Au bout du compte

usineLes vacances sont finies. On oublie la plage, le soleil et les filles légèrement vêtues et on retourne au boulot. Allez, je vous aide à vous remettre dans le bain avec un traitement de choc. Aujourd’hui, on va parler d’un sujet incroyablement chiant : la comptabilité.

Il n’a pas dû vous échapper que le monde traversait une crise économique sévère, laquelle entraîne des conséquences déplaisantes pour beaucoup d’entreprises et leurs salariés. Vous avez peut-être souvenir d’un débat avorté sur le partage de la valeur ajoutée il y a quelques mois. Je connais assez bien le monde des PME, et je suis souvent abasourdi de découvrir dans la presse des affirmations ou des présupposés totalement erronés sur les profits des entreprises.

Le truc dingue

Alors j’ai fait un truc complètement inouï, impensable. Je suis allé sur www.bilansgratuits.fr et j’ai regardé les comptes de quelques une de ces entreprises dont on parle beaucoup. J’en ai choisi 4, un peu au pif. Les Chantiers Gamelin dont Koz a déjà parlé ici la triste histoire, New Fabris, Scapa, et Aubade. J’ai choisi de m’intéresser aux résultats de ces entreprises avant la crise. La récession a commencé au 2e trimestre 2008, je me suis donc arrêté à 2007. Pour Gamelin, ce sont les comptes au 30 juin 2007 (ie la période de 12 mois se terminant à cette date) ; pour Scapa et Aubade, c’est à fin décembre 2007. Pour New Fabris, apparemment ils n’ont pas publié leurs comptes depuis 2005, j’ai donc pris les comptes à fin décembre 2004. Ce n’est pas très grave ; mon objectif n’est pas de parler de la situation financière de ces entreprises à une date précise, mais de montrer ce qu’est la réalité économique en général d’un échantillon assez représentatif de PME industrielles françaises. Ce qu’elle était avant que la crise ne les frappe.

Ces entreprises agissent sur des secteurs d’activité divers. Gamelin est un chantier naval. New Fabris est un sous-traitant pour l’automobile. Aubade est dans la lingerie. Scapa fournit des adhésifs pour de nombreux marchés incluant mais ne se limitant pas à l’automobile.

Il s’agit de petites entreprises (moins de 500 employés). Gamelin était indépendante, les 3 autres appartiennent à des petits groupes européens ne dépassant pas quelques milliers de salariés. On est donc très loin du CAC40.

Quelques définitions

Je ne souhaite pas vous assommer avec des notions ésotériques de comptabilité, mais pour la clarté de ce qui suit, je vais être obligé de préciser un peu quelques termes techniques. Rassurez-vous, c’est très simple. C’est très similaire à la façon dont vous gérez (ou devriez gérer) votre budget : on part des revenus et on déduit toutes les dépenses, en les rangeant par catégorie.

Chiffre d’affaires : C’est le total des ventes de l’entreprise, la somme de ce qu’ont payé les clients pour acheter les biens et services qu’elle fournit. Par convention, le chiffre d’affaires est exprimé hors TVA.

Valeur ajoutée (VA) : C’est ce qui reste du chiffre d’affaires une fois qu’on a déduit tout ce que l’entreprise a dû acheter (matières premières, marchandises, prestations de service, loyers…) C’est ce que l’entreprise a reçu des clients moins ce qu’elle a payé aux fournisseurs. C’est grosso modo l’assiette de la TVA, on en reparlera plus tard.

Salaires : Sans surprise, il s’agit des sommes versées aux employés en rémunération de leur travail. Petite précision importante, il s’agit du salaire brut. J’ai également intégré là-dedans la participation des employés aux bénéfices, quand il y en a.

Charges sociales : C’est la part patronale des charges sociales. C’est versé aux organismes sociaux et ça finance essentiellement le chômage, la retraite et la sécu.

Impôts et taxes : On retrouve ici taxe professionnelle, taxe d’apprentissage, TVTS, impôt sur les résultats… bref tout ce qui est payé à l’Etat au titre d’une fiscalité quelconque, sauf la TVA.

Autres : J’ai réuni là-dedans tout le reste. Ca n’est pas orthodoxe, mais ça simplifie. On va surtout y retrouver les amortissements (ie. étalement sur plusieurs années des dépenses d’investissement), les intérêts d’emprunts, les éléments exceptionnels (qui peuvent être positifs ou négatifs)…

Résultat net : C’est ce qui reste de la VA une fois qu’on a déduit les salaires, les charges, les impôts et les autres éléments. C’est parfois négatif (on parle alors de perte) et souvent positif (c’est ce qu’on appelle le profit). Dans ce dernier cas, les actionnaires pourront, sous certaines conditions, décider de se verser tout ou partie du profit sous forme de dividende.

Les chiffres

tableau1

(cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Le tableau 1 synthétise les données que j’ai réunies. Oui, il est très moche, mais (i) j’ai fait ça rapidement sous Excel et (ii) je ne suis pas vraiment un artiste. Les chiffres sont exprimés en millions d’euros. La façon dont il faut lire ce tableau est la suivante : En 2007, Scapa a dégagé 18 millions d’euros de valeur ajoutée. De cette VA, 9 millions ont été déduits pour payer les salariés, 4 millions pour les charges sociales, 2 millions pour les impôts, 1 million en autres produits et charges et il restait donc 2 millions de profit.

Quelques subtilités

Si vous avez suivi jusque là, vous devez commencer à avoir une petite idée de là où je veux en venir. Mais je vais vous demander encore un peu de patience et d’effort car il y a 2 subtilités importantes qu’il faut prendre en compte avant de commenter ces chiffres.

Les charges salariales

En France, les charges sociales sont séparées entre cotisations patronales et cotisations salariales. Concrètement quand votre employeur vous verse un salaire brut de 100€, il paye sur ces 100€ environ 48€ de charges patronales, puis il paye (pour votre compte) environ 22€ de charges salariales et vous verse 78€ de salaire net. Tout le monde est d’accord pour dire que la distinction entre charges patronales et salariales est essentiellement théorique : l’employeur paye en tout 148€ (le salaire super-brut), dont 70€ vont dans les caisses des organismes sociaux et 78€ dans la poche de l’employé. Peu de gens réalisent que les charges sociales représentent des montants très importants, presque autant que le salaire net. Si vous ne me croyez pas, regardez votre feuille de paye.

Mais la comptabilité est respectueuse des formes. On n’inscrit en charges sociales que la part patronale. Et les charges salariales sont comptabilisées comme des salaires. Bref, si on veut distinguer entre les sommes payées aux salariés et celles payées aux organismes sociaux, il faut reclasser les charges salariales en charges et non en salaires.

La TVA

La TVA représente la moitié des ressources de l’Etat, 175 milliards d’euros par an. Eh bien, ça va peut être vous surprendre, mais la comptabilité l’ignore totalement. Imaginez que vous achetiez dans un magasin une paire de chaussures à 120 € TTC soit 100€ HT. Notre commerçant l’a lui-même achetée 72€ TTC, soit 60€ HT. On pourrait s’attendre à ce que le commerçant comptabilise des ventes de 120€, des achats de 72€, soit une VA (TTC) de 48€, et une charge de TVA de 8€. Ben non. Il comptabilise des ventes de 100€, des achats de 60€ et point barre. La TVA n’apparaît pas, jamais. Tout le monde raisonne comme si la TVA était neutre, sans impact, transparente pour les entreprises. 175 milliards qui apparaissent dans les caisses de l’Etat par transparence… C’est l’impôt invisible ! Pour la petite histoire, la TVA est une invention française, on l’aurait deviné1.

Bref, la TVA n’est absolument pas prise en compte dans les chiffres que je vous ai présentés plus haut. Mais moi je veux la prendre en compte. Les entreprises dont nous parlons ont dégagé une valeur ajoutée, laquelle a donné lieu à une ponction de TVA. Si on veut savoir où finit la valeur ajoutée créée par nos entreprises, on ne peut pas faire comme si la TVA n’existait pas.

J’ai donc corrigé les chiffres ci-dessus pour tenir compte de ces éléments. Concrètement, j’ai exprimé la VA en TTC et intégré la TVA au montant des impôts et taxes. Et j’ai retiré les charges salariales des salaires pour les mettre dans les charges sociales.

On obtient les résultats suivants :

tableau2

Principaux enseignements

Après l’effort, le réconfort. Il est temps de tirer quelques conclusions de tout ce qui précède.

Le premier enseignement et le plus important est que les PME françaises sont très peu profitables. Bien sûr, un échantillon de 4 entreprises ne peut pas être représentatif, mais ce taux de profit net à 5% de la valeur ajoutée n’est pas déconnant, s’agissant de PME industrielles. Cela correspond à une réalité qu’on observe au niveau macroéconomique.

D’abord, les entreprises françaises sont nettement moins profitables que leurs voisines européennes. Ensuite, les PME sont moins profitables que les grandes entreprises . Et les PME industrielles sont en moyenne moins profitables que les PME de services. Oh, vous trouverez toujours des boîtes très rentables où le profit représente 15%, 20% de la VA ou même plus. Mais ce sont des exceptions.

Pour info, les entreprises de moins de 500 salariés représentent en France 60% de l’emploi et plus de 100% des créations d’emplois, les grands groupes étant destructeurs nets d’emploi en France.

Allez, devoir à la maison pour la semaine prochaine : la faible profitabilité des PME françaises est elle un facteur favorable ou défavorable pour l’emploi ? Argumentez.

Deuxième enseignement. Quiconque parle de partage de la valeur ajoutée sans mentionner les impôts et les charges sociales passe (volontairement ou non) complètement à coté du sujet. Malheureusement, c’est ce que font 99% des gens. La présentation habituelle du partage de la valeur ajoutée est que cela se joue uniquement entre les salaires et les profits. Les impôts et charges sociales qui reçoivent 54% du gâteau dans mon échantillon (sans doute un peu moins au niveau national) sont escamotés. La vision orthodoxe considère que les charges sociales sont du salaire (différé), la TVA est simplement ignorée ainsi que je l’explique plus haut, et les autres impôts sont comptés comme… du profit. Ne riez pas.

Troisième enseignement. Quitte à imposer à nos entreprises et leurs salariés des prélèvements obligatoires record, on aurait pu essayer de choisir un mode de prélèvement qui soit le moins nuisible possible à l’emploi. Raté. On a mis le plus gros sur les charges sociales. Si vous vous demandiez pourquoi, dans la compétition internationale, les salariés français semblent à la fois trop chers et mal payés, vous avez la réponse. A chaque fois qu’un employeur verse un euro à un salarié, il donne 90 centimes2 de plus aux organismes sociaux. Difficile de trouver un moyen plus performant de lutter contre l’emploi. Aucun pays du monde n’a des charges sociales aussi élevées que la France.

Quatrième enseignement. Rappelons que ces chiffres datent d’avant la crise. Cette crise s’est traduite pour beaucoup d’entreprises industrielles par une baisse brutale de l’activité, souvent de l’ordre de 30% ou plus. Dans un tel contexte, nos entreprises qui partaient avec de faibles profits se sont vite retrouvées avec des pertes massives. Face à de telles situations, les entreprises sont confrontées à une alternative très simple : soit licencier massivement si c’est possible et sauver ce qui peut l’être, soit faire faillite et tout perdre.

Dernier enseignement. Il faut arrêter avec cette idée selon laquelle on aide les salariés en tapant sur leurs employeurs. Si on veut aider les salariés, on les aide. En créant des emplois par exemple. Les employés et leurs employeurs ont beaucoup plus d’intérêts convergents que divergents. Taper sur les employeurs ne fait que décourager l’emploi, ce qui revient dans la figure des salariés sous forme de chômage et de pression sur les salaires.

Au fait, quand avez-vous pour la dernière fois entendu parler de la création en France d’une entreprise de chantier naval, équipement auto, adhésifs industriels ou lingerie ?


  1. Notons quand même que le choix de procéder comme cela ne provient pas uniquement d’une volonté de planquer la TVA sous le tapis. Il y a quelques avantages objectifs comme le fait que c’est un peu plus facile à gérer et à contrôler. []
  2. Seulement 56 centimes pour un smicard depuis les lois Fillon de 2003 []




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45 réponses à Au bout du compte

  1. Koz dit :

    et je m’empresse de préciser aux distraits de passage que le billet est signé par Liberal

  2. Nicolas dit :

    Eh, mais c’est très intéressant et au surplus étonnant de trouver ça ici. Vous rajoutez une corde économique à votre arc numérique et c’est très bien vu ! Un article clair et intéressant. Sur la profitabilité des PME, il me semble qu’il serait peut-être intéressant de nuancer en fonction des secteurs, la VA variant également énormément en fonction de ces derniers. Au demeurant, il y aurait possibilité de développer sur la « trésorerie » en rappelant que le cash flow est le sang actif des des entreprises … Et que le bat blesse là actuellement …Bref bravo et à très bientôt j’espère !!!

  3. Koz dit :

    A toutes fins utiles, je rappelle que ce n’est pas de moi. J’aimerais avoir cette compétence à mon arc mais là, c’est Liberal qui me prête la corde.

  4. FB dit :

    Bonjour,

    Vous êtes sûr de votre coup pour la TVA non-incluse dans le résultat net? Ca me semble assez incroyable quand même…

  5. Nicolas dit :

    @ Koz: Ok, I had understood. Mais même si Koz est le plus actif, il s’agit d’un blog partiellement collectif , non ? Peut-être me trompé-je ? La corde est donc bien vôtre ! A moins que Libéral ne soit un intervenant extérieur, un produit d’importation :-)

  6. Sébastien dit :

    Assez bonne analyse, avec toutefois quelques erreurs.

    La TVA n’est pas escamotée de la comptabilité, elle y figure bien, mais par contre elle est absente du compte de résultat (qui calcule la résultat de l’entreprise sur une période donnée, en général l’année civile). Les entreprises sont considérées comme de simples agents collecteurs de cet impôt qui reste à la charge du consommateur final (vous et moi). Il est tenu dans les comptes le total de la TVA collectée auprès des clients pour le compte du Trésor Public, de la TVA déductible sur les achats de l’entreprise. Le solde étant reversé périodiquement aux Impôts.

    Il faut savoir qu’en France, la norme est la comptabilité dite d’engagement. Les chiffres reportés sont les factures émises ou reçues, ainsi que les autres engagements à venir, sans tenir compte de leur encaissement/décaissement (qui figure dans la partie du bilan dite Actif et Passif).

    Votre définition du chiffre d’affaires est globalement assez bonne, sauf qu’il ne s’agit pas de l’argent encaissé mais des prestations/ventes facturées. La notion d’encaissement ne vient pas impacter le montant du chiffre d’affaires. Les prestations/ventes facturées (et concourant au chiffre d’affaires) et non payées se retrouvent dans une autre partie du bilan sous la rubrique : créances clients et comptes assimilés. La distinction est de taille car un chiffre d’affaires et un taux de marge profitable ne présume pas une bonne santé financière si les factures clients ne sont pas payées.

    Sur l’importance des charges sociales, effectivement elles sont proprement délirante. Heureusement des mesures ont été entreprises pour soulager les petites structures. La principale étant actuellement la réduction de charges dite FILLON (elles existent depuis longtemps, mais les noms changent avec les gouvernements). Ces mesures concernent les salaires inférieur à 1,6 fois le SMIC.

    Enfin, sur la notion de profit, il faut prendre en compte que les salaires inclus également ceux des dirigeants. Dans de nombreuses PME, la détention du capital étant familiale, un arbitrage peut être faite entre salaires et dividendes.

    Cela ne veux absolument pas dire que les entreprises trichent pour faire baisser le résultat, ni que ceci est généralisé (ce n’est possible que si l’actionnariat est restreint et possède des liens forts, comme la famille ou des amis), mais il faut rester conscient que chaque entreprise est unique et qu’il faut bien l’analyser elle (et non l’ensemble des autres) avant de dire si elle est profitable ou non.

  7. Sébastien dit :

    @ FB:

    @FB. Si si, la TVA n’apparait pas dans le compte de résultat.

    Un bilan est séparé en trois parties :

    Actif: total des biens et créances possédés par l’entreprise (solde bancaire positif, créances clients non encore payées, stocks), dont la TVA déductible sur les achats.

    Passif : total des dettes de l’entreprise (fournisseurs, salaires, charges sociales, emprunts bancaires, etc…), dont la TVA collectée, càd facturée aux clients, encaissée pour le compte du Trésor Public et non encore reversée.

    Compte de résultat : Total des recettes et des dépenses sur une période donnée.

    La TVA est traitée dans les 2 premières, car elle n’est pas une ressource de l’entreprise, mais du Trésor Public. L’entreprise n’étant chargée que du recouvrement et du reversement (et n’est pas rémunérée pour ceci).

  8. Eponymus dit :

    C’est effectivement intéressant de voir la comptabilitéde de cette façon. En fait, très vite, un dirigeant d’une PME raisonne peu ou prou avec ces chiffres plutôt qu’avec la comptabilité selon la règle.

    Il y aurait aussi plus à dire sur la définition du profit dont la notion est relativisée par son utilisation.

    Rémunérer un actionnaire, du point de vue du créateur de l’entreprise, est sommes toutes une forme de dépense plutôt qu’un simple partage du profit. Un investisseur entrant dans le capital d’une entreprise entend bien être rémunéré pour son investissement à un moment ou à un autre et d’une façon ou d’une autre. Sinon pourquoi investir ? Garantir une attractivité en direction des investisseurs est une politique qui vise aussi à assurer la pérénité d’une société (et donc assure le maintient et/ou la création future d’emplois).

    Constituer des réserves, peut être vu comme accumuler un profit, sauf que lorsque l’entreprise connaîtra des difficultés (baisse des commandes, factures impayées, etc), ces réserves (si elle existent) ne seront plus du profit mais viserons à combler les trous et éviter des licenciements ou une faillite si jamais les banques ne suivent plus.

    Tout ce qui stagne tend à régresser. C’est une loi trop souvent oubliée qui tient à l’usure des choses et à l’existence d’une concurrence. Autrement dit, une réserve en vue d’investissements futurs non immédiats pour dévelloper la société et participer à son expansion, est un un facteur absolument vital pour la pérénité d’une société. Et au passage, une société qui dévelloppe ses activités embauche plus et contribue ainsi par effet ricochet à la pérénité de ses fournisseurs.

    Finalement, pour une PME – parce qu’on ne parle pas de Goldman Sachs là, le vrai profit et ce qui revient dans la pôche du dirigeant/fondateur – qui, très souvent bosse 60 H par semaine, en risquant son fric dans un contexte terriblement stressant.

    Et encore, on ne parle pas non plus ici des sociétés qui doivent travailler avec des employés hyper qualifiés, et dont l’effectif est de l’ordre d’une quinzaine. Parce que là, pour des tas d’autres raisons, la situation est encore pire.

  9. Aristote dit :

    Sur la TVA : il est vrai qu’elle est grosso modo supportée par le consommateur, mais avec de fortes nuances. Elle pèse de la même façon sur les importations et sur la production nationale et elle est la même quel que soit le nombre d’intermédiaires dans un processus de production. Pas trop de distorsions économiques donc.

    Cependant, elle favorise le travail au noir qui ne la supporte pas (c’est la vraie raison de la TVA à 5,5 % sur les travaux d’entretien) et elle déprime la consommation avec un effet en retour sur les entreprises.

    Globalement, c’est plutôt un « bon » impôt. Mais il ne faut pas rêver : quand la puissance publique dépense 53 à 55 % du PNB, aucun système de prélèvement « intelligent » ne peut être mis en œuvre. On prend l’argent là où il est.

    L’urgence première, c’est de réduire les dépenses…

  10. Emmanuel M dit :

    Félicitations.

    A ce niveau la ce n’est plus un article de blog, c’est un cours magistral.

    Auquel je rajouterais la phrase du commentateur du dessus :  » il ne faut pas rêver : quand la puissance publique dépense 53 à 55 % du PNB, aucun système de prélèvement « intelligent » ne peut être mis en œuvre. On prend l’argent là où il est »

  11. Compteur de haricot scnadalisé dit :

    « premier enseignement et le plus important est que les PME françaises sont très peu profitables. Bien sûr, un échantillon de 4 entreprises ne peut pas être représentatif, mais ce taux de profit net à 5% de la valeur ajoutée n’est pas déconnant »

    Mais calculer un taux de profitabilité sur profit/VA, ça c’est assez déconnant…Ou est mon ROI et mon ROA ?! Je me permet donc de compléter un peu votre cour: 1. la profitabilité d’une entreprise = profitabilité de ses investissements (vous savez, les comptes de classe 2…) 2. Elle se calcule sur la durée de l’investissement (donc forcement, si on considère une entreprise industrielle en début de cycle et qu’on compare sont ROI avec une entreprise de service à un instant T, on compare des choux et des carottes, comme disait le lieutenant-colonel Rimailho).

    Autres petites choses: 1. oui, votre echantillon n’est pas representatif. D’ailleurs, le calcul de la VA interesse principalement la comptabilité nationale, donc y’a des stats assez précises sur le sujet de la répartition de la VA. Quel est donc alors l’intérêt de votre demonstration, à part se parer d’une fausse connaissance technique de la compta pour impressionner le chalant et etayer falacieusement vos idées politiques ? 2. Inclure la TVA dans la VA ??? Vous sous entendez que payer des impôts créer de la richesse? C’est conceptuellement abscon. 2bis. Idem pour la confusion CS et impôt. Aller voir des comptes US, vous comprendrez (pas de panique avec les IFRS, il ne devrait pas y avoir de…GAAP majeur ;-) .

  12. uchimizu dit :

    Bonjour Koz,

    ton article est intéressant. Je pense que certains caveats posés dans les commentaires sont effectivement exacts (en particulier la manipulation sur la TVA). J’ai l’impression que comme tous les chiffres que tu manipules sont hors-taxe, il n’est pas forcément exact de les corriger de la TVA par la suite.

    Je crois qu’il existe des statistiques intéressantes précisant la répartition travail / capital. Ces dernières années, principalement à cause de la mondialisation, la part des salaires a baissé proportionnellement. Cela peut inquiéter.

  13. Liberal dit :

    @Sébastien,

    Nous sommes d’accord sur le fait que les normes comptables considèrent que la TVA n’impacte pas l’entreprise. Mon point est justement que cette conception est une pure vue de l’esprit. Une définition arbitraire. La TVA est payée par les clients, entre dans l’entreprise et finit dans les caisses de l’Etat. Pas de différence fondamentale avec les autres impôts. Quand on a récemment réduit la TVA dans la restauration, tout le débat a été de savoir si cette économie se retrouverait dans les salaires ou dans le profit. Personne n’a envisagé que cela ne changerait rien pour les restaurants.

    Sur votre autre point, les prestations facturées aux clients sont bel et bien comptabilisés en CA puis ultérieurement provisionnés. Mais c’est un point technique très périphérique à mon propos.

    Vous avez raison sur le possible arbitrage profit/salaire pour les dirigeants d’entreprises familiales (la fiscalité incite à privilégier le profit). Mais c’est le cas d’une seule des entreprises de l’échantillon.

    @Eponymus,

    Pas d’accord avec toi pour considérer la rémunération des actionnaires comme un coût. Le profit est le solde de ce qui reste une fois qu’on a payé tout le reste. On garantit (plus ou moins) le paiement aux clients et au salariés mais certainement pas à l’actionnaire. Ce dernier n’investit pas sur une certitude de gain mais sur un espoir… qui n’est pas toujours exaucé (j’en sais quelque chose).

    En revanche tu as raison de dire que tout le profit ne va pas chez les actionnaires. Une partie importante reste dans l’entreprise pour préparer l’avenir ou absorber les chocs. Une conséquence dramatique de la faible profitabilité des entreprises françaises et leur faible capitalisation qui les rend à la fois fragiles et ultra-prudentes.

    @Aristote,

    Oui, la TVA est un « bon » impôt dans le sens qu’elle ne frappe pas spécifiquement le travail domestique. C’est la logique derrière l’idée de TVA sociale (réduire les charges sociales et augmenter la TVA). Les Danois l’ont fait, ils ont autant de dépenses publiques que nous mais moins de chômeurs et moins de déficit.

    @compteur de haricot,

    Votre commentaire aurait gagné à être un peu plus structuré. Ce billet ne se prétend pas être un cours d’analyse financière. Mon sujet est le partage de la VA, pas le ROI. Maintenant si le sujet vous passionne tant, vous devriez y consacrer un billet.

    @Uchimuzu,

    C’est moi qui ai écrit ce billet, n’accusons pas Koz :) Voyez ci-dessus pour la TVA. Pour le reste, mon point est justement de montrer que raisonner en partage de la VA entre travail et capital est un non-sens puisqu’on passe à coté de la moitié de la VA qui part en impôts et charges. La VA se partage en 3 (travail, capital et Etat) et non seulement en 2.

  14. Thomas dit :

    Salut,

    Bah, j’étais en école de commerce, et j’ai donc étudié la compatibilité. Bah je me souviens de rien, c’est comme la Finance, tout est mal structuré, cela n’a aucun sens.

    Tout devrait etre réorganise, plus de liberté et moins de blabla etc..

    Simplifions en Dépenses/revenus

    Et tout ira mieux

  15. Paul dit :

    Quatre remarques :

  16. Sur la TVA : l’entreprise verse à l’état un pourcentage de ses ventes et reçoit en retour un pourcentage de ses achats auprès de ses fournisseurs. Elle supporte donc bien l’impôt de ce pourcentage sur sa valeur ajoutée (et non sur son chiffre d’affaire comme on pourrait le croire).
  17. Est-ce le consommateur ou l’entreprise qui supporte ce coût ? Si on va plus loin que la compta, l’économie nous apprend que dans un marché, celui qui supporte une nouvelle taxe est celui dont la demande est la moins élastique par rapport au prix et qui a donc le pouvoir de négociation le plus faible. Par exemple, vu la faible concurrence dans la téléphonie, une nouvelle taxe serait immédiatement supportée par le consommateur, qui lui n’a ni alternative, ni la possibilité de réfréner significativement sa consommation.
  18. Les entreprises ne meurent généralement pas de décroissance (ie. d’un manque de clients) mais de croissance (ie. d’un manque de trésorerie).
  19. Pourquoi n’entend-on pas parler de PME industrielles qui se créent ? parce qu’elles se créent à 5-10 salariés, donc ça fait moins de bruit qu’une PME de 500 salariés qui se crashe. Toute grande entreprise – ou presque – a un jour été une TPE.