Comme des étrangers domiciliés

En 2014, Facebook et Apple annonçaient leur soutien à la congélation des ovocytes de leurs salariées et suscitaient les cris d’effroi, des chrétiens aux féministes, à Marisol Touraine, à Cécile Duflot. J’écrivais alors que je ne donnais pas cinq ans avant que l’on nous prescrive une « congélation éthique ». Cinq ans plus tard, elle est votée, dans le silence des précitées. Pourtant, rien n’a changé, c’est le même enjeu, le même abandon d’un progrès humain devant les ersatz techniques, et ce seront les mêmes désillusions.

En 2013, les manifestants étaient conspués parce qu’ils alertaient sur le chemin pris vers la PMA. Nous y voilà aussi. En 2013, Edouard Philippe était « résolument opposé à la PMA pour les couples de femmes » ? Il la porte aujourd’hui.

Dans son avis 90, le Comité Consultatif National d’Ethique s’opposait à une PMA motivée par une « orientation sexuelle ». Dans son avis 129, il offre la caution éthique au projet de loi. Il y souligne pourtant lui-même les « biais méthodologiques » des études et « l’absence de recherches fiables » sur le devenir des enfants, concluant qu’il est impossible d’affirmer que l’intérêt de l’enfant est respecté (ce que la pédopsychiatre Myriam Szejer souligne encore dans Le Monde, ainsi que les doutes unanimes de ses confrères auditionnés à l’Assemblée). Pourtant, nous y allons.

Au cours des débats, les députés ont rejeté la PMA pour les hommes transgenres. La séquence, en commission, est édifiante, où l’on voit les ministres perdues dans leurs propres développements. Il paraît que les enfants, eux, s’y retrouveront. L’opposition d’Agnès Buzyn ne l’a pas empêchée d’affirmer ensuite, sur LCP, qu’ « un père, ça peut être une femme, évidemment » puisque « tout ce qui compte (…) c’est l’amour autour de l’enfant ». Dans ce cas, qu’est-ce qui fonde aujourd’hui son refus de la PMA pour les hommes transgenres ? Qu’est-ce qui le fondera demain ?

Cette société est la nôtre. Nous continuerons d’agir en son sein, pour le meilleur, même si cette éthique erratique, déboussolée, inconstante et éphémère, soumise aux politiques et aux potentialités techniques, s’y impose, par la force des uns et dans l’indifférence des autres. Mais cela se fera sans l’assentiment de notre conscience, que nous réserverons à une parole, à un enseignement, d’une autre transcendance, d’une autre permanence, « résidant [selon Diognète] dans notre propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés ».

unsplash-logoKarim Ghantous
Chronique du 3 octobre 2019

Auteur

Père, époux, fidèle à divers titres, je suis aussi... avocat, auteur (Ca ira mieux demain, 2015; Identitaire - Le mauvais génie du christianisme 2017), et chroniqueur à La Vie.

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5 commentaires

  • Que dire de plus ? Mais ce n’est pas dans l’indifférence que cela se passe. C’est dans le découragement de tous ceux qui savent que la partie est perdue d’avance, que les jeux sont faits et que leurs voix ne seront pas audibles. Le Progrès est bien et le Progrès consiste en la remise en cause de tout ce qui était vérité dans le passé. Si on résiste au Progrès, c’est qu’on n’a pas compris le sens de l’Histoire et immédiatement on est au mieux ringard au pire fasciste.
    Le découragement, Koz, pas l’indifférence.
    J’ai participé à toutes les manifestations contre le mariage pour tous (qui au fond était beaucoup moins grave que la PMA pour femme seule et la GPA qui va arriver). J’arrête de manifester : les dès sont pipés.
    Merci pour votre résistance.

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    • Personnellement, je continue de manifester et de prier.
      L’espérance est une vertu chrétienne, et non, je ne crois pas que tout soit joué d’avance.

      Le 20 mai dernier par exemple, je ne m’attendais pas à ce que la cour d’appel de Paris ordonne la reprise des traitements de Vincent Lambert.

      J’ai lu, sur le compte Twitter du chef de la rubrique bioéthique de La Croix, les débats suivants à l’Assemblée nationale, le 04/10 dernier :

      A. Buzyn: « Quant aux chimères, il n’est pas souhaitable de les interdire pour ne pas empêcher les perspectives thérapeutiques qu’elles pourraient induire, à terme. »
      (…)

      P. Hetzel (LR) : « Un certain nombre de travaux y compris au Japon indiquent que les cellules souches adultes reprogrammées (IPS) pourraient être des solutions. C’est plus cher mais la dimension éthique n’est pas exactement la même. »

      Pourtant, Agnès Buzyn défend le développement de gamètes artificiels à partir de cellules souches embryonnaires humaines , car ces recherches « permettent de comprendre certains mécanismes d’infertilité »
      (…)

      Th. Bazin (LR) : « L’embryon est potentiellement humain. Il faudrait une mise en place d’une procédure commune pour la fin de la conservation des embryons, comme une incinération digne. »

      Agnès Buzyn : « Avis défavorable ».

      J’ai manifesté en 2012 et 2013.
      Et en 2019, je ne peux qu’aller manifester contre les projets dégradant l’homme de ces « humanistes » auto-proclamés.

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  • Merci encore Koz. Merci d’avoir encore le courage de dire et redire ce que notre conscience (enfin la mienne qui rejoint la vôtre) nous dicte. Nous n’arrêterons pas cette folie actuelle, mais en tenant bon dans nos convictions et notre Foi, le Créateur reprendra sa place dans notre monde. Je suis trop vieille pour servir d’éducateur de la jeunesse mais j’ai des petits enfants qui, aujourd’hui, sont dans les rues de Paris et moi, je les accompagne par la prière.

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  • Ces affligeantes (et malheureusement) prévisibles évolutions montrent à quel point nos politiques sont légers, balayant au nom d’un supposé air du temps (quels autres arguments ont-ils ?), malgré l’abondance d’avis plus ou moins éclairés qui pourraient leur enseigner la prudence.

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  • Bonjour. Texte toujours aussi juste, comme tous ceux de « Koz ».
    Personnellement je veux garder espoir. Malgré le texte publié par Mgr AUPETIT http://www.lefigaro.fr/vox/societe/mgr-michel-aupetit-non-la-loi-bioethique-n-est-pas-pliee-d-avance-20191003 qui explique comment « le Gouvernement » fait semblant d’entendre, mais n’écoute pas. Comment ce gouvernement balaye d’un revers de main tout argument qui ne lui plait pas et qui ne plait pas à cette infime minorité de personnes qui réclame cette loi qui et qui, dans l’immédiat, va encore créer des divisions dans les familles, comme ce fut le cas lors des lois Taubira. Bien entendu, je comprends et je suis du même avis que Koz.
    Je comprends l’auteur d’un précédent commentaire qui s’est lassé de manifester car E. Macron (et son Premier Ministre) a la même attitude arrogante qu’avait en son temps F. Hollande. Là encore, je renvoie vers le texte de Mgr Aupetit.
    Pourquoi ne pas suivre la proposition qu’il a faite sur France Info ? D’écrire massivement à nos Députés et Sénateurs. C’est à cette mince branche que je m’accroche encore. Malheureusement, nous n’avons pas tous le talent de Koz pour écrire les choses de façon aussi claire, avec des arguments aussi pertinents, pour que nos lettres soient lues et, si possible, qu’elles soient convaincantes.
    En attendant, je voudrais que quelqu’un m’explique autre chose : on nous dit et redit que c’était une promesse de campagne d’E. Macron. S’il avait le courage politique de dire « J’avais mal analysé la situation alors que j’étais en campagne. Depuis que j’ai entendu toutes les parties qui se sont exprimées, je considère qu’il est opportun d’abandonner ce projet et je clos la discussion », que se passerait-il ? Ne nous cachons pas la vérité : combien de voix (électoralement parlant) perdrait LREM ? Est-ce qu’au contraire, un nombre plus important de nos concitoyens ne lui seraient pas reconnaissants d’avoir mis son arrogance de côté et montré qu’il sait écouter ? Dans son intérêt, celui de son parti de de notre pays et notre Société, il faut qu’il ait ce courage.
    Merci de m’aider à y voir plus clair.

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