Comment faire pour être présidente ?

Ca y est ! Ah, on peut dire qu’elle nous aura teasé, la coquine, avec ses Désirs d’avenir. Annonce officielle, lancement repoussé, silence et encore silence. Rhâ Ségolène, mais que fais-tu ? Parle, Ségolène, la France t’attend, la France t’écoute, la France te veut ! Dis-nous tout, toi que l’on ne connaît pas, cesse de te dérober à nos désirs d’avenir commun.

Seuls dans l'herbe

Couché dans l’herbe avec toi, nous regardons passer les nuages, ensemble, Ségolène. François nous verse deux verres de thé glacé, et nous, nous discutons de cet avenir qui, parfois, peut nous inquiéter, mais que ta douce fermeté saura rendre, grâce à nos conversations communes, plus souriant. Je ne devrais pas, je le sais. Vous allez m’accuser de relents machistes. Comme si le machisme n’était pas déjà si terrible qu’il devait de surcroît s’accompagner de relents pour être définitivement insupportable. Mais franchement, n’est-ce pas terriblement féminin comme stratégie ? Ce silence, cette femme qui, dans un sourire, se dérobe… Elle minaude, Ségolène. On l’aperçoit. A peine. On attend. On écoute. Mais rien, elle ne parle pas. Pas à nous, pas à la presse. “Vous allez me piéger“, lui dit-elle, dans un souffle. Et l’on redit ces quelques mots, les seuls qu’elle nous ait adressés. On les retourne, on se les répète, on les mallaxe, on les chérit, ces mots si doux, ces mots si rares. Ségolène, non, comment ça, nous, eux, te piéger ? Mais qui ? Mais non. Nous ne laisserons pas faire… Aujourd’hui, Ségo a levé un pan de son voile pudique. Elle a “ouvert un blog“, nous dit l’AFP, réduite par son mutisme à commenter l’ouverture d’un blog, ou plutôt prétendu tel, le jour où, hasard, l’on annonce que les français semblent tant désirer t’entendre, même s’ils ne semblent pas autant vouloir voter pour toi. Ségolène veut “écouter, pour agir juste“… Aie confiance en toi, Ségolène, parle, agis, fais quelque chose, n’aie pas peur de faire des erreurs. Il n’y a que ceux qui ne font rien, qui ne parlent pas, qui n’en font pas. Tu comprends, nous, on veut te connaître. Depuis le temps que l’on pressent ton envie de t’occuper de nous. Mais que tu ne dis rien, jamais… Je ne sais pas ce que tu penses, Ségolène. Tu es socialiste, il paraît. Mais à part ça ?
Ecouter pour agir juste, telle est la raison pour laquelle j’ouvre ce forum. Dans un monde de plus en plus complexe mais aussi informé, chacun détient une part de vérité. “
Ô merci, Ségolène, ton désir est donc aussi désir de m’entendre, m’écouter, me faire parler. Comme tu me flattes bien. Dans cette belle démarche qui est tienne. Tant pis si moi, j’aurais aimé connaître un peu tes opinions, tes positions, ton blog a ceci d’original qu’il n’en contient aucune. Que des questions… Sur la France dans le monde :
Comment comprendre nos forces, les valoriser et en tirer parti ? Quels atouts économiques, sociétaux et culturels développer pour une France qui ait toute sa place dans le monde ? Quelles conséquences pour l’enseignement et la recherche ? Comment faire repartir la construction européenne et sur quels objectifs concrets pour que l’Europe soit motrice dans le monde (en particulier en matière d’environnement, de santé, de développement partagé et autres enjeux qui dépassent les frontières) ? Comment être solidaires des pays en développement en rompant définitivement avec les politiques héritées du siècle dernier ? Comment choisir une politique d’immigration juste, digne, lisible et adaptée à notre époque ?
Sur les choix de vie :
“Quelle justice pour redonner confiance ? Comment mieux garantir l’efficacité et l’impartialité de la procédure, l’écoute des victimes et les droits des justiciables ? Quelles prisons qui ne soient pas indignes d’un pays démocratique et ennemies de la réinsertion ? Comment adapter l’action publique aux nouvelles réalités de la famille en gardant le cap sur les valeurs d’égalité, de dignité de la personne, de respect de l’autre ? Comment conjuguer le libre choix des adultes, la responsabilité parentale partagée et le bien-être de l’enfant ? Quels droits et quels devoirs en phase avec les modes de vie contemporains ? Comment lutter efficacement contre les discriminations de toutes natures, avec fermeté et sans s’en remettre exclusivement à la loi et à la justice ?
Sur le travail, entre souplesse (pas flexibilité, non, on dit souplesse) et sécurité – en somme le passage de la flexsécurité à la sousécurité :
“Pour contrer la précarisation dans le travail, quelles sécurités nouvelles pour les salariés devraient être inventées (sécurisation des parcours professionnels ; types de contrats de travail ; sécurité dans la vie de tous les jours : accès au logement, accès au crédit ; plus grande efficacité du service public de l’emploi) ? Comment rétablir l’équilibre entre le travail et le capital (le travail n’est souvent perçu que comme une charge, alors qu’il est un facteur de croissance et de compétitivité, et la rémunération du capital à courte vue est souvent l’objectif principal voire unique des entreprises) ? Comment assurer la continuité de la vie professionnelle ? Comment amortir ou gommer les ruptures traumatisantes que sont aujourd’hui la fin d’un CDD ou le licenciement ?
Tu te taisais, mais c’est parce que tu t’interrogeais, donc. Avec toi, ce ne serait pas “Le monde comme je le vois“, mais “Comment je vois le monde ? Mais quel monde ? Est-ce que je le vois vraiment ? Et vous, le voyez-vous ? Oui ? Mais comment ?“  ? Tu ne pouvais non plus te taire plus avant. Si maintenant, tu continues, ce n’est pas par peur de te planter en l’ouvrant trop tôt, non, c’est parce que tu nous écoutes, nous qui détenons tous une part de vérité… Tu vas pouvoir continuer à te taire. Une Présidente muette, voilà ce qui nous attend. A moins que, le jour où tu ne t’exprimes, ce ne soit la déception, cruelle, car on les dit très arrêtées, tes idées, Ségo. D’ici là, la question, c’est comment… Comment être celle-là ? Comment satisfaire mon désir d’avenir ?

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