Nous ne vous oublions pas

Vous avez entrevu la lumière et l’écoute de ceux dont vous attendiez depuis longtemps la fraternité et l’amour qu’ils proclament. Vous avez espéré que, fidèles à la promesse de leur baptême, ceux qui se disent vos frères et vos sœurs fassent enfin corps, non par cet « esprit de corps » qui le rend aveugle et sourd, mais selon l’appel de saint Paul : « Un membre souffre-t-il ? Tous les membres souffrent avec lui » (1 Corinthiens 12, 26). Et bien des yeux se sont tout de même ouverts. 

Mais vous avez aussi l’habitude de nous voir reprendre rondement la célébration de nos « saints prêtres » et de la « sainte Église catholique », oubliant un peu vite que si l’Église est sainte, elle est faite de pécheurs, que ce n’est pas une clause de style et qu’il y a, parmi eux, quelques criminels encore. Vous avez l’habitude de nous voir revenir à notre vie ordinaire, amnésiques volontaires, emportés par le manège de l’actualité, si lourde cette année…

Alors, je me permets de le dire pour d’autres aussi : nous ne vous oublions pas. Nous n’oublions pas votre innocence fauchée, nous n’oublions pas votre vocation fanée, nous n’oublions pas ces divins sourires et ces cœurs donnés que des démons ont flétris. Nous n’oublions pas que vos bourreaux sont les mêmes que nous canonisions vivants. Et nous savons aujourd’hui que certains, parmi eux, ont promu des hérésies insensées et des justifications absurdes, pervertissant jusqu’à l’Évangile. Le diable a fait son nid dans la maison de Dieu. 

Cela aussi, il faut le dire « à temps et à contretemps » (2 Timothée 4, 2), quand l’actualité l’impose et quand elle l’oublie. C’est un combat spirituel à mener, intime et collectif. Pour les victimes d’hier et celles qui pourraient venir demain. Pour l’Église et pour la foi. Sachez qu’il y a dans l’Église des prêtres qui souffrent avec vous des mêmes abus ou d’une trahison semblable, de cette angoisse face à l’inconcevable confusion du meilleur et du pire en une même personne. Il y a des laïcs qui tâtonnent mais avancent et entendent tenir, il y a des religieux aussi. Il y a surtout l’Écriture qui dit tout : le châtiment de celui qui fait du mal au plus petit d’entre les siens, qui avertit de la venue de faux prophètes qui « viennent à (nous) déguisés en brebis, alors qu’au-dedans, ce sont des loups voraces » (Matthieu 7, 15) et jusqu’à cette question de l’Éternel : « Qu’as-tu fait de ton frère ? » Vous avez entrevu la lumière et je voulais vous dire qu’elle est toujours là, faible mais brûlante.

Chronique en date du 13 juillet 2020

Photo by Perry Grone on Unsplash

Auteur

Père, époux, fidèle à divers titres, je suis aussi... avocat, auteur (Ca ira mieux demain, 2015; Identitaire - Le mauvais génie du christianisme 2017), et chroniqueur à La Vie.

10 commentaires

  • Merci Koz. Il ne faut pas oublier ni relativiser. L’Eglise ne vivra et ne sera belle qu’à ce prix.
    Et prions, là où nous sommes ou tous ensemble dans les églises mais PRIONS;

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    • Pendant trop longtemps, ceux qui sont à la fois croyants et sincèrement attachés à l’Eglise ont pensé qu’il était de leur devoir de la défendre contre ces accusations. Cela provenait de notre conformation morale mais aussi de l’absence d’information sur l’ampleur des faits. Aujourd’hui, tous ceux qui sont sincèrement attachés au Christ, à la foi, et à l’Eglise devraient hurler à l’écoute de ce que de nombreuses victimes rapportent. Il y a bien sûr l’horreur des faits dans leur dimension physique, première. Mais il y a aussi le constat des ignominies que certains ont réussi à enseigner comme des vérités de foi pour couvrir leurs abus. C’est parfois totalement incompréhensible, inconcevable que ce genre de propos aient pu être tenus au nom de l’Evangile, tant ils lui sont foncièrement contraires. Parmi ceux qui nient la gravité du sujet, certains sont ordinairement aux aguets de toute hérésie. Savent-ils seulement ceux que certains ont enseigné ? Cela en relève à l’évidence. Il y a vraiment une double tumeur dans le corps de l’Eglise.

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  • Bien sûr qu’il y a des salopards criminels dans l’Eglise,il y en a et je suis persuadé ,hélas, qui’i ly en aura toujours Alors quoi on se dit après tout ce n’est pas si grave que çà.Si c’est très grave, scandaleux épouvantablement scandaleux,c’est certain,,mais je crains fort que ce genre de billet bien sûr fera du bien aux victimes de ces scandales mais réconfortera aussi tout ceux déguisés eux aussi en innocentes brebis trouvent un malin plaisir à trainer l’Eglise dans la boue Pour autant je condamne bien entendu la pratique de l’omerta pratiquée si longtemps par la hiérarchie ecclésiastique (même° si elle n’était certes pas la seule à le faire, loin de là)

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    • Je me moque de savoir si cela confortera ceux qui aiment rouler l’Eglise dans la boue. Ils n’ont pas besoin de cela pour le faire, pas besoin de mon billet, ils ont l’actualité pour eux, et s’ils apprenaient ce que je sais, ils auraient des raisons d’être plus radicaux – ce qui ne laisse pas de m’interroger sur la raison pour laquelle je ne réagis pas plus fortement. Un « bon catholique » devrait hurler.

      Ceci ne dit pas tout de l’Eglise, comme je l’ai écrit, et je connais plus d’un fidèle, plus d’une religieuse, plus d’un prêtre et même des évêques, qui partagent les mêmes sentiments que moi. Mais c’est présent et nous aurions tort de continuer à nous taire, à nous abstenir d’écrire ce type de textes parce que cela pourrait « faire du mal à l’Eglise ». C’est précisément cette attitude qui a permis à des agresseurs de prospérer et qui a conduit au discrédit actuel de l’Eglise.

      L’essentiel, pour moi, était que les victimes de ces actes aussi odieux dans leur réalité physique que dans leur dimension spirituelle, sachent que nous ne regardons plus ailleurs. C’est loin d’être évident pour eux. Ils ont besoin de le savoir. Certains m’ont écrit pour me dire que ce billet les avait touchés et c’est bien là tout ce que je pouvais souhaiter.

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  • Koz, permettez-moi de ne pas apprécier votre méthode consistant à dire, en simplifiant les choses , « ah vous êtes choqué par ce que je dis eh bien si je disais ce que je sais réellement vous sauteriez au plafond ou prendriez la fuite avec horreur »
    Un Saint canonisé n’est pas un être parfait auquel il n’y aurait rien à reprocher,absolument pas et je dis cela en pensant bien évidemment à Jean-Paul II notamment,cible favorite de certains actuellement.

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    • Effectivement, « en simplifiant les choses ». Mais soit, n’appréciez pas, que voulez-vous que je vous dise, ça n’en reste pas moins vrai même si visiblement que vous, vous sautiez au plafond. Quant aux « saints canonisés », il ne m’a pas échappé qu’ils ne sont pas des êtres parfaits. Mais quand ils ont agressé sexuellement hommes, femmes ou enfants, on peut raisonnablement dire que nous sommes aussi loin de la perfection que de la sainteté.

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  • Je suis d’accord avec vous,
    S’obliger à regarder la vérité en face,
    Ne plus rien cacher,
    Redonner parole aux victimes,
    Purger l’abcès de tout son pus,
    Le retour à l’honnêteté servira au contraire l’Eglise,
    Les blessures ne guériront pas mais seront peut peut-être atténuées,
    L’Eglise mettra du temps à se remettre,Si elle s’en remet,car elle est maintenant durablement déconsidérée ,j’en veux pour témoin les réflexions des clients,atroces,au sujet de trois jeunes prêtres en soutane qui passaient devant la terrasse où nous dînions,j’aurais voulu me lever ,et partir,ou leur  » claquer le beignet « d’une façon ou d’une autre
    Le « pas d’amalgame  » n’est visiblement pas accordé aux prêtres.!
    Ces nouveaux prêtres sont cependant mieux formés,mieux discernés,moins nombreux certes,mais tellement ardents.
    Quant à nous nous sommes maintenant une minorité religieuse comme Les autres.
    À bientôt cher Koz.

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    • Oui, en effet, l’Eglise mettra du temps à s’en remettre si elle s’en remet, comme vous le dites. Mais je veux me fier à une autre méthode : soutenir la vérité. Sans quoi il serait risible de notre part de nous prétendre disciple de Celui qui est « le Chemin, la Vérité, la Vie » (en écrivant, je note aussi à quel point ces actes en sont, en tous points, l’opposé). Il faut le faire et le dire, parce que c’est juste. Et tenter d’avoir confiance dans le fait que ce qui est juste et vrai ne peut, par nature, pas nuire à l’Eglise. Après, il est rassurant aussi de se dire qu’il ne nous appartient pas de distinguer le devenir de l’Eglise. Nous semons, même si nous ne serons pas là pour la moisson.

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      • Oui Koz,j’aime,votre réponse car elle m’est d’un grand réconfort.
        Je suis ,hélas,une grande pessimiste de nature,c’est ainsi.
        Vous avez raison d’évoquer deux choses qui me manquent à titre personnel
        La confiance,
        Et le fait que nous n’avons aucune vision,ou alors Si mince ,de ce que sera l’avenir de l’Eglise….
        Reconnaître,humblement,que nous n’avons pas main mise sur tout,que tant de choses échappent à Notre contrôle,
        Comprendre aussi que Dieu travaille,Si j’ose dire,dans le temps,Et que la graine plantée aujourd’hui sera peut-être un arbre magnifique dans cent ans….
        Vous êtes d’un tempérament plus optimiste que moi mais au moins partageons nous une chose essentielle,la recherche de la vérité sans fards,la vérité comme expiation de ce qui a été fait,
        La vérité comme réparation des actes,Et retour de la dignité volée des victimes,
        La vérité comme pierre constructrice de l’avenir et prévention de la recidive.
        Je suis extrêmement confiante ( une fois n’est pas coutume !) en nos jeunes prêtres,nés avec les yeux ouverts sur ces problèmes,et décomplexés par rapport à eux,ils ne tomberont pas dans ce piège immonde de la pedophilie…
        Mais en attendant,que de souffrances de voir sali tout ce en quoi on a cru,Et qu’on a tant aimé,et que l’on aime tant encore,envers et contre tout….
        Amicalement.
        Massabielle,
        Épouse,
        Mère
        Jeune grand mère
        Et catholique blessée.

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