Christian Jacob, au cul des vaches

Mais enfin, tomber à bras raccourcis sur ce pauvre homme dont le prénom et le nom accolés sont pourtant un gage de multiculturalisme, d’amour de la France, du pays, et de fidélité à un héritage judéo-chrétien, ou plutôt christiano-judaïque dans son cas… Christian Jacob, antisémite ? Sur Radio J, de surcroît ? Ce serait manier la hargne en esthète, abandonner la provocation pour l’immolation. Et, si affolement il y a, il ne vient peut-être pas de l’Elysée.

Christian Jacob, enchaînant sur une dénonciation des primaires comme un « scrutin de bobos », ce qui n’est pas gentil mais pas faux, a donc poursuivi ainsi au sujet de Dominique Strauss-Kahn, en considérant qu’il n’incarne :

« pas l’image de la France, l’image de la France rurale, l’image de la France des terroirs et des territoires, celle qu’on aime bien, celle à laquelle je suis attaché »

Voilà qui me parle, à moi, la France rurale, celle du cul des vaches (en photo, celui de la mienne). J’aimerais d’ailleurs pouvoir confesser cet attrait sans passer pour un Maurrassien – suprême anathème, dont plus grand-monde ne comprend toutefois le sens. Mais ceci mis à part, si ses amateurs faisaient une présidentielle, ça se saurait.

Bien sûr, l’UMP, certains de ses membres, semblent avoir décidé d’emprunter au Front National les recettes supposées de son succès électoral. Si je n’ai pas été le premier, je n’ai pas été le dernier à en concevoir un légitime émoi. Mais faut-il aujourd’hui évoquer les mânes de Maurras, Vallat et Déroulède ? Dans la foulée des précédentes saillies, d’aucuns se sont laissés emporter. Et l’on peut penser qu’en matière d' »affolement », les strauss-kahniens se posent là, à l’idée – suggérée par Luc Rozensweig – de devoir faire face dès à présent à la « sale campagne ».

Mais allons, antisémite, Jacob ? Antisémite, l’UMP ? Débridée, décomplexée et hargneuse, elle aurait perdu toute retenue – révélant au passage la nature profonde de tout homme de droite ? C’est oublier toutefois un point, qu’on chuchoterait presque mais qui, en l’occurrence, mérite d’être relevé : si Jean-François Copé auquel Christian Jacob est attaché comme Rantanplan à Lucky Luke (selon le mot de Jean-Christophe Cambadélis qui entend également, donc, porter haut le débat d’idées), affirme sa laïcité, il est juif. Sans vouloir entrer dans un quelconque diagnostic psychologique, et même en prenant en compte toute la singularité du délicieux humour juif, on l’imagine mal se placer à la tête d’une campagne antisémite contre Dominique Strauss-Kahn, ou la cautionner. De même que l’on imagine mal Nicolas Sarkozy, dont le grand-père maternel était juif, lancer ces troupes sur ce terrain.

Aussi je me permets de considérer que la remarque de Christian Jacob était très certainement exempte de tout antisémitisme. Il n’en est pas assurément de même pour la bêtise.

Car soit : Dominique Strauss-Kahn n’est pas issu de la France rurale et il semble conjuguer un certain attrait / un attrait certain pour l’argent et un goût irrépressible pour la cuisse légère. Mais allons.

Outre ce point commun sur lequel nous ne reviendrons pas, un citadin, amateur de femmes et de brillant, ça ne nous évoque rien ? Et si l’on excepte le goût de la cuisse, Jean-François Copé lui-même est-il la vivante incarnation de la France des terroirs ? Au-delà même d’un refus instinctif et de bon aloi, faut-il vraiment placer la prochaine présidentielle sur ce terrain-là ?

Veut-on vraiment voir l’extrême-gauche et l’extrême-droite entonner de conserve chacun pour leurs propres raisons le refrain du PCF lors du scrutin Poher-Pompidou : Sarkozy, Strauss-Kahn, bonnet blanc et blanc bonnet.

On dit que Nicolas Sarkozy préférerait affronter DSK, en raison de ces faiblesses. Est-ce si vrai ? S’illusionne-t-il vraiment sur les attaques similaires qui pourraient lui venir d’une certaine gauche si le débat s’installait à un si bas niveau ?

Christian Jacob n’est très probablement pas antisémite. Mais sa sortie sonne comme l’illustration d’une UMP qui, à son corps défendant, travaille directement pour le FN. Celui-ci n’aura plus qu’à recueillir tranquillement les fruits d’un débat si mal placé. Quant à moi, mes vaines incantations pour un débat en vérité, je sais où je peux me les mettre. Au cul des vaches.

Auteur

Monoépoux, multipère, fidèle à plus d'un titre. Avocat (associé fondateur BeLeM Avocats), auteur de Ca ira mieux demain (Sept. 2015) et de Identitaire - Le mauvais génie du christianisme (Janv. 2017)

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49 comments

  • Tu aurais pu citer dans la bibliographie cet article assez amusant (certains l’ont visiblement pris au premier degré)

    http://www.slate.fr/story/34217/terre-jacob-france-strauss-kahn-antisemitisme

    Je pense en fait que l’UMP est prête à tout contre DSK, prête à suggérer tout en particulier, en tablant sur les effets de caisse de résonance. On verra ce qu’il se passera si DSK est en effet candidat, mais je pense que cela ne sera pas ragoûtant.

    Le cul des vaches t’évoque Maurras, à part ça ? Le maurassisme, c’est très vaste, mais je n’aurais pas mis l’exaltation de la ruralité en tête. Quant à Déroulède, il était certes très à droite, dans une droite globalement marquée par l’antisémitisme à l’époque, mais je ne pense pas qu’il l’était lui-même. Maurras et Vallat oui, sans aucun doute !

  • Tout à fait d’accord avec vous, sauf sur un point : avoir « un goût irrépressible pour la cuisse légère » est sans doute très Français et correspond sans aucun doute à ce que chacun de nous attend sans oser se l’avouer du successeur de Henri IV et Louis XIV. Ce que l’on trouve un peu ridicule avec Nicolas Sarkozy, ce n’est sans doute pas qu’il se soit marié successivement avec d’ex-mannequins mais qu’il ne profite pas du prestige de sa fonction pour coucher avec tout ce qui passe, si j’en crois les sourires de mise lorsque l’on évoque la vie privée de Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand et Jacques Chirac.

    Evidemment, si le Président se trouvait être une femme, j’imagine que l’on exigerait d’elle une complète chasteté.

  • hipparkhos a écrit : :

    Je pense en fait que l’UMP est prête à tout contre DSK, prête à suggérer tout en particulier, en tablant sur les effets de caisse de résonance. On verra ce qu’il se passera si DSK est en effet candidat, mais je pense que cela ne sera pas ragoûtant.

    Précisément, j’en doute. Ok, on me répondra que, bien sûr ils sont prêts à toutes les saloperies, et je passerai pour le naïf de service. Mais je vois mal le Sec Gén juif de l’UMP tabler sur l’antisémitisme des Français. Il y a des limites à la myopie. ET aux procès d’intention, aussi.

    hipparkhos a écrit : :

    Le cul des vaches t’évoque Maurras, à part ça ? Le maurassisme, c’est très vaste, mais je n’aurais pas mis l’exaltation de la ruralité en tête. Quant à Déroulède, il était certes très à droite, dans une droite globalement marquée par l’antisémitisme à l’époque, mais je ne pense pas qu’il l’était lui-même.

    Déroulède et Maurras, c’est © Jean-Jacques Urvoas.

    Vallat, c’est une oeuvre collective : © Cambadélis, Serge Klarsfled.

    MB a écrit : :

    mais qu’il ne profite pas du prestige de sa fonction pour coucher avec tout ce qui passe, si j’en crois les sourires de mise lorsque l’on évoque la vie privée de Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand et Jacques Chirac.

    Ah ouais ? ;-))

  • @ MB:

    Le fait qu’il ait un penchant pour la bagatelle cela peut se comprendre. Par contre on pourrait exiger l’ignorance ou la discrétion. Il représente d’une certaine manière la France à l’étranger et un minimum de tenu pourrait être exigé. Ensuite il reste un homme mais un Berlusconi à la tête de la France très peu pour moi.

    Quand à l’allusion à la femme du président elle n’était pas dénué de fondement, on exige des femmes en la matière toujours plus que les hommes

  • Ah, zut, j’ai oublié de parler du coup de la « gauche-couscous ». Je les trouve très marrant et très fin, nos politiques. On pense ce que l’on veut du couscous, mais je ne suis pas sûr que cette expression soit la meilleure réponse à apporter à une attaque soupçonnée d’insinuer que DSK serait un « candidat de l’étranger »… dotée d’un riad à Marrakech (où il signe ses pactes, d’ailleurs, ce qui est pas des plus malin).

  • Koz a écrit : :

    Déroulède et Maurras, c’est © Jean-Jacques Urvoas.

    PPDA ! Il faut citer tes sources si tu ne veux pas qu’on te reproche les bêtises des autres !

    Sarkozy qui ne couche pas avec tout ce qui passe ? Je bisse le ;). Mais pour lui c’est une question d’image, et épouser un top model a assouvi au moins en partie ce besoin.

    DSK, c’est différent, son problème avec les femmes est à la limite du pathologique. Ça pourrait sérieusement le plomber. Surtout avec ce qui est en train d’arriver à Berlusconi.

  • L’antisémitisme a plusieurs visages. Celui d’aujourd’hui dénonce en premier chef la défense inconditionnelle de la politique colonialiste d’Israël. Celui d’hier s’en prenait à l’internationalisme supposé de la diaspora tirant les ficelles de la finance mondiale.

    La phrase de Jacob peut s’interpréter dans l’esprit cette ancienne veine. Etait-ce volontaire ou fortuit seul son auteur pourrait le dire.

    L’UMP face aux sondages désastreux de NS donnera tous les coups, même les coups bas, mais le PS les mérite car il expert dans ce genre de polémiques stériles. Et puis comment ne pas être tenté de remuer le couteau dans la plaie si profonde qui sépare la gauche gestionnaire de l’extrême gauche trotskiste ?

  • @ hipparkhos

    Ne faites pas de procès au maitre des lieux qui a toujours le soucis de documenter et d’argumenter son propos ce qui fait d’ailleurs une des qualités de ce blog. Errarae Humanum Est et comme il n’a pas Perseverarae ne le diabolisons pas 🙂

    Quant au fait que Notre Président Vénéré et Super Fort se soit remarié avec une top modèle aussi vite après son divorce cela doit plus confiner à une impossibilité de vivre seul et de manière ordonner, il a besoin d’être entouré. Cela relève plus de psy que du people. Cela dit avoir pris une femme aux moeurs si légères (pardon pour l’euphémisme), même top modèle, je ne crois pas que cela ait beaucoup aidé au rayonnement de la France.

    Pour DSK, s’il n’est pas déjà plombé, cela relève du désir pathologique de séduire (on m’a raconter comment il menait ses cours à Science Po cela était très révélateur). C’est à se demander ce que Sinclair lui trouve pour rester avec, elle pourra bientôt passer pour image de la femme fidèle et parfaite (^^).

    Bref pour l’un et l’autre, un peu de décence, vous représentez la France (même si je conçois bien les passions humaines qui peuvent les habiter).

  • Hervé a écrit : :

    L’antisémitisme a plusieurs visages. Celui d’aujourd’hui dénonce en premier chef la défense inconditionnelle de la politique colonialiste d’Israël.

    Bonsoir,

    ce n’est pas vraiment le sujet du billet, mais je pense que l’on peut parfaitement avoir une opinion sévère sur l’action d’un gouvernement sans pour autant être raciste envers les habitants du pays en question. Les israéliens ont eux-mêmes des avis parfois très partagés sur la politique de leur pays et le mouvement de colonisation, qui ne fait pas l’unanimité. Pour prendre une image plus ou moins valable, les gens qui détestaient l’appartheid en Afrique du Sud n’étaient pas forcément racistes envers les Afrikaans.

  • Au risque de passer pour une naïve, je n’ai pas du tout pensé à de l’antisémitisme dans la phrase en question mais je l’avais comprise au sens que DSK incarne l’élitisme, le mondialisme et le « boboïsme », à l’opposé de la France rurale, des terroirs etc

  • Meuh ! moi non plus, je ne vois pas où est l’allusion antisémite dans cette phrase ni quel en est le parfum maurassien. Par contre, j’ai trouvé cette diatribe parfaitement ridicule (mais pas forcément fausse) pour contrer DSK dans la mesure où elle s’applique parfaitement également au champion de l’UMP, NS lui-même ! Bref ça vole bas et avec vent de face !

  • Je ne vois pas non plus d’antisémitisme dans cette phrase. Je pense que la plupart des politiques de gauche qui l’ont dénoncée n’y croient pas une seconde.

    Il me semble en revanche qu’il est abusif d’accuser l’UMP de « marcher sur les terres du FN ». Je pense que c’est le contraire, et que l’UMP ne fait que reconquérir un territoire politique qui appartient, dans la plupart des autres démocraties, à la droite traditionnelle. Nous avons eu pendant longtemps une extrême droite plus développée qu’ailleurs parce que son électorat était, tout simplement, moins radical. En Angleterre, en Allemagne, les extrêmes-droites ont longtemps été le monopole de vrais nostalgiques des régimes forts, extrêmement minoritaires. En France, le simple attachement à la terre et au « cul des vaches », thème habituel des droites de gouvernement, a été diabolisé dans le discours officiel, repoussant ses inconditionnels vers le parti anti-système de service à droite. L’UMP s’efforce de les récupérer aujourd’hui, et ça me paraît de bonne guerre. Je trouve même ça plutôt sain.

  • Les réactions à la sortie de Jacob m’ont semblé excessives à moi aussi, cependant elles étaient un peu plus fines que le simple « antisémite! » que vous rapportez. Le partie de l’étranger et l’anti-france sont des concepts qui se passent très bien de l’antisémitisme, même s’ils ont été très liés dans le passé.

    Ce qui est comique, c’est que l’UMP a envie de reprocher à Strauss-Kahn d’être trop riche et trop à droite…

    A propos d’anti-religionisme : vous saviez qu’il y avait un débat sur la place de l’Islam au menu, vous? C’était prévu depuis longtemps ou Sarkozy y a pensé ce matin? J’ai comme une petite envie de révolution.

  • « Les réactions à la sortie de Jacob m’ont semblé excessives à moi aussi, cependant elles étaient un peu plus fines que le simple « antisémite! » que vous rapportez. « 

    De même que Jacob n’a pas parlé de « parti de l’étranger et de l’anti-France ».

  • D’une façon générale, ce que je trouve rigolo, c’est que dans ce pays dont la classe dirigeante, médiatique et politique, est souvent si mal à l’aise avec la notion d’identité nationale, l’une des insultes favorites, à droite comme à gauche, reste l’accusation de « non-francité ». J’avais été frappé par un article d’Emmanuel Todd sur Rue89 dans lequel il disait ceci: « Sarkozy a un comportement non-français, un rapport aux riches qui est non-français, une façon d’être non-française ». C’est d’ailleurs un discours qu’on entend souvent à gauche, sur la droite ou plus encore sur l’extrême-droite. Il est curieux que ce mimétisme girardien ne saute aux yeux de personne…

  • @Logopathe

    De même que Jacob n’a pas parlé de « parti de l’étranger et de l’anti-France ».

    Certes non. Ce sont des politiques et des journalistes qui en ont parlé.

    « une des insultes favorites, à droite comme à gauche, reste l’accusation de « non-francité » »

    « Bobo », c’est aussi une accusation en vogue… sans que je comprenne vraiment de qui il s’agit ni ce qui leur est reproché, sinon d’être des bourgeois.

  • 1) Moi aussi, je trouve que sortir « antisémite » est limite idiot. Comme si les propos de Jacob n’étaient pas assez idiots comme ça. J’étais prêt à faire un article sur le Post.fr qui se seraient nommé « Vous êtes tous des antisémites » où j’aurai nommé à chaque parti, le « pourquoi on pourrait te traiter d’antisémite si tu est contre. » (T’est contre Sarko ? Antisémite (sa grand maman) – Contre le PS ? Antisémite (Strauss-Kahn, Fabius, tout ça…) – Contre les vert ? Antisémite (Cohn Bendit) – Contre le Partie de Gauche ? Antisémite (Mélenchon se réclame de Blum à longueur d’interview) – Contre Le FN ? Antisémite (C’est pas beau de stigmatiser les minorités riches cherchant à s’exprimer, y aurait pas un arrière relant dans tes propos ?) etc… )

    Mais je me suis dit que j’allais plus perdre de temps à écrire un article dont le gag tiens en 5 lignes et dont la modération allait sans doute me dégager le tout fissa, vu le peu de second degrès dont ils font preuve.

    2) La fameuse stratégie de l’UMP contre Dominique Strauss-Khan me fait assez hurler de rire. En gros, il s’agit de dire que DSK n’est pas proche du peuple et qu’il a un coté « Bling Bling ». Bon, autant quand c’est dans la bouche d’une personne de gauche c’est plutot normal, mais quand c’est dans la bouche des mêmes personnes qui ne voient ni la hausse du chomage, ni l’appauvrissement général des foyers, et qui passent leur temps à justifier leurs trains de vie par des « ouais, mais en vacances, je ne suis pas ministre » et autres « si t’as pas une rolex à 50 ans t’a raté ta vie » c’est limite hilarant.

    En gros, pendant 5 ans, le discours de l’UMP a été de dire « ouais, mais si on est si bien payé, c’est parce qu’on le mérite » et autres « c’est pas parce qu’on est bling-bling qu’on est un mauvais dirigeant » et là, leur stratégie anti-DSK va consister à dire exactement l’inverse. Ils seraient pas en train de se foutre une balle dans le pied ?

  • « l’image de la France rurale, l’image de la France des terroirs et des territoires, celle qu’on aime bien, celle à laquelle je suis attaché »

    En creux cette phrase suggère que DSK serait représentatif de l’internationale des grandes villes et de la finance, d’un monde globalisé, celui qu’on aime pas, celui que l’on rejette.

    L’attaque est tactiquement très habile mais n’élève pas le débat. Elle cherche à mettre DSK en porte à faux avec une partie de son camp et à flatter l’extrême droite.

    Sur wikipedia voilà ce que j’ai trouvé en lien avec le sujet: « L’antisémitisme de gauche (sous la troisième république)se mêle à l’anticapitalisme, considérant que le capital est aux mains des Juifs ».

  • @ Mad-Dog: si, c’est précisément pour cela que, sans penser que la phrase de Jacob est antisémite, elle me semble profondément stupide. Certains l’expliquent par le fait que le tandem Copé-Jacob se moque bien de planter Sarko pour 2012, de sorte qu’ils se fichent que leurs attaques contre DSK reviennent en boomerang contre Sarko. Mais à jouer sur la ligne jaune, croient-ils vraiment s’épargner eux-mêmes ? Copé, l’avocat d’affaires (ouais, ouais, je sais ce que c’est) n’est pas non plus spécialement l’archétype de la France rurale. Et je ne me souviens pas spécialement de l’avoir vu battre la campagne, sauter les ornières, et tâter la croupe des montbéliardes.

    Dans un premier temps, c’est bien pour ça que je crains fort qu’un débat aussi malvenu ne fasse que le jeu de Mélenchon et alii et de Marine Le Pen.

    Maintenant, il est aussi possible qu’ils jouent à cela de façon très préliminaire, pour mettre le dawa dans les primaires socialistes, sans pour autant avoir l’intention de jouer là-dessus dans la campagne.

    Logopathe a écrit : :

    Il me semble en revanche qu’il est abusif d’accuser l’UMP de « marcher sur les terres du FN ». Je pense que c’est le contraire, et que l’UMP ne fait que reconquérir un territoire politique qui appartient, dans la plupart des autres démocraties, à la droite traditionnelle. (…) En France, le simple attachement à la terre et au « cul des vaches », thème habituel des droites de gouvernement, a été diabolisé dans le discours officiel, repoussant ses inconditionnels vers le parti anti-système de service à droite.

    Je ne partage pas votre vision. Chirac était très doué en cul-de-vache. Un vrai pro du Salon de l’Agriculture (alors que la visite de Sarko a été un vrai fiasco, autre signe qu’il vaudrait vraiment mieux orienter le débat ailleurs).

    Pour ce qui est du rapport avec le FN, j’ai été un peu comme vous un temps. J’y ai cru. J’ai voulu prendre en compte les 21 avril + 29 mai, et me dire qu’il fallait nécessairement apprendre à parler différemment aux électeurs, même si ce n’était pas vraiment notre tasse de thé, même si certaines choses nous gênait aux entournures. Mais le résultat ne me convainc pas et me semble pousser dans le sens d’une crédibilisation du FN (les sondages semblent souligner que les militants UMP sont de plus en plus compréhensifs avec le FN). Il m’est bien difficile d’imaginer qu’un parti puisse aller d’une droite sociale – et/ou chrétienne – aux limites du FN (avec quelques recoupements) sans reniements des uns et/ou des autres. Et comme les FN-compatibles ne sont pas du genre à se renier au profit de ces glandus-mollassons-sans-couilles de la droite sociale, cette stratégie me paraît tout à fait au préjudice de mes convictions.

  • La « sale campagne » contre DSK, elle est prête depuis longtemps. Frédéric Lefebvre s’est même vanté il y a plus d’un an auprès d’un journaliste, qui le rapporte dans son bouquin, d’avoir des dossiers que « les Français n’aimeraient pas du tout quand ils les verraient ». DSK aurait même alors demandé directement à Sarkozy de façon énergique d’arrêter ça tout de suite et de tenir ses troupes (je rappelle que les deux hommes se connaissent depuis longtemps, se tutoient, s’appellent par leur prénom, et dînaient régulièrement ensemble à une époque).

    Les propos de Christian Jacob ne sont pas (directement) antisémites, je vous l’accorde, mais… Ces paroles, qui n’ont pas été improvisées, dans le cadre d’une offensive orchestrée de l’UMP contre DSK le week-end dernier (en guise de rodage des éléments de langage contre DSK), pointent l’un des angles d’attaque de la Sarkozye contre le futur candidat PS, qui sent par avance le « moisi ». On commence par dire qu’il n’incarne pas vraiment la France et cela va vite se traduire au café du commerce par « il n’est pas bien français quand même »…

    On voit bien qu’à moins que Sarkozy ne siffle la fin de la récréation et n’interdise à ses troupes ce type d’arguments (vous y croyez ?), la campagne risque de voler bien bas. Et sur DSK, il y en a un wagon à dire (ou à insinuer)… Sur le fric et sur le sexe aussi. Après « la cruche hallucinée » en 2007, l’UMP va nous jouer « le vieux juif ultra-riche et priapique » en 2012.

    J’ajoute que dans ce contexte, le PS a clairement intérêt à surréagir d’entrée, dès la première vague, pour mettre la pression sur l’adversaire et tenter de le dissuader de continuer dans cette veine sous peine d’apparaître « déloyal » auprès de l’opinion… Cela, évidemment, ne suffira pas. Nous venons simplement de vivre le premier épisode de ce type, il y en aura beaucoup d’autres si DSK est candidat, surtout dans un contexte où Sarkozy est quand même assez « carbonisé »…

  • « Il m’est bien difficile d’imaginer qu’un parti puisse aller d’une droite sociale – et/ou chrétienne – aux limites du FN « 

    Je crois pourtant que c’est le cas, au moins, en Angleterre et en Allemagne, pour ne pas mentionner les Etats-Unis (qui sont un cas différent). On ne réduit pas la vie politique d’un pays en deux grandes options sans opérer ce genre de mariages un peu contre-nature. La gauche, après tout, est au moins aussi diverse, du social-libéralisme à la remise en cause du capitalisme.

    Cela pose la question plus générale de la pertinence du bipartisme, et plus loin de la proportionnelle.

    Vous avez raison pour Chirac: il a occupé, ou cherché à occuper, le terrain du bovinoculisme; il y est parvenu dans une certaine mesure. Et il ne faudrait pas réduire (comme je l’ai un peu fait) la spécificité de l’électorat FN (complexe et composite) à ça. Je compte développer ce thème sur mon blog, dans cette vie ou dans une des suivantes. Mais je suis flemmard.

  • Il y a dans cette minable polémique comme une resucée du style 2007. À l’époque, qui que ce soit qui tapait un peu durement sur Mme Royal se voyait répondre un truc comme : « oh là là, vous ne voulez pas accepter qu’une femme puisse être candidate à la présidence ». Maintenant, la gauche relance exactement le même style de contre-attaque, en remplaçant « femme » par « juif ». Ça donne une bonne idée de ce que risque d’être le niveau de la campagne.

    Cela dit, je suis 100% d’accord avec la critique faite ci-dessus de la sortie de Christian Jacob. Ce sont là les mots de gens qui ne savent absolument plus quoi dire pour avoir leur place dans le débat politique. L’appel à la France rurale, ce n’est pas tellement moisi, c’est surtout complètement décalé. C’est aussi prendre les ruraux, et les Français en général, pour des cons. Qui, dans le groupe UMP de M.Jacob (ou dans tout autre groupe de l’Assemblée), représente la « ruralité » ? Et que signifie d’ailleurs ce mot, en dehors de la nostalgie généralisée de tout un chacun pour les rudes et sains travaux des champs, et du désir bien légitime des urbains de prendre leur retraite dans un petit coin de campagne peinard ?

  • Ah, et pour finir, je ne trouve pas la sortie de Jacob politiquent idiote. Intellectuellement, si, bien sûr, mais politiquement je pense que le calcul est plutôt bon. Quand l’ambiance est au rejet de la mondialisation, le caractère de technocrate international de DSK est effectivement une faiblesse à exploiter. Même si bien sûr, dans le même temps, c’est l’un de ses avantages, s’il sait en jouer.

  • @ Jeff: je lis votre commentaire juste après avoir écrit le mien: merci de me confirmer dans mon impression. Génial, on vous remercie d’avance, vous et tous les militants PS. Dites, l’idée que cette approche choisie et assumée de la part du PS puisse avoir pour effet principal de renforcer l’abstention, le FN et l’extrême-gauche ne vous a pas effleuré ?

  • Quitte à réagir et à montrer toute sa vertu, j’aimerais que la gauche ait à coeur de le faire de façon plus systématique. Quand Sarkozy a été qualifié de « néoconservateur à passeport américain » – Royal se défendant d’avoir validé ce propos, ce qui convainc surtout ses partisans – n’y avait-il vraiment aucun sous-entendu ? Et si la gauche est si tatillonne, n’aurait-elle pas du le voir ?

    Et quand, comme le relève Logopathe, une publication marquée à gauche interroge Emmanuel Todd, elle lui demande :

    Peut-on dire qu’avec ce conflit social la France est de retour ?

    et lui, il répond :

    C’est mon sentiment. En fait, la question que l’on se pose avec Sarkozy est : la France existe t-elle toujours ? Parce que Sarkozy a un comportement non-français, un rapport aux riches qui est non-français, une façon d’être non-française…

    Ca ne fait pas un pli, pas un bruit, pas une protestation, pas une mention d’un Vallat ou d’un Déroulède pas une évocation des « heures sombres » (alors que, si l’on veut jouer à ce jeu, cette Histoire-là démontre qu’il ne suffit pas d’être à gauche pour résister aux sirènes de l’antisémitisme) et il continue d’être accueilli partout avec déférence. Pourtant, parler de non-France est manifestement une façon d’éviter le bien connoté anti-France. Mais la nuance est bien fine.

    Bref, on aimerait que la vertu de la gauche soit plus systématique, et moins subordonnée aux objectifs politiques.

    A l’image de ce vieux billet, « quand t’es homo et libertaire, t’as le droit de pas aimer les bougnoules », se placer à gauche fait manifestement croire à certains qu’ils sont immunisés contre les « discours moisis ».

  • Hervé a écrit : :

    L’antisémitisme a plusieurs visages. Celui d’aujourd’hui dénonce en premier chef la défense inconditionnelle de la politique colonialiste d’Israël.

    Houla. Critiquer la politique d’un gouvernement serait de l’antisémitisme ? C’est ce que certains veulent faire croire, mais c’est jouer avec le feu. Tout amalgame est dangereux, et là vous foncez droit dedans. Israël est un sujet délicat, car se retrouvent entremêlés un peuple, une culture, une religion, un État, et un gouvernement et sa politique. Ne peuvent être qualifiées d’antisémites que des attaques contre les trois premiers, même si Israël se considère un « État juif ». On peut d’ailleurs tout à fait être attaché à l’existence de l’État d’Israël et être opposé à la politique actuelle précisément parce qu’on considère qu’elle met en danger l’existence même de cet État, les dirigeants privilégiant leur statut au détriment du bien commun.

    @ Condé : je ne fais pas de procès au maître des lieux, je le taquine affectueusement. Je connais et j’apprécie son acribie, et son attention au choix des mots !

  • Ca c’est très fort! En une seule interview, Lelouche confirme mes deux commentaires précédent.

    « [DSK] pourrait être un parfait candidat de droite. [Il] est un grand bourgeois, qui vit la mondialisation des gens en général très riches et des grands chefs d’entreprise » (Pierre Lelouche)

    Ce qui est comique, c’est que l’UMP a envie de reprocher à Strauss-Kahn d’être trop riche et trop à droite…

    « Bobo », c’est aussi une accusation en vogue… sans que je comprenne vraiment de qui il s’agit ni ce qui leur est reproché, sinon d’être des bourgeois.

  • J’ai vu ça aussi. Mais il faut tout de même préciser qu’entre les deux propos, il y a une question de Michaël Darmon. Cela dit, c’est effectivement assez gros pour être relevé.

  • @ Gwynfrid : effectivement, nous ne sommes pas d’accord dans l’analyse : pour moi, ce sont des propos du style de ceux de Christian Jacob, dont la variante FN sera plus « directe », avec sans doute l’emploi des mots « mondialiste », « cosmopolite » et « apatride », qui fera le lit du populisme et des extrêmes et non les réactions (quelque peu « surjouées », je vous l’accorde) du PS. Et pour vous répondre sur le même ton et avec les mêmes expressions que vous, je dirais que « je vous remercie d’avance, vous et tous les militants UMP » de nous confirmer que tous les coups seront permis et que seules les réactions outragées du PS vous choqueront dans la campagne qui s’annonce. Vous apportez, vous aussi, de l’eau à mon moulin.

    @ Koz : Je crois que c’est Besson qui avait rédigé la fameuse formule « néoconservateur américain à passeport français ». Quant à Emmanuel Tood, c’est bien le même qui a conçu la campagne de Chirac en 95 sur la fracture sociale ? Mais vous avez raison sur le fond, c’est la même logique (avec des nuances selon les cas) et ce type d’arguments a pu également être utilisé à gauche, notamment aussi par Mitterrand (qui avait aussi des accents maurrassiens parfois) vis-à-vis de Rocard.

    En résumé, je dirais que nous sommes assez d’accord sur beaucoup de points : les propos de Christian Jacob ne sont pas antisémites, ils ne sont pas non plus anodins et font référence à un univers sémantique un peu limite (qui a aussi déjà été utilisé à gauche), ils portent en germe le risque d’une « sale campagne » qui pourrait faire le lit des extrêmes et en particulier du FN. Notre principale divergence : vous pensez que Sarkozy aura la dignité et la lucidité de ne pas aller sur ce terrain vaseux (en y incluant aussi les questions de fric et de sexe, sur lesquelles il y a sans doute beaucoup de choses à dire et à insinuer sur DSK) et personnellement je ne le crois pas, tout simplement parce que je pense, comme sans doute les stratèges de l’Elysée, que malheureusement, dans le contexte (défiance généralisée vis-à-vis des élites, mauvaise image de Sarkozy dans la très grande majorité de l’opinion, pedigree personnel de DSK), il y a plus de points à gagner qu’à perdre dans l’électorat avec cette « sale campagne ». Devrons-nous élire en 2012 le moins « bling-bling », le moins riche, le moins coureur de jupons, le moins éloigné de la France d’en bas, le moins juif ?

  • @ Jeff: j’ai bien noté que les socialistes se dédouanent à bon compte en mettant cette formule sur un Eric Besson dont ils auront soudainement découvert tous les défauts qu’ils n’avaient pas vu tant qu’il était chez eux. Mais je n’en ai pas vu beaucoup prendre leurs distances à l’époque. Et Eric Besson n’a pas écrit ce fascicule seul dans sa cave en photoshopant le logo du PS. Quant à Todd, il suffit de voir comme les commentateurs de guache roucoulent de plaisir à chacune de ses interventions…

    Jeff a écrit : :

    vous pensez que Sarkozy aura la dignité et la lucidité de ne pas aller sur ce terrain vaseux (en y incluant aussi les questions de fric et de sexe, sur lesquelles il y a sans doute beaucoup de choses à dire et à insinuer sur DSK)

    Non. Y inclure les questions de fric et de sexe n’a pas de sens. Ca, c’est de la sale campagne, c’est certain, mais ce ne serait pas la première fois, loin de là, que ces sujets seraient utilisés, à gauche comme à droite. Ce dont je « doute », c’est que Copé, qui est juif, et Sarkozy dont le grand-père maternel était juif et dont le fils a épousé une jeune femme juive (ce qui a donné lieu à des commentaires douteux, soit dit en passant), se lancent dans une campagne antisémite. Qu’ils s’efforcent de le discréditer auprès de la gauche en utilisant son goût pour l’argent, en revanche, c’est très probable.

  • Jeff a écrit : :

    pour moi, ce sont des propos du style de ceux de Christian Jacob, dont la variante FN sera plus « directe », avec sans doute l’emploi des mots « mondialiste », « cosmopolite » et « apatride », qui fera le lit du populisme et des extrêmes et non les réactions (quelque peu « surjouées », je vous l’accorde) du PS.

    Vous pouvez, certes, et à raison, dire que c’est d’abord la faute de la droite si le débat descend à ce niveau. La gauche est-elle pour autant obligée de renchérir dans le même direction ?

    Jeff a écrit : :

    Et pour vous répondre sur le même ton et avec les mêmes expressions que vous, je dirais que « je vous remercie d’avance, vous et tous les militants UMP » de nous confirmer que tous les coups seront permis et que seules les réactions outragées du PS vous choqueront dans la campagne qui s’annonce.

    Si le ton que j’emploie ne vous convient pas, la méthode de débat la plus constructive n’est probablement pas de l’adopter pour vous-même. Quant à votre tentative de prédiction sur ce qui est susceptible ou non de me choquer… c’est un jeu auquel je vous laisserai jouer tout seul.

  • Bonsoir,

    le fait marquant de la politique française de ces cinquante dernières années est à mon avis l’attachement de la gauche de gouvernement au marxisme, ce qui inclut d’ailleurs un rejet des religions. La droite s’est longtemps défini par rapport à cela simplement comme le parti du « bon-sens », ni spécialement libéral, ni spécialement conservateur.

    Cet attachement au marxisme est probablement en train de disparaitre, ce qui oblige à redéfinir les lignes politiques. Et il n’est pas impossible qu’à l’image des Etats-Unis, la droite française devienne plutôt plus populiste que la gauche. Aux US, le parti démocrate est le parti des professions libérales (les très riches avocats et médecins), des hauts fonctionnaires, des très riches, des universitaires, des urbains, et même des start-ups californiennes. On peut donc bien imaginer une gauche française occupant le terrain centriste social démocrate avec un électorat aisé, ce qui est déjà en grande partie le cas du PS, et une droite française populiste avec un électorat plus « populaire ».

  • Koz a écrit : :

    a, c’est de la sale campagne, c’est certain, mais ce ne serait pas la première fois, loin de là, que ces sujets seraient utilisés, à gauche comme à droite.

    J’ai peut-être un point de vue cynique, mais vu le prix que nous coûtent nos hommes politiques, je souhaite qu’il y ait le plus possible d’histoires croustillantes pendant la campagne. Cela permettra d’avoir de temps en temps une actualité marrante.

  • @ Koz : si je vous comprends bien, la seule chose à laquelle vous ne croyez pas, c’est à une campagne ouvertement antisémite de l’UMP. Nous sommes alors d’accord sur tout. Cela ne nous garantit pas pour autant une campagne « propre »… Et compte tenu du grand déballage qui nous attend, je ne suis pas sûr, personnellement, que DSK soit finalement le candidat gagnant, quelles que soient ses qualités par ailleurs.

    J’espère pour ma part que le candidat PS (DSK ou un autre, pourquoi pas Hollande) ne s’abaissera pas à des attaques personnelles et sur la vie privée de son adversaire, seulement à une critique argumentée de la présidence sortante (et il y a de quoi dire), mais surtout nous présentera un projet positif dans lequel, sans renier son modèle de solidarité, la France tirerait partie de ses atouts (dont ses services publics, sa qualité de vie, son éducation, sa recherche, ses entreprises) dans le contexte de la mondialisation.

  • Nous sommes alors d’accord sur tout. Je ne m’attends absolument pas à une campagne « propre » mais, au contraire, violente et sale. Je ne crois pas qu’elle sera l’apanage de la majorité actuelle. Et je ne le vois évidemment pas venir avec plaisir.

    Pour ce qui est du candidat PS, je comprends vos espoirs et, s’il les remplit, il méritera d’être récompensé, mais je nourris quelques doutes. Après, les thèmes que vous évoquez ne me déplaisent pas, mais tout est dans l’application.

    « Sans renier notre modèle social »… sans le « renier », je ne crois pas que nous puissions le maintenir tel quel. Et ce n’est pas une conviction joyeuse.

  • Je suis rassuré de voir que je n’étais pas le seul à ne pas voir d’antisémitisme dans la « petite phrase » de Christian Jacob, qui est décidément très en verve depuis sa promotion à la tête du groupe UMP.

    Du coup cette réaction outrée du PS a contribuer à augmenter encore plus mon embarras d’électeur de gauche qui n’a pas encore totalement décidé lequel des partis de ce côté-ci de l’échiquier politique aurait sa préférence. Cet épisode m’a d’ailleurs rappelé celui du dernier lynchage dont a été victime feu Georges Frêche, pas spécialement connu lui non plus pour son antisémitisme (et au contraire critiqué localement pour certains soutiens explicites à Israël ou à des entreprises israéliennes productrices de fruits et légumes cultivés en territoire occupé…).

    Non ce qui m’a surpris dans cette histoire c’est que Christian Jacob le céréalier fasse dans le bovinoculisme sans que personne ne lui réponde sur ce terrain. Parce que l’auvergnat que je suis (tout au moins de naissance) n’a pas la vision d’une France rurale qui serait parsemé de quelques espaces verts au milieu de centaines d’hectares de monoculture intensive !

    Sinon c’est quoi une campagne présidentielle « propre » ? Quelqu’un peut m’indiquer où fouiller dans les archives de l’INA pour trouver des images d’une campagne modèle durant laquelle l’idée même d’attaques ad hominem ne pouvait avoir cours ?

  • Et si on se rappelait que Christian Jacob est issu du monde de l’agriculture?

    Et pas de l’agriculture beauceronne, mais celle qui a essayé de résister dans l’est Seine et Marne avec quelques quotas laitiers….

    Le cul des vaches, il connait, Christian,il a manié la fourche et le fumier.

    Alors certes, c’est pas très fin, ce propos.mais y voir de l’antisémitisme, c’est grotesque.

  • Exilé a écrit : :

    Et si on se rappelait que Christian Jacob est issu du monde de l’agriculture? Et pas de l’agriculture beauceronne, mais celle qui a essayé de résister dans l’est Seine et Marne avec quelques quotas laitiers…. Le cul des vaches, il connait, Christian,il a manié la fourche et le fumier. Alors certes, c’est pas très fin, ce propos.mais y voir de l’antisémitisme, c’est grotesque.

    Oui, il vient du monde l’agriculture, j’en parle dans mon commentaire juste avant le votre…

    Par contre affirmer que cet ancien gros céréalier connaît bien la France rurale, je trouve personnellement ça un peu court…

  • gros céréalier? j’ai du louper quelque chose….

    Christian Jacob est (-était- ? )éleveur avec 75 vaches quand je fréquentais encore son canton, c’est sa femme d’ailleurs qui faisait tourner la baraque.Avec les terres de son beau père, je doute qu’il ait cultivé plus de 100 hectares, ce qui pour la Brie, franchement, ne pèse pas comme « gros céréalier » .

    Qui peut prétendre bien connaitre la France rurale? y a t-il « une » France rurale d’ailleurs?

    Le monde agricole, je l’ai fréquenté pendant plus de 20 ans.Il est loin d’être homogène, et il ne représente pas la ruralité dans son ensemble.

    Tant qu’à chercher des poux dans la tête d’un homme politique, celui là me semble mal choisi. DSK/Christian Jacob, c’est rat des villes et rat des champs sans le talent de La Fontaine

  • Pour tout vous dire, jusqu’avant cette polémique, je ne savais pas que DSK était juif. Je croyais qu’il était moitié autrichien, moitié pakistanais. J’aime bien les juifs, mais ce n’est pas cela qui va changer mon avis défavorable de DSK.

    J’aime aussi les agriculteurs, mais je ne juge pas les gens uniquement sur le seul critère de la quantité de bouse de vache qu’ils ont sur les chaussures.

  • Pour moi, je pense surtout que nos amis de l’UMP font en réalité du billard à double bande et veulent à tout prix éviter que DSK se présente, et d’abord gagne les primaires du PS (s’il décide d’y aller). Ils savent très bien que l’électorat centriste est parfaitement capable de voter pour un DSK dès le premier tour, alors que pour titine ce serait moins évident, de même que l’électorat de la frange la plus à droite de la droite regarde Marine le Pen avec un certain intérêt…quel serait l’esapce de NS au premier tour? Restreint, très restreint, voire trop restreint pour passer le cap?.

    Donc la petite phrase de jacob est purement tactique, d’abord avertir DSK de ce qui l’attend (et effectivement, ce ne sera pas joli-joli) et ensuite, insister lourdement sur la personnalité « mondiale » de DSK, qui est un véritable épouvantail pour la gauche. Identifier DSK avec le FMI est de bonne guerre, je pense que l’on va en entendre des vertes et des pas mûres sur l’action du FMI en Grèce ou ailleurs, sur les prêts du FMI conditionnés par des « casses sociales » etc…

    Donc jacob ne fait que tendre une perche à la gauche du PS qui pourra reprendre ensuite l’antienne selon laquelle DSK est le candidat de la mondialistation, de la finance internationale, du forum de davos et autres billevisées. Traduit par jacob, cela signifie que DSK n’est pas le candidat de la « France qu’on aime ».

    L’objectif immédiat de l’UMP, à mon avis, c’est surtout que DSK ne gagne pas les primaires à gauche et de le dissuader de s’y présenter.

  • Koz a écrit : :

    « Sans renier notre modèle social »… sans le « renier », je ne crois pas que nous puissions le maintenir tel quel. Et ce n’est pas une conviction joyeuse.

    Adapter notre modèle social, l’améliorer, le rendre plus efficace, plus juste, etc. Oui, bien sûr. Mais surtout ne pas céder aux sirènes de ceux qui nous répètent depuis plus de 30 ans, avec leur « bêtise savante », que la France est mal classée par rapport aux autres pays comparables dans à peu près tous les domaines : les charges, la fiscalité, les prélèvements obligatoires, le coût du travail, la durée du travail, l’emploi, l’éducation, la recherche, l’innovation, la taille des PME, l’apprentissage, l’exportation… Malgré toutes ces tares, notre petit pays de 65 millions d’habitants reste la 5e puissance économique du monde et Paris est la 2e ville-région d’Europe, tout près de Londres, pour les investissements étrangers. On se demande pourquoi toutes ces entreprises étrangères viennent s’installer ici, dans ce pays où tout est moins bien qu’ailleurs…

    Je pense que nos services publics, notre qualité de vie, notre modèle social, mais aussi notre « compétitivité » au sens large, y sont pour beaucoup. Nous avons des atouts à cultiver (et des points faibles à travailler). Et il pourrait y avoir un projet « positif », où le mot réforme ne serait plus synonyme de « régression », où la cohésion sociale pourrait se fonder sur le sentiment que les efforts demandés sont « justement » répartis, où nos valeurs républicaines se traduiraient dans les faits, où le mot « impôt » ne serait plus un gros mot mais un outil indispensable de la solidarité et du financement des services publics par la collectivité dans la mesure des moyens de chacun…

    On sait que ce projet ne peut être porté par Sarkozy, qui passe son temps à attiser les tensions entre les Français et est manifestement dépourvu de vision à long terme… Et on doute qu’il puisse être porté par le candidat PS… Mais j’ai quand même envie d’y croire, au moins jusqu’en 2012.

    Si certains préfèrent parler de « l’identité nationale », du train de vie ou de l’obsession sexuelle du supposé futur candidat PS, je peux malheureusement les comprendre dans un pur contexte de stratégie électorale, vu la mauvaise image de leur candidat à la veille de la bataille, la difficulté de convaincre sur un projet quand on a un bilan, et l’impossibilité cette fois-ci de faire passer le candidat PS pour « incompétent »… Ca promet !

  • Jeff a écrit : :

    Malgré toutes ces tares, notre petit pays de 65 millions d’habitants reste la 5e puissance économique du monde et Paris est la 2e ville-région d’Europe, tout près de Londres, pour les investissements étrangers.

    Bonjour, de bons services il est vrai que la France n’est pas en faillite. Mais vos indicateurs peuvent être trompeurs. Les villes allemandes sont plus petites que Paris, mais sans doute plus dynamiques. La France est la cinquième économie mondiale, mais devrait plutôt être sixième sans le cours fort de l’Euro en ce moment.

    Je ne nie pas que la France ait des atouts: elle a d’abord une géographie exceptionnelle. Je pense aussi, pour avoir connu plusieurs pays, qu’elle a parmi les meilleurs ouvriers et les meilleurs ingénieurs. La France a aussi, je pense, dans son modèle social, quelques pépites, comme la médecine libérale ou l’école libre, qui fournissent de bons services à des prix raisonnables. La France a aussi beaucoup de petits défauts qu’il est pas nécessaire d’évoquer (comme le pire réseau routier secondaire d’Europe de l’ouest), mais elle a surtout pour moi deux tares majeures: une dette très importante, et un chômage de masse qui est aussi une sorte de « dette de talents » puisque ceux qui sont au chômage voient leurs compétences se dégrader.

    Bref, la situation est plutôt moyenne, comme le confirme d’ailleurs notre PIB par habitant, qui n’est pas resplendissant. De plus, je pense que notre société est assez injuste, et répartir assez mal l’effort entre protégés et les autres.

  • Franchement, on voudrait convaincre le vulgum pecus qu’il existe bien un lobby juif qui contrôle le monde politique et médiatique, on ne s’y prendrait pas autrement.

    Le PS tape méthodiquement sur Sarkozy depuis son élection en le présentant comme le président des ultra-riches et de l’ultralibéralisme mondialisé. C’est con, populiste, démago… tout ce qu’on veut. Mais c’est comme ça, on ne choisit pas son PS, malheureusement.

    Et voilà-t-y pas que leur candidat le mieux placé pour 2012, c’est DSK : un authentique ultra-riche (plus riche que Sarkozy ne le sera jamais) qui préside le FMI, quintessence de l’organisation mondialiste décrite (à tort, mais ça n’a aucune importance) comme ultralibérale par la gauche. C’est ballot.

    Bien sûr, l’UMP envoit un porte-flingue tirer un ballon d’essai sur le thème « DSK ultra-riche qui vit à Washington loin des préoccupations quotidiennes des Français ». Un coup pour voir : vont-ils assumer (être riche n’est pas sale et un président doit maîtriser les instances internationales)? Vont-ils éluder (laisser pisser sans réaction)? Ou vont-ils s’empêtrer dans leurs contradictions (Ok il est riche mais c’est un riche gentil, il aime les pauvres. Regardez il est élu à Sarcelles)?

    Le résultat dépasse toutes les espérances : sortie de route immédiate et cramage du joker (l’accusation d’antisémitisme) 6 bons mois avant le début de la campagne.

    Pour moi, la campagne DSK est morte. Cet épisode a montré que le PS n’était pas capable de le soutenir, de le défendre.

  • Conclusion un peu hâtive, à mon avis, Lib. Il est vrai que le positionnement de DSK (qui vit comme un grand bourgeois et préside actuellement le FMI) peut gêner à gauche. Et il n’est pas surprenant que l’UMP appuie là où ça fait mal (même si l’exercice risque rapidement de relever de l’équilibrisme, comme en témoignent la phrase de Lellouche – « DSK ferait un parfait candidat de droite » – et ses implications). Les propos de Jacob, même s’ils ne sont pas antisémites, flirtaient quand même un peu avec la ligne jaune. Le PS sur-réagit pour bien marquer cette ligne, en vue de la campagne (éventuellement « sale » ?) qui s’annonce. Cela fait aussi partie du jeu. Ce n’est que le début… Je ne vois aucun cramage de joker là-dedans. Et si un autre député UMP (cela arrivera) se laisse encore aller à des sous-entendus un peu « moisis », il déclenchera à nouveau en retour des réactions éventuellement excessives. Mais espérons tout de même que la campagne ne se joue pas exclusivement là-dessus. Vous conviendrez avec moi que ce que l’on a envie de voir émerger, ce sont de vrais projets pour la France. Je souhaite pour ma part que le candidat PS (DSK ou pas) s’y consacre entièrement, en jouant résolument l’espoir contre la peur et le rassemblement plutôt que la division. Et pas la peine d’en rajouter dans la critique de Sarkozy : après l’avoir « testé », deux tiers des Français pensent aujourd’hui qu’il n’est pas l’homme de la situation.

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  • Pas vu d’antisémitisme chez Jacob. Ni même de bêtise. Juste un sacré culot, de dire ça quand on est au service d’un président qui s’emm… comme un rat mort quand il est en Bretagne ou chez les paysans.

    Et je vous dis pas quand il vient chez les paysans bretons (ah non, on me dit dans l’oreillette qu’il s’agit des pêcheurs bretons).

    De dire ça quand on est dans un gouvernement qui poursuit, comme des prédécesseurs de droite comme de gauche, la casse des services publics en milieu non-urbain (je n’ose plus dire rural).

    Casse incohérente si on sait que, contrairement à la légende (urbaine, sans doute), non seulement il ne se dépeuple pas mais se peuple.

  • Sans doute, Jeff. C’est le risque qu’on prend à pronostiquer trop tôt.

    Mais bon, j’observe les commentaires acides de la gauche du PS. Je ne peux pas anticiper sur une candidature. Notre problématique est: comment éviter ça? Certains disent qu’ils ne soutiendront pas Dominique Strauss-Kahn. On se réunira et ça va barder! (Gérard Filoche).

    Accessoirement, il tient des propos ab-so-lu-ment nauséabonds rappelant les HLPNDNH. que vient faire le directeur du Fonds monétaire international dans l’élection présidentielle ? (…) La grève générale qui se tient en Grèce est ainsi directement liée aux décisions du FMI. Les vieux discours des années 30 sur les juifs cosmopolites qui saignent le peuple. Tsss. N’y a-t-il personne au PS pour s’indigner?

    Plus sérieusement, ne croyez pas que je me réjouisse de mauvais sort que le PS fait ou fera à DSK. Avec Valls il est le seul candidat PS pour lequel je pourrais voter, et je ne crois pas aux chances de Valls en 2012 malheureusement. Je crains que contrairement à vos souhaits, les autres feraient campagne sur la peur (de l’exclusion, du chômage, du changement climatique, de la mondialisation, du changement tout court…), la division (employés contre patrons, pauvres contre riches, jeunes qui votent Ségo contre vieux qui votent Sarko, gentils juges contre méchants flics…) et qu’en conséquence, leur campagne se résume à de l’antisarkozisme.

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