Braqués

Une fois encore, on fait appel à notre sens des responsabilités. On compte sur nous pour ne pas nous tromper. Pour, entre le mauvais et le pire, savoir faire le bon choix. Au terme d’une campagne misérable, ce scrutin a rarement aussi peu ressemblé au grand moment de discussion nationale qu’il prétend être et autant à un braquage électoral. Nous sortons de l’épreuve collective la plus inattendue de ce demi-siècle, entre confinements et sorties masquées : avons-nous débattu de l’adaptation de notre pays à de nouvelles crises ? Les EHPAD ont enchaîné les scandales, le grand âge est notre sort commun : qui a présenté des dispositifs inventifs ? Est-ce à la place que nous avons discuté euthanasie ? L’hôpital public est en crise ouverte, les soignants démissionnent : quelles propositions crédibles ont été mises sur la table ? Le GIEC nous donne trois ans pour préserver une planète viable : le climat a-t-il seulement été objet de débat ? La guerre est à nos portes : avons-nous évoqué l’adaptation de nos armées ? Ne parlons même pas de projets d’avenir : aucune perspective n’a été tracée, par aucun candidat.

Avec 66 millions d’euros d’aide publique par an, 330 millions en 5 ans, les partis politiques sont pourtant solidement dotés. En Marche perçoit 22 millions, LR 13 millions, le PS 6 millions etc. Où sont les idées, où est l’imagination ? Tout a été affaire de positionnement, depuis les primaires internes jusqu’à la préoccupation quinquennale d’Emmanuel Macron : n’avoir d’autre adversaire que Marine Le Pen. Cinq ans pour rendre incontournable un clivage artificiel entre les populistes et les progressistes, quelques semaines pour installer Le Pen en unique opposante. Au Parisien, deux jours avant le vote, Emmanuel Macron répondait : « quand on cite les autres candidats, on leur fait de la pub, c’est ça la vérité ». En réponse à la question précédente, il citait quatre fois le nom de Marine Le Pen. N’est-ce pas cela, la vérité ? 

La virtuosité tacticienne achoppe sur un risque fort : que l’abstention et le vote blanc soient le refuge de ceux dont la protestation ne peut passer par un bulletin Le Pen, en attendant d’y succomber. Que ferons-nous le 24 avril ? Faute de l’avoir été, c’est donc à nous que l’on demande d’être responsables. Il revient à Emmanuel Macron de nous décider, autrement que par le rejet viscéral de son adversaire. Mais quoi qu’il en soit, que la majorité actuelle ne revienne pas nous parler d’un mandat pour réaliser son programme si, grâce à nous, elle est reconduite à l’issue de ce braquage.

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20 commentaires

  • Je ne sais pas si vous me pardonnerez un commentaire brut de décoffrage : je partage votre opinion sur le vide sidéral … ou abismal de cette campagne et plus généralement de l’état du débat politique en France mais la seule phrase que je retiens de l’ensemble c’est que nous serons victimes d’un braquage … mais aussi qu’il n’y aura aucune suite judiciaire ni pénale.

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  • Bonjour ,
    N’est il pas un peu exagéré de rendre E. Macron seul responsable de cette confrontation avec l’extrême droite ? Comme si son quinquennat avait été structuré autour de cet objectif…Les gilets jaunes , le Covid , l’Europe , … ont été des chantiers importants . Qu’elle a été la réflexion de LR ? Est ce que cette confrontation finale n’est pas le fruit de comportements de certaines élites ( journalistes en 1 e qui n’ont eu de cesse de critiquer ce qui était fait ? Nous sommes incapables de donner à un pouvoir établi le temps , le soin de travailler au bien commun . Dans un domaine que je connais l’hôpital a été détruit par des politiques de réduction des moyens depuis des décennies et ce n’est que sous ce denier mandat présidentiel qu’un effort sensible a été fait , certes avec retard et sous la contrainte , mais sans idéologie et de façon pragmatique : fin du tout T2A qui est un non sens .
    Bien cordialement

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    • N’est il pas un peu exagéré de rendre E. Macron seul responsable de cette confrontation avec l’extrême droite ? (…) Qu’elle a été la réflexion de LR ?

      Je crois que vous avez une partie de la réponse dans le texte lui-même 😉

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    • Seul responsable Macron ? Non pas le seul mais celui qui ajoute la cerise sur le gâteau et avant tout celui qui a ruiné nos espérances , car tous ceux qui ont voté pour lui avaient l’espoir de tourner le dos à l’incurie d’un Hollande où au tourbillon factice d’un Sarkozy. Macron est riche de tous les espoirs déçus et nous refaire une fois de plus le coup Le Pen est du domaine de la provocation.

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  • Bonjour Koz,
    Merci beaucoup pour vos textes. Complètement d’accord que la campagne est très en dessous des enjeux, et que Macron a beaucoup travaillé pendant son quinquennat pour démolir LR qui n’a d’ailleurs pas opposé de résistance très organisée / intelligente.

    Je me pose plus de questions sur votre postulat que les partis politiques sont très bien dotés financièrement. Fait-on tant que cela avec 6 ou 13 millions par an pour le PS et LR, même avec d’autres rentrées d’argent par ailleurs ? Cela correspond à des budgets d’entreprises de faible taille. De même pour les campagnes électorales, il me semble que donner les moyens aux candidats de faire beaucoup de meetings est plutôt une bonne chose pour la société, et donc que les financements publics devraient être supérieurs à ce qu’ils sont actuellement.

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    • Les Républicains comptent moins de 100 salariés. Le Parti Socialiste, moins de 50. En soit, ce sont des entreprises de faible taille. Je crois que l’on fait déjà pas mal avec ces montants. Je ne suis pas sûr qu’il soit si indispensable de multiplier les meetings, ni difficile d’obtenir le prêt d’une salle municipale (tous les meetings ne rassemblant pas 30.000 personnes). Surtout, il me semble que les partis pourraient entreprendre de rémunérer convenablement ceux qui sont susceptibles de produire des idées, du contenu.

      Même si bien sûr, les causes sont imbriquées. Comme vous le dites, comme le dit Brugeron au-dessus, et comme je le dis dans le texte, malgré ces subventions conséquentes, ni LR ni le PS n’ont fait de grands efforts pour résister.

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  • Merci Koz. J’apprécie toujours votre parler vrai, mais ni extrémiste, ni intégriste, mais…..nous renvoyant à notre « jugeotte », et…à notre responsabilité ! Je crois que je vais, très fort, prier l’Esprit-Saint, pour que mon bulletin soit le moins mauvais, mais également pour qu’il m’aide, après ces élections, à ne pas oublier la responsabilité que j’aurai prise en m’investissant, à mon niveau, avec des groupes qui veulent oeuvrer à changer ce que nous vivons actuellement.

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  • Oui, prions aussi l’Esprit-Saint de guider ceux qui nous dirigent aujourd’hui et demain.
    Ne cédons pas au désespoir, une simple bougie dissipe la plus grande obscurité.
    Seigneur aide-nous à lutter contre notre colère qui grandit face aux injustices et favorise des réactions disproportionnées voire mauvaises. Amen

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  • Je pense qu’à un second tour, la question n’est pas «préférez-vous supporter A ou supporter B ?»
    La question du second tour est :

    classez les 12 candidats dans votre ordre du préféré au pire;
    est-ce que A est avant ou après B dans le classement ?

    Autrement dit, on ne demande pas OÙ sont A et B, mais dans quel ORDRE ils sont.

    Donc si on classe A avant B, il n’y a, selon moi, aucune question pour dire qu’il faut voter A.

    En votant A, on n’a aucune responsabilité ou culpabilité dans les agissements de A quand il est en fonction. On a seulement une responsabilité si on remarque que B aurait fait mieux. Uniquement dans ce cas, on peut se dire «j’ai mal fait de voter A».

    Je voterais donc pour le candidat le plus haut dans mon classement sans état d’âme, même si «A est plus haut que B» ne signifie pas «A est très haut dans le classement».

    Là où il y a une question n’est donc pas sur quel vote faire, mais sur:

    comment en est-on arrivé à n’avoir pratiquement que des mauvais candidats ?
    que peut-on faire pour avoir mieux la prochaine fois ?

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    • Nous avons de mauvais candidats parce que les gens qui feraient de bons candidats font autre chose que de la politique. La politique c’est violent, chronophage, frustrant, soumis à des pressions insoutenables, c’est la guerre. Aucun individu honnêtement attaché au bien commun (quelque soit son bord) ne peut atteindre dans ces conditions le statut de candidat.
      Plus techniquement, le système des primaires est une catastrophe (et pourtant j’en étais au début une fervente supportrice), il donne une visibilité médiatique aux partis trop tôt, vide le débat, et désigne assez souvent des candidats qui correspondent aux militants et donc, forcément, peu à même d’être suffisamment charismatiques dans le contexte d’une présidentielle.
      Et de mon côté, j’en suis parvenue à une conclusion toute nouvelle : finissons-en avec l’élection au suffrage universel direct du président.

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  • « La virtuosité tacticienne achoppe sur un risque fort : que l’abstention et le vote blanc soient le refuge de ceux dont la protestation ne peut passer par un bulletin Le Pen, en attendant d’y succomber. »
    J’aurai plutôt écrit : « … ne peut passer ni par un bulletin Le Pen, ni par un bulletin Macron ».
    Le vote blanc me semble une troisième alternative tout à fait valable, quand aucun des candidats ne semble digne de recevoir son vote. Et voter blanc ne revient pas bien sûr à voter pour l’un ou pour l’autre comme certains cherchent à nous en convaincre.

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  • Le nouveau rituel des institutions républicaines : le Président c’est celui qui fait le job contre l’extrême droite tous les cinq ans..et maintenant qu’on aura bien communié dans l’antilepenisme notre conscience est en paix et on fait quoi? pharisianisme politique ?

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  • Je suis étonnée de la pression qui existe pour voter contre Le Pen (y compris hors de France). Mais, comme j’ai décidé de ne pas céder à cette pression, je suis frappée de voir comme les gens sont aveugles au sujet de Macron, en tous cas aveugles à ce que moi je vois: on diabolise Le Pen, mais que dire de Macron !!
    Il reste un argument en sa faveur: notre modèle, et le modèle européen, si décadentes en soient à mes yeux les sociétés, est le seul qui garantisse une vraie liberté et un vrai état de droit. Or ce sont deux choses extrêmement précieuses.

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  • En relisant les billets d’il y a 5 ans et d’il y a 10 ans, je constate que le vote au second tour était déjà plutôt par défaut lors de ces élections passées. En ce qui me concerne, je ne suis plus très sûr de me souvernir de la dernière fois où j’ai voté par adhésion à un premier tour. À un deuxième tour? Jamais, et ça n’en prend pas le chemin pour l’avenir.

    J’ai voté blanc il y a longtemps, une fois, mais on ne m`y reprendra plus. Le vote blanc, c’est bien sûr une porte de sortie séduisante pour exprimer un avis. Mais pas pour désigner un président, ce qui est après tout l’objectif de l’élection. Dans la réalité pratique des choses, le vote blanc, de même que l’absention, revient à déléguer la décision à ceux qui votent pour l’un ou pour l’autre. À moins de rejeter le principe même de l’élection, il me semble préférable de faire un choix par moi-même. Cela a visiblement été l’option d’une majorité de Français, même si leur nombre a chuté depuis la dernière fois.

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  • LR, le parti écarté entre le centre et l’extrémiste de droite qui a fait 2 fois mieux que le Ps et qui suit la même voie en deux fois moins vite mais sûrement, pitoyable.

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  • « Les chiens aboient, la caravane passe ».
    Les journalistes critiquent,
    la France continue d’avancer !
    Les vieux sages qui ont connu la guerre de 39/40 se taisent pour ne pas parler la bouche pleine.
    Sachons apprécier la Paix au regard de l’actualité en Ukraine .

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  • Entièrement d’accord avec vos commentaires, même si vous ne partagerez peut-être pas les conséquences que j’en tire. Je fais maintenant le pari que, même si M. Macron a été réélu président de la république, la majorité actuelle ne sera plus la majorité le soir du 19 juin. Je voterai sans aucun état d’âme pour la candidate PS de ma circonscription présentée par la Nouvelle Union Populaire Ecologique et Sociale. Mieux vaut mille fois le personnage haut en couleur de Jean-Luc Mélenchon comme premier ministre, qui déterminera la politique de la nation malgré ses défauts bien connus, que cinq ans de plus entre les mains de la cynique et incapable majorité présidentielle.

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