et leur attribue ou non un morceau de terre éternelle dans les champs d’Ialou…

    Ce qui est significatif n’est pas de savoir si Pim Fortuyn était un vrai xénophobe ou bien un islamophobe ou bien un extrémistophobe, c’est de constater que selon les termes exacts utilisés par Télérama un extrémisme xénophobe peut se « tempérer » par une morale libertaire. Ce serait dommage d’oublier cela pour partir dans les seules considérations sur » l’Islam radical est-il ou non soluble dans notre démocratie « 

  • complètement d’accord avec toi Carredas, j’ai d’ailleurs commencé mon commentaire en le précisant. Mais, en ligne de fond de l’article de Koz, il y a l’idée que Pim Fortuyn était bien un « extrémiste xénophobe ». Je n’aime pas trop que des idées implicite viennent s’inscrire dans le débat, si je le trouve inexactes…

    à bientôt !

  • Très exactement, carredas : le fond du sujet n’est pas là. Il est dans le fait que ce journaliste de Télérama, relu probablement par un membre de la rédaction, est capable de brader une valeur (et je me permets de penser qu’il s’agit habituellement d’une valeur de Télérama) au nom d’autres caractéristiques ou opinions.

    Mais, Lomig, d’une part, je n’ai pas de difficulté avec cette vérité que l’intégration de certains musulmans est très problématique.

    Mais cette vérité ne doit pas troubler la vue :

    • lorsque Fortuyn parle de « civilisation arriérée », il ne fait aucune distinction.

    • lorsqu’il prône le « démémagement forcé » des immigrés, cela me semble aller un peu plus loin que d’admettre cette vérité.

    La bribe de vérité dans le discours de Fortuyn ne doit pas faire oublier l’outrance et le mensonge. Et le fait qu’il y ait des pbs avec certains musulmans ne doit pas amener à accepter le discours généralisant de certains. D’une part, parce qu’il est sommaire et mensonger. D’autre part, parce que rejeter tous les musulmans dans une même catégorie est aussi une très bonne manière de créer nous-mêmes des fondamentalistes.

    Par ailleurs, tu pourrais me faire le crédit d’ouvrir le premier lien qu’affiche Google sur le sujet de mon billet. Or cette fiche de Wikipedia ne me convainc pas et me semble relever de la même coupable indulgence que l’article de Télérama, probablement pour les mêmes raaisons idéologiques.

    Le fait qu’ils soient passés par le parti communiste et/ou le parti socialiste n’a pas empêché Doriot, Laval ou Mussolini d’être des facistes.

    Le fait que Fortuyn ne se reconnaisse pas de points communs avec d’autres leaders d’extrême-droite tout en étant xénophobe et nationaliste n’est pas davantage convaincant.

    Et encore une fois, le fait d’oser mettre sur les deux plateaux d’une balance xénophobie et « positions libertaires en matière de morale » témoigne simplement de ce que le rejet de la xénophobie affiché par certains donneurs de leçons de morale peut être relatif.

  • Je suis tellement d’accord avec ce post ! C’est d’ailleurs tout le problème d’une partie de notre société libérale, qui défend des libertés et des droits sociaux, qui défend la laïcité (ce dont on ne peut que sé féliciter bien sûr)mais qui a tellement rétrogradé dans le combat contre toutes les formes de racismes et d’amalgames racistes. Je ressens la même colère lorsque je lis les éditoriaux de Philippe Val par exemple : un ton libertaire et provocateur, qui permet de s’exonérer de toute justification – je suis par nature un transgressif donc du bon côté d’une certaine morale libérale, je suis un homme de gauche avancé et libéral – donc je peux dire « des vérités qui dérangent » (bof, bof ou autrement énoncé,je peux dire les pensées racistes que je ne saurais raisonner). On pourrait aussi dire les mêmes choses à propos de Renaud Camus ou de Robert Redeker. De même que Télérama, l’Express, titre cette semaine « l’islam, les vérités qui dérangent » et livre à ces lecteurs un salmigondis de contre-vérités énoncés par les « experts » les moins connus et les plus fumeux (dont un proche de l’extrême droite) Nous assistons sur les questions du racisme et de la religion à un recul inquiétant de la pensée critique.

    Merci pour votre éclaircissement.

  • D’accord avec l’ensemble de ta réponse Koz. Je n’ai d’ailleurs aucune sympathie pour Pim Fortuyn. Je n’ai d’ailleurs aucune sympathie pour les personnes outrancières en général.

    à bientôt !

  • Il affichait également sa calvitie avec fierté. Mais je ne sais pas si c’était dû à son penchant raciste ou à son côté libertaire puisque Télérama ne le précise pas !

    En tout cas, je suis bien d’accord. Fortuyn était un Le Pen « branché », ce qui peut gêner aux entournures au moment de le dénoncer pour ce qu’il est. Le Pen a l’avantage de ressembler à un affreux, tout comme Haider ressemblait à un vendeur de voitures d’occasion.

  • Et encore une fois, le fait d’oser mettre sur les deux plateaux d’une balance xénophobie et “positions libertaires en matière de morale” témoigne simplement de ce que le rejet de la xénophobie affiché par certains donneurs de leçons de morale peut être relatif.

    Je crois avoir bien compris la teneur de ce billet. Néanmoins, j’ai tendance à rejoindre LOmiG, à savoir qu’il m’a paru ambigü, c’est à dire que je me suis demandée si nous devions discuter sur la xénophobie de PJ ou de la façon dont l’article de Télérama était écrit. Comme une sorte de malaise devant des « idées implicites ».

    Comme LOmiG, je suis entièrement d’accord avec Koz sur le fait qu’être libertaire ne doit pas excuser la xénophobie. Et comme tous ici, je l’espère, je réprouve la xénophobie. (et, ça c’est sans doute moins unanime, je réprouve aussi le fait d’être libertaire, ce qui pour moi n’est qu’une caricature de la liberté)

    Maintenant, comme LOmiG, – « Critiquer l’Islam et le manque de volonté d’intégration de CERTAINS musulmans, n’est pas être raciste ou extrémiste. C’est dire la vérité, dure à entendre peut-être, mais la vérité quand même… » – je pense qu’il ne faut pas négliger la « fatigue » des habitants de certains pays du nord devant la difficulté d’intégration de nombreux habitants de ghettos naissants dans les banlieues des grandes villes (je ne connais pas Amsterdam, mais à Anvers, la ville d’origine de ma famille, la lassitude des habitants est prégnante devant le refus d’intégration de certaines populations – et pas seulement musulmanes et/ou pauvres d’ailleurs – ) Et cette « fatigue » n’est pas, à mon sens basée sur la xénophobie ou un certain fondamentalisme, mais sur le constat que les habitants d’origine se sentent de moins en moins considérés, de moins en moins chez eux.

    Et ce que je trouve dommage, c’est que régulièrement, la xénophobie est assimilée à l’islamophobie, alors que la xénophobie est, me semble t il, beaucoup plus générale et ne va pas que dans un sens: les français, les flamands et les néerlandais ne sont pas forcément plus xénophobes que leurs immigrés. N’aurions nous pas trop tendance à la généralisation?

    Car voilà, en fait, il faut savoir qu’on peut, oui, c’est possible, on peut “tempérer” un “extrémisme xénophobe” par “des prises de position libertaire en matière de morale“, si, si …. Chez Télérama, en matière de morale, y’a no problem, man : on troque.

    Ceci dit, entièrement d’accord sur ce point Koz! Ce troc est choquant!

  • Désolée, je ne comprends pas ce que j’ai pu faire pour qu’une partie de mon commentaire passe en dessous sous forme de citation?

  • De nos jours il faut faire très attention de ne pas se faire qualifier de raciste juste parce qu’on a envie de boire un apéro au bord d’un plan d’eau en regardant les meilleures équipes d’aviron se préparer pour les JO.

    Je m’explique. Il fait chaud, pas un souffle d’air, l’eau est comme un miroir. Les bateaux sont en place. Les équipes de rameurs et rameuses se préparent. Tu crèves de soif. Tu entends le coup de feu qui donne le départ de la course, les bateaux glissent sur l’eau à une vitesse incroyable. T’es en RTT, en T-shirt, pieds nus et tu éponges ton front. P’tain, bientôt la course des huit avec barreur et tu n’oses pas sortir ta bouteille de Pimm’s No. 1 pour te préparer un long drink bien mérité. Pour une fois qu’il fait 30°!

    http://www.atontour.com/ingredient/573.html

  • Je m’explique. (…) et tu n’oses pas sortir ta bouteille de Pimm’s No. 1 pour te préparer un long drink bien mérité. Pour une fois qu’il fait 30°!

    Tu as bu Pepito ? Ou bien ?

  • Bien vu Koz. Ca rappelle le syndrôme Cantat. Si t’es un rebelle et que tu dis du mal des multinationales, t’as le droit de cogner ta femme. Il semble que dans la hiérarchie des valeurs d’une certaine gauche, la « coolitude » prime sur tout le reste.

  • Je ne vois pas en quoi la citation extraite vous permet de conclure au relativisme moral de la part de son auteur (ceci dit, je n’ai pas lu l’article dont vous parlez, ce que je ne manquerai pas de faire). En effet, en quoi reconnaître les qualités de tribun d’un individu exécrable – Hitler, Goebbels et d’autres – induit-il que l’on tempère leurs opinions (et sans doute le mot « tempérer » était mal choisi) ? A un degré infiniment différent, j’apprécie vos qualités d’écriture (je me suis bien narré en vous lisant) bien que je ne partage pas toujours – c’est un euphémisme – vos opinions (que je respecte au passage). Vous procédez, comme souvent, à un glissement de sens qui traduit davantage votre agacement (croisade ?) contre les « positions libertaires en matière de morale », plutôt que votre irritation face aux limites du rejet des thèses d’extrême-droite que vous pointez. Est-ce à penser que le premier point vous semble plus préoccupant que le second ? Je n’ose l’imaginer, mais vous voyez bien alors quelles sont les limites des entrepreneurs de moral lorsque précisément ils « incarnent le Bien par principe ».

    Reste la question sociologique de fond que pose votre post ; à savoir les brouillages de repères et les recompositions idéologiques des thèses d’extrêmes-droites telles qu’elles se reformulent aujourd’hui, en particulier au nord de l’Europe. Ce racisme nouveau paraît difficile à appréhender précisément parce qu’il endosse les thèses progressistes en matière de mœurs (historiquement impulsées par ces pays, d’ailleurs), pour mieux afficher son rejet de l’islam, ainsi que ses préférences nationales ; en ce sens c’est bien d’un national-socialisme qu’il s’agit, mais remis au goût du jour. Rien à voir avec Télérama !

  • L’hostilité envers l’immigration ou l’islam n’est pas l’apanage de la droite qu’on dit extrême.

    Non, Polydamas, effectivement. Il se trouve que ce qui est frappant, là, c’est que d’ordinaire, Télérama s’autoplace dans le camp des gentils, et dénonce xénophobie, racisme et extrême-droite. Or, voilà qu’au détour d’un article, parce que l’homme professe aussi quelques -unes de leurs positions habituelles, leur radar s’affole et le détecteur tombe en rade. La xénophobie devient tout d’un coup moins rédhibitoire.


    En tout cas, je suis bien d’accord. Fortuyn était un Le Pen “branché”, ce qui peut gêner aux entournures au moment de le dénoncer pour ce qu’il est. Le Pen a l’avantage de ressembler à un affreux, tout comme Haider ressemblait à un vendeur de voitures d’occasion.

    Eh oui. Si au moins il avait eu une tronche d’aryen à l’aise sous son casque lourd. Ce qui est surprenant, c’est que l’on peut admettre que, implicitement, la perception du discours soit influencée, Fortuyn n’étant pas borgne. Là, on a pratiquement l’impression que le journaliste veut nous faire partager cette perception, en nous faisant part de son élégance et de ses fameux traits de caractère.


    Maintenant, (….) je pense qu’il ne faut pas négliger la “fatigue” des habitants de certains pays du nord devant la difficulté d’intégration de nombreux habitants de ghettos naissants dans les banlieues des grandes villes (…) Et cette “fatigue” n’est pas, à mon sens basée sur la xénophobie ou un certain fondamentalisme, mais sur le constat que les habitants d’origine se sentent de moins en moins considérés, de moins en moins chez eux.

    Soit Tara, mais (i) c’est pas complètement le sujet, le sujet étant davantage « comment soudainement on peut en venir à renier ses convictions pour un plat de « positions libertaires en matière de morale » » et (ii) adopter un discours « en bloc », ce n’est pas recevable. Il y a des musulmans qui posent problème et d’autres qui s’intègrent parfaitement. Et il est clair que la part de ceux qui, de immigration-là, refusent l’intégration pose davantage de problèmes parce que son fondamentalisme rejette frontalement des points fondamentaux pour notre culture (ce qui n’était pas le cas des polonais, et ce qui n’est pas le cas des chinois qui se débrouillent entre eux de façon pas tjs très légale, mais sans revendiquer des droits dérogatoires). Je n’ai pas de difficulté à le reconnaître. Mais il faut prendre garde à ne pas, parce que ce constat est vrai, s’associer à des personnes dont le discours globalisant (cf., de nouveau, la « civilisation arriérée ») n’est pas objectif mais raciste. On ne doit pas envisager de défendre Fortuyn parce que ce qu’il dit est à 5% vrai.


    Bien vu Koz. Ca rappelle le syndrôme Cantat. Si t’es un rebelle et que tu dis du mal des multinationales, t’as le droit de cogner ta femme. Il semble que dans la hiérarchie des valeurs d’une certaine gauche, la “coolitude” prime sur tout le reste.

    Effectivement, Liberal, y’a comme un lien.


    Je ne vois pas en quoi la citation extraite vous permet de conclure au relativisme moral de la part de son auteur (ceci dit, je n’ai pas lu l’article dont vous parlez, ce que je ne manquerai pas de faire)

    Ca, c’est une idée qu’elle est bonne.

    En effet, en quoi reconnaître les qualités de tribun d’un individu exécrable – Hitler, Goebbels et d’autres – induit-il que l’on tempère leurs opinions (et sans doute le mot « tempérer » était mal choisi) ?

    Parce qu’il n’y a pas que cela, dans cet article. Il y a toute une présentation implicitement favorable. On nous dit aussi que le mec est super élégant, qu’il est extraverti… Quant au mot « tempérer », je suis désolé, mais un journaliste doit assumer ses mots. Je ne suis pas, moi-même, un professionnel mais ici, je les assume. Et si je ne le fais pas, on me le rappelle. Un journaliste est un pro des mots, il est, de plus, relu. S’il fait ce choix de mots, il l’assume. Mais de toutes façons, ce mot ne fait que traduire l’état d’esprit de l’article. Cette vague complaisance, pour un type dont le propos est effectivement similaire à celui d’un Le Pen, vient de là, de la « coolitude » du mec, et de ses positions libertaires. Tu n’aurais jamais eu un article de ce genre avec Le Pen. Alors, au final, avec Le Pen, qu’est-ce qui dérange plus ce journaliste, sa xénophobie ou le fait qu’elle s’accompagne de positions conservatrices en matière de morale ?

    Vous procédez, comme souvent, à un glissement de sens qui traduit davantage votre agacement (croisade ?) contre les « positions libertaires en matière de morale », plutôt que votre irritation face aux limites du rejet des thèses d’extrême-droite que vous pointez. Est-ce à penser que le premier point vous semble plus préoccupant que le second ? Je n’ose l’imaginer

    Vous faites bien, car ce n’est pas le cas. Ce qui me heurte c’est (i) la complaisance vis-à-vis de thèses inacceptables et (ii) le fait que cette complaisance soit motivée par ces « positions libertaires en matière de morale », comme si elles pouvaient être l’alpha et l’omega. Et ce qui me fait « rire », c’est de constater qu’un journal comme Télérama, tjs en pointe contre la dénonciation des discriminations, puisse soudain avoir une telle faiblesse dans son système de valeurs.

    A l’inverse, la complaisance de certains vis-à-vis de Le Pen parce qu’il affiche des convictions catholico-compatibles me gonfle aussi correctement.

  • @ Mal léché

    « …sans doute le mot tempérer était-il mal choisi… »

    c’est le journaliste lui-même qui l’a choisi et à lire l’article entier, ce que vous devriez faire, cet homme là ne choisit pas ses mots au hasard.

    “Loin de se réduire à un “Le Pen batave”, cet ancien sociologue tempérait son extrémisme xénophobe par des prises de position libertaires en matière de morale”

    tempérer: adoucir, modérer, atténuer…

    Selon vous donc, cette phrase ne veut pas dire que les prises de position libertaires de P.F. tempéraient son extrémisme xénophobe ? le rendaient plus fréquentable qu’un J.M.le Pen par exemple ? c’est juste une réaction d’agacement de la part de Koz qui voit rouge quand on agite les positions libertaires en matière de morale sous son nez et qui en a fait un glissement de contrariété ?

    En matière de glissement, vous en connaissez un rayon, parce que en quelques mots vous passez des louanges au sous-entendu selon lequel comme souvent, ce qui préoccupe Koz en fait, c’est le laxisme moral, plus que la xénophobie qui est un peu un prétexte, et toc pour le donneur de leçon… Et Télérama et son peseur d’âme sont blanc comme neige face au brouillage idéologique et au racisme nouveau difficile à appréhender parce qu’il endosse les thèses progressistes en matière de moeurs En fait, il fallait lire: …cet ancien sociologue brouillait son extrémisme xénophobe par des prises de position libertaires en matière de morale.

  • En matière de glissement, vous en connaissez un rayon, parce que en quelques mots vous passez des louanges au sous-entendu selon lequel comme souvent, ce qui préoccupe Koz en fait, c’est le laxisme moral, plus que la xénophobie qui est un peu un prétexte, et toc pour le donneur de leçon…

    Ah. Vous avez remarqué, vous aussi…

  • @ Koz,

    La « présentation implicitement favorable » de PF vise-t-elle réellement à rendre le personnage plus présentable, ou n’est-ce pas plutôt une manière de montrer que l’idéologie raciste présentait un nouveau visage en la personne de PF ?

    @ Carredas,

    « Selon vous donc, cette phrase ne veut pas dire que les prises de position libertaires de P.F. tempéraient son extrémisme xénophobe ? »

    Si, tout à fait, elle veut dire exactement cela, et non le fait que le journaliste en déduirait que PF serait « plus fréquentable qu’un J.M.le Pen par exemple ». Il est là, le glissement de sens.

    Sinon, merci pour l’explication de texte, mais je doute que Koz en ait eu vraiment besoin.

  • Chère Carré,

    Non, non, non chère Carré. On aurait même du lire… cet ancien sociologue aggravait son extrémisme xénophobe par des prises de position libertaires en matière de morale.

    On ne va pas aller chercher Kant, Montesquieu, Voltaire ou même Sénèque mais cette notion de « libertaire » et de « morale » effectivement passée dans le langage courant comme une sorte de « valeur » me fait quand même bien narrer aussi.

    Parce que bon, la morale, en restant simple c’est quoi ? Un ensemble de règles communément acceptées par la société qui permettent de vivre ensemble, non ? En gros, je dis bien, en gros, on ne tue pas les gens, on les vole pas, on essaye de contribuer d’une façon ou d’une autre pour ce qu’on reçoit, on essaye de ne pas trahir les gens, on tient ses promesses, on fait pas des faux témoignages, on a un minimum d’hygiène, on conduit prudemment, on se gave pas inutilement, on fait gaffe aux enfants, on se respecte soi-même un minimum aussi en évitant de boire au point de devenir ensuite dépendant, on respecte l’autre, on ne persécute pas quelqu’un du fait de sa gueule, son handicap, sa peau, ses idées, ses croyances, etc…

    Libertaire en matière de morale, c’est quoi. Le type qui tue, vole, trahit ? Le menteur, le chauffard, le sadique, le mec sur qui on ne peut compter, l’égoïsme effréné, le pique-assiette, l’escroc, le trafiquant ? C’est quoi les valeurs libertaires en matière de morale ? La fraude fiscale ? La corruption ? L’esclavage ? ? La maltraitance des vieux ? Le racisme (tiens justement!)

    Libertaire ? Liberté me direz-vous. Pas de règles ? On va pas ressortir Kant qui disait (toujours en gros, hein, on va pas tout relire là) que la morale ou une certaine éthique postule la liberté justement. Comment attribuer une responsabilité quelconque à quelqu’un qui n’a aucun pouvoir de choix ?

    Le plantigrade bougon, évoque même le national-socialisme. Si une bande gangsters, de criminels finis n’a jamais accédé au pouvoir, c’est justement ces gens là. Régime pervers, corrompu jusqu’à la moelle, calomniateur, menteur jusqu’à l’absurde, sadique, tueur d’enfants, de femmes et de vieux, esclavagiste, pilleurs, violeurs, d’une lâcheté inouïe (combien ont assumé même l’évidence ?). Et je ne parle des gens disons « fanatisés ou forcés » qui ont agit en leurs noms. Je parle des dirigeants. Ceux des régimes communistes n’avaient rien à envier aux « bourgeois décadents de l’occident » – Beria qui se faisait livrer un contingent de vierges pour agrémenter ses longs voyages en train, Mao, dont la femme fut condamnée pour son application dans la pornographie parce qu’elle possédait une copie d’Autant en emporte le vent », combien de jeunettes s’est-il tapé ? Le vice sous ces cieux là, était un sport national.

    Ahhhh mais j’entends d’ici certains me dire… maiiiis nooon, il ne s’agit pas d’écraser les petites vieilles dans la rue qui font rien qu’à vous embêter en poussant leur caddie doucement, c’est juste une question de moeurs sesssueeeeeelles.

    Ah bon ? Bon admettons, mais ça réduit beaucoup la notion de « libertaire en matière de morale » déjà. Parce que le sexe hein, c’est quoi en moyenne par semaine dans la vie des gens ? Une heure ? Deux ? Mai bon, ok, concédons que c’est vachement important. Pas assez pour que ça intéresse qui que ce soit lorsqu’il s’agit d’un président par exemple. Pas assez, non plus, pour que lorsque vous croisez votre collègue de bureau, vous le saluez par un « Alors hier soir ? Bonne bourre ? » Mais ok, ok, ok. C’est capital.

    Sauf que, même chez le couple le plus échangiste du monde ya des règles. Ca peut être « tu fais rien si je suis pas là » ou même « tu peux jouir quand tu seras prise en sandwich entre le nain et le mec en cuir masqué, mais pas au point de me faire passer pour un nul non plus ».

    Même dans les communautés les plus libertaires de l’après 68, il y avait des règles et pas qu’un peu même. Parce que les 5 filles libérée sexuellement de la communauté de 20 personnes en avaient parfois marre d’être prise d’assaut tous les soirs par 8 velus en rut, tout libertaires qu’ils étaient, les velus.

    Dans le film « Presque Célèbre », on voit les leaders ou les managers de groupes comme les Whos, Aerosmith ou autre, qui faisant preuve de la plus « cool des rock’n roll attitude », en s’échangeant des groupies contre des caisses de bières. Respect !

    En fait, ya pas plus moraliste qu’un libertaire. Pas plus moralisateur que ceux qui vous accusent de l’être dans la plupart des cas.

    Bon donc, qu’est-ce qu’il nous reste pour « tempérer » ? Il était homo ? Déjà, il y pouvait pas grand chose et d’autre part, ya pas de règles non plus ? Un homme qui se fait trahir par son compagnon ne peut pas en ressortir ravagé et détruit ? Il était tolérant en matière d’homosexualité ? Moi je dis, que l’homosexuel qui tolère l’homosexualité ne risque pas de détenir le record du Guinness en matière de tolérance. Il était extraverti ? Ben je rajoute qu’en Hollande, c’est plus une carte de visite qui permet de vous faire remarquer dans le morne paysage politique qu’un handicap.

    Puisqu’il nous reste plus que ça : c’est libertaire d’être homo ? Ca tempère, adoucit, rend plus acceptable, la « haine du bougnoule », l’intolérance religieuse la plus primaire, les solutions à la con aux problématiques les plus complexes ?

    Des fois, quand je lis occasionnellement certains articles ou critiques de films ou de livres par exemple, je me demande ce qui pourrait bien tempérer la bêtise et la suffisance de certains journaleux de Télérama. Et si c’était seulement dans ce magazine qu’on pouvait lire ce genre de conneries, ça serait même pas trop grave encore.

  • Billet aussi effrayant que drôle. Dans la même veine de qualité le pénultième commentaire d’eponymus. Et, de mon point de vue, ce qui illustre le mieux le terrible du fond du problème, c’est le rappel de Liberal. Ca me rappelle, peu après l’homicide de Marie Trintignant, un flash info radio dans une voiture avec un très bon pote. On entendait parler d’un chanteur condamné pour avoir tabassé sa femme. Plus vite que la réflexion, j’ai dit ‘pff, il n’est pas très efficace, il devrait prendre des cours chez Cantat’. Etonnant comme ça n’a pas fait rire… C’était de ma faute aussi, à ne pas tenir compte du côté branché…

  • mal léché: La “présentation implicitement favorable” de PF vise-t-elle réellement à rendre le personnage plus présentable, ou n’est-ce pas plutôt une manière de montrer que l’idéologie raciste présentait un nouveau visage en la personne de PF ?

    Pour l’idée de « nouveau visage » (qui me semble plus intéressante à traiter), il eut fallu éviter certaines formulations sujettes à caution, remarquées par Koz.

    Du choix des mots et de la composition. Petit exercice de rédaction.

    « Pim Fortuyn et le consensus néerlandais

    Ce nouvel opus de la série « Assassinats politiques » présente le populiste néerlandais Pim Fortuyn, première star politique de son pays. Cet homosexuel extraverti était surtout un tribun redoutable pour ses diatribes anti-immigrés. Favori pour devenir Premier ministre, il fut assassiné le 6 mai 2002 par un radical de la cause animale. Si la reconstitution du meurtre se révèle aussi ridicule qu’inutile, ce documentaire convainc davantage par son portrait d’un véritable empêcheur de politiquer en rond dans un pays régi jusqu’alors par la recherche du consensus entre gauche et droite. Ne pouvant se réduire à un « Le Pen batave », Pim Fortuyn, cet ancien sociologue, mariait son extrémisme xénophobe à des prises de positions libertaires en matière de morale. Le parti de Fortuyn n’a pas résisté longtemps à la mort de son fondateur. Mais ses idées, elles, ont essaimé. Des prisons flottantes on été créées pour les immigrés clandestins et la présence policière est de plus en plus visible dans les rues d’Amsterdam… Le film de Michel Moll et Peter Hercombe montre également l’onde de choc déclenchée par le premier assassinat politique aux Pays Bas – il y en a eu un autre depuis : celui du cinéaste anti-islamiste Théo van Gogh, poignardé par un jeune Marocain en novembre 2004. »

    Est-ce que ce genre d’article aurait fait bondir Koz? A lui de dire. Mais il n’a pas suffit de grand chose pour en modifier l’interprétation qu’on pouvait en avoir. Ce qui montre bien que les mots choisis par le journaliste n’étaient pas anodins.

  • Comme quoi une orientation sexuelle peut presque devenir un brevet de pensée politique moins incorrecte. Déjà lors de l’assassinat de Poulet-Dachary, ce proche de Le Pen dont on avait appris qu’il passait ses nuits dans les bars gays, la presse avait plutôt ménagé le personnage, ce qui n’avait pas été le cas lors de la mort accidentelle de Stirbois ou encore lors du mystérieux assassinat de François Duprat, un historien ami de Le Pen. Prenez aussi les homosexuels de Vichy, ceux que la presse de la résistance nommait les gestapettes,comme Abel Bonnard, pour un peu on leur trouverait presque des excuses, comme si un homosexuel ne pouvait pas être un salaud.

  • “Loin de se réduire à un “Le Pen batave”, cet ancien sociologue tempérait son extrémisme xénophobe par des prises de position libertaires en matière de morale”

    La phrase est énorme, et vous avez raison de le souligner. Votre billet est très bon, en ce qu’il démonte ce ressort monstrueux.

    Pourtant, sur le reste de ce que vous citez de l’article, j’ai le sentiment que le journaliste a plutôt mieux compris le phénomène Fortuyn que vous. Voir en PF un « Le Pen cool » est un contresens majeur. (J’ai bien compris que ce n’était pas le sujet du billet; je réagis à vos commentaires).

    D’une part, Le Pen est lui-même un phénomène particulier: il est l’héritier d’une extrême droite traditionnelle antisémite extrêmement minoritaire en France (c’est l’extrême droite traditionnelle qui est antisémite, pas Le Pen qui lui est gentil et aime tout le monde, je ne voudrais pas attirer les procès), qui a ensuite surfé sur la vague de la réaction à l’immigration (réaction populaire inévitable à un phénomène massif dont lui-même n’avait pas grand chose à foutre).

    D’autre part, le FN représente une forme de réaction sociale, contre la remise en cause des valeurs traditionnelles; l’immigration n’y est visée que dans cet esprit.

    Fortuyn, en revanche, réagit à l’immigration dans la mesure, et uniquement dans la mesure, où elle menace son mode de vie cool. D’une certaine manière, il lui reproche d’entraver ce qu’une partie de l’électorat FN considère comme un mouvement de décadence.

    Or, la peur que l’Islam (c’est de lui qu’il s’agit, essentiellement) nuise au mode de vie « cool » se répand de plus en plus dans la société. C’est elle que l’on retrouve derrière les réactions à l’annulation du mariage de Lille, derrière l’affaire des caricatures, derrière « Ni Putes ni Soumises », d’une certaine manière… A cet égard je suis convaincu que Fortuyn a été un précurseur, et qu’il incarne un type d’homme politique que nous allons voir surgir un peu partout dans les années à venir. Marine Le Pen a d’ailleurs amorcé le virage, très nettement.

    Et je vais vous dire un truc, tout centriste que je suis, je pense que c’est une évolution tout à fait saine pour le débat démocratique.

  • @ Philo,

    Deux dimensions donc, le descriptif et l’interprétatif. Vous avez traité de la première, je faisais pour ma part allusion à la seconde. aussi, pouvions-nous aussi comprendre :

    “Loin de se réduire à un “Le Pen batave”, cet ancien sociologue tempérait – de son propre point de vue – son extrémisme xénophobe par des prises de position libertaires en matière de morale”

    @ Eponymus

    « Le plantigrade bougon, évoque même le national-socialisme. Si une bande gangsters, de criminels finis n’a jamais accédé au pouvoir, c’est justement ces gens là. »

    Que l’on prenne des libertés avec la morale, c’est une chose déplorable, j’en conviens, mais que l’on en prenne avec l’histoire, cela porte aussi un nom, cher éponyme.

  • @ l’ours

    Que l’on prenne des libertés avec la morale, c’est une chose déplorable, j’en conviens, mais que l’on en prenne avec l’histoire, cela porte aussi un nom, cher éponyme.

    Ah oui ? Vous êtes en désaccord historique sur la nature criminel des actes du régime nazi et donc avec ça ? :

    Régime [nazi] pervers, corrompu jusqu’à la moelle, calomniateur, menteur jusqu’à l’absurde, sadique, tueur d’enfants, de femmes et de vieux, esclavagiste, pilleurs, violeurs, d’une lâcheté inouïe (combien ont assumé même l’évidence ?). Et je ne parle des gens disons “fanatisés ou forcés” qui ont agit en leurs noms. Je parle des dirigeants.
  • Pas du tout, l’éponyme. Par contre, vous, vous semblez en désaccord historique avec le fait que les nazis aient un jour accédé au pouvoir.

    J’ajoute, au reste, que le discours que vous tenez pour évoquer mon évocation du national-socialisme est doublement ambigüe, et presque malhonnête – à supposer que vous acceptiez d’être tenu responsable pour les choix qui président à votre propos.

    Doublement ambigüe, disais-je, d’une part parce que vous laissez entendre que les dirigeants nazis, ou ceux qui s’en réclament, ne sont pas responsables de leurs choix, et d’autre part, parce qu’en me convoquant à ce moment là de votre élucubration, vous laissez entendre que ce serait moi qui minimise cette question de la responsabilité des nazis, alors que c’est vous qui la soulevez et qu’elle est complètement hors de mon propos.

  • @ ronchon winnie

    Ahhhhhh je comprends mieux votre remarque. Mais vous m’avez mal interprété ou, ce qui est peut être plus probable, je me suis mal exprimé.

    J’étais même d’accord avec votre remarque (du moins en partie). Vous avez mentionné, le nazisme, j’en ai juste profité pour rappeller que justement, historiquement, ce parti qui se prétendait celui de l’ordre et de la rigueur morale avait dans ses rangs sauf de très rares exceptions, des dirigeants jusqu’au petits couteaux, de fiéffés criminels dont les bas instincts étaient comme « justifiés » par la nature du régime. Sans même parler du régime lui-même qui dans sa nature était bien évidemment tout sauf moral.

    Mon propos était justement de dire que si le régime nazi était l’exemple type d’une bande de fiéffés criminels réussissant à accéder au pouvoir. Je n’excuse rien du tout. Je dis juste qui si certains peuvent trouver des « excuses » aux comportements de certains sous fiffres ou simples soldats parce qu’ils étaient soi-disant « fanatisés », de toute façon, le fait est que les dirigeants eux-mêmes étaient totalement de pures psychopathes.

    Je ne sous entends rien non plus à votre égard. Je disais juste « tiens puisque l’ours les mentionne, parlons en »… rien de plus.

    Relax. Vous vous revendiquez mal léché mais il ne faut pas en rajouter non plus.

  • Typique des chasseurs d’ours, ça. Ils le chassent en faisant mine de ne pas le chercher, et lorsqu’ils le trouvent, ils s’étonnent de se faire attaquer. Dieu merci, vous tirez à blanc et moi, je ne mords jamais pour faire mal.

  • @FC « la peur que l’Islam (c’est de lui qu’il s’agit, essentiellement) nuise au mode de vie “cool” se répand de plus en plus dans la société. C’est elle que l’on retrouve derrière les réactions à l’annulation du mariage de Lille, derrière l’affaire des caricatures… » Analyse que je partage : depuis plusieurs années apparaît devant l’Islam une crainte des milieux « libérés » (il s’agit bien sûr essentiellement de la libération sessueeelllle). Mais ces milieux bien-pensants, une certaine presse, les intellectuels auto-proclamés et autres sociologues, ont du mal à assumer le paradoxe de leur situation puisqu’ils ont toujours défendu le postulat selon lequel eux seuls sont tolérants alors que les conservateurs, au 1er rang desquels les catholiques, sont de méchants racistes… Or voilà que sur bien des sujets les catholiques défendent des musulmans, et voilà même des socialistes et autres Gisèle Halimi obligés de monter au créneau pour rappeler que les noeuds du mariage sont indissolubles et pour forcer une musulmane trop libertaire à rester avec son mari malgré qu’elle en ait… Où va-t-on ? Mais tout ça est en effet très bon pour le débat démocratique et inénarrablement marrant…

  • Mais il faut prendre garde à ne pas […] s’associer à des personnes dont le discours globalisant (cf., de nouveau, la “civilisation arriérée”) n’est pas objectif mais raciste. On ne doit pas envisager de défendre Fortuyn parce que ce qu’il dit est à 5% vrai.

    Doit-on alors s’associer à quelqu’un qui tient publiquement un discours dans lequel il affirme :

    « le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain [.] dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine ni pour l’idée de progrès. Dans cet univers où la nature commande tout, [ il ] reste immobile au milieu d’un ordre immuable où tout semble être écrit d’avance. Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin. »

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