A la jeunesse perdue

Emmanuel Macron ne veut pas « perdre la jeunesse ». Soit. On apprend dans le même temps qu’en Sibérie, sous l’effet du dégel du pergélisol, le réservoir d’une centrale thermique vient de s’effondrer, libérant 21.000 tonnes de carburant sur les terres et dans les rivières de l’Arctique. Une façon pour le permafrost de se rappeler à nos consciences oublieuses : son dégel, c’est la bombe écologique, climatique, sanitaire que nous préférerions négliger, en pariant coupablement sur le « scénario catastrophe » de quelque Cassandre. Mais, puisque avec cette pandémie, l’inimaginable s’est produit dans notre pays, l’inconcevable se fait moins improbable : la libération de quantités colossales de dioxyde de carbone et de méthane, accélérant le réchauffement climatique, et celle de bactéries et de virus parfois éradiqués, parfois oubliés, certains inconnus. Et c’est cela, l’avenir concret de « la jeunesse ». Un horizon frappé d’une hypothèque existentielle, dont elle n’a que trop conscience.

Perdre la jeunesse, cela ne peut pas être une angoisse électorale, et la conserver, une habileté politique. Perdre la jeunesse, c’est manquer l’occasion rare qu’offre cette prise de conscience fugace de sauvegarder son avenir. C’est, au tournant de l’Histoire, à la croisée des chemins, la conduire sur la mauvaise voie et perdre, in fine, sa vie.

Or, au-delà de l’annonce d’une « reconstruction écologique » aux allures de hashtag décoratif, quand sonne l’heure d’engager le budget de l’État, c’est l’existant et les lendemains immédiats que le gouvernement finance. En matière de transports, l’État vient à peine d’accorder 22 milliards d’euros à l’aéro-nautique et 8 milliards à l’automobile, mais strictement rien au transport ferroviaire. Ainsi, non seulement l’État manque de vision prospective, mais il enfume notre horizon d’émissions de carbone.

Cette semaine, les propositions de la Convention citoyenne pour le climat seront officialisées et l’on devrait connaître le sort qu’Emmanuel Macron entend leur réserver. Cette semaine sera aussi celle de l’anniversaire de la publication de Laudato si’.Il ne reste que peu d’espoir que ce patronage inopiné mais providentiel lui inspire la volonté d’engager résolument la France dans une transition écologique si indispensable et si conforme à sa mission, et qu’au grand bonneteau des milliards, il en reste quelques-uns pour sauvegarder l’avenir. Mais s’il ne le fait pas, Emmanuel Macron aura définitivement perdu la jeunesse – nos enfants.

Chronique en date de quelques jours plus tôt voire la semaine d’avant

Photo by Esther Tuttle on Unsplash

Auteur

Père, époux, fidèle à divers titres, je suis aussi... avocat, auteur (Ca ira mieux demain, 2015; Identitaire - Le mauvais génie du christianisme 2017), et chroniqueur à La Vie.

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2 commentaires

  • Merci pour ce post. J’aimerais personnellement vous entendre plus souvent sur le sujet.

    Pour tous, je voudrais rappeler que :
    – la question écologique est un problème scientifique et non d’abord moral
    – que ne pas prendre le temps de comprendre le problème, c’est être dans l’impossibilité de viser la bonne solution

    Je vous propose donc 2 heures de conférence extrêmement éclairante de JM Jancovici, un summum pour emporter l’adhésion d’un catho traditionnellement de droite à l’écologie « punchy » * :

    la dite écologie n’est (hélas) pas celle d’EELV je précise. Je dis hélas car cela signifie qu’il n’existe pas aujourd’hui en France d’offre politique cohérente scientifiquement sur le sujet.

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