Démissionner Delaunay

Qui a parlé de "torpeur de l'été" ? Les ministres sont sur le pont, médiatique à tout le moins, et s'en donnent d'autant plus à cœur joie que l'opposition est pour sa part inexistante.

Après les déclarations de Christiane Taubira, c'est Michèle Delaunay qui prend une position indigne sur l'euthanasie. Une position qui aurait dû conduire une opposition normalement constituée à réclamer la démission ou le limogeage de ce ministre.

Michèle Delaunay, Ministre déléguée aux Personnes Âgées et de l'Autonomie - retenez-le, ce n'est pas neutre - a réagi au réquisitoire en vue du renvoi du Docteur Xavier Bonnemaison devant la Cour d'Assises pour 8 empoisonnements.

Il faut rappeler que le Docteur Bonnemaison a en effet procédé à au moins 8 injections létales sur des patients âgés, sans leur consentement, dont il a jugé, seul, qu'il convenait "d'abréger leurs souffrances et de préserver leur dignité" (19 dossiers seraient apparus suspects, et l'empoisonnement est retenu par la Cour dans 8 d'entre eux).

Et voici la réaction de Michèle Delaunay. Celle-ci s'est déclarée :

"convaincue que les intentions du Dr Bonnemaison n'étaient pas celles d'un meurtrier ou d'un empoisonneur mais celles d'un médecin qui a pris des responsabilités qu'il conviendra de juger"

Cette déclaration est misérable :

  1. Michèle Delaunay est ministre déléguée aux Personnes Agées. Usuellement, un ministre défend ceux dont il a la charge. Madame Delaunay, elle, soutient le cauchemar des aînés, des seniors, des personnes âgées : être remis dans les mains d'un médecin qui jugera que leur vie ne vaut plus la peine d'être vécue, qu'ils ne sont plus dignes, le tout selon ses critères personnels du moment. Il faut lire à cet égard le dernier livre de Marie de Hennezel, Nous voulons tous mourir dans la dignité, qui décrit la terreur des seniors. Cette angoisse les conduit même à entretenir une vraie défiance à l'encontre de l'hôpital. Lorsque les partisans de l'euthanasie active évoquent le pouvoir absolu des médecins - vous maintenir en vie contre votre volonté - ils oublient précisément que le plus terrifiant des pouvoirs absolus que detiendraient des médecins est celui-ci : vous mettre à mort. Xavier Bonnemaison a confondu ses convictions personnelles avec une certitude médicale, il s'est arrogé le pouvoir de juger de la pertinence d'une vie. Une fois encore, Madame Delaunay apporte son soutien à un médecin qui a décidé (1) seul (2) de mettre à mort des patients (3) sans leur consentement, (4) en utilisant un produit violent, le curare, particulièrement inadapté et ce, (5) à 8 reprises. Elle se montre indigne du portefeuille dont elle est chargée;
  2. Cette déclaration publique d'un ministre est une forme de pression inacceptable sur la Cour d'Assises et les jurés qui la composeront, et constitue une violation du principe de séparation des pouvoirs;
  3. Michèle Delaunay extrapole sur des intentions dont elle ignore tout, faisant valoir sa "conviction intime", étayée sur aucun fait;
  4. La seule intention qui doit être prise en compte est l'intention homicide. Le Docteur Bonnemaison avait-il l'intention de mettre un terme à la vie de ces patients ? De fait, il l'a affirmé lui-même. Libre aux jurés et à la Cour d'adapter ensuite la peine en fonction du profil de l'accusé et de ses motivations.
  5. Enfin cette déclaration met en lumière une évolution dramatique. Le Docteur Bonnemaison a violé la loi existante et même toutes les évolutions envisagées par les Romero, Lohéac et autres partisans les plus acharnés de l'euthanasie active et du suicide assisté… Aucune n'envisage encore aujourd'hui d'accorder à un médecin isolé le pouvoir de décider d'euthanasier un patient sans son consentement. J'ai à plusieurs reprises pointé cette dérive possible. Le cas Bonnemaison met cruellement en lumière qu'il ne s'agit pas d'une derive potentielle mais d'un risque présent et actuel. Et ce risque ne peut aller qu'en s'aggravant s'il bénéficie de l'indulgence publique des pouvoirs publics, allant jusqu'à vanter un médecin qui aurait "pris des responsabilités" !

Je lis que les avocats du Docteur Bonnemaison anticipent déjà ce procès comme l'occasion de lancer un débat de société - de façon téméraire puisqu'il s'agit une fois encore d'un dramatique contre-exemple pour les partisans de l'euthanasie active et du suicide assisté - avant une loi annoncée pour 2014.

Voilà un débat qui part sur les plus mauvaises bases… et la meilleure raison de continuer de veiller.

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Tête de pont ®, résolument à mon compte, quand j'y réfléchis bien.

42 comments

  • Merci Koz !! Et oui veillons pendant que d autres dorment cette attitude est inadmissible honte a madame Delainay !

  • Bravo. Une petite question : les propose de Madame la Sinistre peuvent-ils être de facto être considérés comme constitutif d’une apologie d’un crime ?

  • C’est terrifiant. Et ce qui ajoute à mon désarroi c’est le « silence assourdissant » de « l’opposition ». Il n’y a d’ailleurs plus d’opposition – pour l’instant – dans ce pays. Qui va prendre la parole ?

  • Bravo Koz. Une nouvelle fois, nous constatons que la stratégie des idéologues se passe de l’avis des spécialistes. Infirmière et ancienne aumônière d’hôpital entre autres, j’ai pu constater mille fois combien les personnes âgées, déjà, sont victimes du sentiment qu’elles sont « un fardeau », qu’elles ont « perdu leur dignité ». Elles intériorisent le regard négatif que la société pose sur elles et qui ne cesse de parler de « déclin ou de « déchéance » à propos des personnes âgées.. Parfois elles en viennent à vouloir mourir, disant « libérer » la famille, « faire de la place, coûter trop cher ». Toutes choses qui disparaissent, lorsqu’on cesse de leur faire sentir que la performance et l’autonomie sont les étalons avec lesquels mesurer la dignité. Lorsqu’on s’intéresse à leur vie, ( et toutes ont une épaisseur, une poésie, une expérience propre et riche!), lorsqu’on les écoute avec un réel respect et un réel intérêt, lorsqu’on ne les abandonne pas…etc, ces personnes retrouvent le goût de vivre, jusqu’au bout..Ce qui ne veut pas dire que la fin de la vie soit facile ni qu’il faille « réussir sa mort », autre stupidité. Dans le cas dont nous parlons ce jour, les malades ont été euthanasiés sans leur consentement ( à supposer que celui ci puisse être véritable, cf plus haut). Il s’agit donc de meurtre. Pour le moment. Meurtre , donc acte illégal. Que la ministre veut légitimer ( ce qui n’est possible qu’en apparence) ,pour mieux le légaliser ensuite. Et pousser au suicide les personnes âgées. Qui meurent en couple, souvent. Les Pompes funèbres vous le confirmeront. « Circulez! » … Ils circulent. L’extension indéfinie de la « construction de soi », où la volonté de l’individu devient la seule règle, se faisant aux dépends des plus faibles et de l’humanité humaine en général, il est terrifiant de voir la ministre de la santé parler ainsi.

  • Cette petite phrase n’est certes pas claire, mais la ministre s’exprime là uniquement sur les intentions qui animaient le bonhomme, et pas sur sa culpabilité. Il est difficile d’en faire une « prise de position ». Je comprends la méprise de Koz, et d’autres, sur cette petite phrase. Car ces propos étaient sans doute malhabiles, malvenus. Mme Delaunay annonce qu’elle se refuse à tout commentaire, mais en fait quand même un, qui ressemble plutôt à un réflexe corporatiste de mauvais aloi. Mais les intentions ne peuvent pas être celles que Koz lui prête, vues les positions qu’elle a déjà prises sur le sujet. Elle est un grand défenseur de l’application de la loi Léonetti, elle sait bien de par son expérience d’oncologue et l’expérience de ses confrères que les réelles demandes d’euthanasie sont extrêmement rares dans le grand âge, et elle ne pose la question de l’euthanasie que pour des cas exceptionnels. Elle aurait dû, c’est mon avis, condamner clairement toute décision qui se prend ainsi en catimini, comme dans le cas Bonnemaison. Mais franchement Koz se trompe complètement de cible en faisant de cette dame une idéologue qu’elle n’est pas.

    http://www.michele-delaunay.net/delaunay/tag/euthanasie

    Il y a an, Mme Delaunay évoquait déjà le cas Bonnemaison et disait que la loi Léonetti, correctement appliquée, aurait pu répondre aux cas que le médecin de Bordeaux a résolus à sa manière: http://touch.dailymotion.com/#/video/xstg6w_l-euthanasie-relance-du-debat_news

  • @ Nicomaque Je trouve quand même que les propos que tient Mme Delaunay sont parfois très ambigus. En voici un exemple dans son post du 6 février (c’est moi qui souligne) : « Pour ma part et pour les »vieux », présents et futurs, qui émargent à mon Ministère, je choisis la seconde option et je propose de remplacer la question par : « Que faire pour vivre jusqu’au bout en demeurant présent au monde, utiles fût-ce par cette seule présence à mes proches et EN COÛTANT LE MOINS POSSIBLE A LA SOCIÉTÉ ? » Les âgés de demain ne doivent pas se dépêcher à mourir mais à tout faire pour VIVRE EN DIGNITÉ ET EN LIBERTÉ ».

    Et quand on commence à coûter cher ? Et quand on perd en « dignité » (et qui va déterminer la dignité d’une personne ?) ? On est bon pour la piqûre faite par un médecin qui n’hésite pas à prendre ses responsabilités ?…

    @ Koz J’ai retrouvé un article du Monde qui traite de la situation des personnes âgées sous le régime nazi. Certaines ressemblances sont troublantes :

    « Nombre d’Allemands pensaient que les autorités elles-mêmes avaient invité les soignants à ne plus traiter les patients les plus âgés, et à ne plus leur prescrire de prothèse ni de médicaments contingentés comme l’insuline. Dans certains districts, les personnes âgées évitaient d’aller chez le médecin, préférant s’adresser à leur pharmacien ou à un guérisseur ; d’autres ne se conformaient pas à l’ordonnance de leur médecin, craignant d’être empoisonnées ».

    Voici le lien : http://www.monde-diplomatique.fr/2005/05/HEIM/12193

  • @ Nicomaque : bonjour, je vous remercie de vote commentaire circonstancié. Je ne suis pas en mesure de lire la vidéo, ne disposant que d’une 3G poussive mais j’ai lu les billets. Ça n’est certes pas du Romero dans le texte, et je me réjouirais qu’elle se prononce un peu plus dans ce sens, mais ça ne correspond pas non plus à l’affirmation de convictions claires, et au rejet de l’euthanasie active. Tout au plus le fait que l’on n’ait pas obligé de mourir par euthanasie.

    Et lorsque l’on évoque le cas d’une personne qui a procédé à des « euthanasies » (des meurtres, en réalité) à 8 reprises, en procédant seul, sur des personnes incapables d’exprimer leur volonté, sans consulter les proches… et en utilisant un produit, le curare, qui est un produit violent, totalement inadapté, qui provoque la mort par la paralysie des muscles respiratoires, ce qui provoque une mort par suffocation, sa déclaration est pour le moins inconséquente et lénifiante.

  • Bien sûr, j’ai écrit une bêtise ci-dessus . Lire « ministre déléguée aux personnes âgées ». Mais je ne retire rien d’autre.

  • Koz a écrit ::

    en utilisant un produit, le curare, qui est un produit violent, totalement inadapté, qui provoque la mort par la paralysie des muscles respiratoires, ce qui provoque une mort par suffocation

    J’ignorais que vous étiez devenu spécialiste en pharmacologie, plus compétent qu’un médecin urgentiste de 20 ans d’expérience. Félicitations. Hélas vous êtes mal informé car Bonnemaison a utilisé de l’Hypnovel en sédatif en plus du Norcuron. http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20130813.OBS3086/nicolas-bonnemaison-le-choix-de-la-derniere-piqure.html

  • En attendant, le Conseil de l’ordre local a mis sur la touche celui qui avait osé dénoncer le médecin…

  • @ Yogui: un urgentiste n’est pas précisément qualifié pour pratiquer des sédations terminales ou toute autre pratique euthanasique. Tiens, j’aurais d’ailleurs pu ajouter ce point : Bonnemaison n’avait aucune raison de pratiquer des euthanasies sur des patients arrivés dans un service d’urgence.

    Mais vous faites bien de vous signaler, vous, car le Norcuron est effectivement un curare. Et quel que soit le médecin que l’on interroge, qu’il s’agisse de Régis Aubry dans le lien que j’ai indiqué ou ceux que j’ai pu interroger en direct, vous diront que c’est une aberration. Quel que soit le produit dont vous l’accompagnez (sans compter qu’à cet égard, on ne peut se fier qu’à la bonne foi de Bonnemaison… ce qui laisse à désirer).

  • @ Nicomaque:

    Merci pour ce commentaire. Chez moi le lien vidéo que vous fournissez ne fonctionne pas, mais plutôt celui-là : http://www.dailymotion.com/video/xstg6w_l-euthanasie-relance-du-debat_news

    Mme Delaunay y dit en effet qu’elle estime qu’il existe (quoiqu’elle n’en ait pas rencontré personnellement en 45 ans de médecine et 30 de cancérologie), une « frange non couverte par la loi Leonetti, qui est une très bonne loi, insuffisamment connue », des « cas exceptionnels » où l’on peut « répondre à la demande précise d’un patient parfaitement conscient ».

    Je pense en effet qu’elle a gardé son réflexe de médecin et qu’elle a pu interpréter le geste de Bonnemaison comme un geste de compassion. De la même manière que beaucoup d’autres médecins j’ai l’impression, sur le thème « on comprend, mais on n’excuse pas ». Ce qu’elle ne dit pas clairement.

  • Quand on commence à parler de « frange non couverte par la moi Leonnetti », ça éveille tout de suite mon attention. C’est généralement là que les problèmes commencent.

    Quant à savoir si sa compassion va au médecin comme elle, ou aux personnes âgées, dont elle a la charge, c’est encore une bonne question, qui semble avoir troivé sa réponse. Je connais des médecins qui, contrairement à elle, sont confrontés tous les jours (en raison du service dans lequel ils travaillent) à des situations dans lesquelles on évoque l’euthanasie (fin de vie ou état végétatif) et qui ne font aucune confusion. À supposer que, de par sa profession, ses pensées aillent d’abord aux médecins (ce qui est déjà révélateur), elle devrait au minimum, de par son portefeuille ministériel, être un peu consciente de ce qu’un cas Bonnemaison représente pour les personnes âgées.

    Quant au curare, il n’est pas utilisé en France pour cela. Il l’est peut-être en Belgique qui est aussi, selon le rapport de l’Observatoire sur la fin de vie, un pays où l’on pratique trois fois plus d’euthanasies sans le consentement des patients (ce qui ne relève d’ailleurs plus de l’euthanasie), ce qui fait que j’aurais quelque scrupule à le retenir comme modèle.

  • En tous cas Mme Delaunay est férocement contre l’euthanasie de son chien, c’est déjà pas mal. Plus sérieusement, c’est certain que sa déclaration est des plus inappropriées. Je ne vois même pas dans cette sinistre affaire comment les associations militantes pro-euthanasie pourraient faire du docteur Bonnemaison un martyr de leur cause, tellement ses actes sont l’illustration jusqu’à la caricature de tous les excès qu’on peut reprocher à cette pratique, même quand elle est légalisée.

  • Juste pour apporter un éclairage sur le débat, Mme Delaunay a créé et fait monter en puissance le service de dermato-cancérologie du CHU de Bordeaux (ceci pour évacuer l’argument du « d’autres y sont confrontés tous les jours », elle a quand même une grande expérience hospitalière de la fin de vie. Je pense évidemment que son tweet était un tortueux « comprend mais n’excuse pas ». Libres aux assises de juger !

    PS : il s’agit bien sur plus qu’un dérapage une vraie faute professionnelle, morale (pour moi), éthique. La justice jugera !

  • Merci pour l’éclairage. Je ne tiens pas à l’accabler à tout prix. Mais le « comprend mais n’excuse pas » n’est même pas à la hauteur, pour moi, concernant quelqu’un qui a transgressé toutes les règles à 8 reprises – selon le réquisitoire, potentiellement 19. On peut « comprendre » une défaillance ponctuelle, pas une habitude.

  • Courtlaius a écrit ::

    Je ne vois même pas dans cette sinistre affaire comment les associations militantes pro-euthanasie pourraient faire du docteur Bonnemaison un martyr de leur cause, tellement ses actes sont l’illustration jusqu’à la caricature de tous les excès qu’on peut reprocher à cette pratique, même quand elle est légalisée.

    J’ai parfois l’impression que la notion de cohérence de la pensée des militants pro-euthanasie n’est tout simplement pas la même que la mienne. (Quand ce n’est pas de la pure mauvaise foi, bien sûr, mais beaucoup sont de bonne foi je pense.)

    Mais selon moi, certains son réellement convaincus que c’est précisément parce que de tels cas existent (le médecin contraint par le système – forcément mauvais – à « prendre ses responsabilités » tout seul) qu’il est nécessaire d’encadrer (donc légaliser) la pratique. En outre, les dérives inéluctables (voir l’exemple de nos voisins du nord en particulier) étant souvent vues non comme des dérives mais comme autant de directions vers lesquelles le « progrès » doit se poursuivre.

  • Mme Delaunay ne cautionne aucunement les actes du docteur Bonnemaison. Elle n’a jamais à ma connaissance tenu de propos qui cautionneraient ces actes (mais si vous avez d’autres infos, je suis preneur).

    Certes, elle apporte un troublant soutien à la personne du docteur Bonnemaison.

    En résumé, elle fait comme vous: « je condamne les actes, pas la personne ». Ayez au moins la décence d’accepter cette argumentation quand elle ne vient pas de vous (ou alors de reconnaître qu’elle est peu convaincante dans les 2 cas).

  • @ Nicomaque:

    Peut-être qu’elle ne les cautionne pas directement (et encore, cela dépend de la lecture qu’elle fait de la phrase), mais à mon sens elle aurait dû les condamner clairement et intelligiblement ! La loi Léonetti, qu’elle doit bien connaître, interdit de fait ce genre de pratiques, qui violent la dignité humaine. Quand je vois ça, je comprends mieux pourquoi, un jour, un membre âgé de ma famille m’a dit: « dans le contexte actuel, si un jour je suis à l’hôpital et que je vois un médecin arriver avec une seringue ou une perf’, je lui tire dessus ». Evidemment, le ton se voulait léger, mais ce n’est pas anodin. Comment faire confiance aux médecins si de telles dérives existent et sont cautionnées, si l’on peut être assassiné (car il n’y a pas d’autre mot) par son médecin ? Comment espérer avoir une fin de vie non pas facile (cela n’est pas possible), mais à tout le moins à peu près sereine dans ces conditions ?

  • @Humpty-Dumpty : fort exact, mais alors ce genre d’argument peut trop facilement se retourner : « voyez ce qui s’est passé alors que l’euthanasie est illégale ; combien plus nous aurions des cas analogues de meurtres déguisés si elle devait être légalisée. » Au final il s’agit tout de même de convaincre au-delà de son propre cercle restreint ; pour l’instant les seuls arguments efficaces des pro-euthanasie consistent à remuer le pathos sur des cas extrêmes et à faire pleurer dans les chaumières.

    esperonstoujours a écrit ::

    Comment faire confiance (…) si l’on peut être assassiné par son médecin

    Qu’on puisse se faire assassiner par son médecin sera tjs une possibilité quelle que soit la loi, de même qu’il est toujours possible de se faire assassiner par sa crémière avec du Maroilles frelaté ou n’importe qui d’autre. L’enjeu ici c’est qu’on ne mette pas en place des structures légales, bureaucratiques et mentales qui encourageraient le passage à l’acte au lieu de le dissuader. Une loi ne peut jamais dire « tu tueras ». C’est impossible, ce serait une loi qui contredirait la raison d’être de la loi – une chimère juridique.

    Sinon en effet le maître mot c’est bien la confiance. Cela a d’ailleurs fort bien été rappelé dans l’homélie du cardinal André Vingt-Trois hier : « Comment notre fidélité nourrit-elle la confiance dans la parole donnée sans laquelle il n’y a plus de société civilisée possible ? Il ne peut rester qu’une société procédurière marquée par l’inflation des lois et des poursuites. « 

  • On peut faire l’hypothèse que Nicomaque est en charge de gérer la com Internet de Delaunay ! Il a bien du mal, mais il fait son job !

  • @ Nicomaque : il semble que j’aie du mal à m’exprimer de manière intelligible et cela me rend tout confus. Mais relisez mon billet : j’ai tenté d’y faire deviné comme une forme de désapprobation des actes de Bonnemaison. Cela vous a manifestement échappé.

    C’est ce qui manque au propos de Delaunay qui, outre le « troublant soutien » à la personne de Bonnemaison, n’a aucun mot de réprobation mais, bien au contraire, qualifie ses actes de « prise de responsabilité », ce qui est une appréciation favorable.

    Bref, je veux bien discuter un peu mais si vous venez me chercher du côté de la décence, ça va se tendre.

  • En résumé, elle fait comme vous: « je condamne les actes, pas la personne »

    Comment on fait pour demander aux actes réparation ? On les envoie en taule ? Cette formule, qui d’ailleurs en rien ne saurait résumer les propos du ministre, ne veut rien dire ; par définition la personne est à priori responsable de ses actes, même si une personne ne se réduit pas ni ne se confond avec ses actes. On juge donc des actes et, dans la mesure du possible, des intentions d’une personne – il y évidemment un lien obligatoire entre les deux.

    C’est étrange ces raisonnements ; comme le ministre qui semble opposer le médecin à un empoisonneur et un meurtrier (ce n’est pas un empoisonneur MAIS un médecin), comme si un médecin ne pouvait jamais être ni empoisonneur ni meurtrier ; comme si l’acte objectif d’empoisonner était transcendé, par le seul fait d’être médecin, en une sorte d’acte divin, par-delà bien ou mal. Je ne t’empoisonne pas non, car je suis médecin ; en réalité je te prescris une ordonnance qui va te guérir définitivement de la vieillesse.

  • Merci @Courtlaius Vous exprimez fort bien un truc qui me trottait dans la tête, et je crois qu’on se rejoint bien. Moi aussi je suis peiné de la façon dont Mme Delaunay s’est exprimée. Je comprends fort bien le procès d’intention qu’on lui fait (même si je crois que ça ne méritait pas ce billet). Et je crois aussi que prétendre « condamner les actes et pas la personne », c’est une justification assez artificielle et peu convaincante.

  • Vous soulignez les risques induits par les mouvements pro-euthanasie. A l’inverse les anti-euthanasie induisent un autre risque. Ce lui de voir les médecins ne prendre aucuns risques. Un médecin qui prolonge artificiellement la vie d’un malade, selon les souhaits de sa famille plus ou moins exprimés, et en le laissant souffrir, ne risque rien personnellement. S’ il prend en considération cette souffrance , qu’il informe sereinement les proches sur les possibilités de la loi Léonetti, et l’applique, il risque par la suite d’être attaqué par un proche qui aura mal compris ou mal interprété la loi.

  • En Belgique, où le suicide avec assistance médicale est légal, ce ne sont pas des personnes très âgées qui y recourent le plus souvent , ce sont des malades plus jeunes . Le rapport de la Commission sur l’euthanasie année 201 2011 donne les chiffres suivants âge nombre 20-39 47 40-59 359 60-79 1086

    = 80 594

    lieu du décès

    hôpital 935 – y compris les services de soins palliatifs domicile 944 maison de repos et/ou de soins 161 autre 46

    pour cause de : cancers 1567 aff. neuromusc. évolutives 142 aff. neuromusc. non évolutives 16 - aff. pulm. non cancér. 60 aff. cardiovasculaires 112 aff. neuropsychiques 58 pathologies multiples 39 autres 72

    vous voyez donc que ce sont des malades qui avaient de bonnes raisons de se suicider qui l’ont demandé

  • C’est vrai, il y a un risque. Celui d’être maintenu en vie à tort. Mais entre celui-là et le risque d’être mis à mort à tort, je prends le risque.

  • Avez-vous déjà vécu cette expèrience de voir un de vos proches en fin de vie et souffrant demander à partir ?

    Une telle expèrience conduit je crois à adopter un point de vue nuancé.

    C’est la facilité pour un médecin de laisser souffrir longtemps un malade n’ayant pas d’espoir de survie, un malade qui n’a que la possibilité de voir retarder de quelques jours l’échéance fatale. Il ne risque pas de procès et ce n’est pas lui qui souffre, ce n’est pas lui qui veille, ce n’est pas lui assure les soins quotidiens. C’est la raisons pour laquelle je ne sais pas voir qui sont les bons et qui sont les méchants dans cette histoire.

  • @ Hervé

    La facilité c’est de juger de ce problème sur un seul exemple. Celui de son proche ou celui d’un cas extrême qu’on a trouvé au bout du monde. Ce problème est terriblement compliqué du fait de l’immense variété des cas de figure. Il ne peut donc être convenablement traité que par ceux qui ont une vision globale du problème, doc par les divers professionnels du secteurs et non par les divers militants, bien intentionnés mais mal informés.

    Or les spécialistes du domaine estiment que cette loi est bonne et qu’elle devrait être appliquée plus rigoureusement. Ça devrait faire réfléchir, non?

  • Mon petit grain de sel (et merci à Koz de relever le fait que personne ne relève une position aussi limite de la Ministre) :

    D’abord, si l’on réfléchit au fonctionnement de l’hôpital, on se rend compte qu’un urgentiste est le plus mal placé pour prendre la décision de pratiquer une euthanasie ou tout autre « geste compassionnel ». En effet, les urgentistes sont les aiguilleurs de l’hosto : soit ils arrivent à faire resortir le patient illico, soit ils doivent le « recaser » dans une autre service, et ce, le plus vite possible car d’autres urgences arrivent en permanence.

    Un urgentiste n’accompagne pas un patient, il le suit quelques heures, effectue quelques tests aux résultats rapides pour mieux orienter le patient dans les services disponibles (pneumo, cardio, hépato, infectio etc…) et la plupart du temps, il ne saura jamais ce que le patient est devenu. Bref, il décide dans l’urgence et sur le court terme, avec comme but ultime de se débarraser au plus vite d’un patient encombrant… Ce n’est donc pas quelqu’un à qui on voudrait confier une mort lente et douce, il n’en a pas le temps, pas l’expérience, sans doute même pas le goût pour avoir choisi une spécialité ou ça bouge beaucoup.

    Ensuite, pour répondre à la Mude qui dit :

    « Il ne peut donc être convenablement traité que par ceux qui ont une vision globale du problème, doc par les divers professionnels du secteurs et non par les divers militants, bien intentionnés mais mal informés »

    Justement, je ne suis pas d’accord, car à quelques exceptions près, aucun médecin n’est spécialiste de la fin de vie en général. Typiquement, le Dr Bonnemaison est un habitué de la mort, donc de la fin de vie, non ? Oui, mais il est exposé à un seul type de fin de vie, celui, assez brutal, des urgences. C’est pareil pour chaque spécialité. En plus, l’hosto est aujourd’hui régi par plein d’indicateurs, notamment comptables, et ceci va affecter progressivement le comportement des médecins. Il est donc important que les « non-initiés » continuent à être très présents dans le débat, quitte à se laisser recadrer dans les débats par les professionnels.

    Par exemple, si je m’en réfère à mon expérience, les professionnels ne croient plus beaucoup à l’acharnement thérapeutique, mais plus à un défaut de définition de responsabilité des différents échelons (proches, personnel de maison de retraite, urgentistes, réanimateurs etc…). En effet, beaucoup de personnes agées en toute fin de vie pourraient (devraient ?) ne pas être réanimées, mais qui prend la responsabilité de ne pas réanimer ? Les proches ? Ce sont les premiers à appeler le SAMU. Le personnel de la maison de retraite ? ils se couvrent et on les comprend. Les urgentistes dans le camion ? On les a appelés, ils font leur boulot. Etc… Ce qui apparaît alors comme de l’acharnement (souvent aux yeux de ces mêmes proches qui ont appelé les urgences) est en fait juste le résultat d’un manque de discussion et de prise de responsabilité en amont. Avant de discuter euthanasie, on ferait bien de parler de ce problème, autrement plus délicat, car il transfère en partie sur les familles (donc sur chacun d’entre nous) une responsabilité qu’il est rassurant de confier au corps médical.

  • Je souhaite parce que je vais bien et que je ne suis pas confronté à un problème de fin de vie, la mienne ou celle d’un proche, que la main qui soigne ne soit pas la main qui tue. J’aimerais que la décision de mettre fin à un vie ne soit pas prise par une personne toute seule. Sinon où on va?

  • Je tape + 1 pour approuver Dgeni et seul le 1 apparaît. Ce n’est pas la première fois que cette mésaventure m’arrive. Y aurait-il un truc ?

  • J’apprecie votre blog. On y trouve des idées, et ça change des langues de bois habituelles Ici, je suis n peu déçu Car je ne crois pas que nier avec autant de force le vrai problème (forcément mal traite par Bonnemaison dans le contexte actuel) de l’euthanasie soit une bonne chose Il faut une évolution considérable de nos mentalités sur ce sujet, pas l’immobilisme des bien pensants. Ici, vous redevenez un bien pensant, sans idée novatrice alors que cela fait cruellement défaut.

  • La mort n’est pas nouvelle, la souffrance n’est pas nouvelle, les données du problème n’ont pas changé en dix ans. Ne vous cachez donc pas derrière cette idée de « nouveauté » et assumez vos positions.

  • Je ne veux pas polémiquer mais Si, depuis 10 ans, sans être nouveau le problème s’est aggravé : nous « vivons » de plus en plus longtemps, et la médecine fait des « progrès » qui permettent de maintenir « en vie », éventuellement végétative ou douloureuse pour rien, de plus en plus longtemps. Je ne sais de quelle façon vous voudriez que ‘j »assume », et là je ne sais pas ce que vous voulez dire. En fait, tant que la question de l’euthanasie (et celle du suicide assisté ou non) sera traitée par des médecins, elle ne pourra pas avancer ; car il y a en effet une contradiction impossible entre le métier de médecin et celui de « délivreur ». C’est un débat qu’il faut avoir, qu’il faut ouvrir, qu’il faut exiger, et qui devra être long, pour conduire à des conclusions intelligentes et acceptables. On en est très très loin. @ Koz:

  • En parlant de la mort et de la souffrance, on touche aux deux grandes peurs ancestrales de l’Homme. Mais en évoquant l’euthanasie, on rajoute deux éléments plus pernicieux : la notion de dignité (parce que non clairement définie) et l’idée qu’il est impossible de lutter contre la douleur de manière efficace. Comme d’autres l’ont déjà évoqué (pas en ces termes certes), la dignité est ramenée à la question de l’utilité, du rapport coût/bénéfice. Je suis persuadé (rassurez vous, je ne parle pas sans aucune expérience) qu’il est possible d’être digne en toute circonstance, sans avoir besoin de mourir pour cela. Je m’explique : notre société individualiste tend à nous rendre « indépendant » (= non dépendant) des autres pour être plus « libre ». Mais l’homme est une animal fait pour vivre en société et surtout en interaction. Lorsque, parce qu’on est vieux ou malade, tous les liens sont coupés, il devient impossible de vivre. la solution est alors de couper le dernier lien qui nous relie à la vie. La souffrance physique peut être rendu supportable par les soins palliatifs qui se développent (il y a plusieurs produits et techniques qui sont disponibles pour contourner les intolérances. je le sais, j’ai essayé), mais pas la souffrance d’être coupé de la vie de la société. En conclusion, je pense qu’il serait plus utile de travailler sur les soins palliatifs et la sociabilisation des personnes fragiles que sur l’euthanasie. C’est plus long et moins immédiat … mais beaucoup plus humain. J’espère ne pas être langue de bois !!

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