A propos de Jean Vanier, une lettre de Mgr Gérard Daucourt

Les révélations concernant Jean Vanier plongent nombre de chrétiens dans le désarroi. Comment concilier l’image ou la connaissance qu’ils avaient de l’homme, l’expérience personnelle du secours qu’il a pu leur apporter, et le mal incontestable qu’il a commis ? Comment comprendre encore qu’il ait pu, d’après les témoignages reçus, adhérer à des théories mystiques aberrantes voire scandaleuses ?

Je ne développe pas davantage. J’ai reçu la lettre de Mgr Gérard Daucourt par l’intermédiaire d’un cercle d’amis. Gérard Daucourt, évêque émérite de Nanterre, a été aumônier d’une communauté de l’Arche et évêque accompagnateur de la Fédération internationale des communautés de l’Arche.

Il m’a semblé que cette lettre méritait d’être plus largement diffusée car elle témoigne de l’émotion et du trouble d’un homme avant tout, un homme qui se trouve être aussi évêque, partageant en vérité ses propres questions.

Je la publie, bien sûr, avec son accord exprès : « Ma lettre ne peut pas être privée si elle peut aider d’une façon ou d’une autre« , ce que je crois.

Les passages graissés et les citations en exergue le sont de mon fait.


Chers amis, Depuis que sont connues les terribles révélations concernant Jean Vanier, vous êtes très nombreux à me manifester votre sympathie et à me partager vos réactions. Je vous remercie beaucoup pour votre amitié et vos prières.

Je suis moi-même sidéré et d’abord profondément attristé pour les personnes abusées par Jean et pour les communautés de l’Arche touchées par ce scandale et desquelles j’ai tant reçu.

Je rends hommage aux femmes qui ont osé parler pour que l’Arche trouve un chemin juste et vrai et évite de pareilles dérives. Je pense à leurs souffrances. Je suis en admiration devant ce qu’ont fait, écrit et dit les responsables de l’Arche, Stéphane Posner, Stacy Cates-Carney, Pierre Jacquand et Mgr d’Ornellas pour que nous soyons dans la vérité . L’Arche sera plus libre.

Habité par une tristesse infinie, je suis bouleversé et très secoué. Entre Jean et moi depuis près de 50 ans s’était établi un lien très fort. Il m’a beaucoup apporté, beaucoup aidé. Lui et les membres des communautés de l’Arche ont profondément marqué mon ministère de prêtre et d’évêque, vous le savez, vous l’avez constaté. Jean m’a toujours donné de très sages conseils. Il m’a même une ou deux fois empêché de couler alors que me submergeaient les eaux de grandes épreuves dans mon ministère. Oui, le bien qu’il m’a fait et qu’il a fait à des milliers de personnes est immense et demeure. Avec lui et dans les communautés de l’Arche, j’ai appris ce qu’est l’Eglise : une communauté de miséricorde et d’espérance, de fête et de pardon et de service, dans laquelle pauvretés et richesses sont mises en commun par ses membres qui tous ont besoin les uns des autres ( cf. le lavement des pieds ) pour grandir et avancer. Jean et l’Arche m’ont conduit et tenu au cœur de l’Evangile. Ma gratitude est, reste et restera toujours immense.

C’est de ces sommets lumineux que maintenant j’attrape le vertige car je dois aussi regarder cette face cachée de Jean qui nous est révélée. Je tombe dans l’incroyable et dans l’incompréhensible. Et pourtant c’est vrai, c’est vérifié, c’est prouvé.

C’est de ces sommets lumineux que maintenant j’attrape le vertige car je dois aussi regarder cette face cachée de Jean qui nous est révélée. Je tombe dans l’incroyable et dans l’incompréhensible. Et pourtant c’est vrai, c’est vérifié, c’est prouvé. Si Jean avait eu des écarts contraires à la chasteté et à un juste comportement moral chrétien, je l’aurais regretté sans juger, trop conscient que je suis de ne pas pouvoir jeter la première pierre. Mais il s’agit de bien autre chose : Jean a porté atteinte à la liberté de plusieurs femmes, à leur intégrité. Il a abusé d’elles en accompagnement spirituel y compris sexuellement et les a fait souffrir. C’est totalement condamnable.

Mais ce n’est pas tout et c’est ici que je ne comprends plus rien. C’est par le Père Thomas que Jean a été initié à ces scandaleuses pratiques. Il adhérait (au moins jusqu’en 2005 ) aux théories érotico-pseudo mystiques de ce religieux. Jean Vanier, professeur de philosophie, homme de grande culture, de renommée internationale, ami et défenseur des opprimés et de tous les pauvres, comment croyait-il que ces théories et pratiques aussi stupides que nuisibles, avait comme origine un secret confié au Père Thomas (par Dieu ? La Vierge Marie ? En tous cas dans une soi-disante expérience prétendument spirituelle engendrant une perversion) ? Un secret que pour le moment l’Eglise ne peut pas comprendre (dixit le Père Thomas qui , à l’époque, ne s’est pas étonné que Jean XXIII demande à Jean Vanier de se séparer du Père Thomas car ce pape ne pouvait pas comprendre ! ) Je ne sais pas comment Jean pouvait croire et vivre cela et écouter cette « petite voix de la conscience » dont il nous parlait si souvent. S’il s’est tu sur ses actes et a menti en disant ne pas connaître ceux du Père Thomas, est-ce parce qu’il jugeait quand même que c’était mauvais ou parce qu’il pensait lui aussi que nous ne pourrions pas comprendre pour le moment ? En tout cas c’est inacceptable et ça dépasse l’entendement quand on a aimé Jean Vanier, qu’on connaît la profondeur de son message et le rayonnement de sa personnalité. Pourtant je ne peux que reconnaître cette stupéfiante réalité, m’interroger et accepter dans la douleur de ne pas avoir de réponse.

Pourquoi a-t-il nié jusqu’au bout (sauf peu avant sa mort en demandant pardon à une des personnes mais en lui disant : « je croyais que c’était bon pour toi ») ? J’ai entendu quelqu’un dire que Jean pouvait être un schizophrène amnésique dont des actes ne touchent plus la conscience. Je ne sais pas si ceci tient debout en psychologie et psychiatrie. En tout cas ça n’enlève rien ni à la gravité des actes commis, ni aux souffrances causées, ni à notre désolation. Ça montre aussi comment, de sa jeunesse à sa mort, Jean a subi d’une manière incroyable l’emprise du Père Thomas.

Les révélations qui ont été faites ont des conséquences incalculables. Je pense d’abord aux communautés de l’Arche et de Foi et Lumière tellement secouées. J’ai confiance en leur avenir car j’ai la certitude que ce sont les personnes avec un handicap qui, par leur simplicité et leur force pour vivre au présent, vont nous aider tous à avancer par la grâce de Dieu. Présence mystérieuse de Jésus qui s’est identifié à eux, ne sont-ils pas tous des sources d’unité ?

Cette affaire est aussi un sale coup pour la mission de l’Eglise et pour ceux qui hors d’elle sont au service des pauvres, des handicapés, des exclus, des opprimés. Je pense également à tous les chercheurs de sens qui se tournent ou se tournaient vers Dieu, vers l’Evangile.

Je ne peux oublier ceux qui constamment attaquent les chrétiens (« tous hypocrites dans cette Eglise hypocrite »). Ces derniers vont trouver de l’eau pour leur moulin.

Je ne me console pas mais par la prière et la Parole de Dieu, je tente de fortifier ma foi et mon espérance pour traverser ce ravin. Ma foi est intacte mais elle est interrogée.

Reconnaissons-le : un sérieux coup de frein est donné à l’annonce de la Bonne Nouvelle. Je ne me console pas mais par la prière et la Parole de Dieu, je tente de fortifier ma foi et mon espérance pour traverser ce ravin. Ma foi est intacte mais elle est interrogée. Elle  ne me donne pas des réponses et solutions à tout. Marchant avec ma raison, elle m’oblige à regarder les réalités humaines en face et à en tenir compte. Je refuse de « spiritualiser » faussement cette tragédie avec des mots pieux et je continue d’avancer en étant sûr que ni la mort, ni la vie… ni aucune créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus Christ notre Seigneur ( Rm 8, 38-39 ).

Je m’interroge encore sur une autre conséquence. C’est Jean Vanier qui, par ses retraites et conférences, ses livres et ses contacts, maintenait le lien historique et spirituel entre l’Arche et son berceau, c’est-à-dire l’Evangile et donc le Seigneur Jésus. La référence à Jean lui-même va certainement s’atténuer et donc aussi la référence explicite au berceau de l’Arche. Pour assurer l’avenir d’une Arche ouverte à tous, il faut espérer qu’il y aura toujours en son sein des chrétiens capables de rendre compte en paroles et en actes de ce qu’elle a reçu à son berceau car l’Évangile fait partie de l’identité de l’Arche.  C’est en tout cas ma conviction personnelle.

Chers amis, « en prière avec vous au milieu des ruines de Jérusalem », m’a écrit un ami moine. Oui, il y a des ruines et tous les habitants du pays de l’Arche sont en exil et nous avec eux. Il n’y a plus « le prophète » et nous peinons à écouter sa voix d’autrefois pourtant toujours valable. Mais « le temple » (= l’Arche + Foi et Lumière) n’est pas détruit et les petits et les pauvres sont des prophètes qui appellent à l’amour, fruit de la compassion, de la justice et de la vérité. Nous avons tous à faire en sorte que notre exil soit un exode qui à travers cette épreuve nous conduira à la liberté d’une terre promise.  Les deux coordinateurs internationaux de l’Arche, dans leur message aux communautés ont écrit : ce que nous apprenons aujourd’hui est une épreuve et nous déstabilise mais ce que nous perdons en certitude, nous espérons le gagner en maturité et poursuivre l’Arche avec davantage de justesse et de liberté. Oui, je le crois, une épreuve peut nous faire perdre pour gagner plus et mieux. Et même : les ronces qui entravent notre marche alimentent un feu qui éclaire le chemin, comme l’a écrit frère Alois de Taizé. Prenons appui sur le Seigneur. Demandons la lumière et la force du Saint Esprit. Prions pour l’Arche et Foi et Lumière et pour tous leurs membres et leurs amis. Il faut que tous puissent chanter dès maintenant : Voici Dieu qui vient à mon secours. Le Seigneur avec ceux qui me soutiennent. Je te chante car Tu me relèves (Taizé).

Avec ma prière aussi pour vous tous et mon amitié.

+ Gérard Daucourt

24 février 2020

Auteur

Père, époux, fidèle à divers titres, je suis aussi... avocat, auteur (Ca ira mieux demain, 2015; Identitaire - Le mauvais génie du christianisme 2017), et chroniqueur à La Vie.

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38 commentaires

    • Les criminels de tout poil et tout humain a aussi des fragilités… ça n’excuse pas les actes destructeurs, même si ça es explique un peu…

    • Oui, ici-bas, tout n’est pas tout noir ou tout blanc.
      J’aime beaucoup cette citation « les ronces qui entravent notre marche alimentent un feu qui éclaire le chemin »

    • Ses fragilités, c’est une chose, mais user de son aura et de sa fonction pour abuser de cette autorité ce n’est pas de la faiblesse c’est de la perversion !
      C’est une catastrophe pour le message de l’église.

      • Je ne suis ni juge ni procureur… je ne sonde pas les reins et les cœurs…
        Cela est maintenant entre Jean Vanier et le Seigneur et ce que nous pouvons faire de mieux c’est prier pour es victimes et pour Jean Vanier.

  • Quelque chose m’échappe : « c’est vérité ». Mais il s’agit d’une enquête privée. L’accusé ne s’est jamais défendu. Il n’y a pas eu de procès. Pourquoi avoir attendu sa mort pour révéler ces accusations ?
    Et si tout était faux? Si Jean Vanier était innocent ?
    Personne ne pose la question?

    • Il est, d’une part, très peu probable que L’Arche ait souhaité divulguer spontanément des faits mensongers qui ternissent fortement sa réputation et l’image de celui qui lui prêtait tout de même beaucoup son visage.

      L’enquête s’appuie en outre sur plusieurs témoignages concordants et sur des lettres écrites par Jean Vanier.

      • J’ajouterais (suite à mon dernier commentaire qui n’a pas été publié, ce qui n’est pas un problème) que s’agissant des scandales qui ont entouré le père Marie Dominique Philippe par exemple, les frères de St Jean ont décidé de de déclarer sa culpabilité. Or il existe un nombre non négligeable de personnes qui défendent l’innocence du père. On ne parle pas d’eux parce qu’ils ne feraient pas la Une de la Presse mais ils existent (chercheurs de vérité, beaucoup de religieuses, Etc). L’église est dans une position délicate qui l’oblige à prendre partie pour les personnes qui se déclarent victimes. Personnellement je n’ai connu ni Jean Vannier, ni le père Marie Dominique ni son frère mais je refuse d’accuser quelqu’un qui n’a pas pu se défendre. Et encore une fois je vous trouve tous très rapides dans vos accusations. Le fait que l’Arche ait décidé de révéler les résultats d’une enquête privée n’établit en rien la culpabilité de Jean Vannier. Je n’affirme pas qu’il est innocent mais je n’ai pas le droit de le déclarer coupable.

  • Moi comme médecin , je comprends mal aussi même si hélas j’ai rencontré ces personnalités adulées et perverses . Pour moi je crois que la meilleure des parades est d’éduquer à la primauté de la conscience , d’armer des potentielles victimes contre la perversion mystique . Je ne peux que penser à des mots qui font de l’Hostie, de la Vierge des objets divins .Qui fait l’Ange risque de faire la bête . C’est souvent dans des circonstances de fragilités humaines que peuvent agir ces dérives ignobles et inhumaines .

  • Merci infiniment pour le travail de vérité.
    Je suis allée hier dire un abus dont j’ai été victime à un responsable de sa congrégation. J’ai écrit pour demander ce rendez-vous le jour de la sortie publique de la dénonciation des actes de Jean Vanier.
    J’ai pu le faire car il y a eu cette dénonciation.
    L’érotico-spirituel dans l’accompagnement met celles qui le subissent dans un embourbement dont il est difficile de se dépétrer. Notamment car il y a peu d’oreilles pour entendre.
    Que cette vérité faite par l’équipe de l’Arche soit contagieuse. C’est ce que je souhaite de tout mon coeur. Elle répare quelque peu…

    • Et la tristesse et la douleur de ces révélations est un peu atténuée par le fait que l’image plus lisse et lumineuse que nous avions de l’Eglise il y a peu encore l’était au détriment des victimes, qui n’osaient ou ne pouvaient pas s’exprimer.

      • Merci Koz pour ce commentaire. L’Eglise, c’est a dire nous tous, est tellement humaine et faillible. L’image lisse et brillante qu’elle donne parfois (en oubliant sa misère) n’est elle pas un repoussoir pour toutes les «gueules cassées» de la vie qu’elle devrait au contraire rechauffer. Elle donne l’impression d’être quelque chose d’inateignable au lieu d’être proche.

  • Merci à Mgr Daucourt pour cette lettre qui est un déchirant cri du cœur, conscient que cette expression convenue reste très faible par rapport à ce qu’elle représente pour lui qui a bien connu Jean Vanier. Elle vient nous éclairer dans l’obscurité qui s’étend inexorablement sur tous ceux qui gardent la foi et l’espérance face à la déferlante des révélations qui mois après mois semblent nous emporter avec l’Eglise, vers l’abîme.
    Son attitude vient d’un cœur meurtri qui ne peut se défaire de l’affection qu’il a éprouvé à l’égard d’une personne qui a fait du bien mais dont on découvre qu’elle avait aussi une face sombre.
    Nous devons comprendre cette lettre comme une invitation à prier le Père des miséricordes d’exercer la justice qu’il est le seul à pouvoir exercer comme son Fils l’a démontré à l’égard de la femme adultère, du bandit crucifié avec lui… ou comme il l’a gravé dans les mots de la parabole du fils prodigue.
    La vérité ne peut être cachée aussi douloureuse soit-elle mais nous ne sommes pas autorisés à aller au-delà en prenant la place de celui qui seul est désormais maître et juge et devant qui Jean Vanier aura rendu les comptes de sa vie.
    Et nous sommes de tout cœur avec les responsables de l’Arche, avec Foi et Lumière, avec toutes les personnes qui donnent leur vie pour le service de l’œuvre fondée par Jean Vanier, sans oublier les milliers de personnes qui en sont bénéficiaires.

  • Comment Jean Vanier, haute voix catholique et modèle de dévouement chrétien, a t’il pu se croire dispensé d’écouter l’Eglise quand celle-ci, par la voix du pape Jean XXIII, lui donnait le conseil de se séparer du Père Thomas. Dans ces domaines, on peut s’égarer de bonne foi, l’important étant de rester capable d’écouter les avertissements autorisés et de s’y soumettre. Par ailleurs, cette affaire ne ferait pas les terribles dégâts auxquels on assiste si Jean Vanier avait , en temps voulu, publiquement reconnu ses fautes et erreurs de jugement et demandé pardon à ses victimes et à tous ceux et celles qui l’admiraient et le suivaient comme guide spirituel.
    Reste que l’oeuvre immense et durable de l’Arche plaide au moins pour une absolution chrétienne du bonhomme.

    • C’est en effet là que réside l’incompréhensible. Il a fallu qu’il désobéisse au Pape et aux ordres du Vatican, qu’il adhère à des théories scabreuses et choquantes du point de vue de la foi. Parce qu’il est mort, nous sommes réduits à des conjectures. On parle d’une résurgence de la gnose, je pense aussi à une forme d’emprise sectaire, il y a aussi les traits de caractère de la personne elle-même. Pour nous, il y a le rappel de la prudence dans l’appréciation des personnes, même si elle ne doit pas réduire à néant notre capacité d’admirer, qui est nécessaire.

  • C’est une lettre très belle et qui agit comme un baume. Merci Koz de nous la partager.

  • Merci Monseigneur vos paroles sont justes et réconfortantes Elles traduisent bien la grandeur du christianisme !

  • Jean Vannier était un homme:
    une rose avec des epines
    comme toute les roses ….
    a seul Dieu la Gloire
    comme le dis la derniere phrase du Notre Pére
    car c’ est a Toi qu’ appartienne le régne et la puissance et la gloire pour les sciècles des sciècles
    Amen

  • En 2020 les dominicains vont commencer à faire une enquête sur les pères Thomas Philippe et Marie Dominique Philippe.
    Ils sont restés dominicains jusqu’à leur mort:1993et 2005!

    En 1952 le père Thomas Philippe est appelé à Rome…Il est sanctionné:
    Il ne peut plus célébrer la Messe ni administrer les Sacrements!

    De 1964 jusqu’à sa mort en 1993 il est aumônier de l’Arche…
    En août 2019 j’ai vu sa tombe dans la chapelle de la Ferme à Trosly!

    Avant 1952 il a sûrement aidé Jean Vanier mais après?

    Je n’arrive pas à comprendre le comportement des responsables dominicains.

    • L’avenir nous le dira. Il ne s’agit pas d’exonérer ni les uns ni les autres de leur responsabilité. Dans les circonstances atténuantes, on pourrait placer le fait que le comportement de Thomas Philippe était dissimulé, ainsi que le fait que ses liens avec les Dominicains aient néanmoins été distendus à partir du moment où il a été sanctionné par Rome.

      On trouve des éléments intéressants sur ce site, tenu par l’historien Etienne Foullioux : https://journals.openedition.org/dominicains/1475?lang=en

      « S’il reste dominicain, ses liens avec l’Ordre deviennent très lâches : il conserve l’habit et il est assigné à Lille, mais extra conventum. (…) Sa vie publique se termine précocement en 1952, avec son éloignement de L’Eau vive. Il n’a alors que quarante-sept ans. Suit une longue vie cachée, dans divers lieux de contrition (1952-1963), puis au foyer fondateur des Communautés de l’Arche (1964-1991), où son lien avec l’Ordre dominicain devient ténu. « 

  • Merci à Mgr Daucourt et à toi pour ce message, qui ne cache rien de la souffrance et de la honte qui rejaillit sur toute une communauté, mais sans pour autant renier la valeur de l’oeuvre accomplie. Écrire ce texte n’a pas dû être une tâche facile, et encore moins agréable.

    @ Michel de Guilbert: le terme « fragilités » n’est pas approprié. Il faut regarder les choses en face, comme le fait Mgr Daucourt. On parle ici d’actes criminels.

    • Non, légalement, il ne s’agit pas d’actes criminels, quand bien même les abus spirituels sont d’une extrême gravité, nous sommes d’accord.

      Pour ce qui est de Jean Vanier, même si les témoignages sont accablants, vous me permettrez de mettre ces allégations au conditionnel, non pas que je mette en cause la parole des victimes (peut-être leur interprétation ?), mais Jean Vanier n’étant plus là il s’agit ici comme ailleurs d’un procès à charge uniquement, ce qui pose problème.

      • Personne, y compris parmi les plus proches, ne met en cause les résultats de l’enquête. Ils sont pénibles à admettre mais ils sont étayés.

        En ce qui concerne la qualification légale de ces actes, ce serait s’avancer un peu mais je ne peux pas exclure une qualification délictuelle, conformément à l’article 233-15-2 du Code pénal

        Est puni de trois ans d’emprisonnement et de 375 000 euros d’amende l’abus frauduleux de l’état d’ignorance ou de la situation de faiblesse soit d’un mineur, soit d’une personne dont la particulière vulnérabilité, due à son âge, à une maladie, à une infirmité, à une déficience physique ou psychique ou à un état de grossesse, est apparente ou connue de son auteur, soit d’une personne en état de sujétion psychologique ou physique résultant de l’exercice de pressions graves ou réitérées ou de techniques propres à altérer son jugement, pour conduire ce mineur ou cette personne à un acte ou à une abstention qui lui sont gravement préjudiciables.

        Lorsque l’infraction est commise par le dirigeant de fait ou de droit d’un groupement qui poursuit des activités ayant pour but ou pour effet de créer, de maintenir ou d’exploiter la sujétion psychologique ou physique des personnes qui participent à ces activités, les peines sont portées à cinq ans d’emprisonnement et à 750 000 euros d’amende.

        Le cas de la « personne en état de sujétion psychologique ou physique résultant de l’exercice de pressions graves ou réitérées ou de techniques propres à altérer son jugement » aurait peut-être pu être retenu.

      • Merci Koz pour votre précieux éclairage juridique, je ne suis pas juriste, mais je lis bien dans votre réponse qu’il s’agirait d’actes délictuels et non d’actes criminels comme écrivait Gwynfrid.
        Il demeure que Jean Vanier étant mort, qu’il ne peut bénéficier d’un avocat dans le procès à charge qui lui est fait.

      • Je ne suis pas certain que la distinction entre actes criminels et délictuels soient l’essentiel du propos 😉

        Pour le reste, il ne bénéficie pas d’un avocat – quoique – mais il échappe aussi au juge. Il n’est pas si à plaindre.

      • C’est possible mais nous aussi, nous serons devant Lui un jour. Et ce que nous faisons de cette affaire ne peut pas se résumer à « personnellement, je n’en sais rien, et si ça se trouve, c’est faux, de toutes façons, je ne juge pas.« . Nous avons une responsabilité à l’égard des victimes passées, présentes et à venir y compris dans la façon dont nous accueillons une enquête indépendante et dont il n’est pas exact de dire qu’elle n’a été menée qu’à charge. Comme en témoigne une personne dans les commentaires, c’est aussi notre attitude aujourd’hui qui leur permet de parler ou, au contraire, les mure dans le silence. Et de cela, pour le coup, nous en répondrons.

      • Oui, Koz, je ne prône pas l’indifférence, mais la prudence, et je vous rejoins pour une large part, il est vrai que la parole des victimes doit être entendue, et rendue possible par le souci de faire la lumière et la vérité, je regrette juste que Jean Vanier ne puisse maintenant être entendu car je ne suis pas juge des consciences.

      • D’après les informations diffusées, les personnes abusées ne sont aucunement des personnes handicapées hôtes de l’Arche. Il faut le préciser.

  • Michel : « il est maintenant devant le seul juge » Koz : « c’est possible ». Qu’est-ce à dire ?

  • Personne sur la terre n’est parfait et Saint même en accomplissant de très belles œuvres
    Le pouvoir et le prestige que les hommes s’accordent entre eux par le billet de la religion , de la politique ou de l’argent , est un piège qui les fait mal agir tôt ou tard . La possibilité prend le dessus sur le gros bon sens ,je pense que l’égo se gonfle d’orgueil et se croit tout permis , et voilà la chute et les victimes . Ne devrions – nous pas tous être de simple serviteur les uns des autres , et je doute que quelqu’un se laisse agresser par son serviteur sans rien dire .
    Quand les hommes religieux ou pas comprendront que le règne la puissance et la gloire , ça appartient à Dieu , ils ne tomberont plus dans ce piège, et les victimes ne donneront plus de pouvoir au agresseur en s’y soumettant . Donner à quelqu’un ce qui appartient à Dieu , ça peut s’avérer très dangereux
    La ligne est mince parfois entre le bien et le mal , mais la Parole de Jésus est bien claire à ce sujet . Y être fidèle, c’est jouer gagnant.
    Jésus a tout fait pour la Gloire de son Père et non la sienne , alors si on cessait de se glorifier , on risquerait moins d’être déçu, et qui sommes- nous pour juger , nous qui ne voyons que l’extérieur

  • Un proverbe reçu Rwandé reçu ce jour:QUAND LE DIABLE JETTE DES PIERRES CONTRE L’EGLISE, LES ANGES LES RAMASSENT, POUR CONTINER LA CONSTRUCTION.

  • Salut Koz. Tu écris : » En ce qui concerne la qualification légale de ces actes, ce serait s’avancer un peu mais je ne peux pas exclure une qualification délictuelle, conformément à l’article 233-15-2 du Code pénal » Il me semble que c’est plutôt les articles 222-27 à 222-30 du Code pénal, qui stipulent, sauf erreur : L’agression sexuelle est un acte à caractère sexuel sans pénétration commis sur une personne par violence, contrainte, menace, ou surprise. On évoque de la sorte les caresses ou les attouchements à caractère sexuel. Pour caractériser l’agression sexuelle, il est nécessaire que l’auteur de l’acte ait eu conscience d’imposer la contrainte et la violence à l’autre. L’ABSENCE DE CONSENTEMENT de la victime doit être prouvée (traces physiques, séquelles psychologiques, etc.). La contrainte suppose l’existence de pressions morales ou physiques, en raison notamment de l’autorité familiale, sociale ou hiérarchique exercée par l’auteur de l’agression sur sa victime : il est ici question d’un abus de pouvoir, que les juges apprécient de manière concrète en fonction des capacités de résistance de la victime de l’agression. » Beaucoup de points semblent faire référence aux témoignages lus, non ? Merci de ton éclairage juridique. Il me semble important de mettre des mots justes sur les maux.

    • Je ne suis pas pénaliste et ne souhaite donc pas trop m’avancer sur la question. Mais la notion de consentement n’est pas évidente à manier. De fait, comme vous l’écrivez « il est nécessaire que l’auteur de l’acte ait eu conscience d’imposer la contrainte et la violence à l’autre ». Je suis incapable de dire ce qu’il était, concernant Jean Vanier.

      Il me semble aussi qu’au moins l’une des femmes évoque une relation d’abord consentie, dont elle aurait compris ensuite qu’elle était manipulée. Cela complique encore l’approche.

      L’actualité nous donne bien des exemples d’affaires d’atteintes ou d’agression sexuelles qui s’avèrent beaucoup moins simples qu’elles n’en avaient l’air, avec des relaxes qui scandalisent mais n’en sont pas moins juridiquement motivées.

      Bref, il est difficile de se prononcer. Je dirais qu’a minima, l’article 233-15-2 du Code pénal aurait été envisageable, et que la qualification d’agression sexuelle pouvait aussi être examinée.

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